Une mission ordinaire

par Sakoni

Chapitre I


Abath Town, centre administratif.

Il n'était pas plus de neuf heures du matin lorsque la berline noire se stationna devant la porte principale, et que trois hommes en costume sombre, oreillettes ajustées, en descendirent. Il se rassemblèrent immédiatement près de la portière arrière gauche, qui s'ouvrit lentement, laissant émerger un quatrème homme, âgé d'une quarantaine d'années tout au plus, et vêtu lui d'un complet bleu marine. Il se dirigea à grands pas vers l'entrée du bâtiment, ses gardes du corps à ses côtés, qui formaient un véritable rempart humain. Ils pénétrèrent à l'intérieur du centre, et l'on referma derrière eux une épaisse porte blindée, tout comme les murs, qui ne coïncidait pas le moins du monde avec les fonctions de l'administration d'une simple bourgade.
A quelques centaines de mètres de là, un homme aux longs cheveux blonds, coiffé d'un haut-de-forme, baissa ses jumelles et s'appuya sur le rebord de la fenêtre, qui lui avait jusque là servit d'observatoire.

« Une petite visite bien discrète de Chronos, murmura-t-il, ses lunettes de soleil rondes reflétant légèrement la lumière du jour.

Il ramena les jumelles devant ses yeux et scruta les alentours. Il ne lui fallut que deux minutes pour délimiter l'étendue des mesures de sécurité qui avaient été prises: tout le long des rues qui conduisaient au centre administratif, des gardes arpentaient le trottoir, semblant se parler à eux-mêmes de temps en temps.

- Ils sont tous en contact direct, près à agir au moindre incident, pensa-t-il, Ils ont mobilisé une dizaine de voitures, aussi. Mais ils n'ont pas l'air d'être armés trop lourdement. C'est étrange pour des gens qui, jusqu'ici, se sont entourés de tant de précautions...

Il tira les rideaux et retourna s'asseoir dans la chambre d'auberge. Sur l'un des lits était étendu un plan de la ville, sur lequel avaient été griffonnés, d'une écriture petite et serrée, différents repères, tous concernant la sécurité du centre. L'homme attrapa un crayon et ajouta quelques annotations, après quoi il roula la carte et alla la fourrer dans un sac à dos délavé qui arborait pitoyablement de vieux autocollants, tous vantant les mérites de telle ou telle marque de bonbons.
Des pas précipités retentirent dans le couloir. L'homme se colla immédiatement contre le mur, n'étant ainsi plus visible depuis la porte de la chambre, qui s'ouvrit à la volée quelques secondes plus tard. Une adolescente, dont les cheveux noirs étaient coupés aux épaules, vêtue d'un uniforme de lycéenne, déboula dans la pièce, des sacs plein les bras.

- Je suis rentrééééée Shardeeeen!

Elle freina brusquement et regarda autours d'elle.

- Sharden?
- Je suis là, la rassura l'intéressé en sortant de l'ombre.

La jeune fille jeta ses sacs sur un lit et se laissa tomber sur l'autre, un grand sourire illuminant son visage.

- Elle est trop bien cette ville! s'exclama-t-elle, Kyôko a trouvé plein de supers trucs à acheter!

Elle étendit le bras et saisit l'un des sacs, en extirpa son contenu et l'agita fièrement sous le nez de Sharden, qui eut un sourire attendri.

- Regarde! Kyôko a payé cette robe pas cher, en plus! Mais le chapeau elle a dû insister, hein, parce que le vendeur voulait pas lui laisser à moitié prix!
- Oh.
- Mais j'ai fini par l'avoir aussi! Ah, et puis, j'ai pris ça aussi...

La dénommée Kyôko ne s'arrêta qu'une fois qu'elle eut fait l'historique de ses courses à son compagnon, qui l'écoutait sans broncher, hochement simplement la tête de temps à autre. Au bout d'un quart d'heure, le sol de la chambre était parsemé de différents vêtements, de chaussures, de paquets de biscuits et d'une peluche Totoro, que la lycéenne finit par garder serré contre son coeur, gloussant parfois: « Kawaïï kawaïï! »

- Au fait Shardeeeen, demanda-t-elle sans cesser de dorloter sa peluche, Quand est-ce qu'on agit? Les courses c'est marrant, mais Kyôko elle voudrait bien un peu d'action aussi!
- Dès que Leon et Duram nous auront rejoints, lui répondit-il.
- Ah...

