Ma peine c'est ta faute... Ta faute c'est ma peine

par Mikahdo

Chapitre 5 : Ma peine c’est ta faute… Ta faute c’est ma peine

Quelques instants plus tot

Momo, le regard complètement anxieux, scrutait la foule d’invité s’éparpiller dans le périmètre délimité qui séparait le jardin du clan Kuchiki en deux parties distinctes, spécialement pour la cérémonie. Elle marchait un peu dans tous les sens, en faisant d’incessant vas et viens devant la junte féminine de l’association.

Hinamori-san… Peux-tu cesser de t’inquiéter, et prendre place près de nous ? Demanda la capitaine Unohana avec son éternel sourire.

Unohana-Taicho ! Rangiku est introuvable ! Le STAFF n’est pas au complet du tout d’après Nanao ! Et ! Et…  YACHIRU POSE MOI CET AMUSE-BOUCHE !

─ Mais moi j’ai faim !! S’écria la jeune vice-capitaine en faisant la mou.

─ TU NE MANGERAS PAS !

─ C’est moi qui ai fait le menu ! C’est mon droit !

─ REENNJIII !!!! S’égosilla une voix féminine.

La brune se retourna en direction de ce cri strident provenant d’une voix familière, monstrueusement enragée. Nanao agrippa fermement le smoking de l’homme à la chevelure flamboyante, et planta son regard haineux encadré par ses lunettes.

AbaraiRenji, cracha-t-elle en serrant ses dents.

Nanao-san ! Laisse-moi t’expliquer ! Eh puis merde ! C’est ta tenue qui m’a retardé comme ça ! T’as déjà essayé de mettre une cravate toi ! Hein ?! Bah non parce que t’es une fille !

Sur le coup, la jeune femme ne savait pas si elle devait arracher sa bouche du reste de son visage pour avoir proféré une telle insulte, ou si elle devait le laisser divaguer dans ses affirmations machistes et ensuite, le faire regretter lorsque la réception prendra fin.

─ Je… suis une… fille ? Qui ne sait pas faire de cravate ? Demanda-t-elle innocemment en essayant de se contenir.

─ Bah ouais ! !

Elle se mit légèrement à trembler de tout son corps et serra ses poings de toutes ses forces, sous les yeux craintifs du jeune homme.

─ Je vais te-

─ Je t’en prie Nanao-san ! Yumichika et les autres ont déjà presque fini les préparations… disons qu’il pourra se rattraper pour le rangement… hein… ? Dit Momo en prenant la jeune femme par son épaule.

─ Hey ! Ce sont les simples shinigami de la sixième division qui étaient censés faire ça ! HEY ! Je vous parle !

L’organisatrice principale du mariage fit assoir la brune à lunette tel un enfant, et soupira d’exaspération.

─ Désolée Hinamori… c’était plus fort que moi, affirma-t-elle en se massant les tempes.

─ Ce n’est rien. Donc reprenons… un, deux, trois… cinq… Rangiku ? Fit-elle à haute voix en comptant les membres de l’AFS sur ses doigts. Mais où est-elle passée bon sang ?!

Mooomooo !! S’exclama une voix suave et enjôleuse. Tu me cherchaiiis ! Petite coquine !

La petite brune se retourna face à la blonde vénitienne qui titubait de gauche à droite. Dieu merci, Ishida et Inoue la tenaient de part et d’autre de son corps pour l’empêcher de tomber par terre.

Rangiku ! Comment mais !! Tu es bourrée ma parole !! Le mariage n’a même pas commencé !!!

─ Nous l’avons retrouvé affalée derrière le comptoir à même le sol, déclara le Quincy en fronçant les sourcils.

─ Je voulais juste prendre un jus de fruit et… Rangiku-san était allongée dans le ponch qu’elle avait précédemment renversé alors nous…, hésita Inoue, le doigt posé sur le creux de ses lèvres.

─ Je dirais plutôt qu’elle se « baignait » dans le ponch, répondit-il en redressant ses lunette. Et puis ce n’est plus une tenue adéquate pour cette cérémonie. Elle empeste l’alcool et votre barman est parti.

─ A poil, finit Inoue sous le regard réprobateur d’Ishida qui pensait que ce détail était inutile à souligner.

─ Qui était le barman !? Hurla l’organisatrice à ses collègues.

Nemu leva timidement la main et répondit le plus calme du monde :

Hisagi-san.

─ CE BOURRE DE PREMIERE CLASSE ?!

Nanao pouffa discrètement derrière ses fins doigts, sous les yeux meurtriers de Momo. Elle reprit son sérieux à la seconde près.

─ Tout est fichu…

─ Enfin Hinamori-san… ce n’est pas grave ! Je pourrais tenir le bar si tu penses que c’est une bonne idée, proposa Isane en se levant. Je ne bois pas d’alcool de toute manière…

─ C’est une très bonne initiative, Isane, félicita Unohana. Je pourrai veiller sur les invités sans ton aide, ne t’inquiète pas.

─ Merci… merci beaucoup Isane ! S’il vous plait, posez Rangiku sur sa chaise… je la ferai rentrer dans le manoir pour la dessouler en moins de deux secondes après la cérémonie… qui vient de commencer !!!

Chhhut ! Fit Soi Fon en sortant son regard le plus sévère.

─ Quand est ce qu’on mange ?! Demanda Yachiru en se levant sur sa chaise.

─ Mais je ne suis pas saouul Momo ! Je suis lucide comme ! Comme ! Les seins d’Inoue ! Déclara la lieutenante en posant une main sur la poitrine d’Orihime.

Rangiku-san… arrêtez s’il vous-

─ Mais vous allez vous taire ! S’écria un des shinigami de la sixième division. Je comprends pourquoi on nous a éloigné de la cérémonie de la sorte !!

─ A qui parlez-vous ? Dois-je vous rappelez que JE suis l’organisatrice du mariage ! Il est donc dans mes fonctions de vous virez d’ici !

─ Je suis dans le mariage de MON Taicho !

─ Momo… je crois que je vais être malade, balbutina Rangiku sous les yeux effarés d’Ishida. Hey… regardez ce feu d’artifice noir qui vient vers nous… tu m’épates Hinamori ! Quels effets spéciaux !

─ De quoi tu-parles espèce de …

Elle eut juste le temps d’apercevoir une masse noire se diriger à toute vitesse vers elle, et le reste des invités. Elle resta figée comme une statue, car elle ne voulait pas croire ce que ses yeux lui montraient. Sa vie était menacée, mais tout ce qu’elle comprit en cet instant, c’est que tout était gâché. La seconde chose qui lui vint à l’esprit au péril de sa vie fut celle-ci :

─ PROTEGEZ LE BUFFET !!!!!!!

