La pluie

par WizPeppy


-PDV Karma-

La semaine était passée aussi vite qu’elle avait commencé, malgré l’absence de Bitch-sensei. Elle affirmait qu’elle ne se sentait pas très bien. Quant à Rosalya, elle s’est très bien intégrée dans la classe. Tellement que certaines personnes oubliaient qu’aujourd’hui sera le dernier jour de sa punition, et qu’elle retournera à une vie « normale » au sein de l’établissement principal dès lundi.

Je me souvenais de tout cela en me levant péniblement de mon lit, je ne pus m’empêcher de me remémorer de cette après-midi où j’ai eu la mauvaise idée de l’embrasser. Depuis, elle ne m’a parlé que pour le strict nécessaire, en reprenant ses distances avec moi. J’avais l’impression qu’on était encore plus éloignés que quand elle venait d’arriver. Le fait que ma maison se trouvait juste en face de la sienne n’arrangeait pas les choses. « Je suis inquiet pour elle. » pensais-je en entrant dans la salle de bain. Y’avait de quoi. Moi, qui dormais toujours avec la fenêtre ouverte, entendait très souvent des hurlements s’échapper au beau milieu de la nuit de sa chambre. Dans ces moments, je courrais vers la fenêtre pour voir ce qu’il se passait et voyais toujours une lumière s’allumer. J’en déduisais qu'elle faisait des cauchemars, mais si systématiquement... Je voulais savoir ce qu’elle avait, mais à chaque fois que j’essayais de lui parler ne serais ce que de très loin de ça elle faisait la sourde oreille.

En ayant pris ma douche et enfilé mon uniforme, je descendis pour prendre une pomme en guise de petit-déjeuner. « Aujourd’hui, c’est décidé. Je lui parlerai à la sortie des cours, qu’elle le veuille ou non ! ». Entraîné par cette pensée positive, je sortis de chez moi en sifflotant, n’oubliant pas mon parapluie. Mon humeur était tout le contraire de la météo d’aujourd’hui, il pleuvait des cordes. Maintenant, je pensais à la nouvelle arme que Karasuma nous avait présenté il y a deux jours. C’était assez particulier, une forme de billes Anti-Koro liquides, indiscernable à l’odorat et transparent comme l’eau, qu’on pouvait mélanger à la nourriture et à la boisson sans qu’il ne s’en rende compte. Ce plan aura lieu aujourd’hui, pendant le cours qui y correspond, à savoir le cours de cuisine. Koro-sensei goûte toujours nos plats, et cette fois-ci, il aura une surprise qui se cachera dans les ingrédients. Les acteurs principaux de cette tentative d’assassinat seront Okuda et Kayano. L’une d’entre elles, une férue en chimie que j’apprécie beaucoup, et l’autre une folle-dingue de la nourriture. Un duo plutôt étrange, mais qui saurait être efficace, je n’avais aucun doute là-dessus.

« Hey ohh, Karma !! » J’entendis alors une voix m’appeler, et me rendis compte qu’il s’agissait de Nagisa « Tu vas bien ? Tu avais l’air d’être perdu dans tes pensées... » s’inquiéta alors l’androgyne.

« Ah, tu trouves ? Pas plus que d’habitude pourtant... » lui répondais-je en faisant attention de prendre un air nonchalant tout en lui ébouriffant les couettes. Il sembla réfléchir à ce que j’avais dit, mais abandonna en me suivant.

En franchissant la montagne, nous pûmes voir que Rosalya, Kataoka et Bitch-sensei étaient déjà arrivées. La pouffe fumait tranquillement une cigarette un peu en retrait, tandis que les deux autres semblaient plutôt bien s’entendre. La fille albinos avait un air moins froid que d’habitude. « Alors les combats peuvent aussi rapprocher les gens... » songeais-je en m’approchant d’elles.

En nous voyant arriver, elle fit mine de m’ignorer et continua alors sa discussion sur le plan d’assassinat d’aujourd’hui avec Kataoka. Tandis que Nagisa exprimait son point de vue, j’entrais à l’intérieur du bâtiment dans le but d’aider Kayano et Okuda à préparer leur coup.

Je retrouvais les deux principales actrices de cette tentative d’assassinat dans la grande cuisine, en train de mettre tous les ingrédients sur la table. En m’approchant, elles me donnèrent quelques instructions à suivre. Je me pourléchais déjà à l’idée de cette tentative aussi fourbe. J’aimais ça.

La sonnerie annonçant le début des cours retentit, et je suivis Kayano et Okuda jusqu’à la salle de classe.



-PDV Général-

La plupart des élèves étaient déjà installés à leur places, tandis que les retardataires regagnaient les leurs.

