31 JANVIER...

par scarain

Tout était calme dans la chambre de l’héritier dont on ne percevait, par intermittence,  que la discrète respiration. Le jour se levait à peine et les premières lueurs de l’aube transparaissaient au travers du shoji, caressant les contours de ce corps masculin à peine masqué par les couvertures. Perdu dans ses longs cheveux noirs, la tête posée au creux de son bras, il dormait profondément, allongé sur le flanc, les jambes légèrement repliées. Rêvait-il ? Nul ne le sait. Rien ne semblait devoir perturber cette paisible scène quand tout à coup, une éclatante lumière rose inonda la pièce avant de se dissiper en pétales étincelants qui virevoltèrent autour d’une haute silhouette. Un guerrier samouraï, au masque effrayant et à la longue chevelure sombre nouée d’un lien blanc, venait d’apparaître au centre de la pièce. Il considéra un instant le bel endormi et s’approcha lentement de lui, avant de s’agenouiller à ses côtés, mains posées sur les genoux dans une sage contemplation. A l’orée de son sommeil, par delà le voile  de ses paupières closes, le noble devina sans peine la présence familière qui se tenait à son chevet, et la volonté impérieuse de mettre un terme à cette sournoise observation motiva son réveil. D’abord, il enfouit son visage dans son oreiller dans l’espoir que cela suffise à faire comprendre à son semblable qu’il était de trop, mais celui-ci ne bougea pas d’un pouce, le regard arrimé sur sa noble personne. Il laissa alors échapper un soupir agacé et se retourna doucement vers celui qui l’observait attentivement.

Les poings serrés par le trac, le guerrier redressa fièrement la tête.

 Byakuya tressaillit dans son lit et offrit à son Zanpakuto de grands yeux étonnés.

Le noble se passa une main sur le visage.

Senbonzakura haussa les épaules et alla ouvrir le shoji de la chambre qui donnait sur le jardin seigneurial. Les parfums délicieux qui s’exhalaient de la nature recouverte de rosée s’engouffrèrent dans la pièce avec un petit air frais, qui vint caresser dans un frisson la peau nue du noble. Il quitta alors son lit et s’approcha lentement de son semblable sur l’épaule duquel il posa une main amicale. Là, il contempla silencieusement avec lui la beauté disciplinée de ses parterres fleuris et ne résista pas au secret plaisir d’aller marcher pieds nus sur l’herbe humide. Appuyé contre le mur, les bras croisés sur la poitrine, le zanpakuto s’amusa de voir que son si sérieux maître avait conservé cette habitude qui lui venait de l’enfance.

En amont de la propriété, dans le manoir des Shihôin, tous semblaient encore dormir, alors qu’ici, les premières lumières commençaient à s’allumer dans les appartements. Les Kuchiki étaient matinaux comparés à leurs nobles et rivaux voisins, qui se levaient et se couchaient indifféremment quand bon leur semblait. Cette simple oisiveté suffisait à mettre Byakuya hors de lui. Et dire que dans quelques heures, tout ce beau monde allait se presser autour de lui pour lui souhaiter un anniversaire dont il n’avait que faire. Le visage fermé, il revint vers Senbonzakura et s’arrêta à sa hauteur.

Celui qui se cachait derrière était pourtant loin de l’être. Il l’avait vu de nombreuses fois depuis la révolte déclenchée par Muramasa. Le guerrier samouraï n’avait dévoilé son visage qu’à lui et à lui seul, un très beau visage à la peau aussi pâle que la sienne, dont les nobles traits se rapprochaient de celui à qui il appartenait. Tout comme son regard d’un bleu profond avait la dureté calculée de celui dont il tirait sa propre existence, à ceci près qu’un franc sourire était toujours prompt à apparaître sur ses lèvres finement ourlées.

