Chapitre 3

par Tentenette

Hitsugaya soupira. Peinant à garder les yeux ouverts, il entamait sa quatrième tasse de thé sans quitter des yeux le rapport de Hisagi et Kira. Comme il s’y attendait, cette affaire était un vrai casse-tête.

Tandis que les officiers subalternes s’occupaient de récolter les témoignages des gardes et autres shinigamis qui ont assisté à la fuite de Nadeshiko, on avait confié aux deux lieutenants la charge de questionner les proches de la victime afin de ne froisser la « susceptibilité » de personne.

Tous les témoignages se recoupaient avec une exactitude déconcertante sur le « caractère calme, égal et agréable » de Nadeshiko Ouri, et sur le fait qu’elle n’avait jamais eu de problèmes avec son mari. A les entendre, ces deux-là étaient des maitres exceptionnels et un couple tout ce qu’il y avait de plus heureux.

Cependant, un témoignage sortait du lot, celui de Sarada-san, la première dame de compagnie de Nadeshiko-sama et la personne qui était sans doute la plus proche d’elle dans cette maison.

C’était une femme d’un certain âge, à l’air délicat mais sévère. Elle portait comme tous les habitants du manoir, des habits noirs en signe de deuil, et ses cheveux grisonnants étaient coiffés en un chignon impeccable.

—   Nadeshiko-sama était la personne la plus douce et généreuse qu’il m’ait été donné de rencontrer. Elle avait toujours un sourire ou une attention pour chacun et pourtant, Dieu seul connaissait la tristesse qui habitait son cœur. Ils étaient assis à l’extérieur, près du jardin ou Sarada regardait dans le vague, l’air ailleurs.

—   Que voulez-vous dire, Nadeshiko-sama n’était-elle pas heureuse avec son mari ? Demanda Kira tandis qu’une domestique leur servait le thé.

—   Tsuabasa-sama était…un bon mari, mais cela ne suffit pas pour faire d’une union un mariage heureux. Quoiqu’il en soit, Nadeshiko-sama ne lui aurait jamais fait de mal, ni à qui que ce soit d’autres d’ailleurs.

     Les preuves disent pourtant le contraire.

     Je n’ai que faire de vos preuves lieutenant, je sais qu’elle est innocente, trancha-t-elle en jetant à Kira un regard perçant.

     Admettons que vous ayez raison, qui d’autres aurait pu s’en prendre à Tsubasa-sama, avait-il des ennemis ?

Sarada-san éclata d’un rire amer.

     Ces jardins sont magnifiques, n’est-ce pas ?  Les roturiers ne  voient dans ces demeures que beauté, faste et perfection…ils ignorent que si les nobles prennent autant soin de leurs fleurs, c’est pour que leur parfum masque l’odeur du sang.

Hisagi et Kira échangèrent un regard perplexe.

     Vous autre habitants du Seireitei n’avaient aucune idée de ce qui se passe entre les murs des maisons de la noblesse, si Nadeshiko-sama n’avez pas emprunté un Senkaimon pour se rendre dans le monde réel, soyez sur que vous n’auriez jamais entendu parler du meurtre de Tsubasa-sama. La vie d’un noble est une guerre perpétuel ou le visage de l’ennemi reste inconnu jusqu’à la fin, la main qui vous a nourri au matin vous plantera une dague dans le dos durant votre sommeil sans la moindre hésitation, et c’est d’autant plus vrai chez les Ouri.

     Je ne comprends pas, répondit Hisagi, que voulez-vous dire ? Est-ce que le meurtrier de Nadeshiko-sama est quelqu’un de la maison ?

Sarada se leva, signe que la conversation était sur le point de prendre fin, les deux lieutenants l’imitèrent.

     Tout ce que je peux vous dire, c’est que Nadeshiko-sama est innocente, j’espère que vous arrêterez de gaspiller votre temps à lui courir après pour trouver le véritable assassin. Maintenant excusez-moi, nous avons des funérailles à préparer.

Hitsugaya posa le rapport de Hisagi et Kira et jeta sa tête en arrière sur son siège. Devait-on accorder un quelconque crédit au témoignage de cette femme étant donné sa proximité avec la suspecte ? Et que voulait-elle insinuer en parlant des Ouri ?

