Vérité

par Xunaly

Kagee

(Ombre chinoise)

Bleach HS

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Vérité

Mort

Dans l'air

Qui suffoque et s'étrangle

Appelle en vain

Mort

Dans la terre

Qui enchaîne de ses sangles

Retiens de ses mains


Mort

Dans l'eau

Froide et glaciale

Qui recouvre et détruit tout

Mort

Dans le feu

Qui s'étend impérial

Nous laisse cendres et fous

 

Mort

Par le chaud

Par le froid

En douceur

Dans la violence

Dans le bruit

En silence

Par les crocs

Dans la foi

 

Mort

Dans l'obscurité

En pleine lumière

Vive

Lente

Pas assez tardive

En attente

Pour l'éternité

Temporaire

 

Mort

Sur mes lames

Qui rie et se pâme

Mort

Dans mon âme

 

Den

 

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L'appel encore.

Celui du devoir. Implacable.

Sans que rien ne puisse me permettre de m'y soustraire.

Les ordres.

 

Je suis venu aussitôt, ce n'est pas comme si mes journées étaient réellement remplies. Je ne vis que la nuit, dans le noir. Ce noir que je hais, qui me fait horreur. Ce qu'ils ne comprennent pas, ne cherchent pas à savoir : j'ai peur. Je demeure toujours sur mes aguets, nerveux, la quiétude m'est étrangère. A attendre le pire, prêt à répliquer, à attendre les ordres, encore eux, sans jamais m'offrir le sommeil. Mes yeux fermés ne sont que sentinelles de plus.

Et je veille à leur paix si misérable que j'envie piteusement. Cette paix qui m'a conféré la seule utilité de la défendre. Je n'ai pourtant aucune reconnaissance envers elle. Aucune. Elle serait vraie que personne n'aurait à s'en inquiéter. J'aurai pu disparaître alors, m'enfuir, devenir moins qu'une ombre, qu'un souffle.

Libre.

 

"Te voilà enfin."

 

S'agenouiller. Baisser la tête et les yeux. Courber le dos. M'écraser.

Je ne suis bon qu'à cela.

 

"Discipliné, comme toujours. Fidèle, n'est-ce pas ?

_Ma vie vous appartient toute entière Shakui-sama. Je suis votre arme. Vos désirs sont mes ordres."

 

N'y a-t-il personne pour remarquer ma voix atone, si faible de convictions. De cette fatalité qu'est mon destin désormais, celle qui me répugne, dont je suis incapable de me défendre. Futile comme toujours. Pitoyable. Assurément.

Je l'ai toujours été : remplaçable.

 

"Je suis satisfait. Tu n'as pas fauté quant à l'héritier Natsu. Il est vrai, que tu ne m'as jamais déçu non plus. Tu n'oserais pas, n'est-ce pas ?

_Jamais Shakui-sama. Ma fidélité vous est toute acquise. Je défendrai l'honneur de la famille Shakui, mon dernier souffle lui appartient et ma vie ne repose que sur votre bon vouloir, Shakui-sama.

_Bien, bien... N'oublie jamais ce que tu es et ton importance. Un écart ne serait pas recommandé...

_Il n'y aura aucun écart, Shakui-sama. Je ne le permettrais pas."

 

Je ne peux pas le voir, prostré au sol mon front collé à terre. Il lui suffirait d'un geste seul pour me tuer. Il le sait. Je le sais. Nous connaissons tous les deux ces chaînes qui me retiennent. Et je sais qu'il hoche la tête, confiant. Je sais qu'il sourit satisfait de ce contrôle qu'il possède sur moi et de ce que cela peut lui apporter.

Il l'a compris lui aussi, récemment.

Je sais tout cela.

 

"Les Shinigamis se sont réveillés. Ils cherchent. Ils veulent comprendre... Ils n'ont trouvé aucune trace précise de reiatsu sur chacun des lieux. Pas même chez les Natsu. Ton travail est une véritable perfection, grâce à moi évidemment. Tu en es conscient, non ?

_Oui, Shakui-sama. Je vous dois tout. Jamais mot ne serait suffisant pour exprimer toute ma gratitude envers Shakui-sama."

 

Il y a ce goût amer dans ma bouche qui me brûle.

Je veux vomir.

 

"Tu es le meilleur. C'est pour cela, que j'ai besoin de toi et uniquement de toi."

 

Un autre. Encore...

Non !

 

"Nous avons le temps, ces Shinigamis ne nous arrêteront pas. Leur retard sera leur plus grande faute. Pour nous, le moment est venu d'imposer notre puissance à tous et d'acquérir une nouvelle force. Les Natsu ont été touché, cette nuit deux autres héritiers tomberont.

_Deux ?!

_As-tu à redire contre cela ?! Petit impertinent !! Comment oses-tu te redresser ? Ecrase-toi ! Me défierais-tu ?

_N-non ! Ja-mais ! Shakui-sama, je suis honoré de vos désirs... Je ne suis rien. Je ne suis rien. Je ne suis rien. Je ne suis rien. Je ne suis rien. Je ne suis rien ! Rien...

_Je l'espère. N'oublie pas que tu es méprisable ! Un insecte à même plus d'importance que toi. Sache-le !

_O-ui. Shakui-sama.

_Je n'entends rien, répète !

_Oui Shakui-sama.

_Pardon ?

_Oui Shakui-sama !

_Qu'es-tu ?

_Rien... Je ne suis rien...

_Bien."

 

Me reprendre, dissimuler le tremblement de mes mains. Oublier cette joie qu'il tire à me réduire à néant, à faire de moi une chose qui n'a plus lieu d'être. Plus droit de vivre.

Deux. Bientôt...

Cela sera trois.

 

Je ne veux pas.

 

"Demain, j'exige que les héritiers Seyuu et Koushou ne soient plus de ce monde. Je veux que l'on retrouve leurs cadavres encore chauds."

 

Je ne veux pas.

 

"Sois assuré que je saurai si mes ordres ont été correctement appliqués. Aucune trace, aucune ! Mais tu le sais n'est-ce pas ? Ce n'est pas comme si tu n'y étais pas habitué, toi et tes mains pleines de sang."

 

Pitié.

Arrêtez-moi.

 

"Assassin. Voilà ta seule raison d'être, Den."

 

Que je chute. Que je tombe et m'écrase. Que je l'entraîne avec moi, lui et son mépris. Sa voix si doucereuse et sa délectation d'avoir soumis, oppressé à ses pieds une regrettable existence. Ma condition qui le distrait, mon statut répugnant qui l'amuse. De me salir ainsi sans bouger un seul doigt. De voir ses plans réalisés et de s'en assurer les profits.

Connard. Le mot est si faible pour toi.

Méprise-moi donc.

 

"Il sera fait selon vos voeux, Shakui-sama."

 

Je suis si pitoyable.

 

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Ichigo n'avait pas désiré rester plus longtemps pour assister à l'interrogatoire. Si telles étaient les pratiques des divisions pour obtenir ce qu'elles désiraient, ce n'était et ne serait certainement pas les siennes. Il n'était pas prêt à faire cela comme Shin'ji qui avait à peine bronché sous les ordres de Toshirô. Ses idéaux ne concordaient pas avec de telles méthodes dont il pouvait comprendre l'utilité sans pour autant les encourager. Lui, il demeurait un gamin ayant du respect pour les codes d'honneur, naïf et pleins de bonnes volontés. Toshirô l'avait d'ailleurs souligné : il était le guerrier. Celui qui combattait loyalement, dans le respect de ses adversaires.

Peut être était-ce stupide de croire aux valeurs. Pourtant ses parents l'avaient toujours élevé dans l'objectif de rester fier de lui et maître de ses actes, sans connaître un quelconque regret. Naturellement, le reste avait suivi et fait de lui ce qu'il était maintenant. Il était un lycéen aux cheveux trop roux encore un peu benêt et bourrin. Mais il avait le temps devant lui, il grandirait.

Il n'avait pas vécu des périodes miséreuses qui l'auraient poussé à mûrir trop vite. Il avait une famille, des amis...il n'était pas seul livré à lui-même. Même si sa mère était morte bien trop tôt, ce n'était rien comparé à la vie d'autres tels que Renji, Rukia ou encore Toshirô -de ce qu'il était parvenu à lui soustraire. Il avait échappé à cela et s'en savait chanceux. Peut être était-ce aussi pour cela qu'il tenait à respecter ces valeurs, parce qu'il en avait la possibilité et la force. Parce qu'il voulait les protéger tous... Tous ceux qui lui étaient chers.

