Pause

par Moon

Chapitre 12


Dans le centre-ville de Karakura, les habitants et les voitures commençaient à affluer en masse entre les hauts buildings à mesure que le soleil se détachait de l'horizon. Quelque part dans les rues de ce labyrinthe urbain, entre les foules amoncelées aux portes des commerces, déambulait une grande et belle jeune femme aux formes voluptueuses, bien souvent collée comme une ventouse contre les vitrines des magasins. Derrière elle, deux adolescents suivaient la marche, se languissant de porter ses achats de plus en plus volumineux et encombrant. L'un d'eux finit bien vite par se laisser submerger par la colère, laissant tomber sacs et paquets sur le trottoir.

Elle se baissa alors pour ramasser l'ensemble des sacs éparpillés au sol, ouvrant son large décolleté à la vue de tous les piétons. Toshirô, rouge de rage et d'embarras, se baissa à son tour pour ramasser.

Il y eut un instant de silence avant que ne s'esclaffe la lieutenante.

Les deux adolescents se fuyaient du regard.

Le visage de Toshirô vira du rouge au vert en moins d'une demi-seconde. Ce dernier ne se souvenait que trop bien de la cuisine douteuse de la jeune femme et de son tempérament excessivement pétillant avec sa lieutenante lors de leur premier détachement sur terre.. Il savait que Matsumoto appréciait beaucoup la demoiselle et partageait le même enthousiasme. Mais surtout, il ne savait pas par quel miracle sa subordonnée parvenait à ingurgiter ses expériences culinaires sans faire d'indigestion. Décidément, cette journée courait à la catastrophe.

Le Shinigami exacerbé, repoussa vivement l'étreinte de la jeune femme, faisant à nouveau retomber les paquets par terre.

Il s'accroupit pour rassembler une nouvelle fois les affaires tout en ajoutant à l'adresse de Karin :

Il se redressa, faisant de son mieux pour stabiliser les marchandises puis plongea son regard dans celui de la footballeuse. Karin était vraiment restée fidèle à elle-même depuis tout ce temps.

Le capitaine étira discrètement les commissures de ses lèvres.

Toshirô remarqua à l'instant l'état hypnotique dans lequel se trouvait sa subordonnée, postée devant une nouvelle vitrine et compris très vite l'objet à l'origine de son inertie.

Elle se tourna vers lui, ses traits froissés par l'indignation.


*****


Le capitaine Unohana, occupé à trier le matériel médical se tourna délicatement vers son collègue. Elle était une belle femme à la longue chevelure noire tressée sur l'avant. Elle encadrait entièrement un visage avenant et doux qu'elle fendait bien souvent en un charmant sourire. Mais le sourire qu'elle lui offrit en cet instant même dissimulait une exaspération froide et Hirako regretta aussitôt ses paroles.

Le blond pâli, une goutte de sueur suspendue à sa tempe.

Adossé contre le mur blanc de la salle d'examen, se tenait un homme à la haute carrure, les bras nus croisés sur son torse, un 69 tatoué en son centre.

Hirako soupira.

Soudain, on frappa de timides petits coups à la porte. Entra une jeune femme aux grands yeux marrons et innocents, une chevelure d'ébène tirée en un chignon, suivie de près par le vice-capitaine de la sixième division.

La jeune femme sembla hésitante. Son regard se posa alors sur les multiples câbles reliés au corps du capitaine de la cinquième division. Elle se mordit la lèvre inférieure avant de s'exclamer d'une toute petite voix :

Le blond la considéra avec prévenance. Hinamori Momo avait été la vice-capitaine de Sosuke Aizen avant d'être la sienne depuis son retour au poste de capitaine. La trahison d'Aizen avait complètement bouleversé le cœur de la jeune femme, qui disait-on très attaché à celui-ci par le passé. Il avait donc été difficile de lui réapprendre à faire confiance aux autres après ça. Il ne savait pas qu'en acceptant de retourner à son ancien poste, il aurait à relever une âme aussi déchue que la sienne. Mais le temps avait fini par les faire s'apprivoiser et le capitaine avait su lui rendre en partie ce qu'elle avait perdu. A présent, il savait qu'il avait acquis sa confiance et ce après les innombrables heures à l'entendre pleurer dans son sommeil.

