Chapitre 1

par Tentenette

Des bruits de pas précipités arrivaient dans sa direction. Dissimulée dans la pénombre nocturne, elle retint son souffle en se calant un peu plus contre le mur dans son dos. Elle tenta de masquer son reiatsu au maximum lorsque les gardes passèrent à quelques mètres d’elle.

        Elle ne doit pas être loin, retrouvez-là et ramenez-là, vivante.

        A vos ordres !

Lorsqu’ils se furent éloignés, elle soupira de soulagement en se laissant tomber sur les fesses, épuisée. Son corps était parcouru de violents tremblements causés par la peur et l’adrénaline, ses mains et son Kimono étaient couverts de sang et ses longs cheveux sombres en bataille collaient à son visage moite.

Cela faisait une demi-heure qu’elle courrait sans savoir où elle allait, elle ne connaissait même pas cette partie de la propriété. Il y avait des gardes postés dans tous les coins, prêts à lui sauter dessus à la moindre occasion, ce serait un miracle si elle arrivait à s’en sortir.

Elle inspira à fond en fermant les yeux. Comment tout cela était-il arriver ? Elle joignit ses mains qu’elle colla contre son front, comme pour forcer ses souvenirs à se rassembler mais rien ne vint. La dernière chose dont elle se souvenait, c’était d’avoir quitté la salle à manger pour rejoindre sa chambre, ensuite elle avait reprit connaissance dans cette pièce, son zanpakuto en main, couvert de sang. Elle plaqua sa main contre sa bouche, un haut le cœur lui empoigna la gorge quand elle repensa au corps inerte étalé à ses pieds, un corps sauvagement mutilé et c’était elle qui avait fait ça, c’était elle la responsable de cette horreur. Elle enfouie son visage entre ses mains pour étouffer ses sanglots.

        Hé !

        Oh non…

Elle se releva et reprit sa course sans même se retourner.

        Elle est là !

 

Elle tourna à gauche, puis à droite, puis encore à droite, elle faisait le maximum pour brouiller la piste des gardes et ainsi gagner du temps. Elle se retrouva tout à coup dans l’ancienne partie du domaine, elle s’immobilisa un instant et regarda autour d’elle pour se repérer. Un peu plus loin, derrière un mur en briques délabré, il y avait un vieux bâtiment qui ressemblait à un entrepôt.

 

        Halte, ne bougez plus !

 

Elle poussa la lourde porte et entra dans l’entrepôt, fit basculer le loquet de sécurité et poussa une vieille commode branlante pour la bloquer, mais c’était trop tard, les sentinelles étaient déjà rassemblés derrière la porte :

        Nadeshiko-sama, rendez-vous sans résistance s’il vous plait, et il ne vous sera fait aucun mal, déclara le chef des gardes.

 

Nadeshiko marchait à reculons, la panique commençait à la gagner à mesure qu’elle réalisait sa situation, il n’y avait aucune issue, s’en était fini d’elle, elle était perdue :

 

        Non pas encore, cria une voix dans sa tête. Tu as le choix, abandonner et les laisser t’inculper d’un crime que  tu n’as pas commis…

        Nadeshiko-sama !

 

Nadeshiko sursauta, le bois de la porte craquait à chaque coup que donner les gardes pour l’enfoncer :

        Ou te battre !

        Pourquoi ? Tu as vu comme moi ce qui s’est passé, c’est moi…c’est moi qui l’ai tué.

        Pourtant, quelque chose au fond de toi est convaincue de ton innocence, autrement tu n’aurais pas fuis, rétorqua la voix. Allons, tu n’as plus le temps de tergiverser !

Nadeshiko observa ses paumes maculées de sang sec.

        Pourvu que ça marche, murmura-t-elle en fermant les yeux.

 

A l’extérieur, les sentinelles continuaient leur timide assaut, c’était une noble et cette situation les rendait tous nerveux :

        Nadeshiko-sama, vous ne faites qu’aggraver votre cas, ouvrez cette porte !

        « …cieux de sang, jumeaux sacré, double maléfique, sept montagnes bleu de cendres et d’eau pourpres… » 

        Chut, vous avez entendu ? Demanda l’un des gardes en collant l’oreille contre la porte

        VOIX DE LA DESTRUCTION NUMRO 33 : SOKATSUI !

