Aboutissements

par WizPeppy


-PDV Rosalya-

« Allez Rosa, fais un grand ahhh~ »

Au lieu de croquer dans la tartine de confiture que cet énervant énergumène me tendait, je lui donnais un grand coup sur la tête. Et voilà, le voilà à tirer la tronche. Je préférais ne pas le relever.

« Maieuuh, faut bien que tu manges le matin ! »

« Je naime pas la confiture, donc dégage. Le café me suffit. »

« Manger, je parle, pas boire ! »

« Dégage, jai dit. Le café me suffit, deuxième fois pour les malentendants. »

Karma commença à réellement bouder, tandis que jaffichais un petit sourire victorieux en coin, mais approcha la tasse de mes lèvres pour le masquer, les yeux fermés, espérant que mon interlocuteur me fiche la paix cinq minutes. Mais il reprit de plus belle: 

« Mais cest que tes invivable ! »

Je lui rétorquais alors du tac-au-tac:

« Mais rassure-toi, personne ne ma assigné chez toi, ni vice-versa. »

Il allongea sa tête sur la table de verre, un sourire narquois ornant son visage. Il prit alors un ton mielleux:

« Hawwn, moi qui pensait quon allait bientôt nous marier ! Tu brises mon petit coeur, ne suis-je plus à ton goût ? »

Je faillis m’étouffer avec mon café. Jaurais du le lui cracher au visage, au même titre que mon mécontentement, pour ce genre de remarques:

« « Plus à mon goût » ?! Puis-je savoir quand est-ce que tu as été à mon goût, au juste ? »

« Oh, je sais pas, laisse moi réfléchir, hier, quand tu mas embrassé de ton plein gré ? »

Je ne sais pas ce quil ma pris hier soir, cest vrai. Hmpf, jaurais jamais du faire ça. Il va simaginer des choses maintenant.

« Ce bisou était l’équivalent à celui que lon donne lors dun jeu de la bouteille. En partant de ce principe, penses-tu réellement quil voulait dire quoi que ce soit ? » Je marquais une pause « Sinon, tu naurais pas oublié que personne na déclaré aujourdhui comme étant un jour de congé ? On a cours, andouille, donc grouille-toi. »

Wouah, plus subtil comme changement de sujet tu meurs. Et cest quoi cette explication toute bidon ? Quelque chose ne va vraiment pas avec moi, décidément. Je lui ferai la fête un jour, il va voir

« Oh, cest vrai ça. Tu es dans la 3-E à partir daujourdhui, nest-ce pas ? De plus, nous aurons les résultats de nos examens… »

Une boule se forma dans mon ventre à la suite de ces paroles. Cest vrai. Les examens. Moment de vérité. Ai-je réussi à « écraser » Asano ? Il le faut. Je nai pas dautre choix si je veux vivre. En pensant à toutes ces choses qui me préoccupaient, je mettais mes chaussures presque comme un automate, ce qui n’échappa pas au regard du rouquin. Avant que je puisse ouvrir la porte pour enfin sortir, un bras sest interposé, me stoppant dans mon élan. Je regardais alors ses yeux ambre dun mauvais oeil, lair de dire « Laisse-moi passer si tu tiens à la vie »:

« Arrête donc avec ce regard, ça prend plus avec moi. Je tai vu rire, en pleurs, allongée en position foetale avec moi, emboités comme des cuillères par terre. Je suis désormais immunisé contre ce genre de regards. Puis-je savoir, maintenant, ce qui occupe à ce point ton esprit pour que ten oublies tes affaires ? Serait-ce mon joli minois ? »

Je lâchais un regard meurtrier pour avoir mentionné mon état pathétique dhier soir. Je lui ferai sa fête un jour, je vous le dis

« Rien de spécial. Je me posais des questions sur mes résultats dexamens. » lui crachais-je au visage, le poussant pour pouvoir enfin atteindre la poignée de la porte, après avoir soigneusement pris mes affaires de la veille. À moitié honnête, donc tu ne peux plus dire que je cache des choses, Karma Akabane. Baka-bane plutôt oui

« Hmm, ces vrai çaAh, et Koro-sensei voulait nous parler de lorganisation de notre prochain voyage. »

En fermant le portail derrière moi, je poursuivis la conversation, intriguée:

« Ah ? Un voyage ? »

