Bouleversements (Partie 2)

par Moon

Chapitre 20



Les deux nouveaux venus n'avaient en aucun cas l'air de craindre les cinq Arrancars présents qui pourtant, venaient tout juste de faire sauvagement exploser les trois derniers étages du bâtiment en ruine de leurs celos combinés.

La noble aux yeux mordorés acquiesça et fonça sur le toit du building dévasté encore fumant. Aucun des Arrancars ne s'interposa pour l'empêcher de passer. Tous concentraient leur attention sur l'ex-capitaine de la douzième division comme s'il constituait à lui seul l'unique danger potentiel. Peut-être était-ce dû à l'étrange katana qu'il tenait dans sa main gauche et sur lequel les Arrancars gardaient un œil attentif. Il dégageait une intense lueur bleutée et des volutes de particules s'en échappaient sur toute sa longueur.

La mine de son possesseur était sombre et sévère. Le leader du groupe issu du Hueco Mundo, pourvu de mandibules, s'éleva à son niveau son sabre pointé sur lui.

Son adversaire serra les dents avant de forcer un sourire.

L'Arrancar ne tenant plus à ses provocations se jeta sur lui dans un cri féroce.



Pendant ce temps, Yoruichi avait retrouvé entre les décombres et la poussière les deux officiers en difficulté. Toshirô soutenait d'un bras la vice-capitaine de la cinquième division qui paraissait être sur le point de perdre connaissance. Si le Shinigami aux cheveux blancs ne la retenait pas, nul doute qu'elle s'effondrait sur le sol. L'ex-commandante des services d'espionnage se fraya habilement un chemin jusqu'à eux, dégageant quelques débris et passa l'autre bras du vice-capitaine par dessus ses propres épaules.

La concernée releva lentement la tête, les yeux mis-clos sans un mot. C'était vrai, elle était à bout de forces et sa son energie spirituelle chutait significativement contrairement à celle du capitaine qui fluctuait de façon inquiétante. Yoruichi examina longuement le jeune homme qui ne semblait pas s'appercevoir que son reiatsu affectait son amie blessée et affaiblie. Le regard qu'elle lui accorda était particulièrement explicite et insistant lorsqu'elle croisa ses yeux turquoise.

Même si Toshirô parut hésitant durant quelques secondes, il devait reconnaître que c'était plus prudent et se résolut donc à la laisser porter seul son amie d'enfance.

Les ruines de l'immeubles desafecté se mirent soudainement à trembler provocant plusieurs effondrements.

Mais la fin de sa phrase fut noyée par le cri déchirant d'Hinamori qui se mit à se tortiller violemment dans ses bras comme prise d'une véritable crise de démence. Elle hurlait à s'en déchirer les cordes vocales, ses yeux grands ouverts et exorbités.

Mais c'était loin d'être une chose aisé. La jeune femme se contorsionnait tellement qu'il devenait difficile de continuer de la porter sans lui faire plus de mal. Les multiples écorchures qui lui zébraient le corps la faisaient atrocement souffrir. On aurait dit une poupée désarticulée qui cherchait désespérément qu'on mette un terme à son calvaire. Elle n'en finissait plus de hurler.

A ses côtés, Toshirô s'était figé d'horreur. Sayuki était en train de la torturer sous ses yeux, se délectant probablement de la scène caché dans l'ombre d'un pan de mur fracassé. Quelle était l'objectif ultime de toute cette mise en scène ? Pourquoi fallait-il que ses proches en paye le prix ? Voilà comment il se sentait : terriblement impuissant et coupable. De plus, il en avait assez d'être le pion d'un jeu dont il en ignorait la finalité de la partie.


Du givre et de la glace prirent possession des lieux, comme si les ruines du bâtiment venaient alors de subir une chute brutale de température. Les fines gouttelettes de pluie qui s'infiltraient entre les décombres se cristallisèrent en bruines de petits flocons avant de toucher le sol avec légèreté.

