Chapitre 4 ~ La douleur de l'âme pèse plus que la souffrance du corps...

par hitsukarin

Karin gardait les yeux baissé vers le sol tandis que son père feuilletait rapidement les pages du dossier. Ichigo commença à lire le dossier par dessus l'épaule de son père. Au bout d'une minute ou deux, ils relevèrent les yeux du fichier.

Ichigo était pâle, tandis que son père affichait une mine plus que sérieuse.

Au bout d'une vingtaine de minutes où seul le silence régnait, son père reprit la parole.

Il semblait calme en apparence mais à l'intérieur de lui même il bouillait de rage. Pas contre sa fille, mais contre lui-même. Comment avait-il pu être aveugle tous ce temps ?

Tout prenait soudainement un sens dans sa tête ; l’attitude étrange de sa fille, sa fatigue permanente, sa pâleur étrange...

Cela ne l'avait pas alerté car sa fille avait déjà une peau très blanche et il pensait que sa fatigue venait sûrement à cause de ses matches de foot auxquelles elle jouait depuis sa plus tendre enfance. Karin n'avait jamais été du genre à ce confier, il croyait qu'elle était en pleine crise d'adolescence...

Il se rappelait ses malaises, et toutes les fois où elle disait qu'elle allait bien quand justement, tout portait à penser qu'elle allait mal...

Une maladie au cœur ; et il n'avait rien vu.

Il serra les dents, et voulu que tout ça n'était qu'un mauvais rêve. Karin ne répondit pas et gardait les yeux fixé au sol. Elle ne voulait pas faire face et tremblait intérieurement. Son mal de tête ne se dissipait pas.

Son frère, lui, se prit la tête entre ses mains, abasourdit, avant de s'asseoir lourdement.

Une trentaine de secondes plus tard, il se redressa. Puis pris sa sœur dans ses bras. Il la serra si fort que Karin commençait à en souffrir. Mais elle ne dit rien, et le laissa faire. Il répétait qu'il était désolé. Encore, et encore. Son père porta une main à l'épaule de son fils. Yuzu, elle, se taisait simplement. Elle ne comprenait pas et avait peur de comprendre.

Karin se sentait brisée d'infliger ça à sa famille. Elle qui s'était jurée de toujours se montrer forte pour eux et pour ne pas les inquiéter faisait tout le contraire. Elle aurait voulu que tout redevienne comme avant. Mais elle savait que c'était impossible c'est pourquoi elle se laissait bercer par les bras de son frère, par la chaleur de son étreinte. Elle serra faiblement son frère en retour.

C'est cette réaction qu'elle redoutait de la part de son père. Il allait sûrement l'examiner de toute les coutures. Son âme de médecin et de père ne voudront sûrement pas la laisser mourir. Mais Karin savait que c'était irrévocable, et elle ne voulait pas les voir souffrir.

Sa voix était douce, mais ferme. Elle s'y était faite et voulait que sa famille s'y fassent aussi.

Elle qui ne souhaitait rien comprendre avait l'impression de se prendre brutalement un coup à l'estomac. Un silence lourd envahi la pièce. Les larmes de Yuzu commencèrent à couler. Elle secoua la tête et se réfugia dans les bras de son père.

Pour toute réponse, il la serra à son tour dans ses bras. Il y avait comme une fissure au sein de leur famille.

Cette soirée était la pire soirée de toute sa vie. Karin savait que désormais, plus rien ne serait pareil.


Trois heures plus tard.



Ishiin se prit la tête entre les mains, soupirant douloureusement. Il avait l'impression qu'un poids venait de s'abattre sur ses épaules.

La logique faisait normalement, qu'en tant que père, il mourrait avant ses enfants, non ? C'est ce qu'il se répétait. Avait t-il fait quelque chose de mal ? Aurait t-il pu empêcher cela ?

Non...

C'était une maladie de naissance, du moins c'est que disait le dossier. Elle prend réellement forme à l'adolescence c'est pourquoi il n'avait pu le remarquer plus tôt... Il pensait aussi que c'était le comble. Que lui médecin, perde sa fille prochainement d'une maladie.

Il secoua la tête. Il ne devait pas penser comme ça. Karin n'était pas encore morte. Il fera tout pour l'aider. Il avait encore six mois.

Il aurait voulu la voir, comme n'importe quel père, grandir. Fonder une famille, acquérir un diplôme... Ce genre de truc. Où il n'y avait ni Shinigami, ni Hollow. Ou du moins juste un peu vu la pression spirituelle de sa fille...

Pourquoi ne leur en avait t-elle pas parlé plus tôt... ?

Deux ans qu'elle souffre. Deux ans qu'elle se tait. Il n'imagine pas à quel point elle avait dû se sentir seule. Entre deux rendez vous chez le médecin, seule dans le cabinet. Il n'avait pas pu l'épauler ou être là pour elle. Lui montrer qu'elle n'était pas seule. Mais il savait que ça aurait était peine perdu. Il connaissait sa fille ; à force de ne pas vouloir les inquiéter avec ses problèmes, d'une certaine manière elle avait aussi imposé une sorte de distance entre eux.

