Chapitre 4

par Tentenette

CHAPITRE 4

 

 

̶            Vous m’avez fait demander, capitaine ?

̶            Ah Kuchiki, entre je t’en prie, l’invita Ukitake en lui tendant une tasse de thé.

Rukia l’accepta avec un sourire. Cela faisait plaisir de voir son capitaine sur pieds. Depuis sa nomination, elle avait travaillé d’arrache pieds afin de le soulager au maximum du poids de ses responsabilités, mais le résultat en valait largement la peine, Ukitake avait repris des couleurs et semblait plus en forme que jamais.

̶            J’ai de bonnes nouvelles à t’annoncer, déclara-t-il en s’asseyant derrière son bureau. J’ai discuté avec le capitaine Hitsugaya et il a accepté ta demande, tu fais officiellement partie de la prochaine mission sur terre pour capturer Nadeshiko Ouri.

Avec un sourire éclatant, Rukia accepta l’ordre d’affectation que lui tendit Ukitake. Elle ne s’attendait pas à ce que ce soit aussi facile.

La découverte sur son frère lui avait fait un choc. Ce soir-là, elle n’avait pu attendre le lendemain pour en parler à Renji, elle s’était donc faufilée en douce à l’extérieur de la maison Kuchiki pour aller le voir dans ses quartiers de la sixième division :

̶            Wow, le Taisho portait vraiment une queue de cheval à l’époque ! s’étonna Renji en examinant la photo avec intérêt.

̶            Idiot, s’impatienta Rukia en lui prenant la photo des mains pour le frapper sur la tête.

Elle se servit une coupe de saké avant de s’assoir au bureau, à côté de lui.

̶            Nii-sama connaissait Nadeshiko Ouri, ils étaient camarades à l’académie des Shinigamis.

̶            Je crois qu’il y avait un peu plus que de la camaraderie si tu veux mon avis.

Renji se mordit la langue en voyant la mine sombre de Rukia, il en avait presque oublié qu’avant d’être sa sœur adoptive, Rukia était la belle-sœur de Byakuya Kuchiki, et même si elle n’en parlait jamais, Renji savait que la relation qu’entretenait Hisana avec Byakuya était pour elle quelque chose de pur, d’intouchable.

̶            Désolé, ce n’est pas ce que j’ai voulu…

̶            On doit se renseigner sur cette femme, coupa Rukia d’un air déterminé. Je veux tout savoir sur elle : qui était-elle avant de devenir une Ouri, son caractère, sa famille, ses amis, quel type de pouvoir elle possède et surtout…quel genre de relations elle entretenait avec mon frère.

̶            D’accord, je verrais demain si je peux dégoter une ou deux infos chez Hisagi…mais dis-moi, que comptes-tu faire exactement ? Demanda-t-il, l’air préoccupé.

Rukia ne répondit pas. Elle continuait à regarder la photo, encore et encore.

̶            De toute évidence, cette femme était spéciale aux yeux de Nii-sama, voilà pourquoi il était si souvent absent du manoir, il menait l’enquête sur le meurtre Ouri de son côté.

̶            Tu ne crois pas si bien dire, murmura Renji en repensant au dossier de Hisagi.

̶            Que veux-tu dire ?

Il lui raconta brièvement ce qui s’était passé ce jour-là, et les circonstances qui l’ont poussé à croire que c’était Byakuya le voleur. Loin d’être furieuse ou de lui crier dessus en le traitant d’irresponsable comme il s’attendait à ce qu’elle le fasse, Rukia resta silencieuse, l’air plus grave et inquiète que jamais.

̶            Ça ne me surprend qu’à moitié, murmura-t-elle en se pinçant l’arête du nez.

̶            Mais je me demande ce que le Taisho pense réellement de tout ça, s’interrogea Renji. De toute évidence il la croit innocente, sinon pourquoi prendrait-il la peine d’enquête de son côté ? Où il alors il veut juste découvrir la vérité.

    Quelque soient ces motifs, il était évident que Byakuya prenait de gros risques pour les atteindre, il avait menti à Rukia, désobéi à Yamamoto en se mêlant de l’enquête, allant même jusqu’à voler un dossier confidentiel. Rukia se demandait jusqu’où il était prêt à aller, ses imprudences finiront par lui coûter très cher, elle se devait d’intervenir d’une manière ou d’une autre. Voilà pourquoi le lendemain elle déposa une demande sur le bureau de Ukitake pour participer à l’enquête de Hitsugaya.

