chapitre 6

par Tentenette

 

CHAPITRE 6

 

Lorsque son père lui avait ordonné de se pointer à sept heures tapante pour diner, Ichigo ne s’était pas entendu à une soirée tranquille, car la normalité a toujours été une valeur aberrante chez les Kurosaki…

̶            Yuzu, prévois une chaise de plus, on a un invité ce soir.

̶            Un invité, qui ça ? Demanda la jeune fille d’un air étonné.

… mais de tous les scénarios qu’il aurait pu s’imaginer, il ne se serait certainement pas attendu à trouver la femme qui lui était tombée dessus la semaine dernière à moitié morte, assise au calme dans la salle à manger de son vieux :

̶            Salut, Ichigo, dit-elle avec un sourire éclatant en lui faisant de grands signes de la main comme s’il se trouvait à cinq cent mètres l’un de l’autre. Viens t’asseoir à côté de moi, l’invita-t-elle en tapotant la chaise à sa droite.

Planté devant l’entrée comme un parfait abruti, il resta là à la fixer, inconscient qu’un coup de pied super puissant était sur le point d’entrée en collision avec sa joue gauche.

̶            Tu te ramollis fils, c’était pourtant une petite pichenette très facile à contrer, même Karin aurait pu l’éviter, sermonna Isshin après avoir encastré la tête de son fils dans le mur de la cuisine.

̶            Putain le vieux t’es cinglé ! T’as failli me briser la nuque ! Hurla Ichigo en se redressant, une main sur sa joue endolori. Ils s’engagèrent ainsi dans un combat bruyant et énergique, royalement ignorés par Yuzu qui continuait à mettre la table en chantonnant, et Nadeshiko qui suivait le match père-fils d’un air perplexe.

̶            Ne faites pas attention, lui conseilla Yuzu. Ils sont toujours comme ça, c’est juste une manière virile et immature d’exprimer leur affection.

̶            Je…vois.

Mais le match ne continua pas longtemps, interrompu par un tacle magistral  qui fit s’envoler Isshin dans les airs pour atterrir sur son séant dans l’évier.

̶            Ça, c’est pour le « même Karin aurait pu l’éviter », déclara la jeune fille en époussetant nonchalamment son uniforme de collégienne.

̶            Belle…prise ma fille…tu es la digne héritière de ton père.

̶            Ce n’était pas une prise, ça s’appelle un « tacle ».

Quelques minutes plus tard, la famille Kurosaki était réunie autour de la table, Nadeshiko à la droite d’Isshin qui était en tête de table, et à côté d’Ichigo qui faisait tout pour ne pas croiser son regard.

̶            Les enfants, je vous présente Nadeshiko. Nadeshiko, voici Karin, Yuzu, et mon délinquant juvénile de fils, voilà, c’est tout, bon appétit, conclut Isshin d’un air grognon en se concentrant sur son bol de riz.

̶            Vous êtes qui, la nouvelle copine du vieux ? Interrogea Karin de but en blanc.

̶            Mais enfin Karin-chan, c’est très malpoli de le demander comme ça, intervint Yuzu.

̶            Tu vois une autre manière de le demander, en plus pourquoi papa serait le seul à nous coller la honte devant nos amis, ajouta la jeune fille avec un sourire sadique.

̶            Pas exactement en fait je suis... sa sœur, expliqua Nadeshiko avec un petit sourire gêné, consciente que la situation était plus que bizarre. Ce qui fait de moi votre tante, je m’appelle Nadeshiko Shiba, enchantée de vous rencontrer.

Ichigo fronça les sourcils, Shiba ? Il avait déjà entendu ce nom quelque part. Les jumelles étaient silencieuses. Yuzu ne ferait pas une tête différente si un hippopotame avait défoncé le mur de la maison pour venir saccager sa cuisine, et le regard scrutateur de Karin se déplaçait entre le visage grognon de son père qui semblait complétement fasciné par le contenu de son assiette, et le sourire gêné de Nadeshiko qui appelait son frère à la rescousse par d’indiscrets coups de coudes. Hormis ses yeux verts et sa peau pale, elle devait bien avouer qu’il y avait une certaine ressemblance entre les deux.

̶            Alors comme ça on a de la famille, reprit Karin avec un sourire sardonique en regardant son père, toujours occupé avec son bol de riz. Pourquoi est-ce qu’on a l’honneur de vous rencontrer que maintenant ?

Nadeshiko avait l’air surprise, elle commença à balbutier des explications peu convaincantes lorsqu’elle fut interrompue par Isshin :

̶            Des circonstances familiales ont fait que Nadeshiko et moi n’avons pas pu nous revoir depuis très longtemps, et vous serez gentils de ne pas l’importuner avec des questions inutiles, ajouta-t-il en jetant un regard appuyé à Ichigo qui haussa les épaules.

̶            Et vous arriver d’où, comme ça ? Poursuivit Karin en croisant ses bras sur la table, sans prêter attention à son père.

̶            Du Seireitei, répondit-elle avec un sourire qui disparut dès qu’Ichigo infligea un coup de pied à son tibia.

̶            Jamais entendu parler, ça se trouve où ?

̶            Dans le nord, répondit précipitamment Ichigo. C’est un village paumé au sommet d’une montagne dans le nord, pas étonnant que tu ne le connaisses pas.

̶            Je vois. On en a d’autres, de mystérieux cousins et cousines qui risquent d’apparaitre devant notre porte ?

̶            Apparaitre ici je ne pense pas mais effectivement, notre famille est très nombreuse, d’ailleurs tu me fais beaucoup penser à ma cousine Kuùkaku, je suis sure que vous vous entendriez très bien.

Ichigo avala de travers et une quinte de toux monstrueuse lui fit projeter le contenu de sa bouche sur Karin.

̶            La vache Ichi-nii tu ne pourrais pas faire gaffe, c’est dégoutant !

̶          Désolé, j’étais bien trop occupé à suffoquer, répondit-il en la foudroyant du regard entre deux quintes de toux.

C’est ça, pensa Ichigo, Shiba comme dans Shiba Kuukaku, alors ça voulait dire que…que lui et cette espèce d’abruti congénital de Ganju étaient…cousins ?!!

̶            Ecoutez, je sais que la situation est très étrange et que malgré tout je reste une étrangère pour vous, mais je voudrais que les choses changent et qu’on apprenne à se connaitre et…

Soudain, Yuzu qui n’avait pas prononcé un mot depuis le début de la conversation se leva brusquement de sa chaise, le visage baissé, caché par sa frange.