Après avoir crié de toutes ses forces, elle ferma les yeux et resta immobile. Il ne restait plus qu’à attendre l’imminent impacte entre son corps et le reatsu ténébreux, soit dit en passant un peu trop familier à son gout. La honte d’avoir failli à sa précieuse mission était si douloureuse, qu’elle fut mentalement prête à se blesser, quitte à mourir pour laver son péché. Mais il ne fut rien de cela. Constatant que la collision n’avait pas l’air d’avoir lieu, elle ouvrit un œil après l’autre. Ainsi, un bras l’entourant délicatement autour de la taille, elle sentit son corps volé au-dessus du sol. Elle releva lentement la tête, et vit son sauveur qui avait coutume de venir à sa rescousse.

Shiro-chan, articula-t-elle difficilement.

Il ne répondit pas à son appel, et continua de s’élancer dans les airs jusqu’à atteindre l’un des toits cernant le manoir. Il déposa adroitement Hinamori, et planta enfin son regard verdâtre dans les yeux larmoyants de la petite brune.

Shiro-chan… tout est de-

Hinamori, ça suffit. Tu sais autant que moi qui est le responsable dans l’histoire, déclara-t-il de son éternel air froid.

Celle-ci se mit à scruter tous les alentours qui étaient complètement ensevelis sous la poussière terrestre. Elle entendait quelques cris de détresse de shinigami qui demandaient à être secourus, ou qui recherchaient des disparus dans les alentours. Elle se sentait horriblement mal à l’aise, car elle présumait être en partie fautive. Toutes ses journées acharnées pour préparation du mariage s’envolaient en éclat devant ses yeux. La décoration était totalement détruite, tous ses efforts et sa bonne volonté avec. Priant de son for intérieur pour que le manoir Kuchiki soit irrémédiablement intact, elle sentit la poigne rassurante de Toshiro sur son épaule. Elle plongea son regard dans celui du jeune homme, et ne put réprimer un petit sourire.

Shiro-chan je…

Il disparut à la seconde près. Lorsqu’elle le vit réapparaitre, il était dans les airs avec une poignée de shinigami, armé de Hyorinmaru. Ils se dirigeaient tous vers la source de ce cataclysme. Celui dont elle craignait auparavant une apparition surprise, qui s’avère s’être réalisée. Cet homme qui venait d’absolument tout anéantir. Ses dents se serrèrent de rage, lorsqu’elle constata qu’il venait de disparaitre en utilisant son shunpo. Elle essaya à l’instant même de le localiser à l’aide de son reatsu, mais il semblait introuvable…

─ Momo-chan !!!

Interloquée, elle dirigea son regard vers la voix enfantine qui l’avait appelée.

─ Viens voir ! Viens voir ! Insista Yachiru, cachée par la poussière.

Hinamori décida qu’il était temps de descendre pour constater d’elle-même l’ampleur des dégâts. Elle se réceptionna délicatement au sol, marcha à l’aveuglette et d’un pas lent vers les exclamations de Yachiru. Que pouvait-il y avoir de pire que cette situation ? Des morts ?!

─ Qu’y a-t-il Yachi

─ Regarde ce qu’a fait « la Trouillarde » !

Lorsque Momo comprit ce qui se passait, une chaleur réconfortante l’envahit dans tout son corps. Elle se sentit si émue qu’elle était sur le point de verser une larme. Le sourire béant aux lèvres, elle s’approcha de l’édit « Trouillarde » et prit ses mains dans les siennes.

Inoue… je ne sais pas comment te remercier, déclara-t-elle les larmes aux yeux.

C-ce n’est rien ! J’ai fait ça pour sauver le peu que je pouvais…

─ C’est beaucoup Trouillarde ! T’as sauvé le mangé de la présidente de l’AFS ! S’écria Yachiru en entrant dans le Santen Kesshun de la rousse.

─ Merci Yachiru-chan, dit-elle en rougissant légèrement.

─ Dis Momo-chan, je peux manger maintenant ?!

─ C’est tout ce qui t’intéresse depuis tout à l’heure ?! Où sont Unohana-Taicho, Isane, Soi Fon ! Nanao et-

─ Elles vont bien je les ai toutes vues. Par contre je ne sais pas où elles sont, mise à part Unohana-Taicho et Isane qui s’occupent des blessés, dit machinalement Nemu.

─ Bon… je pense que…

Coupée par des cris  qui l’interpelèrent un peu plus loin, plus précisément où avait eu lieu la cérémonie, Momo se tut. A cette pensée, elle se gifla mentalement pour ne pas avoir songé à l’état de Rukia. Elle se précipita vers cette source de cohue, accompagnée par le reste des femmes de l’association. Elles ralentirent le pas pour ne pas attirer l’attention des nobles, et écoutèrent un de ceux-ci s’écrier avec conviction et rage sur le meneur du clan Kuchiki.

─ Jamais ! Et c’est toujours la même chose ! La confiance envers cette famille se dégrade de génération en génération !

─ Quel honte ! Honte à vous, honorable famille Kuchiki. J’ai fait le déplacement spécialement pour votre union en me vêtant de mon plus beau kimono ! Transmis de génération en génération ! Cousu avec des matières si rares que l’évocation de leurs noms vous serait totalement inconnue !!! Hurla l’une des nobles au bord de l’évanouissement, soutenue par son époux.

─ Si vous ne vouliez pas vous marier Byakuya-dono, vous auriez pu éviter de mettre en place toute cette mascarade !

─ C’est vrai ! S’écrièrent d’autres familles en cœur.

Le jeune homme gardait le silence, et possédait toujours cette façade stoïque malgré la désastreuse situation.

─ Etes-vous vraiment fait pour être chef du clan Kuchiki ? J’en doute fortement !

─ Surveillez vos paroles, Hiruna-san ! S’interposa Nani.

L’édit jeune femme au kimono abimé, détourna son regard d’un air hautain.

─ Ce qu’elle dit est vrai… Nani-san

La vieille femme tourna sa tête d’une lenteur significative vers celui qui venait d’émettre cet avis. C’était le doyen du clan Kuchiki. Tout le monde fut surpris de le voir afficher un visage assez grave. Le petit chauve se mit en face de Byakuya, qui avait lui-même ouvert ses yeux de stupeur.

─ Es-tu vraiment prêt pour suivre nos impositions, Byakuya ? Aurais-tu été têtu au point de gâcher tes propres engagements, en faisant appel aux services de ce ryoka ? Hein ?!

─ Nous voulons des réponses ! S’écria un noble.

─ C’est inadmissible ! On devrait vous déroger de vos fonctions ! S’exclama une femme à grosse corpulence.

Nanbo-san ! Comment osez-vous émettre de telles accusations ?! S’égosilla Nene en tirant sur le kimono du doyen. Je suis toujours de votre avis, mais là ! Je ne vous suis pas du tout !

─ Nene-san soyez lucide ! Faire porter le chapeau à cet Ichi-machin pour ne pas se marier avec sa soi-disant « sœur » ! Ça reste un plan envisageable ! Un meneur de clan ne peut pas-

─ CA SUFFIT !