Karma me dévisagea pendant quelques secondes, jusqu’à ce quil se souvienne que je ne faisais pas partie de sa classe jusqu’à aujourdhui. Il se décida de mexpliquer alors:

« Ouais, le prof a décidé dorganiser un voyage à Kyoto pour célébrer lanniversaire de lEmpereur, le Tennô Tanjôbi. On ira simplement à la fête organisée dans cette ville. Après ça, on devrait y passer la nuit, enfin jimagine. »

Un voyage extra-scolaire. Ça ne me paraît pas être une si mauvaise mauvaise idée. Tellement plus de possibilités afin de tenter assassiner le poulpe, car oui, il ne faut pas oublier que je fais partie de cette classe, dont le but est dassassiner leur professeur principal avant le mois de mars. Je vais vraiment pas mennuyer tiensUne question me trotta la tête alors:

« Cest quand ? »

« Il me semble quon part demain. »

Ah oui, daccord. On part comme ça, au beau milieu de la semaine, pour un voyage où seule notre classe ira. Tout va bien dans le meilleur des mondes.

Nous avons fait tout le reste du chemin jusqu’à l’établissement dans un silence confortable. Cependant, à lentrée de ce dernier, un élève de la 3-A, inintéressant au possible et dont je ne me souviens même pas du nom (-a-t-il même été dans ma classe ?-) savança vers moi dun pas mal assuré, qui empira quand il se rendit compte que je suis accompagnée par Karma. Sommes-nous si intimidants que cela ? Il sarrêta devant nous, plus petit que nous de quelques centimètres, sachant que je faisais pratiquement la taille de Karma, deux ou trois centimètres de moins. Nous posâmes alors notre regard noir sur -ce fumier- cet élève, ne laidant pas dans sa prise de parole. Il finit par sy résoudre, en balbutiant:

« E-euh, Rosalya-kun (1), Monsieur le Proviseur ma chargé de tannoncer… »

Je le coupais net dans son élan, bien contente de la faire boucler à un de mes anciens camarades de classe, qui me paraissaient bien trop arrogants dans leur ensemble. Cette idée ne déplaisait pas à Karma, daprès le sourire espiègle que je devinais orner son visage.

« De une, ce sera « Rosalya-sama » (2)  pour toi. De deux, je suis déjà au courant. Dégadéguerpis »

Je me repris un peu. Inutile d’être plus insolente que je ne le suis déjà.

Nous poursuivons notre route jusquen haut de la montagne, Karma nayant aucunement relevé le comportement que jai pris avec lautre élève. Langoisse commença à monter au même titre que notre chemin jusquau sommet de la montagne progressa. En entrant dans la classe, nous vîmes les autres élèves, tout aussi nerveux les uns que les autres. Pour connaître nos résultats, il a fallu quon aille dans le bâtiment principal, en classe entière.

Lannonce des résultats fut catastrophique, mais pas imprévisible. La 3-E na pas eu cours pendant deux semaines, alors que la 3-A a travaillé comme si sa vie en dépendait. En résultat, la majorité de la classe a été déchue de leur rang. La classe privilégiée na donc pas traîné pour venir asticoter celle des assassins. Surtout Asano, qui a fini 1er, avec 493 points:

« Quelle déception hein ? Je le savais, la dernière fois n’était quun gros coup de bol. »

Natsuhiko Koyama et Ren Sakakibara remuèrent à tour de rôle le couteau dans la plaie, ne cachant pas leur arrogance:

« Rien à dire hein ? Enfin, cest évident… »

« …Dans cette école, seules les notes comptent. Ceux du bas nont donc rien à dire à ceux du haut »

Ayant plus quassez de leurs mines satisfaites, javançais avec mon partenaire de crime pour leur faire face. Il prit la parole pour nous deux, dun air plus que satisfait:

« Hé, dans ce cas, les garsVous ne pouvez rien nous dire non plus, nest-ce pas ? »

Cest vrai quil ny a quun seul élève de la 3-E, à qui ces deux semaines nont pas porté préjudice: Karma Akabane, qui a fini troisième, avec 492 points. Je lai entendu murmurer, en dévisageant sa copie avec ennui:

« Enfin bon, de toute manière notre prof principal sortira sûrement un truc du genre « tu nes pas 1er alors ça ne le fait pas. » »