̶       Quelque chose ne va pas Yuzu ? Demanda son père.

̶       J’ai…j’ai…J’AI UNE TANTE ! Hurla-t-elle soudain en se précipitant sur Nadeshiko pour la sérer dans ses bras, les deux femmes sautillaient dans les bras l’une de l’autre en poussant des petits cris hystériques. Ichigo et son père échangèrent un regard incrédule et Karin leva les yeux au ciel.

̶       Oh, pitié, soupira-t-elle. Comme s’il n’y avait pas assez de cinglés dans cette maison.

̶       Et si je vous emmenez visiter la ville demain ? Proposa Yuzu en prenant ses mains dans les siennes. On pourrait aller à la patinoire ? Au cinéma ? Au centre commercial ? A moins que vous ne préfériez vous reposer à la maison, le voyage a dû être long…

̶       Je t’en prie ma chérie arrête de me vouvoyer, j’ai l’impression d’avoir cent ans, l’interrompit Nadeshiko en éclatant de rire.

̶       Plus ou moins quelques siècles, bredouilla Ichigo,…aie !

̶       Tu disais, mon cher neveu ? Interrogea Nadeshiko d’une voix sinistre en se tournant vers Ichigo qui massait son tibia endolori.

̶       Bon, ce n’est pas la compagnie mais moi j’y vais, je dois allez m’entrainer, déclara Karin en se levant de table.

̶       Tu t’entraines beaucoup, Nii-san m’a dit qu’après l’école tu allais au terrain chaque jour, s’étonna Nadeshiko. Elle le regretta amèrement en voyant le regard perçant que lui lançait Karin et qui criait « de quoi j’me mêle ? »

̶       Le tournoi inter-collège commence dans une semaine, il ne nous reste plus beaucoup de temps pour nous préparer, expliqua-t-elle en laçant ses chaussures devant l’entrée.

̶       Mais Karin-chan, tante Nadeshiko nous a apporté un gâteau, ce serait malpolie de partir avant de le goûter, intervint Yuzu.

̶       Tante Nadeshiko ? Répéta Ichigo en haussant un sourcil, il ne lui a pas fallu longtemps pour se faire à l’idée, celle-là.

̶       En réalité c’est moi qui l’aie fait. J’étais partie sur un gâteau au chocolat puis j’ai changé d’avis au milieu de la recette pour une tarte aux fraises, au final ça a donné quelque chose entre les deux alors je l’ai baptisé le gâteau surprise, expliqua Nadeshiko avec un rire nerveux.

̶       Merci mais je passe mon tour, les surprises c’est pas vraiment mon truc, répliqua Karin en lançant à Nadeshiko un sourire ironique. Elle mit sa casquette et jeta nonchalamment le filet de son ballon de foot sur son épaule.

̶       A plus, lança-t-elle avant de claquer la porte.

̶       Bon et bien moi, je vais chercher le gâteau et les couverts, ne bougez pas, chantonna une Yuzu toute sourire en s’envolant vers la cuisine.

̶       Et pour fêter ça, je vais ouvrir une bouteille, ajouta Isshin en quittant la table.

Ichigo et Nadeshiko se retrouvèrent seuls dans la salle à manger. Le roux pointait sur sa tante un regard tellement aigu qu’il s’étonnait de ne pas voir un trou apparaitre entre ses deux yeux. Nadeshiko quant à elle, semblait ne pas l’avoir du tout remarqué, elle souriait de toute ses dents comme une bienheureuse, ce qui mettait Ichigo d’autant plus hors de lui :

̶            Sérieux, le Seireitei ?! S’emporta le jeune homme à mi-voix pour ne pas alarmer Yuzu. Dites-leur que vous descendez du royaume des morts, pendant que vous y êtes ?

̶            Désolée, je me suis laissé emporter, s’excusa-t-elle en se donnant une petite tape sur la tête. Je croyais que Nii-san leur avait expliqué…

̶            Que quoi ? Que leur père est un Dieu de la mort vieux de cinq-cents ans ou que leur frère passe ses weekends à découper des monstres avec un sabre géant ? Grinça Ichigo d’un ton venimeux.

Nadeshiko perdit son sourire, quelque chose lui disait que le soudain changement d’humeur de son neveu n’était pas seulement dû à sa maladresse durant le diner.  

̶            Tu es en colère, c’est normal, je le comprends tout à…

̶            Arrêtez votre petit numéro de psy à la noix et expliquez-moi plutôt pourquoi la Soul Society vous recherche pour meurtre.

Il s’était levé de sa chaise et avait les deux mains posées à plat sur la table, le visage en avant, comme un fauve prêt à bondir sur sa proie.

̶            Je vois, alors ils sont déjà là…je pensais avoir plus de temps.

̶            Plus de temps pourquoi, de quoi vous parlez ?

Nadeshiko battit des paupières, la voix de son neveu l’avait tiré de ses pensées.

̶            Pour le moment je ne peux rien te dire, mais tu dois me croire Ichigo je n’ai absolument rien fait, je suis innocente, affirma-t-elle en le regardant droit dans les yeux.

̶            Si vous l’étiez vraiment, pourquoi vous vous êtes barrée de Soul Society pour vous cacher ici ? Donnez-moi une seule bonne raison de vous croire.

̶            Parce que je suis ta tante, voilà pourquoi.

̶            Ah non, je vous arrête tout de suite, l’interrompit Ichigo en levant la main. Vous êtes peut-être la sœur de mon père mais ça ne fait pas de nous une famille, je vous connais même pas.

̶            Ecoute Ichigo, murmura Nadeshiko en regardant nerveusement du côté de la cuisine. Ce n’est pas le moment de parler de ça, Yuzu peut revenir à n’importe quel moment, mais su tu me laissais le temps je pourrais tout t’expliquer.

̶            Je m’en tape de vos histoires, tout ce que je veux c’est que vous restiez loin de mes sœurs.

Stupéfaite, Nadeshiko resta immobile quelques secondes, la bouche entrouverte :

̶            Alors, tu…tu comptes me dénoncer à Soul Society?

Les mains dans les poches, Ichigo tourna la tête de côté, comme s’il ne pouvait affronter ce regard en lui disant ce qu’il s’apprêtait à dire :

̶            Malgré tout, vous restez la sœur du vieux et j’suis pas du genre à coopérer avec Soul Society, ni avec qui que ce soit d’ailleurs, alors…l’idéal ce serait que vous ne restiez pas dans le coin trop longtemps.