Tout le monde arrêta ses diverses exclamations, et tourna la tête vers cet ordre d’autant plus provoquant que déplacé. Elle semblait essoufflée, fatiguée à tel point qu’elle tenait à peine sur ses pieds. Sa coiffure, les bijoux qui ornaient sa chevelure, et son kimono semblaient néanmoins intacts.

─ Dieu merci, murmura Hinamori qui connaissait le prix total de l’habillement de la mariée.

Rukia ? Qu’est ce qui te prend de crier comme ça ! S’égosilla le doyen qui alla à sa rencontre.

Elle se trouvait un peu plus en retrait, derrière l’imposante stature de Byakuya. Elle essuya une dernière fois son visage à l’aide de sa main, pour ne pas paraitre pathétique aux yeux de l’assistance, et releva la tête.

Rukia !

Puis, elle fit la chose la plus choquante qu’un noble puisse s’abaisser à faire.

─ M-m-mais que…

─ PARDONNEZ-MOI ! Hurla-t-elle en ayant les genoux, les mains et le front collés au sol. TOUT EST DE MA FAUTE ! CE N’EST PAS DE CELLE DE NII-SAMA !

Byakuya, comme pris d’adrénaline, se dirigea d’un pas saccadé vers la jeune Kuchiki. Il souleva l’un de ses coudes pour la faire assoir sur ses genoux, car cette situation le révoltait au plus haut point.

─ Que fais-tu ? Demanda-t-il d’un air glacial.

Nii-sama, dit-elle en plongeant son regard dans la froideur de celui de son frère.

─ Continu, déclara Nanbo-san sans prendre en compte la venue du brun. Rukia, dis-nous la vérité !

─ Je-

─ Arrête ça, cracha Byakuya les dents serrées de rage.

Elle se mit à alterner son regard entre les deux hommes d’un air complétement perdue. Elle ne savait plus quoi faire : protéger son frère qui risquait de perdre son statut de meneur, ou se faire lyncher par sa famille ? Le choix était clair pour elle. Elle lança un dernier regard à son frère, et commença sa tirade.

─ C’était mon idée, je ne voulais pas me marier avec Nii-sama car c’était inenvisageable pour moi. J-j’ai donc fait appel à Ichigo pour qu’il puisse intervenir à temps ! Ce n’est pas de la faute de Nii-sama ! C’est moi seule qui ai organisé ce stratagème !

La poigne de Byakuya se fit plus dure, mais elle n’avait pas l’air de faire effet sur la petite brune. Son visage affichait l’essence même de la stupéfaction, devant l’initiative inattendue et révoltante de sa sœur.  Pourquoi le protégeait-elle ? Elle était déjà mal vue au point de se faire passer pour une profiteuse aux yeux des autres, donc que lui passait-il par la tête pour aggraver son cas de la sorte ? Elle avait une mine désastreuse, il était donc clair que c’était elle qui en avait le plus empathie dans l’histoire.

─ C’est donc ça, dit le doyen.

─ Je suis profondément scandalisée par de tels propos ! S’exclama une noble.

─ Je vous l’avais dit ! Je l’avais dit que c’était une mauvaise idée cette adoption ! Voilà ou ça nous mène une seconde fois ! Ajouta l’un des vieillards du manoir Kuchiki.

─ Une honte… honte à vous honorable famille Kuchiki

Rukia semblait complètement abattue. Elle fixait le sol d’un air inexpressif, les deux mains à terre. La poigne ferme de Byakuya était toujours présente, mais elle n’osait relever la tête pour lui faire la remarque. Elle se sentait honteuse de lui avoir menti, comme lui se sentait humilié par son comportement abject. Un pesant silence s’installa, lorsqu’il se mit soudainement à pleuvoir. Les gouttes de pluies tombèrent peu à peu sur l’ensemble des invités, jusqu’à que celles-ci se transformèrent en rafale. Le temps brumeux et sombre s’étalait dans le sinistre paysage.

─ Je n’ai donc pas le choix, déclara Nanbo.

Tout le monde dirigea sa vision vers le petit chauve qui semblait plus sérieux que jamais. Il se mit à fixer droit dans les yeux de Rukia, et annonça d’une voix impassiblement insensible :

─ Tu ne pourras plus faire partie du clan Kuchiki après un tel acte, Rukia.

Personne n’avait complétement assimilé l’information. Tout le monde regardait la scène se dérouler sans ajouter ne serait-ce qu’un seul mot. Byakuya avait légèrement ouvert la bouche, et écarquillé ses yeux de surprise. Il détourna son regard vers la shinigami et vit qu’elle tremblait. Ses yeux semblaient inertes dans tout le sens du terme. Ses doigts étaient encrés dans le sol poisseux et humide. Sa robe s’imbibait de la pluie qui se déversait en corde, mais aussi de la boue provenant des récentes flaques d’eau. Sa coiffure n’était plus, ainsi que son maquillage qui coulait en masse en dessous de ses yeux. L’œillade pétillant de fureur, il s’apprêtait à exclamer son plus grand désaccord au doyen, mais il fut devancé par celui-ci avant même qu’il ait eu le temps d’ouvrir la bouche.

─ Quoi que tu dises, quoi que tu fasses je te préviens Byakuya, ce n’est pas en présence des nobles familles du Seireitei que tu feras ta loi. Ce n’est pas à cause de ton statut qui est déjà sérieusement menacé que tu pourras énoncer une quelconque opposition, affirma-t-il en dévisageant le jeune homme. Kuchiki Rukia n’est plus ! Elle quittera ce manoir sur le champ en n’oubliant pas d’y laisser son statut familial, sa noblesse, et son nom de famille.

De nouveau, un silence lourd plana. Ce fut un choc d’autant plus inattendu pour les nobles, que pour l’AFS. Rukia se leva lentement, les mèches de cheveux humides lui cachant une bonne partie du visage. Son dos était légèrement courbé vers l’avant, et ses membres semblaient las. D’un pas monotone, seuls les impacts de pluie sur le sol faisant office d’ambiance, elle se mit à marcher silencieusement en direction du manoir Kuchiki. Tout le monde la dévisageait avec de la pitié pour certains, ou de la colère pour d’autres.

Rukia, murmura Momo les larmes aux yeux.

Celle-ci se retourna vers les membres de l’AFS qui affichaient toutes un regard désespéré et larmoyant. Cela n’arrangeait pas les choses pour l’ex Kuchiki qui leur sourit le plus faussement possible. Elle devait tout faire pour ne pas paraitre si touchée, tout en continuant son chemin. Le manoir ne se trouvait plus qu’à quelques mètres… soudain, elle comprit, enfin…

Que ce n’était plus chez elle.

Qu’elle n’avait plus aucun droit de se réfugier dans une demeure qui ne l’appartenait plus.

Ses membres se mirent à trembler plus forts sous le poids de la douleur. Son cœur se déchira, filament par filament, lorsqu’elle conclut qu’elle n’avait plus de nom de famille. Les larmes déjà aux bords du précipice, se déversèrent petit à petit sur son visage de porcelaine. Elles lui brulèrent les joues qui étaient déjà en feu. Elle commençait déjà à suffoquer sur place ne sachant plus où aller. Devait-elle partir maintenant ? Ou regagner le manoir malgré les œillades incessantes de toute l’assistance ?