« Bien ! Sortez vos affaires, nous allons aborder un sujet assez délicat aujourd’hui pour notre débat en sciences-sociales, à savoir les expériences et l’esclavagisme envers les êtres humains. Vous n’êtes pas sans savoir qu’en ce... »

A peine Koro-sensei eut le temps de finir sa phrase, nous entendîmes un sourd craquement. Karma se tourna alors à sa droite, pour constater Rosalya, tombée de sa chaise. Elle regardait avec horreur Koro-sensei, les larmes se formant au coin de son oeil. Terasaka s’exclaffa :

« Ben alors, Rosalya ne sait pas se tenir sur une chaise ? »

Elle le gratifia d’un regard qui le fit tout de suite taire. Il semblait regretter ce qu’il venait de dire, même si c’était par pure plaisanterie. Ce regard ferait taire n’importe qui.

« Hé, ça va ? » La question d’Okuda qui lui tendait la main est passée complètement inaperçue. Maintenant, elle trucidait le poulpe du regard, qui ne semblait pas être très à l’aise. Elle se releva alors, pour confronter notre professeur face-à-face :

« Vous avez bien utilisé les mots « débat », « esclavagisme » et « expériences sur les humains » dans une seule et même phrase ? » Elle serra ses poings de colère, tandis que des larmes de colère avaient inondé ses joues. Nous remarquâmes alors qu’elle tremblait. « VOUS VOUS FICHEZ DU MONDE, C’EST CA ?! » Son cri avait alerté Karasuma et Bitch-sensei qui ont rappliqué tout de suite, assistant ainsi à toute la scène. Rosalya s’avança alors d’un pas déterminé vers le poulpe, et en le prenant par le col pour le rapprocher de son visage, lui cracha à la figure :

« Il n’y a pas de « débat » à avoir sur ce sujet ! Qu’est-ce que vous en savez, vous qui n’êtes même pas humain pour commencer ? POUR QUI VOUS VOUS PRENEZ ? ET VOUS VOUS APPELEZ « PROFESSEUR » PAR DESSUS LE MARCHÉ ? C’EST LA MEILLEURE CELLE-LA !! »

«Hey, ho, calme-toi Rosalya ! Pas la peine de hurler ! » tenta alors de la calmer Karasuma, la séparant du poulpe en plaquant ses bras derrière son dos. Alors pour sa défense, dans un mouvement digne d’une ceinture noire, notre professeur de sport se retrouva face contre plancher.

« N’essayez même pas de me retenir Karasuma, sinon je ne donne pas cher de votre peau. » le menaça alors la prodige, en pressant son visage contre le sol. Des larmes ruisselaient sur son visage, déformé par la douleur et la haine.

« M-mais pourquoi réagis-tu avec autant de violence ? En quoi es-tu plus concernée que nous par ces choses qui se passent dans le monde ? » lui demanda alors Nakamura.

Rosalya se mordait la lèvre. Elle en avait fait trop, et elle s’en rendait compte.

« Des choses qui vous dépassent tous. » Elle lâcha alors prise, et Karasuma se relevait avec un peu de peine. « Oubliez ce que je viens de dire. Je me suis laissée emporter. Vous m’excuserez, Koro-sensei, j’ai besoin de prendre un peu l’air. »

En cachant tant bien que mal les larmes qui ornaient le coin de son oeil, elle sortit de la classe d’un pas pressé. Un silence de mort s’installa dans la classe. Personne n’osait dire quoi que ce soit. Tous ces évènements et révélations avaient alourdi l’atmosphère. Karasuma se décida de sortir en premier, suivi de près par Irina. Les élèves regagnèrent leur place, encore chamboulés par ce qu’ils venaient de voir. Mais qui était réellement, cette Rosalya ?!



-PDV Karasuma-

J’allais retrouver Rosalya avec Irina dehors après cet évènement. Je me demandais bien ce qui lui avait pris d’hurler comme ça sur le poulpe. Irina ne semblait pas dans son état habituel, quelque chose la préoccupait aussi, mais elle ne disait rien. Elle se contentait de simplement me suivre.

La trouvant assez facilement, perchée sur un arbre malgré la pluie, essayant de calmer sa respiration et de stopper ses larmes, qui se mélangeaient aux gouttes d’eau. Ramenant ses genoux contre son visage, je pus remarquer qu’elle tremblait.

« Rosalya... Tu ne dois pas rester seule... Ce n’est pas bon de s’enfermer sur soi-même... Je le sais d’expérience. » Irina essaya de faire parler Rosalya, avec beaucoup de douceur dans la voix. Ayant remarqué notre présence, elle resserra encore plus ses genoux contre elle.