Senbonzakura inclina la tête et esquissa un sourire malicieux ; Ainsi donc, son délicieux maître n’était pas réveillé depuis dix minutes qu’il se plaignait déjà d’avoir à subir ses ouailles ? Il scruta son regard et constata qu’il était devenu des plus sombres. Mais pour y allumer des éclairs, il savait comment s’y prendre. Démonstration :

Byakuya qui refaisait son lit, sursauta et le toisa avec un air menaçant.

Simple et efficace. Il avait réussi à détourner sa déprime pour laisser place à une vindicte plus saine. Le noble zanpakuto eut un petit rire espiègle et Byakuya, excédé,  lui balança d’un revers de la main son oreiller. Il l’évita sans peine en esquissant un petit pas sur le côté et considéra avec amusement le projectile mollement aplati sur le sol.

Le visage fermé, Byakuya darda sur son audacieux semblable un regard dans lequel brillait l’assurance de quelques sournoises représailles. Sentant l’orage couver, pire, qu’il était sur le point d’éclater, le malicieux guerrier regagna alors le magnifique sabre posé le socle de la commode, et étincela une dernière fois de rire. Méfiant, le Capitaine Kuchiki posa un regard ombrageux sur le magnifique sabre, s’attendant à ce que son esprit resurgisse avec une nouvelle effronterie mais rien ne vint. Il soupira alors de dépit et alla prendre une bonne douche glacée, histoire de se calmer un peu. Puis il s’habilla et omit sciemment d'orner ses cheveux de ses kenseikaans. Il n’emmènerait pas avec lui son rang. Pas aujourd’hui. Fait extraordinaire, il ne prit pas non plus avec lui Senbonzakura pour lui apprendre à tenir sa langue, et c'est en shyunpo qu'il partit en direction du quartier résidentiel des Lieutenants.

Où allait-il exactement ? Seul le guerrier Samouraï était au courant de son idylle et même si le noble ne voulait pas l’admettre, il avait vu juste. Son maître souhaitait être en plus douce compagnie et il allait la rejoindre.


Byakuya filait sur les toits du Seireitei aussi vif que le vent. L’air frais cinglait son visage. Son cœur battait la chamade à l’idée  de s’évader avec son cher et tendre Renji. Juste une journée avec lui, voilà qui serait un beau cadeau d’anniversaire, et il avait décidé de se l’offrir. En une fraction de  seconde, il fut devant la porte de la petite maison de bois où celui-ci vivait, et la poussa du bout des doigts, sachant pertinemment que son désinvolte Lieutenant ne la fermait jamais à clés. Tout était silencieux dans l’unique pièce confortablement aménagée. Bien emmitouflé sous ses couvertures, Renji dormait paisiblement sur le ventre, serrant entre ses bras son oreiller avec une expression manifestement réjouie. Comme radouci par cette vision, Byakuya s’assied silencieusement près de lui et écarta quelques mèches magenta de son front. Il le trouvait magnifique.

Le noble le contempla encore un peu avant de se décider à le réveiller.

Le Lieutenant ouvrit lentement les yeux et fit un bond en voyant l’homme de ses rêves penché sur lui.

Il n’eut pas le temps d’achever que ce dernier se pendit à son coup et l’embrassa comme si sa vie en dépendait. Il le serra si fort dans ses bras qu’il le fit tomber sur lui et resserra son étreinte pour respirer tendrement son parfum de fleurs.

Le noble se redressa et ouvrit de grands yeux étonnés.

Byakuya sentit ses joues se colorer à la vue de son Lieutenant qui se baladait tout nu devant lui, comme si de rien n’était, pour aller farfouiller dans ses affaires. Non pas qu’il ne l’aie jamais vu ainsi, mais cela avait toujours eu le don de l’intimider.

Il fit les poches de son uniforme.