Il était...

"Ichigo.

_Hm ?

_Tu es dans tes pensées depuis que tu es revenu... Quelque chose ne va pas avec l'enquête ?"

Se tirant de ses songeries, il posa ses yeux sur Rukia qui se tenait assise à ses côtés. Coup de chance ou non, la jeune femme n'avait été appelée pour aucun travaux particuliers et avait la fin de journée libre après avoir passé la matinée entière à l'Académie pour y donner de nombreuses informations sur le Seireitei aux futures nouvelles recrues. Le Capitaine Ukitake lui donnait de plus en plus de tels devoirs administratifs et la plaçait systématiquement en tête de groupe lors des missions. Ichigo soupçonnait ainsi l'homme de songer sérieusement à s'accorder un vice-capitaine potable, loin des jérémiades des deux excités qui assuraient cette fonction depuis la mort de Kaien.

Aaah zut... Ne pas penser à lui.

"J'ai entendu dire que le Capitaine Hitsugaya était plutôt exigeant quant aux enquêtes, comme on peut s'y attendre de sa part d'ailleurs. Tu as eu des problèmes avec lui ?

_Non. Au contraire, ça avance bien."

Ichigo lui aurait bien fait part de la décision de Toshirô. Voir même questionner quant aux pratiques de sa propre division et si elle avait connu un tel besoin d'information au plus tôt qui aurait suscité un tel changement d'attitude. Cependant le jeune Capitaine avait été clair là-dessus, conformément à l'accord qu'ils avaient passé, il devait garder le silence et ce, même envers Rukia.

"Tu es sûr ? Tu es en train de me faire ta tête de déprimé… Tu sais pourtant que je ne l’aime pas !

_Désolé...

_Paysan, avoue."

Il préféra détourner les yeux, loin de son regard un peu trop perçant, pour les poser sur le jardin intérieur qu'entretenait avec amour le Capitaine Ukitake dès qu'il se sentait assez bien pour cela -une chose qui lui paraissait affreusement naturelle que l'éternel malade chouchoutant un cerisier.

"A propos de cela... Ton frère va bien ?

_Hé ? C'est bien la première fois que tu t'intéresses délibérément à Nii-sama. Tu es vraiment malade n'est-ce pas ?

_Ne me dévisage pas ainsi ! Je me fiche de sa petite tête de nobliaud, je veux juste savoir si tu n'as rien remarqué d'étrange... Pour l'enquête quoi ! Après tout c'est un noble aussi et tu semblais inquiète hier quand... Qu'est-ce que j'ai dis encore ?"

Devant son expression outrée, Rukia ne put se retenir de pouffer pour plonger le nez dans sa tasse de thé, contenant son amusement devant le comportement inchangeable du rouquin.

"Oooh comme c'est mignon, tu t'inquiétais pour moi... Tu sais de plus en plus comment parler aux femmes, Ichigo.

_Rukia !

_Je n'étais pas réellement inquiète hier après-midi. Je ne voulais surtout pas me retrouver toute seule dans le monde réel alors que tu allais t'amuser à courir après un mystérieux assassin. Nii-sama ne craint pas grand-chose, crois-moi. Jamais personne n'oserait s'attaquer à la haute-noblesse du Seireitei. Il faudrait être fou pour cela...

_Ou être un génie..."

Rukia sembla un instant interloquée avant de l'interroger silencieusement du regard. Elle avait parfaitement perçu le changement de ton dans la voix d'Ichigo. Après tout ce temps passé ensembles, elle pouvait se vanter un peu de le connaître lui et ses humeurs. Il s'agissait...de sa petite fierté.

"Toshirô et Shin'ji semblaient inquiets quant à la capture d'un des assassins. Shin'ji m'a assuré qu'il n'avait pu percevoir les traces de reiatsu que le coupable avait délaissé derrière lui que grâce à ses talents de détection qu'il a acquis sur le terrain. Un autre Shinigami non habitué à de telles inspections de lieux n'aurait rien remarqué... De plus, selon Toshirô, cet assassin serait jeune, adolescent certainement et aucun membre de la Deuxième division de cet âge là n'est capable d'une telle prouesse. Il s'est quand même introduit dans le domaine Hinoto, certainement dans celui Okane, et chez les Natsu sans que personne ne s'en aperçoive.

_Les Natsu n'ont rien senti ? Leur rang est bien plus important que celui des Okane et Hinoto, leur domaine devrait être protégé en conséquence !

_Six murs d'enceintes pour parvenir à la bâtisse familiale et des sentinelles à chaque point de passage. Du moins, de ce que j'ai pu en voir..."

Ichigo considéra l'expression stupéfaite de Rukia. Il avait ses raisons de penser qu'elle connaissait assez bien la noblesse du Seireitei et une telle réaction de sa part ne fit que confirmer ses inquiétudes. Quand bien même l'interrogatoire amènerait Hinoto Kemen à se dévoiler, il demeurait un assassin, si ce n'est pas deux, en liberté. Dont ce fameux génie. Ichigo était bien conscient que son Bankaï comblerait certainement la différence de vitesse entre lui et son adversaire, si du moins ce génie ne faisait pas non plus de l'ombre à Yoruichi, mais le Vizard ne se faisait pas d'illusions quant aux grandes capacités de sa cible à se dissimuler. Connaissant son don pour la détection de reiatsu, il espérait grandement que Shin'ji parviendrait à l'aider ou bien encore Toshirô. Le mieux aurait été l'aide du Capitaine Soi Fon, seulement la Dixième division désirait certainement conservait sa carte blanche en cas d'échec.

Comme si elle lisait alors dans son esprit, Rukia se redressa alors subitement pour s'exclamer :

"Demandez à Soi Fon Taïcho de vous aider ! Elle...

_Rukia."

La jeune femme se tut aussi vivement qu'elle avait pris la parole, surprise par le regard indéfinissable que posait alors Ichigo sur elle et le ton sec qu'il avait employé. Fronçant des sourcils, elle le scruta ainsi avec minutie pour se pencher sur lui et souffler à son oreille :

"Obligation du silence ?"

Le roux ne répondit rien. Muet, il considérait les réactions de la Shinigami qui se recula pour hocher la tête, comme certaine de ce qu'elle avançait. Il devinait les innombrables questions dans ces yeux sombres, notamment l'habituel "Pourquoi ?" seulement pas un seul instant elles ne franchirent la barrière des lèvres de la jeune femme. C'était dans des instants comme celui-ci que la maturité de Rukia le frappait. La manière dont elle comprenait les choses sans qu'un seul mot ne soit échangé et comment elle parvenait à brider ses exigences pour se contenter de ce qu'on lui donnait. Lui n'était pas capable de tant de retenue. Certainement l'éducation noble.

"Ah ! Message...

_Hm ? Quoi ?

_Le papillon Ichigo, le papill..."

Perdu, le Vizard avait porté son attention sur la petite chose noire que pointait du doigt Rukia. Il avait alors discerné la forme d'un papillon de l'enfer et préposé dans l'enceinte du Seireitei comme au-delà. Seulement au moment où la Shinigami avait levé une main pour le recevoir, le lépidoptère s'était esquivé pour venir voleter joyeusement en la direction du roux. Jusqu'à ce que dans un gracieux battement d'ailes, il ne vienne se poser sur le bout du nez même d'Ichigo sous le regard mi-étonné, mi-amusé de Rukia.

