Chapitre 7

par Tentenette

 

CHAPITRE 7

 

Karin ouvrit brusquement les yeux.

Assise en tailleur sur un sol couvert de neige, elle se trouvait sur une montagne au bord d’un lac sombre verglacé.

Il faisait jour pourtant, elle arrivée à peine à distinguer le soleil dissimulée derrière d’épais nuages sombres, d’où filtrait parfois une pale lumière bleutée.

« J’ai réussi », souffla la jeune fille en souriant, de la buée s’échappait de ses lèvres. Elle avait enfin réussit à pénétrer son monde intérieur.

Frottant ses mains l’une contre l’autre pour les réchauffer, elle fit un tour sur elle-même pour examiner les lieux.

Un vieux château sombre aux tours pointus s’élevait sur une corniche, un peu plus haut.

Quand elle le vit, Karin eut une drôle de sensation, comme s’il n’était pas censé se trouver là.

̶            Viens…

Des voix spectrales s’entremêlaient dans l’air glacé, l’appelant, pas plus forte qu’un murmure, elles l’attiraient vers la porte.

L’appel se répétait inlassablement.

̶            Ça suffit, Kurosaki-san, on arrête.

La voix d’Urahara raisonna dans tout l’espace, comme à travers un hautparleur invisible.

̶            Non, pas encore, répondit-elle.

Elle avançait prudemment, un pas après l’autre sans jamais quitter le château des yeux.

̶            Ah !

Elle trébucha, son pieds s’était s’enclavé dans la glace, un craquement raisonna et plusieurs fissurent apparurent dans le sol gelé.

Quand un énorme morceau du glacier se détacha de la corniche pour s’écraser dans le lac, Karin se redressa brusquement et se mit à courir aussi vite qu’elle le pouvait. Autour d’elle, la glace explosait, craquait et se disloquait.

Soudain, le sol se fendit en deux, creusant un énorme fossé entre elle et le château. Sans ralentir sa course, elle sauta au bord du gouffre et poussa un cri de douleur lorsqu’elle se heurta de plein fouet à la paroi rocheuse. Suspendue au-dessus du vide, elle entreprit de se hisser à la force de ses bras quand un sombre craquement l’obligea à s’arrêter.

̶            Oups.

La paroi se détacha et Karin tomba dans le précipice en poussant un long cri. En un battement de cil, elle se retrouva dans le sous-sol du marchand.

̶            Pourquoi vous m’avez ramené ?! C’était la première fois que je réussissais à voir quelque chose ! éclata Karin avec colère.

̶            C’est beaucoup trop tôt, souviens-toi de ce que je t’ai dit, chaque chose en son temps, répliqua l’ex Shinigami, caché derrière son éventail.

Karin prit une profonde inspiration pour se calmer.

Au fond, elle savait que Urahara avait raison, ces exercices de médiation dans son monde intérieur lui coutaient énormément d’énergie, elle n’avait pas encore assez d’expérience pour communiquer avec son Zanpakuto, mais elle y était, elle l’avait vu, elle avait rejoint son monde intérieur.

̶            La glace, dit-elle avec un sourire rêveur.

̶            Tu disais ?

̶            Il y avait de la neige partout, j’avais l’impression d’être au pôle nord, je crois que mon Zanpakuto est de type glace, expliqua-t-elle avec excitation.

Urahara arrêta de s’éventer, les sourcils froncés, il semblait préoccupé.

̶            Sensei, votre bras ! S’exclama Karin en accourant vers Urahara. Elle souleva son avant-bras ou une large brulure avait formé de nombreuses cloques sur l’épiderme rougit. La manche gauche et le bas de son Yukata étaient également brulés.

̶            Qu’est-ce qui vous est arrivé ?

̶            Oh rien de bien méchant, j’étais en train de me faire du thé et une chose en entrainant une autre…tu sais combien je suis maladroit, hahahaha.

̶            Vous me prenez pour une demeurée ? Demanda Karin en arquant un sourcil.

̶            Grand Dieu quelle Idée…oh mais tu as vu l’heure qu’il est ? S’étonna le marchand de son air badin. Tu devrais t’en aller si tu ne veux pas rater le début des cours.

̶            Hum, répondit-elle sans conviction, troublée par le comportement de son professeur.

̶            On en reparlera ce soir, la rassura-t-il.

Karin ramassa son sac à dos, le filet contenant son ballon de foot, et monta l’échelle pour quitter le sous-sol.