Elle se sentait perdue, au plus haut point. Il faisait flou, flou à cause des gouttes salées qui l’obstruaient la vue. Elle commençait à tituber de gauche à droite à tel point qu’elle risquait de tomber à chaque seconde. Sa conscience disparut peu à peu, laissant place à un esprit totalement vide de sentiments, ceux-ci étant trop forts pour son petit corps. Elle allait tomber… comme elle était tombée de haut après cette horrible annonce. Puis elle trébucha dans son kimono…

Seconde par seconde, son visage se rapprochait dangereusement du sol. A cet instant, elle repensait à tous ces moments où son adoption semblait la chose la plus merveilleuse qui lui soit arrivée dans toute sa vie, après la mort. Elle avait dû s’adapter aux coutumes de la noblesse, un univers qui ne ressemblait guerre au sien. Cependant, sa persévérance et sa volonté avaient fait d’elle une Kuchiki digne de ce nom, comme son frère l’avait voulu. Il ne lui montrait peut-être aucune affection, mais il était clair qu’il était fière d’elle, heureux qu’elle soit devenue une femme tel qu’Hisana, sans prendre logiquement en compte son tempérament quelques fois nerveux. Et aujourd’hui, tous ces bons moments s’achevaient, plongés dans la noirceur et l’obscurité de ses souvenirs lointains, mais si proches d’elle…

Son cœur lâchait prise tout comme tout le poids de son corps…

Une milliseconde avant l’impact…

Elle sentit une prise ferme autour de ses hanches. Relevant difficilement la tête, elle vit Hinamori en face d’elle, les deux mains sur sa bouche. Elle pleurait à chaude larme mais ne faisait aucun bruit. Ce fut à cet unique instant, qu’un tourment violent l’envahit de la tête au pied. C’est à ce moment qu’elle craqua…

Elle poussa un petit cri, juste le temps de prendre une nouvelle bouffée d’air frais. Luttant contre ses poumons pour prendre une grande inspiration, elle essaya de se mettre à marcher au plus vite pour ne pas hurler son affliction devant tous les gens présents. Elle entreprit un pas, mais ses jambes ne la tenaient plus. Elle était à bout de force.

A cet instant, elle essayait toujours de remplir ses poumons pour pouvoir s’exclamer de tout son être, mais elle combattait encore. Ses cordes vocales ne pouvaient plus supporter autant de pression, tandis que sa gorge n’était pas préparée pour expirer ce peu d’air qu’elle détenait. Elle releva la tête, espérant pouvoir mieux respirer, et croisa le regard de la féline qui la tenait jusqu’à présent. Celle-ci toisa Rukia avec surprise lorsqu’elle vit qu’elle essayait de sortir un son de sa bouche sans succès. Son visage étant rempli de larmes, affichait une mine complétement détruite de l’intérieur. Yoruichi devait faire vite, le cri qu’elle s’apprêtait à pousser pourrait être assimilé à l’essence même de la souffrance. Utilisant son shunpo, elle arriva au seuil de la porte et l’ouvrit avec fracas. Elle s’initia dans le manoir, Rukia toujours dans le bras.

A peine que la jeune shinigami comprit qu’elle pouvait enfin se vider, ses poumons s’ouvrir d’un coup, se laissant gonfler d’autant d’air que possible. Elle se détacha de la prise de Yoruichi et se mit à genou. Les deux mains agrippées fermement à son kimono, pas loin sur sa cage thoracique qui la brulait, elle se déchira la voix en poussant un cri épouvantable. Elle fixait le plafond de manière intense, pendant que ses larmes coulaient le long de son cou, pour atteindre le col de son habit. Elle avait déjà pleuré auparavant, pour des futilités comme pour des choses graves, mais au grand jamais ses larmes avaient été aussi douloureuses. Elle reprit sa respiration de bel, comme si elle risquait de mourir étouffée à chaque exclamation.

Momo claqua fermement la porte du manoir, et rejoignit le reste du groupe qui était en légèrement en retrait derrière Rukia. Les jeunes femmes la voyaient de dos mais n’osaient même pas imaginer le sentiment qu’elles éprouveraient si elles la voyaient en face.

Hinamori vit que toutes ses collègues de l’association avaient les larmes aux yeux. Certaines pleuraient même depuis le début mais en silence, seuls les sanglots de Rukia résonnaient dans la pièce. Isane sortit pour se calmer hors de celle-ci, après le regard désapprouvant de son Taicho qui l’invitait à le faire. Inoue essayais d’étouffer ses sanglots à travers une serviette trouvée sur le buffet, sans succès. Rangiku versa une unique larme qu’elle rembarra aussitôt d’un revers de bras, tandis que Nanao faisait tout son possible pour stopper cet écoulement désagréable que lui provoquait cette « poussière dans l’œil ». Yoruichi et Nemu avaient toutes deux la tête légèrement inclinée vers le bas, les bras croisés pour la féline, et les mains jointent pour l’autre. Et pour finir, Yachiru était calmement assise près de Rukia, affichant un regard à la fois grave et triste.

Puis, la lieutenante se lança. Elle avança en direction de la petite brune qui ne cessait d’émettre des petits cris aussi déchirants qu’une lame de katana. Elle s’accroupit en face d’elle et posa ses deux mains de part et d’autre de sa mâchoire, pendant que celle-ci releva lentement la tête.

─ Arrête ça, murmura Momo qui faisait un effort surhumain pour ne pas craquer.

Rukia sanglota une nouvelle fois, avant de reprendre sa respiration par la bouche.

─ Comme le puis-je ? Demanda tel dans un chuchotement presque inaudible. Tu sais ce que… je ressens… Momo ? C’est comme recevoir un million d’aiguilles dans le cœur… ne pas pouvoir les enlever car elles sont à l’intérieur… les sentir s’enfoncer plus profondément à chaque respiration…

Elle plongea ses fins doigts dans sa chevelure brune en s’exclamant douloureusement :

─ J’ai mal… j’ai tellement mal… Momo… j’ai mal au cœur… j’ai… mal ! Je n’ai plus de famille ! Je n’ai plus d’identité Momo ! Tu comprends ça !? Hurla-t-elle en s’écorchant les cordes vocales.

Hinamori enleva ses mains des joues de son amie, pour les poser sur sa bouche. Ses larmes coulaient toutes seules désormais, elle n’arrivait plus à les contrôler.

─ Momo, Inoue, sortez, déclara froidement Yoruichi.

─ Pardonne-moi Kuchik…, dit Inoue avant de se précipiter vers la sortie pour évacuer toute la tristesse qu’elle contenait.

─ Je reste ! S’exclama Momo en se relevant tout en essuyant son visage avec son kimono.

─ Tu restes, tu te contrôles, c’est clair ?

─ O-oui, répondit-elle d’une voix instable.