Aussitôt une étrange sensation se fit ressentir à l'endroit même du contact avec l'insecte alors qu'une douce chaleur s'étendait en travers de son visage. Les yeux écarquillés, le Shinigami remplaçant perçut alors comme un bruit de fond confus qui grandissait peu à peu en une foule de murmures qui résonnaient dans son esprit entier. Assommé, Ichigo s'apprêtait alors à chasser le papillon d'un mouvement brusque de main lorsqu'une voix inimitable se fit entendre avec une étonnante clarté :

"Message prioritaire destiné à Kurosaki Ichigo et placé sous l'obligation du silence. L'interrogatoire vient de se terminer avec succès, Miwaku est parvenu à faire parler Hinoto Kamen : il est bien l'assassin de Shakui Gimu par obligation. La thèse précédemment exposée dans mon bureau s'est avérée vraie. La famille Shakui est certainement l'auteur des assassinats d'Okane Kotae, Hinoto Jikaku, Natsu Rido. Les familles de noble posséderaient donc des assassins personnels qui seraient le plus souvent leurs seconds enfants jugés inutiles. Ils seraient formés dès le plus jeune âge à défendre leur famille par obligation le plus souvent. De telles pratiques ne seraient pas nouvelles et il y a un risque pour que de nombreux précédents assassinats soient passés inaperçus aux yeux du Seireitei. De même, Natsu Riga est certainement un assassin bien qu'il ne soit accusé d'aucun crime. Aucun lien n'a encore été trouvé entre les Natsu et les Shakui.

Il nous faut agir rapidement, Miwaku et moi craignions que la famille Shakui ne continue à attaquer des clans nobles pour X raison. Nous devons arrêter au plus tôt leur assassin tout en conservant notre carte blanche. Demain matin, nous nous rendrons au domaine Shakui pour interroger son patriarche et parvenir ainsi à son second fils plus aisément : attendre un prochain assassinat pour le prendre sur le fait serait certainement impossible de par les capacités de ce second fils en question.

Je connais tes positions seulement je veux que tu sois là demain, dès le soleil levé, à mon bureau. Aucune obligation d'assister à quoi que ce soit, mais prêt à réagir en conséquence. Nous ne serons pas trop de trois. N'oublie pas : obligation du silence."

C'est à peine si Ichigo perçut la perte de contact alors que le papillon quittait son appendice pour retrouver son envol et prévenir son éditeur que le message était bien parvenu à bon port. Tentant de rassembler l'avalanche d'informations qui venait de s'écrouler sur lui, il tria les propos de Toshirô, reconstituant peu à peu le puzzle qu'était cette enquête.

Ainsi il ne leur manquait plus qu'à stopper l'assassin Shakui et à obtenir ses témoignages. Pour cela le jeune Capitaine envisageait de visiter le dirigeant Shakui. Autant dire qu'Ichigo avait tout de suite compris de quelle nature s'annonçait cette visite soudaine au petit matin. Bien que l'idée ne lui plaisait tout de même pas, il savait cependant qu'il se rendrait avec eux au domaine. Toshirô avait raison et une force de frappe ne serait pas superflue si les choses venaient à tourner mal.

"Ichigo ? C'était le Capitaine Hitsugaya n'est-ce pas ?"

Prenant conscience du long silence qui s'était installé sous les auvents où il se trouvait avec Rukia, il reporta son attention sur la Shinigami pour hocher la tête, toujours en proie à ces dernières révélations qui clarifiaient la situation entière. Si ce n'est ce lien entre les Shakui et les Natsu.

"Bonnes nouvelles ? Je sais que tu es sous obligation du silence mais...

_Non c'est bon. T'inquiète pas. C'est juste que ça avance assez brutalement.

_Tant mieux.

_Ouais, mais pour mon pauvre crâne : non. C'est affreux ce moyen de communication ! Comment peux-tu parvenir à supporter la sensation de ce...machin sur ta main toute le temps ! C'est...

_Ne dis pas ça. Ce n'est pas si désagréable que cela.

_Pardon ?! Pas si désagréable ? S'exclama vivement le Shinigami.

_Ne fais pas l'enfant Ichigo.

_Hé ?!"

Muet de stupeur, le rouquin considéra l'expression impérieuse qui transparaissait désormais sur le visage de Rukia, la même que celle qui se trouvait constamment sur ce petit nobliaud de Byakuya... Ce qu'il pouvait la détester dans ces cas-là ! Quand elle prenait ce ton hautain et le méprisait de ces petits yeux vifs.

"Mais après tout, ce n'est pas comme si un paysan comme toi pouvait comprendre quoi que ce soit à notre manière de vivre...

_Argh ! Arrête ! Je ne supporte pas ça !

_Ca ? Exprimez-vous correctement maraud.

_On dirait Byakuya ! C'est affreux...

_Insulterais-tu Nii-sama ?"

Bon, cette fois elle semblait vraiment furieuse.

"N-non... Je n'oserai pas.

_Contente que tu le reconnaisses !"

Considérant le sourire satisfait qui étirait désormais ses lèvres, Ichigo eut la curieuse impression de s'être fait manipulé en beauté une fois de plus. A croire qu'il ne pouvait décidément rien contre elle. Vicieuse gamine...

Inconscient de sa traîtresse de bouche dont le coin droit s'était légèrement soulevé, il continua de se chamailler avec elle tout le restant de la soirée qu'ils avaient libres devant eux sans pour autant s'apercevoir du temps qui filait. Ce qui ne fit que le conforter dans son impression : la Soul Society était réellement devenue sa seconde famille à part entière, sa seconde maison. Il s'y sentait comme chez lui et tout aussi bien qu'auprès de Yuzu, Karin et son immoral de père. Il n'envisageait même plus de reprendre son ancienne vie loin de toutes accroches avec ce lieu qui lui avait parût si familier dès son premier contact. Malgré le Rukongai, malgré ses cartes blanches et ses règles...malgré Kurotsuchi, Kempachi...

Ce monde était le sien.

 

Il y a des parts de soi

Dont on ne prend conscience qu'ailleurs.

Ces échos en moi,

Promesses de rêveur.

 

Je suis,

A la maison.

 

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Nuit.

A l'heure des loups.

Le silence.

L'air chaud de Septembre.

Nuit.

 

 

Un bond pour m'envoler. Le temps d'un instant, me confondre.

Déjà je disparais.

 

Je suis ombre parmi les ombres. Derrière mes voiles se dissimule l'inutile, le second. Je suis l'indésirable sous toutes conditions. Le rien invisible, porteur de mort. Son plus fidèle instrument.

Percevez-vous ? Le chant de mes lames, leurs tintements sinistres, douces promesses... Non. Bien sûr, non.

Je crains le silence. Mais j'ai plus peur encore de moi-même.

 

Glisser, imperceptible. Au travers de ces murs d'enceinte, piteuses murailles. J'ai tant rêvé pouvoir faire de même avec ces chaînes qui me retiennent. Je ne suis qu'un brouillon, un mensonge de liberté. J'en ai l'aisance, le reflet. Illusion, tu dissimules mon carcan sous ta jolie apparence. Trompe-les tous, trompe-moi. Que je puisse y croire encore un peu...

La silhouette d'un garde, vaine sentinelle, scrute et fouille l'obscurité dans la quête de ma présence qui t'est inconnue. Sais-tu que me voici, à quelques pas ? Dans ton dos, si proche qu'un geste me suffirait, un seul pour voler ton souffle. Le sais-tu, sens-tu cette vie qui t'est tienne et menace de t'échapper ? Me déciderai-je ?

Non jamais. J'ai bien assez de crimes sur ma conscience et de visages dans ma mémoire. Je ne veux pas y ajouter le tien, qu'il conserve son anonymat. Il n'y a aucune satisfaction à tirer de cela. L'assassinat me répugne, ce n'est que spectacle gratuit, perte inutile. Le vide est déjà si proche, pourquoi l'y encourager et faucher ces présences qui n'ont eu pour seul tort que de désirer le meilleur pour elles-mêmes ? N'est-ce pas ce que nous espérons tous ?

Pourtant, il n'y a plus de meilleur pour moi. Juste du pire, encore et encore.

Je suis, si...fatigué.

 

Mais je me glisse, misérable ombre, dans le silence, dans le noir...dans mes peurs qui chaque fois triomphent de ma lâcheté. Pas assez de courage pour me révolter. J'avance, pion, sur chaque case de cet échiquier. Lent, mais pourtant sûrement, qui menace mais n'est pas menacé. J'attends juste l'échec et mat qui me fera enfin tomber. Le dernier coup, salvateur. Je suis une agonie qui attend...

Qui l'attend, mon adversaire, mon plus bel ennemi, mon semblant de meilleur. Viens... Viens.

