Chapitre 5

par Tentenette

CHAPITRE 5

 

Au manoir des Kuchiki, une centaine de personnes habillées de noir étaient rassemblées dans le salon principal, se succédant devant l’autel installé à la mémoire du défunt pour présenter leurs condoléances.

̶            Le petit garçon, c’est son fils ? Demanda une dame à voix basse.

̶            Oui, il s’appelle Byakuya, sa mère est morte en le mettant en monde et voilà maintenant qu’il perd son père, de plus il est l’unique héritier du clan…tellement de responsabilité pour de si jeunes épaules.

̶            … Et une proie de choix pour une probable union matrimoniale.

̶            Voyant Arisa ! Protesta son interlocutrice. Ce ne sont pas des choses à dire durant un enterrement, imaginez qu’on vous entende.

̶            Peut-être mais c’est une réalité. Vous rendez vous compte des avantages que représente une union avec un héritier Kuchiki ? Vous devriez y penser très chère, je crois savoir que vous avez une nièce du même âge.

̶            Oui, vous n’avez peut-être pas tort.

D’un seul coup, les regards de pitié se transformer en oreillards avides de rapaces avisant un morceau de viande. Ignorant les vieilles dames qui continuaient de jacasser à côté d’elle, la petite fille aux longues couettes noires observait le jeune garçon dont elles parlaient. Debout à côté de son grand père, la posture droite et digne, il portait un cadre montrant la photo d’un homme à qui il ressemblait énormément, un homme au sourire doux et bienveillant qui contrastait nettement avec l’expression froide et impénétrable qu’affichait le jeune garçon.

L’enterrement se passa l’après-midi même. On brula l’encens et on déposa des offrandes sur la tombe puis petit à petit, le cimetière se vida, ne restaient plus que Byakuya et son grand père. Le vieil homme proposa au jeune garçon de rentrer mais ce dernier refusa :

̶            Si vous le permettez je voudrai rester encore un peu.

̶            Bien, comme tu voudras.

Il déposa une main réconfortante sur son épaule avant de le laisser. Dissimulée derrière une tombe, la fillette s’assura que plus aucun adulte ne trainait dans le coin avant de rejoindre le jeune garçon.

̶            C’était une belle cérémonie…nous sommes en plein mois de janvier et pourtant le soleil est haut dans le ciel, quand je mourrai j’espère qu’il fera aussi beau.

Byakuya fronça les sourcils mais resta silencieux. Il espérait que son attitude froide suffise pour faire partir cette opportune. Mais lorsqu’elle osa poser sa main sur les offrandes devant la tombe de son père, il ne put rester indifférent :

̶            Qu’es-tu donc en train de faire ?

̶            Il faut les manger tant qu’elles sont chaudes, après c’est pas bon, expliqua Nadeshiko comme si c’était l’évidence même.

̶            Ce n’est pas pour nous, c’est une offrande destinée au mort.

̶            T’es bête, tu crois réellement que les morts sortent de leur tombe la nuit pour déguster des Mochis à la pâte de haricots rouges sucrés.

Byakuya ferme étroitement les yeux, une veine palpitant sur sa tempe. Son père lui avait toujours qu’un homme ne devait jamais lever la main sur une femme, mais il devait avouer que l’outrecuidance de cette impertinente suscitait chez lui des pulsions meurtrières.

̶            Quand mon papa est mort, tout le monde est rentré après l’enterrement et le cimetière était désert, comme aujourd’hui. Alors je suis restée à côté de sa tombe, je ne voulais pas qu’il se sente seul. Des gens venaient tous les jours lui apporter des fleurs, de l’encens ou de la nourriture, et c’est quand j’ai vu maman pleurer en serrant ces fleurs contre elle que j’ai compris que toutes ces choses étaient là pour consoler les vivants, et que là où ils étaient les morts s’en fichaient complétement…tout ce qu’ils veulent savoir, c’est qu’on ne les oubliera jamais…sans pour autant arrêter de vivre.

Byakuya l’observa d’un air sceptique. Qui était donc cette fille, et pourquoi lui racontait-elle tout ça ? Et surtout, comment pouvait-elle parler de la mort de son père en souriant ? Il regarda encore le cadre de son père avant de prendre le gâteau qu’elle lui tendait.

̶            Je peux rester avec toi ?

̶            Je n’ai pas envie de parler.

̶            Pas de souci, je sais aussi partager le silence quand il le faut mais comme le disait toujours papa, il ne faut jamais reste seul quand on a le cafard.

̶            Le cafard ? répéta Byakuya.

̶            C’est une expression humaine qui signifie être triste.

̶            Je vois, répondit Byakuya qui au contraire, ne voyait pas du tout le rapport entre la tristesse et les insectes.

̶            Au fait, je ne me suis pas présentée, mon nom est Nadeshiko Shiba, mais mes amis m’appellent Nade. Je déteste mon prénom, c’était celui de ma grand-mère, tu ne trouves pas ça lugubre de donner le nom d’un mort à un nouveau-né…

̶            N’étions-nous pas censés « partager le silence » ?

̶            Oups, désolée, on me dit souvent que je suis trop bavarde.

̶             J’avais remarqué.

̶            Ça y est, je me tais, elle ferma sa bouche avec une clé invisible qu’elle jeta par-dessus son épaule.

Quelle fille bizarre ! Pensa Byakuya en la scrutant de côté, et puis pourquoi elle sourit tout le temps comme ça, c’est agaçant ! Néanmoins, depuis qu’elle était là, Byakuya se sentait un peu mieux, comme si quelqu’un avait posé une couverture tiède sur ses épaules.

̶            Byakuya.

̶            Hun ?

̶            C’est mon nom…je m’appelle Byakuya.

Nadeshiko ouvrit brusquement les yeux, quelqu’un était en train de l’appeler.

̶            Nii-san ?

̶            Tu m’as fait peur, ça doit bien faire deux minutes que j’essaye de te réveiller.

