L'Exécution

par Moon

Chapitre 31



A l'abri d'une hutte abandonnée du 44ème district du Rukongai, Kira finissait de guérir les multiples lésions internes de Rangiku sur lesquels n'avait pas osé intervenir le capitaine de la dixième division. Mais l'expérience de Kira à la division des soins lui donna beaucoup plus d'assurance pour toucher aux brûlures les plus profondes. Rangiku ne régurgitait plus la moindre goutte de sang et son teint avait repris quelques couleurs. S'il savait la situation moins désastreuse, il l'aurait incité à plusieurs journées de repos. Mais au dehors, le ciel grondait et le bois des modestes habitations du district craquait sous la poussée de la bise glaciale. Allongée sur le plancher froid, la blessée n'avait pas quitté la fenêtre des yeux.

-Il ne me reste plus qu'à m'occuper de tes reins endommagés, l'informa le vice-capitaine de la troisième division. Ça serait plus simple si tu te tournais.

La Shinigami finit par se détourner de l'ouverture et lui présenta son dos, habillé par l'haori du capitaine de la dixième division. Kira le releva doucement et posa les mains sur la peau nue de sa collègue, là où l'uniforme calciné avait laissé un trou béant sur une chair flétrie. Rangiku tressaillit à son contact.

-Désolé.

-Ne t'excuse pas, c'est un mal pour un bien, le rassura-t-elle.

Puis une chaleur agréable se diffusa à l'intérieur de son corps lui faisant pousser un soupir de soulagement.

-Tu t'es salement amochée, ne pu s'empêcher de commenter le blond.

-Tu veux dire que je ne suis plus jolie, c'est ça ? Se voulut-elle malicieuse malgré sa morosité.

-Non. Enfin je veux dire, si ! Tu sais très bien ce que j'ai voulu dire! Bafouilla-t-il les joues empourprés.

En cet instant, il fut soulagé de n'avoir que le dos de la Shinigami devant lequel rougir d'embarras.

-D'ici quelques jours, tu n'auras plus une seule cicatrice.

-En revanche, il faudra des mois à mes cheveux pour retrouver leur longueur, dit-elle bien moins triste que ce à quoi Kira s'était attendu. J'espère surtout que ça en valait la peine et que Sayuki nourrit les asticots.

-Tu crois qu'elle peut-être encore en vie après les braises que tu lui as faites voir ? L'interrogea Kira.

Rangiku perçut son inquiétude et répliqua sans la moindre douceur.

-Si ce n'est pas le cas, j'espère au moins que les cendres brûlantes d'Haineko lui auront cramé tous ses sales cheveux et qu'elle se retrouvera aussi chauve qu'Ikkaku !

Ils rirent tous deux. Brièvement. La précarité de leur situation n'était pas loin pour les rappeler à leur mine sombre.

-Mon capitaine ne voulait pas que je me serve de cette technique lors d'un combat car je n'en ai pas encore la maîtrise. Je pensais pouvoir lui prouver le contraire mais il avait raison.

Kira grimaça car elle l’emmenait sur le sujet sensible du moment. Toutefois, il ne se déroba pas.

-Ne t'inquiète pas pour ça, ce n'est pas lui qui blâmera ton manque de maîtrise aujourd'hui, dit-il. Son reiatsu est si dense que j'ai l'impression d'avoir sa présence tout autour de moi. C'est effrayant.

-Le plan d'Urahara n'a pas du fonctionner comme il le fallait, se désola-t-elle. Sinon, on ne sentirait pas autant sa pression spirituelle, n'est-ce pas ?

Soudain Kira la sentit se crisper sous ses doigts.

-Et maintenant, reprit Rangiku, le capitaine général va sûrement...

La fin de sa phrase s'étrangla. Kira n'ajouta rien et se contenta de relever tristement les yeux vers l'ouverture branlante faisant office de fenêtre. Oui, il imaginait parfaitement ce que voulait signifier Rangiku. Si Urahara avait bel et bien échoué, au point où les choses avaient évolué il ne restait malheureusement qu'une seule alternative possible pour rétablir l'ordre. La mort du capitaine de la dixième division réglerait définitivement leurs problèmes. Mais quelqu'un ici pourrait ne pas se remettre d'une telle tragédie. Et c'était précisément pour cette raison qu'il s'était allié au plan d'Urahara. Kira le savait. Le lien qui unissait Matsumoto Rangiku à Toshiro Hitsugaya était...