Le jeune homme en avait bien conscience, mais les cris atroces et prolongés d'Hinamori se répandaient comme un venin dans ses veines. Il ne pouvait pas rester sourd à son supplice et encore moins s'en détourner. Cette haine indicible qui en résultait était en train de le consumer de l'intérieur. Sa peur et sa colère réveillaient les grondements sourds du dragon de glace qui se tenait déjà prêt à réagir. Il s'était entraîné durement à contenir la puissance de Hyorinmarû lors d'un combat, à repousser chaque fois plus loin les limites du débordement. A quoi bon avoir fait tout ça pour échouer ici face à la première difficulté?

Non, échouer n'était pas une option. Il s'efforcerait de garder le contrôle le plus longtemps possible. Même s'il ne pouvait pas maîtriser toute l'étendue de cette force nouvelle qui le submergeait, il la dirigerait contre l'ennemi.

D'un volte-face, son regard perçant balaya les gravas où devait lâchement se cacher la Shinigami renégate, sa tête se mettant à le lancer douloureusement.

Yoruichi se figea de stupéfaction face à sa soudaine impétuosité. Toutefois, elle repris rapidement contenance avant de l'interroger.

Ces mots sortaient de sa bouche comme une sentence irrévocable. Il semblait confiant, peut-être même trop sûr de lui pour que tout se passe sans embuches. La glace continuait d'envelopper de son manteau cristallin les surfaces accidentées du bâtiment. La couche devenait de plus en plus épaisse à mesure que la pression spirituelle du jeune capitaine s'intensifiait.

Mais Yoruichi ne bougea pas. Dans ses bras, la vice-capitaine de la cinquième division continuait de se tordre sous la douleur mais ses cris étaient devenus moins intenses à présent et s'apparentaient davantage à des gémissements comme si elle s'efforçait de contenir son mal.

Il venait de se retourner brutalement vers elle, son sabre scindant au passage un bloc de béton verglacé. L'éclat rougeoyant que l'ex-commandante des services d'espionnage vit naître au fond de ses iris pers lui fit comprendre l'erreur qu'elle venait de commettre en prononçant ces paroles. Elle n'avait plus le choix dorénavant, elle devait tenir bon jusqu'à l'arrivée de Kisuke.


C'est alors qu'un choc plus important secoua violemment les structures de l'immeuble encore debout qui n'allait pas tarder à s'effondrer. Cependant, cette dernière secousse n'avait rien à voir avec la virulence du capitaine qui continuait de darder ses yeux glaçant sur Yoruichi.

Au même moment, deux hommes blonds se matérialisèrent près d'eux. Le premier possédait le long haori blanc porté par les capitaines du Gotei 13 et le second, orné d'un bob vert et blanc à rayure, tenait en plus de sa canne un sabre d'une éclatante blancheur lunaire.

Le regard que lui accorda Toshirô à son apparition n'avait rien de jovial. Celui-ci était plus que méfiant et d'une froideur extrême. Urahara compris alors très vite qu'il n'y avait pas lieu de faire de l'humour et se racla aussitôt la gorge afin d'étouffer sa plaisanterie. Il avait la forte conviction que sa présence était des plus indésirables en cet instant.

L'atmosphère chuta encore de plusieurs dégrées.

Recroquevillée dans les bras de Yoruichi, la vice-capitaine de la cinquième division s'était mise à trembler violemment. Si le froid intense agissait comme un anesthésiant contre le poison qui circulait dans son corps, elle n'en restait pas moins vulnérable à la forte pression dégagée par le reiatsu.

Bien qu'elle ne soit au bord de l'évanouissement, Hinamori s'efforçait de lutter. Elle avait parfaitement conscience de la situation et de l'acrimonie profonde avec laquelle s'exprimait son ami d'enfance. Elle savait aussi qu'elle en était la cause. Ses ravisseurs se servaient d'elle pour ensuite se servir de lui. Durant sa captivité, elle avait réussi à obtenir des réponses. Réponses qui à l'heure actuelle pouvaient peut-être empêcher que le pire ne se produise à la Soul Society. Elle détenait de précieuses informations qu'elle devait communiquer au plus vite au Gotei 13.

