love you long time

par Linksys

01. love you long time

Ichigo poussa la porte de son appartement de Kichijôji. Une route de ville le séparait du parc d'Inokashira. Il était bien vingt-trois heures. Un lampadaire proche éclairait la scène de sa lumière blafarde et pâle, unifiant les couleurs.

Une fois à l'intérieur, le jeune homme posa ses sacs contre le mur. Il ôta son blouson de skie avec satisfaction. Les nuits étaient encores froides en mars. Il avait été pris d'une subite envie de s'acheter un peu de junk food dans un combini local. Il s'affala dans le canapé et ouvrit d'un coup un paquet de chips saveur barbecue. Il mâcha méthodiquement chaque pétale, savourant la quasi-absence de goût. À cent yens (100¥ ≈ 1€) le paquet, ça n'était guère étonnant, surtout pour un produit de sous-marque. Il se saisit de la télécommande et alluma la télé, zappant de chaîne en chaîne sans rien trouver de satisfaisant. Vers minuit, il s'endormi sur le canapé, recouvert de miettes de chips bas de gamme. Étant au chômage, il n'avait guère à se soucier de se lever tôt.


Rukia éteignit le poste de télévision, plus que lassée des programmes miteux qui s'entassaient sur les fins de soirées. Elle s'allongea sur son lit sans se déshabiller, et s'endormit presque immédiatement. Elle ne pourrait s'offrir qu'une demi-douzaine d'heures de sommeil, le travail commençant à six heures le lendemain. Juste avant de sombrer, elle repensa vaguement à quelques amis, quelques personnes qui lui étaient chères. Son coeur se serra.


Ichigo se réveilla de mauvaise humeur, comme d'habitude. Il était plus de dix heures trente du matin. Il se frotta les joues et y découvrit, non sans exaspèrement, une nouvelle couche, bien que fine, de barbe. Se raser faisait partie de ce qu'il aimait le moins, et pourtant s'y forçait chaque matin. Le brossage de dents fut jugé superflu.

Une fois prêt, le jeune homme sortit de chez lui pour s'acheter le journal. Alors qu'il rentrait chez lui, son téléphone portable sonna et vibra dans sa poche. Passablement énervé, il le sortit et consulta l'écran, se jurant de refuser aussi sec la communication si ce n'était pas un tant soit peu important. À l'heure actuelle, la catégorie "appels importants" était plutôt peu garnie. On y trouvait la famille proche du jeune homme, Chad et un ou deux potes zoku. À la dernière ligne de la liste mentale qu'il avait un jour dressée sur le sujet, il y avait son nom, à elle. Un nom qu'il refusait de prononcer, ni même de penser, tant il avait souffert à cause.

C'était un numéro privé, généralement utilisé par les commerciaux ou les standards d'appels.

- Infos service DoCoMo, bonjour, dit une voix féminine qui lui sembla familière.

Déconcerté, Ichigo répondit d'une voix qu'il aurait souhaité moins énervée.

- Bonjour.

- Je vous appelle pour vous parler de votre ligne téléphonique, et vous proposer quelques ...

Une intense réflexion s'opérait dans l'esprit du jeune homme. Hagard, il balbutia quelques syllabes, voulant prononcer un nom.


Rukia sortit de chez elle à cinq heures trente, et prit le métro à Sangenjaya, noin loin de son domicile, pour en descendre à son lieu de travail. Elle était standardiste et appelait plus de cent personnes par jour pour diverses raisons en rapport avec l'opérateur téléphonique numéro un au Japon. Il était environ onze heures quand apparut, dans la case "à appeler" sur l'écran de son ordinateur :


黒崎一護 (Kurosaki Ichigo)


Le nom ne lui évoqua rien. Elle pressa la touche d'appel et se prépara à endurer un nouveau client mécontent. Une masse de pensées s'abattit sur son esprit quand, à l'autre bout du fil, quelqu'un décrocha et dit, d'une voix passablement énervée :

- Bonjour.

Jamais elle ne pourrait oublier cette voix. Pendant dix ans, elle avait espéré presque chaque jour que l'homme qui en était le propriétaire ne l'interpelle dans la rue, par son prénom. Mais, en tant que professionnelle conscienscieuse, elle ne se laissa pas emporter par l'émotion et poursuivit inébranlablement ce pourquoi elle touchait chaque mois à peine cent onze mille cinq cent yens (111 500¥ ≈ 1100€).


