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Travail scientifique: L´auteur fanfiction
 par   - 291 lectures  - 3 commentaires [05 décembre 2021 à 21:22:58]

Karl Helbig, un étudiant allemand, entreprend un travail scientific sur la fanfiction francaise comme genre litteraire. Quels sont vos opinions sur ses questions?


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iKON

Goodbye Old Friend [Double B]
[Histoire Terminée]
Auteur: M6 - Lucifer Vue: 99
[Publiée le: 2017-02-18]    [Mise à Jour: 2017-02-18]
G  Signaler Drame/Song-Fic/School-Fic/Amitié/Univers alternatif Commentaire : 1
Description:
" J'avais l'impression de baigner dans l'ignorance. Je ne savais pas quoi faire, je ne savais pas quoi dire, je ne savais pas quoi penser, je ne savais pas comment l'aider, je ne savais pas comment agir, je ne savais rien. Mes pensées n'étaient qu'un brouillard d'ignorance, un chaos, une symphonie de discorde. "
Crédits:
Le Double B ne m'appartient pas, JinHwan non plus.
L'histoire est de moi.
Les musiques proposées ne m'appartiennent pas (Jason Walker - You're missing, Shouldn't be a good in goodbye ; Escape the Fate - Picture Perfect).
<< ( Préc )
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Goodbye Old Friend

[8947 mots]
Publié le: 2017-02-18Format imprimable  
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Goodbye Old Friend
Kim HanBin (BI) x Kim JiWon (Bobby) - Double B
song : Jason Walker - You're missing ; Souldn't be a Good in Goodbye
ou Escape the Fate - Picture Perfect (titre)

song : Jason Walker - You're missing

- Kim JiWon ? appela le professeur.
Seulement il n'y eût aucun réponse. Comme d'habitude. Mon regard suivit dans un geste presque mécanique celui de tous les autres, pour constater que le bureau au fond de la classe était toujours vide. Cette vision me faisait presque mal au coeur.
- Toujours absent celui-là, reprit-il dans un soupir, sur un ton presque dédaigneux, Et je suppose que toujours personne ne sait où il est ?
La plupart des élèves hochèrent la tête de droite à gauche en signe de négation, alors que je sentais le regard de JinHwan, assis à ma droite, se poser sur moi.

- Ca sert à rien de me regarder comme ça j'en sais rien, lui dis-je, d'une voix agressive.
- Je suis désolé...
Au ton de sa voix je m'en voulus immédiatement. Me tournant vers lui, je lui fis relever la tête dans ma direction en lui disant :
- Non ce... c'est moi, excuse-moi.
Il se laissa tomber dans le dossier de sa chaise avant de croiser les bras contre son torse et de me demander, d'une voix douce :
- Ca va pas aujourd'hui ?
Je lui répondis non d'un signe de tête, le regard perdu sur mon bureau.
- Qu'est-ce qu'il y a ? m'interrogea-t-il.

Je me tournais vers le siège vide au fond de la salle, témoin muet de son absence avant de déclarer, à voix basse :
- C'est son anniversaire.
JinHwan suivit mon regard du sien avant d'hasarder :
- Tu crois que c'est pour ça qu'il est absent ?
- J'en doute, lui répondis-je, Ca n'a jamais été un motif de célébration pour lui.
J'ignorais combien de fois j'avais tenté de lui organiser quelque chose, mais il avait toujours refusé. Je n'avais jamais pu avoir d'attention particulière envers lui, il n'en avait jamais voulu.
- Tu sais pourquoi ? demanda mon meilleur ami.
Sa situation familiale jouait forcément en sa défaveur, mais je n'avais pas envie de partir dans une discussion comme celle-ci avec JinHwan. Du moins pas aujourd'hui.
J'haussai les épaule avant de lui dire, dans un soupir :
- Il est pas de ce genre-là, c'est tout.

Au même moment, nous fûmes rappelés à l'ordre par le professeur, qui claqua des doigts pour attirer notre attention sur le cours.
Seulement dès lors qu'il reprit son cours, l'air de rien, je n'avais ni l'envie ni le courage d'essayer de suivre et de comprendre quoi que ce soit. Mes pensées étaient bouffées par son image, le souvenir de sa voix, son rire, et par ce sentiment lourd et profond d'abandon.

Je m'accoudais à mon bureau avant d'appuyer ma joue dans le creux de ma main. Mes yeux courraient sur les lignes de la feuille encore vierge devant moi, un stylo entre les doigts.
Je jetais un oeil au tableau avant de me tourner vers JinHwan, qui lui ne semblait pas plus disposé que moi à travailler ; il notait le cours avec un air rêveur, se fichant complètement de ce qu'il était en train de prendre en note. Je n'avais pas autant de courage que lui...

Alors que j'agitais mon crayon sur ma feuille, dessinant des formes complètement abstraites, j'aperçus vaguement JinHwan se redresser à côté de moi, le regard tourné vers la fenêtre juste à ma gauche.
Je n'y prêtais pas plus attention et me concentrait plus ou moins sur ma feuille jusqu'à ce qu'il m'interpelle .
- Ce serait pas lui dehors ?
Je tournais presque immédiatement la tête en direction de l'extérieur, sachant pertinemment que " lui " désignait JiWon.

- Devant la ruelle, précisa-t-il, voyant que je ne le trouvais pas.
Je suvis ses indications, et à peine avais-je vu la silhouette humaine que je sus que c'était lui. Malgré les années et malgré son éloignement, les rares fois où j'arrivais à l'appercevoir en classe ou dans le lycée, je constatais qu'il restait le même, avec son éternelle allure négligée et sa casquette. Seulement je remarquais la présence d'autres, inconnus à ma connaissance.
- Et il n'est pas seul, commentais-je, répondant également à sa question.
Ne lâchant plus la fenêtre des yeux, JinHwan tout comme moi, nous ne tardions pas à voir des provocations physiques être échangées.

- On dirait que ça se passe mal pour lui, annonça mon meilleur ami.
- C'est son problème, soupirais-je en détournant mon attention, pas le mien.
- HanBin..., tenta JinHwan.
Seulement il fut interrompu par une voix grave et autoritaire ; j'en avais presque oublié la présence du professeur.
- Messieurs, si vous préférez l'extérieur je peux vous aider à aller le voir de plus près.
Nous baissâmes la tête et nous nous redressâmes en même temps, et je pris la parole pour tenter de nous rattraper auprès de lui :
- Excusez-nous.
- Puisque mon cours ne semble pas vous passioner, me répondit-il, d'une voix hautaine et méprisante, vous viendrez me voir à la fin de l'heure pour un travail supplémentaire.