̶            Le départ est prévu pour demain matin.

̶            Déjà ? S’étonna Rukia. Je croyais que la douzième division n’a pas encore réussi à déterminer où Nadeshiko Ouri avait atterri dans le monde réel.

̶            C’est juste, voilà pourquoi tu commenceras par te rendre à Karakura où tu prendras contact avec Urahara Kisuke, s’il y a bien quelqu’un qui saura nous expliquer ce phénomène c’est bien lui. De là tu pourras déterminer le périmètre de recherche et t’organiser en conséquence, nous espérons que Kurosaki Ichigo sera en mesure de t’apporter son aide.

En entendant le nom de l’ancien Shinigami remplaçant, le cœur de Rukia manqua un battement. Cela faisant maintenant trois ans qu’Ichigo avait vaincu Aizen et que ces rapports avec la Soul Society avaient cessé suite à la perte de ces pouvoirs. Rukia avait du mal à imaginer la réaction d’Ichigo si elle débarquait du jour au lendemain pour lui demander de l’aide après ce long silence radio. Elle écarta ces idées de son esprit, pour l’heure, des sujets plus graves nécessitaient toute son attention, à commencer par son frère. Elle ne s’attendait pas à quitter Soul Society aussi vite, et s’il avait des problèmes en son absence, ou pire, s’il lui arrivait malheur ? 

̶            Ne sois pas inquiète, Kuchiki, tu t’en sortiras très bien, la rassura Ukitake en posant une main sur son épaules. 

̶            Merci de votre confiance, capitaine, répondit Rukia en s’inclinant. Désolée mais je dois y aller, je dois superviser l’entrainement des nouveaux.

̶            Je t’accompagne, comme j’ai été un peu malade ces derniers temps, je n’ai pas encore eu l’occasion de les voir.

Ils sortirent du bureau et s’engagèrent dans le corridor extérieur qui menait au terrain d’entrainement de la division.

̶            Alors, comment ça se passe avec les nouvelles recrues, ils ne te donnent pas trop de fil à retordre ? S’enquit Ukitake.

̶            Non, bien au contraire, répondit Rukia avec enthousiasme. Ils y a quelques éléments qui me paraissent très intéressants, je pense qu’on a fait une bonne sélection cette année.

Ukitake n’eut guère le temps de répondre car un shinigami accourait dans leur direction, l’air paniqué.

̶            Lieutenant, vous devriez venir voir, il y a un problème au niveau du réfectoire !

 

*********

 

Nobu parcourait les couloirs de la 13ème division en piétinant le sol avec colère.

Aujourd’hui pendant la séance d’entrainement avec les officiers supérieurs, Maria l’avait encore défendu et tout le monde s’était moqué de lui, comme un petit garçon humilié dans une cour de récréation.

̶            Ne courrez pas comme ça votre altesse, vous allez vous attirer des ennuis, l’appela la voix de Maria dans son dos.

Nobu s’immobilisa, une veine palpitant sur sa tempe, il se rua sur Maria et lui couvrit la bouche en lançant des regards paniqués à gauche et à droite dans le couloir.  

̶            Je t’ai déjà dit de ne pas m’appeler comme ça, siffla Nobu entre ses dents. Qu’aurions-nous fait si quelqu’un t’avait entendu ?

̶            Je suis navrée cela m’avait échappé, ça ne se reproduira plus, Nobu-san, s’excusa Maria d’une voix monocorde. Etes-vous fâché contre moi ?

̶            Bien sûr que je suis fâché, explosa Nobu en serrant les poings. Si tu me défends à chaque fois que quelqu’un s’en prend à moi les autres vont commencer à se poser des questions.

̶            Je ne pouvais laisser ce roturier souiller votre personne de ses sales pattes. De plus, le combat était déloyal, la différence de taille entre vous deux était aberrante.

Nobu grinça des dents en tournant vers Maria un regard assassin.

̶            JE NE SUIS PAS….je ne suis pas PETIT ! Reprit-il en baissant la voix. Je suis en pleine croissance et pour ton information j’ai gagné deux millimètres depuis le mois dernier, ajouta-t-il en pointant fièrement le nez en l’air.