« Allez-vous en, je vous en prie...»

« Nous sommes tes professeurs, nous nous devons d’aider un élève lorsque celui-ci est perdu. Parle-nous de ce qui te tracasse, nous jurons de ne pas en parler aux autres élèves. Cela ne les concerne pas donc tu peux avoir confiance en nous... »

Le poulpe avait prononcé cette phrase dès qu’il était apparu devant elle. Nous ayant expliqué qu’il avait demandé à la classe de l’attendre le temps qu’il revienne, Rosalya éclata en sanglots :

« Vous ne pouvez pas comprendre, et puis, ça ne vous concerne pas ! Qu’est-ce que vous en avez à faire de mes états d’âme, aujourd’hui est le dernier jour où je fais partie de cette classe. Vous parler de quoi que ce soit n’aurait aucun sens puisque je vous quitterai... et puis, recevoir des mots de réconfort de la part de ma « cible » est plus que paradoxal ! »



-PDV Koro-sensei-

« Hmmm... je vois. Guérir les blessures de son coeur sera beaucoup plus difficile qu’avec Karma... Son problème est d’un tout autre genre, j’ai l’impression... Il faut que je la fasse parler. » me dis-je alors avec assurance.

En grimpant sur l’arbre, je posais une de mes tentacules sur sa tête, d’un geste affectif. Elle leva son visage larmoyant vers moi, pour me regarder d’une expression de chat battu. Karasuma, qui avait gardé le silence jusqu’à là, s’adressa à la jeune fille :

« Je suis sûr qu’on peut trouver une solution. Comme l’a si justement dit le poulpe, notre devoir de professeur est de faire de notre mieux pour ton bien. »

« Il n’y a pas de solutions... Ce n’est que le fantôme du passé qui me hante... » nous révéla la jeune prodige.

« Si c’est ton passé qui te semble aussi lourd, alors tu dois te libérer de ce poids en nous en parlant. Cela fait du bien de se confier à quelqu’un, je te promets... »

Semblant hésiter encore à nous en parler, je retirais son cache oeil pour nous révéler ce qui se trouvait en dessous. Ses yeux étaient vairons, et celui qu’elle peinait à cacher était d’un bleu saphir éclatant. N’ayant même plus la force de le dissimuler, j’en profitais pour passer un mouchoir sur son visage pour effacer les dernières traces de larmes mélangées aux gouttes de pluie. En l’encourageant du regard, elle prononça :

« D’accord, mais promettez-moi de ne rien dire à qui que ce soit... »

Alors elle nous raconta tout. Au fur et à mesure du récit, je pouvais enfin comprendre en quoi mes paroles avaient pu la blesser, à quel point ce qu’elle avait vécu était inhumain. Plus cela avançait, plus l’expression de Rosalya reflétait l’horreur, le dégoût et le désespoir, et plus Irina pressait ses paumes contre sa bouche pour éviter de se mettre à pleurer aussi. Son histoire semblait la toucher énormément. Une fois tout dit, elle versait des larmes en silence, tandis que son âme hurlait de désespoir. Je pouvais l’entendre. Pour la première fois de ma vie, je ne savais pas comment aider un élève. Je ne savais pas quoi lui dire, quoi faire. Il n’y avait pas de mots justes pour la réconforter, pour soulager l’énorme peine qui lui pèse sur la conscience. Je ne pouvais me permettre d’être hypocrite en disant « Ce n’est rien, c’est du passé maintenant, et tu dois profiter de l’instant présent » car ce n’est pas que son passé, mais également son présent. Ses blessures sont trop fraîches pour qu’elle puisse les oublier, et elle ne les oubliera sans doute jamais. Comment faire pour l’aider à tourner la page ? Comment faire pour qu’elle puisse sourire innocemment encore, et encore ? Elle a tant à apprendre encore, et pourtant elle en sait déjà beaucoup plus que certains adultes. C’est alors que ces quatre simples mots s’échappèrent de ma bouche, partageant ainsi sa frustration :

« Je pense à toi. »

En serrant ses lèvres, elle ferma ses yeux et ravala ses sanglots. Une expression douloureuse lui traversa le visage. Je me jurais de faire tout mon possible pour ne plus voir Rosalya comme cela. Quelques minutes passèrent jusqu’à ce qu’elle se calme. En attendant, Karasuma et Irina étaient partis pour surveiller la classe. Je caressais doucement sa tête avec mes tentacules maladroits.

« Je suis désolée... »

Elle murmura ces mots après s’être complètement remise. Elle remit son cache oeil, sauta d’elle même de l’arbre pour aller rejoindre en silence la cuisine, lieu de cours de la prochaine heure.