Troisième Jour 2

par elane

Troisième jour

Après Midi 

 

Alignés dans un silence fébrile au milieu de la grande cour de la Division six, les nouvelles recrues attendent. Une dizaine de jeunes shinigamis à peine sortis des rangs de l’académie se tendent nerveusement lorsque leur Capitaine les regarde avec un dédain presque palpable. A ses côtés, sur la droite Byakuya les fixe, impassible et sur sa gauche, Immamura qui vient d’être sommairement nommé troisième siège après avoir échappé de justesse à une flopée de pièces de shogi balancées avec force par Tsukiyo. La porte du bureau, elle, n’a pas eu cette chance et porte encore les stigmates de la rage du Capitaine.

Tsukiyo soupire en balayant du regard l’assistance qui ne semble pas vraiment être à son goût.

-        Vous venez d’entrer au sein de ma Division mais cela ne veut pas dire que je vous ai encore accepté. Pour moi, vous n’êtes que des jeunes arrogants plein de cette fausse assurance des gamins qui pensent avoir tout vu, tout fait et qui n’ont encore jamais mis les pieds dans un combat où votre vie ne tient qu’à un fil. Au cours des prochaines heures, votre entraînement sera supervisé par le Lieutenant Kuchiki et le troisième siège Immamura. Ce soir, vous passerez tous un par un face à moi et si vous vous comportez correctement et que j’ai l’espoir de tirer quelque chose de vous, vous pourrez rester. Sinon, vous n’avez rien à faire chez moi.

Galvanisant à souhait, ce discours de bienvenue, pense ironiquement Byakuya en voyant Tsukiyo tourner les talons sans cérémonie et les jeunes shinigamis attendre avec perplexité la suite des évènements. Immamura lui retourne un regard lourd de sens avec un petit sourire en coin :

-        Le capitaine n’a pas son pareil pour motiver les troupes, soupire- t-il vaguement désespéré par la situation.

Visiblement habitué par ce genre de tâche, Immamura prend les rênes de l’opération et réparti en deux groupes les jeunes recrues avant de les mener dans une grande prairie déserte des quartiers nord du Sereitei. Byakuya remarque avec quel naturel il assoit son autorité sur les shinigamis qui une seconde auparavant avaient vu toute leur fierté et leur joie à rentrer dans une Division aussi prestigieuse que la Division six s’effondrer à mesure que le Capitaine avait aligné les mots cinglants.

Un bref et vertigineux moment, il se demande si le rôle de Lieutenant n’aurait pas mieux convenu à Immamura lorsqu’il s’adresse de nouveau à lui.

-        Ne vous inquiétez pas Lieutenant, je connais mieux que quiconque le fonctionnement de notre cher capitaine et j’avais déjà prévu ce qu’elle s’apprêtait à faire. Alors j’ai pensé à un petit exercice de routine pour aguerrir nos petits newbies avec quelques particularités qui devraient vous plaire.

Byakuya n’est pas étonné que prévoir soit une des qualités d’un bon joueur de shogi et Immamura sort un petit sifflet et se tournent vers les jeunes shinigamis :

-        Qui a déjà été dans un vrai combat …

Toutes les mains se lèvent.

-        …sans aucune surveillance ni supervision par un quelconque supérieur.

Toutes les mains se baissent, bien plus lentement qu’elles ne s’étaient levées.

-        Bien, continue Immamura. Aujourd’hui, vous allez faire face à des Hollows sans que nous intervenions d’une quelconque manière. Le premier groupe à ma gauche aura le droit de n’utiliser que leur zanpakuto et le second à ma droite n’aura pas le droit d’y toucher. Et à chaque fois que je sifflerai, vous échangerez les rôles. Ce petit exercice nous permettra d’évaluer vos compétences avec et sans votre zanpakuto ainsi que vos capacités d’adaptation en combat réel.