Nous poussâmes un soupir à l'unisson avant d'hocher la tête en signe d'accord, ne pouvant pas vraiment opposer résistance sans risquer des conséquences plus lourdes, ou du moins plus contraignantes.

Le professeur reprit à nouveau le cours et, profitant qu'il ait le dos tourné, JinHwan se tourna vers moi pour tenter de me dire, souhaitant visiblement revenir sur JiWon :
- Tu ne voudrais pas...
- JinHwan non, le coupais-je, S'il te plaît.
Il baissa la tête avant d'acquiescer et de retourner à sa prise de note évasive, tandis que de mon côté je me retenais de regarder par la fenêtre.

* * *

- T'as trouvé ? demandais-je à JinHwan.
Il venait de sortir d'une rangée de bouquins, mais avant même qu'il ne dise quoi que ce soit, je compris de moi même la réponse en le voyant revenir s'asseoir en face de moi les mains vides.
- Non, m'annonça-t-il, comme prévu, tout ce que j'ai ce sont des livres de recettes de cuisines.
Depuis quand les bibliothèques n'ont pas ce qu'on cherche pour nos exposés ennuyeux ? Je poussais un immense soupir avant de déclarer, pour le moins agacé :
- Mais quelle idée de nous demander un exposé sur les aliments alégés.
- Je me le demande, confirma JinHwan, avec un haussement de sourcils.
Cela me donnait presque l'envie de ne plus jamais bavarder en cours et de me comporter comme un élève modèle. Enfin presque.

Tout ce que nous avions trouvé était un livre traitant du régime, et je craignais d'avance que sa lecture soit des plus ennuyantes. Mais, par chance, JinHwan le prit en main en premier alors que je n'avais fait que le toiser comme quelque chose de dangereux. Il avait un stylo en main et une feuille blanche devant lui, prêt à prendre des notes, alors que je le regardais attentivement, la tête au creux de mes mains.

Seulement, me rappelant de la discussion que j'avais eu avec lui la veille, je m'avachis un peu plus sur la table de la bibliothèque avant de lui demander :
- Tu devais pas rentrer tôt toi aujourd'hui ?
- Si, me répondit-il sans lever le nez du bouquin, mais je vais pas te laisser te débrouiller tout seul.
J'haussais les sourcils avant de me redresser et de lui dire :
- Pour ce qu'on en a à foutre de cet exposé...
Il me sourit, ancrant son regard dans le mien alors que je le lui rendais. Avec tout ce qu'il faisait pour moi, je lui devais bien ça. Surtout que c'était de ma faute si nous étions là.

- Rentre, lui dis-je, je vais terminer tout seul.
- T'es sûr ? hasarda-t-il, sur un ton hésitant et presque coupable.
J'appréciais son éternelle bonté et sa générosité, mais pour une fois, je ne me laissais pas tenter par son air adorable et lui dis :
- Oui, vas-y.
Il me sourit en guise de remerciement avant de se lever et d'enfiler sa veste alors que je récupérais le livre laissé à l'abandon par mon meilleur ami sur la table.

Je prenais également sa feuille encore vierge et prenais un crayon, déterminé à travailler, alors que JinHwan se rapprochait de moi.
- Te prends pas trop la tête, me dit-il en posant sa main sur mon épaule.
- Au pire on aura une mauvaise note, lui répondis-je en soupirant, ce sera pas la première fois.
Je relevais la tête pour le voir me sourire alors qu'il passait derrière moi et glissait ses bras autour de mes épaules pour me dire, près de mon oreille et à voix basse :
- Je parlais pas de ça.
Je soupirais doucement en serrant sa main dans la mienne.

J'hochais doucement la tête de haut en bas, appréciant son geste en fermant les yeux lorsqu'il vint embrasser ma tempe avant de me lâcher et de me dire, en commençant à s'éloigner :
- A demain.
Je lui répondis d'un signe de tête et le regardai quitter les lieux en silence, avant de baisser les yeux sur le livre ouvert devant moi.

Je commençais à tourner les pages sans avoir la moindre idée de ce que je cherchais. Je regardais les images défiler sans réussir à attacher mon regard sur une seule d'entre elle, je n'arrivais pas à lire les titres de sections, rien. Je n'arrivais pas à me concentrer sur quoi que ce soit, tout mon esprit était focalisé sur JiWon.

J'ignorais pourquoi ce jour le rendait plus important que les autres. Il n'y avait pas de nostalgie, pas de souvenirs heureux à me remémorer. Tous ses anniversaires s'étaient déroulés dans la simplicité, ils n'avaient même pas eu lieu à vrai dire. Ca n'avait été que des soirées comme les autres. Seulement maintenant qu'il n'était plus là pour partager des soirées ordinaires avec moi, ce jour-ci avait de l'importance à mon coeur.

Je repensais soudainement à ce qu'il s'était passé un peu plus tôt, ce que nous avions vu JinHwan et moi depuis la salle de classe. Je savais que JiWon avait sombré dans un univers de conneries et d'illégalité, mais les hommes que nous avions vu avec lui étaient-ils vraiment ses amis ? Ou ses ennemis, s'il en avait.

Je commençais à ressentir de l'inquiétude, à vouloir sortir de cette bibliothèque à toutes jambes pour rejoindre cette ruelle et m'assurer qu'il n'y avait aucune trace d'incident, de violence, me donner l'illusion qu'il allait bien.
Mais je ne devais pas. Il ne devait rien attendre de moi et je ne devais pas m'en faire pour lui. Je me devais d'accepter sa décision et d'agir en conséquence. Seulement même après deux ans, c'était toujours aussi dur.

Je me pris la tête dans les mains, essayant de faire le vide dans mon esprit, mais il n'y avait rien à faire. Je revoyais sans cesse son image, j'arrivais à l'entendre rire aux éclats, je parvenais presque à l'imaginer à côté de moi quand je fermais les yeux. Je n'avais rien oublié de son odeur, de sa chaleur, ni même du rythme de sa respiration. Cette sensation de manque permanent était affreuse, insupportable.

* * *

- Jeune homme ?
Je me réveillais en sursaut, me redressant presque immédiatement sur ma chaise. Cela me valut un temporaire mal de crâne, alors que j'avais encore du mal à garder les yeux ouverts.
- Je vais devoir vous demander de partir, il est l'heure.
Je relevais la tête vers la bibliothécaire, une femme autour de la quarantaine dont n'émanait que douceur et gentillesse.