Une fois qu’elle se fut suffisamment éloignée, Tessai demanda à Urahara :

̶            Patron, vous voulez que j’apporte la boite à pharmacie ?

̶            Ce ne sera pas nécessaire, répondit le marchand en contemplant sa main.

̶            Heureusement que vous l’avez arrêté, sinon le magasin serait réduit en cendres.

Urahara ne répondit pas, toujours absorbé dans ces pensées.

De la glace, c’était impossible…qu’est-ce que ça voulait dire ?

 

BLEACH-

 

Perchée sur un poteau électrique, Rukia jonglait distraitement avec son téléphone en posant un regard lointain sur la maison d’Ichigo.

Cela faisait une semaine qu’elle essayait de contacter Renji, mais il ne répondait ni à ses appels ni à aucun de ses cinquante-sept messages.

Le problème, c’était que personne ne répondait à Soul Society, la secrétaire de la dixième division lui répétait sans cesse que le capitaine Hitsugaya était en déplacement, en réunion, absent, occupé, ou qu’il ne voulait pas être dérangé. Même chose pour Rangiku.

Et si quelque chose de grave était arrivé à Soul Society ? Ça expliquerait pourquoi tout le monde était débordé…non, impossible, on lui aurait demandé de revenir, Renji au moins l’aurait prévenu, ou même son frère.

Rukia soupira en se massant la tempe. Ces idées tournaient et retournaient sans cesse dans sa tête, provoquant chez elle une migraine constante, peut-être qu’elle devrait en parler à Urahara, Yoruichi n’allait pas tarder à revenir, elle aurait sans doute des informations.

Alors qu’elle s’apprêtait à rejoindre le magasin de l’ancien shinigami, son téléphone se mit à sonner, il s’agissait d’un appel vidéo de Renji.

̶            Renji, où es-tu bon sang ?! Je t’ai laissé au moins cent messages, j’étais folle d’inquiétude imbécile, j’ai même failli revenir à Soul Society !

̶            Bonjour Rukia, moi aussi je suis heureux de te voir…la vache, t’as une sale tète !

̶            Je te retourne le compliment, répliqua-t-elle devant le visage terne et la barbe naissante de son ami. Qu’est-ce qui se passe au Seireitei, pourquoi personne ne répond ?

̶            Disons qu’on a été…assez occupés cette semaine, il s’est passé un tas de choses bizarres.

̶            Si tu crois que t’a semaine a été bizarre, c’est que tu n’as pas vu la mienne, répliqua la brune en roulant des yeux

̶            Qu’est-ce qui s’est passé ?

̶            On a été attaqué par un type, un certain Hisoku qui prétend venir de l’Enfer, et qui apparemment a une dent contre Soul Society. Il a massacré quatre humains sous nos yeux sans qu’on ne puisse rien faire.

̶            Merde, et toi ça va ? Personne n’a été blessé ? S’enquit Renji, l’air inquiet.

̶            Une des amies d’Ichigo a été attaqué, Arisawa Tatsuki, mais ce n’est rien de grave. Le truc c’est que ce type ne voulait pas s’en prendre à nous, selon Urahara, tout ce qu’il voulait c’était Ichigo.

̶            Qu’est-ce qu’Ichigo vient faire dans cette histoire ?

Rukia haussa les épaules.

̶            Il a juste dit qu’il l’intéressait, et avant de partir il lui a laissé un message, une sorte de symbole bizarre, selon Urahara ce serait… 

̶            Un chrysanthème rouge à l’envers ?

̶            Euh…oui…mais comment tu le sais ? Demanda Rukia en haussant les sourcils.

Mais Renji ne l’écoutait pas, il avait la tête basse et semblait réfléchir intensément.

̶            Hého, la terre à Renji, vous me recevez ?

̶            Je t’expliquerai après, raconte-moi exactement ce que vous a dit Urahara.

Une semaine plutôt

Après l’incident sur le toit du centre commercial, tout le monde s’était retrouvé chez Urahara. Pendant que l’ancien capitaine s’occupait de Tatsuki avec l’aide d’Orihime, Chad et Ishida continuaient de patrouiller dans la ville au cas où un autre hollow serait apparu.

Il ne restait plus que Rukia et Ichigo. Seuls dans le petit salon du magasin, la tension était palpable entre les deux shinigamis. Un silence pesant et inhabituel planait dans le salon. Ichigo faisait comme si Rukia n’existait pas alors que cette dernière continuait de l’observer avec insistance, elle voulait entamer la conversation mais craignait qu’Ichigo ne se braque et coupe toute tentative de communiquer.