Immamura lance le petit sifflet aux reflets argentés qui s’immobilise une seconde dans les airs, envoyant un éclair blanc qui déchire le ciel avant de retomber dans sa paume. Soudain, les premiers monstres font leur apparition. Immamura se met à l’écart alors que les jeunes recrues s’élancent, dégainant leur zanpakuto pour certains, lançant des attaques plus ou moins puissantes de kido pour d’autres. Le troisième siège les observe d’un œil averti, détectant les talents naturels et les difficultés des nouvelles recrues.

-        C’est un petit truc du capitaine Kurotsuchi, dit Immamura, adapté d’un gadget du monde des humains. Je vous épargne le bla bla, cela attire tous les Hollows à des lieux à la ronde et c’est particulièrement efficace.

Byakuya acquiesce en détaillant la scène. Un, deux, trois… au moins une dizaine de monstres aux masques blancs apparaissent et se lancent à l’assaut des jeunes shinigamis qui paniquent une seconde en se rendant compte en observant qu’Immamura et leur Lieutenant, tranquillement installés à l’écart en train de discuter, n’avaient vraiment pas l’intention de bouger le petit doigt.

Certains ont une assurance assez impressionnante au maniement de leur zanpakuto et d’autres la maîtrisent de techniques de kido particulièrement puissantes et les premiers Hollows commencent à prendre des coups sévères. Et lorsque le premier disparait en une explosion aveuglante, les anciens étudiants n’ont pas le temps de se réjouir qu’Immamura vide ses poumons dans le sifflet. Désorganisés, les recrues se laissent rapidement débordés. Un des plus jeunes d’entre eux, acculé face à deux Hollows, brandit à nouveau son zanpakuto alors que le sifflet venait juste de retentir.

Immamura fronce un sourcil et au lieu de lui venir en aide attrape une pierre, arme son bras et tire.

Le jeune shinigami qui avait failli transgresser les règles du jeu se prend le projectile en pleine tête et tombe à la renverse.

-        On ne triche pas ! s’exclame Immamura.

Byakuya regarde horrifié les Hollow encercler dangereusement le gamin qui n’a plus aucune porte de sortie et qui ne semble pas vraiment doué en kido. Les quelques secondes où il fixe terrifié les deux monstres s’avançant vers lui sont insupportables pour Byakuya. Et lorsqu’il s’apprête à intervenir Immamura le retient au dernier moment d’une poigne de fer.

Sous ses yeux, deux de ses compagnons fondent sur les deux Hollows, qui s’éparpillent en une myriade d’étincelles blanches alors qu’un troisième shinigami ramasse le gosse encore étourdi sur le sol pour le mettre à l’écart.

-        Personne ne peut maîtriser le kido avec la même dextérité que le maniement du zanpakuto, dit-il en sifflant à nouveau. Chacun a ses points forts et ses points faibles. Ce petit exercice est avant tout un moyen de voir leur travail d’équipe.

-        Avant tout ?

-        Il y a une deuxième phase au test plus importante encore.

Byakuya se surprend à attendre avec une certaine curiosité cette deuxième phase. De nouveau Hollow franchissent les déchirures du ciel. Mais les jeunes shinigamis ont compris la leçon et attaquent de concert, chacun conscient de ses manques ou de ses facilités. Pas difficile de voir ceux qui préféraient le kido ou le maniement du zanpakuto. Mais tous tentent de travailler ensemble, au mieux de leurs capacités, attaquant de concert chacune de leurs cibles.

Immamura, visiblement satisfait du spectacle, lance un regard qui n’a rien de rassurant à Byakuya.

-        Prêt ?

Pour quoi ? se demande Byakuya en voyant Immamura lancer à nouveau les sifflet qui s’immobilise dans un craquement sinistre avant de disparaître en une explosion blanche aveuglante. Des doigts monstrueux sortent de la faille, ouvrant les cieux à une nouvelle déferlante d’Hollows suivi d’un immense monstre au nez pointu et aux yeux rouges…

-        Menos Grande ! s’exclame Byakuya dans un cri qui se confond avec les cris de paniques des shinigamis.

