Tentative

par Moon

Chapitre 29



Sous cette nuit glaçante, Ichigo se heurta à un sentiment d'échec si cuisant qu'il eut des difficultés à remettre en ordre le flot discordant qu'étaient devenu ses pensées. Il aurait pu empêcher cette tuerie. Non, il aurait ... Malheureusement il était arrivé trop tard.

- Reprends-toi, Ichigo ! Le bouscula Renji. N'oublie pas pourquoi nous sommes là.

Mais quelqu'un d'autre réagit avant tout le monde. Le chef des Nécromanciens venait de déployer ce qui ressembla à des rectangles de lumière agencés comme les douze chiffres d'une horloge, derrière lesquels il se mit à murmurer très vite. Urahara tenta de l'arrêter mais se retrouva soudainement piégé à l'intérieur d'une étrange bulle spirituelle. Le blond croisa stupéfait le regard d'Ichinose.

- Maître Tsukabishi vous aura enseigné beaucoup de choses sur le kidô ces cent dernières années, déclara ce dernier resté inébranlable. Mais depuis votre fuite, le corps des Nécromanciens a su rebondir par quelques nouveautés. Vous n'êtes pas le seul à savoir surprendre l'adversaire.

Sur ces mots, il poursuivit sa première série d'incantation qui fit jaillir douze liens spirituels hors des rectangles de lumière. Tels les tentacules d'une méduse, les liens se précipitèrent sur le capitaine de la dixième division à une vitesse foudroyante.

Le jeune homme resserra sa prise autour de son zanpakutô, soudain alerte. Les liens vinrent s'enrouler autour de ses poignets et chevilles, provoquant un effet immédiat. Sa pression spirituelle dégringola aussi sûrement qu'une chute de tension. Les genoux du Shinigami plièrent sous cette perte brutale d'énergie, l’entraînant sur le sol. Ichigo le premier se précipita quand il se fit surprendre à son tour. L'un des tentacules s'était enroulé sur son bras gauche, aspirant son propre reiatsu. Puis très vite, une autre vint se saisir de Zangestu. Sa force, son pouvoir, sa vitalité, tout semblaient quitter inexorablement son corps. Ses jambes même flagellèrent alors que sa tête lui tournait violemment. Que lui arrivait-il subitement ? Quel genre de pouvoir le Nécromancien usait-il ?

-Ichinose ! Cria Urahara depuis sa prison spirituelle.

-Je ne laisserai personne s'interposer ! Répliqua sèchement le Nécromancien.

Néanmoins, ses traits tendus reflétaient sa difficulté à maintenir sous son joug à la fois le Shinigami remplaçant et le capitaine de division. Ce qui n'échappa guère à Renji.

-Couvre-moi ! Clama-t-il à Rukia en bondissant en avant comme le ferait un animal sauvage.

Zabimaru tendu à bout de bras, il le laissa s'étendre jusque sur les tentacules dorés, à la manière d'un hachoir qui s'abattit avec violence. De l'autre côté, Hisagi s'élança à sa suite en clamant :

-Fauche ! Kaseshini !

L'une de ses faucilles se balança au bout de la chaîne pour venir se joindre à l'assaut de Renji. L'effort combiné de leurs attaques respectives déclencha une onde de choc massive qui catapulta Ichinose d'un côté puis Toshirô et Ichigo de l'autre. Les tentacules dorés avaient disparu. En revanche, un petit cylindre tournoya loin dans les airs à la lumière de la lune pour venir rouler sur la terre sablonneuse.

Au sol, Ichigo haletait encore sous la décharge déclenchée par le sortilège du chef des Nécromanciens. De la poussière voletait tout autour de lui tandis que son dos souffrait des éraflures occasionnées par sa projection entre les rochers. Il se sentait encore faible mais son corps récupérait déjà l'énergie absorbée par les tentacules dorés. Ichigo se remit alors debout avec peine, sous la sensation d'avoir été vidé de son sang. La tête lui tournait toujours mais ses idées n'en restaient pas moins limpides. Au contraire, il se mit rapidement à chercher son assaillant des yeux entre les volutes de poussière opaque. Ichinose avait culbuté jusqu'à l'orée de la plaine. Mais il ne trouva pour le moment nul trace du capitaine de la dixième division. Pourtant il ressentait la morsure de son reiatsu comme s'il se trouvait juste à côté de lui.