Son dilemme ne dura pas longtemps. Urahara venait de sortir de la chambre de Tatsuki pour les rejoindre dans le salon. Installés autour de la table basse, Urahara commençait à leur expliquer la situation tandis qu’Ururu leur servait une tasse de thé.

̶            Tout d’abord, je vous annonce qu’Arisawa-san est hors de danger, juste un peu choquée par les derniers événements mais elle se remettra très vite.

̶            Tant mieux, soupira Ichigo, l’air soulagé.

̶            Ce qui m’intrigue ce sont les circonstances dans lesquels elle a été blessée, reprit le marchand en buvant une gorgée de thé.

̶            L’homme qui lui a fait ça…il a dit que c’était cadeau…pour moi, ajouta Ichigo, la culpabilité se lisant nettement sur son visage. Il a dit qu’il voulait s’assurer que nous étions d’accord sur quelque chose, ou je ne sais quelle connerie de ce genre.

̶            Je vois, dit le marchand en ouvrant son éventail. Donc le message, était destiné à Kurosaki-san.

̶            Quel message ?

̶            Regardez ceci, les invita l’ancien capitaine en sortant une photo de sa manche qu’il posa sur la table.

Rukia se rapprocha pour examiner le cliché. Il s’agissait du dos d’Arisawa et d’après ce qu’elle voyait, la cicatrice de la brulure n’avait pas disparu, une cicatrice qui avait une forme étrange.

̶            Qu’est-ce que c’est ? Demanda-t-elle en fronçant les sourcils.

̶            Le symbole de la première division, un chrysanthème, sauf qu’ici il est à l’envers, répondit Urahara. Et quelque soit la raison pour laquelle cet homme à fait ça, il voulait s’assurer que Kurosaki-san reçoive le message, ça fait des heures que Tessai tente de faire disparaitre cette marque et rien ne marche, c’est comme si elle avait fusionné avec la peau de Arisawa-san.

̶            L’ordure, grinça le rouquin entre ces dents.

̶            Je ne comprends pas, quel message essaye-t-il de faire passer à Ichigo avec ça, que représente ce symbole ?

̶            Ecoutez-moi bien, c’est très important, je vais vous demander de me raconter avec précision tout ce qui s’est passé hier soir, demanda le marchand.

Rukia et Ichigo échangèrent un regard surpris. Ils racontèrent comment Hisoku était apparu, de quoi il avait l’air et ce qu’il avait fait aux humains qu’il avait kidnappé. Urahara les écoutait avec attention. Une fois le récit terminé, il referma son éventail et resta silencieux pendant quelques instants.

̶            « Le despote, qui règne par la terreur, sera consumé par sa propre peur. Le voleur, insatiable de convoitise, dévorera jusqu’à son dernier lambeau de cher, et de même fait, de même arme, de même douleur, sera exécuté le meurtrier », récita Urahara devant les deux shinigamis qui ne comprenaient pas du tout où il voulait en venir, ni de quoi il parlait.

̶            Il s’agit d’un extrait du manuscrit de l’enfer, un très vieux document dont la Soul Society ne possède que quelques lambeaux, ce qui explique pourquoi nos connaissances du monde souterrain sont si réduites. Ce Hisoku ne vous a pas menti, ce qu’on subit ces gens est le traitement infligé aux criminels en enfer.

̶            Ça n’a pas de sens, intervint Ichigo. Qu’est-ce qu’ils auraient pu faire qui justifie une telle fin ?

̶            Certaines informations sont parues dans la presse : il y a un mois environ, la lycéenne a été impliquée dans une affaire de harcèlement scolaire qui a conduit aux suicides d’une de ses camarades, il s’agit du « despote». La vielle dame a hérité d’une fortune considérable après la mort mystérieuse de son mari, tué par un empoisonnement à l’acide, et le jeune motard a causé la mort d’un de ses camarades pendant une course, « les meurtriers », enfin l’homme d’affaires qui a conduit l’un de ses clients à la ruine pour lui voler son entreprise est « le voleur » qui dévore sa propre chair.

̶            Et alors ? Vous voulez dire que ces gens ont mérité ce qui leur est arrivé. Ce mec n’est pas un juge, c’est un putain de psychopathe.

̶            Il est donc fort probable qu’il s’agisse bien d’un seigneur de l’enfer, dit Rukia en tenant son menton entre le pouce et l’index. Je croyais qu’il était impossible aux créatures de l’enfer de quitter leur territoire, intervint Rukia.