̶            Désolée, je faisais…un drôle de rêve, expliqua-t-elle en posant son avant-bras sur ses yeux, comme pour se remémorer encore quelque instants ces images.

̶            Hum, bon, prépare-toi, il faut que je te donne ton traitement.

Nadeshiko fit la grimace mais se résolut à se lever.

Ce n’était pas un rêve, plutôt un souvenir, des réminiscences d’un passé lointain, si loin qu’il semblait faire partie d’une autre vie. Son père disait souvent qu’il ne fallait pas s’accrocher au passé, mais curieusement, un étrange sentiment de plénitude s’était emparé d’elle, comme une main qui se serait posé sur la plaie de son cœur pour la soulager, et pour la première depuis qu’elle était arrivée à Karakura, Nadeshiko souriait.

̶            Prête ?

̶            …prête, répondit la jeune femme après une profonde inspiration.

Nadeshiko se cramponna au bord du lit ou elle était assise. Derrière elle, Isshin parcourait la peau nue de son dos pour trouver l’endroit exact ou la piquer :

̶            Nadeshiko, reviens-ici, Nadeshiko !

Les yeux mouillés de larmes, la petite fille courraient dans les couloirs du manoir Shiba, poursuivit par un Isshin adolescent, sa gouvernante Sarada ainsi que leur médecin de famille.

Byakuya l’attendait dans sa chambre, un livre sur les genoux. Alerté par les cris, il sortit dans le couloir pour se retrouver nez à nez avec Nadeshiko qui se précipita derrière son dos pour se cacher :

̶            Nadeshiko-sama, soyez raisonnable s’il vous plait, vous devez laisser le médecin vous soigner, tenta Sarada.

̶            Non, je ne veux pas ! Protesta la petite fille toujours dissimulée dans le dos de son ami. J’aime pas les piqures, ça fait trop mal !

̶            Bon cette fois ça suffit Nade, arrête de faire l’enfant, tu ne vois pas que tu déranges tout le monde, gronda Isshin en fendant sur sa jeune sœur pour la forcer à le suivre.

̶            NON ! Cria-t-elle en se cramponnant au bras de Byakuya.

̶            Il a raison, intervint le jeune garçon d’une voix posée. Tu es grande maintenant, tu dois te montrer courageuse, comme ton père.

Ces mots touchèrent la fillette qui arrêta immédiatement de se débattre. Mais en apercevant la mallette blanche que tenait le médecin, elle s’imagina l’immense seringue qui attendait là de pénétrer sa chair, et elle se remit aussitôt à sangloter.

̶            Ça va aller, je serai avec toi et je te tiendrai la main, l’encouragea Byakuya en prenant sa petite main dans la sienne.

̶            …voilà, c’est fini, conclut Isshin.

Nadeshiko le remercia en remettant son T-shirt en place.

̶            C’est étrange, je n’ai rien senti.

̶            C’est sans doute l’effet du Gigai, expliqua Isshin.

̶            Je vois, il faut dire que ces faux corps ne sont pas très pratiques, dit-elle en étirant ses bras rigides.

Déjà une semaine qu’elle habitait chez les Kurosaki. Elle avait pris ses quartiers dans l’une des chambres de la clinique afin de se remettre tranquillement de ses blessures et depuis, elle restait toute la journée assise sur son lit à regarder par la fenêtre.

̶            Je me demande ce qu’il y a de si fascinant dans le jardin de Madame Outa.

̶            Quoi ?

̶            Ça va faire une semaine que tu es là et à chaque fois que j’entre ici je te trouve à regarder par la fenêtre.

̶            Disons que là où j’étais, je n’avais pas tellement l’occasion d’admirer le soleil ou de respirer l’air frais, ça m’a manqué, expliqua-t-elle avec un sourire rêveur en inspirant profondément l’air qui montait jusqu’à sa fenêtre, un mélange de gaz d’échappement, de fleurs et de viennoiseries tout juste sorties du four.

̶            Ce ne serait pas mieux si tu prenais l’air, dehors.

̶            Je me sens encore un peu faible, une autre fois peut-être.

Isshin avait bien compris que quelque chose n’allait pas mais il n’insista pas. Il savait que sa sœur avait énormément de chose à lui raconter, et qu’avant d’arriver jusqu’ici, elle avait traversé énormément d’épreuves mais il ne voulait pas la brusquer, elle le fera quand elle sera prête, à son rythme.

̶            Je suis désolé, pour Tsubasa…je sais qu’il tenait beaucoup à toi.

̶            Tu sais, en le voyant mort, je n’ai ressenti ni tristesse, ni joie….juste du soulagement.

̶            …ça à un rapport avec les cicatrices sur ton dos ?

Comme il s’y attendait, Nadeshiko resta muette. Elle fit un petit bond pour se mettre sur ses jambes et avec souplesse, elle fit des rotations du bassin pour débloquer ses os rigide à force d’inactivité, sa longue chevelure noire remontée en queue de cheval se balançait gracieusement dans son dos.

̶            Les filles sont sorties ?

̶            Oui, elles ont cours jusqu’à quinze heures trente après, Karin à son entrainement de foot et Yuzu donne un coup de main à l’association caritative du quartier.

̶            Parfait, ça me laisse largement le temps, dit-elle en se dirigeant vers la porte.

̶            Largement le temps pourquoi ? …Attends, Nade, tu vas où comme ça ?

Il ferma son bureau et suivit la jeune femme qu’il trouva dans la cuisine, à parcourir l’un des nombreux livre de recettes de Yuzu.

̶            Nous n’avons pas fini notre discussion, tu comptes faire quoi exactement?

̶            Préparer un repas succulent pour mes trois neveux chéris, chantonna-t-elle en nouant un tablier de cuisine dans son dos.

̶            Ce n’est pas de ça que je parle, coupa-t-il d’un air sévère. Je ne sais pas si tu en es consciente mais la situation est grave, la Soul Society est à ta recherche et il ne lui faudra pas longtemps pour découvrir ou tu te caches, on doit réfléchi à un plan pour te sortir de ce mérdier.