J'acquiesçais plusieurs fois d'un signe de tête avant de lui dire, en reniflant :
- Oui, pardon je... j'ai dû m'endormir.
- J'avais remarqué, me dit-elle en souriant.
Je souris à mon tour avant de me lever tout en reprenant :
- Je prends mes affaires et je m'en vais.
- Prenez votre temps, me rassura-t-elle.
- Merci, lui dis-je, en m'inclinant légèrement en signe de gratitude et de respect.
Elle me sourit une fois encore avant de s'éloigner. Je passais une main dans mes cheveux dans un geste fatigué avant de jeter un oeil à la table.

Je m'étais endormi sur ma feuille avant de noter quoi que ce soit, et le livre était toujours ouvert à la même page. J'étais bon pour passer ma soirée à faire des recherches internet...
Jetant un oeil à mon portable, je me rendis compte qu'il était presque 22h ; la bibliothèque fermait plus tard le mardi et le jeudi, malheureusement pour moi. Je remarquais également plusieurs appels en absence de ma mère, qui avait dû s'inquiéter de ne pas me voir rentrer. Au point où elle en était elle pouvait bien attendre quelques minutes de plus.

Remettant mon portable dans ma poche, je pris le livre emprunté et parcourus les rayons un par un, n'ayant pas la moindre idée de quelle était sa place initiale. Je finis malgré moi par le laisser sur une étagère au hasard, n'ayant pas la tête à chercher davantage, et rejoignis la table où j'étais installé un peu plus tôt.
Je rangeais mes affaires en vrac, enfilais ma veste et mettais mon sac sur mon épaule avant de pousser la chaise sous la table et de quitter les lieux, saluant poliment la bibliothécaire avant de sortir.

L'air de l'extérieur était froid, presque glacial en cette première soirée d'hiver. Je regrettais de ne pas m'être habillé plus chaudement... Heureusement que je n'habitais pas loin. Il me suffisait de repasser devant le lycée et j'étais chez moi trois rues plus loin.

Les mains dans les poches, je suivais la route de chez moi d'un pas rapide, n'ayant jamais aimé le froid. Seulement à mesure que j'approchais de l'extérieur du lycée, je me remis indégnablement à repenser à JiWon. Est-ce qu'il allait bien ?
Je n'arrivais pas à me sortir de l'esprit ce que j'avais vu plus tôt avec JinHwan. D'où j'étais je voyais la ruelle devant laquelle je l'avais vu. Avais-je tort de m'inquiéter de la sorte ? Probablement. Il avait toujours su se débrouiller seul, et il ne devait plus compter parmi mes préoccupations désormais. Il ne le méritait plus. Du moins c'était ce dont je tentais de me persuader.

Seulement mon coeur parlait plus fort que ma raison. Malgré tout ça je continuais de m'en faire pour lui, et ce serait probablement le cas jusqu'à la fin de mes jours. Je ne savais pas comment arrêter de l'aimer. Et j'aurais voulu apprendre.

Alors que je m'arrêtais à deux pas de la ruelle, je me maudis intérieurement pour ne pas avoir regardé plus longuement la scène qui s'était déroulée ici même plus tôt dans la journée. Et s'il lui était arrivé quelque chose et que je n'avais rien fait ? La réponse était à deux mètres de moi, mais je n'osais plus avancer.

J'essayais de me raisonner, étant encore une fois en train de me faire des films à partir de rien, mais à chaque fois que cela concernait JiWon, ces films prenaient le pas sur tout le reste. Je voulais croire que j'étais encore capable de le protéger et de l'aider, même si lui ne voulait plus de moi.

Me décidant finalement à avancer, j'inspirais profondément avant de m'arrêter devant la ruelle ; il n'y avait rien. Evidement qu'il n'y avait rien. Seulement j'avais parlé trop vite.

Je ne voyais rien, mais j'avais entendu quelqu'un tousser. Par inquiétude, je n'ai même pas réfléchi davantage et me suis avancé dans la ruelle, jusqu'à découvrir avec stupeur JiWon, au sol derrière la poubelle.

Je devais bien avouer que j'ignorais quoi faire. Il était assis contre le mur, se tenant les côtes, la tête basse. Il ne portait qu'un sweat comme simple protection contre le froid, et un nuage clair, témoin de la température des lieux, s'échappait d'entre ses lèvres à un rythme régulier. M'avançant jusqu'à lui, presque prudemment, je l'appelais :
- JiWon ?
- Tire-toi.
Je soupirais doucement en baissant les yeux. J'étais tenté de l'écouter et de m'en aller sans me soucier de lui, mais je ne pouvais pas. Quelque chose de supérieur à ma raison l'emportait.

Au risque de l'entendre m'injurier plus que de raison, je m'agenouillais juste devant lui avant de lui demander, à voix basse :
- Qu'est-ce qu'ils t'ont fait ?
- Je t'ai dit de te barrer, répéta-t-il, sur un ton grave.
- Et moi je ne t'écoute plus depuis que toi tu es parti.
Un sourire presque amusé vint fleurir ses lèvres alors qu'il me répondait :
- Comme si tu l'avais fais un jour.
Cette remarque de sa part me donnait presque l'impression que tout redevenait comme avant.

Lorsqu'il releva la tête vers moi, je remarquais une ecchymose sur l'une de ses pomettes et il avait une arcade sourcillière eclatée. Il avait l'air fatigué ; il devait attendre ici depuis des heures.
- Laisse-moi t'aider, lui demandais-je.
J'essayais d'approcher ma main de sa joue mais il chassa mon geste d'un revers de la sienne avant de me dire, simplement :
- Non.
- Je te demande pas ton avis JiWon, le contrais-je, bien déterminé à ne pas le laisser là.
Il pouvait passer sa nuit à me repousser et à m'insulter, ça m'était égal ; moi je ne pouvais pas l'abandonner quand il avait besoin d'aide.

- HanBin..., tenta-t-il sur un ton presque menaçant, pour me convaincre du contraire.
- C'est ça ou j'appelle la police, intervins-je.
Se retrouver avec les flics sur le dos était probablement la dernière de ses envies ; je savais que ça allait marcher.
Il poussa un énorme soupir et je sus que cela voulait dire oui. Je voulus lui tendre la main pour l'aider à se relever, mais il m'écarta une fois de plus.
- Bouge de là, me dit-il, sur un ton agressif.
- JiWon s'il te plaît...
Seulement il me chassa à nouveau avant de se relever par lui même, en grimaçant.