̶            Je vois, c’est très généreux de ta part… et si c’est ce que tu veux, je partirai.

Pour la première fois depuis le début du diner, Ichigo la considéra avec attention, en tant que personne et non pas selon le danger potentiel qu’elle représentait. Elle avait coiffé sa longue chevelure noir bleuté en une épaisse tresse sur le côté, et portait une robe d’été couleur menthe à l’eau, assortie à ses yeux. Elle avait passé l’après-midi à faire la cuisine, et depuis qu’il était arrivé, son sourire n’avait jamais quitté ses lèvres. Elle avait fait un effort, pour leur plaire, pour amorcer un contact…ou pour s’assurer un abri le temps de faire Dieu seul savait quoi.

Pourtant à cet instant, elle avait l’air triste, ses yeux étaient même humides. Sans oser croiser le regard d’Ichigo, elle lissa machinalement sa serviette de table sur ses cuisses et tourna le verre à pieds devant son assiette. Ichigo se demandait ce qu’il pouvait se passer en ce moment dans sa tête, est-ce qu’elle réfléchissait à un endroit où se mettre à l’abri ? Y en avait-il seulement un sur terre, dans Soul Society, ou n’importe où ailleurs dans le monde ?

Soudain, son portable sonna. Comme il s’y attendait, la petite lumière rouge signalant l’apparition d’un hollow clignotait sur l’écran de son téléphone.

̶            Faut que j’y aille, dites à Yuzu qu’un de mes amis m’a appelé pour une urgence.

Et sans lui accorder un autre regard, Ichigo s’éclipsa. Isshin revint quelques minutes plus tard, une bouteille de vin rouge à la main.

̶            Alors, comment ça s’est passé ? Demanda-t-il en versant le liquide écarlate dans un verre à pied.

̶            Pas trop mal, répondit Nadeshiko en émiettant son morceau de pain avec de petits gestes secs. Karin me déteste et Ichigo m’a clairement signifié qu’il ne voulait pas de moi ici.

̶            Ne fais pas attention à mon idiot de fils, c’est à moi qu’il en veut, tu peux rester ici autant que tu le souhaites.

Nadeshiko lui adressa un petit sourire de remerciement, mais au lieu de se saisir du verre que lui tendait Isshin, elle se décala vers la gauche et attrapa la bouteille qui ne serait pas de trop pour lui faire digérer cette soirée.

******

La sonnette retentie, pratiquement inaudible au milieu de la musique et du brouhaha des conversations.

̶            J’y vais ! S’écria Tatsuki en jouant des coudes pour se frayer un chemin entre les invités. Elle espérait que ce n’était pas encore la voisine qui venait leur demander de baisser le volume.

̶            Comme promis Misato-san, la fête sera terminée avant minuit…

Elle s’interrompit, les traits figés, toute trace de sourire avait disparu de son visage.

̶            Bonsoir, répondit Rukia avec un sourire.

̶            Kuchiki-san ? S’étonna Tatsuki, les yeux ronds. Mais, qu’est-ce que tu fais ici ?

̶            J’ai croisé Inoue à l’université il y a deux jours et elle m’a invité.

̶            Orihime, répéta Tatsuki. Elle t’a invitée, dit-elle d’un air incrédule en haussant les sourcils, comme si Rukia venait de sortir l’énormité du siècle.

̶            Euh…oui…quelque chose ne va pas ? Interrogea Rukia, le front plissé.

̶            Non, non, rien du tout ! Répliqua-t-elle précipitamment avec un sourire qui rappelait à Rukia des ongles crissant sur un tableau noir. Entre, je t’en prie.

Tatsuki se décala enfin sur le côté pour laisser passer la shinigami, elle la remercia d’un signe de tête et pénétra le studio. En tout, une vingtaine de personnes étaient rassemblées dans le salon, dansant sur une musique entrainante ou discutant en petits groupes, un verre à la main. Rukia ne connaissait pratiquement personne, c’est donc tout naturellement qu’elle se tourna vers sa droite, là où elle pensait trouver Tatsuki mais la brune s’était déjà éclipsée. C’est avec soulagement qu’elle repéra la table du buffet au fond de la pièce, elle s’y précipita histoire de faire sans blanc d’être occupée à faire autre chose que la potiche de service.

De son côté, Tatsuki avait tracé droit vers la cuisine, là où sa colocatrice concoctait elle ne savait quelle panachage infâme qu’elle serait seule à manger.

̶            Tatsuki-chan, tu tombes bien ! S’exclama-t-elle en lui tendant une cuillère en bois couverte d’une mixture verdâtre. J’ai remplacé le concombre par du topinambour et pour équilibrer les saveurs, j’ai ajouté du coulis de cassis, qu’est-ce que tu en penses ?

Tatsuki repoussa la cuillère avec une grimace, se demandant bien par quel miracle gustative des pommes de terre pouvaient se manger accompagnées d’une confiture de fruits rouges.

̶            Laisses tomber le coulis de cassis et dis-moi plutôt ce qu’« elle » fait ici ? Interrogea Tatsuki d’une voix furieuse en pointant son pouce derrière elle.

̶            Kuchiki-san ? C’est moi qui l’ait invité, j’ai pensé que les autres seraient content de la voir après tout ce temps, expliqua-t-elle en ouvrant un sachet de crackers au fromage.

̶            Tu as pensé, répéta Tatsuki d’un air effaré. Et au fait qu’Ichigo est maintenant ton mec, et que ces deux-là ont toujours eu une relation pas très nette, tu y as pensé aussi ?

̶            Hun, de quoi tu parles ? Demanda-t-elle en versant les crackers dans un saladier couvert de motifs de fraises.

̶            Je ne sais pas pour toi, mais moi ça m’inquiète de la voir roder dans le coin, déclara Tatsuki en fixant intensément la jeune femme qui venait d’être accostée par un Keigo surexcité. Chaque fois que cette fille débarque à Karakura des trucs bizarres se passent : entre les monstres qui détruisent la ville et les bonhommes en tenue de samouraïs qui se battent avec des sabres y’a de quoi se poser des questions.

̶            Kuchiki-san est en mission, Soul Society l’a envoyé à la recherche d’une femme qui aurait commis un meurtre, elle voulait savoir si on l’a aperçu à Karakura…d’ailleurs je trouve qu’Ichigo est un peu bizarre depuis qu’on l’a vu, nota la jeune femme en trempant un doigt dans sa sauce pour la gouter.

