Shinyûkyû

par Moon

Chapitre 23




Le soir était largement tombé. Ichigo n'ignorait pas que son absence prolongée finirait par se faire remarquer. Cela faisait presque deux jours qu'il n'était pas rentré à la maison et bien qu'il ait déjà été absent bien plus longtemps que cela, il n'avait cette fois-ci pas eu l'occasion d'avertir un membre de sa famille ou même un ami avant son départ. Après avoir assisté à l'arrestation de Sayuki et de Toshirô au-dessus des décombres du building désaffecté, Yoruichi avait insisté pour qu'il la suive aussitôt jusqu'au bazar, sans même lui laisser le temps d'en toucher mots à Rukia. Son portable pullulait de message, notamment de la part de Yuzu, d'Inoue, de Chad, de Keigo et même pour son plus grand étonnement d'Ishida. Étrange, il ne se rappelait pourtant pas lui avoir donné son numéro à celui-là... Quoi qu'il en soit c'est vrai, il avait disparu sans prévenir et avait manqué les cours mais il ne s'était pas attendu à ce que Yoruichi le retienne autant. Aussi, se prépara-t-il à faire face à un accueil tumultueux dès lors que son corps franchirait le seuil de sa maison.

Le loquet de la porte aussitôt tourné, il esquiva le plongeon de son père qui alla se fracasser plus bas sur le trottoir. Le lycéen referma la porte d'entrée d'une poussée nonchalante du talon, étouffant les plaintes du chef de famille à terre derrière lui.

- Grand frère ! S'exclama de soulagement Yuzu.

- Je suis rentré.

Face à son ton désinvolte, sa jeune sœur changea sa bienveillance par une mine sévère et offusquée.

-Tu as du toupet de disparaître sans nous donner de nouvelles pendant presque deux jours ! Je me suis super inquiétée ! Tu pourrais au moins faire semblant d'être désolé !

- Ouais désolé.

- Tu... !

Un grand bruit se fit entendre depuis la pièce à côté et deux secondes plus tard Isshin Kurosaki réapparaissait sur le sol carrelé se trainant jusqu'à eux. Il venait de rentrer par la fenêtre de la cuisine.

- Ichigo ! Espèce de fils indigne ! Comment oses-tu laisser ton père sur le trottoir !?

- Sur le trottoir ? Ah, j'ai certainement mal évalué ta vitesse. J'espérais que tu roulerais jusque sur la route et qu'on aurait la chance de voir une voiture t'écraser.

Ichigo rejoignit l'escalier pour se rendre jusqu'à sa chambre tandis qu'Isshin se lamentait bruyamment devant l'immense poster de sa défunte épouse.

- Ô Masaki, ma tendre Masaki ! Vois comme notre fils est devenu ingrat. Le voilà qu'il souhaite la mort de son père et dénigre sa famille...


En revanche, ce qu'Ichigo ne savait pas en arrivant devant sa chambre, c'était qu'un tout autre accueil l'attendait de l'autre côté de la porte. Quand il ouvrit cette dernière, il dut faire l'effort de contenir sa soudaine contrariété devant le petit groupe d'individus venus s'entasser sur son lit. Rukia, Renji, Ikkaku et Yumichika, étaient en train de braquer sur lui de grands yeux dubitatifs.

-Yo, Ichigo ! Finit par saluer Renji le plus normal du monde.

- Bordel..., tempêta le roux qui ne supportait pas de les voir occuper son espace privé comme s'il s'agissait d'un air de pique-nique. Pourquoi faut-il toujours que vous confondiez ma chambre avec un réfectoire?

- Je vous avais dit qu'il poserait une question débile de ce genre en nous voyant ici, rumina Ikkaku ce qui fit largement sourire Yumichika. Alors, je le tabasse ou on fait mine d'ignorer sa question et sa tête de con qui va avec ?

- Qu'est-ce que tu es en train de marmonner le bon...

- Fermez là ! Clama Rukia en sautant du lit.

- On avait pour ordre de vous rejoindre une fois nous être débarrassés des Hollows mais quand nous sommes arrivés devant ce gros tas de ruines vous étiez tous déjà partis à l'exception de Rukia, expliqua Renji sur la défensive. Elle nous a raconté ce qui s'est passé.