̶            Mes excuses Altesse, j’oublie parfois que la taille est un sujet particulièrement sensible pour vous, ajouta Maria de sa voix monocorde.

Le teint rouge écrevisse, Nobu serra le poing et poursuivant son chemin en marmonnant que toute personne mesurant plus d’un mètre cinquante devrait être banni de la surface de la terre.

̶            Quoiqu’il en soit, nous devons rester concentrés sur la mission, n’oublie pas ce que nous sommes venus faire ici. A partir de maintenant tu devras toujours garder une certaine distance avec moi, c’est compris ?

̶            A vos ordres, Nobu-san, dit-elle en s’inclinant légèrement.

 

Il était midi et le réfectoire de la 13ème division commençait petit à petit à se remplir.

Maria avait tenu parole. Dans la file d’attente, elle se tenait à bonne distance de Nobu, sauf que maintenant elle avait l’air encore plus à braquer ses grands yeux noirs sur lui sans jamais cligner des yeux. Le garçon lui lançait de temps à autre des regards agacés pardessus son épaule, irrité d’être ainsi constamment surveillé.

Un peu plus loin dans la file, Botan et Meg attendaient leur tour, un plateau vide à la main. Devant elles se trouvait Tamaki, le blond gringalet avec des tendances pyromane :

̶            …ne t’en fais pas je ne laisserai rien t’arriver …

̶            Je rêve ou il parle tout seul, là ? Interrogea Botan en battant plusieurs fois des paupières.

̶            Tu as faim ? Attends  je vérifie…non, apparemment il n’y a pas d’asticots au menu ce midi.

̶            Des…asticots ? Déglutit Megumi en rajustant ses lunettes, l’estomac noué.

̶            Cette division est un asile psychiatrique à ciel ouvert, souffla Botan en lançant un regard dégouté à Tamaki. Si ce n’était pas Tatsuya, ça fait longtemps que j’aurais demandé à changer de division, s’extasia Botan d’une voix mielleuse en observant le beau jeune homme aux grands yeux verts en train de discuter avec des amis.

̶            Surtout, continue à faire comme si ta meilleure amie n’était pas avec toi, ironisa Megumi en posant sur son plateau le bol de soupe que lui tendait l’employée de cantine.

̶            Enfin chérie, tu sais bien que je t’emmènerai avec moi partout où j’irais, répliqua Botan en balayant sa longue cascade de cheveux blonds.

̶            Génial, me voilà transformée en sac-à-main.

Soudain, Tamaki se mit à glousser fort et à gesticuler dans tous les sens comme s’il était parcouru d’un courant électrique. Il bouscula Nobu qui a son tour, perdit l’équilibre et fit tomber son plateau sur le dos du Shinigami juste devant lui. Un silence de mort s’installa dans le réfectoire et tous les regards se tournèrent vers Nobu. Devant lui, Hiro Kurosawa fit volteface, de la sauce curry coulait abondamment de ses cheveux sur son front :

̶            Si tu as des tendances suicidaires tu as frappé à bonne porte, minus, grinça-t-il en l’empoignant par le col de son uniforme de Shinigami, un sourire bestial étirait ses lèvres.

Nobu avala de traves. Même s’il n’était pas du genre à fuir la bagarre, il ne tenait pas particulièrement à se donner en spectacle devant toute la division. De plus, il savait que Maria ne pourrait se retenir d’intervenir s’ils en venaient aux mains :

̶            Ce n’est pas ma faute, c’est lui qui…

Nobu ne put terminer sa phrase. En se retournant, il s’aperçut que Tamaki, le responsable de toute cette pagaille, s’était tout bonnement volatilisé.

Hiro attrapa le bol de curry sur le plateau de son voisin et le lança sur le visage de Nobu qui se baissa habilement au dernier moment pour l’éviter. Le plat continua sa course et atterrit sur la tête d’un officier de rang supérieur. La cantine retint son souffle lorsque le Shinigami se plaça devant Hiro et Nobu, accompagnés de deux acolytes qui déjeunaient avec lui.  Tout trois devaient bien mesurer deux mètres et affichaient des têtes qui n’avaient rien à envier aux affreux de la onzième division.