Je le laissais passer devant moi, le suivant malgré tout de près pour être sûr de pouvoir le rattraper s'il perdait l'équilibre. Ne connaissant pas l'étendue de ses blessures, je m'attendais à tout...
Il semblait néanmoins marcher sans difficulté, et je le suivais sur le chemin qui menait jusqu'à chez moi ; il n'avait pas oublié quelle route emprunter avec le temps. J'avais peur qu'il dévie, qu'il prenne une autre direction, mais non. Il semblait coopérer, seulement j'ignorais pourquoi ; je n'osais pas lui poser la question, je me contentais de le suivre et, même si c'était fou, d'espérer.

En arrivant devant la porte de chez moi, je passais devant et entrais le premier, lui laissant la porte ouverte pour lui permettre d'en faire de même. Il passa devant moi sans même m'adresser un regard, et j'espérais pouvoir rentrer avec lui discrètement mais c'était sans compter sur ma mère.
- HanBin, hurla-t-elle, j'étais inquiète !
Alors que je me déchaussais à l'entrée en même temps que JiWon, elle arriva presque en courant dans le hall d'entrée, probablement avec l'idée de me passer un savon.
- Qu'est-ce que tu..., elle s'interrompit, JiWon ?

Elle semblait encore plus surprise que je ne l'étais de le trouver aussi, et s'il lui jeta un regard mal à l'aise, il s'empressa néanmoins d'emprunter l'escalier pour, je supposais, rejoindre ma chambre à l'étage.
- On en parle plus tard, m'adressais-je à ma mère.
- Mais il..., commença-t-elle à protester, visiblement en désaccord avec cette idée.
- Plus tard, la coupais-je, s'il te plaît.
Elle ouvrit la bouche, s'apprêtant probablement à s'interposer de nouveau, mais un regard presque implorant de ma part suffit à la convaincre.

Ma mère acquiesça d'un signe de tête, et je la remerciais par un même geste avant de prendre à mon tour les escaliers. En arrivant au couloir de l'étage, je constatais en me dirigeant vers ma chambre que la porte était entrouverte, témoignant du passage de JiWon.

Seulement avant de m'y rendre, je fis une halte par la salle de bain. Accroupi devant le meuble, je cherchais au milieu de notre pharmacie de quoi pouvoir le soigner. Sans vraiment savoir de quoi il souffrait, je supposais des hématomes et n'espérais rien de plus grave.
En soupirant, je m'emparais de la trousse de soin qui était au fond sur la deuxième étagère et sortait de la pièce pour rejoindre ma chambre, refermant la porte derrière moi.

JiWon n'avait pas allumé la lumière en entrant, seule celle de l'extérieure qui entrait par la fenêtre éclairait les lieux, suffisament pour y voir clairement. Sans vraiment savoir pourquoi, je respectai son choix et vins m'asseoir à la chaise de mon bureau quand lui s'était assis sur mon lit.
Je déposais la trousse à côté de moi avant de tourner mon siège dans sa direction. Je distinguais sa silhouette sans difficulté, et même son visage.

Il avait déjà enlevé sa casquette et son sweat et entreprenait désormais d'ôter son t-shirt, révélant une marque importante au niveau de ses côtes. Il releva les yeux vers moi et me regarda avec un air presque moqueur avant de me demander :
- T'as jamais vu un mec qui s'est fait passer à tabac ?
- Si, lui répondis-je en baissant la tête, mais toi c'est différent. T'es pas n'importe quel mec, ajoutais-je en relevant les yeux vers lui.
Me doutant qu'il n'allait pas vouloir de mon aide pour ça non plus, je pris la trousse de soin et la lui tendis. Il s'en empara sans un mot et en sortit sans plus tarder une crème apaisante.

En en mettant sur son index et son majeur, il me demanda, sans prendre la peine de me regarder :
- Pourquoi est-ce que tu fais tout ça ?
- Je me pose aussi la question, lui avouais-je, sans le lâcher des yeux.
La situation ne semblait pas tendue, ni même gênante. Je n'étais pas avec la connaissance de ces deux dernières années comme je n'étais pas non plus avec l'ami de ma plus tendre enfance. Il n'était pas non plus la personne qui m'avait sommé de partir tout à l'heure ou celle qui s'était battue plus tôt dans la journée. C'est comme s'il avait accepté de faire une trève dans son ignorance pour cette nuit, sans pour autant redevenir la personne que je voulais qu'il soit.

- Tu mérites ni mon aide ni mon attention après ce que t'as fait, commentais-je à voix basse, comme si j'avais besoin d'exprimer la rancoeur de ces derniers mois.
- Arrête de dramatiser HanBin, me coupa-t-il en grimaçant alors qu'il appliquait la crème sur ses côtes endolories, j'ai l'impression d'être un monstre.
J'inspirais doucement avant de lui dire, d'une voix à la fois triste et nostalgique :
- On se connaît depuis l'enfance JiWon. On a passé... toute notre vie ensemble, t'étais bien plus qu'un meilleur ami.
Il refusait toujours de me regarder, comme si ce que je lui disais ne le touchait absolument pas, comme si rien ne lui revenait en mémoire.
- Et du jour au lendemain tu y a mis un terme, ajoutais-je à voix basse, sur un ton de déception, sans aucune explication.

JiWon soupira avant de me dire :
- C'est bien ce que je dis. Tu dramatises.
- Tu comptais pour moi JiWon, lui annonçais-je, la voix tremblante.
Il releva les yeux vers moi avec un air étrange, comme si quelque chose l'avait gêné dans ma phrase. Comme si quelque chose l'avait atteint.
- Et c'est plus le cas ? me demanda-t-il.
- Tu serais pas là si c'était le contraire.
J'avais presque l'espoir qu'il me le dise. Qu'il ose me dire pourquoi il m'avait écarté du jour au lendemain. Mais depuis trop longtemps il ne faisait plus rien en fonction de mes attentes.

- Tu ferais mieux de lâcher prise, annonça-t-il.
Au ton de sa voix, j'avais l'impression qu'il s'agissait d'une triste vérité à ses yeux, comme s'il ne le voulait pas plus que moi mais que c'était ce qu'il convenait de faire. Et je ne comprenais pas pourquoi.
- Je compte plus pour toi ? osais-je lui demander.
J'avais besoin de savoir. J'avais besoin de savoir si cet espoir était fou ou fondé. J'avais besoin de comprendre ce qu'il s'était passé. Mais pour seule réponse il n'y avait que le silence.