̶            Ah, tu vois ! S’écria-t-elle en point son index vers elle d’un geste accusateur. Ça ne fait que confirmer ma théorie, crois-moi, plus cette fille se tiendra loin de vous mieux ce sera.

̶            Oh, les filles, tout est en place on attend plus que vous ! Héla la voix de Mizuhiro dont la tête apparut derrière la porte de la cuisine.

Orihime attrapa le saladier de crackers et le bol de sauce dans une main, et tira sa meilleure amie vers la sortie de l’autre en s’esclaffant joyeusement.

̶            Tu te fais du souci pour rien, Kuchiki-san est notre amie.

Désespérée par la naïveté de son amie, Tatsuki secoua la tête mais n’insista pas, qu’elle ait tort ou raison, seul l’avenir le dira.

*******

Cela faisait cinq minutes que Keigo monologuait sur une série qui portait apparemment sur des « zombies », trop excité pour remarquer que Rukia, qui ne l’écoutait au départ que d’une oreille, ne lui prêtait plus aucune attention.

De l’autre côté du salon, près de la porte-fenêtre qui donnait sur un petit balcon, Ichigo discutait avec des amis, une bière à la main. Rukia savait qu’il n’était pas très friand de ce genre de soirée, trop de monde, trop de bruit, pas le genre d’ambiance qu’il appréciait d’habitude. Mais ce soir quelque chose était différent, il semblait préoccupé, nerveux, son sourire était crispé et il répondait à peine quand on s’adressait à lui, elle se demandait ce qui pouvait bien lui trottait dans la tête ? Rukia croisa les bras en fronçant les sourcils, son état n’allait pas lui faciliter la tâche. En venant à cette soirée, elle voulait avoir « la » discussion avec Ichigo, celle-là même ou elle devra supporter de se faire traiter de tous les noms en faisant sans blanc d’être ce qu’il l’accusait d’être, c’est-à-dire une fausse amie et une opportuniste, comme Soul Society qui ne s’intéressait de nouveau à lui que parce qu’il avait récupérer ses pouvoirs. Mais elle n’avait pas le choix, elle devait en passer par là pour le bien de sa mission et surtout son bien à lui, il ne devait pas connaitre la vérité…

̶            …t’en pense quoi ? Interrogea soudain Keigo.

̶            Quoi ? Oh, ça à l’air…intéressant.

̶            Carrément ouais, s’extasia Keigo, des étoiles dans les yeux. Finalement on a pleins de points en commun Kuchiki-san, faudrait qu’on se fasse une soirée Netflix un de ces jours, vous avez pas ce genre de trucs à Soul Society, je me trompe ?

A cet instant, une voix retentit dans ce qui semblait être un amplificateur de voix. Un jeune homme à la musculature fièrement exhibée sous un T-shirt «trop » près du corps, se racla la gorge d’un geste théâtrale pour attirer l’attention des invités.

̶            Regardez qui voilà, « m’as-tu vu » Hikari, grommela Keigo en faisant la moue.

̶            Encore un nouvel ami ? Questionna Rukia qui avait décidemment du mal à se faire à toutes ces nouvelles têtes.

̶            Hé, c’est méchant, Kuchiki-san, pas moyen que je sois ami avec ce…ce…ce pseudo-sportif décérébré, conclut Keigo en croisant ses bras d’un geste boudeur. Quelques personnes autour d’eux lui jetèrent un regard en biais, et Rukia se dit qu’un de ces jours Keigo finirait par s’attirer de gros ennuis, et se mettre à dos une salle remplie de ceinture noire de Karaté en était un bon exemple.

 

̶            Comme vous le savez tous les amis, ce soir nous sommes réunis en l’honneur d’une jeune femme très spéciale, aussi belle que talentueuse qui a réussi à se hisser au sommet de son art. Maintenant, tout ce qu’on peut lui souhaiter, c’est de remporter la plus grande consécration pour un sportif de haut niveau car elle aura l’honneur de défendre les couleurs du Japon aux prochains jeux olympiques, une ovation messieurs dames pour Tatsuki.

 

̶            Pfff, quel crâneur, il se croit où, dans un Show télévisé, marmonna Keigo avec humeur.

Tandis qu’une salve d’applaudissement  et des sifflements s’élevaient dans le petit salon, Tatsuki prit timidement la main que lui tendait le dénommé Hikari pour l’attirer vers lui :

̶            Merci à tous d’être venus…je ne sais même pas pourquoi je parle dans un micro, dit-elle en lançant à Hikari un sourire incertain. Je suis très touchée de vous voir tous ici ce soir et je suis aussi triste de vous quitter, vous me manquez déjà, n’oubliez pas de passer de temps à autres pour vérifier qu’Orihime à bien arroser mes plantes, et qu’elle ne s’est pas empoisonnée avec une des recettes dont elle a le secret, ajouta-t-elle en lançant un regard complice à sa meilleure amie qui lui tira la langue. Et merci encore pour…

Elle s’interrompit. Soudain, toutes les lumières s’étaient éteintes et un murmure parcourut l’assistance.

̶            Euh, les gars, vous me faites quoi, là ? Interrogea nerveusement Tatsuki.

Quelques secondes plus tard, d’une même voix, tout le monde entonnait « joyeux anniversaire » alors qu’Orihime fendait la petite foule, un énorme gâteau recouvert de bougie entre les mains.

̶            Mais, qu’est-ce que…mon anniversaire est dans deux mois ! s’exclama Tatsuki en avisant le gâteau d’un air ahuri.

̶            On le sait, mais comme tu seras encore à Hong Kong pour ton entrainement Orihime-chan a décidé de le faire à l’avance, expliqua Mizuhiro.

̶            On ne devrait jamais être seul le jour de son anniversaire, alors c’est comme si tu emportais un peu de nous avec toi dans ton cœur, expliqua la rousse.

̶            C’est…c’est vraiment génial, je ne sais pas quoi dire, merci encore, murmura Tatsuki qui retenait difficilement ses larmes.

Les bougies furent soufflées et la lumière rallumée. Tandis qu’Orihime distribué avec Chizuru et Mahana les parts de gâteaux, les invités donnaient leurs présents à Tatsuki. Dans son coin, Keigo tripotait un petit paquet rouge, guettant avec appréhension le moment où il y aurait moins de monde autour de la jeune fille.

̶            C’est pour cet anniversaire ou celui de l’an prochain ? Taquina Rukia.