     Déposition Numéro cent soixante-quatorze, grogna Rangiku en abattant une feuille sur le dessus de la pile. C’était la dernière, pratiquement tous les témoignages concordent, les gardes affirment avoir poursuivis Nadeshiko Ouri à travers le Seireitei jusqu’à la station des Dangai d’où elle a pu s’échapper grâce à une prise d’otage. L’un des gardes est sur de l’avoir blessée avec un sort de Kido. La description physique correspond : un mètre soixante-dix, mince, longs cheveux noirs, kimono violet taché de sang. Taisho, certains témoins ne font pas partie du personnel des Ouri, ce sont des employés du Seireitei, tout porte à croire que cette femme est réellement l’assassin.

 

     Ne nous précipitons pas Matsumoto, il reste encore beaucoup d’éléments à examiner.

Une fois l’autopsie de Tsubasa terminée, Unohana avait transmis les résultats à Hitsugaya : « Ouri Tsubasa a été tué par un coup de sabre qui lui a tranché la carotide. Il s’est ensuite vidé de son sang jusqu’à ce mort s’en suive. Les marques correspondent au zanpakuto trouvé à côté de la victime, ceci pourra être confirmé par l’analyse du reiatsu prélevé sur le cadavre.»

Nadeshiko avait abandonné son zanpakuto sur les lieux du crime, il attendait encore les résultats de la douzième division, de plus, il n’avait toujours pas reçu les vidéos des caméras de surveillance du manoir Ouri.

Comme écho à sa dernière pensée, quelqu’un toqua  à la porte. Un shinigami de la douzième division lui apporta le CD contenant les enregistrements.

     Merci pour votre travail, le salua Rangiku avant de fermer le koto derrière lui.

Elle tendit le CD à Hitsugaya qui l’inséra dans son ordinateur et commença à examiner les vidéos.

Plusieurs séquences montraient une femme concordant avec la description des témoins courir dans la propriété, poursuivie par les gardes. Il passa plusieurs séquences correspondant à son itinéraire jusqu’au Dangai avant d’arriver à un passage qui lui arracha un sursaut de surprise.

Il s’agissait du salon principal des Ouri, là où le meurtre avait eu lieu. Un homme blond vêtu d’un Kimono couleur saphir entrait à reculons dans le salon, les mains en l’air. Face à lui, Nadeshiko avançait, la pointe de son Zanpakuto dirigeait vers lui, à quelque centimètre de sa poitrine. Ils échangèrent quelques mots avant qu’elle ne lui tranche la gorge. Il se vidait de son sang à ses pieds alors qu’elle restait debout à regarder droit devant elle, son visage et ses vêtements couverts de tache de sang.

Soudain, elle prit sa tête entre ses mains. Son regard atterrit sur le cadavre de son mari, elle poussa un cri d’horreur en se couvrant la bouche avec sa main. C’est là qu’elle vit le sang, son sabre qu’elle lâcha comme s’il lui avait brulé les doigts, et se précipita vers son mari pour voir s’il était encore en vie. Soudain, elle sursauta avant de se relever pour bondir hors du salon, on voyait dans le couloir des gardes à ses trousses.

La vidéo était terminée mais Hitsugaya resta quelques instants immobile, déconcerté  par ce qu’il venait de voir. Qu’est-ce que tout cela voulait dire ? Entre le moment ou Nadeshiko était entrée dans la pièce pour tuer son mari et où elle en est sortie, on aurait dit qu’il s’agissait de deux personnes totalement différentes.

     Matsumoto, je voudrais que tu jettes un œil à ses enregistrements, il y a quelque chose de bizarre…Matsumoto ?

Devant l’absence de réponse, il se tourne vers Matsumoto qui ronflait la bouche ouverte sur son bureau.

 

*********

 

Une semaine était passée depuis le meurtre de Tsubasa Ouri.

La noblesse était toujours en agitation. La sécurité avait été resserrée autour de leurs quartiers et aucun étranger n’avait le droit d’y pénétrer.

Le portrait de la fugitive ainsi que toutes informations utiles à sa capture ont été transmis à toutes les divisions.

Byakuya travaillait beaucoup ces derniers temps, il passait presque tout son temps à la sixième division et Rukia ne le croisait que brièvement le matin lorsqu’il rentrait se changer. Elle en avait parlé à Renji plusieurs fois, mais ce dernier ne voulait vraiment rien entendre.

     Je l’ai sous le nez toute la journée, s’il y avait réellement quelque chose qui n’allait pas je serais le premier à le savoir, non ?