- Il voulait me traiter de bonze, c'est ça !? S'emporta Ikkaku qui d'un bon se retrouva à accrocher le collet du roux sous l'air toujours aussi amusé de son compère de la onzième division. Répète un peu pour voir !

- Si ça ne te plaît pas d'être chauve fallait mettre une perruque !

- Éclate-le Ikkaku ! L'encouragea soudainement Yumichika qui, à tort, se sentit personnellement visé par cette dernière remarque.

- Bande de navets !

Par deux coups de coudes bien placés, Rukia parvint à faire cesser leur dispute puérile. Renji s'occupant de maintenir Ikkaku, elle se concentra sur Ichigo tombé à terre, le surplombant de sa hauteur, un pied venant lui écraser le torse.

- Le capitaine Hirako nous a demandé d'attendre avec toi ses instructions dans le monde réel. Mais tu n'étais plus là et ta pression spirituelle avait complètement disparu ! Inoue n'a pas arrêté de m'appeler aujourd'hui pour savoir si j'avais des nouvelles mais j'ai été incapable de la rassurer. Sombre sot que tu es !

Le regard sévère qu'elle lui accorda ne pouvait guère tromper le lycéen. Elle lui en voulait de ne pas l'avoir averti de son départ. Mais Yoruichi l'avait tellement pris au dépourvu... Et puis en y réfléchissant bien, elle l'avait presque forcé à la suivre. Rukia étant occupé par les dernières recommandations d'Hirako elle ne l'avait pas vu partir avec la noble du clan Shihôin. Et si elle n'avait pas pu détecter sa pression spirituelle, s'était à cause des nouvelles barrières de protection récemment mise en place par Urahara autour de son magasin. Maintenant, la Shinigami attendait une réponse, bien qu'elle ne formulait pas sa question à haute voix. Il allait devoir s'expliquer.

- A la demande d'Urahara, Yoruichi m'a emmené jusqu'au bazar pour me préparer.

- Te préparer ? Répéta Rukia surprise. Te préparer à quoi ? Et pourquoi toi ?

Ichigo grimaça, se remémorant ses dernières heures passées dans le souterrain du magasin.


- Qu'est-ce que Urahara voulait dire par « Faire ce qui est nécessaire » ? interrogea Ichigo en suivant Yoruichi jusqu'en bas de l'échelle menant au vaste souterrain.

La jeune femme conclut les derniers mètres la séparant du sol d'une gracieuse pirouette avant d'atterrir avec légèreté sur ses longues jambes athlétiques.

- Te souviens-tu Ichigo, des trois jours où je t'ai entraîné au Bankai dans le souterrain situé sous la colline du Sôkyoku?

Le lycéen atterrit à son tour et la dévisagea suspicieusement.

- Ouais, pourquoi ?

- De quoi te rappelles-tu exactement ?

Sa façon de répondre à ses questions par une autre question commença à exaspérer le roux qui, les joues écarlates, lâcha de manière abrupte :

- Mise à part le fait que tu te sois foutu à poil pour me rejoindre dans la source d'eau chaude ?

Yoruichi le fixa les yeux ronds ne s'attendant visiblement pas à une telle déclaration. C'est alors qu'un sourire mutin vint étirer son visage mat, suivi d'un rire moqueur qui eut don d'embarrasser un peu plus Ichigo.

- Je savais bien qu'en réalité tu étais un petit pervers ! S'esclaffa-t-elle. Tu avais beau le nier ce jour-là mais tu te rinçais l'œil, hein ? Petit cochon !

- La ferme ! Je ne me rinçais pas l'œil du tout ! Tu... C'est toi qui t'es déshabillée toute seule !

- Et alors quoi ? Tu aurais voulu m'aider ? Le faire à ma place ? S'amusa-t-elle à le taquiner.

Ichigo devint – si c'était possible – plus rouge encore.

- Arrête de raconter n'importe quoi ! Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire ! Les gens avec un minimum de savoir-vivre ne se mettent pas tout nu devant tout le monde !

Il leur fallut plusieurs minutes avant de pouvoir recouvrir leur sérieux. Ichigo, qui recommençait à peine à retrouver une teinte de peau à peu près normal, était bien décidé à obtenir des réponses, c'est pourquoi il fut le premier à relancer le vif du sujet.