Assis sur le lit de celui qu’il aimait, Byakuya se croisa les bras et attendit du mieux qu'il put que Renji retrouve son précieux cadeau. Mais comme chacun le sait, il n’était pas d’une patience exemplaire et au bout d'une minute, l’expression de son visage s'était déjà durcie. En effet, il était arrivé avant l'aube, et le soleil commençait à présent à poindre par la fenêtre. Bientôt, il inonderait la pièce de clarté. L’excitation et la magie qu’il avait ressenties à l’idée de s’enfuir avec lui sur terre, s’étaient évanouies avec l’entêtement que son Lieutenant mettait à vouloir retrouver ce mystérieux cadeau. N’y tenant plus lui même, il se leva et sortit silencieusement dans la rue.

Byakuya jeta alors un regard aux premiers shinigami qui se pressaient pour rejoindre leurs divisions respectives. La rue où habitait Renji  commençait à se remplir de passants. Il était trop tard pour la petite évasion dont il rêvait. Quelqu’un les verrait à coup sûr. Le noble soupira de déception.

Sur ce, il tourna les talons. Stupéfait, Renji le regarda s’éloigner et sentit son ventre se nouer. Qu’avait-il fait de mal pour que son Capitaine reparte ainsi ? Et ce foutu cadeau qu’il ne trouvait pas... Il ne pouvait pas l’avoir perdu ! Il se remit donc à ses fouilles archéologiques, éloignant de son mieux le doute que son bel amant avait insufflé en son cœur,  et retourna sa maison de fond en comble afin de récupérer le précieux objet.

 

De son côté, le Seigneur Kuchiki, qui avait rejoint son clan aussi vite qu’il l’avait quitté, passa par les jardins de sa propriété afin de s’épargner les salutations de ses gardes. Il n’avait pas le cœur aux politesses matinales. Surtout pas aujourd’hui. A présent, il voulait simplement rejoindre son antre sans que personne ne vienne le déranger, et il y serait parvenu si son regard n'avait pas inopinément croisé celui de Rukia qui prenait l’air près des bassins à carpes. En le voyant arriver, elle accourut vers lui, les yeux brillants d’étoiles.

Il rentra alors dans sa chambre et referma le shoji derrière lui, laissant sa petite sœur quelque peu en plan dans le jardin. Inquiète, elle voulut frapper à sa porte et le questionner sur les raisons d’un tel abattement, mais renonça finalement de peur de se voir congédiée et de le mettre encore plus de mauvaise humeur. Après tout, chaque année, son grand frère adoré fuyait son anniversaire comme la peste.

Dans l’intimité de cette chambre bien trop grande pour lui seul,  Byakuya se laissa choir sur son futon, terriblement déçu de ne pas avoir pu partir avec Renji.  Le cœur lourd, il écoutait les bruits de pas de ses domestiques qui devaient s’affairer à organiser la fête prévue en son honneur. Et dire qu’à cette heure matinale, si tout s’était passé comme il l’avait souhaité, il aurait pu être sur terre à prendre un petit déjeuné en compagnie de celui qu’il aimait, à la terrasse d’un café où ailleurs, appréciant simplement la beauté de l’instant. Mais non. Il avait fallu que ce doux rêve disparaisse au soleil levant, le condamnant à rester là, dans la prison dorée de ce manoir, à attendre d’être célébré par un clan à la festivité surjouée

Byakuya se redressa et vit que Senbonzakura s’était encore une fois permis d’apparaître.

En effet, une domestique annonça au travers de la porte que le Lieutenant Abarai demandait à être reçu.

Senbonzakura se dispersa en millier de pétales lumineux et regagna à contre cœur son sabre. Aussitôt, Byakuya s'en empara pour le mettre dans une autre pièce avant que son Lieutenant n’arrive.

Mais il n'eut pas ouvert la porte sur le couloir qu'il se retrouva malheureusement nez à nez avec Renji. Ils se regardèrent tous deux avec stupéfaction, l'un surpris de voir son vis à vis parler tout seul, et l'autre étonné qu'il soit déjà là.