 

File, file, ma silhouette, au travers de ces pauvres hères fidèles à leur maître jusqu'à l'aveuglement, qui n'en voient plus rien et ne m'arrêteront pas. File, escalade ces murs hauts dont tu triomphes avec une aisance irréelle. Mon but aurait été tout autre que peut être en aurais-je tirer là quelques fiertés, de ces capacités si longuement travaillées dans le mépris, pour le devoir.

Le devoir. Envers cette famille qui ne veut pas de moi. Qui m'ignore jusqu'à en oublier le nom qu'elle m'a offert il y a cela des années. De ce diminutif qui ne signifie rien, n'a aucun sens, désigne un objet dont la seule particularité est d'être unique sans être demandé.

 

Den...

Den le Second.

 

Et le tintement de mes lames que jamais autre que ma proie et moi n'entendra, qui chantent, chantent, cet air funèbre. De ces échos qui se perdent au lointain sans jamais m'emmener. Même eux ne veulent pas d'un assassin, de l'inutile. Qui irait chercher la contrainte ainsi ? Ce qui n'a pas d'utilité ne s'emporte pas. Moi-même, j'ai toujours agis ainsi. Toujours.

Alors dors bien, sentinelle à l'heure des loups. De tes yeux perçants qui oublient tout, dors et laisse-moi accomplir mon sombre dessein. Tu ne seras pas de ceux qui m'arrêteront. Tu n'es qu'un de plus. Que j'oublierai bientôt, quand le sang brillant sous la lune, paraîtra sous mes yeux...quand j'oublierai tout.

 

Papillon de nuit

Sous tes ailes si charmantes

Caches-tu les fruits

De notre si paisible entente ?

 

Papillon de nuit

Aux couleurs chatoyantes

Voleras-tu nos vies

Qui demeurent dans l'attente ?

 

Papillon de nuit...

Nuit glaciale,

Papillon de nuit

Et de cristal.

 

Un.

Le premier.

Le second, m'attend. Le second...

 

Le corps allongé n'a pas émis un seul mouvement, les draps de blancs sont devenus écarlates. L'innocence si facilement entachée. L'innocence que tous prônent sans jamais faire que la blesser davantage. L'innocence... Qu'est-ce que l'innocence ?

Et l'oubli. Ce vide qui s'impose à mon esprit lorsque mes mains si froides rengainent. Quand je sais que rien ne me mènera en arrière, que le regret dans ma nuque s'agite, palpite... Le chant plus discret qu'un murmure est désormais un hurlement qui accompagne chacun de mes pas, qui sonne ma fuite loin de ce domaine qui vient de perdre son guide. Loin de cette famille désormais endeuillée. De cette vie arrachée.

Ai-je du remord ? Cette question est si stupide... Mais je n'ai pas le droit encore de pleurer. Un autre, le second, m'attend. J'entends son âme vivre. Ce lien que je dois trancher. Parce que c'est ainsi, pour le devoir, pour la famille, pour l'honneur. De si pitoyables raisons.

Aaah, Den, Den... Mais qui es-tu ? Qu'es-tu ?

Petit peureux, petit lâche, que la vie si généreuse à traverser. Ce mérite que tu n'aurais jamais dû connaître. La disparition est ton amie, Den,... La solution c'est la mort. Le problème c'est la mort. Ces voies qui s'offrent à toi ne feront que te mener au même point, à la seule chose que tu mérites vraiment. Pour réparer cette erreur que de t'avoir permis d'exister. Den... Où es-tu maintenant ?

 

Papillon vermillon

Papillon des songes

Papillon citron

Mensonge

 

Papillon !

Dans tes yeux, sur ta bouche.

Papillon,

D'un doigt je te touche...

 

Et fais mouche !

 

"Assassin, te souviens-tu de Rido Natsu ?"

 

---

 

Natsu Riga attendait. Scrutant de ses yeux clairs la silhouette petite et fine qui se dessinait à quelques mètres de là, se confondant avec l'ombre des murets typiques du quartier des nobles du Seireitei. La tenue sombre propre aux shinobis, les voiles soigneusement portés qui dissimulaient le visage, les deux courts fourreaux qui se croisaient dans ce dos et la posture droite, assurée, qui pas un seul instant ne marqua une quelconque surprise. Peut être le percevait-il depuis le début ? Sa présence alors qu'il suivait l'assassin de son frère dans son entreprise nocturne. De ses heures passées à parcourir ces lieux dans l'espoir de percevoir la présence infime et d'autant plus reconnaissable du coupable.

Il ne venait pas venger la mort d'un frère capricieux qu'il n'avait jamais aimé. L'ordre venait de leur père, du patriarche du clan qui en avait repris le contrôle depuis la matinée. Riga était un assassin, il était l'arme de réplique. Ce statut qui ne faisait pas son honneur mais qui donnait un sens à son existence. Il ne désobéissait jamais aux ordres, peut être dans l'espoir d'une reconnaissance. De ce chiffre qui collait à sa peau...le second. Ce qu'ils étaient tous.

Lui.

Comme celui qui lui faisait face.

"Te souviens-tu de son visage figé ? Ou bien n'as-tu même pas pris cette peine de le regarder ?"

Quelques pas qu'il tenta tout en invectivant cet inconnu, ce fidèle aux Shakui qui comptait désormais quatre victimes à son plus récent panel. Il avait conscience de cet écart de capacités entre eux, cela se sentait au contrôle du reiatsu habile, à la position campée, la dissimulation parfaite... Si jeune et si doué, il en avait des frissons.

"Tu n'as plus de langue ? Peut être ton maître te l'a-il coupé pour t'empêcher de parler ? Enfin, devrais-je dire plutôt ton paternel...

_Tu parles trop pour un assassin..."

D'un réflexe la main de Riga se referma sur le manche de son Tantô pour parer un coup vicieux de la part de son adversaire. Le déplacement avait été soudain et rapide, imprévisible alors que la présence s'était glissée dans son dos pour le viser avec précision. Une seconde de plus n'aurait pas suffi à sauver sa vie. Une seconde...c'était déjà trop.

Riga repoussa les deux lames croisées sur la sienne. L'ennemi ne fit que disparaître un court instant dans l'obscurité avant qu'un contact froid ne vienne éveiller ses sens, sur sa gorge. Esquive fébrile qui le sauva à nouveau, prise de recul qu'il s'autorisa pour disparaître à son tour et atteindre le flanc.

Vain mouvement. La silhouette lui répondait avec une aisance irréelle, lui rendait coup sur coup, manquant chaque fois de le tuer. Se défendait avec application pour briser ses défenses. S'insinuait peu à peu, se coulait... Riga eut un geste violent, bien trop brutal, loin de ses habitudes, de ce qu'accordait son statut. Un mouvement prévisible dicté par la peur. Une erreur qu'il avait commise involontairement... Un manque de contrôle.

Il ne cilla pas à la blessure profonde qui s'enfonçait désormais sur son épaule, si proche de la carotide. En baissant sa garde il avait permis à l'autre de lui parvenir, d'entailler sa peau et sa chair de son métal brûlant. L'autre second qui, plongé dans le noir, l'observait à quelques pas. Il l'évaluait certainement, s'imposait une rigueur pour le tuer le plus tôt possible, calculait...

Riga serra son emprise sur son poignard, bien décidé à remplir sa propre tâche, à obtenir cette reconnaissance qu'on ne lui avait jamais accordé jusqu'ici. A exister, enfin. Ne plus être l'esquisse d'une présence, juste une vie à part entière. Une vie semblable aux autres.

"Je n'accepterai pas l'échec.

_Ce mot m'est inconnu."

Court échange. De ces paroles qui résonnaient encore dans cette rue vide et déserte, propice à leur affrontement souple et vif aux échanges tumultueux qui tiraient des étincelles de leurs lames. Ils s'opposaient, disparaissaient, réapparaissaient en différents endroits, toujours plus vite, plus agile, se rencontraient, se repoussaient, se poursuivaient dans l'ombre, combattaient l'un et l'autre pour le devoir.

Le devoir.

Riga s'éloigna d'un bond, haletant sous la soudaine demande d'énergie qu'il subissait pour maintenir le rythme de leur opposition. Il eut à peine le temps de prendre une inspiration que déjà l'autre était sur lui. Un pied gifla son visage, il le repoussa vivement pour abattre sa main, sa lame sifflant hargneusement. Tintement, parée. Il esquiva à nouveau pour s'approcher, sa main fendant le vide pour atteindre un ventre à portée. Son geste fut manqué alors qu'il se défendait d'une première attaque, la deuxième ne tardant pas à suivre. Son Tantô bloqué, il ne put repousser la lame qui s'enfonça avec une aisance certaine dans sa poitrine.