La jeune fille prit un air dépité, et enfouit son visage dans la fourrure de Totoro. Sharden la dévisagea, un peu étonné.

- Qu'est-ce qu'il y a?
- C'est que..., hésita-t-elle, Le petit Leon n'est pas souvent gentil avec Kyôko... Et Kyôko n'aime pas particulièrement Duram...
- ...
- Kyôko trouve m'sieur Maro plus sympa, et Ekidona aussi.
- Ekidona ne nous rejoindra qu'à la fin, pour nous aider à prendre le large.
- Elle va venir alors? fit la jeune fille en relevant la tête.
- Techniquement, oui. En cas d'empêchement, c'est Doctor qui viendra avec l'hélicoptère.

Les yeux de Kyôko se mirent à briller.

- Ouais! Les voyages en hélicoptère c'est toujours amusant!
- Euh, si tu le dis...

Au même instant, une sonnerie retentit dans la pièce. Sharden sortit un téléphone portable de sa poche et décrocha. Un sourire se dessina immédiatement sur ses lèvres.

- Bon, il est temps d'y aller. »

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Quand Kyôko et Sharden sortirent de l'auberge, deux individus les attendaient: un petit garçon, les cheveux violets, des yeux de la même couleur, muni d'un étrange skateboard, et un homme habillé comme s'il sortait tout droit d'un western: un chapeau de cowboy et un pancho mexicain; de plus, le bas de son visage était recouvert d'une sorte de masque, qui lui donnait l'air d'avoir une mâchoire de crocodile. Kyôko agita la main dans leur direction.

« Saluuuuuut!
- 'lut, marmonna le gamin.

Le cowboy se contenta d'un vague signe de tête. Sharden s'approcha de lui.

- Vous n'avez pas eu de mal à nous trouver?
- T'évites de me prendre pour un con, tu veux?
- C'était une simple curiosité de ma part.
- Il est de sale humeur? chuchota la lycéenne au garçon.
- Pas plus que d'habitude, répondit-il d'une voix morne et en haussant les épaules.

Sharden réajusta ses lunettes.

- Maintenant que vous êtes ici, nous allons pouvoir commencer. Si vous voulez bien prendre la peine de me suivre... »

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Les gardes avaient été placés par groupes de deux aux coins de chaque rue, afin de prévenir le moindre problème. Mais force était de reconnaître que, depuis trois jours que le dispositif de sécurité avait été mis en place, il ne s'était toujours rien produit. Rien, pas un chat. Les gardes commençaient à s'ennuyer.
Dans une rue parallèle au centre administratif, l'un des vigiles sortit un paquet de cigarettes. Il tâta les poches de sa veste puis, agacé, demanda à son collègue:

« J'ai oublié mon briquet, t'aurais pas du feu s'te plaît?
- Ouais, att...
- Laissez, monsieur le policier. Kyôko va lui en donner, du feu.

Les deux hommes se retournèrent, surpris par cette petite fille qu'ils n'avaient même pas entendue arriver. L'un d'eux porta la main à son arme, mais l'autre l'arrêta.

- C'est qu'une gamine, t'excite pas. Oh, petite! Tu devrais pas rester ici, c'est interdit, tu sais?
- Mais je croyais que quelqu'un avait besoin de feu...
- Hein?

Brusquement, ils sentirent l'air autours d'eux se réchauffer, à tel point que la rue parut se gondoler. La température montait de plus en plus, il devenait difficile de respirer. L'un des gardes porta sa main à sa gorge.

- Ca... brûle... hoqueta-t-il.

Kyôko sourit, et la rue s'enflamma, emportant les deux vigiles dans la fournaise.
Tranquillement, la jeune fille marcha jusqu'au coin de la rue, sans que les flammes ne la blessent.