Embarrassé, Byakuya regarda son zanpakuto, dont il ne savait maintenant plus que faire, et le reposa finalement à sa place non sans le fusiller du regard. Depuis son monde, Senbonzakura, assis sous un cerisier, comprit très vite qu’il n’était pas dans son intérêt d’apparaître alors que son Maître recevait son Lieutenant… son amant plutôt… et qu’il valait mieux qu’il obéisse cette fois-ci sous peine de se faire corriger. Mais de là où il était, sur la précieuse commode  de la chambre, il était aux premières loges et ne louperait rien de la situation.

Quelque peu déstabilisé par cette visite impromptue, Byakuya s'assit face à à son Lieutenant et observa quelques secondes de silence. Renji avait l’air hésitant. Il tenait quelque chose derrière son dos, ce qui accéléra inexplicablement les battements de son cœur.

Le noble ferma doucement les yeux pour s’abandonner à ce baiser qui à lui seul pouvait chasser l’obscurité de ses états d’âme. Il sentit alors Renji s’emparer de ses mains et glisser entre ses doigts une petite boîte en velours. Lorsqu'il les rouvris, il considéra avec étonnement cet adorable écrin noir et repensa à Senbonzakura.

C’était clair. Le samouraï avait beau se mêler un peu trop de ses affaires, il n’en n’avait pas moins raison.  Il avait agi comme un enfant capricieux et s’en voulut cruellement de lui avoir injustement induit un quelconque sentiment de culpabilité.

Le noble s’exécuta et ouvrit délicatement la petite boite en velours noir. A l’intérieur, reposait sagement une petite montre argentée à gousset. Un beau sourire illumina alors son visage, l’un de ceux qu’il ne faisait qu’en compagnie de celui qu’il aimait.

Renji frissonna sous ce baiser délicieux. Les deux amants restèrent ainsi enlacés, prenant plaisir à s’embrasser et à se caresser dans l’intimité de cette chambre immense où personne ne pouvait les voir. Personne ? Senbonzakura, lui, observait la scène avec un plaisir non dissimulé. Certes il était jaloux que son maître se donne à cet homme mais il lui avait bien expliqué que cette relation amoureuse ne l’éloignerait en rien de lui. Il prenait donc plutôt bien la chose. Tout à son amant, Byakuya en aurait presque oublié la présence de son zanpakuto s'il ne l'avait pas vu étinceler à tout va. Cette manifestation déplacée l'incita à rompre cette étreinte et c'est d'un regard oblique qu'il lui désigna les petits éclats colorés de son sabre.

Sans aucun commentaire, le noble lui proposa un peu de thé et se fit un plaisir d’en préparer lui-même. Une fois qu'il l'eut servi dans les règles de son art, il put enfin contempler à loisir son cadeau et caressa du bout des doigts cette montre finement ciselée. Renji, qui seul en connaissait les capacités, reposa sa tasse sur la table basse et afficha un large sourire.

Le Capitaine Kuchiki regarda son Lieutenant d'un air incrédule.

Le brun ne sut que dire. S'il ce qu'il avançait était vrai, s’il avait réussi à trouver une telle chose, cela serait tout simplement merveilleux pour eux car jamais ils n'avaient l'occasion de passer un peu de temps ensemble, ou alors la nuit, en toute clandestinité.

Soudain Byakuya se crispa.

En effet, il n’avait pas eu les moyens de se payer cette montre et Urahara la lui avait laissée pour une somme modique, à condition qu’il lui rende quelques services ménagers en contrepartie. Il allait ainsi devoir venir nettoyer la boutique chaque jeudi après son service, et garder les enfants quand lui et Tessai auraient envie de s’offrir une petite virée nocturne. Ils avaient conclu ce marché pour une année. Mais rien n’était trop beau pour son bel amant.

Impatient de donner libre cours à son envie d’escapade, le noble s’empara de sa nouvelle montre et remonta immédiatement les aiguilles de quelques heures. Il jeta ensuite un regard malicieux à son Lieutenant, et glissa sa main dans la sienne. Une faille temporelle d’où émanaient les couleurs de l’arc-en-ciel s’ouvrit bientôt dans la pièce, juste devant eux.

