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par Tentenette

 

1.

 

Au quartier général de la police de Karakura, une dizaine d’inspecteurs de la criminelle étaient réunis pour discuter des affaires en cours. L’intervenant principal du jour été Hitsugaya Toushiro. Fraichement promu au poste d’inspecteur en chef, il était à la tête d’une petite unité de trois agents et menait sa première enquête sans l’assistance d’un supérieur. Il savait que ses collègues l’attendaient au tournant, il avait à peine vingt-deux ans et il venait de briguer un poste que beaucoup d’inspecteurs n’ont jamais pu atteindre tout au long de leur carrière.

-        …les premières constatations laissent pensée qu’il s’agit du même meurtrier qui s’est attaqué à Akira Taneguchi il y a quatre semaines.

-        Qu’est-ce qui te fait croire ça ? L’interrompit un de ses collègues avec un sourire goguenard.

-        Tout, répondit Hitsugaya d’un ton neutre en appuyant sur la télécommande, les photos des deux victimes apparurent sur le diaporama. Tout d’abord la victimologie nous indique de nombreuses similitudes. Elles sont toutes les deux minces, mesurent presque un mètre soixante-dix ce qui est rare pour une japonaise, elles sont toutes deux étudiantes en sciences sociales à l’université de Karakura et ont déjà travaillé dans le milieu du mannequinat. Ensuite le mode opératoire…

Soudain, le portable de Hitsugaya se mit à sonner, il perdit immédiatement ses couleurs. Le capitaine qui n’avait toujours rien dit, jeta un regard sévère à Hitsugaya. Il rejeta l’appel et s’apprêtait à poursuivre son exposé mais le téléphone se remit à rugir :

-        Répondez, ordonna le capitaine.

-        Je…c’est un appel personnel, expliqua Hitsugaya l’air décontenancé.

-        Raison de plus, répondit le chef avec un sourire en coin, comme ça la prochaine fois vous penserez à mettre votre téléphone en sourdine avant de vous rendre à une réunion.

Hitsugaya soupira intérieurement, si le chef voulait lui donner une leçon il aurait pu éviter de le faire devant ses collègues, à ce train-là ce ne sera pas demain la veille où il pourra assoir sa crédibilité :

-        Allo, oui maman…non, tu sais bien que je ne bois que du jus de pastèque…

Il entendit nettement ses collègues pouffer dans son dos, et loin de réagir, le capitaine semblait plutôt s’en amuser :

-        A ce soir…oui, moi aussi je t’aime, déglutit-il d’un air sombre, une veine palpitant sur sa tempe.

-        Bien, après cette touchante parenthèse, je vous propose de faire une pause, on se retrouve après le déjeuner…Arisawa et Yasutora, restez, j’ai à vous parler !

Les deux inspecteurs se rassirent en échangeant un regard suspicieux. Quelques secondes plus tard, la salle était vide. Le capitaine se leva en fermant la veste de son costume, il resta debout pendant un long moment à observer l’extérieur de la salle de réunion en silence.

-        Chad, veux-tu bien dire à cet idiot qui te sert d’équipier de nous rejoindre, à moins qu’il ne préfère jouer au portier toute la journée.

Tatsuki se retourna brusquement. Elle n’en croyait pas ses yeux Ichigo était bien là. Maigre, les traits tirés, le menton et les joues couverts de barbe, mais bien là.

Ichigo précédé Chad qui ferma la porte derrière lui. Les mains fourrés dans les poches de son jeans, il semblait particulièrement mal à l’aise, regardant partout autour de lui pour ne pas croiser le regard de ses collègues, encore moins celui de son supérieur.

-        Si ton but était de me ressembler c’est raté, fit remarquer le capitaine en pointant sa propre barbe.

Ichigo cligna plusieurs fois des yeux, toute la tension du moment été retombée :

-        Racontes pas n’importe quoi ! répliqua-t-il avec humeur.