C'était exactement ça ; elle les tenaient à distance. Elle ne leur laissait pas la possibilité de jouer leur rôles. Ni de père, ni de frère. Elle détestait une quelconque aide extérieur, c'était comparable à une insulte pour elle. Elle voulait se débrouiller seule et était extrêmement têtue. Il la connaissait parfaitement.

C'était sa fille après tout.

Ishiin releva la tête et vit son fils, assit non loin de lui. Il avait gardé les poings serré tout au long de la soirée. Les sourcils froncé, une expression préoccupé. Il savait ce qu'il pensait. En faite, ils devaient sûrement penser pareil.

Ishiin regarda son fils quelques seconde avant de répondre. Il se rendit compte qu'il pensait vraiment pareil.

Il tint compte de son propre conseil. C'était ce qu'il y avait de mieux à faire.

Ishiin eût un mince sourire. Il le savait.

Il quitta la pièce, laissant un Ichigo toujours aussi préoccupé derrière lui. Il se leva à son tour et se dirigea à son tour à l'étage. Cependant, au lieu de se diriger vers sa chambre, il ouvrit discrètement celle de ses sœurs. Yuzu dormait dans le même lit que Karin, étant elle aussi très perturbé par la nouvelle. Elle serrait sa sœur dans ses bras comme si elle allait disparaître.

La brune avait le teint pâle et semblait être une petite chose enfouie sous une couverture. Son souffle était régulier, et son visage semblait paisible. Il voyait rarement sa sœur avec un visage pareil. Elle avait toujours un visage soit indifférent, soit froid. Parfois, quand elle était perdue dans ses pensées, son visage n'avait aucune émotions. Comme si elle les filtrait.

Il pouvait aussi voir à quel point elle semblait fragile et se demandait brièvement comment ils avaient tous pu passer à côté d'une tel nouvelle.

Pourquoi personnes n'avaient rien remarqué ? Aussitôt, un sentiment de culpabilité l'envahi. Il n'avait pas assez pris soin de sa sœur. Sinon, il l'aurait forcément vu.

Il fit demi-tour et gagna sa chambre. Elle était vide ; Kon était chez Urahara et Rukia n'était pas venue depuis deux semaines, étant repartie à la Soul Society. Il songea qu'un jour, sa sœur aussi vivra là-bas. Il ne la verra plus. Elle ne fera plus partit de son monde. De sa vie. Il détestait cette réalité. Mais il devait l'accepter ; il n'avait pas le choix.


*/*/*


Karin se réveilla doucement. La lumière qui filtrait à travers les rideaux de sa chambre lui agressait les yeux. Elle grimaça. Avachit sur elle, Yuzu dormait encore paisiblement et sa respiration était régulière. Karin déplaça doucement sa sœur et sortit de son lit. Elle bailla et s'étira avant de partir dans la salle de bain. Elle n'avait pas cours, mais elle s'était levée étonnement tôt. Elle prit son temps sous la douche et s'habilla tranquillement avant de descendre vers le salon.

Elle prit son sac, où elle rangeait ses médicaments. C'était devenue une routine de les prendre et elle en avait tellement que c'était limite si ça ne remplissait pas son ventre à la place de son déjeuné. Elle les avala sans broncher. Leur goût âpres était rebutant mais avec le temps, elle s'y était faite. Elle entendit du bruit derrière elle et elle se retourna. Son frère ne la regardait pas. Ses yeux était fixé sur les nombreuses boîtes sur la table.

Avant, elle les prenait à l'extérieur, trop anxieuse à l'idée que sa famille le découvre. Mais ce n'était plus utile maintenant car ils savaient. Quand même mal à l'aise, Karin s'empressa de les ranger en lui disant bonjour. Il lui répondit distraitement en ayant l'air troublé.

Elle lui tourna le dos et prit de quoi faire le petit-déjeuné. Elle avait besoin de s'occuper les mains, ainsi que l'esprit. Elle posa le tout sur la table où son grand-frère s'activait déjà à mettre les couverts.

Quelques minutes plus tard, tandis qu'ils mangeait silencieusement, il prit enfin la parole. Karin se demandait déjà quand il allait enfin lui adresser un mot. Il avait l'air ailleurs depuis qu'il l'avait surprise plus tôt.

Il ne la regardait pas dans les yeux, touillant distraitement son café avec sa cuillère. Karin s'attendait à cette question. Elle avait eût du mal à s'endormir la veille à force de penser à tout ça et à toute leur éventuelle interrogation. Comme à son habitude, elle ne laissa rien paraître tandis qu'elle répondait.

Elle ne voulait pas qu'il la voit différemment. Elle voulait avoir un semblant de normalité et avait fait en sorte de ne pas voir la vérité en face. Pour elle, tant qu'elle ne disait rien, alors il n'y avait pas de problèmes. Tout le monde était ignorant, alors il la traitait normalement. La vie suivait son cour. Et c'était tout ce qu'elle voulait... De plus, elle ne voulait pas être une sources d'inquiétude constante. Elle voulait les voir sourire avec elle jusqu'à la fin. Elle ne voulait pas comme souvenirs des visages triste.