JiWon avait baissé les yeux et ne faisait plus rien de ses mains, le regard sombre et complètement perdu. Et cette expression je la connaissais pas coeur. Je l'avais vu des dizaines de fois sur son visage.

Expirant calmement, je me levai pour le rejoindre et vins m'asseoir à côté de lui sur le matelas sans qu'il ne bouge, ni même ne me regarde. J'avais envie de lui prendre la main, poser la mienne sur son épaule, le prendre dans mes bras, tout comme je crevais d'envie de le secouer pour qu'il me parle. J'avais besoin de l'entendre.

En remarquant qu'il avait des marques rougeâtres sur l'omoplate et dans le bas du dos, je lui pris le tube de crème des mains.
Après en avoir mis dans ma paume, je voulus en appliquer ses blessure mais il eut d'abord un mouvement de recul, comme s'il ne voulait plus rien qui vienne de moi. Mais je n'étais cette fois-ci pas décider à le laisser commander.
- Laisse-moi faire, lui dis doucement, avec un regard confiant.
Sans même comprendre pourquoi, il se détendit et baissa sa garde, me laissant agir pour son bien pour la première fois depuis longtemps.

Après avoir mis de la crème sur son hématome, je laissais mes doigts masser doucement la plaie, courir sur sa peau brûlante avec lenteur ; je ne voulais pas risquer de lui faire mal, du moins je faisais de mon mieux à en juger par sa grimace de douleur.
- Si tu veux pas parler, commençais-je à lui dire, c'est moi qui vais le faire.
Je n'eus aucune réaction de sa part, pas même un hochement de tête, rien. Il me laissait parler tout comme il me laissait l'aider.
- Je t'en ai beaucoup voulu, lui avouais-je en continuant de masser sa blessure à l'omoplate, Principalement parce que j'arrivais pas à comprendre.
A mesure que je lui parlais, je le sentais se crisper sous mes doigts ; j'ignorais si c'était l'effet de mes soins ou de mes mots, mais au fond de moi j'espérais.

- J'en suis venu à te détester, poursuivais-je sans arrêter mon geste, à souhaiter que tu disparaisses, que tu te fasses... renverser par une voiture. Je voulais plus de toi dans ma vie.
Jugeant que j'en avais assez fait pour cette marque-ci, je remis de la crème que je posais directement sur sa blessure dans le bas de son dos. Mettant une main sur son épaule pour l'empêcher de bouger, je commençais à refaire le même geste sur cet hématome, le faisant se redresser de plus en plus malgré ma délicatesse.
- Après ça je me suis demandé si c'était ma faute, continuais-je, si j'avais fais quelque chose de mal qui aurait pu te blesser, et j'ai repensé à la veille du jour où tu es parti.

Il sembla mal à l'aise lorsque je descendis ma main un peu plus bas dans son dos, si bien que je la remontais prestement avant de remarquer qu'il avait une autre marque un peu en-dessous de sa clavicule. Je le forçais à se tourner plus ou moins vers moi, sans qu'il ne proteste.
- On avait passé la soirée tous les deux, dans ma chambre, tu te rappelles ? lui demandais-je, sans pour autant attendre de réponse.
En posant à nouveau mes mains sur lui pour le soigner comme pour le maintenir, je le vis frissoner, me donnant l'impression que mon contact représentait un réel mal être pour lui. Mais malgré ça, je n'arrêtais pas. Et je continuais de lui dire :
- On avait un peu bu et... on a finit par s'endormir tous les deux dans mon lit. Mais quand je me suis réveillé t'étais plus là. C'était terminé.

Il ne me regardait toujours pas, ses yeux sombres et tourmentés étaient rivés sur le sol ; c'en était presque insupportable. Tout en rebouchant le tube de crème après avoir terminé, je poursuivais :
- Ca fait presque deux ans maintenant. Et aujourd'hui, quand je te demande si oui ou non je compte pour toi, tu ne me réponds pas.
Je m'essuyais les mains dans les draps avant d'expirer lentement, le regard dans le vague.
- Parce qu'on sait très bien tous les deux que tu es incapable de me mentir, terminais-je.

Me tournant vers lui, je lui relevais le menton et le forçais à me regarder. Il y mit un certain temps mais il finit par relever les yeux vers moi ; il n'y avait plus la moindre agressivité dans son regard, plus la moindre haine. Seule une profonde amertume régnait dans la prunelle chaotique de ses yeux.
- Pourquoi t'es parti ? lui demandais-je d'une voix tremblante, Qu'est-ce que j'ai fait pour que tu m'abandonnes ?
Parmi l'obscurité, j'avais presque l'impression que ses yeux brillaient d'un chagrin immuable lorsqu'il détourna son regard du mien ; cette vision de lui était si douloureuse.
- Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça ? répétais-je, pour le faire réagir.

JiWon semblait s'être mué dans un silence éternel, comme s'il n'était plus capable de dire quoi que ce soit. Depuis notre plus tendre enfance j'avais toujours réussi à lire dans ses yeux. J'ai toujours réussi à faciliter le moindre de ses aveux en devinant ses mots avant qu'il ait à les prononcer. Mais aujourd'hui j'en étais incapable. Son regard me dictait un vocabulaire que je ne parvenais pas à comprendre.

Je glissais presque timidement mes doigts sur son poignet avant de venir serrer sa main ; contre toute attente, il en fit de même, pressant davantage ce simple contact comme si sa vie en dépendait.
Il osa finalement relever les yeux vers moi, avec une expression navrée sur le visage alors que je n'attendais qu'une chose ; qu'il le dise. J'avais presque peur de l'entendre, mais désormais, en voyant tout l'amour dans ses yeux, je voulais qu'il le dise.

Il glissa doucement sa main dans mon cou, caressant de son pouce ma joue alors que les mots me manquaient pour exprimer ce que je ressentais lorsqu'il me dit, d'une voix basse et chagrinée :
- C'est ce que je voulais de toi qui a fait pencher la blance.
En remontant sa main jusque dans mes cheveux en un geste chargée de tendresse, il continua :
- C'est ce que je ne pouvais pas avoir qui m'a fait renoncer.
Après cette révélation, j'avais l'impression que la moindre bouffé d'air devenait difficile.

Je n'arrivais pas à décrire ce qui se passait en moi en cet instant. Probablement un profond sentiment de... naïveté. Je n'avais pas envie d'y croire. Je n'avais pas envie de comprendre. C'était presque iréel. J'attendais depuis des mois qu'il me dise pourquoi alors que la réponse était évidente. Pendant toutes ces années avec lui je n'avais rien remarqué. Je n'y avais pas même songé.