-        Il a raison, t’as l’air d’un bucheron, intervint Tatsuki en l’observant d’un air choqué comme s’il s’était fait greffé un troisième œil.

-        Tu exagères Arisawa, c’est une insulte envers les bucherons.

Ses deux collègues échangèrent un sourire.

-        Sympa, se renfrogna Ichigo en prenant une chaise.

-        Bien, pour commencer Arisawa, j’ai parlé au responsable du comité, ton évaluation était très satisfaisante, ton ordre de réintégration temporaire sera sur mon bureau demain matin.

-        J’en suis ravi, merci capitaine, répondit Tatsuki avec un faible sourire.

Ichigo connaissait bien ce sourire, c’était le même qu’elle affichait après avoir perdu un combat pour donner le change, comme pour dire « ça va, je gère », mais les faits disaient le contraire. Elle était pale, les yeux cerclés de cernes violettes, ses cheveux étaient ternes et ses lèvres grésés, elle devait à peine se nourrir, encore moins dormir. Tatsuki devait souffrir peut-être autant que lui, mais elle était beaucoup plus forte et malgré cela, elle n’allait pas bien.

-        Ta prochaine évaluation aura lieu dans un mois, et d’ici là, c’est Chad qui te remplacera à la tête de l’unité.

-        C’est juste pour la paperasse, lui assura Chad. Tatsuki le remercia avec un sourire.

-        Et moi ?

Le capitaine posa sur Ichigo un regard sévère.

-        Chad, Tatsuki, veuillez nous laisser, il faut que je parle à mon imbécile de fils.

-        Ce sont mes équipiers, je n’ai rien à leur cacher, objecta Ichigo.

-        Pourquoi pas, après tout ils sont concernés…ils devront dorénavant travailler avec un partenaire en moins, asséna Isshin en jetant l’ordre de suspension sous le nez de son fils.

-        Quoi ?! S’étrangla Tatsuki en parcourant le document, ils ne peuvent pas faire ça !

-        Oh que si, ils le peuvent, c’est une mesure disciplinaire, le genre de choses qui arrivent quand on donne un coup de poing à un supérieur devant témoin, expliqua Isshin en toisant son fils sous ses gros sourcils.

-        Je ne peux pas être suspendu, articula difficilement Ichigo, toujours sous le choc de la nouvelle. Tu…tu dois faire quelque chose.

Ichigo n’avait pas regardé son père, Isshin savait qu’il lui en couter beaucoup de faire cette demande, mais y répondre ne servirait pas forcément ces intérêts.

-        Donne- moi une seule bonne raison de t’aider.

-        Tu sais très bien pourquoi, répliqua Ichigo la mâchoire serrée en soutenant le regard de son père. Le tueur court toujours, je dois le retrouver.

-        Navré de bousculer ton égo fils, mais ce commissariat compte une vingtaine d’inspecteurs largement plus qualifié que toi pour s’acquitter de cette tâche.

-        Tu ne comprends pas ! S’emporta Ichigo en se levant brusquement. C’est à moi d’attraper cette pourriture, A MOI ! MERDE ! Rugit-il en donnant un violent coup de pied dans sa chaise.

-        Tu vois, c’est de ce genre d’attitude dont je te parle. Cette affaire est déjà suffisamment compliquée comme ça, je n’ai pas envie que le procure me regarde de travers parce que vous aurez compromis des preuves ou tabassé un suspect durant un interrogatoire.

-        J’ai jamais tabassé de suspect, répondit Ichigo d’un air sombre.

-        Pour l’instant, mais je ne veux prendre aucun risque. De toute façon, tu es suspendu pendant quarante-cinq jours, tu passeras devant la commission disciplinaire et ça sera noté dans ton dossier.

Les trois amis se regardèrent, choqués.

-        Donc, si je comprends bien…on nous retire l’affaire ? Demanda Tatsuki d’une voix tremblante.