̶            J’y penserai…mais pas avant que les Kurosaki aient gouté à mon sublime fondant au chocolat, dit-elle en fourrant sa tête dans le réfrigérateur à la recherche des ingrédients.

̶            C’est pas vrai ! j’avais oublié à quelle point tu été buttée.

̶            Nii-san, je sais que tu t’inquiètes pour moi et ça me fait très plaisir…mais ça va aller. Mes jours ici sont comptés, et je veux profiter de chaque instant pour rattraper le temps perdu avec ma famille, alors qu’importe si l’espace de quelques jours, je me contente de vivre la vie d’une tatie gaga qui dorlote ses neveux, …maintenant dehors, tu as une clinique à diriger et des patients à traiter ! Ordonna-t-elle en le poussant hors de la cuisine.

̶            Nade, attends ! Protesta Isshin qui trouvait ça gros de se faire virer de sa propre cuisine.

̶            Je ne veux personne dans cette pièce jusqu’à nouvel ordre, et n’oublie pas de prévenir Ichigo, ce soir on mange en famille !

̶            Je serais à coté si tu as besoin de quelque chose, évite de faire exploser la cuisine s’il te plait, je n’ai pas les moyens.

̶            Dehors !

Tout en fouillant le réfrigérateur à la recherche des ingrédients nécessaires à sa préparation, Nadeshiko se retrouva une nouvelle fois plongée dans ses souvenirs.

Dans la cuisine de la demeure Shiba, une Nadeshiko adolescente s’attelait aux fourneaux tandis que Byakuya lisait à coté sur une table.

̶             Qu’est-ce que c’est que ça ? Demanda Byakuya en scrutant son assiette d’un œil soupçonneux.

̶            Arrête de le regarder comme si c’était du crottin de cheval ! Protesta Nadeshiko en lui donnant un petit coup sur la tête. C’est du chocolat, un truc sucré et très bon que m’a rapporté Nii-san du monde réel.

̶            Ce n’est peut-être pas du « crottin » comme tu dis mais en tout cas ça en a l’air, ton frère n’aurait pas pu te rapporter un livre ou une babiole comme d’habitude.

̶            Sauf qu’un livre on ne peut pas le cuisiner.

̶            Précisément, marmonna-t-il en reprenant la lecture de son propre ouvrage sur les sorts offensifs de kido qu’il se fit aussitôt arraché des mains.

̶            Hé !

̶            Tu as l’immense honneur d’être le premier à gouter ma dernière expérience culinaire, déclara Nadeshiko en poussant l’assiette de gâteau au chocolat vers le jeune homme.

̶            Sans façon, répondit laconiquement ce dernier en tournant la tête. Il doit bien y avoir une centaine de serviteurs dans cette maison et ça t’amuse de faire la cui…

Profitant du fait qu’il regardait ailleurs, Nadeshiko lui enfonça une cuillère de gâteau au chocolat dans la bouche.

̶            Alors, c’est bon ? Byakuya ? Byakuya ?! Merde, il est en train de s’étouffer, vite un verre d’eau, BYAKUYA !!

Debout devant le réfrigérateur, Nadeshiko se figea comme si elle venait de voir un fantôme, un paquet de beurre pâtissier dans une main et une tablette de chocolat dans l’autre. 

̶            Idiote, se dit-elle, ce n’est vraiment pas le moment de penser à ça.

Elle remit la tablette de chocolat dans le réfrigérateur qu’elle ferma d’un coup sec : ce soir, ils mangeront de la tarte aux fraises pour le dessert.

*******

Avec des gestes empressés, Ichigo renifla un t-shirt et, une fois qu’il se fut assuré de sa relative propreté, l’enfila à toute vitesse, se brossa les dents et s’attela à préparer son sac en y fourrant tout papier, stylo ou livre qui aurait pu lui tomber sous la main. Ce matin, le réveil avait bien sonné, de nombreuses fois, mais rien au monde n’aurait pu le tirer de son lit, ou susciter chez lui un sursaut de conscience après la longue nuit qu’il avait passé à poursuivre des hollows.

̶            Toujours aussi bien organisé, Kurosaki.

Propre sur lui jusqu’au col de sa chemise impeccablement repassé, Ishida jetait à Ichigo un petit sourire dédaigneux en buvant sa tasse de café d’un air nonchalant.

̶            Quand j’aurais besoin de tes remarques, je te les demanderai, Ishida, grogna Ichigo.

Tout en laçant ses baskets, le rouquin se demandait encore ce qui lui avait pris d’emménager avec le Quincy. La réponse était plus d’ordre pratique qu’en rapport avec leurs affinités (d’ailleurs inexistantes). Sur le campus, les logements universitaires étaient rares et chers, et depuis qu’il avait pris son indépendance vis-à-vis de son paternel, il avait parfois du mal à boucler ses fins de mois malgré son job chez Unagi. Ajouté à cela sa double vie de shinigami, et le fait qu’ils étudiaient tous les deux la médecine à l’université de Karakura, ils avaient trouvé cela naturel d’emménager ensemble, même si cette décision en avait surpris plus d’un :

̶            Mille yens qu’ils s’entretuent avant la fin de la semaine, paria Keigo.

̶            Deux milles qu’Ishida tentera de le tuer dans son sommeil, renchérit Mizuhiro.

Bien entendu, les débuts avaient été chaotiques. Ishida qui pliait ses caleçons dans le sens de la couture et classait les yaourts dans le frigo selon leur date de péremption, avait eu du mal à se faire au mode de vie « relax et aléatoire » d’Ichigo, mais avec le temps (et énormément d’efforts) chacun réussit à trouver son équilibre.

Dans l’amphithéâtre, le cours avait commencé depuis une quinzaine de minutes lorsque le portable d’Ichigo se mit à sonner, quelques étudiants se tournèrent vers lui pour lui lancer un regard furieux. Le professeur Sato jeta un regard perçant par-dessus ses lunettes avant de reprendre son exposé.