Dans son esprit, les mots se bousculaient confusément. Il se rendit compte que leur relation était indéfinissable. Celle-ci dépassait largement la simple entente entre un capitaine et son subordonnée. Surtout depuis la mort de Gin Ichimaru. Quelque chose de plus complexe s'était noué entre eux. Il avait pu l'observer. Était-ce une forme de fraternité ? Peut-être. Pourtant, cela ne ressemblait pas exactement à un lien unissant deux membres d'une même famille. Ni même celle cousu entre deux amants. Et elle se plaçait au-delà de la simple relation amicale. Alors comment fallait-il la qualifier ? C'était peut-être tout ça à la fois mais ce genre de filiation ne portait pas encore de nom. Le mieux n'était-il pas de poser directement la question à l'un des concernés ? S'il osait...

Kira finit de colmater les derniers organes avant de refaire glisser l'haori sur le dos de la Shinigami.

-Voilà, j'ai terminé, tu devrais te sentir bien mieux maintenant. Le reste finira par se régénérer avec le temps.

-Merci, répondit-elle en se redressant sur ses genoux. C'est la deuxième fois que tu prends soin de moi comme ça, j'ai beaucoup de chance de t'avoir Izuru.

Elle sourit. Le blond ne l'imita pas cependant. Au dehors, les échos vrombissants du tonnerre firent peser davantage la tension naissante.

-Tu comptes affronter le capitaine général, n'est-ce pas ? S'enquit-il, l'expression tendue.

La Shinigami fuit son regard pour le rediriger vers le ciel obscure.

-Mais enfin Rangiku tu n'as aucune chance ! Le capitaine Yamamoto ne te laissera pas lui faire obstacle. Si tu t'opposes à lui c'est ta mort assurée !

-Je suis la vice capitaine de la dixième division. J'ai le devoir de couvrir mon supérieur.

-Mais c'est lui notre supérieur ! Le capitaine général, c'est à lui que nous devons allégeance plus que tout autre ! Lui rappela-t-il en s'agitant.Tu le sais aussi bien que moi ! Alors pourquoi te donnes-tu corps et âme pour Hitsugaya ?! Ce n'est pas uniquement par devoir que tu le protèges, c'est bien plus que ça !

Elle aurait pu s'énerver de ses remarques mais la vice capitaine campa sur son impassibilité. Elle se leva et alla récupérer son zanpakutô posé en travers du mur, près de la fenêtre. Maintenant qu'elle se sentait en état, elle pouvait partir à sa recherche. Et ce n'était pas son homologue à l'air malheureux en train de la jauger qui l'en empêcherait.

-Tu ne comprends pas.

-Alors explique-moi !

-Je dois y aller, libre à toi de m'accompagner.

-Hisagi l'a remarqué lui aussi, poursuivit Kira qui espérait la retenir. Tu t'accroches à Hitsugaya comme à une bouée depuis la mort du capitaine Ichimaru.

-Quel mal y a-t-il à cela ? Releva Rangiku qui, en haussant un sourcil, noua fermement l'attache du fourreau à sa ceinture, bien moins placide qu'à la minute précédente.

-Que s'il disparaît tu coules bien sûr ! S'emporta-t-il sur le ton de l'évidence.

La Shinigami se tourna vers le blond pour le dévisager gravement. Le voir s'inquiéter autant pour elle la touchait beaucoup. Elle ressentit d'ailleurs un nouvel élan d'affection pour son guérisseur. Mais ses lèvres remuèrent froidement, bien loin du sourire avec lequel elle aurait souhaité remercier sa bienveillance.

-Je sais nager, dit-elle.

-Oui, mais voudras-tu seulement battre des jambes le moment venu ?

Se sentant mise à nue et à cours d'arguments, Rangiku préféra se murer dans le silence. Après tout, elle n'avait pas l'obligation de répondre. Même si son ami disait vrai, qu'elle s'accrochait à son supérieur comme à une bouée depuis la mort de Gin, Izuru ne disposait pas de tous les éléments pour comprendre son sentiment...



Elle suffoquait, la tête enfouit entre ses genoux tremblants, son cœur s'affolant dans sa poitrine à la manière d'un oiseau en cage effrayé. Le monde sous ses pieds se dissipait et la terreur qui occupait ses pensées se répandit bientôt dans tout son être.

« Gin est mort et il ne reviendra jamais ».

