Réveil glaçant

par Moon


Chapitre 4


Du plomb. Voilà dans quoi il se sentait moulé. Un être recouvert de ce métal qui le compressait, qui le maintenait prisonnier. Il baignait dans le noir le plus total. Aucune lumière, pas un rayon pour l'éclairer. Avait-il les yeux clos? Il devait bouger, ne pas rester dans les ténèbres à étouffer.

Une faille trancha l'obscurité avant de se refermer presque aussitôt. Le monde qu'il avait aperçu lui paraissait flou. Il devait faire un effort plus important pour laisser cette brèche ouverte. La deuxième tentative fut un franc succès. Tout apparaissait déjà plus nettement. C'était un plafond. Il y avait des murs aussi. Mais tout était sombre, à peine plus éclairé que ce noir dans lequel il errait tout à l'heure. Il se sentait toujours aussi lourd, néanmoins, il réussit à faire pivoter sa tête sur le côté droit. Une silhouette se tenait là. Elle était assise contre le mur à seulement une distance de bras. Il n'avait qu'à le tendre pour se saisir du pan de son vêtement. Seulement, ce n'était pas un vêtement, mais une couverture beige. Peu importe d'ailleurs car il n'arrivait pas à s'en saisir, ses bras étaient encore trop engourdis.

Il recouvra une vision clair pour s'apercevoir qu'il s'agissait d'une femme avec de long cheveux blond tirant sur le roux. Il la connaissait bien. Elle regardait le plafond d'un air absent et ne semblait pas remarquer son réveil. Il força alors ses muscles à se contracter. Il devait se redresser. Combien de temps était-il resté là sans bouger? Et quelle ne fut pas l'horreur d'entendre sa propre voix vibrer avec si peu de force.

-Matsumoto.

Malgré tout, la Shinigami sursauta jusqu'au plafond sur lequel ses pupilles étaient encore posées il y a une fraction de seconde.

-Capitaine! Vous m'avez fait peur! S'indigna-t-elle.

Quand elle percuta que le jeune homme avait fini par sortir de son coma, son humeur changea du tout au tout.

-Capitaiiine! Hurla-t-elle en se jetant sur lui, l'étouffant à moitié de son opulente poitrine.

-Matsumoto! Tempêta Hitsugaya qui se dégagea tant bien que mal de son étreinte malgré la raideur de ses membres encore ensommeillés.

- Oh capitaine! J'étais si inquiète! Excusez-moi...

Elle relâcha enfin sa prise afin de mieux l'observer. Ses cheveux blancs étaient en bataille et ses yeux pers brillaient de cette même froideur qui le caractérisait tant, mêlés à une lueur d'agacement aussi. Ça bouche vint se plisser en une moue contrarié en parfaite harmonie avec ses sourcils froncés. Rangiku lui offrit son plus beau sourire. Il avait sa tête de tous les jours et c'était bon signe.

-Bon retour parmi nous, capitaine!

Ce fut au tour de son supérieur de l'observer. Ses yeux bleus pétillants trahissaient une importante fatigue. Elle lui apparaissait presque pâle et il n'eut pas besoin de demander pourquoi car il savait déjà qu'il en était responsable. La connaissant, elle avait veillé sur lui jusqu'à son réveil. Ce qui le surprit en revanche, fut de voir cette couverture de laine dans laquelle elle s'était emmitouflée. Elle d'ordinaire si soucieuse d'exhiber son décolleté, c'était plutôt inattendu.

-Tu as froid ? Demanda-t-il.

Le sourire de sa seconde s'atténua quelque peu.

-C'est votre reiatsu.

Et c'est à cet instant qu'il comprit. La pièce dans laquelle ils se trouvait était entièrement embrumée de volutes d'aires glacées, voilant même les murs, les rares meubles et le sol d'une fine couche de particule de glace. Il avait laissé sa pression spirituelle se répandre et vagabonder librement autour de lui. Il ne s'en rendait compte que maintenant.

-Excuse-moi, dit-il simplement.

Il se concentra afin de sceller sa pression spirituelle mais au bout de quelques secondes, il comprit que quelque chose n'allait pas. Sa vice capitaine pu lire l'incompréhension figer son regard, mais aussi, et c'est ce qui la troubla, un semblant de panique.

Elle ouvrit la bouche pour s'exprimer mais fut interrompue par la porte de la chambre qui coulissait.