̶            Alors comme ça les bleus, on ne respecte pas ses supérieurs, dit l’un d’entre eux en faisant craquer ses jointures. 

̶            Excusez-les, Satori-san, intervint soudain Tatsuya avec un sourire gêné. Ils sont nouveaux et ne connaissent pas encore très bien les usages du Seireitei.

̶            Merci Superman mais on se passera de tes services, répliqua Hiro.

̶            On va vous montrer ce qu’il en coûte de foutre le bordel à la treizième division.

̶            Qu’est-ce que tu vas faire, Quasimodo, me souffler ton haleine de chiotte sur la face ? Répliqua Hiro en se rapprochant de son visage.

L’un des shinigami lui envoya un coup de poing mais Hiro l’évita et après l’avoir frappé à l’estomac avec son genou, il lui assena un coup de coude derrière la nuque. Hiro sentit alors deux bras puissants l’empoignaient par derrière et le soulever du sol. Pendant ce temps, le troisième Shinigami s’était élancé vers Nobu, mais ce dernier esquiva grâce à sa petite taille en passant entre ses jambes. Il avançait à reculons dans la cantine en projetant sur le shinigami tout ce qui lui tombait sous la main comme plats, bols et ustensiles,  mais il n’eut pas besoin de s’enfuir très loin car Maria, grâce à une prise de judo spectaculaire, avait retourné le shinigami dans les airs pour l’envoyer s’écraser sur une table au fond du réfectoire.

Partout dans la cantine, riz, soupe miso et curry s’étalaient sur le sol, les murs, et les autres shinigamis, si bien qu’après quelques secondes de silence, on entendit un cri retentir, un cri qui sonna l’ouverture officiel des hostilités :

̶            BATAILLE DE BOUUUUUUUF !!!

̶            Cette fois c’est décidé, je demande ma mutation dès la fin de ma période d’essai, trancha Botan en baissant la tête pour éviter une assiette qui volait dans sa direction.

Un joyeux chaos régnait à présent dans le réfectoire de la 13ème division. Les officiers supérieurs le prenaient sur le ton de la plaisanterie, se cachant derrière les tables en se lançant de la nourriture comme durant une bataille de boule de neiges. Hiro lui, était en difficulté. Les amis de la grosses brute n’avaient pas apprécié que leur chef se face battre par un nouveau, et s’étaient lancé à quatre contre Hiro. Il évita un coup de pied au dernier moment et se retrouva dos à dos avec quelqu’un. Il eut un sourire en coin lorsqu’il s’aperçut qu’il s’agissait de Maria :

 

̶            Alors beauté, on dirait que cette fois on est dans la même équipe.

Avec des gestes vifs et rapides, Maria avait bloqué toutes les attaques, esquivé les coups et fit tomber son adversaire en balayant sa jambe avec un coup de pied. Elle se redressa, le visage impassible, parfaitement concentré. Elle ne semblait même pas essoufflée.  Elle tenait à présent un autre shinigami d’une main par le cou, ses pieds frôlaient à peine le sol. Hiro fronça les sourcils, ce type devait bien faire le double du poids de la fille, comment pouvait-elle le soulever ainsi d’une seule main ?

̶            NON MAIS C’EST QUOI CETTE PAGAILLE ?!!

Le silence retomba dans le réfectoire. Devant l’entrée, Rukia et Ukitake observaient la scène, la première tremblait littéralement de colère, le teint cramoisi et le deuxième battait des paupières, l’air surpris. D’un seul geste, tout le monde se redressa pour saluer l’arrivée du capitaine :

̶            BONJOUR A VOUS, CAPITAINE UKITAKE, LIEUTENANT KUCHIKI !

̶            Rompez, ordonna Rukia. Katsuragi, lâches-le tout de suite, ordonna Rukia.

̶            Comme vous voudrez, Lieutenant, répondit Maria d’une voix sans timbre en s’exécutant. Le shinigami atterri lourdement sur les fesses, il essayait de reprendre son souffle en lançant un regard haineux à Maria.

̶            Vous deux-là, tonna-t-elle en pointant son index vers Hiro et le shinigami géant, qu’est-ce qui vous a pris ? Satori, je peux le comprendre venant d’un nouveau mais un officier supérieur se conduisant d’une telle façon est une faute inqualifiable. Est-ce la vôtre manière de montrer l’exemple, n’avez-vous donc aucune fierté en tant que Shinigami ?! Cria-t-elle un peu plus fort en s’adressant à tous les autres.