̶            J’aimerais bien t’y voir Kuchiki-san, faut juste que je trouve le bon moment.

̶            Alors Asano, on à la tremblote…oh mais qu’est-ce que tu tiens là ?

̶            Fiche le camp Hikari, c’est pas tes oignions…hé !

Avant que Keigo ait eu le temps de protester, Hikari se saisit de son cadeau et l’envoyer en direction de Tatsuki :

̶            Tatsu, attrape !

̶            Qu’est-ce que c’est ? Demanda la jeune fille en regardant la boite d’un air intrigué.

̶            C’est ton pote Yago qui l’a ramené pour toi, sympa hein ? Se moqua Hikari en trainant Keigo de force vers elle.

̶            Je m’appelle Keigo, et c’est Asano pour toi.

Le jeune homme se serait bien enfui à toutes jambes pour se cacher quelque part, très loin, là où tous oublierait jusqu’à son existence mais cet abruti d’Hikari mesurait dix bons centimètres de plus que lui et sa solide poigne exerçait une emprise douloureuse sur l’épaule de Keigo, le seul exploit dont il était capable actuellement est de ne pas hurler de douleur devant Tatsuki. La jeune femme entreprit de défaire la petite boite de son papier rouge, elle y découvrit un porte-clefs en argent finement ouvragée, de la forme d’un dragon.

̶            C’est…, commença Tatsuki en battant plusieurs fois des cils, l’air décontenancé.

̶            Oh c’est trop mignon, une cocote en ferraille, tu l’as trouvé où, dans une boite de céréales ? Railla Hikari en essayant de saisir de l’objet en question, mais il se fit aussitôt repousser par Tatsuki qui ne lui accorder pas le moindre regard.

Ce dragon, c’était le même qui lui avait tapé dans l’œil dans une boutique à Okinawa, pendant leur voyage scolaire en terminale, avec une pierre de lune à la place du cœur du dragon, elle trouvait que c’était le symbole parfait pour son prénom, malheureusement, elle n’avait pas eu les moyens de l’acheter ce jour-là.

̶            C’est…c’est dingue, t’as pas oublié ? Pourtant, ça fait quand même…

̶            Un an et sept mois…je veux dire, plus ou moins j’ai pas vraiment compté, non ça ferait un peu psychopathe, bafouilla maladroitement Keigo. Mais il se fit interrompre par un geste à la fois doux et d’une violence dévastatrice par les effets qu’il provoqua dans le corps de Keigo. L’œil vague et la bouche ouverte comme s’il avait été soudain privé de son cerveau, Keigo passa lentement ses doigts sur sa joue, à l’endroit où l’avaient effleuré les lèvres de Tatsuki. Rukia, qui était à côté de lui, en profita pour la féliciter :

̶            Mes félicitations, Arisawa, si j’avais su j’aurais apporté un présent.

̶            Ne t’en fais pas Kuchiki-san, ta présence est amplement suffisante, ajouta Tatsuki avec un sourire forcé qui laissa Rukia perplexe. Sentant l’orage arriver, Orihime se précipita pour désamorcer le malaise.

̶            Kuchiki-san, je suis contente de te voir, tiens, pourquoi tu n’irais pas manger ton gâteau en compagnie d’Ichigo, je l’ai vu sortir par le balcon, vous avez sans doute des tas de choses à vous raconter depuis tout ce temps…voilà, c’est par là ! Ajouta-t-elle en lui mettant deux assiettes dans chaque main et en la poussant littéralement vers le balcon. En s’éloignant, Rukia crut entendre Arisawa lui dire qu’elle « allait le regretter plus tard », elle se demandait à quoi elle faisait allusion.

*****

Les yeux fermés, Ichigo tentait de calmer son esprit en appréciant l’air frais du soir qui glissait sur son visage. Mais à peine a-t-il eu le temps t’entamer ce processus laborieux qu’une drôle d’énergie vint le perturber. Bien que sa maitrise du reiatsu restait médiocre, il n’avait pas besoin de se retourner pour savoir que Rukia se dirigeait en ce moment même vers lui, et sans qu’il ne sache vraiment pourquoi, ce fait suscita chez lui une colère sourde qui s’apparentait à des brulures d’estomac :

̶            Yo, Ichigo, tu veux une part du gâteau ?

̶            Pas faim, merci, répondit-il avec humeur sans se retourner.

̶            Pourquoi tu ne rejoins pas les autres à l’intérieur, tu ne profites de rien dans ton coin ?

̶            J’espérais pouvoir rester seul mais apparemment c’est raté, marmonna le rouquin en buvant une gorgée de bière. La vice-capitaine sentit presque aussitôt une veine palpitait au niveau de sa tempe, non mais pour qui se prenait-il, ce gamin insolent ?

̶            Pas la peine de monter sur tes grands chevaux, paysan, tu devrais te sentir honoré que je me préoccupe de toi, ajouta la Kuchiki qui tourna les talons et, le nez fièrement pointé en l’air, regagnait le salon. Le paysan de son côté s’apprêtait à lui dire le fond de sa pensée lorsque un sentiment oppressant s’empara de lui. Il s’immobilisa, scrutant le ciel nocturne où seul le croissant de lune brillait derrière quelques nuages. Soudain, son portable se mis à sonner, puis celui de Rukia. Il vérifia son écran et la lumière rouge qui signalait l’apparition d’un hollow clignota durant quelques secondes puis disparut. Il fronça les sourcils.

̶            Que s’est-il passé ? Demanda Rukia en se rapprochant d’Ichigo.

̶            J’en sais rien, le signal a brusquement disparu, ce soir c’est le tour de garde de Chad, il s’en est peut-être occupé…

Le téléphone se remit à bipper et sur l’écran, la lumière rouge apparut, pour disparaitre encore et réapparaitre tout de suite après…

̶            C’est quoi ce délire ? Interrogea Ichigo d’une voix déconcertée.

Rukia fronça les sourcils, elle posa les deux assiettes à terre et se rapprocha du rouquin pour examiner l’écran du téléphone. La lumière continuait d’apparaitre et de réapparaitre à des endroits opposés et apparemment aléatoires.

̶            Ça n’a aucun sens ! S’exclama Rukia, les hollows ne chassent pas de cette manière, comment peut-il se déplacer aussi vite ?