Alors qu’Immamura continue à observer la scène sans sourciller, Byakuya se demande s’il n’est pas complètement devenu fou. Ces gosses n’ont aucune chance face à un tel monstre ! Un instant, il se demande si son troisième siège ne cherche pas à recruter les seuls survivants de cette petite épreuve. Si tant est que des gamins à peine sortis de l’académie puissent échapper à un Menos Grande.

Encore une fois, il s’apprête à intervenir mais Immamura l’en empêche d’un simple hochement de tête cette fois.

-        Plus aucune limitation ! dit Immamura.

Cela leur permettra de se battre de façon plus efficace. Mais Bykuya doute que cela ne change quoi que ce soit à l’issue du combat qui se déroule sous ses yeux. Le souffle court, tous ses sens en alerte, il ne peut s’empêcher de trouver le calme imperturbable d’Immamura des plus dérangeants.

Les jeunes recrues mettent toute leur attention et leur force dans une série d’attaques combinant leurs points forts. Le timing et la stratégie sont plutôt bien pensés et leur organisation, alors qu’ils ne se connaissaient pas quelques jours auparavant, impressionnante. Un mélange d’excitation et de tension face au challenge qui se dresse littéralement devant eux les transcendent dans une action collective où tous semblent trouver leur place, naturellement.

Mais, ce n’était pas un quelconque Hollow qui se dresse devant eux. Et lorsqu’il ouvre sa bouche monstrueuse, le premier Cero qu’ils affrontent de leur vie détruit tout sur son passage, leur plan, leur détermination et tout espoir de s’en sortir.

Et dans l’instant, presque tous les regards suppliant se tournent vers Byakuya.

-        Lieutenant !

Cette fois, Immamura acquiesce à la supplique et Byakuya dégaine Senbonzakura dans la seconde. Mais il n’a pas le temps de libérer son zanpakuto que le Menos tourne sa tête monstrueuse en envoyant un puissant rayon rouge qui creuse un trou impressionnant à l’endroit où il se tenait il y a une seconde à peine. De nouveau, il remarque qu’Immamura s’est simplement déporté au dernier moment sur la droite, continuant à observer tranquillement la scène. Et Kuchiki comprend que la deuxième partie du test devait être pour lui. Il se promet de bien vite faire disparaitre le rictus ironique qui fleurit sur les lèvres d’Immamura dès qu’il en aurait l’occasion. Mais il n’a pas le temps de penser plus longuement au but ce de deuxième test, le Menos se déplace lentement vers un groupe de trois shinigamis qui semblent paralysés par le faisceau rouge qui point au sein de sa gueule démesurément ouverte.

-        Première technique de destruction, poussée ! s’exclame Byakuya projetant sur le côté les trois idiots terrorisés une fraction de seconde avant l’impact.

Le jeune Lieutenant remarque qu’ils sont déjà pris en charge par deux hommes qui les mettent à l’abri au plus vite. Rassuré, il tend son zanpakuto, prêt à frapper.

-        Disperse-toi Senbonzakura.

La lame se met alors à miroiter avant de s’éparpiller en un million de pétales acérés tournoyant qui s’abattent d’un geste sec le masque blanc, détruisant le Menos d’un seul trait.

Alors que la lame de son zanpakuto se reconstitue et qu’il rengaine Senbonzakura, il est surpris par les cris des jeunes recrues qui l’acclament avec une gratitude à laquelle il était loin de s’attendre.

-        Rentrons, dit Immamura coupant court à la liesse générale que Byakuya trouve plus déconcertante que flatteuse.

Rejoignant rapidement Byakuya, il lui dit sur le ton de la confidence :

-        Vous avez compris le but de ce deuxième test ?

-        C’est moi que vous testiez, répond-il en dissimulant mal sa colère envers son subordonné.

Immamura ne peut retenir un éclat de rire et répond :

-        Pas vraiment non ! Enfin, un peu quand même je suppose. Le véritable but était de voir comment ils réagiraient face à une menace trop grande pour qu’il puisse y faire face seuls. Apprendre à demander de l’aide quand c’est vraiment nécessaire, même si c’est contre les règles, c’est aussi important que de savoir se battre.