Au delà de la simple illusion, un quart de tour sur sa gauche lui suffit pour voir se profiler la petite silhouette amaigrie du capitaine aux cheveux blancs, planté juste devant lui, l'acier gelé de son nodachi menaçant son cou.

-Toshirô..., souffla le roux qui maintint sa garde volontairement baissée. Laisse-moi t'aider, ce n'est pas toi tout ça.

-Tu ne sais pas ce que je suis, répondit le plus jeune.

A ces mots, de la vapeur glacée s'échappa entre ses lèvres sclérosées par le givre. La main qui serait son zanpakutô bleuissait à vue d’œil, à l'image du reste de son corps manifestement en hypothermie.

-Tu as tué ces gens, lui rappela Ichigo. Le Toshirô que j'ai connu avait des principes et une morale, il n'aurait jamais assassiné les siens. Regarde-toi à la fin !

Le capitaine fronça les sourcils. C'est alors qu'Ichigo se remémora un détail.

-Tu... Hyorinmaru n'est-ce pas ? Tu es le zanpakutô de Toshirô.

L'intéressé ne répondit pas, ce qui encouragea le Shinigami remplaçant à poursuivre.

-Je sais que tu es en colère. Et je sais aussi que ton rôle est de le protéger, mais n'oublie pas les raisons qui poussent Toshirô à brandir son sabre devant un ennemi. Lui aussi a des êtres chers à défendre qui comptent sur lui. N'oublie pas de quel côté il se bat.

-Les Shinigamis ont voulu nous détruire, siffla l'esprit du zanpakutô à travers la voix grave du capitaine. Il n'a plus personne.

La pointe du zanpakutô s'enfonça légèrement dans la peau tendue du cou d'Ichigo, duquel perla une goutte de sang qui se gela presque instantanément.

-Tu te trompes, se risqua Ichigo la voix devenue rauque. Toshirô et moi sommes amis. Si ce n'est plus le cas alors va-y, tue-moi.

Un éclair de confusion passa sur le visage du jeune Shinigami qui abaissa subrepticement son arme. Au même moment, une silhouette massive surgit de l'obscurité, brandissant un sabre vaporeux éclatant de lumière dans la nuit. Kyoraku venait d'apparaître derrière son homologue aux cheveux blansc, le katana modifié d'Urahara entre les mains. Cela ne dura qu'une fraction de seconde mais la lame lumineuse avait bel et bien franchi la poitrine d'Hitsugaya, pétrifié par la surprise.

-A toi Ichigo ! S'écria le capitaine de la huitième division qui s'écarta d'un bond. Le shinyukyu !

Dans l'action, Ichigo répondit automatiquement à l'injonction du capitaine. Malheureusement, lorsque il voulut briser l'écrin du Shinyukyû, son poing se referma sur le vide. La sphère n'était plus là. Elle lui avait échappé durant l'onde de choc.

Son regard trouva celui de Toshirô. La surprise l'avait quitté remplacé par quelque chose de beaucoup plus sombre. Ichigo comprit ce qui allait survenir, mais ne put se résoudre à le croire. L'instant suivant pourtant, le roux ressentit la présence d'un corps froid glisser loin dans sa chair. Il inclina alors le menton et suivit la lame de Hyorinmaru s'enfoncer jusqu'à la garde à un endroit si près du cœur qu'il se demanda d'ailleurs s'il ne venait pas de s'arrêter de battre. Plusieurs personnes crièrent simultanément son nom. Il les entendit aussi appeler lorsque le fer se retira et qu'il s'effondra. Tout se passa très vite. Le sang dans ses veines se congela et l'air de ses poumons se solidifiait un peu plus à chaque inspiration. Son corps gelait de l'intérieur et c'est à tâtons qu'il effleura une petite excroissance de glace émerger de sa blessure.

Quelqu'un se pencha sur lui en même temps que deux mains puissantes vinrent lui compresser le thorax en y propageant une sorte d'énergie brûlante mais salvatrice.

-Tiens bon Ichigo, ça va aller, dit la voix basse de Kyoraku dont l'énorme chapeau de paille masquait l'astre de la nuit.