Soudain, un grondement fit trembler la terre sous leur pieds, suivit d’un autre, et encore un autre, à rythme régulier, comme les pas d’un géant qui avançait dans leur direction. Puis pendant quelques secondes où Ichigo et Rukia retinrent leur souffle, plus rien. Les deux shinigamis échangèrent un regard, dans le silence, seul le murmure des conversations et la musique leur parvinrent du salon. Alors qu’ils pensaient le danger écarté, le ciel nocturne se déchira et la pointe d’un gigantesque nez blafard surgit des ténèbres. Un Menos Grande d’une vingtaine de mètres apparut, et de sa gueule d’où se dégageait une épaisse fumée violette, un cri lugubre s’éleva, forçant Ichigo, Rukia, Tatsuki, Orihime, Keigo et Mizuhiro à se boucher les oreilles.

Pendant que le rouquin regagnait le salon à la recherche de son Mode Soul, Rukia s’était déjà transformé en shinigami pour s’élancer de toit en toit vers le Menos.

En se rapprochant, la vice-capitaine vit que plusieurs hollows de moindre niveau étaient rassemblés à ses pieds. Une flèche de lumière bleue volant à toute allure en transperça plusieurs, tandis qu’une brusque explosion fracassa le crane d’un énorme hollow en forme de mante-religieuse.

̶            Chad, Ishida, est-ce que tout va bien ? S’enquit Rukia en dégainant son sabre.

̶            Disons qu’on a connu pire, répondit le Quincy en armant de nouveau son arc. Heureusement pour nous le Menos n’a toujours pas bougé.

̶            Occupons-nous d’abord des hollows, pour le reste on avisera après.

Le combat fut rapide et les trois amis n’eurent aucun mal à venir à bout de leurs ennemis. La dernière flèche décochée par Ishida n’atteint jamais sa cible, le hollow gisait aux pieds de son ennemi avant qu’elle ne l’atteigne. Elle créa un énorme cratère dans le mur du centre commercial sur le toit duquel ils se trouvaient :

̶            Oups, dit Ichigo en observant les passants s’enfuir en hurlant.

̶            A défaut d’être ponctuel, évite d’assassiner des innocents quand tu daignes enfin nous rejoindre, Kurosaki.

̶            …et comme je te l’ai déjà fait remarqué, occupe-toi de ton cul, Ishida ! Répliqua le shinigami en replaçant ses deux mains sur la garde de Zangestu, son regard féroce concentré sur l’énorme monstre face à eux. Si on se bat ici ça va foutre un sacré bordel, faudrait trouver un moyen de l’attirer hors de la ville.

̶            Ça ne sera pas nécessaire, déclara une voix d’homme caverneuse. Les quatre amis sursautèrent, regardant partout autour d’eux pour voir d’où elle provenait. Hé, c’est là-haut que ça se passe !

Soudain, une silhouette d’homme atterrit juste devant eux. Entièrement vêtu de noir avec une cape rabattue sur ses épaules, il devait bien mesurer deux mètres et ses bras étaient d’une longueur anormale. Ses yeux étaient entièrement noirs et son visage, à moitié dissimulé par une capuche noir, arborait une peau jaunâtre et ravagée par d’innombrables cicatrices, dont une très grande qui lui barrait l’œil gauche.

̶            Personne ne va attirer personne nulle part, c’est juste une petite visite amicale, pas vrai Mikey ? Demanda l’homme en levant sa tête vers le Menos.

En réponse, le Menos poussa un grognement qui provoqua une violente bourrasque de vent.

̶            Excusez-le, il est un peu soupe-au-lait quand il n’a pas eu ses huit heures de sommeil.

̶            Qui es-tu ? Interrogea Rukia d’une voix ferme.

̶            Mon nom est Hisoku…et je suis venu de très loin pour te rencontrer, Kurosaki Ichigo.

Rukia qui se tenait juste derrière Ichigo, échangea un regard perplexe avec Ishida et Chad.

̶            Alors tu t’es déplacé pour rien, répliqua Ichigo, on va vite te réexpédier chez toi avec ta sale bestiole.

̶            Inutile d’être aussi agressif, dit Hisoku avec un sourire carnassier qui révéla une rangée de dents jaunes et acérées. Je te l’ai dit, je ne suis là que pour discuter.

̶            Et si j’ai pas envie de t’écouter ?

̶            Pour l’instant, tu dois juste observer.

Hisoku tendit son interminable bras en l’air et une gigantesque hallebarde d’un noir tellement intense qu’elle semblait taillée dans les ténèbres, apparut dans sa main. Il la planta violemment dans le sol et cinq personnes en sortirent brusquement : une jeune fille en uniforme de collégienne, une vielle dame en fauteuil roulant, un homme en costume cravate d’une cinquantaine d’année, un jeune homme avec un casque de moto et…

̶            Ichigo ?

̶            Ta…Tatsuki, qu’est-ce que tu fais ici ?

La jeune fille ne répondit pas. Comme tous les autres, elle était en état de choc, ignorant comment elle était arrivée sur ce toit ni ce qu’elle y faisait.

̶            Regardez leur poitrine ! s’exclama Ishida.

Une chaine noire attachée à l’endroit où se trouvait leur cœur s’allongeait jusqu’à disparaitre dans le sol. D’un seul coup, Ichigo pâlit alors que son sang son sang se figeât dans ses veines :

̶            Détends-toi mon grand, ce ne sont pas des fantômes, répondit Hisoku, comme s’il avait lu dans ses pensées. C’est la chaine du destin, et contrairement à celle du Karma, elle ne les rattache pas à leur corps physique mais à un monde sombre et chaotique peuplé de créatures effrayantes qui se trouve loin, très loin sous nos pieds.

̶            C’est quoi ce cirque, qui êtes-vous ? Et que faisons-nous ici, répondez ? Demanda l’homme en costumes d’un ton autoritaire. Mais personne ne fit attention à lui, Hisoku, Ichigo et les autres continuaient à se fixer, à se jauger en silence, et même s’il ne se sentait pas directement menacé, Ichigo savait que quelque chose de terrible était sur le point de se produire.

Hisoku s’adossa nonchalamment contre le manche métallique de son arme en croisant les bras.

̶            Normalement à sa naissance, chaque être humain possède une place au paradis, que vous appelez maintenant Soul Society, et une en enfer, le Jigoku, et ces actions durant sa vie déterminent où il sera envoyé au moment de sa mort. Mais ça, c’était avant que le Gotei treize ne débarque et se mette à foutre le bordel avec ses nouvelles règles à la con, règles qui soit dit en passant n’arrangent qu’eux…mais ça nous en parlerons un autre jour. Mesdames et Messieurs, j’ai l’indicible honneur de vous annoncer que vous allez tous mourir ce soir…

̶            QUOI ?! Interrogea Ichigo d’une voix forte.