̶            Toutes nos excuses lieutenant, nous sommes prêts à recevoir notre punition !

̶            Kurosawa, commença Rukia d’une voix grave en se tournant vers Hiro. Je croyais pourtant avoir été claire le premier jour. Je ne permettrai pas qu’un avorton ternisse la réputation de la treizième division, vous n’êtes pas dans un camp de vacances ici, vous êtes les soldats du Gotei treize, et vous allez apprendre à faire honneur à l’uniforme que vous portez.

̶            C’est à l’autre nabot qu’il faut s’adresser M’dame, il m’a balancé son plateau sur la gueule.

̶            N’importe quoi ! S’emporta Nobu. Je t’ai déjà dit qu’on m’avait bousculé, c’était un accident.

̶            Silence ! Intervint Rukia,…Tamaki, on peut savoir ce que tu fais ?

 

La petite tête blonde bouclée de Tamaki était soudain sortie de sous une table.

 

̶            Je l’ai retrouvé ! cria-t-elle d’un air victorieux en se redressant.

̶            Qu’est-ce que tu as trouvé ? Demanda Rukia de plus en plus déconcertée.

̶            Mademoiselle Stéphanie bien sûr, répondit-il en brandissant entre ses deux mains une grenouille.

̶            …hein ?

̶            Elle s’est enfuit du palais royal car le baron crapaud voulait l’enlever et l’épouser contre sa volonté, mais je lui ai promis de la protéger alors je l’ai emmené avec moi. Je l’ai caché sous mon uniforme mais elle voulait se dégourdir les pattes, je suis désolé lieutenant ça ne se reproduira plus, conclut-t-il en s’inclinant platement. Stéphanie, présentes tes excuses au lieutenant !

Il tendit la grenouille entre ses deux mains à Rukia. La bouche ouverte, elle se retrouvait incapable de prononcer le moindre mot, elle se demandait ce qui serait le plus inquiétant : que ce garçon étrange soit en train de la tourner en ridicule devant toute la division ou qu’il soit au contraire, très sérieux.

Un ricanement la sortit de ses pensées. Contrairement à elle, Ukitake ne semblait pas le moins du monde contrarié, au contraire, la situation semblait l’amuser :

̶            Je vois ce que tu voulais dire par « éléments intéressants ».

Le visage de Rukia avait maintenant pris la couleur violette d’une prune écrasée, jamais de toute sa vie, elle ne souvenait avoir eu autant la honte devant son capitaine.

̶            Bien, je vois que tu as la situation bien en mains, je te laisse j’ai rendez-vous avec Kyouraku, bonne chance.

Ukitake parti, Rukia se retourna vers ses subordonnés, un sourire sadique sur les lèvres. Ces sales morveux avaient osé spoiler son autorité devant son capitaine et pour cela, ils allaient payer. Elle se baissa pour ramasser un morceau de pain qu’elle tournait plusieurs fois entre ses mains.

̶            A partir de maintenant et jusqu’à nouvel ordre, vous n’aurez le droit qu’à un seul repas par jour, ainsi vous apprendrez peut-être à traiter la nourriture avec plus de respect. Quand à cette cantine, je veux que le sol soit tellement propre qu’on puisse y manger, il n’est d’ailleurs pas exclu que vous testiez cette possibilité.

̶            Vous plaisantez, j’espère ?! S’indigna Botan, les mains sur les hanches. Non seulement ça va nous prendre toute la nuit, et il est hors de question que je fasse le ménage dans ma nouvelle tenue.

̶            Pour ta gouverne je ne plaisante jamais Botan, alors au travail.

̶            A VOS ORDRES, LIEUTENANT !

Rukia leur lança un dernier regard glacial avant de quitter les lieux. Sceaux et balais furent distribués et chacun se mit au travail.

̶            Si tu t’approches encore de moi l’avorton je ferai un nœud coulant avec tes entrailles et je t’y suspendrai comme une épaule d’agneau, c’est clair ?! Menaça Hiro en prenant Nobu par le col.

̶            Allons les gars, inutile de vous battre pour si peu, dit Tatsuya avec un sourire.

̶            Je t’avais pas déjà dis de te tirer, toi !