-Ah! Vous voilà enfin de retour capitaine Hitsugaya, se réjouit l'homme au getas et au bob depuis l'ouverture.



Le capitaine de la dixième division eut le droit à un résumé détaillé de tous les événements qui suivirent sa perte de connaissance. Pour cela, Urahara les avait conviés, lui et sa seconde, dans l'arrière boutique. Un espace restreint mais lumineux, dans la plus grande tradition japonaise. Réunis autour d'une table basse, ils discutaient tranquillement autour d'un thé chaud. Hitsugaya avait à son tour intégré un gigai, apparemment spécial, qui empêchait sa pression spirituelle d'irradier librement. Il avait pratiquement passé deux jours dans le coma.

A présent au courant de tout, énormément de choses lui trottaient en tête. La première concernait la perte de contrôle de ses pouvoirs. Jusqu'ici, il n'y avait que son reiatsu qui faisait des siennes mais quelques chose au fond de lui lui disait que cette instabilité s'étendait au delà... De plus, mais il se gardait bien de ne pas l'avouer aux autres, il n'entendait plus les paroles de l'esprit de son zanpakutô aussi clairement. Il était toujours là, certes, mais dans sa plaine glacé que constituait son monde intérieur, il entendait retentir les grondements furieux du dragon. Il résonnait comme un violent orage, l'empêchant de communiquer correctement avec lui. Hyôrinmaru lui donnait l'impression d'être bien hostile depuis son réveil...


Ensuite, il se préoccupait de la mission. De ce côté là, rien avait évolué pendant son absence, hormis l'intrusion de cette femme chez les Kurosaki. D'après sa subordonnée et les autres, elle n'émanait aucune pression spirituelle comme ce fut le cas pour leurs précédant ennemis sur la colline. C'était la raison pour laquelle Ikkaku et Yumichika avaient perdu sa trace. Ils ne savaient quasiment rien d'elle, c'était tout juste si on avait pu lui dire qu'elle possédait de long cheveux noirs et qu'elle était vêtue d'une tenue similaire à celle portée par les Arrancars. Une Arrancar... c'est comme ça qu'ils l'avaient nommé. Mais personne n'avait pu lui affirmer avec certitude qu'il en s'agissait d'une. Elle s'était éclipsée aussi rapidement que Matsumoto avait attaqué. Selon leur rapport, elle avait un katana taché de sang à la main. Ce sang, était celui de la jeune sœur d'Ichigo Kurosaki.

Karin le tracassait aussi. On lui rapporta qu'elle avait été transpercée par ladite Arrancar et avait frôlé de près la mort pendant que lui était à mille lieu de la réalité. Lui, pourtant à seulement quelques mètres d'elle. Au fond, il ne pu s'empêcher de se sentir responsable de ce qui était arrivé à la jeune fille. Cet incident aurait pu être évité.

-Est-ce que vous allez bien capitaine Hitsugaya? Demanda Urahara en remarquant le visage anxieux du jeune homme incliné vers le sol.

Il redressa la tête, arborant aussitôt une expression détachée et froide. Celle qu'il utilisait la plupart du temps.

-Parfaitement.

-Vous paressiez... tourmenté, dit-il en agitant son éventail.

-Je me préoccupai de la situation à la Soul Society. Il faut que nous puissions les joindre rapidement.

-Je fais de mon mieux pour régler le problème.

- Merci.

Le jeune homme se leva. Il venait de passer plus d'une heure à discuter et il était temps d'avancer.

-Capitaine! Où allez-vous? Questionna Rangiku se levant à sa suite.

-Je vais chez Kurosaki. Je dois l'interroger, surtout sa sœur. C'est elle qui est restée le plus longtemps en présence de notre ennemie. Peut-être qu'elle en sait un peu plus que nous.

-Je viens avec vous!

-Non.

Elle afficha un air des plus perplexe.

-Envois Madarame et Ayasegawa passer le périmètre au peigne fin, reprit Hitsugaya.

-Ils parcourent déjà Karakura pour débusquer l'Arrancar. Vous savez bien qu'ils ne supportent pas de rester sur un échec.

-Bien. Dans ce cas, rassemble Kuchiki et Abarai pour protéger la ville des Hollows. Qu'ils redoublent de prudence puisqu'on ne peut toujours pas les sentir arriver...

-Je les ai déjà assigné à cette tâche capitaine, j'ai pris l'initiative d'assurer le commandement en votre absence.