Je pris alors la parole, partageant un peu sa frustration:

« Mmh, on ne peut pas en dire autant pour moi. Je suis « hors-compétition », si on puis dire… »

Effectivement, jai été dans la 3-A alors quelle se préparait aux examens, je nai donc pas subi le handicap de la 3-E, bien que jen fasse partie désormais. Anecdote: il ont gardé ma classe dorigine dans le classement, afin de tourner la situation à leur avantage. Puisque oui, cela leur procure une place supplémentaire dans les premiers rangs: jai fini 1ère ex aequo avec Asano, 493 points. « Je nai pas réussi à te détrôner, mais cela ne saurait tarder, Asano » pensais-je, en le fixant droit dans les yeux, qui exprimaient un certain ressentiment envers ma personne. Le rouquin, qui se trouvait à mes côtés, reprit la parole, pour le grand mécontentement de nos opposants:

« Les prochains examens seront les derniers dans les mêmes conditions. Nous irons tous à fond à ce moment là, puisque cette fois-ci nous nous sommes dits que vous perdrez toute crédibilité si vous échouiez à chaque fois, comme lors de l’épreuve du poteau. » Il marqua une pause, en se retournant vers nos camarades: « Les examens finaux du second trimestre dans deux mois; réglons cela pour de bon à ce moment-là. »

Asano soutint ses paroles dun regard de défi. Karma venait de couvrir toute la 3-E. Quelque chose me dit quil a plus de facilités pour comprendre les faiblesses des autres, mais surtout, il les accepte. Il semble être en paix avec lui-même, aucun doute ne traverse son visage. Il mènera ses camarades à la victoire. Non pas en se proclamant comme étant supérieur aux autres, mais en les poussant vers le sommet et en les soutenant, tout en se tenant en arrière. Jen ferai tout autant.

***

« Tiens, attrape Rosa ! »

Je fus surprise de cette agression soudaine, tandis que mes réflexes mont permis dattraper le paquet que Karma ma lancé, de la part de Karasuma, que je vis dans un coin de la pièce. Intriguée, joubliais de faire la morale à ce sale gosse pour le surnom quils aisé maccorder. Cest avec surprise que je vis des vêtements.

« Cest une blague ? Des vêtements ? »

Karasuma me jugea, en forçant ses sourcils:

« Et pas nimporte lesquels. Tu fais partie de cette classe désormais, ceci te revient. Cest une tenue conçue spécialement par le Gouvernement pour votre mission: vous pouvez vous permettre de prendre davantage de risques avec cet uniforme, qui vous protège de tous les chocs. »

Je remarquais alors que tous les autres élèves portaient le leur, pour me montrer ses différents aspects. En déballant la tenue, un détail ne m’échappa tout de même pas:

« Pourquoi les garçons ont une tenue plus classe ? Cest quoi ce legging… Ça protège vraiment ça ? Me faites pas rireQui a conçu ce design pour les filles ?? »

Madame Pouffe leva la main visiblement très fière delle:

« Je tenais à ce que les tenues se différencient, afin que celle des filles soit plus féminine et sexy… »

« Laissez tomber. Je veux celle des mecs. »

Madame Pouffe me regarda comme si je venais de briser son coeur. Mon ton se fit catégorique, et mon regard dautant plus. Karasuma soupira de résolution, avant daller en chercher une autre qui devait rester dans la réserve. À son départ, il y a eu un blanc qui dura quelques secondes, avant que toute le monde n’éclate de rire:

« Ha ha, sacrée Rosa ! Tu ne cesseras de me marrer ! »

Karma vint m’ébouriffer les cheveux et je saisis brutalement son poignet:

« Ne mappelle pas comme ça, Bakabane !! »

Jessayais de me débattre, tandis quil me pris dans ses bras en m’écrasant contre ses côtes:

« Hawwn, moi aussi je taime Rosa ! »

« Je tai dit darrêter ! Tu veux ten prendre une ? Tu ne seras pas déçu !! »

Malgré mes menaces, il reprit de plus belle, avant de finir le nez contre le plancher, avec moi le surplombant. Ce rapprochement entre Karma et moi ne passa pas inaperçu, jai vu plusieurs filles se retourner et glousser.