 

Une explosion retentit et la porte se fracassa contre le mur d’en face, la puissance de l’attaque balaya les gardes qui se trouvaient à proximité de la porte. Les autres attendaient arme au poing que la fumée se dissipe quand soudain, une silhouette bondit dans les airs et passa au dessus de leur tête pour continuer sa course au dessus des bâtiments :

        Elle s’échappe !

        Alerte à toutes les unités, la suspecte se dirige vers le bloc 11 du secteur ouest, je répète la suspecte va vers l’ouest.

 

L’escouade se dispersa instantanément et Nadeshiko, toujours dissimulée dans l’entrepôt, reprenait difficilement son souffle.

Cela faisait des années qu’elle ne faisait plus usage du Kido, et elle venait d’exécuter un Sokatsui sans  incantation jumelé à un sort d’illusion. Son double était plutôt réussi mais son reiatsu faiblissait et il n’allait pas tarder à disparaitre.

Elle sortit de la remise et reprit sa course en direction du sud, là où se trouver le Senkaimon le plus proche.

Comme elle s’y attendait, le portail était surveillé par deux gardiens. Elle allait devoir se battre, elle bondit de sa cachette et tira une boule de feu qui toucha le premier garde de plein fouet, il tomba a terre en hurlant de douleur :

 

        Elle est ici, gardes !

        Silence ! Où vous aurez sa mort sur la conscience, dit-t-elle en maintenant fermement le gardien blessé par le cou, une main menaçante sur son crane.

        Nadeshiko-sama…

        Ouvrez le Senkaimon, ordonna-t-elle d’une voix qui se voulait ferme.

        Je ne peux pas faire ça.

        Je vous ai dit d’ouvrir ce portail où je lui explose la tête, répéta-t-elle en essayant d’avoir l’air le plus menaçant possible.

 

Le garde semblait hésiter mais il finit par obéir. Il sort son zanpakuto et l’enfonce dans le tunnel inter-dimensionnel pour créer l’ouverture. Un grondement approchait, Nadeshiko fit volteface et vit avec effroi une centaine de Shinigami arrivait dans sa direction :

 

        Dépêchez-vous!

Le premier Portail s’ouvre enfin, laissant apparaitre la deuxiéme porte en forme de lune:

 

        La voilà!

        Arrêtez-la, il ne faut pas qu’elle s’échappe.

 

Le deuxiéme portail s’ouvrait à peine et il n’y avait plus qu’une dizaine de mètres qui la séparait de ses poursuivants.  Des éclairs et des détonations retentirent, un sort de kido siffla prés de son oreille, elle relâcha le garde et se précipita vers le tunnel à peine ouvert,  son papillon de l’enfer virevoltant autour de sa tête. Une violente douleur lui transperça la cuisse et elle tomba lourdement à l’intérieur du tunnel. Etalée sur le sol, la jambe en sang, elle regardait avec soulagement le portail se refermer au nez des gardes, la mettant momentanément à l’abri.

 

 

 

Dans le monde réel, au domicile des Kurosaki, c’était bientôt l’heure de passer à table :

 

           Qu’est-ce qu’on mange ce soir ? demanda Karin en lisant le journal.

           Takoyaki surprises, chantonna Yuzu en déposant un plat de beignets fumant sur la table. C’est pour l’anniversaire de papa.

           Vraiment, c’est pour papa que tu as fait tout ça ? Demanda Isshin d’une petite voix aigue, les yeux larmoyants.

           Ah bon, c’était aujourd’hui ? répliqua Karin d’un air détaché en tournant une page de son journal.

           Alors ma petite fille chérie n’a pas oubliait son papounet, dans mes braaaaaaas !!!

 

Isshin se précipita en courrant sur Yuzu qui fit un pas en avant, laissant Isshin s’écraser contre le mur en face, à coté du portrait de sa femme.

 

        Aie, ça fait mal…ne t’inquiète pas Mazaki Chérie, je vais bien bien.

        Et le pire, c’est qu’il ne s’arrange pas avec l’âge, soupira Karin en observant son père d’un air blasé.