Ichigo avala le peu de salive qu'il restait dans sa bouche, fit le vide dans son esprit, et prononça aussi distinctement que possible le mot :

- Rukia ?

Son interlocutrice resta muette.

- Rukia, est-ce que c'est toi ?


Rukia resta muette un instant.

Il se souvenait d'elle, après tout ce temps.

Cependant, elle ne pouvait se permettre de faire une entorse au règlement des standardistes. De fait, elle ne répondit pas à la question d'Ichigo mais resta sur sa lancée d'offres téléphoniques. Elle regretta très amèrement ce choix quand elle comprit qu'elle n'aurait sans doute plus jamais d'occasion pareille. Alors, elle prêta l'oreille à chaque son, chaque inflexion de la voix qui lui répondait, pour la graver à tout jamais dans sa mémoire. Cette voix chaude qui l'avait fait rêver d'amour et de passion pendant son adolescence. Elle faillit pleurer quand elle interrompit la comminucation. Sur son écran, il y avait toujours la fiche client d'Ichigo. Une idée folle germa dans son esprit, et elle regarda avidement la case où était affiché le numéro de téléphone de la ligne.


090 1569 8753


Elle s'empara d'un stylo posé sur son bureau, et griffona hâtivement le numéro sur un post-it. Elle plia soigneusement le papier. Son avenir se trouvait inscrit dedans. Puis, pour être absolument sûre de ne pas le perdre, elle tira sur le col de son chemisier et glissa la note dans son soutien-gorge. Folle de joie, elle reprit son travail de fourmi.


Ichigo, totalement désespéré, sentit venir la crise dépressive. Il avait frôlé et laissé passer ce qui était sans doute sa dernière occasion de retrouver Rukia.

"La vie est vraiment une salope ... Ça fait bien dix ans qu'on s'est pas vus, et là, boum, une occasion se présente, je la rate. Non mais quel con ..." Songea-t-il.

Il s'efforça d'abandonner ce genre d'idées maussades pour passer à des considérations autrement plus philosophiques.

"La vie est vraiment ironique. On se perd de vue à seize ans, on en a vingt-six maintenant, elle est devenue standardiste chez DoCoMo, moi je suis chômeur professionnel ... Il aura suffit d'un instant. Un instant éphémère, résultat d'une coïncidence sans doute exceptionnelle, pas du tout planifiée, pour que je la retrouve ... Et que je la perde quelques secondes après. Tout ce que je voulais, c'était la revoir encore une fois. Après ça, j'aurais pu mourir sur place."

Pour se changer les idées, il décida d'aller louer une barque au lac d'Inokashira. Il y resta plus d'une heure et demie, à contempler les nuages longs et effilés, semblables à des griffures dans le ciel. Les griffures d'une bête monstrueuse, folle de rage. Puis, las de tout, il ramena la barque au point de location, et rentra chez lui en traînant du pied. La journée allait être longue. C'était toujours long quand on était seul avec soi-même.


Rukia garda le regard fixé sur l'horloge de la salle des standards. Dix-neuf heures cinquante-neuf. Elle terminait de travailler à vingt heures pile. Les dernières soixantes secondes lui parurent interminables. Elle en oublia même d'appeler le client dont le nom s'affichait à présent sur l'écran de son ordinateur. Quand le responsable entra dans la salle et annonça que la journée était finie, Rukia fut la première à se lever. Elle enfila hâtivement son blouson par-dessus son uniforme, saisit son petit sac à main noir et sortit presque en courant. Quelques uns de ses collègues la regardèrent, étonnés.

- Eh ben ? Qu'est-ce qu'il lui arrive, à Kuchiki ? Elle est pas pressée comme ça, d'habitude ! Commenta sa voisine de stand.

Une fois dehors, la jeune femme courut jusqu'à la station de métro habituelle, et se jeta dans la première rame qui irait jusqu'à Sangenjaya. Elle se livra durant tout le trajet à une lutte contre elle-même, pour résister à la tentation de prendre le bout de papier et d'appeler sans plus tarder au numéro écrit. Cependant, elle réussit à résister.

Une fois chez elle, elle se mit à l'aise et s'assit sur le canapé, toute tremblante. Elle prit son téléphone portable en main, tremblant tellement qu'elle peinait à ne pas le faire tomber par terre. Puis, elle glissa une main dans son soutien-gorge et en retira le petit post-it plié en quatre, se rendant compte qu'il avait glissé jusque sur le téton. Elle le déplia avec une lenteur calculée, puis, maîtrisant tant bien que mal ses émotions, composa le numéro en question.