̶            Tatsuya a raison, intervint soudain Botan. Le petit ne l’a pas fait exprès, c’est l’autre taré qui l’a poussé, on l’a vu Meg et moi.

 Elle montra Tamaki derrière elle, accroupi en train de goûter de la purée de pomme de terre étalée sur la brosse de son balai.

̶            Hé, qui est-ce que tu traites de petit, vieille peau ?!

̶            Répète ça, petit merdeux ! S’enflamma Botan qui semblait avoir perdu toute bienveillance vis-à-vis du jeune garçon.

̶            Si tu tiens à ton bras, je te conseille de le lâcher, tout de suite, déclara Maria d’une voix glaciale en se rapprochant de Hiro.

Entouré de Botan, Megumi, Tatsuya et Maria, Hiro n’avait plus d’autres choix que de lâcher Nobu.

̶            Bien, puisque tout le monde semble s’être mis d’accord contre moi, je n’ai plus qu’à m’incliner, conclut-t-il avec un sourire en coin.

Il jeta violemment Nobu  contre le mur, et ce dernier glissa à terre en poussant un cri de douleur. Maria allait foncer sur Hiro mais Nobu leva la main pour lui faire signe de laisser tomber. Satisfait de son petit effet, le Shinigami aux yeux de glace quitta le réfectoire avec un petit sourire victorieux, sous les regards haineux de ses camardes.

 

*******

 

Rukia referma son sac à dos, et tout en inspectant son reflet dans la glace de son armoire, elle rajusta l’insigne de Lieutenant sur son bras droit. Avant de sortir du pavillon, elle fit un détour pour vérifier si son frère était dans sa chambre, mais comme elle s’y attendait, la pièce était déserte. Malgré l’heure très matinale, elle se dit qu’elle aurait peut-être plus de chance de le trouver dans son bureau à la sixième division mais elle fit de nouveau choux blancs, son bureau été fermé à clé. En quittant le quartier général de sixième division, elle se dit que ce n’était peut-être pas une si mauvaise chose, elle voulait le voir pour le prévenir de son départ en mission pour le monde réel, mais elle doutait de pouvoir garder une attitude détachée si le sujet de l’affaire Ouri arrivait sur le tapis.

Le soleil se lever à peine sur la Soul Society, baignant les rues immaculés et les toitures en tuiles rouge du Seireitei d’une douce lumière orangée. Indifférente à ce spectacle, Rukia marchait lentement en direction de la station des Dangais, le menton entre les doigts et les sourcils froncés, elle réfléchissait intensément.

Elle n’avait pas fermé l’œil de la nuit, tournant et retournant dans sa tête les derniers éléments découverts sur l’affaire, et essayant de s’imaginer la nature de la relation qui relier Byakuya à Nadeshiko Ouri. Quand on sait à quel point Byakuya était à cheval sur les règles, Rukia avait bien compris qu’il était prêt à risquer gros pour elle, et plus elle y réfléchissait, moins elle se sentait le cœur à quitter le Seireitei. Si elle pouvait laissait ses yeux ici pour surveiller son frère, elle serait sans doute plus rassurée. Distraite par ses pensées, elle tourna à l’angle d’une ruelle et heurta un passant.

̶            Oh, pardon, je suis dés…ah c’est juste toi, Renji, déclara simplement Rukia en poursuivant son chemin.

̶            Comment ça, juste moi ? Ronchonna Renji qui trouvait cela culoté de se faire bousculer de bon matin puis tout bonnement ignoré.

̶            Ce n’est pas dans tes habitudes d’être aussi matinal, tu es tombé du lit, Fukutaisho-dono ? Interrogea Rukia avec un sourire malicieux.

̶            Figure-toi que je n’ai pas fermé l’œil de la nuit, en mission spéciale commanditée par son altesse ici présente, dit-il en frottant ses yeux entourés de cernes. Jette un œil à ça, dit-il en tendant à Rukia un classeur noir.

̶            Qu’est-ce que c’est ? Interrogea-t-elle en feuilletant le dossier qui contenait plusieurs photocopies de rapports et de très vieux documents.

̶            La première page continent le rapport du capitaine Hitsugaya, je l’ai chipé à Hisagi pendant qu’il regardait ailleurs, regarde…ce sont ses observations sur les enregistrements de vidéosurveillance du domaine Ouri.