Ses pensées lui renvoyait inlassablement le visage éteint de l'homme qui avait donné un sens à sa vie miséreuse alors qu'elle n'était qu'une enfant éprouvée, mourante sur les sentiers du Rukongai. Il avait joué un double jeu dangereux face à Aizen, au prix de la confiance et de la vie. Débordante de haine, le sens que Gin avait donné à son existence, elle ne l'eut compris que trop tard. Tout ce pour quoi il s'était battu : elle.

Fiévreuse et débordante de larme, elle crut mourir.

La porte de sa chambre coulissa. Une voix murmurait son nom. Seulement elle resta prisonnière de ses remords, le visage enfoui entre ses genoux tremblants, incapable de dire un mot. Puis, une main se posa doucement sur sa tête. Celle-ci parut hésiter avant de commencer à caresser ses longs cheveux vénitiens. Ce contact tira momentanément la malheureuse de ses angoisses. Elle releva le menton de ses genoux et croisa des iris clairs, d'un vert d'eau saisissant dans la semi-obscurité offerte par la lune. Son jeune capitaine s'était accroupi près d'elle et la dévisageait attentivement. Sa présence la surprit un instant. Il était pied nu et portait un yukata blanc pour la nuit dont l'ouverture laissé entrevoir une série de bandage sur le torse jusque sur le dessus de la clavicule. Elle se souvint alors. Il était sortie de la quatrième division le matin même. On lui avait rafistolé le corps littéralement sectionné en deux par Aizen... Aizen. Cela faisait une semaine depuis la bataille de Karakura et la victoire remporté par Ichigo. Sept jours...

-Gin est mort et il ne reviendra jamais.

Cette fois, les mots étaient sorti de sa bouche, sans qu'elle n'en ai réellement conscience.

-Je n'ai pas su voir... comprendre...

Elle suffoqua à nouveau. Le peu d'air qui parvenait jusqu'à ses poumons ressemblait à des coups de poignard. Brusquement, elle s’agrippa au vêtement de son supérieur.

-Je n'arrive plus... à respirer, peina-t-elle à articuler entre ses hoquets douloureux.

A genou face à elle, Toshirô la laissa terrer son visage contre sa poitrine, chercher l'air dont elle avait besoin. A aucun moment il ne la repoussa.

-Je ne peux pas remplacer l'air de tes poumons, commença-t-il au milieu de ses sanglots, alors tu dois respirer toute seule, même si tu as mal. Tu m'entends ? Ne t'arrête pas de vivre.

Elle tremblait toujours comme une feuille contre lui mais elle fit l'effort d'atténuer ses spasmes pour qu'il la sente acquiescer. Malgré tout, ses larmes continuaient de couler à flot pour se fondre à travers les pores blancs du col auquel elle se cramponnait désespérément.

-Je n'ai pas la prétention de pouvoir compenser cette perte, dit le capitaine d'une voix feutrée et apaisante.

Il s'interrompit un instant, semblant peser chacun des mots qu'il allait prononcer.

-Je ne suis pas Ichimaru.

Rangiku savait pourquoi ce nom roulait si aigrement sur la langue du capitaine. Il le détestait. Gin n'avait jamais eu un comportement très appréciable auprès des autres Shinigamis. Son sourire sournois, inquiétant, et son imprévisibilité donnait la même impression que de se retrouvait face à un serpent. La vice capitaine était convaincue d'être la seule à le connaître véritablement, bien qu'elle n'eut jamais apprécié non plus sa conduite patibulaire. Lui s'en était amusé, évidemment.

Alors comment en vouloir à son capitaine ? Son ressentiment était légitime. Mais avant qu'elle ne poursuive sa pensée, Toshirô reprit.

-On m'a expliqué comment il est mort. Mais on ne m'a pas expliqué pourquoi il s'était si soudainement retourné contre Aizen. En fait, personne n'était en mesure de me le dire.

Il y eut un nouveau silence qui ne dura que quelques secondes.

-Mais toi tu le sais, pas vrai ?

Rangiku émit un nouveau sanglot et acquiesça.

-Alors ça me suffit, dit-il.

Elle n'était pas certaine de suivre sa conclusion, pourtant il devint très vite évident qu'il avait bien mieux compris que tout ceux qui s'étaient essayés à mettre des mots sur son chagrin. Étrangement, elle se sentit envahir par un sentiment de plénitude tout à fait insolite alors qu'elle serrait toujours les pans du yukata contre lequel elle enfouissait sa tête. Une sorte de lumière inattendue, naissante dans les ténèbres. Puis il ajouta ces mots, qui plus que tout autre ranimèrent son cœur malheureux.