Ichigo venait de finir de siphonner son deuxième verre de whisky quand son téléphone sonna une nouvelle fois.

"Sans doute 'pa qui veut que je vienne manger à la maison ce soir ..."

Il ne se donna pas la peine de répondre. Mais, dès que la sonnerie fut terminée, elle recommença de suite. Isshin n'appelait jamais deux fois de suite de la sorte. Ni personne d'autre qu'il connaissait, d'ailleurs. Intrigué, il accorda un regard à son portable. Le numéro ne figurait pas dans son répertoire. Alors, il le prit en main, et appuya conscienscieusement sur la touche pour accepter l'appel.


Rukia faillit pleurer quand la tonalité s'interrompit.

"J'aurais pas dû l'ignorer comme ça ce matin ... Il m'en veut sûrement !"

Mais elle se rasséréna en se rappellant qu'elle l'avait appelé depuis le standard, et pas depuis son téléphone portable. De fait, elle rappela aussitôt le numéro. Et cette fois, ça décrocha à la première tonalité.

- Ichigo ! C'est toi ? S'exclama-t-elle.

- Oui ... Enfin, je crois ...

Il sembla hésiter quelques instants avant de percuter.

- RUKIA ! Hurla-t-il.

La jeune femme fondit en larmes. Elle avait réussi. Il ne l'avait pas oublié. Et plus jamais il ne l'oublierai, elle s'en fit la promesse.

- Ça va ? Pourquoi tu pleures ?

- Abruti ! Ça fait plus de dix ans qu'on s'est pas vu ! Et ... Et ...

Elle ne parvint pas à dire "je t'aime", sa gorge étant trop serrée pour ça. Elle se décontracta, et tenta de prendre un ton plus posé. Ainsi, ils discutèrent pendant plus d'une heure de la décennie perdue.

- T'es libre, demain soir ? Demanda Ichigo, à la fin du dialogue.

- Demain soir ? Non, désolé. J'ai l'entraînement de badminton le mercredi soir.

- Après-demain alors ?

- Oui, ça le fait. Mais pourquoi tu veux savoir ça ?

- À ton avis ? Faut qu'on fête ces retrouvailles, c'est moi qui rince ! Je connais un bon restaurant français dans Shibuya, on ira là-bas. Enfin, si tu acceptes.

- Et comment, que j'accepte !

Ichigo donna l'adresse de mémoire.

- À vingt heures devant ?

- Je finis de travailler à vingt heures, désolé. Vingt heures trentes, alors.

- C'est bon alors. On se tient au courant ?

- Oui !

Rukia coupa à contrecoeur la communication. Cependant, dès que cela fut fait, elle enregistra le numéro dans son répertoire, et elle courut ouvrir la bouteille de champagne français qu'elle avait acheté une fortune pour le où une grande nouvelle lui arriverait. Et cette grande nouvelle venait justement de lui arriver. Elle se limita à une flûte, sinon l'euphorie montante l'aurait poussée à boire toute la bouteille.


Ichigo ne dormit pas de la nuit. Il se tourna et se retourna sur son futon encore et encore, sans jamais trouver le sommeil. Un nombre infini de questions s'acharnaient sur son esprit qui ne demandait qu'à se reposer un peu.

"C'était la réalité, j'ai pas rêvé ? Où est-ce qu'elle habite ? Est-ce qu'elle m'aime encore, après tout ce temps ? Est-elle encore shinigami ? Est-ce qu'elle a un enfant ? Sinon, est-ce qu'elle est toujours vierge ?" Furent les questions qui revinrent le plus. Finalement, vers quatre ou cinq heures du matin, il renonça au sommeil, et se tira de sa couchette, étalée dans l'unique pièce de son studio. Il s'habilla, se brossa les dents pour la première fois depuis une semaine, se rasa. Cela faisait plus de vingt-quatre heures qu'il n'avait pas dormi, et pourtant, il ne se sentait pas le moins du monde fatigué. Il ne déjeuna pas et sorti directement savourer l'air frais du moment qu'il préférait dans la journée. L'heure froide et grise, précédant l'aube, quand la vie et la nature dorment. Le parc d'Inokashira était vraiment beau tôt le matin, d'autant plus que le ciel s'était dégagé depuis la veille. Les rares étoiles visibles depuis Tôkyô disparaissaient dans un ciel de plus en plus clair. Il repensa à Rukia, et la dernière image qu'il avait d'elle remonta à la surface. Il la voyait triste, au bord des larmes, derrière la vitre d'un Shinkansen en partance pour Sendai. Elle lui faisait des signes de mains désespérés, et, au moment où le train se mettait en marche, elle embrassait le verre froid. À ce moment, Ichigo sut que plus jamais, il ne serait véritablement heureux. Lui ne pouvait aller étudier à Sendai.