- Alors ? Si tu arrêtais de tourner autour du pot maintenant ? A quoi Urahara voulait me préparer ? Et pourquoi m'avoir amené jusqu'ici ?

- Ichigo, si je t'ai demandé de te souvenir de ton entraînement au Bankai ce n'est pas pour évincer ta question mais pour que tu comprennes ma réponse.

- Hein ?

- Avant qu'on ne commence cet entrainement au Bankai je t'avais expliqué qu'il était nécessaire pour un Shinigami désireux de posséder le Shikai, de maîtriser le « dialogue » et « l'harmonie » avec le zanpakutô.

- Ouais, je m'en souviens. Et que pour le Bankai il fallait le « soumettre » ou quelque chose du genre.

- Exactement.

- Et alors ? Insista-t-il. Quel rapport avec moi ? J'ai déjà passé toutes ces étapes, non ?

- Ce n'est pas uniquement de toi dont il est sujet.

- Toshirô est passé par là bien avant moi j'imagine, alors je ne vois pas bien où tu veux en venir.

- C'est pourtant évident...

Face à l'incompréhension manifeste de son interlocuteur, elle se dû de poursuivre dans les détails.

- Si Hitsugaya ne maîtrise plus son zanpakutô c'est parce qu'il ne maîtrise plus rien de tout cela. Urahara l'a bien observé pendant un mois. Tu as dû le remarquer. La première fois qu'Hitsugaya a perdu le contrôle c'était en déclenchant le Shikai dans le quartier de Yumisawa alors que vous affrontiez Sayuki. Durant cette période, il était incapable de dialoguer avec Hyorinmarû.

- Bah alors comment pouvait-il utiliser le Shikai ?

La jeune femme prit une profonde inspiration avant de poursuivre ses explications.

- Peu importe comment. C'est un acquis. Il peut s'en servir mais ne le contrôle plus.

Elle s'assit sur un rocher et l'invita à faire de même. Ichigo ne comprenait toujours pas en quoi il pourrait aider le jeune capitaine en sachant tout ça. Cela ne faisait que mettre des noms sur ses problèmes, non pas les résoudre comme il était enfin temps de le faire.

- Le « dialogue » et « l'harmonie » sont les clefs de l'équilibre entre un Shinigami et son zanpakutô. Kisuke le pensait capable de rétablir cette communication avant la fin du mois, chose qu'Hitsugaya n'a réussi que partiellement à faire. Kisuke a donc finit par se rendre compte que le temps lui était insuffisant et par conséquent, il a dû méditer sur une solution alternative.

- Le katana ! S'exclama subitement le roux comme si la solution venait de se révéler à lui. Urahara portait avec lui le sabre qui m'a permis de retrouver mes pouvoirs de Shinigami ! Il veut s'en servir pour absorber la pression spirituelle de Toshirô, n'est-ce pas ?

L'ex-commandante des services d'espionnage lui lança une pierre qui lui percuta directement la mâchoire, arrachant un cri douloureux à son vis-à-vis.

- Ne tire pas de conclusion hâtive, le somma-t-elle.

- Et t'étais obligé de me balancer un caillou pour me dire ça !?Tu ne pouvais pas simplement me demander de la boucler !?

- Certes, sans le katana dont tu fais mention le plan de Kisuke ne fonctionnera pas. Mais simplement l'utiliser pour lui retirer en partie son reiatsu ne fera que repousser le problème à plus tard. Vois la pression spirituelle comme le sang qui irrigue ton corps, ça se renouvelle tout seul avec le temps. Et la lui retirer complètement n'est pas une solution non plus. Très peu de Shinigami serait prêt à renoncer à l'intégralité de leur pouvoir...

Elle se tut un moment durant lequel elle contempla l'expression du lycéen qui s'était assombri. Il n'était pas bien compliqué d'en comprendre la raison.

Pour Ichigo, cette simple phrase suffit à faire remonter de nombreux souvenirs et sentiments à la surface. Lui l'avait fait. Il avait sacrifié ses pouvoirs de Shinigami pour obtenir le pouvoir de les sauver. Cette abnégation aussi difficile que nécessaire l'avait coupé du monde spirituel, creusant un vide immense dans sa poitrine pendant plus d'un an. Il aura eu beau le nier devant les autres, faire bonne figure... c'était une partie de lui qu'il avait dû abandonner. Il était alors légitime que Zangestu refuse de lui enseigner cette ultime technique... Zangetsu faisant indubitablement partie de lui.