Isshin la considéra un moment avant de soupirer :

-        D’ordinaire quand c’est le proche immédiat d’un inspecteur qui est concerné, on lui retire l’affaire et on la confie à une autre équipe, c’est la procédure, expliqua-t-il. Mais dans votre cas c’est différent, Inoue était la meilleure amie de Tatsuki, et toi Ichigo…

-        Où ça nous mène tout ça ? L’interrompit-il brusquement.

-        J’ai déposé une requête auprès du département de la police métropolitaine de Tokyo, en principe l’affaire est toujours sous notre juridiction, mais ils sont nerveux, ils ne veulent pas que ça traine.

-        De combien de temps on dispose ? Demanda Chad.

-        Un mois tout au plus.

-        UN MOIS ?! S’étrangla Ichigo, mais je serais encore suspendu !

-        Que ça te serve de leçon, fils indigne ! Aboya-t-il. Si d’ici là vous n’avez rien de probant à leur présenter, ils nous retireront l’affaire.

-        Merci beaucoup, Monsieur.

-        Ne me remercier pas, ce n’est pas un cadeau, objecta Isshin en mettant son manteau. Cette affaire promet d’être un vrai cauchemar médiatique, vous n’avez pas la moindre idée du merdier dans lequel vous vous apprêter à plonger.

-        l’ESPADA Inc. est l’un des plus gros industriels du pays, ils ont même des contrats technologiques avec le ministère de la défense, renchérit Tatsuki.

-        Ces gens-là n’aiment pas trop qu’on se mêle de leur affaire, ils ont un bataillon d’avocats impitoyables derrière eux, si on monte un dossier il devra être irréprochable, dit Chad.

-        On a trouvé quelque chose sur les caméras de sécurité de l’entrepôt ?

-        Ils ne veulent rien savoir sans mandat.

-        Et la voiture ?

-        Keigo m’a appelé ce matin, il voudrait nous voir dès que nous aurons fini.

-        Bien, on va passer le voir et quand ce sera fait, Chad tu t’occupes du mandat pour les enregistrements vidéos et Ichigo…au fait, qu’est-ce qui va se passer pour lui, capitaine ?

-        Du moment que je ne le vois pas trainer dans le commissariat, ce qu’il fait en dehors du boulot ne me regarde pas, conclut-il en fermant sa serviette.

-        Merci…papa, dit-il timidement.

-        Hum.

-        Et…je…je suis désolé, de t’avoir frappé comme je l’ai fait, je n’aurais pas dû.

Tatsuki lança un regard gênée à Chad, tout le monde se remémorait ce moment pénible. Ichigo s’était toujours bagarré avec son père, mais ce soir-là c’était particulier, Isshin s’était pris un beau crochet du gauche qui lui avait bien arrangé l’arcade sourcilière, un concentré de toute la colère et la douleur qu’avait ressenti Ichigo, et dont les traces subsister encore sur son poings gauches où il caressait son bandage.

-        J’essaierai toujours de t’aider fils, quel que soit la situation, mais sache que je ne pourrais pas toujours nettoyer derrière toi, moi aussi j’ai des comptes à rendre, dit-il en pointant le plafond de l’index. Fait attention à toi.

Isshin tapota l’épaule de son fils, mais personne ne comprit pourquoi quelque seconde plus tard, Isshin s’est retrouvé écrasé contre la vitre de la salle de réunion.

-        Qu’est-ce qui te prend, t’es taré ?! s’écria Ichigo.

-        Belle esquive…fils, mais je n’ai pas dit…mon dernier mot.

-        Abruti ! Cracha-t-il en remettant sa veste en place. Venez, on se casse.

 

Dans une petite pièce de sept mètres carrés au dernier étage du commissariat, Asano Keigo pianotait sur son clavier entourait de cinq écrans d’ordinateurs tout en dégustant des chips, un énorme casque sur les oreilles.

-        Les gars, on ne peut laisser Gohan faire ça tout seul !