̶            Interdit oui, mais pas impossible, reprit Urahara. Normalement, les seigneurs de l’enfer n’interviennent jamais dans le monde des humains et ils ne jugent que les âmes qui ont été envoyé dans le Jigoku, des hollows en grande partie. De plus, l’homme que vous avez rencontré à largement dépassé ses prérogatives, le Jigoku est un environnement fortement hiérarchisé, qui ne permet pas d’exécuter plus d’une tache à la fois : les seigneurs sont soit juges, bourreaux, chasseurs ou gardes. J’en viens à la conclusion que ce Hisoku est un déserteur,

̶            Ça me semble plausible, renchérit Rukia. Quand il s’est enfui il n’a pas emprunté les portes de l’Enfer mais une sorte de passage souterrain.

̶            Et quelque soit l’objectif qu’il poursuit, il a l’air de pensé que tu l’aideras à l’atteindre, Kurosaki-san.

̶            Hun ! Il peut toujours se fourrer le doigt dans l’œil.

̶            Je te demanderai dans les jours qui viennent d’être très prudent, Kurosaki-san. Dieu seul sait ce qui l’intéresse réellement chez toi, l’averti Urahara avec un regard insistant. Ichigo haussa un sourcil, mais ne protesta pas.

̶            Si vous avez fini, j’aimerais allez voir Tatsuki.

̶            Oui, tu peux y aller, mais pas longtemps, elle doit se reposer, l’autorisa le marchand.

Le jeune homme quitta la pièce sous le regard des deux autres shinigamis.

̶            Kuchiki-san, je te conseille de prévenir Soul Society dans les plus brefs délais, le Seireitei doit renforcer au maximum la sécurité dans les jours qui viennent. Tessai est en train de finaliser l’installation du matériel de communication dans ta chambre.

̶            Vous pensez que Soul Society risque une attaque ?

̶            Les chances sont très faibles, mais sait-on jamais, dit le marchand en referment son éventail. Faire le lien entre le meurtre de Tsubasa Ouri et l’apparition de cet homme serait pure conjecture, mais jusqu’à ce qu’on y voit plus clair, la prudence est requise.

̶            Si vous le dites, concéda la brune.

̶            Bien, quant à cette question que tu brules d’envie de me poser, je ne peux malheureusement pas te répondre, tu dois t’adresser à Kurosaki-san.

̶            Dire que vous avez failli être utile pour une fois, répliqua-t-elle en haussant un sourcil.

Elle croisa les bras et se détourna de Urahara pour refaire le point sur tout ce qu’elle venait d’apprendre. Avec un soupir las, elle en conclut que les seules nouvelles données qu’ils possédaient soulevaient d’avantages de questions, ce qui était extrêmement frustrant.

̶            Je te sens inquiète, nota Urahara.

̶            Pourquoi le serais-je ? Une meurtrière se balade librement dans le monde des humains, Ichigo a des problèmes avec son hollow, il est dans le collimateur d’un détraqué sorti de l’Enfer et mon frère est…

Elle s’interrompit.

̶            Le capitaine Kuchiki aurait-il des problèmes ?

Rukia ferma étroitement les yeux pour se redonner contenance, si elle voulait avoir une chance de tirer tout ça au clair, elle devait absolument garder la tête froide.

̶            Je dois faire mon rapport au capitaine Hitsugaya, prévenez-moi s’il y a du nouveau, dit-elle avant de quitter le salon.

Présent

̶            Merde, soupira Renji en réalisant la portée de ce que venait de lui raconter son amie.

̶            Tu l’as dit. J’ai rien trouvé sur Nadeshiko Ouri et ce Hisoku n’a plus donné aucun signe de vie…je t’avouerai que pour une fois, je ne sais pas quoi faire.

̶            Quoi, t’es sérieuse ? S’étonna Renji d’un air moqueur.

Piquée dans sa fierté, la Shinigami fronça les sourcils.

̶            D’accord, Monsieur le génie, tu ferais quoi si t’étais à ma place ?

̶            Je commencerai par le seul truc que je peux gérer en ce moment : Ichigo.

̶            Renji…..soupira en levant les yeux au ciel.

̶            Je suis sérieux, pourquoi tu ne lui demandes pas directement ce qui ne va pas avec son Hollow ?

̶            Parce qu’il ne veut pas me parler, c’est à peine s’il supporte d’être en ma présence, avoua-t-elle avec difficulté, comme si les mots restaient coincés dans sa gorge.

̶            Tu t’y attendais, non ?