Quelques instants après, la petite shinigami s’était plus ou moins calmée, du moins ses cris avaient cessé sans que le tourment ne la quitte. Il ne restait plus que Rangiku, Yachiru, Nemu, et Yoruichi sans compter les deux amies, le reste ayant déserté pour venir au secours des blessés, ou pour rechercher le shinigami à l’origine de ce carnage. Momo lui apportant un confort tactile, avait placé son bras autour de son dos. Yoruichi soupira une bonne fois, et se posta en face des deux brunes légèrement intriguées.

Rukia… sèche tes larmes.

Celle-ci s’exécuta en essuyant son visage avec une serviette que la petite fille aux cheveux roses lui avait gentiment donné.

─ Tu vas partir maintenant, déclara la femme aux yeux dorés.

Yoruichi-san ! Je te trouve un peu brusque de lui dire ça comme ça ! S’exclama Momo en fronçant les sourcils.

─ Hum… ce n’est pas ce que je voulais dire, répondit-elle en croisant les bras. Rukia ne doit pas rester dans le manoir avec tout le chamboulement qui va secouer toute la Soul Society. Que ce soit les nobles, ou les simples shinigami, elle ne peut se permettre de rester dans un tel environnement tant que tout ne soit pas calmé. Il y aura trop de tension, de haine et j’en passe… Elle va rejoindre le monde réel pendant quelque temps.

─ Et où va-t-elle vivre ? Dois-je te rappeler qu’elle vivait chez cet… abruti d’Ichi-

─ Momo, dit la voix tremblotante de rage de Rukia.

─ Excuse-moi, rétorqua la brune, ayant compris que ce n’était ni le moment, ni la bonne situation pour souffler ne serait-ce qu’une syllabe de ce prénom.

─ Elle va vivre momentanément chez Inoue. Je lui ai déjà demandé et elle est ravie de pouvoir t’accueillir chez elle. Nemu va vous ouvrir un Senkaimon qui vous ramènera à Karakura dans quelques minutes. Le plus tôt sera le mieux, tu le sais autant que moi.

Rukia inclina légèrement sa tête vers le sol, et acquiesça.

T-tu vas partir comme ça ?! S’exclama Hinamori.

─ Tu es sourde ou quoi ? Tu préfères qu’elle reste ici et qu’elle se fasse humilier par tout le monde ? Je te rappelle qu’à ce moment même, tout le Seireitei doit surement être au courant ! Affirma Rangiku d’un ton sévère.

─ Je…

─ Ce n’est rien Momo, ajouta Rukia, la voix cassée. Je reviendrais dans pas longtemps de toute manière…

─ Je suis vraiment désolée ! Pardonne-moi Rukia ! Je n’ai même pas tenu la promesse que je t’avais faite ! J’ai tellement honte de moi ! Déballa-t-elle en enlaçant sa meilleure amie de toutes ses forces, tout en versant quelques larmes.

─ Ce n’est pas ta faute… Momo…

Un léger silence s’installa pendant plusieurs secondes, lorsque la porte d’entrée s’ouvrit en dévoilant trois silhouettes.

Yoruichi-san… nous sommes prêts, annonça Inoue dans l’entrebâillement de l’entrée, accompagnée d’Ishida et de Sado.

─ Très bien. Rukia, dit la féline en posant ses mains sur les épaules de celle-ci. Je retarderai autant que possible ta procédure de recherche. Je vais rester avec ton frère pour essayer d’arranger les choses. Tout ce que je te demande, c’est de faire confiance à ton ainé et à moi.

Elle se mit à fixer toute l’assemblée une dernière fois avant de s’attarder sur l’une de ses collègues.

Nemu, à toi de jouer.

Après quelques brèves accolades entre les membres de l’AFS, les trois compagnons se dirigèrent vers la porte qui leur était si gentiment ouverte. Avant que le passage ne se referme, Rukia se retourna une dernière fois. Son ultime image fut celle de son frère entrant en catastrophe par la porte du manoir. Il semblait en panique, et totalement en colère en même temps. Leurs regards s’entrechoquèrent pendant que le passage se fermait peu à peu… ce fut la dernière vision qu’elle mémorisa de ce fiasco.

Le trajet se fit dans le silence, malgré les œillades que se lançaient Inoue, Ishida et Chad. Arrivés en ville, Ishida et Sado raccompagnèrent les deux jeunes filles au domicile de la rousse, avant que le Quincy ne déclare devoir régler une affaire avec un abruti fini. A cette annonce, la petite brune avait involontairement serré ses poings de rage. Inoue, voyant que celle-ci commençait à perdre contrôle sur ses sentiments, l’invita à monter les escaliers qui menaient à son appartement. Elle lui fit une rapide visite, et l’invita à se doucher pour se dévêtir se sa robe de marier, et par la même occasion pour se revigorer. Rukia acquiesça de la tête, et s’introduit dans la salle de bain de la rousse.

Elle se mit en face du miroir, et fixa sa silhouette qui s’y reflétait. Elle était sale, tout simplement. Son visage était quelque  peu collant à cause de ses larmes, et des traces de terre étaient visibles sur ses joues. Son magnifique kimono hors de prix était complètement fichu, néanmoins les bijoux qui ornaient sa chevelure étaient intacts.  Devant cette vision sinistre d’elle-même, elle faisait tout son possible pour ne pas pleurer, encore. Soudain, Inoue frappa à la porte.

Kuchik… mince ! Qu’est-ce que je peux être cruche des fois… ce n’est pas vrai, murmura la rouquine à elle-même de l’autre côté de la porte, mais que Rukia entendit très nettement. Ru… kia-chan, je vais faire les courses ! Je ne pense pas revenir avant une bonne trentaine de minutes ! Je suis vraiment désolée mais je n’avais pas préparé la venue de quelqu’un, donc excuse-moi d’avance !

Rukia inspira et expira plusieurs fois avant de répondre, dans l’optique de se forger une voix stable.

─ Ok ! Dit-elle d’une voix tremblante. Ce n’est rien ! C’est à moi de m’excuser de m’imposer ainsi ! Inoue !

─ Non non non ! Kuch… ce n’est pas vrai Inoue ! Baka baka ! Susurra-t-elle, à elle-même. Hum je disais que je suis ravie de t’accueillir chez moi autant de temps que tu le voudras Ru… kia-chan… bon j’y vais ! Et prends bien le temps de détendre !

─ Hum !

Après que Rukia entendit la porte d’entrée se fermer, elle fit couler un bain pendant qu’elle se dévêtait de son kimono. Elle plongea son corps douloureux dans l’eau chaude, et sortit un long soupire de ses lèvres. Elle repensa encore à la journée qu’elle avait passée, l’une des pires. Ça avait été une telle catastrophe qu’il est sure que cela sera encrée dans sa mémoire pour l’éternité. Elle plongea complètement sa tête dans l’eau, et hurla de toutes ses forces.