̶            Un peu de patience, j’y arrive…

̶            Ta gueule ! Laisses-les partir, cracha Ichigo tandis que des particules spirituelles bleues et rouges jaillissaient de son corps. Rukia tiqua, ce reiatsu, il était différent de celui qu’il possédait avant. Il était hostile, menaçant presque démoniaque.

̶            Ha-ha, j’y réfléchirai à deux fois si j’étais toi, déclara Hisoku en pointant son index vers le haut, là où le Menos Grande armé un puissant Cero dans sa bouche.

̶            D’ordinaire Mikey est doux comme un agneau mais il n’apprécie pas tellement qu’on menace son maitre, alors si tu ne veux pas voir la moitié la ville réduite en cendres, je te conseille de te poser là et de regarder.

En apercevant le Menos, la fille en uniforme de collégienne poussa un cri en tombant sur les fesses, imitaient par le garçon au casque et l’homme en costume qui voulut s’enfuir, mais fut ramené violemment en arrière par sa chaine du destin.

̶            Enfoiré, tu te fous de notre gueule, tu crois qu’on va rester là sagement à te regarder les tuer !

̶            Je croyais que vous étiez là seulement pour discuter, intervint Ishida d’une voix posée pour calmer les choses.

̶            Et c’est exactement ce que je fais. J’ai dit qu’ils allaient mourir, pas que j’allais les tuer, je n’ai rien à voir avec cette décision, je suis juste un exécutant.

Il se rapprocha ensuite de la jeune fille au sol, qui glissa maladroitement pour s’éloigner de lui, complétement terrorisée.

̶            Je vous offre une chance de changer votre destin, si l’un d’entre vous à un péché a expier qu’il se confesse avant qu’il ne soit trop tard, dit-il d’un ton qui était devenu grave et solennel.

̶            Tout ceci est ridicule, intervint la vieille dame d’une voix guindée en triturant nerveusement son collier de perles. Je vous ordonne de nous relâcher immédiatement ou sinon j’appelle la police !

̶            Vous êtes aveugle ou quoi, intervint le garçon qui avait retiré son casque de moto. Vous avez pas compris que ces gens n’étaient pas normaux, vous croyez vraiment que la police va vous croire !

̶            Je…je veux rentrer chez moi, sanglota la jeune fille en entourant les jambes de ses bras.

̶            Cette fois ça suffit, vous allez immédiatement nous relâcher ou vous allez le regretter ! Menaça l’homme en costume en se précipitant sur Hisoku, il s’immobilisa à quelque centimètres de lui le regard vide et tomba soudain à genoux.

̶            Vous auriez dû avouer quand il en était maintenant…maintenant vous allez souffrir.

Soudain l’homme se mit à se tordre dans tous les sens, ses mains se rapprochaient de sa bouche en tremblant comme s’il tentait de les maitriser et soudain, il se mit à les mordre, à s’arracher la peau des doigts en criant de douleur et plus il hurlait, plus ses gestes étaient incontrôlables. Ses os dénudés, exposés au milieu de la chair et du muscles déchiquetés dégoulinaient de sang, tout comme sa bouche et ses vêtements, ils étaient carrément en train de dévorer ses propres mains. Prise d’un haut-le-cœur, Rukia se couvrit la bouche de ses mains en détournant le regard. Soudain, la vieille dame poussa un cri déchirant, et lentement, ses membres, bras, jambes, buste et enfin tête se mirent à fondre comme de la lave en fusion.

̶            Arrêtez bordel ! Qu’est-ce que vous êtes en train de leur faire, ARRETEZ !

̶            Ce sont les conséquences de leurs propres péchés. Voilà ce qui arrive lorsque la justice de l’Enfer s’applique au monde des vivants, lorsque les criminels sont jugés, et qu’ils subissent la sentence qu’ils méritent. Dire que si c’était un shinigami qui s’était occupait d’eux, à l’heure qu’il est-ils seraient tranquillement à Soul Society en train de vivre leur nouvelle vie en toute impunité, lavés de tous leurs péchés terrestres…

Rukia nota que son ton léger avait disparu, et qu’il ajouta cette dernière phrase avec une haine et une colère qu’il avait du mal à maitriser.

La collégienne poussa un long hurlement en se redressant, la tête entre les mains. Soudain, ses cris se turent, le regard vide, dénué de toute vie et ses cheveux se mirent à blanchir de la racine jusqu’à la pointe. Puis elle s’écroula, sa chaine du destin se rétracta et disparut dans le sol, comme celle de la vieille dame et de l’homme.

Pris d’une peur panique, le garçon au casque de moto se précipita vers Hisoku et se jeta à ses pieds :

̶            Pitié, épargnez-moi ! Je…je ne voulais pas le tuer, c’était un accident, j’avais bu, on faisait une course de moto avec des amis et je ne l’avais pas vu sortir du parc, je vous en prie, pitié, ne me tuait pas !

̶            Le repentir c’était avant-hier, là c’est le moment où tu passes à la caisse, répondit laconiquement Hisoku avec un sourire froid.

Le garçon se releva et s’enfuit par l’escalier de secours à toutes jambes, on pouvait le voir dans la rue courir comme un dératé en bousculant les gens avec un regard fou, avant de traverser la route…et de se faire écraser par un camion de transport.

Il ne restait plus que Tatsuki, c’est là qu’ils réalisèrent qu’ils étaient sur le point d’assister à la mort de leur amie. La brune était parcourue de tremblement, le teint livide, les lèvres entrouvertes, des perles de sueurs roulaient de son front sur ses tempes, comme si elle attendait que la lame d’une guillotine invisible ne lui tranche la tête. Personne n’osait bouger, ni dire quoique ce soit. C’était la première fois de sa vie qu’Ichigo voyait Tatsuki avoir autant peur. C’était normal, lui-même était terrorisé, ce n’était pas quelque chose qu’on pouvait affronter, il ne savait même pas d’où ce mystérieux pouvoir venait, ni pourquoi cet homme faisait ce qu’il faisait.

Soudain, un rire caverneux, aigu, diabolique, déchira le silence. Hisoku se tenait les cotes, sa longue silhouette osseuse pliait en deux.

̶            Vous…vous devriez voir vos têtes, c’est vraiment trop marrant, hoqueta-t-il en se tapant le genou. Sans crier gare, Ichigo fonça sur lui et abattit la lame de Zangestu sur son avant-bras qu’il bloqua sans la moindre difficulté.