-         Non, j’ai bien peur qu’il ne soit trop tard pour reculer, Krilin.

-        BOUH !!!

Keigo fit un bon hors de sa chaise, son casque s’envola et une pluie de chips atterrie sur son matériel informatique.

-        Putain de…, Tatsuki, t’es vraiment pas cool, grogna-t-il en nettoyant les dégâts.

-        J’y crois pas, sérieux t’as quel âge ? railla Tatsuki en examinant la jaquette du DVD de Dragon Ball.

-        Fait gaffe, c’est une pièce de collection…Ichigo ! s’exclama-il avec surprise en voyant son ami, il fonça droit sur lui bras tendu devant pour l’enlacer mais Ichigo se décala au dernier moment, laissant Keigo s’encastrer dans le mur.

-        Qu’est-ce qu’ils ont tous aujourd’hui ?!

-        C’est quoi cette barbe, t’as l’air d’un ermite, dit Keigo d’une voix nasillarde en se pinçant l’arête du nez pour stopper le saignement.

-        Du nouveau concernant la voiture ? Intervint Chad.

-        Ah oui, j’avais presque oublié.

Il se précipita sur sa chaise, grignota une chips et se mit à pianoter à toute allure sur son clavier.

-        Le labo n’a pas encore fini de l’analyser mais j’ai pu retrouver le modèle de la voiture. C’est un modèle étranger, une pièce de collection période d’avant-guerre, une Mercedes 300-SL.

-        C’est pas commun comme modèle, fit remarquer Tatsuki en observant les clichés du véhicule.

-        Absolument, il n’y a actuellement qu’une dizaine de ces petites merveilles en circulation au Japon. Elles appartiennent toutes à des collectionneurs, sauf celle-ci. J’ai pu faire un recoupement grâce aux caractéristiques de la peinture et du modèle des pneus.

La photo d’une Mercedes rouge rutilante apparait sur l’écran.

-        Et c’est là que ça devient marrant…enfin, ce n’est pas ce que je voulais dire, bien sûr, y’a absolument rien de marrant dans cette histoire, balbutia Keigo en regardant nerveusement Ichigo.

-        Asano, me donne pas encore plus envi de te taper, lança Tatsuki.

-        Bien patron, je ne fais pas plus durer le suspense, ce véhicule était immatriculé au nom … du groupe Kuchiki

-        Le groupe Kuchiki est le concurrent direct de l’ESPADA Inc. Ils se sont plusieurs fois retrouvés en conflit pour des prises de participations illicites et des affaires de corruptions, expliqua Tatsuki.

-        Attendez c’est pas tout, poursuivit Keigo, je vous présente la propriétaire de la voiture.

La photo d’une jeune femme à la peau blanche et aux cheveux ébène apparut sur l’écran.

-        J’ai déjà vu cette femme, déclara Ichigo en fixant intensément la photo.

-      Attends tu veux rire ? Le dévisagea Tatsuki comme s’il venait d’une autre planète. C’est Hisana Kuchiki, la femme de Byakuya Kuchiki, le président du Groupe…

-      Kuchiki j’avais deviné, grogna Ichigo. Pourquoi serais-je sensé la connaitre ?

-      Parce qu’elle est absolument partout. Reportages, émissions, journaux, télés, pas une semaine ne passe sans qu’elle ne fasse parler d’elle. Elle est très active dans le milieu des associations caritatives, surtout en ce qui concerne l’égalité des chances pour l’éducation et le traitement du Cancer. C’est un peu une « Jackie Kennedy » version japonaise.

-      Et cette femme à une adresse ? Demanda Ichigo.

-      Oui, le manoir familial des Kuchiki, c’est une résidence privée de plus de 10 hectares qui se situent à deux heures de Tokyo.

-        Tu nous envois l’adresse, lança Ichigo qui avait déjà atteint la porte.

-        Ça ne vous sera pas utile…Hisana Kuchiki est morte hier des suites d’un cancer de la thyroïde.