JiWon avait toujours été bien plus qu'un ami pour moi, et même bien plus qu'un frère, ça je le savais. Je n'avais même plus peur de m'avouer qu'il était tout pour moi. Ma moitié, mon âme soeur, ma personne. Il était la personne sur qui je pouvais compter, et sans aucun doute celle que j'aimais le plus au monde, et je pensais que c'était réciproque ; je n'avais jamais remarqué que son amour pour moi était différent.

Je n'avais jamais remarqué ses regards, ses attentions, sa jalousie ; j'avais à tort pris ça pour un comportement amical prononcé, un jeu entre nous, une complicité qui nous était propre. Je croyais que c'était ce qui rendait notre amitié si importante et hors du commun. Mais je m'étais cruellement trompé. Ce n'était pas une amitié que nous partagions. Je ne lui avais jamais donné ce qu'il attendait de moi, et je n'avais jamais compris.

Je relevais les yeux vers lui alors qu'un sentiment immense de culpabilité commençait à prendre possession de mon être.
- Pourquoi tu ne m'as rien dit ? lui demandais-je.
Je ne savais que dire d'autre, chamboulé par mes émotions. JiWon ne me lâchait néanmoins plus des yeux cette fois-ci ; il avait toujours cette même expression désolée sur le visage, et je détestais ça. Il n'y avait rien à pardonner.
- Quand je me suis réveillé à côté de toi ce matin là, commença-t-il à m'expliquer, je... j'ai compris que c'était trop dur. Cette amitié devenait trop lourde c'était... insupportable. C'était comme être assoifé en permanence et avoir de l'eau à portée de main.
Il soupira longuement avant de reprendre, à voix basse :
- J'ai songé à t'en parler ce jour-là mais... j'y ai renoncé, et je suis parti.

Seulement cette révélation-ci me faisait mal au coeur.
- JiWon pourquoi ? m'emportais-je presque, Tu me connais ! Je ne t'aurais pas jugé, je ne me serais pas non plus moqué, on aurait pu juste... en parler.
Pourquoi avoir choisi l'ignorance et le recul quand la discussion s'imposait d'elle-même ? Cette simple action aurait pu nous éviter des mois d'éloignement, inexpliqués pour moi.
- C'est parce que je te connais si bien que je suis parti, reprit-il avec un sourire triste, Je savais que tu n'allais pas me rejeter pour ça, je savais que tu n'allais pas m'en vouloir non plus, je savais que... tu allais être toi-même.
Alors ce n'était pas son amour pour moi mais mon amour pour lui qui l'avait éloigné de moi ? C'était de ma faute ?

Avant même que je ne commence à lui énoncer mon ressenti, il poursuvit :
- Tu aurais essayé d'en parler, de comprendre, pour finalement me dire que ce n'est pas ce que tu ressens mais que notre relation n'aurait pas à changer pour autant. Et je voulais pas de ça. Je pouvais pas. Je pouvais plus t'avoir à côté de moi en sachant que rien ne changerait jamais.
J'avais beau comprendre ses motivations, comprendre pourquoi et comment ces choix s'étaient imposés à lui, au-delà de me sentir coupable, je ne les acceptais toujours pas.
- C'était plus facile de me comporter comme un salaud avec toi plutôt que de rester près de toi, m'avoua-t-il en souriant tristement, Alors pour passer le temps et combler ton absence je me suis mis à faire des conneries.

Il baissa la tête et je compris que cette fois-ci il avait terminé. Et je ne savais plus quoi faire. Je ne savais plus quoi dire. Je ne savais pas comment l'aider. J'ignorais même si j'en étais capable.
- J'aurais tellement aimé que tu m'en parles plus tôt, dis-je à voix basse, on aurait... On aurait pu essayer de trouver une solution...
JiWon releva les yeux vers moi en souriant avant de me dire, en effleurant ma joue :
- Y a pas de solution HanBin. Certaines choses n'en ont pas.
Je voulais croire que si. Je voulais croire qu'il y avait une solution à toute chose. Il est parfois plus facile de croire que les choses sont ainsi faites, mais j'étais persuadée que c'était faux. Il y avait quelque chose à faire. Je savais que je pouvais encore l'aider.
- Tu n'aurais rien pu faire pour m'aider, et aujourd'hui non plus, déclara-t-il, comme pour me persuader du contraire.

Je relevais les yeux vers lui, complètement perdu au milieu de toutes ces paroles, avant de lui demander :
- Alors pourquoi m'en parler maintenant ?
- J'en ai foutrement pas la moindre idée, m'avoua-t-il avec un haussement de sourcils.
Au risque de ne pas aimer la réponse, j'osais l'interroger :
- Et tu le regrettes ?
- Non, répondit-il avec un signe de tête.
Je soutins son regard un certain temps, ne sachant plus quoi dire. J'aurais aimé pouvoir l'aider, trouver les mots, mais pour la première fois je restais muet face à tout ça. Et contre toute attente, son regard compréhensif ne m'aidait pas.

Le silence s'installa entre nous rapidement, et je n'aimais pas ça. Je ne lui avais pas parlé depuis des mois, et maintenant qu'il était près de moi et que j'en connaissais la raison, je n'avais plus rien à lui dire.
J'avais l'impression de baigner dans l'ignorance. Je ne savais pas quoi faire, je ne savais pas quoi dire, je ne savais pas quoi penser, je ne savais pas comment l'aider, je ne savais pas comment agir, je ne savais rien. Mes pensées n'étaient qu'un brouillard d'ignorance, un chaos, une symphonie de discorde.

Néanmoins, cet instant était agréable. En mettant de côté ma capacité de penser et en ne me concentrant que la situation physique, l'instant avait quelque chose de magique.
Après deux ans à ne plus en avoir l'occasion, je pouvais à nouveau anticiper sa respiration et en suivre le rythme. Je pouvais ressentir la chaleur de sa peau en serrant sa main dans la mienne. Je pouvais sentir sa présence lorsque son odeur corporel venait m'imprégner. Je pouvais constater la sensation d'affaissement à côté de moi sur le matelas parce que je n'étais plus seul.
Et c'était agréable. Tout ceci était agréable.