̶            Ils ont des caméras de surveillance dans la maison ? S’étonna Rukia, car cette pratique n’était pas très répandue chez les nobles.

̶            …et comme par hasard, il y avait une caméra placée pile à l’endroit où le meurtre a été commis.

̶            « La suspecte est identifiée en train de commettre un meurtre sur la personne de Tsubasa Ouri avec son propre Zanpakuto, d’un coup de lame partant de trois centimètre sous la gorge et parcourant l’abdomen… », lut Rukia à voix haute avant de s’interrompre et de refermer le dossier d’un air impatient. Je ne vois pas ce que ça peut nous apporter de plus, on sait déjà tout ça.

̶            Hé ben ça m’apprendra à vouloir rendre service, vu ce que j’ai dû endurer pour l’obtenir tu pourrais prendre la peine de lire jusqu’au bout.

̶            Tu as volé ce dossier à Hisagi alors qu’il était soul comme une vache,  ce n’est pas ce qu’on peut appeler un acte de bravoure exceptionnel, répliqua-t-elle en croisant les bras d’un air blasé.

̶            Bon tu le veux ou non, ce dossier ?

Elle considéra Renji pendant quelques secondes avant de se saisir du document d’un geste impatient. Ils arrivèrent bientôt à la station du Dangai, et durant tout le trajet, Rukia s’était plongée avec attention dans les notes du capitaine Hitsugaya. En refermant le rapport elle comprit pourquoi Renji avait autant insisté.

̶            Alors ? Questionna ce dernier, t’en penses quoi ?

̶          Son comportement est certes anormal mais ce n’est pas si bizarre. Elle a dû réaliser après coup qu’elle venait de tuer son mari et elle ne l’a pas supporté. Pour moi ça indique un crime passionnel, il faudrait peut-être creuser la piste des problèmes conjugaux.

̶          Oui mais c’est tout de même bizarre, non ? Attends, elle a zigouillé son mari de sang-froid comme par hasard, dans le salon principal, au beau milieu de la maison, là où une centaine de témoins pouvaient la voir et encore par hasard, en face de la caméra de surveillance avec le visage bien en évidence, sans oublier l’arme du crime qu’elle a abandonné sur place au lieu de la garder pour se défendre durant son évasion.

̶            Où est-ce que tu veux en venir exactement ?

̶            J’en dis qu’il y a bien trop de coïncidences pour que la solution soit aussi simple, même une personne sans expérience et totalement stupide ne commenterait pas autant d’erreur à la fois.

̶            Les preuves sont là Renji, les témoins, la vidéo, le zanpakuto, elle a même fuit les lieux du crime, qu’est-ce qu’il te faut de plus ? S’emporta Rukia qui commençait à trouver cette discussion parfaitement grotesque.

̶            Au lieu de me hurler dessus, regarde plutôt le dernier document.

Non sans lui jeter un regard noir, Rukia s’exécuta. Il s’agissait de la copie du certificat de mariage de Tsubasa et Nadeshiko Ouri.

̶            Comme tu peux le voir son nom de jeune fille a été tout bonnement effacé, expliqua-t-il en pointant du doigt une bande d’encre noir, là ou devrait figurer le nom de Nadeshiko. Tu ne trouves pas ça bizarre ?

̶            Oui, et après, je ne vois pas le rapport avec l’enquête, répondit Rukia en haussant les épaules. Au mieux elle a chargé quelqu’un de la couvrir.

̶            En effaçant son véritable nom ?!

̶            Ecoute Renji je n’ai pas le temps de jouer les détectives, répondit-elle d’une voix lasse en lui collant son dossier sur le torse. Le passage va s’ouvrir d’une minute à l’autre je dois y aller.

Dans l’immense cours, des shinigamis de la première division s’activaient autour du portail vide pour l’enclencher.

̶            C’est qu’une mission comme une autre, n’en fais pas une affaire personnelle.

La jeune shinigami qui lui avait tourné le dos s’immobilisa soudain, frappée par la justesse des paroles de son meilleur ami.

̶            Tu trouves que je ne suis pas suffisamment objective ?

̶            Dans ta situation c’est difficile de l’être, mais ce que cette femme a pu ou non faire n’a rien à voir avec la relation qu’elle avait avec ton frère…et peu importe la nature de cette relation, conclut Renji en insistant sur la fin de de sa phrase.