̶            Ça ne rend pas les choses plus faciles pour autant.

̶            Peu importe, tu dois avoir cette discussion avec lui.

̶            Mais…

̶            Y’a pas de mais, fais-le c’est tout, n’oublie pas que tu es en mission.

Renji avait raison, son comportement était indigne d’une Shinigami, fuir ne servait à rien, tôt ou tard, elle devrait faire face à Ichigo.

̶            Ça fait bizarre.

̶            Quoi ?

̶            Que tu aies raison, pour une fois, répondit Rukia avec un sourire en coin.

̶            Ha ha, hilarant.

̶            Raconte-moi maintenant, qu’est-ce qui se passe à Soul Society ? Comment tu étais au courant pour le chrysanthème ?

Renji fronça les sourcils. Il regarda à gauche puis à droite avant de revenir à son téléphone.

̶            Renji ?

̶            Ecoute, je dois y aller, une mission de dernière minute, on se capte plus tard.

̶            Est-ce que nii-sama va bien, Renji…Allo ? Renji !

Le vice-capitaine avait déjà coupé. Rukia remit son téléphone dans sa poche, elle resta un moment immobile, à fixer la maison de l’ancien Shinigami remplaçant avant de faire un bon agile pour se retrouver sur le trottoir.

̶            A nous deux, Ichigo.

 

-BLEACH-

̶            Alors, qu’est-ce que tu en dis ?

Isshin abaissa le coin de son journal pour jeter un œil à sa sœur. Toute fière, elle fit un tour complet sur elle-même pour lui montrer son nouvel uniforme d’infirmière.

̶            Je ne sais pas où tu as trouvé cette horreur, mais halloween c’est dans deux semaines, dit-elle en reprenant la lecture de son journal.

̶            Baka ! répliqua-t-elle en lui donnant une tape sur la tête. Je me prépare pour ma première journée en tant qu’infirmière en chef de la clinique Kurosaki, expliqua-t-elle en faisant un salut militaire.

̶            Surement pas.

̶            Et pourquoi ça, je te prie ?

̶            Parce que je n’ai pas envie que l’ordre des médecins vienne fermer la clinique quand tu auras tué un de mes patients, répondit Isshin en buvant une gorgée de café.

̶            S’il te plait nii-san, je voudrais me rendre utilise, je veux aider les filles pour qu’elles aient plus de temps libre…en plus je ne veux pas qu’Ichigo croit que je joue les squatteuses.

̶            Tu ne joues pas, tu es une squatteuse…aie ! Arrête ça !

̶            Continue comme ça et tu seras admis dans ta propre clinique pour un traumatisme crânien, menaça-t-elle en brandissant le poing.

Isshin pinça les lèvres.

S’il accédait à sa demande, il avait peur que Nadeshiko ne transforme la clinique en foutoir, à l’image de la cuisine qu’il avait mis une heure à ranger après son passage.

D’un autre côté, s’il refusait, il risquait de l’avoir sur le dos toute la journée, et s’il y avait une chose pour laquelle sa sœur était douée, c’était bien emmerder son entourage jusqu’à obtenir ce qu’elle voulait.

̶            Alors ? s’impatienta-t-elle, les bras croisés.

̶            Bon, tu peux accueillir les patients et remplir leurs fiches d’informations, C’EST TOUT ! Ne touche à rien, surtout pas au matériel…

Sans lui laisser le temps de poursuivre, Nadeshiko applaudit joyeusement avant de sauter sur son frère pour l’embrasser sur la joue.

̶            Je te promets tu ne vas pas le regretter, dit-elle en sautillant avant de sortir de la cuisine.

̶            Ça reste à voir, grogna Isshin en reprenant la lecture de son journal.

Dans le vestibule, Nadeshiko s’arrêta devant le miroir au-dessus du meuble à chaussures.

Elle lissa le haut de son uniforme d’infirmière, et rajusta sa longue queue de cheval ébène.

En observant son reflet, Nadeshiko réalisa qu’elle allait être confrontée à des étrangers pour la première depuis de nombreuses années, des étrangers à qui elle pourrait parler librement, comme elle le voulait et de ce qu’elle voulait.

Personne ne regarderait au-dessus de son épaule, n’épierait ses gestes où ne noterait le moindre soupir de ses conversations. Ce nouveau sentiment de liberté insufflait en elle un souffle d’espoir qu’elle n’avait plus ressenti depuis longtemps, mais la panique réussit à retrouver son chemin et à troubler ce petit moment de bonheur :

Qu’est-ce qu’une assistante était sensée dire aux patients ? Et si elle faisait une gaffe ou qu’elle disait quelque chose de travers et se couvrait de ridicule ? Pire, si elle ne trouvait rien à dire ?