Sa présence à son chevet ne l'étonnait qu'à moitié en réalité, mais c'est l'inquiétude criblant ses traits qui l'interrogeaient.

Cependant, il s'arrêta à l'encadrement et ajouta d'un ton formaliste :

Le capitaine la fixa avec des yeux ronds, avant de comprendre le vrai sens de sa demande. Il lança vers le vice-capitaine aux cheveux vermeils un regard de reproche.

Elle se stoppa dans son élan, résignée.

Hirako reporta son regard sur sa subordonnée qui fixait le sol, les yeux vidés de leur éclat tel un zombie.

Ils acquiescèrent avant de s'en retourner vers l'ouverture, Renji passant amicalement son bras sur l'épaule de la jeune femme.

Il prit une profonde inspiration avant de lui dire ces derniers mots qu'il espérait rassurant pour la Shinigami :

Hinamori essuya ses yeux devenus subitement humides, ses lèvres se tordant en quelque chose de vaguement similaire à un sourire.


*****


Toshirô qui avait seulement eu besoin de faire glisser la balle jusque dans les filets, regretta amèrement de ne pas avoir demandé à sa subordonnée de superviser les choses depuis un endroit où elle ne pourrait être vue. En effet, sa présence ici attirait tous les regards des joueurs sur ses formes avantageuses plutôt que sur le ballon. En résumé, il n'était que deux à jouer, lui et Karin. L'équipe de cette dernière, au même titre que l'équipe adverse ne faisait office que de figurants, ne portant pas le match en grand intérêt comparé à la créature qui était venu assister au jeu.

Karin récupéra le ballon à la place du gardien, la mine contrariée par la bêtise de ces adolescents dominés par leurs seules hormones. Elle tira un véritable boulet de canon en direction de l'un des joueurs de l'équipe adverse, qui lui percuta la tête de plein fouet précédant sa chute sur le sol terreux.

Karin se laissa choir sur le sol dans un soupir lasse et résolu. Toshirô la rejoint et s'assit en tailleur à ses côtés.

Les joueurs sentant l'attitude d'abandon des deux adolescents, se pressèrent en masse vers la vice-capitaine, se marchant les uns sur les autres pour espérer lui parler.

Elle soupira derechef avant de poursuivre.

Soudain, elle se rendit compte de ses paroles, et sentit ses joues s'empourprer.

Il eut un silence gêné pendant lequel ni l'un ni l'autre ne suent quoi dire ni quoi regarder. Ce fut Karin, plus écarlate que jamais qui reprit la parole.

Toshirô, l'esprit encore confus d'avoir entendu ce simple mot sortir de sa propre bouche, ne savait absolument plus quoi répondre tellement il se trouvait stupide en cet instant. Il ne pouvait décemment pas lui dire qu'il ne pensait pas ce qu'il avait laissé bêtement échapper entre ses lèvres, au risque de blesser la collégienne. Cela relèverait également du mensonge car Karin était loin de lui déplaire. Ou tout du moins ce que comme fille il qualifierait objectivement de « jolie »...

A force de chercher une solution logique à cette confusion qui lui nouait l'estomac, il ne remarqua pas le rose toujours aussi soutenu de la footballeuse. Heureusement, l'arrivée de Matsumoto vint mettre fin à leurs malaises respectifs.

Karin se leva subitement.

Matsumoto, au contraire de son supérieur, n'avait pas loupé le rouge qui colorait les joues de la jeune fille. Elle tourna vers son capitaine l'un de ses nombreux sourires moqueurs.

Toshirô se releva agacé, mais l'estomac plus noué que jamais.