Mais elle s'était ensuite rendu compte que de cette façon, elle les blessait sûrement. Sa mort sera pour eux plus brutale, parce qu'il n'aurait tout simplement pas le temps de s'habituer à son départ. Puis au fil des jours qui passaient, sa fin s'approchait. Elle avait compris qu'elle devait leur dire. Elle ne voulait plus les tromper et être honnête avec eux. C'était tout ce qu'elle pouvait faire. Pour elle et pour eux.

Au final, c'était la peur qui l'avait empêché de parler. Le dire était comme si elle signait sa fin. Ça rendait cela plus réel, et ce qu'elle essayait d'oublier s'imposait alors. Elle savait qu'il n'y aurait plus de retour en arrière. C'était dire la fin des jours normal. D'une vie normal.

Ichigo fronça les sourcils. Il reconnaissait bien là le caractère de sa sœur.

Il fut un peu plus dur dans ses paroles qu'il ne l'aurait voulu. À l'instar de sa sœur, ses émotions était marqué sur son visage, il était comme un livre ouvert. Il voulu soudain se justifier.

Il mit sa tête entre ses mains et soupira.

C'était la première fois qu'elle voyait son frère dans cet état. La première fois qu'il lui parlait autant de ses propre sentiments. Comme une enfant se faisant engueuler pour avoir fait une grosse bêtise, elle baissa les yeux. Et serra les poings.

Elle aurait voulu lui faire part de ses craintes passé, des réels raisons pour lesquelles elle n'avait pas parlé, mais sa bouche était sèche et aucun mots ne voulait sortir. À force de taire ses sentiments, elle ne savait plus vraiment les exprimer.

Elle se devait d'être honnête à partir de maintenant et de plus rien cacher.

Le petit-déjeuné se termina en silence, bien qu'aucun d'eux n'avait faim. Leur appétit s'était envolé au fil de la conversation.

Ils entendirent des bruits de pas et ils se retournèrent. Yuzu se tenait devant eux, en pyjama et les cheveux complètement ébouriffé. Ce n'était pas dans son genre de faire la grasse mâtiné et cela ne lui arrivait que quand quelque chose la perturbait vraiment.

Le silence qui régnait maintenant dans le salon était presque bruyant. Tout en se levant pour débarrasser, elle se demanda si ça allait être comme ça encore longtemps. Toujours sans un mot, elle se mit en boule sur le sofa, devant la télé en essayant d'ignorer les regards qu'elle sentait sur elle.

Elle finit par s'endormir une demie-heure plus tard devant un programme de divertissement stupide. Ichigo l'avait recouvert d'un plaid et s'était juste assis à ses côtés, pensif.

Il sursauta.

Elle ajouta à ses dires une un coup sur la nuque du roux. Alors qu'habituellement, il se serait chamaillé, Ichigo se contenta de soupirer. Rukia allait l'interroger quand un Bip sonore familier se fit entendre.

Il se leva. Il donna un dernier -et long- coup d’œil soucieux à sa sœur avant de suivre son amie. Rukia ne loupa pas la scène mais ne fit aucun commentaire. Néanmoins inquiète, elle se promit de l'interroger plus tard.

Ils arrivèrent rapidement et la quantité de Hollow était énorme. Une brèche avait dû s'ouvrir. Ichigo se dit que c'était un bon défouloir. Il avait les nerfs en pelote depuis la veille et il se sentait triste, frustré et tout simplement impuissant. Il sortit Zangetsu et se mit à les découper un par un. Ishida et Chad n'étaient pas loin. Même Inoue était là avec Tatsuki qui regardait dans leur direction. Une fois fini, il soupira.

Ichigo soupira.

Elle était assez proche des sœurs Kurosaki, étant une amie d'enfance du roux.

Le regard du roux changea. C'était clairement de l'impuissance que son regard reflétait.

Voir Ichigo avec une expression aussi douloureuse la rendait malheureuse.

Chad s'avança aux côté du Quincy, pour montrer qu'il était aussi présent pour l'aider.

Il détourna les yeux. Il aurait voulu que ce soit ça. Une simple dispute.

Il se caressa l'arrière du crane, une expression peiné au visage.

La première chose à laquelle il avait pensé, c'était de l'appeler. Son esprit, complètement confus, ne pensait qu'à une chose ; la sauver. D'une manière ou d'une autre. Mais il avait compris au regard de son père que c'était inutile. Plus tard dans la soirée il lui avait dit que c'était une maladie de naissance et que son cœur n'avait jamais été en bonne santé. Son cœur avait, tous ce temps, était une simple bombe à retardement. Le soigner ne changerait absolument rien, et les pouvoirs d'Inoue était limité à remettre les zones qu'elle soignait à leur état initiale. Or, l'état initial du cœur de Karin était malade, tout comme maintenant.

Il secoua la tête.

Soudain, il comprit pourquoi sa sœur n'avait rien dit. Il comprit un peu ses sentiments. Le simple fait de le dire rendait cela si réel... Si vrai.

Alors qu'il avait l'impression que tout ça n'était qu'un mauvais rêve.