- Rue suivante. »

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« Monsieur Waltz, c'est un réel plaisir de vous accueillir à nouveau entre nos murs.
- Epargnez-moi vos politesses, Uematsu. Si je suis ici, c'est pour affaires, certainement pas par plaisir.

Le maire d'Abath soupira. C'était la seconde fois en l'espace de six mois qu'il recevait la visite d'un émissaire de Chronos. Le groupe avait, un an auparavant, décidé de baser l'une de ses sous-organisations dans cette ville, et depuis Uematsu n'avait cessé d'être importuné de la sorte. Sans compter toutes les mesures qu'il fallait prendre en vue de la présence d'un membre de Chronos. Non, vraiment, s'il avait eu davantage de pouvoir, il ne se serait pas laissé embarquer dans cette affaire ennuyeuse.
Waltz inspecta la salle de réunion dans laquelle ils se trouvaient: il y avait deux gardes devant et derrière les portes. Il se tourna vers le maire.

- Vous êtes bien certains que vos hommes suffiront?
- Jusqu'à présent, nous n'avons rencontré aucun problème.
- Les choses peuvent changer.

Uematsu fronça les sourcils.

- Qu'insinuez-vous?
- ...
- Il y a quelque chose que je devrais savoir?

L'envoyé de Chronos passa une main dans ses cheveux grisonnants et soupira. Son interlocuteur remarqua alors ses traits tirés par la fatigue, ses cernes. Comme s'il avait pris un coup de vieux depuis leur dernière rencontre.

- Vous n'êtes pas sans ignorer l'existence de ces agiteurs publiques... ce groupe révolutionnaire dont les membres se font appeler les "Apôtres de l'Etoile"...
- Je regarde les infos, comme tout le monde. Ils n'ont pas encore revendiqué un objectif bien précis, mais il semblerait qu'ils aient dans l'intention de mettre Chronos en difficulté, si on en croit la nature des attentats qu'ils commettent.
- En quelques mots, c'est exactement cela.
- Désolé, mais je ne vois pas en quoi je...

Le maire d'Abath se tu, réalisant soudain ce que Waltz avait voulu dire.

- Vous... vous n'y pensez tout de même pas? demanda-t-il, soudain nerveux, Quel intérêt ces soi-disants Apôtres auraient-ils à venir ici? Ca n'a pas de sens, voyons!
- Je n'ai jamais dit qu'ils viendraient avec certitude. Juste que vous devriez demander à vos hommes de renforcer leur vigilance.

Uematsu resta interdit quelques instants, puis alla donner ses instructions à voix basse à l'un des gardes qui attendaient à l'intérieur; ce dernier hocha la tête avant de partir en courant. Le maire retourna s'asseoir dans l'imposant fauteuil situé en bout de table, et croisa les bras. Waltz prit place à sa droite.

- Rassurez-vous, ce n'était qu'une simple hypothèse, reprit-il en tassant une liasse de documents, avant de se mettre à les feuilleter d'un air absent, Rien ne dit que ces pseudo-révolutionnaires veuillent s'en prendre à nous. Cette sous-organisation n'est même pas encore implantée de manière définitive dans le secteur.
- Mais il y a quand même un risque de les voir débarquer ici, n'est-ce pas? murmura le maire d'Albath.

Waltz laissa échapper un profond soupir, puis il lui tendit les documents.

- Revenons-en à nos moutons, voulez-vous? »


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Le cowboy avançait d'un pas assuré vers les deux voitures de police stationnées non loin du bâtiment. L'apercevant, un vigile vint à sa rencontre, un bras tendu et l'autre sur la crosse de son arme de service.

« Je suis désolé monsieur, mais il vous est formellement interdit d'aller plus loin!

L'homme ne dit rien, mais s'arrêta. Il s'écoula quelques secondes avant qu'il ne dévoile sa main droite. Le garde haussa un sourcil.

- Soyez pas ridicule, enfin! On est plus d'une dizaine de gars armés dans le secteur, qu'est-ce que vous espérez faire avec votre colt?