Malheureusement, elle se savait condamnée. Par conséquence, il existait de très fortes chance pour qu'elle n'est pas le temps de faire éclater au grand jour les intentions malignes de leurs adversaires... C'était ce qui était prévu. Ils avaient déjà tout planifié. C'est pourquoi, si elle perdait connaissance maintenant il était hautement probable qu'elle ne se réveille plus jamais. Elle ignorait combien de temps il lui restait et cette seule idée la terrifiait. Mais avant de s'éteindre pour de bon, elle avait le devoir d'avertir les siens et de sauver les gens qu'elle aimait.

Ses grands yeux larmoyants croisèrent ceux émeraudes de celui avec qui elle avait partagé son enfance au Rukongai. Elle espérait y discerner sa bienveillance fraternelle mais ses orbes claires brillaient d'une étrange lueur écarlate qui lui donnait un air malveillant qu'elle ne lui connaissait pas.

Pour Toshirô, cette simple phrase eut le même effet que si l'on venait de le frapper d'un coup de couteau en plein coeur. Ces mots, de la bouche d'Hinamori, étaient pour lui trop durs à entendre. Ils l'effrayaient et le bouleversaient. Comme passant brusquement à travers la glace d'un lac gelé, il prit conscience de son attitude et fit immédiatement redescendre sa pression spirituelle. Cette animosité avait beau lui être insufflé par les instincts sauvages de Hyorinmarû, elle n'en restait pas moins blâmable. Son cœur se mit à tambouriner douloureusement dans sa poitrine au même titre que le sang qui battait à ses tempes.

Ses excuses, il ne les adressait pas uniquement à la vice-capitaine blessée mais aussi à Yoruichi et Urahara avec lesquels il venait de se montrer particulièrement agressif.

Ce dernier étira un sourire compatissant.

Il se dépêcha de prendre le corps menu et mutilé de sa subordonnée des bras de Yoruichi. Ses muscles étaient si tendus et sa mâchoire si crispée dans le but de réfréner ses plaintes qu'il se demanda comment elle était encore parvenue s'exprimer.

Lui aussi avait des excuses à faire maintenant. Et c'est le timbre gorgé d'amertume qu'il les donna :

Une grosse larme perla sur la joue de la jeune fille. Le dernier homme à l'avoir pris dans ses bras en lui demandant pardon n'avait pas hésité à la trahir en la transperçant le regard froid et impassible. Son expression de marbre derrière ses lunettes carrées, s'était gravée dans sa mémoire telle une cicatrice qui, chaque jour, lui rappelait dans le miroir le prix d'une confiance aveugle. Seulement, le visage penché sur elle aujourd'hui avait l'air d'avoir été frappé par des centaines d'années. Il était vrai, authentique, loin d'être une illusion hypocrite. Son regard d'ordinaire si malin et rieur suintait de véritables remords.

Entre la douleur qui recommençait à lui lacérait le corps, elle parvint tout de même à se laisser bercer par un sentiment de plénitude qu'elle pensait avoir à tout jamais perdu depuis cette trahison.

Urahara perdit son sourire pour une expression quelque peu outré.

Le directeur du bazar redressa brusquement la tête à l'évocation du nom.

Mais avant qu'elle n'est le temps de mener à bien ses révélations, une longue silhouette mince et décharnée se précipita sur elle, tel un éclaire, sans crier garde. Hirako qui d'une main soulevait sa vice-capitaine n'eut guère le temps de plonger son autre main sur la poignée de son zanpakutô et se replia sur lui même dans un geste défensif. D'un même mouvement simultané, toutes les têtes bifurquèrent avec horreur vers la lame effilée de Yue Sayuki qui venait de transpercer le Vizard.

Yoruichi fut la plus prompte à réagir et d'un coup de pied transversal féroce qu'elle joint à une puissante montée de reiatsu, elle projeta l'ennemi entre les innombrables gravas qui jonchaient le sol. Le bâtiment trembla une ultime fois sous la puissance du coup avant de s'effondrer pour de bon.