-        Ils s’en sont bien sortis alors, dit Byakuya.

-        Plutôt bien. Ce sont peut-être des newbies, mais ils constituent l’élite de la nouvelle génération. Ils sont doués et ont démontré un sang-froid et une organisation remarquables. Et ce test a un avantage non négligeable, ajoute Immamura sur le ton de la confidence.

-        Un avantage ?

Immamura s’approche de Byakuya et murmure :

-        Maintenant ils vous adorent.

Dans un réflexe, il se retourne pour observer avec un grand étonnement les regards plein de ferveur qui se tournent vers lui. Il remarque aussi que l’attention que soulève Immamura est d’une toute autre nature.

Et vous, ils vous détestent, pense Byakuya.

 

Alors qu’ils rentrent au sein de la division, leur capitaine est déjà sorti lorsqu’un grand cri leur fait tous tourner la tête dans un même mouvement.

-        Tsukiyoooooooooooooo !

Déboulant comme une furie, une boule rose sur l’épaule droite et un petit garçon tentant désespérément de tenir sur celle de gauche, Zaraki Kenpachi s’époumone en arrivant au siège de la Division six à la recherche d’un adversaire à sa mesure.

Wataru saute des épaules du Capitaine, des étoiles dans les yeux prêts à voir ces deux nouvelles idoles, les deux shinigamis qui lui avaient sauvé la vie, l’homme au tatouage et la femme à la lame aux reflets noirs. En échange de ses dons d’orientation, ils les avaient menés sans fautes jusqu’aux portes du Sereitei sans un seul détour ou presque et Zaraki lui avait promis qu’il pourrait les voir et peut-être même assister à un combat mémorable.

Une fois arrivés dans la cour de la division, Wataru voit le Lieutenant s’avancer, jauger du regard Zaraki avant de prendre la parole :

-        Le Capitaine est sorti, dit-il d’un ton froid.

Visiblement contrarié mais en rien découragé, Zaraki fronce les sourcils en détaillant le jeune Kikuchi :

-        Où ?

-        Au Département Recherche et Développement, qui n’a aucune idée d’où se trouve son capitaine mais qui n’a qu’une envie, voir ses énergumènes déguerpir.

-        Yachiru, on fonce !

-        Bien Ken chan !

Mais à peine ont-ils pris la direction absolument opposée à celle des laboratoires de la Division de Kurotsuchi que Byakuya retient sa respiration au son des pas qu’il avait appris à reconnaitre.

-        Qu’est-ce que tout ce raffut ! s’exclame Tsukiyo.

Le rire dément de Zaraki résonne sur les pierres du Sereitei sur dix lieues à la ronde et presque tous les shinigamis présents tombent un genou à terre sous la force du reiatsu de Kenpachi qui explose de toute sa puissance. Byakuya lui-même se crispe pour ne pas ployer devant le déchaînement de cette force brute et comprend enfin pourquoi le nouveau Capitaine de la Division onze avait demandé à Kurotsuchi un dispositif lui permettant de supprimer une partie de sa puissance spirituelle.

Non pas une partie, se corrige-t-il, la moitié !

Une fois la surprise passée, il se rend compte que la seule personne absolument non affectée par cette déferlante n’est autre que la gamine aux cheveux roses. Elle fixe, un sourire presque gourmand sur les lèvres Tsukiyo qui ne peut cacher qu’elle aussi est impressionnée par cette présence.

-        Bas-toi avec moi, Capitaine ! hurle Kenpachi en dégainant son épée à la lame émoussée.

Tsukiyo balaye d’un geste l’invitation et répond d’un non qui claque dans le silence comme aurait sonné une insulte aux oreilles de n’importe qui. Sauf pour Zaraki qui la prend comme une invitation en s’élançant sans retenue contre l’adversaire qu’il s’est choisi, une furieuse envie d’exprimer toute sa passion du combat dans chacun de ses coups.