Toujours silencieux, l'homme leva le bras et visa le garde, qui le mit aussitôt en joue. Deux autres, qui avaient assisté à la scène de loin, le rejoignirent et menacèrent également le cowboy.

- Je vous préviens, si dans cinq secondes votre n'avez pas déposé votre arme sur le sol, nous ouvrirons le feu! cria le premier vigile, Cinq!... quatre!...
- ...
- ... trois!... deux!...
- ...
- ... un!... posez votre arme, bon dieu!
- Tsss...

Une dizaine de coups de feu successifs retentirent.
Du sang éclaboussa le bitume de la chaussée.
Les gardes, les yeux équarquillés, regardaient droit devant eux. Mais ils ne pouvaient plus voir ce qu'ils fixaient avec autant d'intensité.
Les trois corps s'écroulèrent, comme des pantins dont le marionnettiste aurait rompu les fils. Le cowboy les enjamba comme si de rien n'était, mais l'un des gardes attrapa le bord de son pancho d'une main tremblante. L'homme lui jeta un regard ennuyé, et le malheureux dont le propre sang emplissait désormais la bouche, eut l'impression d'être réduit à l'état de vulgaire cloporte. Mais toussant, crachant, il trouva la force de lui poser une ultime question:

- Qu... qui es... tu?

Pour toute réponse, le cowboy pointa son revolver sur lui, et lui tira une balle en pleine tête. Le crâne du garde explosa littéralement, et sa dépouille sanguinolente retomba sur le sol. Et maintenant que son interlocuteur n'était plus en mesure de l'entendre, l'assassin dit, d'une voix rendue caverneuse par le masque qu'il portait:

- On m'appelle Duram, le tao gunman des Apôtres de l'Etoile. »


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Waltz et Uematsu, ainsi que d'autres personnes plus ou moins importantes qui les avaient rejoints peu de temps après leur précédente conversation, étaient toujours en pleine discussion lorsqu'un garde entra en courant dans la salle de réunion, hors d'haleine. Le maire d'Abath se leva de son siège comme s'il avait été électrocuté.

« Qu'est-ce qui vous prend de faire irruption comme ça? s'écria-t-il, légèrement inquiet, Vous ne voyez donc pas qu'il s'agit d'une réunion importante?
- Mon... monsieur le maire! s'écria le garde, Vous devez vous mettre à l'abri! Des drôles de types ont fait leur apparition, et ils ont déjà éliminé les hommes qui avaient été placés dans les rues proches du bâtiment!

Un frisson parcouru les hommes présents dans la salle.

- Quoi?... Qu'est-ce que vous dites! s'étouffa presque Waltz, se levant à son tour, Combien sont-ils donc?
- Je... nous n'en savons rien. Pour le moment, seuls quatre individus se sont montrés, mais ils pourraient être plus nombreux!
- "Quatre individus"..., répéta Uematsu.

Lui et Waltz échangèrent un regard, et l'émissaire de Chronos baissa la tête. Le maire se pencha vers lui.

- Est-ce que se sont... eux? lui chuchota-t-il précipitamment.

Waltz déglutit difficilement. Il acquiesça.

- Oh mon dieu...

Uematsu se redressa et, faisant signe au garde:

- Rassemblez tous les hommes qu'ils vous restent à l'intérieur du bâtiment, puis contactez les forces de police de la ville la plus proche! Nous tâcherons de nous défendre jusqu'à leur arrivée!
- Il ne reste plus personne, je crains que ça ne soit malheureusement inutile.

Tous se tournèrent vers celui qui venait de prendre la parole. Ce dernier ôta son haut-de-forme et s'inclina avant de se recoiffer.

- Permettez-moi de me présenter: mon nom est Sharden. J'appartiens... ainsi que mes compagnons ici présents...

Il désigna les trois personnes qui se tenaient derrière lui, puis reprit:

- Nous appartenons aux Apôtres de l'Etoile, le groupe révolutionnaire dirigé par Creed Diskens. Cela m'étonnerait que vous n'en ayez jamais entendu parler... A la façon dont vous nous dévisagez, je vais supposer que vous avez déjà eu vent de nos actions.
- Pourquoi diable êtes-vous ici? l'interrompit Uematsu, perdant contenance, Qu'est-ce que vous voulez?
- Je vous laisse deviner.
- Uh?