« Je vois pas ce quil y a de drôle. Quoi que… »

Karma tourna légèrement son visage quelque peu ensanglanté en ma direction, moffrant un sourire espiègle:

« Jadore lorsque tu te montres aussi autoritaire avec moi. Mais cela ne va pas durer… »

Il accompagne ses paroles à ses gestes, me renversant et bloquant mes deux poignets au-dessus de la tête, jusqu’à ce que nos nez se frôlent et que je ne puisse détourner le regard de ses perçants yeux ambre.

« Cest moi qui domine, ma belle… »

Jentendis toutes les personnes de la pièce retenir leur souffle, se demandant se qui se passera par la suite. M’étant rendue compte de la situation, assez gênante, faut lavouer, et nayant aucune envie dassouvir les fantasmes de certaines filles, je donnais un coup de tête assez fort à Karma, rompant notre contact visuel. Au même moment, Karasuma revint avec ma tenue, que je finis par soigneusement ranger dans mon sac. Après mayant gratifié dun regard lourd de sens, Koro-sensei rappela tout le monde à lordre:

« La récréation est finie, regagnez donc vos places. Nous allons maintenant parler du voyage de demain. Je viens de vous distribuer la liste des affaires que vous devrez impérativement prendre pour demain dans votre bagage. »

Effectivement, il venait tout juste de nous distribuer une feuille, en usant de sa vitesse. Cest vachement pratique parfois, mine de rien

« Ayant reçu votre message depuis notre dernier voyage, je nai pas édité de guide touristique. Vous maviez prouvé quen cas dextrême urgence, vous sauriez prendre de bonnes et réfléchies décisions. »

Je ne savais pas de quels guides touristiques le poulpe parlait, mais quelque chose me disais que je ne voulais pas le savoir. Je lançais un regard interrogateur à Karma, qui secoua de la tête, lair de dire « Laisse tomber ».

« Concernant notre planning, nous partirons demain en train à 5 heures du matin. »

Plusieurs râles sen suivirent et Koro-sensei en parut décontenancé. Je profitais du grabuge pour lui tirer une balle, quil put esquiver de justesse. Tant pis, jaurais essayé.

« Oui, je sais que cest bien matinal pur certains dentre vous, mais vous verrez, cela en vaut réellement le coup. Notre lieu de rendez-vous est bien évidemment devant l’établissement. Nous y resterons donc une nuit, dans un hôtel traditionnel, où vous pourrez profitez des bains… »

Un murmure général sen suivit.

« Malheureusement non-collectifs. Il nest peut-être pas aussi traditionnel quil en a lair, cet hôtel… »

On entendit des soupirs de soulagement. Je restais de marbre face à cette déclaration. Je nirai pas là-bas, que ce soit dans un cas ou dans lautre. En soit, je peux aller sous leau avec mes prothèses, mais je ne peux laisser les autres les voir, tout simplement. Ils me prendront pour un monstre. Je serrais avec rage mon poing droit, fait dacier. Jentendis de légers tintements mécaniques, ny prêtant pas attention.

Finalement, perdue dans mes réflexions, je ne remarquais pas que Koro-sensei avait fini son speech et était dès à présent passé au cours de sciences. Je sortais vite de quoi noter. Jen avais besoin après tout, surtout avec mon 94/100 que jai obtenu à lissue de lexamen. Ce nest pas avec un niveau pareil que je détrônerai Asano. Le reste de la journée se passa sans véritables encombres, si ce n’étaient quelques regards que javais surpris, visant Karma et moi. Faut croire quon s’était pas mal rapprochés depuis mon arrivée ici, bien que nous ne nous soyons pas souvent vus, et cela nest pas du tout passé inaperçu.

Je me demande ce que vont advenir ces rumeurs

.

(1) « -kun » est un suffixe japonais qui est souvent utilisé pour parler à une personne plus jeune que soi, ou alors, dans ce cas, à une personne dont on se sent assez « proche » et intime, puisquil est bien moins formel que le « -san ». Dans le manga originel, les personnes de la classe utilisent souvent le « -kun » pour se parler entre eux.

(2) Le « -sama » pour le coup, est un suffixe beaucoup plus formel que le « -kun » ou le « -san » et trahit un profond respect envers son interlocuteur. Vous voyez donc où Rosalya veut en venir ;) Je nutilise presque jamais ces suffixes dans ma fanfic, mais durant ce passage, jai pensé que cela pouvait apporter un petit quelque chose.