Serrant les dents, il crut percevoir dans le brouillard que créa en lui la douleur, un grondement hargneux. Une nouvelle fois il était parvenu à garder son cou fragile hors de portée. Se maudissant néanmoins de ne pas avoir pensé à une quelconque protection telle que celle qu'arborait autour de la cible facile son adversaire, il grimaça devant les dégâts de la blessure. Lorsqu'il leva à nouveau la tête se fut pour remarquer son ennemi, immobile, le scrutant avec une force inquiétante. Tant que Riga en ressentit quelques discrets tremblements dans ses membres. Pas assez discret néanmoins pour l'autre qui perçut très bien sa peur et disparut aussitôt.

Se concentrant pour percevoir l'infime trace de reiatsu, Riga parvint néanmoins à déterminer le moment d'apparition de son adversaire et esquiva son attaque d'un pas rapide pour chercher à atteindre d'un coup de pied le menton de son ennemi.

Tout s'accéléra alors.

D'un mouvement de hanche agile, l'autre bascula. Une de ses lames brilla d'un éclat vif pour transpercer sa main, la désarmant, et se planter dans la palissade contre laquelle il se tenait acculé. Un autre geste et, d'un lancer habile, la deuxième arme s'enfonça profondément dans son pied jusque dans les dalles même du sol. Ignorant la douleur brûlante qui naissait dans son corps, Riga tenta de s'échapper de la forte emprise qui s'exerçait désormais sur lui. Il n'eut pas le temps de s'agiter plus, déjà une main dégantée se placer sous son cou, chargée d'énergie et armée d'un fin poignard.

"Pas un geste."

Riga sentit son sang se glacer dans ses veines à ce souffle chaud dans sa nuque, témoin de sa présence dans son dos. L'action avait été trop rapide, calculée, il n'avait pas pu y échapper et se trouvait désormais prisonnier des deux armes de l'autre, sa gorge offerte.

"Comment as-tu su me retrouver ? Réponds !

_Je n'ai fais qu'attendre et fouiller les environs. Je savais que tu sortirais de ta tanière...

_Pour qui agis-tu ?

_La même chose que toi...

_Tss !"

La main avait beau resserrer son emprise, Riga ne parvenait cependant pas à se départir de son sourire moqueur. Il trouvait quelques faiblesses dans la volonté de l'autre et ne parvenait pas à comprendre comment il pouvait être encore en vie maintenant alors qu'il se trouvait totalement piégé et soumis. Alors qu'il envisageait sérieusement des assassinats commis sous l'obligation, soit une possible fuite, l'énergie concentrée dans la main qui le menaçait augmenta subitement.

"Déploie-toi, Denryuu...

_Qu'est-ce que...?"

Sous les yeux stupéfaits de Riga, le reiatsu se concentra dans l'arme, couvrant le dos de la main jusqu'au poignet, formant des entrelacs de fer en un gantelet de métal brillant et d'énergie mêlés. Cette libération de Zanpakutô était si incongrue qu'elle inquiétait Riga qui n'osa pas un seul instant proférer un son. Immobile, l'assassin ne pouvait que contempler cette transformation, son sang pulsant douloureusement à ses oreilles dans l'attente du prochain mouvement. Alors il allait vraiment...

"Hâdo no. 33 : Soukatsui !"

L'autre se recula d'un bon brutal, le repoussant durement contre la palissade pour échapper à la concentration d'énergie le visant. Riga grogna de douleur sous ce geste incontrôlé pour être brusquement tiré en avant, une force empoignant son col. La douleur dans sa main prisonnière redoubla en intensité à ce mouvement vif et non désiré.

"Natsu Riga ? Fit alors une voix stupéfaite. Miwaku, Ichigo !

_Il semblerait que ce soit lui, Taïcho.

_Ouais, on dirait bien..."

Devant lui se tenait le jeune Capitaine de la Dixième division, particulièrement surpris de le trouver en présence de l'assassin Shakui. A quelques pas de là, les deux autres hommes qui l'avaient accompagné faisaient désormais face à leur cible, figée, immobile...avant de disparaître en un Shyunpô brusquement.

"On s'en occupe Toshirô !

_Concentrez-vous sur Natsu Riga, Taïcho !"

Une autre seconde.

Il ne restait plus que lui et le gosse qui le dévisageait avec suspiction.

 

---

 

"Getsuga...Tenshou !"

Ichigo eut un grognement de dépit. D'un saut particulièrement impressionnant, l'assassin avait évité tous les dommages de son attaque. Indécis quant à la marche à suivre, le roux eut une oeillade brève pour Shin'ji qui se trouvait à ses côtés, tous deux poursuivant leur cible à coup de Shyunpô sans parvenir à s'en approcher. Celui-ci pour toute réponse eut un hochement de tête, l'encourageant à suivre son instinct.

L'alerte avait été donnée par un garde proche des lieux qu'ils venaient tous juste de quitter. Deux êtres déclarés non-Shinigami se battaient. Il ne leur en avait pas fallut plus pour s'y précipiter et y retrouver un Natsu Riga aux prises avec un inconnu entièrement voilé dont l'identification n'était pas possible mais dont les objectifs demeuraient clairement compréhensibles. Cependant la raison d'une telle opposition demeurait mystérieuse aux yeux du Vizard et il comptait sur Toshirô pour leur trouver rapidement une explication valable appuyée d'un témoignage plus ou moins obtenu civilement. Et il ne s'inquiétait pas trop de cela, étrangement.

Non, le seul problème qui se posait à son esprit était celui de la capture de l'assassin Shakui. Puisque celui c'était finalement décidé à se montrer, il ne fallait en aucun cas rater l'occasion. Seulement la rapidité et l'agilité de leur adversaire les écrasaient littéralement dans cette course-poursuite sur les toits les plus chers du Seireitei.

"Ton Bankaï Ichigo-san !

_Ah...euh... Ah oui !"

Ignorant le soupir désolé du quatrième Siège, il profita d'un saut pour lever Zangetsu et concentrer son énergie spirituelle. Quand ses pieds rencontrèrent à nouveau les tuiles, il portait désormais son inchangeable semblant de veste et un Zanpakutô d'un noir d'encre et d'une finesse remarquable. Et au saut suivant, Shin'ji se sentit étrangement seul.

Les yeux du quatrième Siège se posèrent sur la petite silhouette qui venait couper la route de celle qu'ils poursuivaient, la prenant de cours. Avec un certain automatisme, sa main se posa sur la garde de son Zanpakutô tandis que son index se glissait dans le mince anneau qui se trouvait accolé à son manche. D'un large geste, il dégaina son katana pour le faire tourner avec force, continuant de rattraper Ichigo et son adversaire qui s'étaient stoppés pour échanger coup sur coup.

 

Qui êtes-vous ?

Que me voulez-vous ?

 

"Tournoie, Hane no Ji !"

Progressivement l'anneau de fer bandé s'élargit, tournant bientôt autour du poignet de Shin'ji alors que la lame et la garde laissaient place à deux courbes de métal effilées formant un disque complet sous la vitesse du mouvement en un sifflement étrangement strident.

N'ayant pas un seul instant quitté du regard son objectif, le Shinigami s'élança dans un dernier Shyunpô pour parvenir à la hauteur des deux combattants. Un geste. Pour stopper la rotation, refermer sa prise sur le cercle métallique, parer, repousser. Quelques semblants d'attaques basiques alors que l'assassin reculait sous cette soudaine arrivée d'un bond souple.

"Ichigo-san ?

_Il est putain d'agile !

_Je vois..."

Accompagnant ses paroles, Shin'ji reporta son attention sur la silhouette drapée qui se tenait à quelques mètres, silencieuse, immobile. D'une esquisse, Hane no Ji se mit de nouveau à tournoyer furieusement sans qu'il ne lâcha pour autant son adversaire des yeux. Dans son dos, il sentit Ichigo se raidir pour resserrer sa prise sur son Zanpakutô. Le deux contre un n'était peut être pas dans les habitudes du Vizard, mais il allait devoir se plier à l'exercice pour une fois, le Capitaine Hitsugaya ne leur pardonnerait pas d'avoir raté une telle occasion. D'autant qu'ils n'étaient pas certains de parvenir à arrêter cet assassin en se rendant chez les Shakui plus ou moins officieusement après cela.