- Qu'est-ce qui va se passer maintenant ? osais-je finalement demander.
- Je sais pas encore, m'avoua-t-il, dans un soupir.
Notre attitude, à l'un comme à l'autre, me donnait l'impression que notre ressenti sur la situation avait changé du tout au tout. Ce n'était plus un affrontement sentimental mais un moment d'ignorance et de questionnement, comme si tout cela était banal.
- On va reprendre comme avant ? hasardais-je.
J'ignorais si " avant " désignait les deux années précédentes ou l'époque antérieure à cette longue ignorance, mais ça n'avait pas d'importance ; JiWon pouvait l'interpréter comme bon lui semblait, je voulais simplement une réponse.

Il ancra son regard dans le mien de longue seconde, comme s'il ignorait quoi dire. Mais son sourire m'intimait le contraire.
- Tu veux bien m'accompagner ?
- Où ça ? lui demandais-je, n'étant pas sûr de comprendre.
Son sourire devint bien plus grand encore, et il attrapa ses vêtements d'une main avant de prendre la mienne dans l'autre et de se lever, m'entraînant à sa suite en me disant :
- Viens avec moi.

* * *

song : Jason Walker - Souldn't be a Good in Goodbye

Au plus loin que je me souvienne, nous avions toujours aimé les Bubble Tea. Quand on était enfants, on demandait sans arrêt de l'argent à ma mère pour aller en acheter dans la boutique qui était non loin de chez moi. Nous avions testé tous les parfums, toutes les combinaisons possible, et comme à chaque fois, nous nous échangions les gobelets après en avoir consommé la moitié chacun pour pouvoir goûter à chaque fois aux deux parfums.

C'est quelque chose que nous avons fait presque tous les jours pendant notre enfance comme durant notre adolescence, le patron de la boutique devait être riche grâce à nous aujourd'hui. Mais ce rituel avait prit fin le jour même ou la relation que nous avions avait cédé la place à quelque chose de morne et glacial.

Néanmoins, aujourd'hui, nous rattrapions le temps perdu et retrouvions une de nos plus ancienne tradition en partageant un Bubble Tea.
JiWon était assis en face de moi, son gobelet à la main et la paille dans la bouche, le regard dans le vide ; il avait presque l'air d'un enfant boudeur. Je n'étais probablement pas mieux que lui, mais moi je ne pouvais pas m'empêcher de le regarder. C'était presque trop dur, impossible pour moi de le lâcher des yeux.

Dans un synchronisme presque parfait, nous nous redressâmes pour nous tendre en même temps nos Bubble Tea, échangeant nos gobelets avant de se relaisser glisser contre le dossier du siège.
Nous échangions un sourire, tout bêtement heureux de la situation ; c'était stupide à dire, mais une rituel aussi simple et enfantin que celui-ci m'avait réellement manqué. J'avais encore du mal à croire que nous allions à nouveau y mettre un terme. C'était comme donner un jouet à un enfant avant de le lui reprendre ; j'avais le sentiment que c'était injuste, et pourtant je savais que c'était ce qu'il y avait à faire. Il en avait besoin. Et j'étais prêt à tout pour son bonheur. J'étais prêt à tout pour lui.

" Les passagers du train 98567 à destination de Séoul sont priés de se rendre sur la voie C "

A l'entente de cette voix féminine à l'interphone, je relevais les yeux vers JiWon ; lui me fixait déjà, avec un sourire triste sur les lèvres. Avec un gros soupir, je me levais de mon siège, bientôt suivi par mon ami de toujours, qui prit son sac dans une main avant de m'entraîner avec lui en direction de ladite voie C.

Nous dûmes descendre à un étage inférieur pour passer sous les voies A et B afin de rejoindre la C, et lorsque nous arrivâmes en haut des marches, nous jetâmes tout deux nos gobelets dans la poubelle la plus proche alors que je constatais tristement que le train était déjà en gare.
Seulement ce n'était pas la seule chose que nous pûmes constater ; en levant les yeux avec une expression enfantine, nous nous rendîmes compte qu'il neigeait.

Un sourire incontrôlé et naïf s'installa sur nos lèvres à chacun, alors que nos yeux se perdaient dans l'immensité du ciel noir de la nuit, admirant les inombrables flocons tomber ; c'était comme retomber en enfance, c'était magique.

- On y est, annonça finalement JiWon, attirant mon attention sur lui.
J'acquiesçais difficilement, la tête basse. Mon sourire d'enfant s'était transformé en quelque chose de beaucoup plus adulte, de beaucoup plus torturé, oscillant entre joie et tristesse.
- Qu'est-ce que tu feras une fois là-bas ? lui demandais-je, inquiet.
- J'en ai pas la moindre idée, m'avoua-t-il, ne me rassurant guère, Je vais partir à l'aventure.
Cela eût le don de nous faire rire tous les deux. Il me rappelait ces héros de films, des adolescents qui partent de chez eux pour explorer le monde.

J'hésitai quelques instants, piétinant sur place sur la fine couche de neige qui commençait à se former sur le quai, avant d'oser lui demander :
- Tu me donneras des nouvelles ?
- HanBin..., commença-t-il, d'une voix désolée en penchant la tête.
Je détournais mon regard du sien, ayant du mal à le soutenir. Il avait besoin de couper les ponts avec moi, définitivement, de ne plus me voir et de ne plus me parler. Mais c'était dur à comprendre. Ou du moins c'était dur à accepter.

- Je veux pas que tu partes JiWon, ne pouvais-je m'empêcher de l'implorer.
Je sanglotais presque ; j'avais beau essayé de retenir mes larmes, je savais que cela n'allait pas durer. Me laisser le retrouver pour mieux me l'arracher, c'était trop dur.
- Tout à l'heure tu cherchais une solution pour m'aider, dit-il en souriant et effleurant ma joue, Elle est là la solution.
- Y a rien que je puisse faire pour toi ? hasardais-je.
Son sourire se fit plus grand, et il glissa sa main dans mes cheveux avant de me dire ce que, malgré moi, je ne souhaitais pas entendre :
- Rien qui me ferait changer d'avis.
Sans que je ne puisse faire quoi que ce soit, je sentis les larmes commencer à déborder de mes yeux pour venir glisser, cruelles et lentes, sur mes joues froides.

JiWon m'adressa un sourire avant de me dire :
- Viens là.
Je vins me blottir dans ses bras lorsqu'il m'attira contre lui, refermant mon étreinte derrière sa nuque. Ma bienveillance s'accordait à ne pas lui faire mal, mais la situation me poussait à le serrer toujours plus fort contre moi.
Je sentais son souffle chaud dans mon cou et la force de ses bras dans mon dos, c'était à la fois agréable et aidant. J'ignorais lequel de nous deux avait besoin de réconfort, peut être lui autant que moi, mais ce qui était sûr, c'était que rien ne remplacerait son étreinte. Rien au monde ne pourrait le remplacer.