̶            Désolé, s’excusa le shinigami remplaçant en consultant son portable. Comme il s’y attendait, un hollow était apparu, qui plus est à l’autre bout de la ville.

̶            Idiot, tu n’aurais pas pu enlever ta sonnerie de portable, murmura Ishida qui était assis juste devant lui.

̶            Tu peux me dire à quoi ça sert de mettre un détecteur de hollow sous vibreur ? Répliqua Ichigo sur le même ton.

̶            De toute façon ça n’a rien à voir avec moi, c’est ton tour d’y aller.

̶            QUOI ?! S’écria Ichigo, ce qui lui attira encore plus de regard courroucés dans la salle.

̶            Chuut !!!

̶            Putain, j’ai passé toute la nuit à courser des hollows, tu peux bien t’occuper de celui-là ?

̶            Désolé mais c’est le planning Kurosaki, et d’après le planning, tu es de service jusqu’à midi, après ce sera le tour de Sado et c’est seulement à minuit que je prendrai le relai, répondit Ishida sans quitter son livre des yeux.

̶            Espèce d’enf….

̶            Jeune homme…oui  vous là avec la coupe de cheveux farfelu, l’appela le professeur à moustache grisonnante.

̶            Moi ? S’étonna Ichigo.

̶            J’ai cru comprendre que vous étiez attendu quelque part, et comme ce rendez-vous à l’air suffisamment important pour perturber ce séminaire, j’ai décidé de vous en dispenser.

̶            Euh…

̶            En gros, je vous mets à la porte.

Les élèves commencèrent à ricaner et en sortant, Ichigo balança un « tu me paieras ça » à un Ishida qui l’ignora royalement.

Dissimulé à l’angle d’un bâtiment désert, Ichigo sortit Kon de son sac de sport :

̶            La vache Ichigo t’es crade, ça sent le rat crevé dans ce sac, suffoqua la peluche en reniflant sa mousse d’un air écœuré.

̶            Je te préviens Kon, si je te chope encore à roder devant le vestiaire de l’équipe féminine de volley, je demanderai à Ishida de te suturer les paupières, compris ?

Avant que le Mod Soul ait eu le temps de répondre, Ichigo plongea la main dans sa bouche, retira la petite bille verte qu’il avala, séparant son âme de son corps humain, et s’élança de toit en toit tout en vérifiant la position du hollow sur son téléphone.

En survolant la ville, Ichigo se surprit à repenser au chemin qu’il avait parcouru jusque-là. Durant sa période sans pouvoirs, voir Ishida et Chad s’occuper des hollows de la ville sans lui était un spectacle difficile à avaler. Il ne se sentait pas faible, ni impuissant, pire, il sentait qu’il n’était plus, comme un être qui avait perdu l’essence même de son existence.

̶            La voilà, murmura le brun en apercevant le Hollow en contrebas, sur le toit d’une école primaire. Ses tentacules puissantes fendaient l’air et avaient déjà infligé pas mal de dégâts aux bâtiments. Heureusement, Ichigo aperçut les élèves en train de se faire évacuer par leur professeur.

̶            Dans ce cas, j’ai plus qu’à m’occuper de toi.

Ichigo fendit sur sa cible avec son sabre, et sans qu’il ne sache vraiment pourquoi, de nombreux souvenirs surgirent soudain dans sa tête.   

̶            Ça ne sera pas facile, avait déclara Urahara le premier jour de son entrainement, d’un air grave qu’il ne lui connaissait guère. Prépare-toi à souffrir comme tu n’as jamais souffert, mais sache qu’il n’y a aucune garantie que tu retrouves tes pouvoirs, ou même que tu en sortes vivant.

L’ancien capitaine était en dessous de la vérité, récupérer ses pouvoirs de shinigamis avait été un véritable supplice, et sans doute l’épreuve la plus dur qu’il avait eu à affronter jusque-là. Plus d’une fois, Ichigo avait failli perdre la raison à cause de la douleur, et à un certain moment, il avait été cliniquement mort, son cœur avait cessé de battre pendant plusieurs minutes.

̶            Yosh, c’est le neuvième depuis hier, prends-toi ça dans ta face de rat, Ishida ! Hurla le Shinigami remplaçant d’un air victorieux.

Sitôt sa mission accomplie, Ichigo reprit le chemin de l’université de Karakura. C’était une belle journée d’octobre, l’air commençait tout juste à se rafraichir, la nature s’était dotée de belles couleurs jaunes, brunes et orangées…et Kon poursuivait des étudiantes en vouant à leur « attributs de déesse » une adoration éternelle.

̶            L’enfoiré, grogna Ichigo devant ce spectacle affligeant en se couvrant le visage, il n’avait plus qu’à changer de fac, de nom et de visage pendant qu’il y était.

̶            Au secours, un pervers !

̶            Revenez ici, mes petites chéries pulpeuses, ne soyez pas timides, allez y prenez mon corps il est à vous.

̶            « Ton » corps ?

Le Mode soul s’immobilisa en pleine rue, interrompu dans sa course par le Shinigami qui lui avait coupé la route.

̶            Si j’avais sur que tu aimais te faire tripoter, je t’aurais déposé chez Jinta et Ururu, vous vous seriez bien amusez ensemble…hé, Kon, reviens-ici !

Après avoir coursé Kon pendant quinze minutes et s’être forgé une solide réputation d’obsédé, Ichigo fini par récupérer son corps.

Comme il s’était fait virer comme un malpropre de son cours d’embryologie, il avait encore une heure à tuer avant son prochain TP : cap donc sur le Bleach Coffee Bar, la cafétéria la plus en vogue du campus et celle ou travailler deux de ces amis.

̶            Qu’est-ce que c’est ? demanda Ichigo en avisant les patchs que lui plaçait Ururu un peu partout sur le corps.

̶            Il s’agit d’un protocole expérimental, une toute nouvelle technique que je suis en train de mettre au point, expliqua le marchand en tapant à toute vitesse sur son clavier d’ordinateur.