Ils disparurent alors dans la lumière colorée, puis la faille temporelle se referma doucement sur eux.

A présent, la chambre était vide et silencieuse. Reclus dans son monde, Senbonzakura qui avait assisté à toute la scène soupira de bonheur à l’idée que son maître puisse enfin s’offrir un peu de bon temps avec l’élu de son cœur. Cela allait le rendre plus agréable à vivre et cela n’était pas négligeable car par moment, il était franchement imbuvable. Il regretta juste de ne pas faire partie de l’aventure. Rester au manoir à attendre son retour était quelque chose d’assez désagréable à vivre car il n’aimait pas être séparé de lui. Renji, lui au moins, était parti avec Zabimaru. S’il avait été moins loquace, peut-être que son Maître l’aurait pris avec lui et qu'il aurait pu être témoin de ces quelques heures passées sur terre avec son Lieutenant.

Il était tout à ses regrets quand soudain la faille temporelle s’ouvrit de nouveau, déversant dans la pièce son flot de lumière multicolore. Senbonzakura sursauta sous son cerisier. Il n’avait même pas eu le temps de songer à une éventuelle matérialisation que son Maître était déjà de retour. La séparation avait duré deux minutes et pourtant une bonne quinzaine d’heures s’étaient écoulées sur terre pour les amants de la Sixième division. Disparaissant littéralement derrière une gigantesque barbapapa, Byakuya venait de franchir le passage de son pas altier, suivi de Renji, les bras chargés d’une énorme peluche chappy.

La faille temporelle se referma derrière eux sans un bruit. Les deux amants se regardèrent en silence puis Byakuya baissa les yeux. Le beau moment qu’ils avaient probablement passé ensemble touchait à sa fin, et il était temps pour lui de se préparer pour la cérémonie officielle qui l’attendait. Mais tous deux savaient que ces petits bonheurs allaient devenir plus fréquents et ceci changeait tout. Renji se pencha sur lui en l'embrassa fougueusement, ravivant dans son corps le désir qu'il avait de l'avoir encore pour lui seul. Byakuya se laissa aller à cette ultime étreinte, avant de doucement se détacher de lui.

Le rouge acquiesça et le suivit à regret. Le noble ouvrit la porte de sa chambre et après s'être assuré que la voie était libre, il se retourna vers lui et lui offrit un baiser sucré.

Il rectifia ce détail indigne de sa noble personne et lui accorda un regard qui en disait long sur la joie qu’il avait eue de passer un moment avec lui. Pour ne pas rendre les choses plus difficiles, Renji lui fit un clin d’œil complice et s'en alla en serrant dans ses bras l’énorme peluche qu’il allait de ce pas livrer à Rukia.

Adossé contre le mur du couloir, Byakuya, sa barbapapa dans une main, le regarda s’éloigner avec un pincement au cœur. Il fallait qu’il lui dise… Non… ce serait ridicule… et pourtant...

Il l’interpella une dernière fois.

Immobile, Byakuya hésita à parler. Puis il prononça ces mots qui déjà étaient de trop pour lui.

Il se retourna alors bien vite et s’éloigna du noble d’un bon pas pour ne pas céder à l’envie qu’il avait de retourner lui voler un baiser. Il bifurqua ensuite sur la droite et frappa bien vite à la porte de Rukia.  A peine eut-elle ouvert le shoji, que notre Lieutenant s’engouffra dans sa chambre pour ne pas être vu avec cette énorme peluche.

Manquant de se prendre les pieds dans la robe qu'elle n'avait pas fini de nouer, la jeune fille esquissa un sourire figé à l'écoute de ce qui avait tout l'air d'être la première énormité Abarïenne de l'année.

Rukia cessa alors de faire l’innocente et sembla sur le point d’exploser :

Fort moqueur tout à l'heure, le regard de la petite brune se voilà soudain.