Esquivant les premières attaques, Tsukiyo croise le fer dans une démonstration de force qu’elle est loin de pouvoir gagner sans libérer son zanpakuto.

-        Montre-là moi, cette lame aux reflets noirs qui brise les carapaces les plus infranchissables ! dit Zaraki, déjà perdu dans la folie des prémisses du duel qui s’annonce.

Tsukiyo pare, encore et encore, les coups d’une force sans pareille et repousse de toutes ses forces la dernière attaque pour gagner quelques secondes de répit.

-        Arrête, idiot ! Mon zanpakuto n’est pas fait pour ce genre de bêtises ! Je n’ai aucune chance contre toi sans libérer Meïan. Et si je la libère, c’est la mort qui frappera. Elle ne sait faire qu’une chose, détruire. Toi ou moi, cela lui importe peu. Mais si tu me forces la main, je ferais tout pour que ce ne soit pas mon tour !

Mais contrairement à ce qu’elle attendait, le sourire de Zaraki et de son Lieutenant s’agrandit un peu plus.

-        Si tu penses pouvoir me tuer, vas-y et de toutes tes forces, aujourd’hui est un beau jour pour mourir !

Tsukiyo lance un regard incrédule au géant qui se plante devant elle tout sourire puis à ses hommes qui observent la scène à bonne distance, écrasés par l’affrontement des deux puissances effrayantes, bien obligée de se rendre à l’évidence. Cette aberration aurait bien lieu. Elle ne pourrait retenir aucun de ses coups et ce grand idiot savourerait chacun de ceux qu’elle pourrait lui lancer.

Glissant sa main sous la garde de son katana, elle murmure :

-        Dévoile-toi, Meïan.

Dans un souffle, une seconde lame se matérialise dans sa paume, totalement identique à la première. Comme Soi Fon le lui avait expliqué, seule la pâleur de la lune peut révéler leur différence. D’un mouvement rapide, elle passe une fois puis deux ses lames d’une main à l’autre et frappe.

D’une main, Zaraki s’apprête à parer la première lame mais il constate, étonné qu’elle traverse son zanpakuto sans le moindre choc et seul ses réflexes lui permettent d’échapper à la lame fantôme qui frôle de son aura empoisonnée son torse. Tsukiyo ne lui laisse pas le temps de se reprendre, se glisse dans son dos et frappe à nouveau. Mais Zaraki ne se laisse pas surprendre, esquive Meïan et réplique, obligeant Tsukiyo à utiliser son katana pour parer.

Puis, perdu dans les affres de la bataille, les coups pleuvent à une rapidité si grande que même Byakuya a du mal à suivre l’échange. La particularité de Meïan donne à son porteur un style unique de combat à deux lames. Une lame pour se protéger, une lame pour tuer et régulièrement elle fait passer ses lames d’une main à l’autre, attaquant et parant avec la même habilité quelle que soit sa main.

Et plus les échanges s’accélèrent, plus le rire de Zaraki devient extatique.

Lorsque soudain, le premier filet de sang coule. Reculant à bonne distance, Tsukiyo observe incrédule la lame de son zanpakuto ensanglantée et la longue estafilade, une de plus, qui barre le torse de Zaraki Kenpachi.

-        Tu as l’air surprise de m’avoir touché, Capitaine ! dit Kenpachi contemplant avec une étrange fierté cette nouvelle blessure.

-        Non, je ne suis pas surprise de t’avoir touché, je suis surprise de ne pas t’avoir tué.

Kenpachi éclate de rire et Byakuya comprend tout d’un coup la surprise et surtout l’effroi qui se s’agitent dans les yeux de Tsukiyo. Meïan s’était matérialisé pour porter un simple coup au Capitaine Zaraki. La lame se met à osciller dans un reflet noir, semblant s’éveiller d’un long sommeil en émettant une onde de pure énergie, prêt à se battre.

-        Meïan est sortie de sa torpeur car elle a autant peur qu’envie de se battre contre vous, dit Tsukiyo en brandissant ses deux lames.