Il fallait le stopper, dès maintenant.

"Shin'ji ! Derrière t...!"

Le Shinigami n'eut la vie sauve que de par la libération de Hane no Ji qui lui assurait deux lames parfaitement symétriques et qui parvient à éloigner le poing insidieux qui le prenait pas derrière. Il n'avait rien pu voir, à peine s'était-il autorisé un battement de cils que déjà l'ennemi était sur lui, bien décidé à lui ôter la vie. Si du moins ce coup en direction de sa nuque signifiait bien ce qu'il pensait.

Fendant l'air de sa première lame, Shin'ji faisait tournoyer avec adresse son manche, intervertissant sans cesse ses lames et formant parfois une défense assez inquiétante pour que son adversaire ne cherchât pas à la défier. Cependant il était conscient que cela n'était qu'une question de minutes avant que l'assassin ne s'habitue à son rythme et ses coups pour reprendre la main dans l'attaque et user de sa vitesse. Et Ichigo qui ne faisait rien !

Le quatrième Siège ne put se retenir de grommeler silencieusement contre ce Shinigami remplaçant aux valeurs morales qui commençaient à l'exaspérer dans une telle situation. Profitant alors d'un recul de la part de son opposé, il eut envers le roux un regard furieux qui sembla tirer celui-ci de sa léthargie. Quelques secondes plus tard, un katana noir de jais se joignait au tournoiement violent de son arme pour menacer l'assassin.

 

Saurez-vous m'arrêter ?

Puis-je l'espérer...?

 

"Hadô no. 4, Byakurai !"

La silhouette prit appui sur les tuiles pour s'élancer en un saut impressionnant, esquivant habilement l'éclair blanc d'énergie qui fonçait en sa direction. Profitant de cela, elle tira d'un étui dissimulé nombre d'aiguilles sur lesquelles se refléta un bref instant l'éclat de la lune. Avant même que Shin'ji n'eut le temps de le prévenir, Ichigo disparaissait en un Shyunpô. Le quatrième Siège conscient des projectiles qui filaient en sa direction, d'une prise ferme entraîna à nouveau son Zanpakutô en une forte rotation qui repoussa les fines armes aisément, les dispersant aux alentours.

"Getsuga Tenshô !"

Profitant de cette diversion et de son exceptionnelle vitesse, Ichigo dans les airs avait lancé son attaque favorite dont la puissance avait déjà ravagé la toiture d'une écurie. Shin'ji n'osait même pas imaginer la facture salée que de telles dommages demanderaient à sa division. Ca, le Capitaine risquait de ne pas être déçu du résultat. C'était même certain.

"A l'aube se lève le rideau... Découvre et recouvre ce qui le doit et jamais ne faiblis en ton emprise sur le monde, Kaishi, Denryuu !"

Shin'ji ne put retenir une exclamation stupéfaite face au spectacle qui se déroulait sous ses yeux. Au contraire d'avoir recours à nouveau à un déplacement, l'assassin venait de tracer sur son étrange poignet de métal une ligne droite tout en incantant. Aussitôt de nombreux filins d'énergie spirituelle avaient fait leurs apparitions, reliés à la partie du gantelet qui recouvrait le dos de la main blanche et nue. Une seconde plus tard leur taille raisonnable avait subitement augmenté alors que les liens animés d'une vie propre s'étaient élancés en un même mouvement sur le croissant de reiatsu sombre qu'avait créé Ichigo. Ils l'avaient brisé en deux sans autre forme de procès pour retrouver leur longueur habituel, flottant mollement dans les airs alors que l'assassin à quelques pas les défiait de son regard sombre.

Quelques secondes. Court instant.

"C'est...

_La libération de son Zanpakutô certainement. Bien qu'il ne soit pas allé à l'académie, il semblerait que cela ne soit pas un problème pour lui. Ichigo-san, pourquoi ne pas utiliser ton masque ?"

Le Vizard lui lança un regard sombre pour nier d'un hochement de tête.

"Shirosaki est bien trop instable en ce moment. Il n'a pas supporté le combat face à Aizen. Je ne dois pas lui laisser un seul semblant de marge pour manoeuvrer.

_Merde..."

Inconscient de l'insanité qu'il venait de lâcher et qui lui aurait valu les pires remontrances de la part d'Obi-san, Shin'ji s'accorda quelques secondes de réflexion. Incertain quant au résultat de cette tentative, il concentra néanmoins une partie de son énergie spirituelle de son arme pour s'élancer vers son adversaire d'un Shyunpô. Sans surprise, l'assassin le prit de cours et s'esquiva agilement pour l'attaquer sur un autre flanc. Avec réflexe il parât, tenta à son tour d'atteindre la silhouette dissimulée pour éviter une salve d'aiguilles qui manqua de le transpercer d'un bond qui le fit reculer sur plusieurs mètres. Il prit aussitôt cette occasion de tenter une offensive plus lourde et d'un geste du bras lança Hane no Ji.

Dans son sifflement toujours aussi caractéristique semblable à un chant lointain, l'arme tournoya sur elle-même, fonçant en la direction de l'assassin qui se préparait déjà à la repousser...avant qu'elle ne vire brutalement de cap pour contourner simplement sa cible et revenir en la main de son propriétaire sous le regard surpris d'Ichigo. Certainement tout aussi étonné que le rouquin, leur adversaire marqua un bref instant de pause avant de faire un mouvement dans l'optique de s'élancer sur le quatrième Siège...pour se figer brutalement, prisonnier d'un invisible carcan.

"Bakudô no. 37... Tsuriboshi, la toile d'énergie spirituelle. Tu ne pourras plus t'enfuir."

 

Parviendrez-vous là où tous ont échoué ?

Désirez-vous me tuer ?

 

Ichigo muet de stupeur vit se dessiner progressivement une toile de reiatsu emprisonnant le corps de l'assassin et encore accolée à une extrémité au Zanpakutô de Shin'ji qui avait servi à l'étendre. Le Shinigami avait eu recours à son arme pour placer son sort de Kidô, une technique que le Vizard avait déjà remarqué chez d'autres combattants. Et une idée remarquable dans leur situation.

"Néanmoins, il y a une chose qui m'intrigue... Pourquoi ne pas m'avoir tué alors que tu en avais l'occasion ?"

De quelques pas Shin'ji s'était approché de sa prise, la regardant avec une certaine incompréhension alors qu'Ichigo tentait de trouver un sens aux paroles du quatrième Siège. Il lui avait semblé pourtant qu'à aucun instant leur ennemi n'avait eu une quelconque retenue dans ses coups...

"Ses aguilles que tu m'as lancé, tu as marqué une hésitation avant de le faire qui m'a permis de me préparer à ton attaque. C'était presque imperceptible, mais la différence de résultats en est énorme. Pourquoi une telle faiblesse alors que j'aurai pu être mort à cet instant même ?

Tu ne réponds pas ?"

Parvenu jusqu'à l'assassin demeurant immobile et silencieux, Shin'ji resserra avec précaution sa prise sur la garde circulaire de son arme, interrogeant le visage voilé du regard. Mais les yeux sombres semblaient comme dénués de toute vie et pris d'un sentiment aussi violent qu'inexplicable, le Shinigami arracha avec brutalité le voile qui dissimulait l'identité de leur opposant.

Pour se figer de surprise.

Un adolescent leur faisait face, quatorze ans à peine. Dont la masse tumultueuse de cheveux châtains désormais libérée retomba sur un visage juvénile, d'un teint qui n'avait plus connu la lumière depuis des années. Un éclat sombre perçait au milieu de cette clarté presque maladive, une plume discrètement glissée dans la chevelure indomptable sur laquelle les doigts de Shin'ji se refermèrent inconsciemment.