        Bien, c’est l’heure de passer à table, dit Yuzu en disposant les couverts. Onii-chan ne devrait plus tarder.

 

Soudain, on frappa de grands coups à la porte, Yuzu lança un regard inquiet à Karin :

 

        C’est Ichi-nii, déclara Karin en se levant de sa chaise, elle avait reconnu l’énergie spirituelle de son frère.

        Restez ici, dit Isshin d’un air sérieux en se dirigeant vers l’entrée.

 

Lui aussi savait qu’il s’agissait d’Ichigo, mais il n’était pas seul, un autre reiatsu l’accompagnait, un reiatsu qui ne lui était pas étranger.

 

        Qui est là ? demanda-t-il d’une voix grave.

        C’est moi, répondit la voix d’Ichigo.

 

Isshin ouvrit la porte. Ichigo avait le visage fermé, il soutenait une femme aux longs cheveux noirs qui tombaient sur son visage, vêtue d’un kimono rose déchiré et barbouillé de sang. Son bras pendait autour du cou d’Ichigo et sa tête reposé sur son épaule :

 

        Qu’est-ce que…

        Un Senkaimon s’est ouvert il y a un peu plus d’une demi-heure, elle en est tombée, je l’ai rattrapé et la seule chose qu’elle a prononcé  c’est ton nom.

        …Impossible, souffla Isshin, sous le choc.

        Bonjour…Isshin, murmura-t-elle d’une voix rauque. Je…je suis désolée de venir t’importuner ainsi, qui plus est le jour de ton anniversaire, mais je n’avais pas le choix…

 

Elle fut prise d’une quinte de toux qui la fit tomber à genoux, forçant Ichigo à la maintenir plus étroitement.

 

        Je sais que…que tu ne me dois rien, mais j’ai besoin de ton aide, je t’en pris…

 

Elle voulut se mettre debout mais sa jambe était trop douloureuse et elle trébucha, elle étouffa un cri alors qu’Ichigo la prenait dans ses bras comme une mariée :

 

        Allons à la clinique, déclara Isshin.

 

Ichigo suivit son père. Ils entrèrent dans la clinique et installèrent la blessée dans une chambre isolée, à l’étage. Isshin avait demandé à son fils d’attendre dehors pendant qu’il l’examinait, bien qu’à contrecœur, Ichigo avait obéi. Un quart d’heure plus tard, Isshin sortit de la chambre en fermant doucement la porte.

 

        Comment va-t-elle ?

        Elle a perdu connaissance, répondit Isshin. Sa blessure à la cuisse lui a fait perdre beaucoup de sang et son reiatsu est très faible, elle a du utiliser beaucoup d’énergie spirituelle pour parvenir jusqu’ici, mais sa vie n’est pas en danger.

        Ok.

 

Père et fils restèrent silencieux durant de longs instants. Ichigo se posait toujours plus de questions, lui et son père n’avait toujours pas parlé de ce qui s’est passé durant la bataille de Karakura, le sujet de son statut de Shinigami restait pour l’instant tabou et il en avait assez d’être tenu dans l’ignorance. Quant à l’apparition soudaine de cette femme qui arrivait manifestement de Soul Society, elle ne l’aidait pas à y voir plus clair. Isshin de son coté, était tellement troublé qu’il ne remarqua pas le regard furieux que lui lançait Ichigo :

 

        Retourne voir tes sœurs, elles doivent s’inquiéter, je vais rester avec elle, déclara Isshin en retournant dans la chambre.

        Tu ne comptes pas m’expliquer ce qui se passe ? ne put s’empêcher de demandé Ichigo. Isshin s’immobilisa.

        Ce n’est pas le bon moment, Ichigo.

        Ca fait deux ans que tu dis la même chose, avec toi c’est jamais le bon moment.

 

Isshin ne sut quoi répondre, il savait que tôt ou tard, il devrait aborder le secret de ses origines avec son fils, mais il trouvait qu’il était encore trop tôt, ou bien c’était lui qui n’était pas prêt.

           Dis-moi au moins qui c’est ?  Tenta Ichigo.

           Elle s’appelle Nadeshiko Ouri, répondit Isshin après un moment d’hésitation. Elle fait partie de la noblesse de Soul Society, et c’est ma sœur.