Sharden retira lentement l'un de ses gants et, de l'autre main, s'entailla à l'aide d'un petit poignard la peau ainsi mise à nue. Le sang coula abondamment de la plaie. Bien plus qu'il ne l'aurait dut pour une blessure de cet acabit...
Cette fois-ci, tous ceux qui étaient encore assis se redressèrent et allèrent se coller contre le mur, tentant de mettre le plus de distance possible entre eux et... ça: le sang avait coulé de plus en plus et s'était élevé au-dessus de la paume mutilée. Il avait pris une forme des plus effrayantes: une sorte de squelette, le crâne masqué par une longue capuche, brandissant une faux. Waltz eut un hoquet de dégoût, sentant la nausée le gagner. L'Apôtre eut un mince sourire.

- Accepteriez-vous de partager votre sang avec moi? »

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Sans prendre la peine de se poser, l'hélicoptère se stabilisa à environ vingt mètres au-dessus du petit groupe. Une échelle de corde leur fut lancée, et les Apôtres grimpèrent un par un. L'appareil reprit de l'altitude alors même que le dernier n'avait pas encore embarqué.
A l'intérieur, Kyôko se laissa tomber sur un siège, sa peluche Totoro sous le bras.

« Pfff, c'était même pas drôle! ronchonna-t-elle, Kyôko a trouvé ça beaucoup trop facile, et puis y'avait que des vieux!
- Je vois pas comment tu peux faire de différence d'âge entre des adultes de ce genre, remarqua Leon du même ton atone que d'habitude, Pour moi, ils sont tous les mêmes.
- Les jeunes sont pas aussi sexistes! rétorqua la jeune fille en gonflant ses joues, Là ils arrêtaient pas de me dire que les filles avaient pas à promener toutes seules dans les rues! Grrr!
- Bof...

La lycéenne allait poursuivre, mais Leon changea de place et alla s'asseoir près de la vitre. Devant son regard absent, elle n'insista pas, et décida plutôt de parler à Sharden.

- Et toi Sharden, comment ça s'est passé de ton côté?
- Bien.
- ...
- ...
- Et c'est tout?
- Oui.

A cet instant, quelqu'un sortit de la cabine de pilotage. C'était un homme d'une vingtaine d'années à peu près, les cheveux noirs, portant des lunettes et une blouse blanche sur un col roulé noir: bref, le parfait stéréotype du médecin. Il toisa le groupe, et en particulier Sharden, d'un air satisfait.

- Bien, vous avez parfaitement rempli votre mission, déclara-t-il.
- Eh ouaaais! s'exclama Kyôko, ravie de ce faible compliment.
- Comme toujours, maugréa Duram.
- Un problème, Duram? suggéra le "médecin".
- Ouais. Un type tel que moi devrait pas avoir à se contenter d'écraser de simples vers de terre.
- Oh, je vois: tu déplores l'absence de gunman de ton niveau, c'est bien ça?
- Futé, le binoclard.

Le visage impassble, le "binoclard" remonta ses lunettes sur son nez, sans quitter le cowboy des yeux. Sharden toussota.

- Hum, euh... Et vous, Doctor? Il n'y a eu aucun problème en notre absence?
- Un problème? Non. Mais il s'est tout de même passé un fait dont vous serez mis au courant, dès votre retour sur l'archipel d'Adonia.
- "Un fait"? répéta l'homme au haut-de-forme, De quoi s'agit-il?
- Je vous l'ai dis. Tout vous sera dit à votre retour. »

Sur ces mots, Doctor regagna l'avant de l'appareil, laissant le groupe pour le moins perplexe - sauf Kyôko, qui ne pensait qu'à arriver à l'heure pour sa série télévisée.