C'était sans doute un des souvenirs les plus tristes qui fut en la mémoire du jeune homme. Mais maintenant, il n'avait plus aucune raison d'être. Ils s'étaient retrouvés. Enfin. Il leva les bras en signe de triomphe, et clama sa joie à la face du monde.


Rukia affronta toute sa journée vaillament. Ordinairement, elle avait le cafard dès qu'elle posait le pied dans la salle des standards. Mais cette fois-ci, elle était toute gaie. Encore une fois, personne parmi ses collègues ne l'avait vue comme ça.

Vers dix heures, un bulletin d'informations coupa le programme diffusé sur l'écran de la salle des standards. Le présentateur déclara solennellement qu'un séisme de magnitude 7,3 avait eu lieu non loin de Sendai. Rukia eut un pressentiment. Jusqu'au mois dernier, c'était là-bas qu'elle vivait. Elle consulta l'horloge numérique.


201139 10:12 (09/03/2011 10:12)


Elle se replongea dans son travail en ayant une pensée pour Ichigo. Qu'était-il devenu ? Avait-il une petite amie ? Était-il marié ? Ce genre d'interrogations la harcela toute la journée.


Le soir, Ichigo regarda la télévision. Il s'intéressa au séisme qui avait frappé Sendai, plus tôt dans la journée, et dont tout les journaux télévisés du soir parlaient. Il n'y avait eu, dit-on, aucune victime. Du moins, de manière officielle.

Cette nuit encore, Ichigo ne trouva pas le sommeil. Encore une fois, il se résolut à faire nuit blanche. À ceci près qu'il était très fatigué. Tellement que finalement, il réussit à s'endormir vers une heure du matin. C'était le grand jour. Il se leva de bonne heure. Dès qu'il fut debout, il s'attela à ranger son studio, dans l'optique où, par un incroyable concours de circonstances qu'il échaffaudait dans sa tête, Rukia serait amenée à venir chez lui. Et il y avait du boulot. Les cup-ramen vides s'entassaient devant le téléviseur. Une banette noire poussée contre une étagère poussiéreuse débordait de linge sale. Une fois par semaine, il allait à la laverie publique pour faire la lessive. Deux étagères croulaient sous des livres, divers magazines, des paperasses quelconques, des accessoires inutilisés et inutiles.

Comme il mangeait soit dans les fast-foods, soit avec des couverts en plastique, la vaisselle n'était pas un problème. Une fois que tout fut terminé, il se plaça à l'entrée et contempla sa pièce avec la satisfaction d'une ménagère de cinquante ans qui termine le grand nettoyage de printemps. Ensuite, il passa en revue les quelques habits encore propres qu'il lui restait. Tout à droite de l'armoire, il y avait son costume blanc, qu'il réservait pour les trop rares entretiens d'embauche. L'ensemble semblait étincelant de propreté. Pas un seul pli ne le compromettait. Empli de fierté, il s'imagina avec, donna la main à Rukia, resplendissante de beauté dans sa robe de mariée aussi blanche que la neige vierge. Un soupir de contentement s'échappa quand il revint à la réalité, refermant le placard. Pour contenir son impatience, il alluma sa console et passa la journée derrière l'écran à jouer à divers jeux vidéos. Dès qu'ils lui offraient un temps de répit, toute son attention retournait à Rukia. C'est vers midis que son téléphone vibra. Il le tira de sa poche, pris du fol espoir que c'était Rukia qui l'appelait. Il fut à moitié déçu. Ça n'était pas un appel mais un SMS, cependant, il venait bien de la jeune femme. Elle prenait sa pause déjeuner et, pensant qu'Ichigo aussi, lui demandait ce qu'il mangeait. Alors, il répondit qu'il n'avait pas faim.