-Je ferais en sorte que tu n'aies plus à pleurer, Matsumoto.

Le monde s'arrêta de tourner. Son corps même sembler s'être mis sur pause. Tel un automate, Rangiku se recula avec lenteur pour trouver le regard pers posé sur elle. Cette phrase... Il ne pouvait pas l'avoir dit au hasard et encore moins l'avoir entendu de la bouche de Gin. Cet écho, avait quelque chose de profondément transcendant.

-Qu'est-ce que vous avez dit ?

Une autre femme aurait pu avoir posé la question à travers sa propre bouche tant sa voix fut claire et sûre. D'ailleurs son capitaine l'observa d'une drôle de façon. Il apparut soudain indécis, voir troublé. Lui même avait l'air d'avoir remarqué quelque chose d'étrange.

-Tu vas essayer de dormir un peu maintenant, éluda-t-il. J'ai besoin que tu sois en forme pour demain. On reprend l’entraînement. Toi et moi devons avancer pour devenir plus fort.

Sur ces mots il se leva doucement et elle lâcha sa prise sur lui. Lorsqu'il arriva à la porte il se retourna. Elle n'avait pas bougé et le contemplait toujours confusément, les joues mouillées par toutes les larmes versées. Le jeune Shinigami soupira alors.

-Tu n'as pas l'air d'être en état de rester seule cette nuit, je me trompe ?

Il attendit mais elle ne réagit pas. Puis il fit mine d'être sur le point de s'atteler à une tâche pénible.

-Très bien, laisse-moi juste le temps de ramener un futon ici. Je reviens.

Elle aurait très bien pu lui affirmer que ce n'était pas la peine qu'il reste, que malgré ses angoisses elle trouverait le sommeil. Ce qui était vrai maintenant, grâce à lui. Mais si elle le laissa partir sans rien dire, même lorsqu'il la rejoint en tirant derrière lui son futon et qu'il s'y allongea sans un mot en lui tournant le dos, c'était qu'elle comprenait que le plus angoissé des deux, c'était lui.




Un trouble important dans l’atmosphère arracha la vice capitaine à ce souvenir. Elle se retourna en direction du ciel et Kira la rejoignit à la fenêtre tout de suite après. Lui aussi l'avait senti : ce battement comme une vague invisible s'écraser sur leur corps.

-Tu as vu ça !? Ne put le croire la vice capitaine de la dixième division. On dirait...

-Le monde réel, compléta Kira tout aussi décontenancé.

En effet, dans le ciel obscure, ce que l'on aurait pu confondre avec des étoiles se trouvaient être en réalité des multitudes de lumières appartenant à des maisons et immeubles du monde réel. Si elle ne s'y trompait pas, Rangiku aurait pu jurer qu'il s'agissait de la ville de Karakura. Son paysage urbain miroitait presque sur la couche nuageuse, à la manière d'une image trouble un peu fantomatique.

-Que se passe-t-il ? Qu'est-ce que ça veut dire ? S'inquiéta Kira.

Rangiku hocha de la tête, les yeux écarquillés par la stupeur.

-Je ne sais pas. Mais on dirait que le monde réel tangue vers la Soul Society.


… ….



-Qu'est-ce que c'est que ça ?

Ichigo s'était arrêté de courir. Ses yeux dardaient un ciel saturé de nuage noir sur lequel se réfléchissait des toitures rectilignes d'habitations étrangères à la Soul Society. Un peu plus loin, Kyoraku s'immobilisa lui aussi alors qu'il s'apprêtait à franchir la lisière d'une forêt de pins. Le capitaine releva son chapeau pour mieux contempler le phénomène.

-Eh bien, s'exclama-t-il d'une voix mesurée et étonnamment calme. Cela n'augure rien de bon pour nous.

-Comment ça ?

-La frontière entre les trois univers s'amenuisent. Si le monde réel se reflète à la Soul Society, cela signifie certainement que le Hueco Mundo se reflète lui aussi quelque part dans le monde réel. Et j'imagine sans mal les Hollows lever les yeux depuis leur désert blanc pour voir apparaître la Soul Society.

-Et c'est un problème ? S'inquiéta Ichigo qui se schématisait mentalement les explications.

Avec un pincement au cœur, il regretta soudain les illustrations puérils de Rukia. A présent rejoins par Kyoraku, il dû chasser l'image de la vice capitaine inanimée dans ses bras pour se concentré sur la réponse de son interlocuteur.