Aussitôt, le jeune assassin eut un mouvement brusque, tentant une retraite qui ne lui était pas permise. La colère colora alors ses joues, tandis qu'il essayait de repousser d'un geste brutal de la tête le quatrième Siège, allant même jusqu'à siffler avec hargne quelques menaces. Mais loin de prendre ces propos au sérieux, le Shinigami continuait son exploration tactile encore sonné de cette vérité qui lui avait éclaté au visage. La théorie restait la théorie, les hypothèses demeuraient des hypothèses, mais voir ce garçon plus jeune que lui désormais révélé, dont les mains s'étaient trouvées maculées du sang de bien nombre de victimes...

Il retint de justesse un cri de douleur alors que quelques dents pointues se refermaient sur son doigt imprudent. Lançant un regard furieux au jeune garçon qui le défiait de demeurer plus longtemps trop proche de lui, accentuant progressivement l'étau de sa mâchoire, il poussa finalement un soupir sans pour autant se dégager de l'emprise peu agréable.

"A quoi cela te mènera t-il ?

_A quoi cela devrait-il me mener ?

_Tu as une jolie voix... Il est dommage de la cacher ainsi."

Les yeux brillants de colère devinrent brutalement ternes alors que l'assassin relâchait son doigt pour détourner la tête, se plongeant dans un profond mutisme.

 

Vous et vos paroles me faites pitié,

Gardez vos leçons de morales et vos idées...

Je ne veux rien de tout ça.

Je n'en veux pas.

 

"Ca ne sert à rien de te murer ainsi dans le silence. Nous sommes au courant quant à vos devoirs, Hinoto Kamen, le frère cadet d'Hinoto Jikaku, a parlé. Nous savons ce qu'il arrive le plus souvent aux seconds enfants contre leur gré principalement... Tu n'es pas totalement responsable de ces trois assassinats...

_Trois ? Oh pardon, rajoutez à la liste que l'héritier Seyuu n'est plus de ce monde lui aussi !"

Den avait craché avec force, le visage déformé par un sourire faux, le ton moqueur autant qu'il en était capable. Alors qu'il était malade, malade de ce sang qu'il sentait encore jaillir sur ses mains. De sa couleur hypnotisante qu'il ne parvenait pas à définir et qui finirait par le rendre fou. Du devoir qui l'écrasait, de toutes ces choses qui le mèneraient à sa perte. De tous ces êtres incapables de l'arrêter.

Il ne pouvait que rire froidement sous la surprise du Shinigami brun. Rire et appeler en silence le pouvoir de son Zanpakutô sommeillant encore de l'emprise du sort de Bakudô. Sentir les liens grandir peu à peu, insidieusement, couler sur sa peau, se fondre sous l'énergie pure l'emprisonnant, la déchirer sous leur passage.

"Il est mort, et tu seras certainement le prochain !

_Shin'ji !!"

Le quatrième Siège avait à peine eu le temps de réfléchir alors que la toile de reiatsu volait en éclat, brisée par la force des liens d'énergies de l'arme de l'adolescent qui claquaient désormais avec fureur. Enfin libérés de toute emprise. Se reculant d'un Shyunpô purement instinctif, il revint aux côtés d'Ichigo pour grimacer, portant une main à son bras blessé lors de la libération soudaine.

"Ca va aller ?

_Pas de problème, Ichigo-san. Je l'ai sous-estimé, c'est de ma faute je... Attentio- !

_Trop tard."

Sans remord l'assassin avait profité de ce court échange pour tisser sa propre toile. De quelques déplacements à la vitesse inégalable il s'était finalement retrouvé dans le dos des deux Shinigamis, Denryuu brillant à son poignet alors que les liens scintillants se refermaient avec force sur les deux hommes, les piégeant à leur tour sous un crépitement d'étincelles. Dans sa main, l'électricité concentrée pulsait, attendant patiemment le moment où elle s'étendrait à travers les filins dans une décharge puissante pour tuer ces adversaires en un coup.

Il était rare qu'il est recourt à une telle technique. Bien trop visible, inutile puisqu'il était si simple d'égorger ses cibles. Néanmoins il n'était plus question de discrétion totale désormais, il fallait faire disparaître les preuves le plus tôt possible, tuer l'héritier Koushou et revenir au domaine pour avertir le maître de ces interruptions dangereuses. Et espérer qu'il ne le punirait pas trop sévèrement... C'était la première fois que Den se faisait prendre ainsi. La première fois qu'il était en danger. Il devait retrouver ses marques et changer l'issue de ce combat. L'échec ne lui était pas permis.

L'échec était la mort.

"Si tu crois qu'on va se laisser rétamer par un sale gamin !"

Ichigo était parvenu à refermer ses deux mains sur le manche de Zangetsu, animé par la rage de vaincre cet avorton qui osait lui dicter une conduite. Ignorant les avertissements précipités de Shin'ji quant à la toile et l'énergie pure qui se trouvait concentrée dans la main du garçon, il abattit sans retenue son sabre sur l'un des filins qui le maintenaient prisonnier.

"Je ne vais..."

La lame mordait le fil avec force.

"...certainement pas..."

Alors que le Zanpakutô se chargait de reiatsu.

"...me plier à nouveau..."

Dans un bruit assourdissant le lien se tordit.

"...devant un gosse !! Getsuga...Tenshoouu !"

 

Qui êtes-vous ?

J'ai rêvé de toi un soir...

Et de lui aussi, ce fou,

Qui croit encore en l'espoir.

 

Shin'ji se stabilisa de justesse, manquant de s'écraser contre le mur proche sous la puissance de l'explosion. Se retenant pour ne pas s'effondrer, il inspira profondément pour calmer sa respiration haletante encore stupéfait de la quantité d'énergie que parvenait à dégager Ichigo à l'aide de cette technique. La toile soigneuse de l'assassin avait volé purement et simplement sous ce débit de force brute. Aucune finesse, mais du résultat...cela était certain.

"Aah, ah ! Cesse de fuir lâche !"

En grands mouvements le Vizard tranchait les airs de sa lame sombre, alignant déplacements rapides et attaques franches. Face à lui, les liens de l'adolescent dansaient, se jouant de sa brutalité pour triompher de l'agilité. Pliant, esquivant sans cesse les coups pour menacer chaque fois davantage le lycéen de gestes précis et directs, trompeurs.

Shin'ji se précipita aux côtés d'Ichigo pour l'aider, bien conscient que chacun de leur côté, ils se trouvaient incapables de vaincre. Le roux avait la force nécessaire et la rapidité, lui la finesse et la précision. Ensembles ils pouvaient se compléter et combler leurs lacunes. Seuls ils ne pourraient que perdre face à l'homogénéité des capacités de leur adversaire.

Zangetsu parait le gantelet dans un tintement de fer qu'Hane no Ji tournoyait déjà furieusement pour fendre le vide de ses lames symétriques alors que Shin'ji la lançait sur l'adolescent d'un geste précis. Celui-ci eut un bond pour l'esquiver et tenter de toucher Ichigo au ventre...y parvenant, ses liens s'enfonçant de quelques centimètres dans la peau du roux. Il se recula cependant vivement alors que le Zanpakutô circulaire revenait en sa direction pour retrouver la poigne de son possesseur. En un Shyunpô ce dernier était sur son adversaire et échangeait une série de coups directs avec lui, l'empêchant consciemment d'avoir recours à ses filins électriques.

Ichigo profita de ce court instant de répit pour reposer les yeux sur le quatrième Siège, soufflé par son audace et sa technique. Il maniait son arme particulière avec une habitude certaine, se jouant de l'agilité de l'assassin bien qu'un peu lent pour parvenir à stopper chaque attaque. Néanmoins Shin'ji faisait preuve d'un instinct étonnant et réagissait en toute situation pour parvenir à la retourner à son avantage. La force lui manquait, il parvenait à la combler en calculant ses coups jusqu'à faire flancher la défense de leur ennemi sans pouvoir aller au-delà.

Cette démonstration redonna un coup de fouet au Vizard qui ne put que se sentir honteux de sa propre faiblesse. Il se trouvait en Bankaï et pourtant il ne s'en sortait pas mieux qu'un quatrième Siège en Shikaï ? Il était plus que temps de se reprendre et d'apprendre la vie à ce gamin qui avait encore du lait au bout du nez et qui se prenait pour un Toshirô en puissance. Il en avait plus qu'assez des génies prises de têtes.