Ichigo ignorait si c’était l’imposante machine qui crachotait, vrombissait et sonnait à côté de lui, où la grande chaise ou il était installé et qui lui rappelait de douloureux souvenirs chez son dentiste, mais quelque chose dans cette histoire ne lui disait rien qui vaille.

̶            Protocol expérimental ? Répéta Ichigo en plissant les yeux. En gros, j’suis votre rat de laboratoire.

̶            Voyons tu exagères Kurosaki, qui serait assez fourbe, malhonnête et irresponsable pour profiter du désespoir d’un ancien shinigami remplaçant prêt à tout pour récupérer ses pouvoirs ? Demanda Urahara en éclatant de rire, dissimulé derrière son éventail.

̶            Et votre machin là, ça consiste en quoi ?

̶            Je suis content que tu le demandes, répondit Urahara en fermant son éventail. Les derniers examens que j’ai pratiqués sur toi montrent que l’entrainement n’a pas réussi à générer chez toi la moindre particule de reiatsu.

̶            Quoi ?! Vous voulez dire que ça fait trois mois que je me casse le cul pour rien ! S’enflamma Ichigo.

̶            Précisément ! Répondit Urahara en prenant une position théâtrale.

̶            Sympa, vous en avez d’autres, des bonnes nouvelles comme ça ? Railla le roux.

̶            J’ai dit que le reiatsu n’était pas revenu grâce à l’entrainement, je n’ai jamais dit que c’était le seul moyen de le faire revenir…et c’est précisément le but de cette expérience.

̶            Patron, ils sont là, l’informa Jinta en passant sa tête par la porte.

̶            Parfait, fais-les entrer.

̶            Qui ça, ils ? Interrogea Ichigo d’un air soupçonneux.

̶            Ne t’occupe pas de ça pour l’instant Kurosaki. Comme je te le disais, ton Saketsu qui est la source de ton reiatsu, et ton Hakusui qui l’amplifie sont pour l’instant scellés. J’avais espéré que l’entrainement réussirait à les stimuler mais il s’est avéré inefficace, nous allons donc passer à une méthode un peu plus…musclée.

̶            Hein ? Comment ça, musclée ?

̶            La première fois que tu t’es transformé en shinigami, c’était parce que Rukia Kuchiki t’avait transmis ses pouvoirs. La deuxième fois, nous avons réussi à les reconstituer en mettant ton âme en danger, nous allons donc réitérer l’expérience en réunissant ces deux éléments…sans pour autant te transpercer la poitrine avec un sabre, haha !

̶            Et grâce à ça, je vais récupérer mes pouvoirs ?

̶            Oui…enfin en théorie, répondit le marchand en tapotant ses lèvres avec son éventail d’un air songeur.

̶            En théorie ? Répéta le brun en haussant un sourcil.

̶            Je suppose que nous le saurons à la fin de l’expérience…si tu es toujours en vie, bien sûr !

̶            Haha ! C’est ça, bon je vous laisse faire mumuse, moi j’me casse ! Déclara Ichigo en retirant le patch sur son front.

̶            J’ai bien peur qu’il soit trop tard pour reculer, Tessai, Ururu, enclenchez la procédure.

̶            Hai ! Acquiesça la brunette en faisant un petit salut militaire.

̶            Toutes nos excuses d’avance, Kurosaki-dono.

Soudain, des attaches en cuire se refermèrent sur les poignets, les chevilles et le front d’Ichigo, l’immobilisant complètement à la chaise.

̶            Bordel ! Urahara, c’est quoi ce cirque, relâchez-moi tout de suite ! Hurla le rouquin en se débâtant comme un fauve.

̶            Cette opération se déroulera en deux phases, poursuivit l’ancien capitaine sans prêter attention aux protestations du rouquin : premièrement, nous allons obliger ton âme à solliciter tes pouvoirs de Shinigami, pour cela nous allons devoir…provoquer ta mort.

̶            Pardon ?! s’étrangla le rouquin.

̶            Patron, le défibrillateur est prêt, déclara Jinta en poussant le chariot pour ouvrir la porte du bureau.

̶            C’est n’importe quoi, Urahara, détachez-moi !

̶            Détends-toi, jeune homme de peu de foi, nous n’allons pas te laisser mort…enfin, pas longtemps. Allons y jeunes gens, c’est par là que ça se passe, appela le marchand.

La porte du bureau s’ouvrit, laissant passer tour à tour Ishida, Chad, Tatsuki, Keigo, Mizuhiro et Orihime.

̶            Les gars, qu’est-ce que vous faites ici ? S’étonna le rouquin.

̶            C’est moi qui les aie fait venir, ce qui m’amène à la phase deux. Sauf Ishida, tous tes amis ici présents ont vu leur pression spirituelle naitre et augmenter à ton contact. Chacun d’eux va donc te faire don d’une partie de son reiatsu, un peu comme une transfusion sanguine.

̶            C’est hors de question, trancha le roux.

̶            T’as vu ça Orihime, Monsieur ne supporte pas qu’on lui vole la vedette, ricana Tatsuki.

̶            Ça n’a rien à voir, je ne veux pas que vous preniez ce genre de risques pour moi !

̶            Pour une fois je suis d’accord avec toi, Kurosaki, intervint Ishida en rajustant ses lunettes. Je n’ai aucune raison de faire ce geste pour toi mais j’en ai marre de croiser ta tête de dépressif dans les couloirs du lycée.

̶            Je ne suis pas dépressif ! Protesta énergiquement Ichigo.

̶            Je te comprends, renchérit Mizuhiro, ça ne m’enchanterai pas d’avoir de l’essence d’Asano coulait dans mes veines.

̶            Mizuhiro, sale traitre, je croyais qu’on était amis !

̶            Tu es le seul à la croire, Asano-san.