Rukia leva les yeux aux ciels, il ne manquait plus qu’elle se fasse remonter les bretelles par son babouin fainéant et alcoolisé de meilleur ami.

̶            Préviens-moi si tu as du nouveau et garde un œil sur Nii-sama.

̶            Ça équivaut à signer mon arrêt de mort mais je te le promets, acquiesça-t-il  avec un sourire rassurant. Au fait, toi…tu penses que…enfin je veux dire, avec le monde réel et tout, ça ne te dérange pas ? Demanda maladroitement Renji sous le regard interrogateur de Rukia. Ça va faire presque trois ans que tu l’as pas vu, ça va aller ?

En comprenant où il voulait en venir, Rukia émit un sourire.

̶            Tu l’as dit toi-même, ce n’est qu’une mission comme une autre, plus vite j’aurais retrouvé la trace de Nadeshiko et plus vite je rentrerai…te fais pas de souci, ça va aller, le rassura-t-elle en posant une main sur son bras. Bon, et bien j’y vais, à plus.

̶            Je crois que quelqu’un veut te dire au revoir, déclara Renji en pointant un pouce derrière lui.

Il se retira, laissant apparaitre Byakuya dans son uniforme de capitaine, les traits tirés, l’air fatigué, mais toujours aussi solennel et imposant.

̶            Nii-sama, murmura Rukia en se précipitant vers son frère, le visage illuminé. Je suis passée à la sixième division pour vous dire au revoir mais…vous étiez absent.

̶            Oui, j’avais…du travail en extérieur, expliqua-t-il en se raclant la gorge.

̶            Je vois.

Un silence gênant s’installa entre les deux Kuchiki, mais comme Byakuya n’était pas à homme à rester empêtrer dans une situation aussi inconfortable, il mit tout simplement un terme à cette conversation silencieuse.

̶            Le Dangai et prêt, tu devrais y aller, n’oublie pas de faire quotidiennement un rapport au capitaine Hitsugaya et de te conformer scrupuleusement à ses ordres.

̶            Oui, nii-sama.

̶            Bien.

Et sans ajouter un mot, il tourna les talons et commença à partir quand Rukia fit ce qu’elle n’aurait jamais pensé faire :

̶            Attends Nii-sama ! Appela-t-elle alors que ses deux mains se refermèrent sur le poignet de Byakuya, et que ce dernier lui jeter un regard surpris.

Il lui fit face et resta là à la regarder en silence. A mesure qu’elle se dégonflait, Rukia se traita mentalement d’idiote, et maintenant qu’est-ce qu’elle allait lui dire, qu’elle avait hâte de retrouver sa meurtrière d’« ex-elle ne savait trop quoi » pour connaitre le fin mot de l’histoire ?

̶            Je ne sais pas qui est vraiment cette femme, et je ne sais pas ce qu’elle a fait non plus, mais ce que je peux te promettre, c’est de tout faire pour découvrir la vérité, qu’elle soit coupable…ou innocente, articula difficilement Rukia, bien que le dernier mot eut du mal à sortir. Byakuya haussa un sourcil, et ce fut là toute la spectaculaire expression de la surprise qui animait son monde intérieur. Je te promets de tout faire pour honorer cet insigne et le nom des Kuchiki, je ne te décevrai pas.

Elle espérait, à travers ses sous-entendus, lui montrait qu’elle en savait beaucoup plus que ce qu’elle pouvait dire et que, contrairement à ce qu’il semblait croire, il n’était pas seul, qu’il pouvait compter sur elle pour l’épauler.

̶            J’en suis persuadé, répondit Byakuya avec un micro-sourire, en serrant légèrement la main de Rukia, ce qui, en cinquante ans de vie commune, était la première marque d’affection physique qu’il lui ait témoigné. Sois prudente.

Et il disparut en Shunpo, peut-être pour mettre un terme définitif à la conversation.

Rukia fit un dernier signe de la main à Renji et s’engagea dans le couloir spirituel qui se referma derrière elle. Cette fois, ce sera différent, c’est elle qui sera là pour Byakuya, comme il a toujours été là pour elle, et elle comptait absolument tout mettre en œuvre pour aider son frère.