Rukia se leva toute guillerette. Si tout allait bien, ce soir même, elle allait pouvoir commencer le rattrapage de la décennie perdue. Encore une fois, elle arriva en joie au travail. Quand vint pour elle l'heure de manger, elle descendit à la cafétéria. En chemin, l'idée lui vint d'envoyer des SMS à Ichigo, à peu près sûre qu'elle figurait désormais dans son répertoire téléphonique.


À dix-neuf heures, Ichigo arrêta de jouer. Il s'approcha du lavabo, se rasa soigneusement, remit en place les épis rebelles. Il se doucha rapidement. Ensuite de quoi, c'est très cérémonieusement qu'il sortit et enfila son costume blanc, horrifié à la simple idée de faire ne serait-ce qu'une tâche infime sur le tissu. Au moment de sortir, il se rappela avoir oublié quelque chose. Il farfouilla dans une boîte posée sur une étagère, et en tira un petit sachet carré qu'il dissimula soigneusement dans sa poche. Puis il sortit en sifflotant un air joyeux, en direction de la station de métro la plus proche. En chemin, il s'arrêta chez un fleuriste et acheta une rose qu'il plaça dans la poche de sa veste. Il était dix-neuf heures cinquante-quatre quand il arriva devant le point de rendez-vous. C'était un restaurant français très renommé dans Tôkyô, qui coûtait assez cher. Ichigo regretta vaguement d'avoir dit "c'est moi qui rince" car il avait dû emporter toutes ses économies, soit un peu plus de trente-cinq mille yens (35000¥ ≈ 350€).


Rukia quitta le travail en courant. Elle passa tout le temps du trajet à maudire la lenteur de la rame de métro, qui cependant avançait à une vitesse tout à fait honorable. Elle n'avait que quelques minutes pour se changer et se préparer, qu'elle mit bien sûr à profit. Elle troqua ses sous-vêtements jugés trop passepartout contre un ensemble autrement plus affriolant. Puis elle enfila hâtivement la plus belle de ses deux robes : un habit rouge clair sur lequel couraient des motifs plus sombres, représentants des branchages de cerisier stylisés. Elle se coiffa, se parfuma, et commanda un taxi. Il était vingt heures dix-huit.


Ichigo avisa la Toyota Crown Royal Saloon qui s'approchait en ralentissant. Le véhicule rutilant s'arrêta à sa hauteur. La portière arrière s'ouvrit, et une jeune femme sublime en sortit, un peu gênée. Elle remercia le conducteur d'un signe de mains, et s'avança vers Ichigo, toute penaude. Elle commença à se tordre les mains, ne sachant pas quoi dire. Alors, elle leva vers lui ses grands yeux émotifs, et tenta un petit sourire timide. Le jeune homme la serra dans ses bras. Il commença à pleurer.

- Rukia ... sanglota-t-il ...

La jeune femme relâcha elle aussi quelques larmes. Elle se dégagea, et contempla Ichigo de la tête aux pieds.

- Tu n'as pas tellement changé, en dix ans, dit-elle.

- En tout cas, on ne peut pas en dire autant de toi. Je t'aurais pas reconnue, une fille si jolie ! Répondit-t-il après avoir séché ses larmes.

Il la détailla à son tour. Elle avait pris quelques centimètres, mais la différence de taille entre eux était toujours impressionnante. Sa coupe était toujours la même. Elle avait une jolie robe d'une belle couleur, et les motifs étaient poétiques. L'habit, plutôt près du corps, accentuait sa poitrine et ses hanches.

- Après vous, madame, dit Ichigo.

Il lui donna le bras, et ils entrèrent dans le restaurant. À cette heure-ci, la salle était presque comble.


Il était plus de vingt-deux heures quand ils sortirent. Le portefeuille d'Ichigo avait subi une intense perte de poids, à l'inverse de son propriétaire.

- Je t'appelle un taxi ? Demanda le jeune homme.

- Je veux bien. Mais ... À condition que ... Que ... Que tu viennes avec moi ... Répondit Rukia en minaudant.

Comme Ichigo ne répondait pas, elle s'enhardit et passa ses bras autour de ses épaules. Elle redressa la tête, et braqua son regard expressif dans le sien. Elle se mit sur la pointe des pieds. Il pencha la tête un peu, et posa une main dans le dos de Rukia.

Ils s'embrassèrent.

Le baiser dura longtemps, jusqu'à ce qu'ils se rendent compte qu'ils n'avaient pas encore appelé de taxi.

- Je t'aime, susurra Rukia.