-        Fini ces enfantillages ! Montre-moi la véritable puissance de ton zanpakuto, Capitaine !

Un souffle glacé, annonciateur de tempête, se lève, enveloppe Tsukiyo dans un tourbillon violent et le ciel se voile de nuages sombres jusqu’à devenir plus noir qu’une nuit froide d’hiver.

-        Ban…

Avant qu’une gangue de feu se déroule dans les cieux, chassant les ténèbres et stoppant dans une explosion blanche l’ardeur des deux capitaines qui restent un bref instant comme hébété en voyant le Capitaine Commandant Yamamoto s’interposer en dégainant son zanpakuto.

-        Espèces d’idiots ! rugit-il. Vous pensez faire quoi là, à vous donner en spectacle ! Vous attendez d’avoir détruit la moitié du Sereitei avant de vous arrêter et que l’un d’entre vous tombe raide mort.

Sous les hurlements colériques de Yamamoto, Tsukiyo comme Zaraki baissent les yeux comme de petits enfants pris la main dans le sac.

-        Et pour couronner le tout, continue Yamamoto, Capitaine Zaraki Kenpachi, vous êtes en retard !

Et là, aussi bien son Lieutenant aux cheveux roses que tous ceux qui venaient d’assister à cette confrontation relèvent la tête avec curiosité. En retard pour quoi ?!

Yamamoto sort un shinaï qu’il balance à Zaraki qui l’attrape d’une main.

-        Votre cours de Kendo attend, Capitaine Zaraki, et j’ai pas toute la soirée ! s’exclame Yamamoto.

 

Wataru en reprenant douloureusement conscience après ce déchaînement se relève pour voir partir Zaraki, tenant un sabre de bois, accompagné de son Lieutenant qui étouffe à peine ses éclats de rire.

Le jeune garçon commence doucement à se rendre compte qu’ils l’avaient tout bonnement oublié. Enfin presque… Et lorsqu’il voit Tsukiyo se tourner vers lui, il aurait préféré qu’on l’oublie finalement. Son regard noir, son haori plein de sang et la colère qui émane de chacun de ses gestes brisent en moins de temps qu’il en faut l’image de l’héroïne qu’il s’était forgée dans son esprit.

-        Tu cherches à voir Hisagi, gamin, c’est ça ?

A vrai dire, il la cherchait aussi. Mais il se contente d’hocher la tête, encore incapable de formuler le moindre mot.

-        Bien, suis-moi, dit-elle en palpant ses propres blessures. J’ai bien besoin d’un tour à la division quatre.

Avant de partir, le gamin à ses côtés, Tsukiyo se tourne vers Byakuya :

-        Oubliez l’équipe de cinq hommes pour demain. Ce sera uniquement Immamura, vous et moi. Et tous ceux qui voudront bien venir, ajoute-t-elle presque pour elle-même.

 

Alors que la nuit tombe rapidement sur le Sereitei, Byakuya soupire en regardant ses jardins à travers la vitre de ses quartiers. Sa chambre, les anciens appartements de son Grand-Père qui portent encore son empreinte, son odeur. Bien trop grand pour lui, dans tous les sens du terme.

La journée avait été longue, trop peut-être pense-t-il en sentant la chape de plomb qui tombe sur ses épaules. Il avait demandé à ne pas être dérangé expliquant qu’il avait besoin de repos et ce qui devait être qu’une simple excuse pour être seul était plus réel qu’il ne l’aurait cru.

Tant d’informations, tant de choses dans une simple journée.

Les révélations de Soi Fon sur son capitaine. Son lien avec Urahara. A cette seule pensée l’atmosphère fétide du nid semble envahir un instant la pièce. Il détourne la tête vers la fenêtre, pris d’un sentiment incontrôlé presque délirant de claustrophobie, pour tomber nez à nez dans la contemplation de la lune rousse qui trône, immense, dans la nuit noire.

Comment quelqu’un appartenant au Clan de la Lune avait-il pu se retrouver à travailler dans les entrailles de la terre dans cet endroit fermé et lugubre ? Il espère trouver les réponses dans les papiers que lui a donnés Soi Fon.