̶            Kurosaki-kun, intervint Orihime en se rapprochant d’Ichigo. Tu as toujours été là pour nous, tu as risqué ta vie à de nombreuses reprises pour nous sauver, sans jamais rien attendre en retour. Nous tous ici, tes amis, avons une dette envers toi et aujourd’hui, nous avons une petite chance de te montrer notre gratitude. Alors, laisse-nous faire Kurosaki-kun, s’il y a le moindre problème j’interviendrai avec mon bouclier, tout ce que tu as à faire, c’est accepter…s’il te plait, dit-elle en glissant timidement ses doigts sur l’avant-bras du roux.

Ichigo inspecta tour à tour les visages de ses amis, ils avaient tous l’air décidé et confiant. Son regard s’arrêta en dernier lieu sur Orihime qui lui adressait un sourire rassurant. L’ancien shinigami remplaçant ferma étroitement les yeux, espérant de toutes ses forces qu’il n’allait pas le regretter.

̶            Allons-y Urahara, je suis prêt.

̶            Parfait, déclara Urahara en se saisissait des palettes du défibrillateur. Au fait, j’ai oublié de te dire, la procédure est assez douloureuse, assez pour que tu aies envie de t’arracher la peau du visage à main nues, voilà pourquoi nous devons t’immobiliser.

Pâle comme un mort, Ichigo tourna un regard sidéré vers le marchand au bob.

̶            QUOI ?! Et c’est maintenant que vous le dites !

̶            Tout le monde dehors s’il vous plait sauf Ururu, Tessai et Inoue-san. Tiens-toi prête, tu interviendras à mon signal, dit-il à la jeune fille qui fronçait étroitement le sourcil pour se concentrer, les deux paumes dirigées vers le corps d’Ichigo.

̶            Bonne chance Kurosaki-san…rendez-vous de l’autre côté, déclara Urahara avec un étrange sourire.

̶            Non, attendez...

La phrase d’Ichigo resta en suspens. Urahara abattit sur sa poitrine les deux palettes et le choc électrique l’immobilisa. Les yeux grands ouvert, un long bip interminable indiquait sur le moniteur que son cœur s’était arrêté.

Ichigo poussa la porte du café, faisant teinter la clochette de l’entrée.

̶            Bienvenu au Bleach coffee…IIIICHIIIIGOOOO ! S’écria une voix nasillarde.

̶            Salut, Keigo, répondit laconiquement le Shinigami alors que le front du brun heurta son biceps.

Il poursuivit son chemin sans se retourner sur son ami qui comatait sur le carrelage à l’entrée.

̶            Salut, Nanami.

̶            Bonjour Ichigo, un café noir comme d’habitude,  répondit la jeune fille en rougissant légèrement.

̶            Oui merci. Alors, ça se passe bien, ton semestre ?

̶            Assez oui, j’avoue que ce n’est pas du tout le même rythme qu’au lycée.

̶            C’est comme ça pour tout le monde au début, tu vas t’y habituer, la rassura le rouquin.

̶            Hé Ichigo ! S’écria Keigo qui avait été complétement zappé.

̶            Tiens Keigo, t’es toujours là ? Nota le roux en dégustant nonchalamment son café.

̶             C’est comme ça qu’on traite ces vieux amis, je croyais que t’étais venu me saluer mais au final t’es juste là pour draguer les minettes.

̶            Crétin, c’est la fille de notre voisin! Répliqua le brun en lui balançant un porte-serviettes en bois sur le crane. Et puis j’suis là pour voir ma petite amie, pas toi !

̶            Il m’a cassé direct, pleurnicha le brun.

̶            Je vais aller la chercher, dit Nanami en disparaissant dans l’arrière-boutique.

Ichigo s’installa à sa table habituelle, à côté de la devanture en baies vitrées qui donnait sur la terrasse. Tout en sirotant son café, il se dit que les épreuves qu’il a traversées ont eu le mérite de le rapprocher de ses amis…

̶            Désolée de t’avoir fait attendre, on avait besoin de moi en cuisine.

… Et de réveiller en lui des sentiments dont il n’aurait jamais soupçonné l’existence.

Comme chaque matin depuis presque un an, Ichigo prit le visage de la jeune fille entre ses mains et la salua avec un baiser. Au début hésitante, Inoue Orihime ne tarda pas à y répondre en posant délicatement sa main sur la joue du jeune homme.

̶            Hé, vous pourriez pas faire ça ailleurs, un peu de respect pour les célibataires, grogna Keigo en croisant ses bras d’un air boudeur.

̶            Tu le serais plus si t’arrêtais de faire l’imbécile et que tu te décidais à inviter Tatsuki, répondit Ichigo alors que Orihime s’installait sur une chaise à côté de lui.

A l’évocation de la jeune fille, le teint de Keigo vira au cramoisi et il se mit à bégayer fortement.

̶            M-m-m-m-mais qu’est-ce qui te fais croire que Tatsuki me plait, d’abord ?!

̶            J’suis d’accord, faudrait un miracle pour que Tatsuki s’intéresse à toi, renchérit Ichigo d’un air blasé.

̶            Je crois qu’un garçon de son équipe de Karaté l’a invité au cinéma, se rappela Inoue.

̶            C’est surement Hikari, cette espèce de poseur invertébré n’arrête pas de lui tourner autour depuis le premier jour, grinça Keigo, des flemmes dans les yeux. Devant sa petite crise de jalousie, Ichigo et Orihime échangèrent un sourire de connivence.

̶            Tu devrais te déclarer pendant la fête demain soir. Pour gagner le cœur de Tatsuki, tu devras affronter Hikari en duel, mais comme tu n’as aucune chance de le vaincre en combat il faudrait penser à un truc sympa genre : le concours du plus gros mangeur de pate de haricots rouges sucrés, où de celui qui réussira à mettre le plus grand nombre de pailles dans son nez sans s’étouffer, ou celui…

̶            Ça va Orihime, je pense qu’on a compris, la coupa Ichigo avec un sourire attendri devant l’imagination sans limite de sa compagne.

Devant cette perspective, la fougue d’Asano fondit comme neige au soleil et il sembla se ratatiner sur sa chaise. Jamais il n’aurait le courage de faire ça, devant tout le monde en plus, il parierait sa figurine Collector de Super Broly que l’autre bellâtre de Hikari sera là aussi.