Ce qui était encore plus frustrant, c’était de ne pas être en mesure de mettre des mots sur ce qu’elle ressentait, quelque chose n’allait pas avec son frère, mais elle n’avait rien pour le prouver.

Ces doutes furent confirmés quelques jours plus tard lorsqu’elle rencontra Takuma-sama, l’un des cousins de Byakuya. Takuma était comme tous les Kuchiki, un homme d’une grande beauté. Il avait hérité du teint pâle et des cheveux noirs caractéristiques de la famille, mais ces yeux, contrairement à ceux de son cousin dégageaient beaucoup de douceur, et il avait toujours un sourire chaleureux sur les lèvres. Il faisait partie de la nouvelle chambre des 46.

     Rukia-chan, cela fait fort longtemps que nous ne nous sommes vus, je n’ai pas eu l’occasion de te féliciter pour ta promotion.

     C’est très aimable à vous, Takuma-sama, répondit-elle en s’inclinant platement, les joues roses.

     Tu as fait énormément de progrès depuis ton arrivée parmi nous, Byakuya doit être très fier.

 

     C’est trop d’honneur que vous me faites, bégaya-t-elle, encore plus gênée.

Takuma lui sourit, mais il semblait soudain soucieux, préoccupé.

     Takuma-sama, quelque chose ne vas pas ?

     Je m’inquiète pour Byakuya, à dire vrai je ne suis pas le seul. Ma fenêtre donne sur le cimetière et tous les soirs je l’y vois en train de se recueillir sur la tombe de ses parents. Cela a sans doute un rapport avec l’affaire Ouri.

Rukia écarquilla les yeux, alors ce n’était pas son imagination, son frère cachait effectivement quelque chose.

     Que voulez-vous dire, Takuma-sama ? Quel est le rapport entre Nii-sama et le meurtre de Tsubasa Ouri ?

Takuma fronça les sourcils.

     Je vois, alors Byakuya ne t’en a pas parlé.

     Il ne vient pratiquement plus au manoir, je n’ai pas eu l’occasion de lui demander quoique ce soit.

Takuma lui adressa un regard doux avant de poser une main sur son épaule.

     J’aimerai beaucoup t’aider Rukia mais ce n’est pas avec moi que tu devrais avoir cette discussion.

Ce soir-là, Byakuya rentra enfin pour diner, Rukia le trouva en train de l’attendre dans la salle à manger. Ils dinèrent en échangeant quelques banalités avant de retomber dans le silence. Tandis que Byakuya était concentré sur son repas, Rukia l’observa à la dérobée, elle se demandait s’il serait bien sage de lui poser des questions.

     Nii-sama, dit-elle soudain en posant ses baguettes. Pourquoi n’est-ce pas ta division qui se charge de l’affaire Ouri ?

Byakuya leva les yeux vers elle. D’ordinaire, Rukia regardait à peine son frère lorsqu’elle s’adressait à lui en signe de respect, mais à cet instant elle le fixait intensément du regard, droit dans les yeux, comme si elle voulait sonder son esprit.

     Les Kuchiki et les Ouri font tous deux partie de la noblesse, répondit-il après un moment, ce serait une maladresse politique que d’impliquer un clan dans les affaires d’un autre.

     Ah, je vois, dit-elle simplement avec un petit sourire avant de se reconcentrer sur son assiette.

Ce furent les derniers mots qu’ils échangèrent avant que Byakuya ne s’en aille en lui souhaitant bonne nuit.

Le lendemain, Rukia était d’une humeur massacrante. Elle était allée rendre visite à Renji pour lui raconter sa discussion avec Takuma, tous deux déjeunaient ensemble au réfectoire de la sixième division :

     Manges, ça va refroidir.

     Tu ne pourrais pas penser à autre chose qu’à ton estomac ! cria-t-elle, s’attirant au passage quelques regards des shinigamis assis non loin. Désolée, je ne voulais pas te hurler dessus.

     Tu ne crois pas que t’en fait un peu trop, là ?

     J’en fais trop ?! Tu ne comprends pas Renji, Nii-sama m’a menti. Ça fait cinquante ans que je vis chez les Kuchiki et je peux te l’assurer, Nii-sama ne MENS JAMAIS.

     Tu oublies l’histoire de ta sœur, lui rappela-t-il en buvant son thé.

     C’était différent, il avait fait une promesse à nee-san, de plus il n’avait pas menti, il a juste caché une partie de la vérité.