Ses pensées le guidèrent jusqu'à ses adieux faits à Rukia. Par bonheur ceux-là ne s'étaient finalement pas révélés éternels. Néanmoins, elle lui avait terriblement manqué, comme si le monde ne tournait plus dans le bon sens. Ne plus voir les êtres chers qui constituaient votre univers : un autre vide douloureux qu'il ne souhaitait à personne.

- Alors, je peux savoir en quoi consiste cette solution alternative ?

Yoruichi força un maigre sourire et extirpa de son haut orange un petit cylindre de verre dans lequel flottait une sphère luminescente d'un rouge éclatant autour de laquelle gravitaient de minuscules particules de même couleur.

- Kisuke l'a baptisé Shinyûkyû (sphère d'invasion*). Tu vas pénétrer plus loin que quiconque dans les tréfonds de l'âme.

Ichigo la dévisagea interdit. Qu'entendait-elle exactement par là ? Il avait comme l'impression qu'elle lui demandait de mettre les pieds sur un territoire privé, voir défendu.

- Attends... Qu'est-ce que tu es en train de me raconter là ?

- Ichigo, dit-elle de son timbre le plus sérieux. Quelque chose empêche Hitsugaya de retrouver l'équilibre entre lui et son zanpakutô et Kisuke te croit capable de trouver quoi. Mais pour ça tu dois accéder à son monde intérieur, là où naissent les pouvoirs d'un Shinigami.

Complètement abasourdi, le lycéen ne trouva rien à répliquer. « Monde intérieur ». A ces mots, Ichigo se représenta immédiatement ces immenses grattes-ciel sur lesquels la gravité ne semblait répondre à aucune logique. C'était dans cet espace qu'il avait à plusieurs reprises pu discuter avec Zangetsu. Et c'était dans ce même espace qu'il avait été plusieurs fois amené à combattre son double blanc aux yeux de Hollow.

Mais pouvait-on vraiment infiltrer le monde intérieur d'un autre Shinigami ? Cela semblait tellement démentiel. Pourtant les iris dorés de Yoruichi qui le sondaient avec intensité ne semblèrent nullement mettre en doute les capacités d'Urahara à rendre une telle chose réalisable. En y réfléchissant bien, y-avait-il une chose qu'Urahara soit incapable de faire ?

- Kisuke est persuadé que de tous ceux qui seront prêt à tenter le coup, tu es celui avec qui il y a le plus de chance que le Shinyûkyû fonctionne.

- Pourquoi ?

- Parce qu'une petite partie de chacun d'entre nous demeure au fond de toi depuis le jour où l'on t'a redonné tes pouvoirs de Shinigami. Nous étions nombreux à mettre de notre pression spirituelle dans ce sabre, Hitsugaya inclus. Un lien spirituel, aussi infime soit-il, te relis donc à lui. Tu as dû t'en rendre compte...

Oui, c'était vrai. Il avait ressenti la présence de chacun d'eux après avoir été transpercé par l'étrange sabre immatériel tenu alors par les mains de Rukia. Seulement, chacune de ces présences avaient fini par se taire avec le temps et il ne savait pas s'il était encore en mesure de pouvoir toutes les discerner.

Les sourcils froncés, il s'accorda un instant de réflexion. Yoruichi venait tout de même de lui débiter pas mal de chose importante.

- Je peux te préparer à le faire mais il faut que tu saches que cette solution n'est pas sans risque pour toi, finit par l'avertir l'ex-commandante des services d'espionnage. Le Hyorinmarû du capitaine risque fort de se montrer violent quand tu te retrouveras face à lui et tu n'auras probablement aucune défense. Comprends-moi bien Ichigo, tu seras seul. Le Shinyûkyû te séparera de l'esprit de ton zanpakutô afin que tu puisses te rendre auprès de celui de Hyorinmarû. Zangetsu ne pourra donc malheureusement pas être à tes côtés. Si tu as quelques doutes ou même que tu ne te sens pas capable d'aller jusque-là pour le faire, ne le fais pas. Personne ne te forcera. Après tout, Kisuke n'a pas la garantie que tout fonctionne sans encombres.