Stoïque, la jeune fille le regarda s’éloigner tranquillement.

Le rouge se retourna.

Il lui fit un petit signe de la main et disparut en shyunpo. Elle referma le shoji sur les jardins, ne sachant pas trop ce qu’elle devait croire, ou pas. Derrière elle, l’énorme peluche Chappy lui faisait un grand clin d’œil ironique.

Byakuya Kuchiki avait refermé la porte de sa chambre et était resté un instant adossé tout contre, comme perdu dans ses pensées. Cette escapade à deux l'avait rendu si heureux qu'il se sentait à présent capable de répondre favorablement aux attentes festives de son clan. Il se promit d'ailleurs qu’il serait agréable avec tous, car ce jour passé avec Renji, à l’intérieur  de ce même jour, avait été merveilleux.

Il vint alors s’asseoir en tailleur sur les tatamis et s’appliqua à finir d’un air dubitatif la barbapapa que son amant lui avait offert. Il remercia au passage le ciel qu’aucun ne soit témoin de cette scène pour le moins incongrue.

Et bien c’est précisément le moment que choisit son volubile zanpakuto pour apparaître dans son dos. Les yeux clos, Byakuya sourcilla imperceptiblement.

A ces mots, Byakuya faillit s’étouffer et contempla d’un air circonspect l’étrange aspect de cette sucrerie à peine entamée. Il fut alors forcé d’admettre que malgré son imagination débordante, ce dernier n’avait pas tort. Confus, il en proposa au samouraï qui s’installa  bien volontiers en face de lui, cueillant du bout des doigts, tout comme son Maître le faisait, des lambeaux filandreux de sucre rose. Il avait pour cela préalablement ôté son masque et offrait à présent librement la beauté de son visage au noble.

Byakuya sourcilla une nouvelle fois.

Il y eut un long silence pendant lequel le samouraï sembla plongé dans une profonde réflexion, qui déboucha sur ce jeu de mots fort inspiré :

En temps ordinaire, un tiers de ce questionnement aurait déjà suffit pour excéder le Seigneur Kuchiki, mais sa petite virée avec Renji l’avait rendu… presque sociable. Senbonzakura et Byakuya échangèrent alors un regard complice et finirent ensemble l’étrange douceur rose, en pensant à celui qui ne serait certes pas présent à la célébration de tout à l’heure, mais qui faisait à présent secrètement partie de leur vie. Profitant de cette intimité, le zanpakuto observa discrètement la beauté de son maître, dont les longs cheveux de jais retombaient librement le long de son visage. Il le trouvait magnifique et était fier de pouvoir le servir. Il sut également au parfum ambré qu’il sentait sur sa peau, qu’il avait aussi trouvé le temps de se donner à son amant. Cette pensée le fit rougir.

Ces derniers mots suffirent à motiver le noble pour couper cette proximité quelque peu troublante car il y avait dans le regard de son alter égo quelque chose qu'il préférait ignorer. Paupières baissées, Byakuya lui laissa sa sucrerie, et se releva pour aller remettre soigneusement ses kenseikaan devant son miroir. Puis il enfila son Haori de chef de clan et  essaya de se recomposer le visage impassible que tous lui connaissaient, avant de rejoindre l’assemblée qui devait commencer à patienter dans la grande salle de réunion. Il se tint un long moment devant son miroir, essayant de faire abstraction de celui qui souriait dans son dos et dont il était devenu l’unique objet d’attention. Il ferma les yeux afin de se recentrer et les rouvrit en s'étonnant de le trouver à quelques centimètres de lui seulement.

Senbonzakura lui fit un large sourire en constatant qu’il avait réussi à redevenir le froid et hautain Byakuya que tout le monde connaissait.

En un éclair, il replaça son masque sur son beau visage et se dispersa en mille éclats de lumière rose pour lui échapper. Il avait regagné sa lame, qui étincela une dernière fois de son fier forfait.