-Si on laisse les choses se faire, oui. Car alors ça serait la fin des mondes tels que nous les connaissons.

Ichigo se sentit frissonner.

-Comme si on avait pas déjà assez de problème, maugréa-t-il.

Un souffle embué s'échappa de ses lèvres. Le jeune homme se rendit alors compte que son précédant frisson n'avait rien à voir avec la dernière remarque de Kyoraku. Il faisait froid, bien plus que tout à l'heure, au point qu'il pu sentir l'extrémité de ses doigts s'engourdir.

-Il est ici, déclara Ichigo qui attarda son regard en direction de la forêt de pin.

-Ça ne fait aucun doute, approuva une voix grave et rêches derrière eux.

Kyoraku et lui firent volte face simultanément. Le plus haut gradé de tout le Gotei 13 se tenait en appui sur sa canne en bois, sa longue barbe blanche encadrant un visage gravé de sillon, l'air sévère. Ichigo eut le pressentiment que le vieux capitaine ne serait pas là pour leur rendre la tâche facile.

-Ça alors, Pépé Yama ! S'exclama Kyoraku en courbant légèrement l'échine. Quel bon vent vous amène à cette heure ? Ukitake n'est pas avec vous ?

-Tu es un homme clairvoyant, Shunsui, répondit le capitaine général. Tu dois savoir que le seul vent qui m'a conduit jusqu'ici est celui brûlant de l'impatience. Ukitake ne saurait longtemps me confiner dans mes quartiers et ses talents sont nécessaire pour contrer l'invasion de Hollow qui surplombe le Seireitei. C'est là aussi que je t'ordonne te te rendre mon garçon. Tu as un devoir envers la Soul Society.

-J'ai bien peur de devoir remettre mes obligations à plus tard mon capitaine, s'excusa Kyoraku affable. Je règle une petite affaire ici et promis, j'irai tout de suite après prêter main forte à mes collègues.

Ichigo resté silencieux jusqu'à présent sentit la température grimper.

-Cette petite affaire, c'est moi qui vais la régler, annonça Yamamoto d'un ton sans réplique.

-Vous ne pouvez pas tuer Toshirô ! S'opposa le lycéen les poings serrés de détermination.

Il s'avança prêt du commandant, les sens en ébullitions.

-Il y a un autre moyen, je peux y arriver ! Accordez-moi un peu de temps !

-Le temps ne se négocie plus. L'équilibre est sur le point de se rompre, Kurosaki Ichigo. J'aurai aimé qu'il en soit autrement, croyez-moi. Sachez aussi que j'ai appuyé la solution de Kisuke Urahara auprès de la chambre des 46 mais leur décision est au dessus de mon commandement. J'ai patienté jusqu'au tout dernier instant.

Il se tut brièvement et poursuivit d'un ton plus grave encore.

-Je sais ce qui est arrivé à la vice-capitaine Kuchiki après qu'elle se soit servit du Shinyukyû de Kisuke Urahara.

Ichigo écarquilla les yeux de stupeur.

-Comment êtes-vous...

-Je n'oublie pas que la Soul Society a une dette envers toi, l'interrompit le vieux Shinigami qui par ses mots laissait largement sous-entendre le sacrifice d'Ichigo face à Aizen. Il est hors de question que tu risques encore ta vie à notre place, surtout pour une cause comme celle là. Trop de vie ont déjà étaient perdues.

Le vieux Shinigami tendit sa canne devant lui et laissa le bois se résorber sur toute sa longueur pour y faire apparaître un katana.

-Maître Genryûsai ! S'écria Kyoraku. Ne faites pas ça ! Ichigo peut encore réussir avec notre aide !

Yamamoto entrouvrit l'une de ses paupières, considérant son ancien élève d'un regard pénétrant.

-Tu es sûr mon chemin Shunsui.

Il ajouta alors :

-Change toute chose en cendres brûlantes, Ryûjinjakka !

Kyoraku agrippa Ichigo par le kimono et le tira loin du torrent de flamme qui se déversa subitement de la lame incendiaire du commandant. La forêt de pin s'embrasa d'un coup. On aurait dit un gigantesque feu de forêt. La cime des arbres n'était même plus visible tant les flammes engloutissaient tout sous leur lumière dévorante.