Encore sous le choc de l'attaque, Ichigo tourna la tête sur le côté et y vit ses camarades au loin. Hisagi fut le premier à croiser le fer avec Toshirô. Moins de cinq secondes plus tard une vague glacée le catapulta dans les airs, hors de son champ de vision. Puis une impressionnante forme serpentine se dessina dans la nuit, lui indiquant que Renji venait de déployer son bankai. Il y eut un rugissement accompagné d'un rayon de lumière pourpre qui balaya la surface de la plaine rocheuse. L'explosion qui suivit éclaira le paysage comme en plein jour. Ichigo en perçut la puissance alors qu'une bourrasque parvenait jusqu'à sa hauteur. A partir de là, plus rien, hormis un haut mur de poussière et les crissements du métal.

-Les... les gars ! Articula tant bien que mal Ichigo maintenu immobile au sol par Kyoraku.

-Ne t'agite pas encore, lui intima ce dernier.

Le roux tourna sur lui un regard empli de désespoir.

-Ne t'inquiète pas, en technique de soin je suis un bon moi, voulut le rassurer le capitaine sous un sourire serein. Si tu restes en place, tu seras en état de te remettre debout avant qu'une nouvelle explosion ne fasse s'envoler mon chapeau.

-Kyoraku je suis désolé. Le Shinyukyû... Je ne l'avais plus... J'ai merdé.

-On s'est tous déjà planté Ichigo.

-Vous n'auriez pas dû vous mêler de ça ! vitupéra Ichinose qui avait fini par se relever et s'était approché d'eux le visage ensanglanté. Je le tenais et vous vous êtes interposé !

Il s'était adressé à Ichigo mais ce fut Kyoraku qui prit la parole pour répondre.

-On vous retourne la remarque grand maître Ichinose. Sans votre intervention, tout serait déjà rentré dans l'ordre. Vous auriez dû écouter Kisuke Urahara.

-Kisuke Urahara est un grand manipulateur ! Répliqua le Nécromancien. Il a eu sa chance !

Un hurlement attira leur attention. Le rideau de fumé commençait à se dissiper laissant entrevoir la suite des événements.

-Maintenant, il est temps d'appliquer nos méthodes, ajouta Ichinose tourné vers les combats.

En quelques bonds, il s'avança d'une dizaine de mètres, les bras tendus en avant et fit réapparaître les douze tentacules dorées. Les liens s'élancèrent dans l'affrontement à moité caché par le brouillard de poussière. La réponse fut immédiate. Un souffle glacé remonta le long du sortilège jusqu'à son expéditeur. Puis c'est en un flash que le capitaine de la dixième division se positionna derrière la statue de glace qu'était devenu Ichinose, Hyorinmaru tendu par-dessus l'épaule prêt à lui asséner le coup de grâce.

-Toshirô ! Non !

-Ne faites pas ça Hitsugaya ! Cria à son tour Kyoraku.

L'épée de lumière toujours fichée entre les omoplates, ce fut à peine si le jeune homme les considéra du regard. Au moment même où il abattit son sabre, un bouclier écarlate translucide se dressa entre le capitaine et le Nécromancien, parant l'attaque. Contre toute attente, Rukia apparut à son tour, une main enlacée sur la poigne de l'épée de lumière, l'autre refermée sur un petit cylindre brillant : le Shinyukyû.

Le regard de la brune se posa sur Ichigo, blessé à terre. Le temps sembla s'être suspendu un court instant, car lui aussi la fixait. Les pensées. Les intentions. Les excuses. Tout devint clair pour chacun. Le Shinyukyû en main, elle seule pouvait saisir cette occasion. Elle était en position et en état d'agir. Avec effroi, Ichigo reconnut la détermination sur son visage de porcelaine. Et c'est avec cette même résolution qu'il la vit briser l'écrin du Shinyukyû.

-Rukia !

Une lumière blanche éclatante les submergea un long moment. Et soudain, plus rien. Ichinose demeurait toujours prisonnier de la glace mais Rukia s'était écroulées. Seul Toshirô tenait encore debout, quoique courbé et pantelant. Tout son corps tremblait. Il apparaissait sonné, voire désorienté car il se secoua la tête à plusieurs reprises avant de reculer de quelques pas vacillants. Puis en un shunpo, disparut.