Il y eut un instant de silence.

- Arrêtes tes conneries, finit-il par rétorquer.

C'est alors qu'il se releva, la commissure de ses lèvres s'étirant en un large sourire que soutint un regard rieur, emplit de détermination.

- Là tu vois, j'attends juste qu'on arrête de perde du temps à bavasser et qu'on passe aux choses sérieuses. Montre moi simplement comment je dois m'y prendre.


- … après m'avoir montré comment utiliser le Shin-je-ne-sais-pas-quoi, elle m'a entraîné à aller et venir vers l'esprit de Zangetsu durant plusieurs heures avant de me laisser rentrer pour me reposer un peu.

Le Shinigami remplaçant n'avait pas été en mesure de pouvoir retranscrire mot pour mot les explications de Yoruichi à ses camarades mais il l'avait fait avec suffisamment de détails pour les rendre muet de stupeur à la fin de son récit. Les secondes passant dans un échange de regards et d'expressions ahuries, Ichigo finit par rompre ce silence qu'il jugeait bien trop agaçant.

- Bon, dites quelque chose ou je vais finir par croire que je viens de vous parler chinois.

- On ne peut pas s'immiscer dans le zanpakutô d'un autre, c'est impossible, déclara implacablement Renji.

- Ça me dégoûte, rien que d'y penser, cracha à son tour Ikkaku le visage grimaçant.

- Seul le propriétaire du zanpakutô peut le faire pour communiquer avec celui-ci, affirma Yumichika tout aussi répugné.

Toutes les têtes convergèrent vers Rukia, s'attendant à ce qu'elle s'exprime à son tour. Cependant, la Shinigami se contenta d'esquiver leur regard et de libérer son katana du fourreau concentrant son attention sur sa lame.

- Je ne vois pas pourquoi vous tirer une tronche pareille, commenta Ichigo qui ne comprenait pas en quoi cette idée les révulsait à ce point.

- On dirait que t'as pas bien saisi ce que te demande Urahara, fit Renji. Tu vas pénétrer dans l'esprit d'un autre zanpakutô que le tien. T'aimerais pas que quelqu'un soit dans ta tête et puisse trifouiller à l'intérieur par exemple, pas vrai ?

- Ce n'est pas...

- Ben là c'est pire. Je ne sais pas comment te le décrire Ichigo mais...

- Ouais, moi je préfèrerais crever que de laisser cet abruti s'introduire dans mon Hôzukimaru.

- Dis-lui Rukia, l'incita désespérément le vice-capitaine de la sixième division.

Mais au lieu d'approuver ses collègues, la jeune femme releva le menton l'air songeuse. Ses grands yeux bleus-marines allèrent à la rencontre de ceux étonnement confiant du lycéen. Malgré qu'elle trouvait l'idée d'Urahara complètement saugrenu et révoltante, elle ne pouvait s'empêcher de croire en ce regard sans failles qui en disait long sur sa résolution.

- Urahara essaye d'obtenir l'accord des 46 de Chuô et du capitaine général, n'est-ce pas ? Il doit sans aucun doute déjà s'attendre à ce que sa proposition soit rejetée.

- Je ne sais pas ce qu'Urahara fait là-bas, répondit sincèrement Ichigo, mais Yoruichi m'a dit d'attendre son feu vert.




Après son arrestation, Yue Sayuki fut conduite sous étroite surveillance dans la cinquième prison souterraine de la deuxième division et dépossédée de son katana. Depuis lors, elle attendait recroquevillée sur elle-même l'heure de son procès entre les quatre murs sombres de sa cellule. Il y faisait froid, humide et l'on pouvait entendre les plaintes des autres prisonniers résonner en échos depuis le couloir reliant les différentes geôles. Mais tous ces cris et injures laissaient complètement indifférente Sayuki. La jeune femme demeurait impassible, marquant ses avant-bras de morsures sanguinolentes qu'elle s'infligeait elle-même sous le regard écœuré de l'un de ses geôliers.