Tout était fichu…

Elle se repassait en boucle le jour où son « ancien » frère était venu la récupérer après les cours. L’un des meilleurs moments de sa vie, où elle ne s’appelait plus uniquement Rukia, mais Kuchiki Rukia de la noble famille du Seireitei.

Après un gargouillement de bulle qui s’affaiblissait peu à peu, elle ressortit soudainement sa tête du bain, tout en prenant une grande bouffée d’air, et en passant ses mains dans ses cheveux humidifiés.

─ Merde ! MERDE MERDE MERDE ! MERDE !!!

KuchRukia… chan ? Appela la voix inquiète d’Inoue. Tout va bien ?

─ O-oui désolée ! Tu as fait vite ! S’écria Rukia surprise, pour changer de conversation.

─ Hum… ça fait vingt-cinq minutes que je suis partie… tu devrais sortir ou tu vas attraper froid…

─ O-oui…

─ Je t’ai mis quelques affaires devant la porte, tu n’auras qu’à ouvrir pour les récupérer… je vais faire à manger d’accords ?

─ Merci Inoue

─ De rien Ku… Rukia-chan !

Après que les pas de la rousse indiquèrent son départ, Rukia sortit de son bain avant de s’enrouler dans une serviette. Elle s’essuya soigneusement le corps, et récupéra les habilles que Inoue lui avait gentiment prêté : il s’agissait d’un tee-shirt beaucoup trop grand pour sa taille représentant des gâteaux « souriants », et d’un bas de jogging gris qui tenait à peine autour de ses hanches. Elle se sentait très à l’aise maintenant. Elle sortit de la salle de bain pour rejoindre son amie qui s’acharnait aux fourneaux dans le côté cuisine du studio. Celle-ci chantonnait une petite chanson, mais lorsqu’elle remarqua la venue de la brune, elle se tut immédiatement. L’heure n’était pas à la bonne humeur.

─ Ça va ? Demanda-t-elle avec un petit sourire.

─ Oui je vais bien Inoue. Que prépares-tu ?

─ Des croquettes aux litchis !

Rukia fronça les sourcils et jeta un œil suspect à la mixture dans le bol.

─ Tu mélanges des fruits avec des pommes de terre, et de la viande hachée toi ? Questionna-t-elle d’un air choqué.

─ C’est super bon Rukia-chan ! Tu vas aimer crois-moi !

─ Si tu le dis…

Après avoir mangées l’étrange recette d’Inoue qui était finalement « passable », le reste de la soirée se déroula calmement devant une émission sur les phénomènes de société. Le thème d’aujourd’hui concernait une jeune femme dans la vingtaine qui ne supportait plus son petit ami. Il ne travaillait pas, buvait et fumait beaucoup, mais elle n’arrivait pas à le quitter parce qu’elle l’aimait.

─ Pourquoi reste-t-elle avec lui ! Idiote ! S’exclama Rukia révoltée.

─ K…Rukia-chan, l’amour peut être compliqué parfois. C’est facile à dire mais pas du tout à faire. Quand on aime quelqu’un qui nous fait du mal, même involontairement quand cet amour n’est pas réciproque par exemple… on continu de l’aimer, d’espérer qu’un jour ça changera… qu’un jour cet homme ouvrira les yeux et te chérira comme tu le chérissais…

La shinigami regardait Inoue d’un air curieux. Elle avait presque répondu d’un air mélancolique, comme si ça lui était arrivé.

Inoue… Se pourrait-il que-

─ HAN TU AS VU L’HEURE ! Je vais à l’école demain ! Il faut que je dorme ! Bon je vais me mettre en pyjama et tu… n’auras qu’à baisser le son, ne t’inquiète pas j’ai le sommeil lourd, affirma-t-elle en souriant, avant de se lever pour se préparer.

La brune soupira et éteignit la télé. Elle n’allait peut-être ni à l’école le lendemain, ni dormir convenablement ce soir, mais elle devait se reposer… coûte que Coûte.

 

*                           *                         *

Le lendemain matin, Inoue partit d’un pas lent vers le lycée, sac scolaire et bentô du diner d’hier soir en main. Elle appréhendait quelque peu de sortir en laissant seule Rukia. S’était-elle effondrée en pleure alors même qu’elle venait à peine de quitter le paillasson ? Elle lui avait demandé plusieurs fois si elle était sûre qu’elle pouvait aller à l’école… mais Rukia était catégorique, pas de manque pour une futilité de ce genre. Mais ce n’était pas n’importe quelle « futilité » qu’elle vivait, c’était un rejet familial inattendu pour tous. Alors qu’elle regrettait déjà d’être sortie de sa demeure, elle sentit une prise chaude sur son épaule. Sursautant sur place, elle vit qu’il s’agissait de Chad et d’Ishida.

─ Ohayo Sado-kun, Ishida-kun.

Inoue-san, comment vas-tu ?

─ Très bien, un peu nerveuse à l’idée de venir à l’école en sachant Rukia seule mais bon…

─ On finit assez tôt aujourd’hui, déclara le colosse.

─ Hum ! Ishida-kun… vous êtes partit voir… hum Kurosaki-kun hier ? Demanda la rousse, prudemment.

Le Quincy émit un grognement mécontent en repensant à la veille, avant de prendre la parole.

Mhh oui Inoue-san mais il s’avère que cet abruti de Kurosaki n’était pas là… je suppose qu’il n’était pas encore revenu de la Soul Society, ou qu’il était juste sorti pour fêter son coup…

─ Ok, dit simplement Inoue quelque peu abattue.

─ Il sera surement là aujourd’hui… On a un examen de mathématique, dit Sado en traversant la cour de l’école avec ses acolytes.

Arrivés dans la classe, les yeux de la rousse s’étalèrent sur l’ensemble des bureaux. Aucune trace de son bien-aimé. Elle soupira silencieusement et regagna sa place habituelle. Puis, le cours de la matinée se déroula sans encombre. A l’heure du déjeuner, Orihime étant complétement ailleurs, fixait les fenêtres de la classe qui donnaient sur la grande cour du lycée. Elle avait à peine touché à son bentô, mais comptait le finir ce soir car elle n’aimait pas gâcher la nourriture. Ishida et Chad parlaient de tout et de rien, comprenant la rêverie soudaine de la petite rouquine. Le contrôle avait lieu dans quelques minutes, et la fin de celui-ci indiquait l’achèvement des cours pour aujourd’hui. Elle n’avait qu’une hâte, rentrer chez elle pour voir l’état de Rukia. Elle savait qu’elle s’inquiétait beaucoup trop, peut-être pour rien mais c’était plus fort qu’elle. Une personne lambda après un tel choc,  ne pouvait pas s’en remettre aussi vite.