Il repense au tatouage qui enserre le poignet d’Immamura. Son attitude avec les jeunes recrues, ses petits tests et son lien avec Tsukiyo. Ses réflexions sur son Grand-Père et la même surprise qu’il avait lu dans ses yeux quand le zanpakuto de Tsukiyo n’avait que blessé son adversaire. L’ouroboros sur son poignet ne veut dire qu’une chose pour Byakuya, il travaillait avec Tsukiyo au sein de la milice. Ses familiarités avec son capitaine, ses connaissances des spécificités de son zanpakuto, la façon dont il avait pris aussi naturellement le relais avec les jeunes recrues. Jusqu’où va son allégeance envers son capitaine ? Avait-il encore un lien avec Soi Fon ? Peut-être pas, sinon elle n’aurait pas cherché à le mettre dans sa poche avec quelques informations ? Ou peut-être essayait-elle de multiplier ses sources ?

Qu’est-ce qui les attendait réellement demain ?

Que de questions soulevaient le sourire énigmatique de ce joueur de shogi.

Mais s’il avait demandé à être seul, ce n’était pas pour compulser le dossier que lui avait donné Soi Fon. Il avait autre chose à faire. Une chose qu’il avait envie d’essayer depuis le moment où il avait mis la main dessus.

Rapidement, il ouvre un panneau de bois, découvrant un immense écran qu’il allume, espérant que le gadget de Kurotsuchi fonctionne réellement. Si c’est pas le cas, il se voit mal demander des explications au scientifique.

L’image se trouble, des statiques emplissent la chambre puis l’image se stabilise.

Byakuya aurait presque crié victoire lorsqu’il voit le gamin qu’ils avaient secouru à travers le regard de Tsukiyo. Il n’avait pas l’air très à l’aise sous le regard inquisiteur de son capitaine et à cet instant, il compatit avec le pauvre Wataru.

Il sait qu’il n’a droit qu’à une heure mais il se sent incapable d’éteindre le poste. Fasciné par les images qui déroulent sous ses yeux, il en oublie le temps qui passe.

-        Wataru, tu dois savoir une chose avant de voir Hisagi.

Mordant sa lèvre inférieure pour éviter qu’elle ne tremble devant Tsukiyo, Wataru se force à répondre sans trembler.

-        Savoir quoi, Capitaine ?

-        En te sauvant, Hisagi s’est non seulement mis en sérieux danger mais il a mis la vie de ses compagnons en péril et a refusé d’écouter les ordres. Il va payer cher son insubordination.

Wataru retient difficilement ses larmes en écoutant la voix froide de Tsukiyo.

-        Etre prêt à faire ce qu’il faut à tout moment et à en assumer seul les conséquences, quelles qu’elles soient, c’est ça être un véritable héros. Hisagi mérite toute ton admiration pas parce qu’il t’a sauvé d’une mort certaine, pas parce qu’il assume les conséquences de ses actes, mais parce qu’à aucun moment il ne s’en plaindra envers quiconque et surtout pas envers toi.

Encore tremblant, il n’ose frapper à la porte de la chambre. Tsukiyo n’a pas tant de scrupules, ouvre la porte en grand et pousse Wataru à l’intérieur sans ménagement avant de s’éclipser.

-        Y a pas à dire, vous avez un vrai don avec les enfants, capitaine.

-        Fait attention à ce que tu dis, Immamura, si tu veux pas finir comme Curiosité dans une chambre de la Division quatre avec ton nom gravé sur la porte. Alors les nouvelles recrues ?

-        Efficaces, réactives, plutôt douées. On pourra sûrement en tirer quelque chose.

-        Et Kuchiki ?

-        Encore trop impulsif mais son zanpakuto est impressionnant.

-        Il a de qui tenir.

Immamura acquiesce d’un hochement de tête convenu.

-        Immamura, j’ai encore une dernière chose à régler. Si jamais je ne suis pas là demain à la première heure, je te laisse la direction des opérations, dit-elle en laissant transparaître sa nervosité.