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Pendant ce temps, Shiki faisait les cents pas sur la terrasse de la villa, attendant le retour des Apôtres qui avaient été envoyés à Abath Town. Son attente fut enfin récompensée: au loin, un minuscule point noir se détacha du ciel bleu, grossissant de plus en plus. Le vent produit par l'hélicoptère, lorsqu'il se positionna au-dessys de la terrasse, fit gonfler les larges manches de sa tenue. Bientôt, Shiki fut obligé de reculer pour laisser l'engin se poser. A peine Doctor, Sharden, Kyôko, Leon et Duram eurent-ils mis pied à terre qu'il se précipita vers eux.

« Vous repartez immédiatement! fit-il de sa voix étrangement basse, en raison sans doute de l'épais turban qui recouvrait entièrement sa tête, masquant son visage.
- Hein? Ah non, Kyôko elle en a marre! râla la jeune fille, J'ai un truc à la télé, hors de question de le rater!

Shiki demeura interloqué quelques instants, surpris d'être interrompu de la sorte.

- Pardon? Je ne te demande pas ton avis, je te demande de venir! Obéis un peu quand on te donne un ordre!

Kyôko ouvrit la bouche pour riposter, mais on la devança.
- Laisse-la rester si elle en a envie. Après tout, elle est a été bloquée trois jours de suite à Abath.
- Ekidona! fit la lycéenne en souriant, avant d'agiter la main en direction de la femme qui descendait les marches derrière Shiki.

La nouvelle arrivante était une jeune femme d'une vingtaine d'années; ses cheveux étaient d'un vert pâle tirant sur le bleu, et elle portait une veste à motifs rouges sur une robe noire très largement décolletée

- Je peux parfaitement la remplacer, poursuivit-elle, une main sur la hanche, Tu n'es pas d'accord?
- Absolument pas, répliqua le maître de tao, furieux.
- Tant pis. Que tu le veuilles ou non, Creed a insisté pour que je vous accompagne là-bas.
- Où allons-nous? demanda Leon à Shiki, le coupant dans son élan d'exprimer toute sa fureur à l'ancienne actrice, Doctor nous a dit que quelque chose s'était passé...
- Hum.

Shiki se calma presque instantanément, ignorant royalement Ekidona qui le dominait en souriant d'un air suffisant, et reprit le fil de son discours - avant que Kyôko ne vienne protester.

- Quelqu'un a réussi à entrer en contact avec nous, malgré le fait que personne ne soit censé connaître l'emplacement de notre repère. Je voudrais que nous nous rendions à l'endroit d'où vient l'appel.
- Quelqu'un a téléphoné? s'étonna Leon, Je croyais pourtant qu'on avait installé un système permettant de brouiller les lignes?
- C'est exacte, lui répondit Doctor, Mais l'appel en question n'était pas un appel téléphonique.
- Ah?
- Eh bien quoi, Shiki? le poussa Ekidona, Explique-leur.

Le maître de tao mit une quinzaine de secondes à répondre, profitant de ce laps de temps pour maudire mentalement Ekidona jusqu'à la trente-sixième génération - si du moins elle avait le malheur de se reproduire.

- Il semblerait que... celui qui nous ait "contacté"...

A ces mots, il fit rouler de sa manche à la paume de sa main une boule de cristal.

- ... soit un maître de tao, tout comme Maro et moi-même. »

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Pour ceux qui auraient oublié, les maîtres de tao sont une espèce extrêment rare en-dehors du Continent Lointain - d'ailleurs, depuis la guerre contre Chronos d'il y a vingt-cinq ans, même là-bas ils ne doivent plus être trop nombreux... Voilà pourquoi, lorsque Shiki dit qu'un maître de tao l'a contacté depuis le continent, que tout le monde devrait réagir comme ça: "Oh mon dieu, mais que s'passe-t-il!"... Hum, non, quand même pas...
Ah, et... je sais que, normalement, Shiki est une femme (enfin, selon ceux qui ont lu Black Cat en japonais ou en anglais...), mais moa j'm'en tiens à la traduction française. Si vraiment elle s'avère incorrecte, je corrigerai les passages concernés - de toute façon, pour ce que ça a d'impact sur l'histoire...

Ceux qui ont eu le courage de lire jusqu'au bout laisseront bien une review? ;-)