Rouge sang, gris cendre, noir haine

par Edël

À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.

Pierre Corneille.


Chapitre 7 : Rouge sang, gris cendre, noir haine :


-Un deuxième bourreau ?

L'incrédulité de Renji était presque comique. Le mafieux tenait son pistolet pointé sur la belle jeune femme qui se tenait face à lui, dans son manteau de nuit. L’expression amusée de Rangiku Matsumoto ne collait pas avec l'ambiance tendue de la scène, et Toshiro se surpris à la jalouser. Elle arborait un sourire à tout épreuve, et lui n'arrivait même plus à tenir debout. Il serra son bras blessé contre lui. La bonne nouvelle, c'était qu'avec Rangiku, il n'avait pas besoin d'utiliser son Buki. Les rafales gelées tombèrent, et son œil redevint lentement bleu glace.

Rangiku promena son regard cendré sur les corps inconscients des hommes à ses pieds, puis fixa longuement Renji. Celui-ci était visiblement angoissé, car sa main tremblait imperceptiblement. Ses subalternes matés en si peu de temps n'y était pas pour rien.

-Mais c'est impossible !

-Et si, mon chou ! Dommage, hein ?

Il grogna et la haine apparus dans ses prunelles. Toshiro le sentit, et décida d'éviter d'envenimer les choses.

-Qu'est-ce que tu fait là, toi ? S'écria-t-il un peu sèchement.

-Tu est toujours aussi froid, mon petit Toshiro, babilla la jeune femme en réponse, sans quitter le mafieux des yeux. Je te ferais remarquer que c'est de ta faute si je dois intervenir.

-Je t'ai rien demandé !

Yuki replia ses ailes dans un froufrou soyeux, et se tourna vers Rangiku.

-Mais où était-tu ? Qui t'a envoyé ?

-Le QG, fit-elle simplement.

Renji commença à penser qu'ils étaient entrain de l'oublier, et sauta sur l'occasion. Il appuya sur la détente du pistolet, et la balle fusa hors du canon pour foncer sur Rangiku. Mais elle ni fit presque pas attention. Elle se contenta de faire un pas sur le côté, aussi vive qu'une feuille au vent. Renji ouvrit la bouche de surprise, mais ne laissa échapper aucun son. Rangiku lui jeta un regard noir.

-C'est très impoli de couper une femme entrain de parler, remarqua-t-elle. Les caïds comme vous ne comprennent jamais la leçon.

Renji grogna de nouveau et cracha sur le côté. Rangiku, piquée au vif, fit un pas en avant. Avec sa force surhumaine, elle pouvait le tuer avant même qu'il ai pus articuler le mot mafia, et cela, Toshiro en était bien conscient. Il intervint donc.

-Que vas-tu faire, Rangiku ?

-Il a de la chance que je n'ai pas le droit de le tuer, grommela-t-elle. Sinon je l'aurais écarteler avec joie. Je déteste les hommes vulgaires.

Renji n'était pas un homme compliqué, par nature, comme il n'était pas mauvais. Ses camarades gémissaient à terre, et les corbeaux étaient trop forts pour lui seul. Il décida alors très simplement, de ne pas insister. Il baissa son pistolet, sans quitter la femme blonde du regard. Celle-ci pencha la tête sur le côté, ses cheveux coulant sur son épaule, et arbora un sourire lumineux.

-Même si vous n'avez pas le droit de me tuer, il n'y a aucun mérite à ce qu'il y est davantage de blessés. Vous avez déjà fait un mort.

Toshiro fronça les sourcils, en ayant peur de comprendre. Il ne pouvait pas juste partir comme ça, il fallait qu'on l'interroge. Il connaissait Momo, il traitait avec elle, et donc par intermédiaire avec la famille Aizen. Il fallait qu'il sache la vérité. Rangiku l'empêcherait de partir, de toute façon. La belle Black Raven connaissait les enjeux de la capture de cet homme, et elle ferais son travail. Sauf qu'un doute subsistait. Elle venait bien d'écraser sans remord un mafieux sans avis de jugement, alors il ignorait sa réaction vis-à-vis de Renji. Mais il ne représentait pas la même chose que les subalternes.

-Je fais donc le choix de lever le camp, continua Renji.