Le troisième siège semble aussi peu habitué que Byakuya de percevoir des failles dans la voix de son capitaine.

-        Si vous avez besoin de mon aide, je suis là, Capitaine.

Byakuya se dit que c’est sûrement la première fois qu’Immamura appelle Tsukiyo avec le respect dû à son rang. Et qu’il n’avait plus de questions à se poser sur la personne envers qui allait sa véritable allégeance.

-        J’ai besoin de toi demain, en pleine forme.

Immamura ne se laisse pas rebuter par le ton froid et disparait avec un salut obséquieux et moqueur qui lui ressemble beaucoup plus. Tsukiyo sort dans la nuit, traversant à toute vitesse les rues du Sereitei, se retrouvant dans une prairie déserte, baignée par les rayons de la lune rousse.

Soudain, une porte sur le monde des humains apparaît et Tsukiyo s’y engouffre sans hésitation. La porte s’ouvre sur les bords d’un lac qui se trouve non loin de la ville de Karakura. Byakuya a presque l’impression de sentir cette subtile différence aussi indiscernable que fondamentale qui flotte dans les airs entre la Soul Society et le Monde des humains.

Le regard de Tsukiyo balaye la scène et s’attarde une seconde sur un chat noir dont les yeux reflètent une seconde la pâle lueur de la lune.

-        J’ai failli attendre, dit une voix dans son dos que Byakuya reconnait dans la seconde.

Tsukiyo rapproche instinctivement sa main de la garde de son zanpakuto mais ne prend pas la peine de lui faire face, fixant toujours le félin qui semble lui retourner son regard. Mais Kuchiki sait que celui qui se trouve dans son dos n’est autre qu’Urahara Kisuke. Avec des gestes mesurés, elle se tourne vers l’homme au chapeau qui est plus tendu que sa voix ne le laissait penser.

-        Je me demande bien ce qui vous a retardé, Maï ?

-        Et moi, je me demande bien si je peux vous faire confiance ?

L’atmosphère change en un clin d’œil. Les mains volent et Tsukiyo  dégaine ses deux lames une vers Urahara et une dans son dos avant de se retrouver entravée par le zanpakuto d’Urahara qui se pointe sur son cœur et une main qui lui emprisonne le cou par derrière qu’il aurait reconnu n’importe où.

Yoruichi !

Et soudain plus rien…

L’écran reste noir. L’heure vient de s’écouler, à la seconde près.

Maudit Kurotsuchi !

 

Petit guide illustré des Shinigamis

 

-        NON !

Zaraki, sous le regard de son Lieutenant, se prépare à nouveau. L’adversaire suivant s’élance et le Capitaine de la onzième Division l’envoie valser dès le premier échange.

-        NON ! s’exclame à nouveau Yamamoto.

D’un geste, il fait avancer son prochain adversaire. Et à nouveau, Zaraki fait voler le jeune présomptueux avec une telle énergie qu’il s’encastre dans le mur, au côté de quelques malchanceux que personne n’avait pris la peine de décrocher.

Et encore une fois le verdict ne se fait pas attendre.

-        NON ! s’écrit Yamamoto.

Mais contrairement aux autres essais, cette fois, c’est le Capitaine Yamamoto en personne qui s’avance avec son shinai, désespéré par la tournure des évènements. D’un geste, il fait signe à Zaraki de donner tout ce qu’il a. Une invitation que Kenpachi se fait un plaisir de prendre au pied de la lettre en s’élançant à son tour.

Le choc effroyable fait trembler tous les murs des bâtiments du quartier. Et lorsqu’à son tour, sous les regards éberlués de Yachiru, Yumichika et Madarame, c’est Kenpachi qui se retrouve propulsé contre le mur, aux côtés de tous ceux qu’il y avait envoyés d’un coup de shinaï, il commence enfin à comprendre ce que Yamamoto essaie de lui apprendre.

-        A deux mains, ça se tient un shinaï, Kenpachi ! A deux mains !