Ichigo, retenu par le capitaine de la huitième division, contempla sans le croire l'immense incendie ravager la forêt. Il devait s'en trouver à une bonne centaine de mètre mais la chaleur était telle qu'elle lui donnait déjà l'impression de suffoquer. Si Toshirô s'était réellement reclus dans cette zone forestière, il ne pouvait pas avoir échappé aux flammes. Elles étaient arrivées avec une vélocité forçant le respect. Sauf qu'il ne ressentit que de l'horreur en songeant aux jeune homme pris au piège dans cet enfer brûlant.


C'est alors qu'une colonne de vapeur jaillit brusquement à travers les flammes sous la forme d'un tourbillon géant en direction du ciel. Un mélange de buée glacée et d'air chaud formant une sorte de tornade extraordinaire.

-Prépare-toi Ichigo, prévint Kyoraku. Nous ne devons surtout pas laisser passer notre chance, cette fois.

Ichigo observa avec de grands yeux la colonne de vapeur se transformer en immense bourrasque sphérique, un peu comme si une énorme bombe d'air venait de s'écraser aux milieu du brasier qui fut soufflé sur le coup. Quelque chose devait s'être engouffré dans la tornade mais Ichigo n'eut pas l'occasion de découvrir quoi. Une main puissante se referma sur son épaule au moment où la rafale glacée arrivait sur eux dans un bruit assourdissant. Ichigo eut tout juste le temps de voir s'envoler le chapeau de paille de son bienfaiteur avant de sentir la force incroyable le traverser. Si Kyoraku n'avait pas été là pour le retenir, nul doute qu'il se serait envolé avec son couvre-chef. Mais ce n'était pas seulement ça. Le capitaine avait créé quelque chose qui ressembla à une bulle protectrice autour d'eux.

-N'oublie pas de déployer ta pression spirituelle pour en contrer une autre, lui cria Kyoraku à travers le tumulte.

Lorsque le souffle perdit en intensité, Ichigo put constater que le vieux Yamamoto s'était lui aussi servi de sa pression spirituelle pour ne pas se laisser emporter. Concentré, il continuait de fixer droit devant lui impassiblement. Quelques flammes bleues issue de son reiatsu brûlant caressaient les contours de sa sphère.

Le lycéen scruta à son tour l'horizon, là où il y a encore une minute s'était tenue une forêt de pins. A présent, il n'en restait plus qu'un paysage de désolation. Les arbres calcinés avaient basculé sous la pression du souffle, offrant l'étrange sensation de se tenir face à une armada de lance glacées et menaçantes.

Puis soudain, surgit de nul part, un long dragon d'eau et de glace s'élança sur le capitaine général. Son rugissement fut néanmoins interrompu par la riposte enflammé du vieux Shinigami. La collision engendra une nouvelle explosion de vapeur. Elle se dissipa très vite, repoussé par la projection de reiatsu du commandant.

Une personne se matérialisa entre les volutes de fumé. Mais ce fut à peine si Ichigo le reconnut au premier coup d’œil. Toshirô s'était considérablement amaigri par rapport à leur dernière rencontre. Pourtant, très peu de temps devait s'être écoulée depuis sa fuite. Une heure tout au plus. Que s'était-il donc passé ? Paradoxalement, les ondes gracieuses que formaient sa pression spirituelle autour de lui indiquait une forte densité spirituelle.

-J'avais bien raison de croire en ton potentiel, Toshirô Hitsugaya, dit Yamamoto tout aussi statuaire. Tu as accédé au grade de capitaine avec la plus grande marge de progression. Mais tu ne t'es pas uniquement montré fort pour ton âge. Tu as aussi impressionné par ton intelligence et ton sens du devoir. Si j'avais pu te laisser vivre encore mille ans, tu aurais eu les épaules pour prendre ma succession un jour.

Il était étrange, pensa Ichigo, de voir le grand général des armées discourir ainsi. Il parlait comme un vieillard à son seul héritier, s'épanchant sur ses regrets. Le lycéen crut même, pendant un instant, que Yamamoto abaisserait son sabre pour finalement renoncer à se battre. Sinon pourquoi hésiterait-il ? Mais là réponse de Toshirô ne vint pas. En fait, son regard n'était plus que deux orbes évanescents, pâles et froids comme du verre. Ichigo le savait, le jeune capitaine n'avait pas toute sa présence d'esprit. Mais cela ne compta guère pour Yamamoto.

-Quel gâchis, ajouta-t-il simplement.