̶            Hahahahah, ne sois pas ridicule Nade, tu n’as jamais étais à court de mots dans ta vie, même quand tu étais seule tu te parlais à toi-même...d’ailleurs je suis en train de le faire, c’est vraiment bizarre, se dit-elle en se regardant dans le miroir.

Pas besoin de sortir de l’académie des Shinigami. Dans le pire des cas, elle n’aura qu’à appliquer la règle de trois : un sourire, dire bonjour, enchainer sur la météo et le tour sera joué.

̶             Respire, ça va bien se passer.

Elle sursauta quand elle surprit Ichigo en train de la regarder comme s’il s’agissait d’une créature à trois têtes.

̶            Tiens, bonjour Ichigo, belle journée, hein ?

Dehors, le tonnerre gronda et une pluie fine commença à goutter sur le toit de la clinique.

Le roux arqua un sourcil et hocha la tête d’un air blasé avant de rejoindre sa chambre pour se préparer.

̶            Quelle évolution ! Nous voilà passé de l’indifférence à l’animosité.

On sonna à la porte. Nadeshiko prit une profonde inspiration, et se dirigea vers la porte d’entrée.

̶            Bonjour, et bienvenu à la clinique Kurosa…

La brune se figea, les yeux ronds, le souffle absent.

Sur le pas de la porte se tenait une jeune fille habillée d’un jeans noir et d’un pull bleu assortie à ses yeux couleur de nuit. Elle avait peut-être l’air parfaitement humain, mais Nadeshiko pouvait sentir sa pression spirituelle même dans ce faux corps : c’était un shinigami.

Elle l’observait, en silence, la bouche entrouverte, sans doute aussi stupéfaite qu’elle l’était, elle ne s’attendait apparemment pas à la trouver ici.

Peut-être qu’elle ne la reconnaissait pas ? Non, impossible, à l’heure qu’il est tous les Shinigamis devaient être à sa recherche, et il y avait fort à parier que cette fille avait été envoyée sur terre spécialement pour ça…pourtant, elle ne bougeait, pourquoi est-ce qu’elle a l’air aussi choquée ?

̶            Nadeshiko, c’est qui ? Demanda la voix d’Isshin.

Profitant de ce moment d’Inattention, Nadeshiko se saisit du vase posée sur la console à l’entrée et le lança sur la shinigami qui sauta en arrière pour esquiver. Elle ferma la porte d’entrée et s’enfuit dans le couloir :

̶            Hadō no sanjū san : Sōkatsui !

Une explosion fit voler la porte en éclat et projeta Nadeshiko sur le sol.

La shinigami fonça vers elle et tenta de lui écraser le sternum avec le talon mais Nadeshiko la bloqua avec ses avant-bras et balaya ses jambes avec un coup de pied pour la faire tomber.

Nadeshiko se remit debout, et courut vers le salon mais la Shinigami lança un sort qui l’immobilisa :

̶            Bakudō no yon : Hainawa !

Un éclair jaune s’enroula autour de sa cheville et la fit tomber, la shinigami tira dessus comme sur une corde pour attirer Nadeshiko à elle et plongea sur elle avec ses poings.

Les deux jeunes femmes échangèrent et esquivèrent de nombreux coups avec violence. La shinigami saignait de l’arcade sourcilière et avait la lèvre inférieur tuméfiée, Nadeshiko la dominait jusqu’à ce que cette dernière la jette en arrière avec un puissant coup de pied à l’estomac qui la projeta sur la table basse en verre du salon.

Nadeshiko gémit de douleur, des débris de verre avaient éraflé son visage, son cou et ses avants bras. Elle saignait abondamment mais réussit à se mettre à quatre pattes pour s’enfuir quand la Shinigami referma son bras autour de son cou pour l’étrangler par derrière. La jeune femme essaya de se détacher, elle griffa l’avant-bras de la shinigami et lui donna des coups mais sans succès. Lentement, elle sentait sa conscience lui échapper quand les cris d’Isshin retentirent à l’entrée.

̶            Nadeshiko ! Non d’un chien qu’est-ce qui se passe, ici?! Hurla Isshin en arrivant dans le salon en trombe.

̶            Papa ! Hurla Ichigo qui descendait les escaliers en courant. Tu vas bien ?! Je prenais ma douche quand j’ai entendu une explo…Rukia ! s’étonna le rouquin en les rejoignant.