- Compte tenu de la situation, commençais-je à lui dire sans songer à le lâcher, ça vaut ce que ça vaut mais... Joyeux anniversaire.
Je l'entendis rire près de mon oreille avant qu'il ne me murmure, me berçant presque dans ses bras en même temps :
- Il est minuit passé HanBin.
- Je m'en fiche, rétorquais-je en le serrant encore plus fort.
Seulement sans vraiment savoir pourquoi, je le détachais suffisament de moi pour glisser mes mains dans son cou et l'embrasser.

Aux premiers abords il parut surpris, peut-être autant que je l'étais d'avoir agi de la sorte. J'ignorais même si cela pouvait lui plaire ou au contraire le blesser, mais lorsqu'il ressera son étreinte dans mon dos, je compris que cela voulait dire merci.
Je refermais mes bras derrière sa nuque en appuyant un peu plus mes lèvres contre les siennes, jusqu'à ce qu'il y mette un terme.

Mon visage n'était qu'à quelques centimètre du sien, et pour la première fois de ma vie, je me permettais de lui murmurer :
- J'aurais réussi à te donner quelque chose le jour de ton anniversaire.
- Merci, me dit-il en souriant, touché, Merci HanBin.
Il caressa à nouveau ma joue, et je ne ressentais toujours pas la moindre gêne. Nous avions toujours été proche, que cela soit dans les sentiments ou physiquement, et de savoir que lui en attendait plus de ma part ne me freinait pas. Je ne voulais rien gâcher de ce que nous avions. Je ne voulais pas de gêne pour ce dernier instant avec lui.

En entendant le bruit du train à côté de nous, je lui dis à voix basse, bien que cela soit à contre-coeur :
- Il faut que t'y ailles.
- Il faut que j'y aille, confirma-t-il.
Seulement il ne semblait pas plus décidé que moi à dire adieu, si bien que je le repris dans mes bras presqu'aussitôt.

Il n'y avait jusqu'ici que dans son étreinte que j'arrivais à me sentir en sécurité, et ce depuis toujours. Il était mon tout, j'en étais conscient. Et aujourd'hui je devais apprendre à vivre sans lui. Seulement j'avais l'impression que la vie ne pouvait pas continuer sans lui. J'avais l'impression qu'elle perdait tout son sens.
Il m'avait toujours guidé. Même ces deux dernières années, je n'avais cessé de le surveiller de loin, de m'inquiéter et de penser à lui. Il avait fait partie de moi. Et désormais je devais y mettre un terme. Y mettre définitivement un terme.

- Prends soin de toi, lui murmurais-je.
- C'est promis, me dit-il près de mon oreille.
Je sentais mes larmes refaire surface, mais je n'essayais même plus quoi que ce soit contre elles. Parce que JiWon méritait que je verse toutes les larmes de mon corps pour lui. Il le méritait au centuple.
- On se reverra, me dit-il, Un jour on se reverra, je te le promets.
Je le serrais encore un peu plus fort à l'espoir de ces paroles, priant pour que cette promesse ne devienne pas un mensonge dans un futur proche ou lointain.

Nous nous écartions à nouveau l'un de l'autre alors que je lui disais, en reniflant alors que les larmes abondaient sur mes joues :
- Compte sur moi pour t'attendre.
Il m'adressa un sourire et ne put s'empêcher de pleurer à son tour, touché par la situation ; c'était idiot à dire mais je ne l'avais encore jamais vu pleuré. Voir des larmes sur ses joues aujourd'hui, pour moi, ne faisaient que redoubler d'effort la chute des miennes ; il ne m'avait jamais offert de plus beau cadeau que celui-ci.

L'appel du contrôleur attira notre attention au même moment, et lorsque je me tournais à nouveau vers JiWon, de peur de le voir sur le départ, je le vis enlever sa casquette avant de l'enfoncer sur ma tête, me faisant sourire au plus haut point.
Dans un geste idiot et irréfléchi, je tentais de lever la tête pour la voir. Cela nous décrocha un rire à tous les deux, mais ça ne faisait que retarder l'échéance.

Mon regard jonglait entre le contrôleur et JiWon, n'étant toujours pas prêt à le laisser partir. Je doutais de l'être à un moment, mais c'était plus fort que moi. J'avais beau savoir son départ imminent, je ne voulais toujours pas le perdre pour autant.

Sans réfléchir davantage et sachant pertinemment que le temps nous manquait, je le pris à nouveau dans mes bras, mais cette fois-ci en sachant que c'était la dernière. La dernière fois avant longtemps. Il me l'avait promis. Et JiWon était incapable de me mentir, je le savais. Alors il allait revenir. Il l'avait promis.

- Je t'aime, me murmura-t-il, me serrant aussi fort qu'il le pouvait.
Je glissais ma main dans ses cheveux, inspirant une dernière fois son odeur et m'imprégnant une dernière fois de sa chaleur avant de lui répondre, comme le plus beau et le plus doux de tous les secrets :
- Moi aussi.
Il embrassa tendrement ma tempe, et je sentais doucement la sensation de ses bras autour de moi s'estomper ; il partait.

Pressé par le temps, il s'empara de son sac et s'éloigna de moi presque en courant pour rejoindre la porte d'embarquement du train, disparaissant derrière les portes metallique à la fermeture même de ces dernières ; il était parti.

Le train démarra presque aussitôt, emportant avec lui ma moitié, une page, que dis-je, le livre complet de ma vie, un amour éternel. Peu importait la façon dont il m'aimait et la façon dont je le lui rendais ; chaque relation est unique, la nôtre était unique.
Il m'aimait, et je l'aimais à en crever moi aussi. C'était tout ce qu'il y avait à savoir. C'était tout ce que nous avions besoin de savoir.

Je fis quelques mètres, suivant d'un pas lent la direction du train. Mais ce dernier finit rapidement par me dépasser entièrement et à quitter la gare, s'éloignant de moi un peu plus à chaque seconde.
Les larmes abondaient toujours mes joues, je ne cherchais pas même à les arrêter, au contraire ; elles me faisaient un bien fou.

Regardant le train disparaître au loin, je me mis à sourire. J'ignorais comment et j'ignorais quand, mais je savais que JiWon allait me revenir. Un jour.
Ce n'était pas un adieu ; ce n'était qu'un au revoir. Mon aventurier allait me revenir, il me l'avait promis.

du 03/07 au 04/07 2016

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