À ces mots, ses hommes comprirent qu'il était temps de s'enfuir. Ils concentrèrent ce qu'ils leur restaient comme force, récupérèrent le mort en le tirant du bloc de béton qui l'avait tué, et se retirèrent vers la route. Le hangar brûlait toujours, et les cendres flottaient dans l'air chaud de fin de soirée. Le terrain vague n'était plus qu'un champ de ruine, jonché de gravats et creusé par les impacts des explosifs de Momo. Toshiro se demanda si les corbeaux devaient toujours apporter mort et désolation partout où ils allaient. C'était moche et triste.

Rangiku épousseta son manteau noir pendant que les mafieux se réunissaient derrière leur chef, sans manifester la moindre intention de les arrêter. Son visage était calme et ses yeux gris ne laissaient pas transparaître ses émotions. Toshiro fronça de nouveau les sourcils quand une vague de douleur transperça son bras. Sa blessure lui trouait la peau et la paume de sa main était inutilisable. Momo n'y était pas allé doucement, mais tant pis. Maintenant, il connaissait ses pouvoirs. Le feu et la glace, on aurait dit un mauvais roman.

Renji rangea son pistolet sous un pan de sa veste de cuir, et émit un « tch » agacé. Ça le vexait de devoir partir, ça se voyait dans ses yeux et dans la crispation de ses muscles. Il attendait la réponse des Black Raven, et jamais il n'avait été obligé de le faire avant. La force de la femme n'y était pas pour rien.

-C'est judicieux, fit Rangiku avec un grand sourire.

Il y eus un blanc, et Toshiro lui jeta un regard incrédule.

-Pardon ? Grogna-t-il, mais elle ne l'écouta pas.

Renji cracha par terre dans un geste rageur, et fit volte-face. Il disparus rapidement dans la rue, suivis des mafieux Kuchiki. Toshiro était tant abasourdi qu'il ne réagi pas tout de suite. Il fallut qu'une vague de chaleur en provenance de la fournaise dans son dos le frappe en plein visage pour qu'il se rende compte que Rangiku venait de laisser filer leur meilleure chance de mettre la main sur les Aizen. Il se releva brusquement, et se précipita vers elle, avant de saisir le pan de son manteau d'une poigne de fer.

-Mais pourquoi tu l'a laissé filer ! Espèce d'idiote !

-Eh oh, on se calme Caliméro !

Elle le força à la lâcher d'un simple mouvement d'épaule, et lui saisit le bras.

-Laisse tomber pour cette fois ! Tu as vus dans quel état tu est ? Tu tient à peine debout, on dirait que tu ressort d'un four.

Le jeune homme aux cheveux pâles n'eus pas le temps de répondre, car Yuki se posa sans un bruit sur le bloc de béton qui l'avait sauvé d'une mort par balle, quelques minutes plus tôt. Ses yeux-caméras étaient troubles, signe qu'elle communiquait au QG.

-Ce n'était pas vraiment de la légitime défense que tu nous a fait là, Rangiku. Mais tu as de la chance. Le QG est satisfait. Heureusement que tu n'as pas arrêter ce Renji.

Toshiro se tourna vers Yuki, les sourcils froncés.

-Mais il négociait avec Momo ! C'était le meilleur moyen pour récolter des informations sur les Aizen !

-Réfléchis un peu, rétorqua l'oiseau. Tu crois vraiment qu'il aurait parler ? Je suis sûre qu'il résiste à la douleur.

-Tous les hommes disent ça avant de connaître la douleur.

-C'est un Kuchiki ! Un haut placé, de plus. Nous n'avons pas envie de nous mettre la Mafia Grise sur le dos. Déjà que l'élimination des Lindocruz à Alabaï a fait beaucoup de bruit. Mieux vaux faire profil bas. Les Kuchiki nous croient responsables. Ils ignorent qu'il s'agissait d'un coup monté des Gilger.

Toshiro se retint de hurler de frustration. Oui, il se souvenait. C'était lui qui avait empêcher les Gilger de continuer leur plan inconscient. Il les avait tous tués. Et les Kuchiki pensaient que c'était encore les Black Raven qui avaient organisée ces tueries. La Mafia Grise refusait de se laissée entraîner dans une guerre. Les Cinq Jours de Sang était encore bien trop récent dans la mémoire collective pour qu'ils se risquent à une telle boucherie. De plus, la Mafia Grise faisait partie de la Mafia de l'Ouest, qui tenait à sa réputation de « bonne » mafia. Elle n'utilisait pas sa force pour tuer, mais pour protéger ses membres, et faire du profit au bénéfice de ses territoires.