Profitant de la stupeur générale, Nadeshiko donna un coup de tête sur le nez de Rukia qui gémit de douleur avant de la lâcher.

Essoufflées, blessées et enragées, elles s’apprêtaient à se jeter au cou l’une de l’autre quand Ichigo et son père s’interposèrent :

̶            Je crois qu’on devrait tous faire une pause et se calmer, proposa Isshin en retenant sa sœur qui toussait abandonnement.

̶            Pousse-toi de là, Ichigo, cette femme est une criminelle, je dois l’arrêter.

̶            Tu veux l’arrêter…ou la tuer ? L’interrogea le rouquin en constatant l’état dans lequel se trouvait sa tante.

̶            Oh, doucement, dit Isshin en soutenant Nadeshiko qui menaçait de s’effondrer, très pale suite à l’importante quantité de sang qu’elle venait de perdre. Allons à la clinique pour examiner tes blessures.

̶            Elle n’ira nulle part, interrompit Rukia en repoussant le bras d’Ichigo. J’ai ici un mandat d’arrêt contre elle pour le meurtre de Tsubasa Ouri, dit-elle en leur montrant un papier qu’elle avait dans la poche. Je dois immédiatement la ramener à Soul Society où elle sera jugée pour…Ichigo, qu’est-ce que tu fais ? Rends-moi ça tout de suite !

Le rouquin qui mesurait vingt centimètres de plus qu’elle tenait le papier hors de sa portée. Il le déchira en quatre et jeta les morceaux pardessus son épaule.

̶            Papa, occupe-toi d’elle, moi je me charge de remettre la maison en ordre avant que les filles ne reviennent, dit Ichigo sans quitter Rukia des yeux, comme pour la défier d’intervenir.

Vu l’ambiance électrique qui régnait entre les deux jeunes gens, Isshin rechignait à les laisser seuls par peur de voir le reste de son salon réduit en miettes. Mais étant donné l’état de sa sœur, il n’avait pas le choix, il quitta donc le salon non sans lancer des coups d’œil inquiets derrière lui.

Rukia les suivait du regard, contrariée de voir sa cible risquait de s’enfuir alors qu’elle venait tout juste de la trouver.

Qui l’aurait cru : pendant tout ce temps où elle la cherchait, Nadeshiko Ouri était juste sous son nez. Dire qu’elle avait failli étendre les recherches au-delà de la ville de Karakura…mais que faisait elle chez les Kurosaki et pourquoi est-ce qu’ils la protégeaient ?

Doucement, il fallait qu’elle se calme, pensa-t-elle en prenant une profonde inspiration. Forcer les choses ne servira à rien, elle devait d’abord comprendre ce qu’il se tramait chez les Kurosaki avant de tenter quoique ce soit.

Un bruit sourd s’élevait dans la cuisine. Rukia y trouva Ichigo, la tête enfoncé dans le congélateur. Il en sortit un steak qu’il enroula dans une serviette avant de le lui tendre :

̶            Mets ça sur ta tête, dit-il d’une voix neutre.

Rukia ouvrit de grands yeux. Etant donnée l’hostilité qu’il lui avait manifesté jusqu’à présent, ce geste était inattendu…mais Ichigo était ainsi, imprévisible et toujours plein de surprise.

̶            Merci, murmura-t-elle en appliquant le steak sur son arcade sourcilière.

Sans ajouter un mot, Ichigo prit un balai et une pelle et s’attela à ramasser les débris de verre dans le salon, Rukia sur ses talons :

̶            Déchirer ce papier ne m’empêchera de faire mon travail Ichigo, tu le sais n’est-ce pas ?

̶            Ça ne m’empêchera pas de t’en empêcher.

Bravo, très mature, pensa-t-elle en haussant un sourcil.

̶            Qui est cette femme ? Qu’est-ce qu’elle fait chez toi, et pourquoi tu m’as dit que tu ne l’a jamais vu ? interrogea-t-elle en rafale, de plus en plus remontée face aux nombres d’informations que lui avait cachées le rouquin.

̶            Parce que je n’ai aucun compte à rendre à Soul Society, trancha-t-il en passant à côté d’elle sans la regarder.

̶            Sauf que là il ne s’agit pas de Soul Society, répliqua-t-elle en le retenant par le bras pour le forcer à lui faire face. Tu m’as menti Ichigo, à moi…je croyais qu’on était amis, ajouta-t-elle d’une voix qui se brisa légèrement malgré tous ses efforts pour rester neutre.