Soudain, la porte de la salle glissa laissant apparaitre une chevelure flamboyante, plus que familière. Le Quincy fronça immédiatement les sourcils et posa promptement ses baguettes sur la table. Lui et Ichigo se toisèrent pendant quelques secondes qui paressèrent durées une éternité, avant que  le rouquin rompit cette œillade en rejoignant sa table. N’adressant aucun commentaire, ni même un bonjour à quiconque, il s’installa silencieusement à sa place. Inoue se mit à le regarder : il était clair qu’il n’avait pas dormi depuis au moins deux jours. D’affreuses poches ternes étaient visibles sur ses yeux qui avaient beaucoup moins d’éclat que d’habitude. Il semblait énervé, perdu, et triste à la fois. Le fait de voir son bien-aimé dans cet état lui fit un poids désagréable  sur le cœur : il était totalement mal dans sa peau. Avant qu’elle n’ait pu engager la conversation, elle vit la silhouette d’Ishida et de Chad se diriger d’un pas saccadé vers le roux. Ils se mirent de part et d’autre de sa chaise avant de le forcer à quitter la salle, sous ses exclamations incessantes.

─ TU VAS LA FERMER KUROSAKI ! ON VEUT JUSTE TE PARLER ET COMME JE SAIS QUE T’AURAIS PAS BOUGE TES FESSES DE LA CHAISE ! C’ETAIT LA SEULE SOLUTION !

─ TA GUEULE ISHIDA JE N’AI RIEN À TE DIRE !

Kurosaki-kun ! S’exclama Inoue en se levant.

Inoue-san reste en dehors de ça ! Répondit Ishida en tirant sur le bras du jeune homme qui trainait presque par terre.

─ On revient tout de suite, dit simplement Sado avant de fermer la porte.

La rousse resta interdite devant la scène qui venait de se passer devant ses yeux. Kurosaki-kun ? Se faire tirer de la sorte ? Allaient-ils le torturer pour qui lui dise la vérité ? Allaient-ils se battre pour donner raison au gagnant ? Tout cela l’inquiétait au plus haut point, et sa curiosité fut plus forte que l’ordre que lui avait donné le Quincy. Elle sortit en trombe de la salle, et se dirigea automatiquement vers le toit. Arrivée devant la porte, elle l’entrouvrit légèrement et écouta ce que les hommes se disaient.

─ Qu’est-ce que ça peut te foutre bordel !

Ichigo ne le prends pas mal mais Ishida à raison…

─ Sado, il n’a pas besoin de ta remarque pour le savoir ! Tu as vu dans quel état tu as mis Kuchiki-san ?! Ou devrais-je dire « Rukia tout court » ! Qu’est ce qui s’est passé dans ta cervelle de brute pour foncer dans le tas sans réfléchir aux conséquences !!! Elle n’a plus de famille, ils l’ont renié car elle a voulu protéger son frère ! Elle a voulu te protéger toi Dieu seul sait pourquoi !

Puis ce fut le silence complet. Uryū pensait que ses paroles avaient enfin percuté dans l’esprit du jeune homme, mais il se trompait.

─ Je t’ai déjà dit Ishida, mêle toi de tes affaires, déclara le roux en se dirigeant vers la cage d’escalier.

Ce fut la phrase de trop. Le Quincy s’arma de son arc qu’il pointa pile face au dos d’Ichigo.

─ Non Ishida ! Arrête ! S’écria Sado en s’interposant entre les deux.

─ Sado bouge de là !!!

─ Quoi ? Tu veux te battre, Ishida ? Demanda le rouquin en se retournant.

─ ARRETEZ !

Tous les hommes se retournèrent vers la voix féminine qui venait de s’écrier.

Inoue ? Dit Chad.

─ Vous n’allez pas comme même vous battre ! Ishida-kun ! Kurosaki-kun !

─ Je m’en vais de toute manière, affirma-t-il en passant devant Inoue sans même la regarder.

Kurosaki-kun, appela la jeune femme en attrapant son bras, pour que celui-ci daigne enfin se retourner. 

Ichigo plongea son regard caramel dans les yeux larmoyants de la rousse. Il eut comme un pincement au cœur, mais rien de semblable à ce qu’il avait vécu ces dernières vingt-quatre heures.

─ Je ne sais pas pourquoi tu as fait ça… mais le fait est que… Ku…Rukia-chan est chez moi. Peut-être que tu n’as rien à nous dire mais…elle, tu dois aller lui parler. Tu dois lui dire les raisons pour lesquelles tu es intervenu dans son mariage. Si tu la voyais… Kurosaki-kun, finit-elle aux bords des larmes.

─ C’est encore trop tôt Inoue-san. Il faut qu’il attende au minimum une semaine si ce n’est pas plus pour pouvoir l’approcher ! Je ne parle même pas de lui parler ! S’exclama le brun en redressant ses lunettes.

─ Je suis d’accord avec toi, ajouta Chad.

─ Mais quand alors ? Quand est-ce qu’il pourra s’expliquer ! Je pense que KuchikRukia-chan a besoin de connaitre des réponses !

─ Ca ne dépend que d’elle désormais. Si tu vois que son humeur s’améliore de plus en plus, tu pourras dire à Ichigo de passer.

─ Sado à raison, puis comme l’a dit cet idiot ce n’est pas notre problème. J’étais juste venu te dire ce que je pensais de cette sordide histoire qui a brisé une famille, et dont tu es entièrement  le responsable, déclara froidement Ishida avant de regagner la cage d’escalier.

─ Il faut discuter de tout ça avec elle, en espérant que tout s’arrangera, annonça Sado avant de prendre congé.

Ichigo avait incliné sa tête depuis un bon moment. Il posa une nouvelle fois son regard sur la rousse qui devait s’inquiéter pour lui, comme toujours. Il lui sourit faussement et la quitta sans ajouter un mot. Descendant rapidement les escaliers, il entendit son nom raisonner dans tous les couloirs alentours. Il releva la tête et vit qu’Orihime courrait pour le rejoindre. Elle s’arrêta quelques secondes pour reprendre son souffle, sous les yeux surpris du roux.

Inoue ?

Kurosaki-kun… dès qu’elle sera prête, je te le dirai et tu viendras avec moi ! Tu me le promets ? Proposa-elle le regard plein d’espoirs.

Il  hésita longuement avant d’acquiescer de la tête, tout en posant sa main sur l’épaule droite de la rouquine.

─ Ok… Inoue

*                         *                         *

Les jours passèrent et se ressemblèrent. Depuis deux semaines, Rukia passait ses journées en pyjama, affalée sur son futon en regardant à la télé toutes sortes de programmes : il y avait la chaine pour enfant « Kozo TV Tokyo » qui diffusait toutes les deux heures « Les aventures de Chappy le lapin », « Bera-Bera People » celle qui expliquait les quotidiens d’individus lambda, et pour finir « TV One Jap » qui avait une thématique un peu plus diverse que les autres. Ces « cochonneries » telles que les tablettes de chocolat, les bonbons, les chips, et les gâteaux en tous genres, l’avaient grandement aidé à remonter son morale plus d’une fois.