̶            Relax, ma poule, je vais rien lui faire à ta copine, cette charmante demoiselle est là pour une toute autre raison.

Il libéra une incroyable quantité de reiatsu de son bras qui projeta Ichigo plusieurs mètres en arrière.

̶            Ce que tu viens de voir ce soir est l’œuvre de la justice infernale, si cette dernière était appliquée sur terre, ces créatures viles et dépourvues de morale que tu t’échines à protéger rentreraient toutes dans le droit chemin, ferme les yeux et imagine ! S’exclama-t-il en levant les bras en l’air, une lueur de démence brillait dans ses yeux sombres. Un monde où il n’y aurait ni peur, ni haine, ni souffrance, où chaque individu vivrait libre et en sécurité, un monde parfait !

̶            Ne parlez pas de justice, vous n’êtes qu’un psychopathe qui cherche à cautionner ces horreurs en poursuivant une cause utopiste, trancha le Quincy.

̶            Aaah, mon petit Uryuu, soupira Hisoku en se tournant vers le brun, les mains dans les poches. Tu étais celui qui remplissait le mieux nos conditions, mais pour des raisons d’ordres techniques notre choix s’est finalement porté sur toi, Ichigo. Je te veux dans ma team, tu seras un peu notre numéro dix, notre pièce maitresse…

̶            Va te faire foutre ! Aboya le rouquin en s’élançant vers Hisoku qui esquiva sans peine les coups de Zangestu, la lame juste entre son index et son majeur, Ichigo tenta de toute ses forces de se dégager mais c’était peine perdu. 

̶            Tu n’as toujours pas compris. Je ne peux pas mourir, tu sais ce qu’on dit, un dealer ne fume jamais son propre crack ! S’esclaffa le soldat de l’enfer en repoussant Ichigo. Il rejoignit ensuite Tatsuki qui n’avait toujours pas réussi a bougé. Il passa nonchalamment son bras autour de ses épaules et la rapprocha d’eux.

̶            Enlève tes sales pattes de là, enfoiré !

̶            Ichigo, j’aimerais que tu gardes les images que tu as vues ce soir profondément ancrées dans ta mémoire, dit-il en tapotant sa tempe de l’index. Et pour être sûr que nous sommes sur la même longueur d’ondes…je te laisse ce petit cadeau d’Adieu.

Il posa sa main dans le dos de Tatsuki ou une gigantesque gerbe de flemme rouge s’alluma, arrachant à la jeune fille un cri déchirant. Elle tomba à genoux, le dos fumant, le tissu de sa robe avait disparu, laissant place à un immense marque rouge. Rukia se précipita vers la jeune fille au sol qui, la tête enfouie entre ses bras, continuait à gémir de douleur.

̶            Tatsuki !

̶            Chad, va chercher Inoue, vite ! S’écria Rukia en commençant à appliquer la flamme verte du Kido médical sur le dos de la jeune fille.

Soudain, une énorme brèche noire d’où se dégageait un puissant reiatsu rouge s’ouvrit dans le sol.

̶            N’oublie Ichigo, tu es mon poulain, je mise beaucoup sur toi, ne me déçoit pas…fais en sorte que ton petit « problème » ne fasse pas tout foirer, ce serait dommage que tu meures trop tôt, à plus.

Tout en les saluant, il se laissa tomber en arrière dans le trou qui se referma aussitôt. Le Menos avait ravalé son Cero, et commençait à disparaitre dans le Garganta tandis que plusieurs hollows s’échappaient dans le monde réel.

Fou de rage, Ichigo déploya violemment son reiatsu en hurlant, le sabre en l’air :

̶            Reviens-ici, enfoiré ! J’en ai pas fini avec toi, REVIENS !

̶            Kurosaki, c’est trop tard, il faut s’occuper des hollows avant qu’il ne s’en prenne aux humains.

Mais Ichigo n’écoutait plus personne. Comme s’il était entré dans une transe de violence, il découpait les hollows avec une sauvagerie que Rukia ne lui connaissait pas. Soudain il se retourna et la shinigami eut un sursaut en apercevant ses yeux, l’iris était jaune et le blanc devenu noir. Sa voix aussi avait changée, elle était spectrale, comme une voix venue d’outre-tombe. Subitement, Ishida brondit sur lui et l’assomma avec son arc. Le rouquin tomba à genoux avant de s’écrouler, inconscient.

̶            Ishida, ça va pas, pourquoi t’as fait ça ! hurla-t-elle, toujours accroupie aux cotés de Tatsuki.

̶            Crois-moi, tu devrais plutôt me remercier, c’est pour son bien.

Calmement, Ishida arma son arc et décocha cinq flèches à la fois qui atteignirent chacune un hollow différent.

̶            C’était les derniers, dit-il en les rejoignant.

Il s’accroupit pour examiner la blessure de Tatsuki.

̶            Elle s’est évanouie, probablement à cause de la douleur. Bien que ce soit impressionnant, la brulure n’est pas profonde, Inoue-san devrait arranger ça en un rien de temps…

̶            C’est son hollow, n’est-ce pas ? L’interrompit Rukia d’un air grave. Il n’arrive plus à le contrôler.

̶            C’est…un peu plus compliqué que ça, répondit Ishida d’un hésitant en remettant ses lunettes en place, l’air mal à l’aise.

̶            Bien, explique-moi.

̶            Ce n’est pas à moi de le faire. Ce ne sont pas mes affaires, et je sais que Kurosaki n’apprécierait pas qu’on parle en son nom, tu devrais en parler avec lui.

Rukia s’apprêtait à protester mais elle se ravisa, Ishida ne parlerait pas, inutile d’insister. Voilà qui ajouter encore un autre problème à la liste qui n’arrêtait pas de s’allonger. Alors que la lumière verte du Kido médical continuait à pénétrer la blessure de Tatsuki, Rukia repensa aux évènements qui venaient de se passer, et son regard atterrit inconsciemment sur les corps que Hisoku avait mutilés.

̶            La police va arriver d’une minute à l’autre, on devrait éviter de trainer dans le coin, j’espère qu’Inoue-san va bientôt arriver, déclara Ishida en observant les cadavres sanglants avec un calme étonnant.

Qui était donc cet Hisoku qui prétendait être un seigneur de l’enfer ? Que voulait-il à Ichigo et surtout pourquoi maintenant alors que la situation est toujours instable à Soul Society ?