Des cachotteries, Ichigo en faisant beaucoup. Il se sentait toujours obligé de faire les choses par lui-même, sans impliquer personne de peur que quelqu’un se fasse blesser ou pire, il fallait toujours qu’il protège tout le monde. Mais le mensonge était quelque chose de nouveau entre eux, car depuis qu’elle le connaissait, le rouquin ne lui avait jamais menti. D’ailleurs pourquoi mentir, il n’en avait pas besoin, il savait qu’il pouvait tout lui dire, et c’est ce qui lui faisait le plus mal, elle n’avait pas réalisé à quel point leur relation avait changé.

̶            Amis ?! Répéta-t-il en repoussant sa main, ses yeux ambre crachant des éclairs de fureur. C’est ça ta définition de l’amitié, défoncer la porte pour détruire ma baraquer et tuer ma tante ?!

La réaction de Rukia n’aurait pas été différente s’il lui avait donné un coup de poing en plein estomac. Le steak s’échappa de sa main et tomba mollement sur le plancher :

̶            Impossible, ta tante…Nadeshiko Ouri est ta tante.

̶            Putain de merde, j’y crois pas ! Poursuivit le rouquin en donnant un coup de pieds dans une chaise. T’étais à deux doigts de la buter, juste comme ça ! dit-il en claquant des doigts. Il se serait passé quoi si on ne t’avait pas arrêté ? T’imagines si Yuzu et Karin étaient encore à la maison !

̶            Je n’avais pas le choix…elle s’est enfuit quand elle m’a vu…

̶            Elle avait peur ! Etre trainée à Soul Society pour s’y faire exécuter sans pouvoir se défendre n’a rien de réjouissant… je devrais même pas avoir à te l’expliquer, tu le sais mieux que personne.

Outrée, Rukia ouvrit et ferma la bouche plusieurs fois sans rien trouver à dire, elle n’arrivait pas à croire qu’il osait faire référence à sa quasi-exécution, des années auparavant.

̶            Ça c’est un coup bas Ichigo, t’as pas le droit de faire ça ! Répliqua-t-elle en le suivant dans la cuisine, ou il jeta les débris de verre dans la corbeille.

̶            Fallait bien que je te rafraichisse la mémoire, on dirait que t’as subit un lavage de cerveau depuis ta promotion.

̶            Qu’est-ce que tu veux dire ? Demanda Rukia, non sans une pointe d’anxiété.

̶            Depuis quand tu obéis aveuglément aux règles de Soul Society ? La Rukia que je connais ne condamnerait pas une personne sans chercher à connaitre la vérité, mais il faut croire qu’une babiole en ferraille à tout changer, dit-il avec amertume en tapotant le bras de Rukia ou devait se trouver son insigne.

̶            C’est parfaitement faux et tu le sais, je n’ai pas changé, affirma-t-elle avec assurance.

̶            Dans ce cas prouve-le !

̶            Je…Je ne peux pas faire ça Ichigo, mais…ta tante…le cas de Nadeshiko est différent du mien, une enquête est en cours pour rassembler des preuves, je veillerai personnellement à ce qu’elle ait un procès équitable, tu as ma parole.

Ichigo qui examinait ce qu’il restait de la porte d’entrée s’immobilisa soudain, Rukia fixait son dos avec anxiété, elle espérait qu’il devienne raisonnable et la laisse régler cette histoire…mais c’était mal le connaitre.

̶            Je vais être très clair Rukia. Nadeshiko dit qu’elle est innocente, et même si je ne la crois pas vraiment, elle mérite qu’on écoute sa version des faits avant de la traiter comme une criminelle. Si tu veux l’emmener à Soul Society, tu devras d’abord me passer sur le corps.

Il se tourna vers elle et Rukia put lire dans son regard qu’il était on ne peut plus sérieux. Elle, se battre contre Ichigo ? Si la situation n’était pas aussi grave, elle aurait volontiers éclaté de rire.

̶            Ne sois pas ridicule s’il te plait, il n’est pas question que je me batte contre toi ! protesta-t-elle avec colère

̶            Ce ne sera pas nécessaire.

Isshin se tenait sur le pas de la porte, les mains dans les poches, l’air grave.

̶            Nadeshiko accepte de répondre à toutes tes questions, Rukia-chan…mais pas ici, les filles vont rentrer et je ne tiens pas à ce qu’elles soient confrontées à ça, Urahara nous attend dans sa boutique.