Les Kuchiki étaient l'une des Grandes Familles de la Reine de l'Ouest, et un meurtre commis contre une famille subordonnée ne restait jamais impunie. Traverser ce secteur était déjà oser de la part des corbeaux, mais ils n'avaient pas le choix. C'était le chemin le plus rapide pour la Capitale, si ils ne voulaient pas passer par les Montagnes, ce qui était hors de question aux vues des événements. Les Montagnes grouillaient de brigands et de marchands d'esclaves. Personne ne s'y osait à moins d'y être obligé. Toshiro se demandait d'ailleurs comment Momo avait sus qu'il passerait par là. Peut-être que cela n'était pas prévu, mais il en doutait.

Rangiku analysa du regard les ruines enflammées du hangar. Le blason des Aizen se distinguait encore au milieu du brasier, tâche d'encre sur un bloc blanc, ourlé de flammes. Même le feu ne viens pas à bout du serpent, pensa-t-elle. Elle jeta un coup d’œil à son camarade. Couvert de poussière, le bras brûler, le front luisant de sueur, il semblait profondément troublé. Elle ignorait qui était cette Momo, mais elle avait réussie à mettre Toshiro dans un état de faiblesse impressionnant.

-Bref, repris Yuki. Pourquoi t'as t’ont envoyé, Rangiku ?

-Pour faire mon boulot. Je dois tenir à l’œil ce fameux Renji Abaraï. Le seul problème, c'est qu'il trempe avec les Aizen, apparemment. Même si il est pourri, il appartient toujours aux Kuchiki. On se retrouve avec une affaire bien plus complexe que prévue.

Elle poussa un soupire.

-Il faut que je rentre au QG. Je ne peux pas rendre de jugement dans ces conditions. Il nous faux plus de renseignements.

-Je suis d'accord. Toshiro et moi allons rentrer aussi. Il faut soigner son bras.

-Quel est le chemin le plus court à partir d'ici ?

Toshiro s'éloigna de Rangiku et Yuki, tournant le dos à la fournaise. Il lui semblait qu'il ne parviendrait jamais à échapper à cette maudite famille. Dès qu'il parvenait à s'en éloigner, son passé le rattrapait impitoyablement. Voilà que Momo, sa chère Momo qu'il croyait morte revenait à la vie. Certes, c'était lui qui l'avait blessée, et il ne parvenait pas à s'enlever de la tête l'image traumatisante de ce pic de glace transperçant la fragile fillette, mais elle l'avait attaquer avec tant de rage. Elle était devenue folle. Et il avait peur de savoir qui l'avait rendue aussi déséquilibrée. Toshiro marcha un peu au hasard.

Il voulait mettre le plus de distance entre lui et ce hangar à l'odeur de brûlé, ce blason noir qui marquait son corps à jamais. Il entendis comme à travers un brouillard Yuki lui crier quelque chose, mais il ne s'arrêta pas. Tout semblait tourner autour de lui. Ce combat avait pulvériser ses seuls repères, détruit ses certitudes. Lui qui avait mis si longtemps à se relever, voilà qu'on le jetait à terre de nouveau. Toshiro n'avait jamais autant haï quelqu'un qu'en cet instant. Sa haine bouillait dans ses veines, remontait le long de ses muscles, le tétanisait tout entier. Son œil lui soufflait mille images de mort et il aurait voulus le faire taire pour toujours. La voix de Rangiku retentis. Toshiro eus alors la certitude qu'il allait pleurer si jamais on lui parlait encore une fois de la Mafia, des Aizen, de Momo, de son enfance. Le jeune homme était fier, beaucoup trop pour se laisser aller devant sa camarade. Alors son corps décida pour lui d'échapper à toutes ces contraintes. Il se sentit tomber, et le noir envahis son regard.

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Quelques jours passèrent. Rangiku avait soigné Toshiro comme elle le pouvait. Dès que le petit corbeau avait repris connaissance, il s'était enfermé dans un mutisme inquiétant, n'ouvrant la bouche que pour poser des questions et répondre à celle qu'on lui posait. Yuki les avaient guidés à travers les campagnes des territoires Kuchiki, et ils n'avaient rencontrés aucuns ennuis. Ils arrivaient maintenant à la dernière étape avant qu'ils ne retrouvent la sécurité des routes du Gouvernement. La ville de Gyakusatsu.