-J'y suis presque ne bouge pas encore ! Tenta de le retenir Kyoraku, en vain.

Le Shinigami remplaçant l'avait écarté brusquement pour pouvoir se lever. Il tituba sur quelques mètres puis retomba. Il perdait beaucoup de sang. Néanmoins il concentra l'ensemble de ses forces pour ramper jusqu'à la vice-capitaine de la treizième division, inerte.

-Rukia ?

Il lui prit la main, la secoua doucement. Celle-ci était froide comme un cadavre et l'épée de lumière retenue dans sa paume glissa au sol.

-Rukia ? L'appela-t-il encore, la voix devenue fébrile.

Le visage offert à la lune, sa bouche et ses paupières n'étaient plus qu'à moitié closes. En effet, ses iris sombres miroitaient encore le ciel étoilé à la manière d'un lac silencieux. Vides. Plus rien n'émanait d'elle. Sa pression spirituelle aussi s'était tue. Ichigo ne s'était jamais montré très doué à la détection de l'aura d'autrui mais maintenant qu'elle avait quitté le corps de la jeune femme, il se rendit compte qu'il y avait été toujours sensible. La voix d'Ichigo se brisa.

-Non... C'est pas vrai...S'il te plaît...

Il se redressa sur les genoux, saisit la nuque de la Shinigami et l'attira contre lui. La sentir entre ses bras, voilà ce dont il avait besoin. Quelque chose devait lui avoir échappé, un frémissement de cil, où même un pouls, un murmure où elle le traitait de tous les noms d'oiseaux. Sauf qu'il ne se passa rien.

-Réponds... Rukia, dis quelque chose !

Des pas précipités arrivèrent bientôt à leur hauteur. Urahara se tenait là, hors de sa prison spirituelle, le visage ruisselant de sueur mais sans blessure apparente. A contrario, Renji placé juste derrière avait littéralement perdu un bras et se faisait soutenir par Hisagi, lui-même bien amoché alors que du givre rongeait encore ses vêtements. En découvrant la scène, Renji se pétrifia dans une expression inédite. Le corps de son amie d'enfance, apparemment sans vie, blotti contre la poitrine d'Ichigo au bord des larmes lui laissa en conclure le pire.

L'ancien directeur du BDT s'était agenouillé à son tour auprès de Rukia, les deux mains tendues sur son corps à la manière d'un scanner. Le roux le regarda faire, la voix chevrotante.

-Elle n'est pas...

Mais Urahara se cantonna à ses préoccupations, muet, sans même le gratifier d'un regard encourageant. Il finit par s'emparer du zanpakutô de Rukia attaché à sa ceinture blanche afin de l'analyser. L'indifférence d'Urahara face à sa détresse, lui fit perdre le peu de maîtrise de soi qu'il s'évertuait à conserver.

-Ce truc l'a tué... N'est-ce pas ?

Son cœur tomba comme une pierre.

-Vous n'osez pas le reconnaître... C'est vous, c'est votre faute !

Pourquoi avait-il soudain besoin de chercher un coupable ? Il ne le savait pas exactement. Peut-être par-ce qu'il avait l'impression de glisser dans un gouffre sans fin. Et choisir un coupable, c'était trouver une raison de s'accrocher pour ne pas sombrer dans l'horreur du présent. Par ses soins, Kyoraku avait stoppé à temps la morsure du froid sur son cœur. Mais maintenant qu'il battait du sang chaud, Ichigo éprouvait le besoin de ne plus rien ressentir. Il aurait préféré le garder congelé, insensible à la douleur. Rukia morte, la moitié de son monde s’effondrait.

Ichigo réalisa soudain qu'il n'avait rien fait pour empêcher ça. D'abord il perdait maladroitement le Shinyukyû. Puis il se laissait bêtement empaler sur Hyorinmarû. Et enfin, en première ligne pour agir, il avait regardé passivement Rukia briser l'écrin. Plus que tout autre le responsable dans cette histoire, c'était lui. Malgré tout, le roux continua de jeter la faute sur le directeur du bazar.