̶            ASANO, la pause est terminée, AU BOULOT ! cria le patron d’une voix bourrue.

̶            Hai, j’arrive, soupira Keigo en reprenant son service.

Enfin seuls, Ichigo et Orihime purent reprendre là où ils en étaient. Ils échangèrent des banalités sur leur journée, la petite main d’Orihime enfermée dans celle plus grande et calleuse d’Ichigo. Tandis qu’elle lui racontait les progrès culinaires qu’elle accomplissait durant son stage, Ichigo reprit le cours de ses pensées. Même s’il avait récupéré ses pouvoirs, aucun Shinigami n’était plus revenu à Karakura, où avait essayé de reprendre contact avec lui. C’était le silence radio depuis trois ans, et même s’il avait eu du mal à s’y faire au début, il se disait maintenant que c’était pour le mieux…

̶            Tout va bien ? Interrogea Inoue d’un air inquiet.

̶            Hun ? Oui, pourquoi ?

̶            Tu ne dis plus rien depuis dix bonnes minutes, quelque chose te tracasse ?

…chacun dans son monde, et chaque chose à sa place. La présence de Shinigamis dans leur monde était une anomalie, et maintenant tout était revenu à la normale. Ichigo avait la vie dont il a toujours rêvé, il avait récupéré ses pouvoirs de shinigami, il étudiait la médecine pour -même s’il ne l’avouera jamais- marcher dans les traces de son père qu’il admirait malgré tout. Il avait une bande d’amis fidèles sur qui il pourrait toujours compter, une famille aimante et pour couronner le tout, une petite amie géniale qui l’aimait profondément…

̶            Au contraire, sourit-il en se rapprochant de son visage, je ne me suis jamais senti aussi bien.

… sa vie était parfaite, et il espérait que cela dure le plus longtemps possible.

Mais comme toujours, le destin prend un malin plaisir à changer nos plans.

Soudain, Ichigo s’immobilisa, le regard fixé à l’extérieur du café, les yeux ronds comme s’il avait vu un revenant. Intriguée, Orihime suivit la direction de son regard, et entrouvrit la bouche de stupeur.

̶            Ku…Kuchiki-san.

Sur la terrasse du café, Rukia les regardait avec la même expression de stupeur figée, son uniforme de shinigami virevoltant au gré du vent.

*******

̶            Vous avez trouvé quelque chose sur le Dangai disparu ?

̶            J’ai quelques théories mais rien de pertinent, répondit Urahara, nous sommes pour l’instant incapables d’expliquer ce phénomène.

̶            Je vois.

Comme à chaque fois qu’elle venait sur terre, le point de chute de Rukia était le magasin d’Urahara, elle décida donc d’y entamer ses investigations.

̶            Que puis-je faire d’autre pour vous, Miss Kuchiki, je crois savoir que vous êtes à la recherche d’une certaine personne.

̶            En effet, répondit Rukia en lui tendant une photo. Elle s’appelle Nadeshiko Ouri et c’est le principal suspect du meurtre de Tsubasa Ouri.

Urahara inspecta la photo quelques secondes avant de la rendre à sa propriétaire.

̶            Jamais vu de ma vie, je suis désolé de ne pouvoir vous aider d’avantage, dit-il en remettant ses mains dans ses larges manches.

Rukia ne put retenir un sourire en coin.

̶            Pas de réponse sur le Dangai, pas de réponse sur Nadeshiko, ça m’étonne Urahara, vous qui avez toujours réponse à tout.

̶            Vous me flattez ma chère, je ne suis qu’un vieux scientifique à moitié sénile, plaisanta le marchand en se cachant derrière son éventail. Vous aurez peut-être plus de chance du coté de notre shinigami remplaçant.

̶            Ichigo ? S’étonna Rukia. Quel rapport a-t-il avec cette histoire ?

̶            Parce que maintenant on a besoin d’une raison pour rendre visite à un ami, s’offusqua faussement Urahara en s’éventant. Vous m’étonnez, Kuchiki-san, la légendaire froideur de votre frère aurait-elle déteint sur vous ?

̶            Disons plutôt que je ne tiens pas à l’impliquer dans les affaires de Soul Society, expliqua la brune en croisant les bras, ne tenant pas particulièrement à s’aventurer sur ce terrain avec le vendeur.

̶            C’est très noble de votre part mais j’ai peur que vous n’ayez pas le choix. Je n’aurais rien de plus à vous apprendre tant que Yoruichi ne sera pas revenue de Soul Society.

Bien que contrariée par la tournure des évènements, Rukia fut obligée d’admettre qu’Urahara avait raison. De toute façon, elle devrait tôt ou tard interroger toute personne dans cette ville possédant assez de reiatsu pour voir les Shinigamis, autant commencer tout de suite vu qu’elle avait du temps libre.

̶            J’y vais, veillez à préparer ma chambre avant mon retour, s’il vous plait.

̶            Pardon ?

̶            C’est bien pour ça que la Soul Society vous alloue un budget pour vos recherches, en échange vous êtes chargé de l’accueil des Shinigamis en missions sur terre. A moins que vous ne comptiez, comme le dit mon frère « grappiller dans les caisses du Seireitei comme un mendiant en vous tournant les pouces ».

̶            Ce cher Kuchiki Taisho a toujours eu le sens de la formule, répliqua Urahara en éclatant de rire.

Sur son téléphone, Urahara lui avait transmis les coordonnés d’un endroit appelé « université ». D’après ce qu’elle avait compris, c’était un endroit immense ou les adultes humains étudiaient pour apprendre un métier, elle se demandait bien lequel avait choisi Ichigo. Ils n’avaient jamais vraiment parlé du futur, trop occupés qu’ils étaient à éviter de se faire tuer. Rukia n’avait donc aucune idée de la manière dont Ichigo comptait mener sa vie, mais elle le savait casanier et proche de sa famille, peut-être voulait-il une petite vie tranquille avec femmes et enfants, un peu à l’image de son père, la vie d’humain banal et sans histoire qu’il avait avant de la rencontrer.