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Byakuya Kuchiki n'avait que moyennement apprécié que ses hommes reviennent avec d'aussi mauvaises nouvelles. Les Gilger étaient décimés, et les Lindocruz aussi. Il trouvait cela étrange que deux familles puissantes de la Mafia Grise se fassent descendre aussi facilement. D'après leur renseignements, les coupables étaient les Black Raven. Il se méfiait de cette information. Cela lui paraissait trop facile. Il connaissait le Gouvernement, et jamais il n'aurait envoyé des corbeaux tués des mafieux sans raisons. Surtout quand il s'agissait de famille proche des Kuchiki. Cela faisait un bon bout de temps que la Reine de l'Ouest et le Gouvernement ne s'affrontait plus. Ils ne marchaient certes pas main dans la main, mais un accord tacite de non-agression avait empêcher le retour de catastrophe telle que les Cinq Jours de Sang.

L'homme fit tourner son verre de vin entre ses longs doigts, son regard gris plongé dans le vide. Le liquide rouge brillait sous les rayons du soleil qui filtraient à travers les rideaux de son bureau. Il se tenait les jambes croisées, assis sur un fauteuil de cuir. Ses longs cheveux noirs étaient ramenés sur son épaule.

-Je ne comprend pas !

Il se tourna vers la jeune fille qui faisait les cents pas devant lui. Elle avait les même mèches de jais que lui, mais elle les portait courts. Ses yeux violets luisaient d'inquiétude.

-Vous dites que ce n'est pas les Black Raven, mais qui voudrait se débarrasser des Lindocruz et des Gilger ?

Byakuya bus une gorgée de vin.

-Le Gouvernement n'a aucun intérêt à faire cela, et tu le sais très bien, Rukia.

-Mais alors qui ? S'énerva la dénommée Rukia. La Mafia de l'Est ne peut pas se permettre d'énerver les Grandes Familles, et il ne peut pas y avoir de traître parmi la Mafia Grise.

-Qu'est-ce qui te fait dire ça ?

La jeune fille stoppa ses aller-retours, l'air troublée. Elle pris son menton dans sa main, puis soupira et lâcha son visage pour passer les doigts dans ses cheveux. Elle s'assit sur l'une de chaises en face de Byakuya, sans répondre. Celui-ci finit son verre de vin, et le reposa sur la table.

-Quels seraient les intérêts pour des traîtres de se mettre à dos la Reine de l'Ouest ?

-C'est la question qu'il faut se poser, affirma calmement Byakuya.

Il se leva, et s'approcha du buffet où était posé la carafe de vin. Il attrapa le récipient de cristal, et fit sauter le bouchon d'un geste adroit.

-Il n'y en a aucun, à part si ils travaillent pour une autre Mafia.

Rukia fronça les sourcils.

-Une autre Mafia … vous ne voulez pas parler des Aizen, quand même ! Notre Famille a interdit l'usage des Buki !

Byakuya remplis son verre, et reboucha la carafe. Il retourna s'asseoir lentement, son visage pâle ne laissant transparaître aucunes émotions.

-Interdit, oui c'est vrai. Nous l'avons interdit. Est-ce une raison pour éliminer cette possibilité ? Je pense que nous devons aller vérifier par nous même.

Rukia se contenta de le regarder fixement, en attendant la suite.

-Nous irons à Volta. J'ai deux ou trois choses à demander à Renji.

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-Cette ville a connue bien des malheurs.

Yuki pointait ses pupilles ambrés sur les murs fissurés, le sol éclaté et les enseignes défoncées des rares magasins de Gyakusatsu. La cité était morte. Les seules personnes présentes dans les rues leurs jetaient des coups d’œil inquisiteurs, souvent avachis par terre, des bouteilles d'alcool à la main, protégés par des haillons boueux. Toshiro contemplait ce triste spectacle avec étonnement.

-C'est ça, Gyakusatsu ?

-Ouais, soupira Rangiku. C'est là que les Aizen et les Kuchiki se sont livré la guerre. La ville des Cinq Jours de Sang.

Toshiro fronça les sourcils, et une étincelle traversa son regard polaire. Rangiku s'en aperçut, et changea de sujet.

-C'était la plus grande ville du territoire Kuchiki, avant qu'ils ne déménagent à Volta. C'était un endroit très animé, il y avait sans cesse des allées et venues. Enfin, quand je dis « animé », j'entends par là qu'il y avait beaucoup d'agitation.

Yuki pencha la tête sur le côté, tout en raffermissant sa prise sur l'épaule de Toshiro. Une chouette blanche ne passait pas inaperçue, mais l'allure inquiétante du petit groupe aux manteaux noirs empêchaient les habitants de poser des questions.