-Vous saviez que c'était dangereux ! Vous auriez dû l'empêcher de s'en servir ! Pourquoi ? Pourquoi vous n'avez rien fait !? Bordel ! REPONDEZ !

-Tais-toi Ichigo ! Je n'arrive plus à réfléchir !

C'était la première fois que le jeune homme observait Urahara perdre son sang-froid de la sorte. Sa faiblesse ne fit d'ailleurs que renforcer la colère d'Ichigo. Ce cinglé n'avait pas le droit de faillir alors que lui-même disjonctait !

Sans s'en rendre compte, il avait empoigné le col du blond. C'est alors que le capitaine de la huitième division se pressa pour lui faire lâcher prise. D'une voix ferme, presque paternel, il gronda :

-Ça suffit Ichigo, lâche-le !

Ce qu'il fit, au bord de la folie. Sa vision se brouillait de larmes et ses vertiges reprenaient le dessus.

-Viens, tu vas perdre connaissance si je ne finis pas de te soigner, ajouta le capitaine. Ton amie n'est pas morte, laisse Urahara faire ce qu'il faut pour la sauver.

-Kyoraku dit vrai, s'exclama enfin l'homme aux getas. Le Shirayuki de Kuchiki continue de rester actif. Un zanpakutô possède une pression spirituelle qui lui est propre, bien que celle-ci soit intimement liée à son Shinigami. Si Kuchiki était morte, l'esprit de son zanpakutô se serait volatilisé.

-Tu vois ? Elle va s'en sortir, approuva Kyoraku qui reprit les soins.

-Le Shinyukyû a fait son effet, mais je ne crois pas que Kuchiki soit parvenue jusqu'au bout du processus. J'ignore combien de temps elle peut rester dans cet état mais elle reviendra.

Urahara plongea son regard dans celui d'Ichigo, devenu inexpressif.

-Je te promets de tout mettre en œuvre pour ça.

Ils restèrent un long moment à se dévisager. Après ce diagnostic, Ichigo se sentait comme le pire idiot de Soul Society. Son manque de connaissances en matière de vie spirituelle lui avait fait tirer des conclusions trop hâtives, le mettant dans tous ses états. L'explication à sa vive réaction ? Son attachement pour Rukia qui dépassait largement la simple affection. Il ne pourrait plus le nier. Au demeurant, l'attention toute particulière de Renji en disait long sur cette vérité. C'était inscrit sur son visage, comme une prise de conscience. Lui aussi devait sans nul doute tenir à Rukia plus que ce qu'il ne le laissait croire. Toutefois, lui avait su rester stoïque, ce qui renforça d'autant plus le malaise d'Ichigo. Heureusement, le tatoué ne dit rien et se contenta juste de le fixer intensément.

-Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? Déclara Hisagi. Le capitaine Hitsugaya a pris la fuite et on a grillé notre seul et unique cartouche.

-Tout est de ma faute, déclara Ichigo plus abattu que jamais.

Urahara releva le menton du corps de Rukia.

-Non, tout n'est pas encore perdu, on peut encore faire une tentative.

Le scientifique plaça une main sur le front glacé du vice-capitaine de la treizième division. Sous le regard incrédule de tous il en extirpa des filaments pourpres qui se mirent à flotter dans l'air avant de se remodeler sous la forme de particules. Ichigo reconnu instantanément les éléments synthétisés par le blond. Ils étaient identiques à ceux tournoyant dans l'écrin cylindrique du Shinyukyû. Comme pour lui donner raison, Urahara s'empara d'un nouvel écrin depuis la poche intérieure de sa veste et y fit entrer les particules. Puis il le tendit à Ichigo en même temps que le sabre de lumière vaporeuse.

-Si toi tu n'y parviens pas Ichigo, alors personne ne le pourra.

Le roux se saisit des instruments.

-Et si j'échoue ?

-Alors nous n'aurons plus d'autres alternatives...

-Mais tu ne vas pas laisser faire ça, lui assura Kyoraku sur le ton de l'évidence. On sera tous derrière toi, mon grand, ajouta-t-il une main sur son épaule.

Le directeur du bazar se releva, prenant avec lui le corps de Rukia.