Matsumoto avait déjà tout planifié avant son réveil. Elle savait comment il fonctionnait, ce qu'il était primordial de faire et prenait ses responsabilités avec beaucoup de sérieux. Toshirô reconnaissait bien là sa subordonnée. Malgré son extravagance doublée d'une indolence record, elle savait être une seconde des plus exemplaire et des plus compétente. Elle lui était une précieuse alliée et jamais il ne pourrait tolérer qu'on la blesse. Nonobstant les formalités du à leur rang, ils étaient tous les deux très proches.

-Dans ce cas, repose-toi. Tu en as besoin.

-Si vous me permettez d'objecter capitaine, intervint Urahara, je ne suis pas sûr qu'il soit très raisonnable de vous promener tout seul par les temps qui courent et dans votre état... Laissez là vous accompagner.

Un échange silencieux s'effectua entre le propriétaire du magasin et le jeune Shinigami. Plusieurs longues secondes s'écoulèrent avant qu'Hitsugaya ne détourne le regard.

-Très bien, dit-il. Amène toi Matsumoto.

-Oh! Et passez le bonjour de ma part à la famille Kurosaki! Ajouta Urahara redevenu soudain très gai.

Le capitaine de la dixième division passait déjà l'ouverture faisant mine de ne pas avoir entendu. Rangiku se dépêcha de le suivre quant elle fut arrêtée par le directeur du bazar.

-Un instant vice capitaine Matsumoto.

La concernée regarda par dessus son épaule.

- Surveillez le de près voulez-vous? Nous ne sommes encore sûr de rien...

La blonde lui accorda un bref signe de tête, comprenant que trop bien les paroles d'Urahara, et partit rejoindre son supérieur.


*****


Ichigo, appliqué à terminer ses devoirs avant l'heure du dîner, ne parvenait pas à rester concentré. Ce qui s'était passé la veille l'avait beaucoup remué. L'image du corps ensanglanté de sa sœur revenait sans cesse le hanter. Il n'avait pas été en mesure de la défendre. Cette seule pensée le fit bouillonner de l'intérieur. Il serra si fort son crayon qu'il se brisa en deux.

-Merde! Cracha-t-il furieux en tapant des poings sur son bureau.

En colère, il l'était. Contre lui même. Il la portait également sur cette femme, qui avait agressé Karin sans aucun scrupule, avant de partir en lâche. Oui, lâche ! Il ne trouvait pas d'autres mots pour qualifier le comportement de cette créature. Il la retrouverait et lui ferait comprendre sa douleur. Et il ne laisserait pas la Soul Society l'en empêcher. Après tout, Rukia n'était-elle pas venue lui demander de l'aide? D'une manière ou d'une autre il avait trempé dans cette affaire...

-C'est si compliqué que ça les devoirs du monde réel?

Ichigo manqua de tomber de sa chaise. Il se retourna vers la voix qui l'avait surpris et fut étonné de voir le capitaine de la dixième division adossé sur le rebord de sa fenêtre, vêtu d'un simple T-Shirt noir et d'un jean décousu au niveau des genoux. Derrière lui, se tenait Rangiku, un top rose fuchsia bien trop décolletée et une mini jupe grise, celle-ci, bien évidemment trop courte. Elle affichait un sourire radieux, en total opposition avec les traits figés de son coéquipier. Il ne savait pas pourquoi ils tenaient tant à faire leurs entrées de cette manière, mais cela ne le surprenait plus.

-Ça va pas la tête de débarquer sans prévenir!? Qui plus est par ma fenêtre! On ne t'a pas appris à te servir d'une porte Toshirô?

-C'est capitaine Hitsugaya! S'énerva le Shinigami, une veine pulsant fortement à sa tempe.

-Ouais ouais..., tu me l'as déjà sorti celle là.

Rangiku pénétra à l'intérieur de la chambre, laissant son capitaine seul à la fenêtre. Celui-ci serra les dents, suite à la dernière remarque du roux. Ce dernier ne bougea pas de sa chaise et se contenta de fixer successivement les deux Shinigamis.

-On est venu poser quelques questions au sujet de la femme d'hier après-midi. A ta sœur en particulier, déclara le jeune homme.

-Attends voir... commença le Shinigami remplaçant. Tu es sorti de ton coma?

-Il paraît, oui, répliqua froidement Toshirô. Peux-tu faire venir ta sœur ici, s'il te plaît?