Ryûjinjakka trancha l'air et l'enflamma dans son sillage. Toshirô qui paraissait pourtant en pleine léthargie réagit très vite à l'offensive. Rapide, agile et précis, il se fraya un chemin entre le lasso de flamme, filant comme un courant d'air. Il s'apprêtait à frapper mais sa lame se heurta à celle du général. Le fer crissa et des étincelles volèrent un peu partout. Ichigo esquissa un mouvement dans leur direction mais fut stoppé par le bras de Kyoraku, l'air sûr.

-Attends, pas encore...

-Ils risquent de s'entre-tuer ! Protesta Ichigo.

Toshirô fut catapulté sur le flanc d'une butte, le corps tout auréolé de flammèches rougeoyantes.

-Maintenant ! S'écria le roux qui crut y voir une opportunité.

Mais une fois encore, il fut retenu par la poigne ferme du capitaine de la huitième division. Une cascade de feu frôla de peu Ichigo. Celle-ci finit sa course droit sur Toshirô encore à terre près du talus.

-Il y a un dicton, du monde réel, qui dit : « Un train peut en cacher un autre. » Commenta Kyoraku malicieux.

-Je suis au courant, merci ! Grinça le roux entre ses dents.

Le mur de glace derrière lequel s'était barricadé Toshirô finit de s'éparpiller sur la terre telle une myriade de diamant brut. Le choc thermique fut d'ailleurs si extrême qu'il projeta le garçon encore plusieurs mètres en contre-bas. Le capitaine général semblait prendre l'avantage tandis que le plus jeune souffrait de ses assauts enchaînés. Mais il se releva encore, le regard féroce. Prenant une grande inspiration, il sembla sur le point de passer au stade de libération supérieur. Mais à peine eut-il formulé la moitié du mot « Bankai », qu'il se raidit brusquement. Et sans raison apparente, il bascula en avant et tomba sur la terre gelée.

Couché sur le côté, Toshirô tint sa main crispée sur la poitrine, véritablement en proie à la douleur. D'un shunpo, le commandant se matérialisa près de lui, le surplombant de toute sa hauteur.

-Ta pression spirituelle actuelle est trop grande pour que ton corps puissent la contenir plus longtemps, dit-il de sa voix éraillée mais puissante. Si j'en crois ce que je vois, tu ne peux pas me combattre moi sans qu'elle ne te détruise. Et si ton organisme lâche avant que je n'ai mis fin à ton existence, je crains que plus rien ne sois en mesure d'empêcher cette étrange force qui t'irrigue d'entraîner la destruction de notre monde.

Au dessus d'eux, le ciel gronda et un éclair illumina la nuit. Une ville tout entière se miroitait dans les nuages, plus limpide que jamais. L’atmosphère sous tension, semblait sur le point de se fracturer à tout instant.

-Il est temps que cela cesse, ajouta simplement le vieux Shinigami.

La lame de Ryûjinjakka se colora d'un orange incandescent et bientôt s'éleva au dessus du garçon resté à terre.

Ne tenant plus, Ichigo se dégagea avec force de l'emprise de Kyoraku et fonça. Mais au moment même où il avançait Zangetsu pour contrer l'exécution, une autre personne vint se dresser entre le commandant et Toshirô, ce qui stoppa net toutes actions.

-Rangiku ! S'écria Ichigo qui ne pu en croire ses yeux.

Yamamoto lui même dévisageait avec stupéfaction la vice-capitaine de la dixième division qui ne tendait non pas un katana en avant mais simplement ses mains. Des mains tremblantes, lézardées de veines saillantes. La sueur débordait par tous les pores de sa peau et son expression en disait long sur l'inconfort de sa position. En effet, la pression spirituelle du commandant l'écrasait littéralement sous le poids de sa puissance tandis que celle de Toshirô la traversait comme un souffle mortel et glacé derrière elle. Ichigo pouvait en témoignait car lui même se trouvait prit dans cet étau d'énergie, à une distance d'épée du trio Shinigami.

La surprise passé le capitaine général gronda :

-Petite sotte ! Écarte-toi ! Ton sacrifice ne servira pas la Soul Society !

-Bien au contraire, rétorqua la Shinigami les prunelles fixes et frondeuses. C'est l'avenir de le Soul Society que je tente de préserver.

-Crois-tu donc pouvoir me leurrer ? Ce que tu cherches à protéger se limite à la vie d'un seul homme ! Hors de ma vue !

-Je refuse !