- Vivement que la relève arrive, j'en peux plus de là regarder se bouffer les bras et de nous rire au nez ensuite, maugréa le plus jeune des deux gardes la bouche tordu de dégoût.

- Tu veux plutôt dire : vivement qu'elle soit jugée pour qu'on en soit débarrassé, non ? Suggéra l'autre qui tournait dos à la cellule. Et puis tu n'es pas obligé de la regarder se mutiler si ça te répugne.

- Mais dès qu'on a le dos tourné elle se met à rire et ça insupporte encore plus !

- Tu es trop susceptible Takamura. C'est de la provocation, j'en ai vu d'autres. Mais tu verras qu'à force de côtoyer les prisons, tu prendras vite l'habitude.

- Je ne compte pas passer ma vie à jouer les gardiens de prison moi ! S'indigna-t-il.

- Vraiment ? Quoi, tu espères obtenir une promotion ? Ironisa le plus âgé.

- Exactement !

- Pff... Que les jeunes peuvent être naïfs de nos jours...

- De la part d'un vieux croulant comme toi Hôshi ça ne me touche même pas !

L'homme que les décennies avaient rendu plus mûr se mit à rire doucement.

- Et puis d'abord, reprit son jeune collègue en dardant avec colère ses pupilles sur la détenue, je ne suis pas susceptible !

A ces mots, Sayuki desserra ses mâchoires autour de son poignet et révéla un sourire carnassier aux dents rougies par son propre sang. Le jeune gardien frissonna et tenta de calquer son attitude sur celle de son aîné. Mais dès l'instant où il détourna son regard, la détenue se mit à rire bruyamment. C'était un rire criard, agaçant, qui mettaient les nerfs de ses deux geôliers à rude épreuve. Les minutes eurent beau s'essouffler, cela n'atténua en rien la crise de fou rire derrière eux.

- Je n'en peux plus ! Craqua le plus jeune qui dégaina furieusement son katana. Je vais la faire taire une bonne fois pour toute !

- Arrêtes crétin ! Tonna Hôshi.

Mais son compagnon avait déjà ouvert la porte de la cellule, s'avançant à grands pas vers la prisonnière restée assise. Il attrapa son maigre poignet sanguinolent et la secoua avec violence, son sabre pointé sur elle de manière menaçante.

- Ferme la sale taularde dégénérée ! Si tu ouvres la bouche ne serait-ce qu'une fois encore je te...

Tout à coup, sans comprendre pourquoi ni comment, le gardien resté à l'extérieur de la geôle vit son collègue s'écrouler à genoux en hurlant.

- Takamura ! S'écria-t-il en se précipitant à l'intérieur de la cellule. Lâche-le toi !

Mais le dit Hôshi se rendit rapidement compte que ses derniers mots n'avaient aucun sens. Ce n'était pas Sayuki qui maintenait le jeune gardien mais l'inverse. La main de Takamura emprisonnait le bras en sang de Sayuki. Mais était-ce vraiment le moment de s'attarder sur de tels détails ?

- Éloignes-toi de lui ! Ordonna-t-il à l'adresse de la prisonnière.

Elle se releva, retirant son bras de l'étreinte du pauvre Takamura resté à genoux serrant sa main droite qui lui faisait souffrir le martyre. Seulement au lieu d'obéir et de reculer vers le mur, elle avança lentement vers le vieux gardien, posant sur lui un regard insolant. Le sabre avec lequel il la menaçait ne semblait nullement l'impressionner.

- Recule ! Rugit Hôshi sans laisser la moindre once de peur transparaître dans sa voix.

Sayuki continua malgré tout d'avancer. Lorsque le gardien leva son katana pour lui asséner un coup, il se fit surprendre par un crachat de sang qui l'aveugla momentanément.

- Espèces de...

C'est alors qu'une douleur fulgurante lui traversa le visage, comme une brûlure faite à l'acide et pénétra sous sa peau rongeant progressivement sa chair. A son tour il s'effondra, impuissant, torturé par cette inexplicable douleur.

Yue Sayuki enjamba sans plus de considération son corps, se dirigeant d'un pas souple vers l'extérieur de son cachot et referma la porte avant de quitter tranquillement les lieux.


Quelques minutes plus tard, le long hurlement d'une alarme retentit avec force entre les murs de la deuxième division.