-Maintenant que j'y pense, Rangiku, tu est née à Gyakusatsu, non ?

La jeune femme eus un petit sourire, et continua d'avancer parmi les déchets qui jonchaient le sol.

-Pff, ça fait bien longtemps que je ne suis pas revenue ici. Je l'ai quitté il y a bien longtemps.

-Il faut dire que cette ville est tombée à l'abandon, remarqua Yuki. Il faudrait beaucoup d'argent et de temps pour tout remettre sur pied, et le Gouvernement n'en a pas les moyens. De plus, il n'a que faire d'une ville qui n'intéresse pas la Mafia de l'Ouest. C'est elle qui détient le monopole du commerce, après tout.

-Ouais, fit Rangiku. Ouvrez l’œil. Cet endroit grouille de malfaiteurs.

-Tu pourrait au moins faire semblant d'écouter ce que je dis, grommela Yuki.

Toshiro contempla les immeubles abandonnés, esquivant habilement une flaque d'un liquide non-identifiable. Il était affligé d'un tel sort. Comment les gens de Gyakusatsu pourrait-ils s'en sortir sans aucune aide extérieur ? Pourquoi ne pas fermer la ville, tout simplement. La Mafia ne s'y opposerait pas, et ce serait un soucis de moins pour le Gouvernement. Mais le jeune homme aux cheveux blancs connaissait la réponse. On laissait cette ville pourrir pour montrer l'exemple. Pour rappeler à la population l'horreur de la guerre. C'était un symbole, le symbole d'un pays touché en plein cœur par des enjeux de pouvoirs et d'argent. Le Gouvernement ne voulait pas s’encombrer d'une ruine qui était le témoin direct de son manque d'organisation et d'encadrement.

Toshiro suivait Rangiku dans l'artère principale de Gyakusatsu, impressionné du calme et du détachement de sa camarade. Elle était née et avait grandis ici. Cela devait lui faire mal de voir l'état de décomposition de cet endroit.

-Regardez, un oiseau !

Le cris enfantin surpris les deux Black Raven, qui se retournèrent pour voir deux gamins jaillirent d'une ruelle pour se ruer sur eux. L'un d'entre eux, sûrement le plus vieux, tandis la main d'un geste impérieux.

-Étrangers, vous pouvez nous donner l'oiseau ?

-Yuki ? S'étonna Rangiku en lançant un regard à la chouette, qui était posée sur l'épaule de Toshiro.

-L'oiseau, quoi, insista l'enfant. C'est pour manger.

Le jeune corbeau remarqua alors la pauvreté de la petite bande. Les enfants étaient sales et maigres, habillés de vêtements rapiécés. Malgré cela, ils paraissaient beaucoup mieux traités que le reste de la population, et ils n'étaient pas effrayés. Leurs visages ne semblaient pas malheureux.

-Mais je ne suis pas comestible, se défendis Yuki, un peu apeurée.

-Vous ne pouvez pas la manger, intervint Rangiku. Ce n'est pas possible. Vous avez faim ?

-Ben oui, fit le garçon en fronçant le nez. On chercher à manger. Tonton est entrain d'aller voir le marchand, mais il n'y aura sûrement plus de nourriture.

À peine l'enfant eut-il prononcé ces mots qu'un homme sortit de la ruelle, l'air préoccuppé.

-Oh les gosses ! On part, il n'y a plus rien ici !

Il était assez grand, et ses cheveux noirs étaient coupés courts, et au visage couvert de tatouage. Il s'approcha du groupe, l'air inquiet.

-Vous avez encore embêter des passants ? Bon sang, vous pouvez pas vous tenir une seconde, hein ! Excusez-les, étrangers …

La fin de sa phrase se bloqua dans sa gorge lorsqu'il rencontra le regard cendré de Rangiku. La jeune femme plissa les paupières, apparemment troublée. Toshiro analysa l'inconnu. Musclé, il était sans aucun doute puissant. Trois longues cicatrices courraient sur sa joue droite, et un 69 était tatoué sur sa pommette gauche. Il était habillé comme un mafieux, mais son visage calme et ouvert ne collait pas avec son image. Toshiro n'en fut néanmoins pas rassuré. Il se demandait comment interpréter sa réaction face à sa camarade.

-C'est impossible, souffla-t-il.

Rangiku ouvrit alors grand les yeux, et un sourire lumineux s'afficha sur son visage.

-Shuhei !