A cette pensée, le cœur de Rukia se serra. A chaque fois qu’elle débarquait dans le monde réel, Ichigo se faisait embarquer dans des affaires louches ou des ennemis kidnappaient ses amis, tentaient de détruire sa ville ou plus simplement de le découper, et il finissait toujours couvert de sang et à moitié mort. Voilà pourquoi elle n’avait jamais cherché à le recontacter, en dépit du fait qu’elle était venue le voir sur terre, de nombreuses fois…

Rukia prit une profonde inspiration, et passa les grandes portes de l’université. Ça va aller, pensa-t-elle en serrant les poings, le regard haut et la démarche déterminée. Même si elle ne s’attendait pas à un accueil des plus chaleureux, Ichigo était un adulte maintenant, il saura faire la part des choses et mettre leur différent de côté afin de mener à bien cette mission.

Elle consulta l’heure sur son Soul Pager, il était presque onze heures,

̶            Espérons qu’il ne soit pas en cours.

En tout cas, il était toujours aussi peu doué pour maitriser son reiatsu, il ne devait pas être bien loin. Tout en inspectant les environs, Rukia sourit en s’imaginant la tête d’ahuri qu’il allait faire, nul doute qu’il sera très surpris de la voir.

Soudain, la Kuchiki s’immobilisa. Elle se trouvait sur la terrasse d’un café nommé le Bleach coffee bar, et à l’intérieur, à une table près de la vitrine, il y avait un couple, un couple en train de s’embrasser.

Comme s’il avait senti que quelqu’un l’observait, Ichigo leva son regard ambre vers elle, bientôt imité par la jeune femme rousse qui l’accompagnait et sans qu’elle ne sache trop comment, la shinigami se retrouva pressée contre l’opulente poitrine d’Inoue Orihime :

̶            Kuchiki-san, ça fait tellement longtemps, je suis si heureuse de te revoir ! babilla joyeusement la rousse en étranglant Rukia dans une étreinte à lui broyer les os.

̶            Oui, moi aussi je suis contente de te voir Inoue, déglutit la brune d’une voix étranglée.

Ichigo avait pris son temps pour les rejoindre. En retrait, les bras croisés,  il jaugeait la scène avec un regard distant, presque méfiant.

̶            Qu’est-ce qui tu fais ici ?

Les yeux de Rukia s’agrandirent un peu. Comme elle s’y attendait, Ichigo n’avait pas l’air très disposé à lui souhaiter la bienvenue, elle accusa le coup et décida de dédramatiser les choses :

̶            Moi aussi je suis contente de te voir, Ichigo, répondit-elle avec un sourire en coin.

̶            Je me suis dit qu’il a du se passer un truc grave à Soul Society, vue que ça fait longtemps qu’on ta pas vu dans le coin.

Il a la dent dure aujourd’hui, pensa-t-elle en avisant le rouquin. Bien, puisqu’il voulait passer directement aux choses sérieuses…

̶            Tu n’as pas tort, avoua-t-elle en sortant une photo de sa poche. Soul Society est à la recherche de cette femme, l’un de vous l’aurait-il aperçu à Karakura ?

Orihime prit la photo des mains de Rukia et la montra à Ichigo tout en l’examinant. Ichigo ne quitta pas la photo des yeux, et Rukia remarqua son trouble.

̶            Pourquoi, qu’est-ce qu’elle a fait ? Demanda Inoue.

̶            Elle est le principal suspect dans une affaire de meurtre.

Les yeux d’Ichigo s’agrandirent et tout en détachant ses yeux de Rukia, il regarda une nouvelle fois la photo, comme s’il la voyait pour la première fois.

̶            Vous…vous menez une enquête, vous avez des preuves ?

̶            Euh…je ne suis pas autorisée à dévoiler les détails mais oui, nous avons des preuves solides de sa culpabilité, dont une vidéo la montrant nettement en train de tuer son mari, expliqua Rukia d’un air surpris devant la curiosité du rouquin.

̶            Mon Dieu, c’est horrible, souffla Inoue en cachant sa bouche de ses deux mains.

̶            …non, je ne l’ai jamais vu de ma vie, trancha Ichigo d’un ton neutre en lui rendant sa photo.

Rukia la récupéra sans le quitter des yeux, comme si elle sentait que quelque chose n’allait pas avec lui.

̶            C’est très sérieux Ichigo, cette femme est dangereuse, elle a réussi à échapper à une centaine de shinigamis avant de s’enfuir dans le monde réel.

̶            J’avais compris, la coupa le roux, si j’apprends quelque chose je te tiens au courant.

̶            …Bien.

̶            Bien.

Tandis que les deux shinigamis se fixaient en chien de faïence, Orihime tentait de déployer toutes son imagination pour détendre l’ambiance… 

̶            Kuchiki-san, j’adore ta nouvelle coupe, ça te va très bien !

…pour aboutir à un résultat plus que discutable.

̶            Merci, Inoue, toi aussi tu es…toujours aussi belle, complimenta Rukia avec maladresse.

̶            Bon, moi j’y vais, on se voit tout à l’heure, déclara Ichigo. Il déposa un léger baiser sur la joue d’Orihime avant de s’éloigner, laissant les deux jeunes femmes empêtrées dans un silence perturbant.

̶            Demain soir on organise une fête dans notre studio à Tatsuki et moi, tu devrais venir, y’aura tout le monde.

̶            Je ne sais pas si c’est une bonne idée.

̶            Allez Kuchiki-san, je suis sure qu’on va bien s’amuser, la supplia Inoue en lui prenant la main. Désolée, je dois te laisser, ma pause est finie, on se voit demain alors.

La shinigami observa la rousse rejoindra le café d’une démarche gracieuse. Elle soupira, elle aurait peut-être mieux fait d’envoyer Renji à sa place, lui au moins adorer les fêtes…