Il n'y avait aucune once de peur dans sa voix. Sa détermination n'en fut que plus remarquable. Rangiku n'avait jamais paru aussi loin de son tempérament fantasque et frivole auquel Ichigo s'était accoutumé. Sous ses yeux, se dressait une femme forte de ses convictions, prête à tous les sacrifices. Une femme qui, inexplicablement, lui renvoyait l'image de sa mère...

Sous la colère, la pression spirituelle du capitaine général crût davantage poussant Rangiku à abdiquer. Ses jambes fléchirent et elle tomba à genoux aux bord de l'évanouissement. Ichigo se sentit lui même plier sous l'énergie colossale dégagé par le vieux Shinigami. Il songea un instant à user de son Bankai pour palier à se déséquilibre de puissance mais le jeune homme crains d'aggraver les choses.

-S'il vous plaît..., articula faiblement la vice capitaine à moitié affalé sur le sol.

Yamamoto porta son attention sur Toshirô étendu derrière elle, puis sur le Shinigami remplaçant, l'attitude circonspecte. Dans sa tête, tout se heurtait confusément. Il ne voulait pas abattre son sabre. Mais en tant que que capitaine général des armés, désigné pour préserver l'Equilibre, il se devait d'accomplir son devoir. Il en était de sa responsabilité. Trouver le courage d'agir pour le bien, parfois même à l'encontre de ses principes : c'était aussi ça la force d'un général. Ne pas se laisser entraver par les sentiments, courir après la justice universel, suivre le chemin tracé par les fondements de la loi... Voilà ce pourquoi il était engagé. Seulement voilà, ces principes avaient violemment été ébranlés depuis l'arrivée de l'humain à ses côtés. Ichigo Kurosaki leur avait prouvé que la voie de la justice pur n'était pas toujours le meilleur moyen de mener le monde. D'abord avec l’exécution interrompue de Rukia Kuchiki, puis par le sauvetage d'Inoue Orihime enlevé au Hueco Mundo et enfin par son abnégation face à la malfaisance de Sosuke Aizen. Des prises de risques immenses mais qui dans un fond d'espoir fragile à su montrer un meilleur horizon.

Le regard du vieux commandant se posa successivement sur l'écrin du Shinyukyû qu'Ichigo retenait dans une main puis sur le sabre de lumière attaché à sa ceinture.

-Si je te laisse faire ce choix, commença-t-il d'un ton grave à l'adresse d'Ichigo, tu ne dois pas te tromper.

Comprenant que le moment était venue, le lycéen se garda bien de demander au général la nature de se revirement. Toshirô était vulnérable, c'était maintenant ou jamais.

-La seule erreur que je puisse faire pépé, c'est de ne rien tenter. Dégommez le tout si j'échoue. Mais je ne me tromperais pas.

Les flammes léchant la lame de Ryûjinjakka se dissipèrent aussitôt et le commandant eut l'air de vieillir de cent ans supplémentaire tant son visage se ferma alors qu'il abaissait son sabre. Sa pression spirituelle se lénifia à l'image de son esprit, en état de résignation.

Ichigo réduit la distance entre lui et Toshirô, défie le katana de lumière de son attache et s'agenouilla près du garçon. La terre gelée craquela légèrement. Il échangea alors un regard avec Rangiku qui se redressait. Ses yeux bleus brillaient étrangement.

-Je vais le ramener, dit-il.

Elle acquiesça.

Ichigo éleva en même temps que leurs espoirs le sabre confectionné par Urahara. Mais au moment où il voulut conclure son action, le regard de Rangiku vrilla par dessus son épaule et le capitaine général ouvrirent de grands yeux alertes. La seconde suivante et sans que personne ne puissent réagir assez tôt, le lycéen se retrouva prit dans une cascade éclair, le poids d'un individu resserré autour de son cou. Il roula sur plusieurs mètres sans qu'il ne puissent discerner clairement le ciel et la terre. Lors qu'enfin tout cessa de tourner, l'arrière de sa tête cogna douloureusement contre le sol. Ses pupilles fixèrent un visage méconnaissable penché sur lui. Son agresseur avait les deux mains enlacées autour de sa gorge, pressant avec tant de sauvagerie qu'Ichigo eut l'horrible sensation d'en perdre littéralement la tête. S'il ne reconnut pas son agresseur à sa physionomie digne des pires films d'épouvante, la voix mielleuse éraillée par l'aliénation qui lui hérissa le poil ne put guère le tromper.

-Salut Ichigo, susurra Yue Sayuki.



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