     Il a peut-être fait une autre promesse à quelqu’un, une promesse qu’il essaye de tenir.

Rukia lui lança un regard surpris. Ce serait logique, mais à qui ? Peut-être connaissait-il personnellement la victime, ils ont pratiquement le même âge, ils étaient peut-être camarades à l’académie des shinigamis…

Pendant que Rukia réfléchissait intensément, Renji l’a détaillé du regard. En réalité c’est lui qui avait demandé à la voir aujourd’hui, car il avait certaines choses à lui apprendre. Deux jours avant en rendant visite à Hisagi au siège de la 9ème division, il trouva le lieutenant dans tous ces états, fouillant activement son bureau à la recherche de quelque chose.

     Le dossier Ouri, je l’ai perdu, couina-t-il en se prenant la tête entre les mains. Il y avait tout dedans, les photos de la scène de crime, les rapports des enquêteurs, les dépositions, TOUT ! Si le capitaine Hitsugaya l’apprend je suis mort.

     T’en fait pas vieux tu vas le retrouver, à quoi il ressemble ?

     C’est un classeur violet avec des marque-pages en couleurs.

Il aida son ami à chercher mais ils durent admettre que le dossier n’était nulle part dans le bureau. Il rejoignit par la suite sa division et toqua à la porte avant d’entrer :

     Bonjour Capitaine.

     Si tu entres avant qu’on ne t’en donne la permission ce n’est pas la peine de frapper, Renji.

Renji tiqua, il faisait la même chose chaque matin mais jamais son capitaine ne lui en avait tenu rigueur. Mais ce qui attira encore plus son attention, c’était le dossier que Byakuya venait de fermer et de ranger dans le tiroir de son bureau.

     Violet avec des marque-pages…, murmura-t-il.

     Que dis-tu ?

     Euh…rien Capitaine, je réfléchissais à voix haute.

     Essaye plutôt de réfléchir en travaillant, veux-tu ?

Renji ne répondit pas et s’assit à son bureau, encore surpris par cette drôle de coïncidence. Non, jamais son capitaine ne ferait un truc pareil, il balaya ces idées de sa tête et entrepris de commencer à travailler.

 

Le lendemain, il revint rendre visite à Hisagi :

     J’ai retrouvé le dossier, il était dans le bureau du capitaine.

     Tant mieux, répondit Renji, l’air soulagé.

     Oui comme tu dis, dit-il en riant. Dans le cas contraire j’aurais été obligé d’ouvrir une enquête et ta division serait la première suspecte.

     Pardon ? S’exclama Renji en clignant des yeux.

Hisagi regarda à gauche et à droite avant de fermer la porte de son bureau.

     Le bruit court à la première division que si la sixième a été écartée c’est à cause du capitaine Kuchiki, et ça n’aurait rien à voir avec son titre de noblesse.

Renji fonça les sourcils, la division de Hisagi était chargée des renseignements, il ne doutait donc pas de la fiabilité de cette information.

     Je me demande ce que ça veut dire.

     Je l’ignore, ils disent qu’il y a conflit d’intérêts personnels. En tout cas si je te dis ça, c’est pour que tu fasses attention à ton capitaine, je l’ai croisé ce matin aux alentours de la division, il avait l’air bizarre, c’est rare de voir un capitaine se balader sans son second.

Sans qu’il ne le demande à Hisagi, Renji savait que c’était avant qu’il ne retrouve mystérieusement son dossier.

Ce matin il avait hâte d’en parler à Rukia, mais en voyant la jeune femme littéralement paniquée à cause d’un simple petit mensonge, Renji était sure qu’elle péterait littéralement un câble si elle savait que son frère avait volé le dossier d’une enquête confidentiel. Il préféra donc ne rien lui dire pour l’instant.

     Quoi, j’ai quelque chose sur le visage ? Demanda Rukia.

     Si tu tiens vraiment à savoir ce que cache le capitaine, il n’y a qu’une seule solution.

 

*********

 

Rukia inspira d’impatience. Faisant les cents pas dans sa chambre, elle attendait que la pression spirituelle de son frère s’éloigne du manoir, chose qui ne se produisit qu’aux alentours de minuit.

Elle se glissa hors de sa chambre en prenant garde à faire le moins de bruit possible. Elle sortit dans le jardin pour contourner le pavillon de l’extérieur, histoire de ne pas se faire repérer. La lune était pleine ce soir-là, elle projetait son halo argenté sur les cerisiers, leur donnant un aspect fantomatique.