-Je l’emmène à la douzième division. Abarai, Hisagi vous venez avec moi. Le capitaine Kurotsuchi saura remplacer votre bras, ajouta-t-il à l'adresse de Renji qui pressait toujours son moignon sanguinolent. Capitaine Kyoraku, je laisse Kurosaki à vos bons soins. Si vous pouviez faire aussi quelque chose pour Ichinose avant que vous ne quittiez les lieux à votre tour. Mais ne tardez pas trop. N'oubliez pas que le temps joue contre nous.

Sur ces mots, le petit groupe partit en direction du Seireitei.

Visiblement, sa phrase prenait un double sens. Car en effet, dans le ciel les astres de la nuit avaient laissé leur place à d'épais nuages noirs menaçants. Du tonnerre commença même à gronder dans toute la plaine tandis que le vent léger évoluait vers la bise, plus hostile et froide.

-Hyorinmarû ? Interrogea Ichigo.

-Oui c'est bien lui, confirma Kyoraku. Ne traînons pas si on veut arrêter Hitsugaya avant qu'il ne fasse entrer la Soul Society dans une ère glaciaire.


*****



Pendant ce temps au Seireitei, la bataille contre l'invasion Hollows poursuivait son cours. De nombreux officiers supérieurs s'étaient joint aux troupes de défenses afin de limiter les pertes, ainsi que les dégâts matériels. Cependant la situation apparaissait bien plus complexe aux yeux de la douzième division qui observaient impuissant leurs appareils de mesures spirituelles s'affoler dangereusement.

-Capitaine ! On note un début de distorsion entre les frontières !

-Où en est la situation dans monde réel ? Demanda Kurotsuchi.

-Comparée à ici, l'attaque de Hollows reste modéré et des agents en place parviennent à contenir l'assaut, l'informa l'un de ses subordonnés.

-Nos officiers sont tous en action à la Soul Society. De quel genre d'agent parlez-vous ? On a des images ?

Le scientifique grogna d'impatience face à la lenteur d'esprit de son vis-à-vis qui se pressait pourtant de lui mettre à l'écran le maximum d'informations.

-Il s'agit... des Vizards monsieur. Du moins ceux restés dans le monde réel et qui n'ont refusé de réintégrer le Gotei 13. Le Quincy Uryû Ishida les accompagne ainsi que les deux anciens maléfices errants répertoriés au nom d'Orihime Inoue et Yasutora Sado.

-Je vois... Des pertes humaines ?

-Aucune dans le monde réel pour l'instant, lui certifia le chercheur.

-Dans ce cas d'où provient le déséquilibre ? Le bouscula Kurotsuchi excédé.

-Nous sommes dessus capitaine, se voulut-il conciliant. Mais il semblerait que la haute densité spirituelle entre les différentes attaques soit en partie responsable de cette anomalie. Quelque chose attire les mondes entre eux comme un aimant. Car il y a aussi...

-C'est lui ? L'interrompit le capitaine le doigt pointé sur une tache lumineuse située sur l'écran annexe.

-Oui, confirma un autre de ses subordonnés. Mais il bouge trop rapidement, il est difficile d'affirmer sa position exacte. Sa pression spirituelle n'a cessé de croître elle aussi.

-Intéressant... Je ne pensais pas qu'il se déferait si vite du détachement Nécromancien. A ce propos qu'en reste-il ?

-Nous avons perdu la trace des particules spirituelles de l'ensemble du détachement à l'exception du chef des Nécromanciens Genjirô Ichinose et d'un de ses subordonnés, lui annonça gravement le chercheur.

Kurotsuchi balaya du regard la vaste salle de contrôle de sa division. Derrière chaque poste s'affairait un Shinigami en blouse blanche, mobilisés en grand nombre depuis que les Hollows s'étaient introduit au Sereitei, faisant fi du Shakonmaku * (barrière sphérique de protection qui entoure le Seireitei). Dans cette fourmilière en alerte, lui seul commençait à rassembler les pièces du puzzle de façon cohérente. Nonobstant sa curiosité, ce qu'il voyait se profiler n'était pas bon. Peut-être était-ce alors le moment d'aller trouver la fourmille rouge qui occupait de manière insidieuse ses galeries. Récolter les bénéfices de cette ouvrière félonne, voilà une chose qui devrait être amusant pour lui et au passage, salutaire pour la Soul Society.