Néanmoins, elle faisait tout son possible pour se rendre utile dans la maisonnée de la rousse, en participant aux différentes tâches ménagères avant qu’elle ne rentre de l’école. Cela permettait de décompresser quelque fois. Aujourd’hui, comme prise d’adrénaline, elle fit des cookies pour sa colocataire qui n’allait pas tarder à arriver. La maison étant impeccable, elle prit sa douche et se vêtit d’un simple short de sport bleu marine, et d’un tee-shirt blanc. Elle fit une queue de cheval avec ses cheveux, et se dirigea dans le salon pour préparer le reste du gouter, lorsque la porte d’entrée s’ouvrit.

Tadaima Inoue ! J’ai fait une surprise pour toi, dit-elle en ayant les yeux rivés sur les feuilles de thé. J’ai regardé la chaine One-quelque chose ce matin, et la dame faisait une recette de gâteau qui avait l’air appétissante ! J’ai donc tout noté, et j’ai vu que tu avais tous les ingréd

Le regard de Rukia se posa enfin sur l’entrebâillement de la porte. Elle déglutit difficilement et cligna plusieurs fois des yeux pour être sûre que ce n’était pas un rêve. Ce n’était pas possible… il n’aurait pas eu le culot de…

Q-qu’est ce qu

─ Attends Rukia-chan ! Je vais tout t’expliquer ! Il faut que vous vous parlez vous deux ! Vous ne pouvez pas passer le restant de votre vie comme ça ! Surtout toi Rukia-ch-

Inoue ! S’écria la brune en ouvrant grands ses yeux. J-je refuse ! Qu’il sorte !

Totalement tremblante, elle n’osait pas reporter sa vision sur lui. La blessure du mariage s’ouvrait peu à peu, sous le poids de la douleur traumatisante qu’elle avait connu.

Rukia-chan…

─ J-je refuse.

Ichigo jusque-là légèrement en retrait derrière la rousse, se mit en travers des deux femmes.

─ Tu peux y aller, Inoue, dit-il en la regardant dans les yeux.

─ Pardonne-moi Rukia-chank, ajouta-t-elle d’un air désolé, avant de sortir en prenant soin de fermer la porte.

Les yeux de Rukia ne voulaient pas décrocher de la porte d’entrée qui venait de claquer. Comment avait-elle osé la laisser avec… avec !

Elle soupira silencieusement, en essayant de calmer ses nerfs. Elle prit la siffleuse d’eau chaude entre ses mains tremblotantes, et versa le contenu dans un chinois. Son cœur battait à n’en plus pouvoir à tel point qu’elle fut prise de bouffée de chaleur. Elle était sur le point de craquer. Le silence était maitre de la situation, mais cela n’empêchait pas d’entendre la respiration nerveuse et enragée que détenait l’ex Kuchiki.

Rukia je-

Elle posa violement la cocotte sur la gazinière, ce qui fit sursauter Ichigo. Elle se mit à respirer par la bouche, et passa ses doigts dans sa chevelure brune. Elle planta enfin son regard bleu nuit dans celui du jeune homme. Elle le dévisagea d’une telle force, qu’elle aurait pu le tuer si elle en avait eu le  pouvoir. Pétrifié, tel était le sentiment que ressentait le roux.

Ichigo, dit-elle froidement.

Il déglutit malaisément, et ne tenta pas de prononcer ne serait-ce qu’une lettre.

─ Pourquoi ?

Il voulait lui demander d’être plus précise, même s’il connaissait déjà la question. Lui-même était perdu… comment pouvait-il lui répondre ? Il garda le silence et se mit à fixer le sol.

Ichigo, insista-t-elle en s’approchant de lui. Pourquoi t’as fait ça ? Pourquoi ? Pourquoi ?

Une larme coula le long de sa joue, s’en suivis d’une deuxième et d’une troisième.

Ichigo, cracha-t-elle entre ses dents. Pourquoi t’as fait ça…

Elle essuya vivement ses larmes et se pencha pour que le regard du rouquin puisse enfin se poser sur le sien.

─ Ça t’amuse ? Tu t’es bien marré Ichigo ?

Elle se redressa et tourna sur elle-même pour essayer de calmer ses émotions.

─ POURQUOI !!!! Hurla-t-elle d’un seul coup, en faisant lever les yeux du jeune homme de surprise. POURQUOI T’AS GACHE MON MARIAGE !

Le shinigami-remplacent recula d’un pas et fixa la brune qui semblait perdre son contrôle. Elle serrait ses poings d’une telle force que ses phalanges devinrent plus blanches. Ses dents étaient serrées de fureur, et ses larmes se déversaient en trombe sur son visage.

─ J’N’AI PLUS RIEN A CAUSE DE TOI ! MON IDENTITE EST DETRUITE ! RUKIA QUOI ?! RUKIA « RIEN » A CAUSE DE TES CONNERIES ! DE TON EGOISME SURDIMENTIONNE ! DE TON AMITIE INCOMPREHENSIBLE ET QUI N’EN VAUT PAS LA PEINE !

Les paroles de la jeune femme avaient été aussi tranchantes qu’un zanpakutô. Il se tenait la côte tellement son cœur était devenu douloureux. Elle marqua une pause dans laquelle elle essayait de reprendre son souffle.

IchigoIchigo, appela-t-elle sans entendre la moindre réponse. Pourquoi t’as gâché mon mariage !

─ J-je ne sais pas, murmura l’homme en tenue scolaire, ayant les yeux rivés sur le parquet d’Inoue.

Elle prit une grande respiration, se dirigea d’un pas saccadé vers lui, avant de lui administrer une baffe phénoménale.

─ ICHIGO TU NE SAIS PAS QUOI ! S’écria Rukia en se déchirant les cordes vocales. JE TE PARLE !!!!

Le rouquin complétement sous le choc s’était appuyé contre le mur. Il frôla ses doigts sur sa joue gauche qui commençait de plus en plus à le lancer.

─ REPONDS MOI !!! S’exclama-t-elle en allant encore à sa rencontre pour le frapper une seconde fois, mais dans la joue droite.

Ichigo s’appuyant sur son genou, avait la tête incliné vers le sol. Il respirait mal et fort. Rukia toujours tremblante de frénésie, s’avança une nouvelle fois vers lui pendant qu’il se relevait. Elle prit un grand élan avec son bras pour frapper une nouvelle fois le jeune homme, mais au dernier instant celui-ci attrapa net son poignet. Sa prise était d’une violence incomparable, lorsque qu’elle constata que le sang se drainait de moins en moins vite dans sa main. Il releva sa tête totalement dénudé de sentiment, dont il avait coutume d’utiliser lorsqu’un ennemi se trouvait en face de lui.

Rukia, pour la première fois depuis deux semaines, n’avait pas ressenti cette boule au ventre qui pouvait parfois prendre le dessus de la colère.

Pour la seconde fois, lorsqu’elle plongea ses yeux dans ceux d’Ichigo, elle fut angoissée, apeurée d’apercevoir que dans son regard ambré,  brulait la même haine que lorsqu’ils étaient dans le manoir, en pire...

 

 

*Ma peine c’est que c’est à cause de toi que je souffre… Ta faute c’est de m’avoir détruite…