-Karin est en convalescence. De toute façon, Yusu est rentrée et elle ne laissera personne la déranger. Elle ne sait pas grand chose des Shinigamis et croit sa sœur malade, donc ne l'embête pas maintenant. Tes questions je peux y répondre moi.

Hitsugaya lança un regard à sa seconde, qui lui répondit d'un hochement de tête. Puis le jeune homme sauta de la fenêtre vers l'extérieur, sous l'air hébété d'Ichigo.

-Et il va où comme ça?

-Mon capitaine aimerait juste pouvoir gagner un peu de temps, t'inquiète pas Ichigo! Répondit Rangiku tout sourire. Si tu veux bien, c'est moi qui te poserais les questions.

Soudain, on sonna à la porte d'entrée. Ichigo entendit la voix claire de Yusu retentir depuis le hall.

-J'y vais!

Après quelques secondes de silence la jeune fille poussa un cri strident. Ichigo crut d'abord à une nouvelle attaque. Mais très vites ses craintes se dissipèrent.

-Kyaaaaaaaaa! Karin! Y a ton petit copain qui est là!

Le Shinigami remplaçant fusilla Matsumoto du regard dont une goutte perlait sur son visage qu'elle voulait innocent. Il ouvrit sa porte en même temps que Karin, qui lui passa devant comme un train à grande vitesse. Elle dévala l'escalier, le regard pétillant, à la vue de son ami à l’étonnante physionomie.

-Toshirô!

-Salut.

Elle se précipita vers lui, mais fut très vite rejointe par son frère furax, pointant un doigt menaçant vers le Shinigami. Celui-ci immobile comme une statue de marbre dans l'encadrement de la porte, gardait les yeux résolument fermés, les bras croisés, laissant la fureur du roux lui passer au travers.

-Enfoiré! Tu te fou de ma gueule ou quoi!?

-Comme tu peux le voir, j'ai effectivement appris à me servir d'une porte, répliqua Toshirô.

-Commence pas à te la jouer, sale blaireau! Je t'ai demandé de la laisser tranquille!

-Ichi! s'indigna Karin tout aussi emportée à présent mais également confuse. Ça va pas de lui parler comme ça?!

-Karin à raison, Ichigo! Ajouta Yusu les mains sur les hanches. Tu te comportes comme un fou! Laisse ce pauvre Toshirô en paix!

La jeune fille attrapa le bras du Shinigami et l’entraîna à l'intérieur, Karin sur leur talon. Ichigo se saisit du poignet de cette dernière, mais fut immédiatement repoussé.

-Je vais bien! Arrête! Tu n'es qu'un abruti de frère!

-Je m'inquiète pour toi!

-Oui eh bien ça ira! Toshirô ne risque pas de m'embrocher avec son katana lui, non ? Rétorqua-t-elle l'expression frondeuse en prenant garde à ne pas être entendue par sa jumelle, en train de pousser Hitsugaya sur le canapé pour ensuite courir lui chercher de quoi s'hydrater.

-Comme tu veux, se résigna Ichigo à contre cœur ne pouvant s'empêcher de lancer un regard noir vers le Shinigami.

Il jurerait avoir vu ce dernier lui décocher un bref sourire narquois, ce qui eut don de renforcer sa colère. Non mais pour qui se prenait ce petit prétentieux tout décoloré !?

Yusu revint de la cuisine, les bras surchargés de boissons en tout genre.

-Alors! On a du jus de fruit, des sodas, du café, du thé, de l'eau, de...

-Je te remercie, la coupa Toshirô, mais je ne reste pas, j'ai besoin de m'entretenir avec Karin seul à seul.

Karin savait quel sujet il voulait aborder avec elle et c'est pourquoi sa sœur ne pouvait participer à la conversation.

-Peut-on monter dans ta chambre? Proposa Toshirô à la footballeuse avec sérieux.

Les yeux de Yusu se remplirent de larmes, sa lèvre inférieure tremblotante.

-Je savais que c'était du sérieux entre vous...Oooh, ma sœur devient une adulte! Papa va pleurer lui aussi!

Encore une fois, Toshirô fit preuve d'un self-contrôle impressionnant au contraire d'Ichigo qui perdit son sang-froid.

-Arrrh! Ils ne sortent pas ensemble Yusu!!!

Quant à Karin, elle laissa sa sœur à ses délires et fit signe au Shinigami de la suivre.