Fort de ces bonnes résolutions, il repartit à l'assaut. Animé d'une conviction nouvelle, le maniement de Zangetsu lui paraissait plus naturel, il ne réfléchissait plus. Ce n'était pas pour lui les calculs et les prévisions, il était un fonceur qui attaquait de coups brutaux et francs, déterminé. Il devait se laisser envahir par l'instinct pour supplanter cet adversaire et arrêter une bonne fois pour toutes celui qui ne se résignait pas à la défaite.

"Shin'ji !" Prévint-il.

Le quatrième Siège lui lança un bref coup d'oeil pour se reculer le temps de quelques secondes alors que le lycéen reprenait la suite. Déchirant une manche de son kimono, il noua cette mince tentative de soin à son poignet gauche sévèrement touché. Les filins avaient fouillé sa chair avec sauvagerie, manquant de lui briser les os. Grimaçant ainsi sous cet excès de douleur, il rejoignit cependant rapidement son équipier qui semblait avoir retrouvé une énergie nouvelle dans ses coups.

 

Ne m'approchez pas.

N'osez pas...

N'osez pas...

 

---

 

Il y a quelque part en moi, un battement sourd et bruyant qui résonne à mes oreilles. Loin du chant de mes armes délaissées, je sens cette chose indescriptible brûler en moi, pulser incessamment. Si fort et assourdissant. Si fort et entêtant. L'écho d'un souvenir qui me revient enfin, de...la vie ?

J'ai l'impression de vivre.

J'ai trop chaud.

 

Je voudrais hurler.

J'ai mal.

 

Il a ce froid glacial qui mord ma gorge, de ma langue embrasée, ce souffle saccadé et mécanique sous lequel je tremble. Cette moiteur sur ma peau... Le feu de mes blessures et mon propre sang qui s'échappe de ces plaies, glisse sur mes mains... Mes mains... Mes mains qui rougissent davantage. Encore. De mon propre...propre sang.

Est-ce cela, être blessé ? Suis-je en train de combattre ?

De cette lame sombre qui a goûté ma chair, s'en est repue, de ce disque rayonnant dont le tournoiement m'hypnotise. De ces coups sourds qui battent en moi à un rythme effréné. Que je sens, entend, ressens... Que je sais, ici et là. Maintenant.

 

J'ai peur.

La nuit a disparu brisé par l'éclat de nos armes.

Le silence n'est plus dans mon âme.

J'ai peur pourtant.

 

Je connais ton visage

Si serein dans mon rêve,

Messager de bon présage

Et de la nuit qui s'achève.

 

J'ai rêvé de lui et de toi.

Je connais vos noms, le son de vos voix.

La couleur de vos sangs sur mes mains

Qui coulent, coulent sans fin...

 

Je sais...

 

---

 

Shin'ji ne parvenait plus à retrouver son souffle. Ignorant l'appel désespéré d'air dans ses poumons, il enfonça violemment la lame courbe d'Hane no Ji, emprisonnant sous elle le poignet métallique du jeune assassin acculé contre un mur. Tremblant sous les efforts que fournissait son corps au-delà desquels il était habitué, il attrapa les yeux sombres de cet adversaire dont les pupilles dilatées témoignaient de son implication dans l'opposition. Haletants tous deux, ils demeurèrent un court instant ainsi tandis qu'Ichigo récupérait d'un coup de pied chargé de reiatsu qui avait touché sa cuisse, rendant ses déplacements plus maladroits.

"A..."

Sous l'emprise du quatrième Siège, Den respirait bruyamment, avalant ces mots... Ceux qui n'avaient jamais cesser de hurler en lui, suppliant, sans jamais obtenir de réponse, ni de repos. Ces mots qui... Devant ce regard rouge, semblaient enfin vouloir s'échapper...

Ce regard couleur du sang.

"Arrête...moi..."

Shin'ji écharquilla des yeux, muet. Relâchant la prise de sa main sur le poignet libre de l'adolescent. Un peu. Juste...mais déjà trop.

"Arrête-moi !"

D'un mouvement de hanche un pied avait volé dans son ventre tandis que les mains chargées d'énergie s'abattaient sur lui en coups simples et rapides. Bloquant la majorité de son arme libérée, il répliqua maladroitement grâce à l'Hakuda sans pour autant parvenir à frôler un seul instant son adversaire.

Son doigt glissa dans la garde circulaire de son Zampakutô, Hane no Ji tournoya furieusement en de brefs éclats, faisant reculer l'adolescent pour se retrouver bloquée dans les filins de reiatsu de ce dernier. Un autre mouvement et une paume chargée d'électricité le repoussaient violemment en arrière. Shin'ji ne put s'y soustraire. A travers sa vision floue, il perçut une tâche sombre filant en la direction de l'assassin avant qu'il ne rencontre violemment le sol.

Un goût de sang dans la bouche, il cracha.

 

Arrête-moi...

 

Il voulut alors se relever mais son corps ne lui répondait plus. La charge électrique qu'il avait reçue n'était pas destinée à le tuer mais à l'immobiliser, son système nerveux se trouvait totalement déréglé. Le laissait impuissant.

Sa vision se rétablissait cependant progressivement et il put apercevoir Ichigo enchaînait des coups de grandes amplitudes dont la force balayait désormais les ruelles. Le Vizard avait repris du rythme et son habileté habituelle s'en trouvait décuplée. Leur adversaire n'avait pas l'habitude de tel combat, il était un génie certes, mais de l'infiltration et de l'assassinat. Pas de l'opposition franche et directe. Cela se voyait à sa respiration qui s'était fait saccadée rapidement et à la faiblesse qui se trouvait de plus en plus présentes dans ses coups.

Il ne tiendrait pas face à Ichigo. Sa seule option aurait été la fuite, si du moins le roux n'avait pas été capable d'une telle vitesse. Face à un Bankaï et à l'expérience du Shinigami, il lui était impossible de vaincre désormais. Malgré l'homogénéité de sa force, il avait mis trop de temps, n'avait pas su profiter des premiers instants pour triompher. Tout se jouait désormais sur l'endurance. Et personne ne pouvait gagner contre Ichigo à ce jeu-là.

Alors ce n'était pas grave s'il ne se relevait pas. S'il restait ici à attendre les soins de la quatrième Division pour son bras sévèrement touché, son ventre blessé et ses autres estafilades profondes qui se dessinaient à travers sa peau. Ils allaient stopper cet assassin et Toshirô le ferait parler avec son habileté bien connue. Tout était bien.

Pourtant...

 

Arrête-moi.

 

Hane no Ji s'éleva dans un tournoiement pour glisser jusqu'à sa main ouverte. Sa prise se resserra autour du cercle d'acier avec force et détermination alors qu'il se redressait en partie, grimaçant sous les flux de douleurs qui parcouraient ses muscles tendus. Il ne se reposait désormais plus que sur sa réserve de reiatsu pour se déplacer et d'un Shyunpô court et incertain, disparaître.

Il y avait Ichigo qui prenait le dessus alors que fer contre fer, ils se repoussaient l'un et l'autre. Un mouvement fluide de l'adolescent qui glissa le long de la lame bicolore, ses liens se refermant sur les bras du Vizard. La surprise de celui et sa colère alors qu'il s'éloignait de l'étreinte dangereuse, l'éléctricité crépitant autour de ses membres. Un déplacement de l'assassin qui profitant de ce recul fendait les airs avec une précision stupéfiante...

Shin'ji abattit son arme, coupant la route au jeune garçon qui dut stopper son attaque brutalement pour s'apprêter à reculer. Une seconde de trop. La main valide du Shinigami s'était refermée sur le cercle d'acier à l'opposé de sa consoeur, faisant pivoter le Zanpakutô en un instant. Cela avait suffi, un doigt pour donner l'amplitude nécessaire, le disque tournoyant...

            Hane no Ji dansait.

Un éclat de métal dans la nuit.

 

Arrête-moi !

 

Den recula sous la force du coup, refermant sa main droite sur la blessure profonde qui s'étendait de son poignet à sa paume et d'où suintait l'épais liquide carmin de son sang. Un cri s'échappa de ses lèvres alors qu'il se raidissait sur lui-même. Un cri de douleur physique, mais bien plus encore...psychique. Un cri qui ne parvint pas à recouvrir le tintement métallique d'une courte lame brisée en deux retombant sur le sol.

Denryuu n'était plus.

 

Echec.