La chambre de Byakuya se trouvait de l’autre côté du pavillon. Rukia s’apprêtait à faire glisser le koto mais retira précipitamment sa main : bon sang, qu’est-ce qu’elle était en train de faire exactement ? Non, elle ne pouvait entrer dans la chambre de Nii-sama comme une voleuse et violer ainsi son intimité. C’était une honte, un affront et elle couvrit son visage cramoisie dans ces mains à cette idée.

Mais d’un autre coté Renji avait raison, si Byakuya avait effectivement fait une promesse à quelqu’un, il l’a tiendrait et peu importe le prix à payer. Et s’il s’attirait des ennuis à cause de ça ou pire, s’il lui arrivait malheur ?

Motivée par ses sombras pensées, Rukia se frappa les joues et fit coulisser la porte de la chambre.

En y pénétrant Rukia ressentit une étrange impression de bien-être, de sérénité, elle savait que c’était le seul endroit sur terre ou son frère se laissait allait à être lui-même et ça lui faisait bizarre d’être ici. La pièce était plus spacieuse que sa chambre, simplement meublée, mais élégante, tout y était dans les tons bois de rose, marron et noir.

     Yosh, c’est partie !

Avec des gestes nerveux et rapide, Rukia entreprit de fouiller chaque centimètre carré de la chambre. L’idée de Renji était que si Byakuya cachait quelque chose, ce serait certainement là-bas qu’elle le trouverait.

Elle inspecta son bureau, vérifia sous le lit et les meubles, examina le contenu des tiroirs, entre les vêtements dans la penderie, elle regarda même dans la salle de bain mais il n’y avait rien.

Essoufflée et très contrariée, elle entreprit de tout remettre à la même place en maudissant une certaine personne. Non seulement elle n’avait rien trouvée, mais en plus elle avait souillée le sanctuaire de son frère :

     Abruti de Renji, il gèlera en enfer la prochaine fois que je suivrai l’une de tes idées de génie.

Elle allait sortir lorsqu’elle remarqua le cadre posé à l’intérieur d’un placard grand ouvert. Rukia se rapprocha. Un sourire triste étira ses lèvres alors qu’elle passait ses doigts sur le visage de sa sœur. Byakuya n’en parlait presque jamais, mais les rares fois où il évoquait le souvenir de sa défunte femme, elle pouvait ressentir l’étendu de l’amour qu’il lui portait et à quel point sa perte avait été douloureuse.

     Tu devais être quelqu’un d’extraordinaire, nee-san, murmura-t-elle.

En voulant soulever le cadre, elle s’aperçut qu’il était collé au buffet. Elle tenta de s’en saisir mais rien n’y fit alors elle le renversa sur le côté de la photo pour voir s’il n’y avait pas quelque chose au dos du cadre.

Soudain, un cliquetis résonna dans le dernier tiroir du buffet, un compartiment secret ?

Avec des gestes prudents, Rukia entreprit de l’ouvrir. Il contenait un coffre en bois sculpté dans lequel étaient rangés plusieurs petits objets : une grue en papier coloré, un bracelet en cuir tressé comme ceux que les humains portaient à leur poignet, un minuscule globe terrestre de la taille d’une balle de ping-pong, un vieux livre à la couverture usée qui portait le nom « l’amour au temps du choléra » et enfin une photo.

Il faisait sombre dans la pièce et Rukia s’en saisi pour l’examiner à la lumière du clair de lune, ce qu’elle y vit lui fit l’effet d’une douche glacial, comme si quelqu’un avait glissé une boule de neige dans le dos de son yukata. Un Byakuya plus jeune, aux cheveux relevés en queue de cheval, vêtu de l’uniforme de l’académie des shinigamis arborait une moue boudeuse. Pendue à son cou, Nadeshiko Ouri avait un sourire éclatant, également habillée en étudiante, elle tendait le bras qui tenait l’appareil pour les prendre tous deux en photos.

Au dos de la photo était inscrit : « jour de la remise des diplômes : la fin n’est que le commencement ! »

Rukia chercha des yeux une chaise et s’y affala lourdement, sonnée par sa découverte. Elle resta un moment les yeux dans le vague avant de réexaminer la photo et fut forcée d’admettre la vérité : son frère et cette femme se connaissaient bien, et apparemment ça ne datait pas d’hier.