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La ligue des mangoustes recherche de nouveaux héros
 par   - 1463 lectures  - 1 commentaire [30 mai 2020 à 12:42:02]

Fan de manga et/ou de comics et écrivain dans l'âme, cette annonce s'adresse à vous !


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Les Malheurs de Jongdae
[Histoire En hiatus]
Auteur: Ako-Cissnei Vue: 17018
[Publiée le: 2015-03-17]    [Mise à Jour: 2016-04-03]
G  Signaler Romance/Humour/Drame/Yaoi (HxH)/Surnaturel/Amitié/Lemon Commentaires : 118
Description:
Jongdae est (très) malchanceux et maladroit. Sa bonne étoile semble s'assurer qu'il passe son temps à se blesser et à se rendre ridicule, quand un être étrange apparaît dans sa vie : Lay. Le jeune homme, invisible pour les autres semble avoir le pouvoir de protéger Jongdae et sème au passage le trouble dans sa vie et dans son cœur.

De l'autre côté, ses deux meilleurs amis, Luhan et Minseok, ont bien besoin d'un entremetteur.

Baekhyun est un handicapé des sentiments, ce qui n'arrange pas les affaires de Chanyeol, déjà bien compliquées.

Junmyeon tombe peu à peu dans une profonde dépression, tandis que Sehun vient tout juste de vaincre la sienne.

Et les fantômes, métaphoriques, d'entre les morts ou du passé, finissent toujours par se voir.

Yaoi Principaux -> ChenLay ; XiuHan ; HunHo ; ChanBaek
Secondaires -> KrisBer (Wu YiFan / Liu Amber)

Présence de surnaturel mais ce n'est pas le ressort principal de l'histoire. (plus psychologique qu'authentiquement fantastique)
Contient limes / lemons mais ce n'est pas le ressort principal de l'histoire.
Crédits:
L'histoire et l'humour foireux sont (hélas) miens. Les membres des Exos, ainsi qu'Amber et Henry, et autres artistes cités dans cette fanfiction ne sont (hélas) pas miens.

La couverture a été réalisée par Asticoo, que je remercie chapeau bas. ♥
Les illustrations des chapitres sont réalisés par moi, avec des images trouvées sur google et un peu retouchées.

Les traductions et transcriptions des paroles des chansons qui apparaissent viennent du site Nautiljon.
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La Voie Lactée est un sentiment

[16035 mots]
Publié le: 2016-07-26
Mis à Jour: 2016-07-26
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Commentaire de l'auteur Wow putain alors oui je sais bonjour, non je ne suis pas morte, oui un retard de sept mois c'est hallucinant à avaler.
Mon dieu comme je m'en veux.

Sans aucune réponse de prête à aucun commentaire en plus, Ako a tout géré comme d'habitude...
Une chose à savoir est que je n'abandonne pas LMDJ. Toujours pas, et c'est hors de question. J'ai vu que j'avais récemment perdu beaucoup de suivis pour cette fiction, mon dieu je m'en veux tellement de vous avoir fait subir une attente pareille. Pardon. Je comprends que cela soit vraiment difficile -voire inutile- de continuer de suivre une fiction updatée tous les six mois, ça me rend triste pour moi-même d'avoir adopté un rythme pareil.
Sans rien promettre cette fois (on voit ce que ça donne les promesses xD) je pense reprendre LMDJ bien plus sérieusement. Disons qu'entre les énormes problèmes familiaux, les problèmes de boulot et d'orientation, les pannes d'inspi, les démarrages d'autres projets finalement avortés, puis retravaillés, et la perte par deux fois de ce que j'avais écrit pour ce chapitre, c'est vrai que le karma était vraiment contre ma pomme (---> Pour ne pas changer JE SAIS)

Si vous êtes encore là, vous êtes des amours, vous êtes géniaux, je vous aime, merci, merci du fond du coeur de continuer à suivre, merci mille fois si vous avez laissé votre trace et que en bonne auteure de merde je n'ai pas encore pu répondre, merci parce que c'est grâce à vous que j'ai réussi à pondre ce PUTAIN DE CHAPITRE -dont j'ai actuellement pas regardé le nombre de mots mais que je sais être le truc le plus long que j'ai jamais écrit d'une traite. Si vous commentez, je ne vous répondrais qu'à partir du 15 août, où je suis susceptible de retrouver internet (je poste après une nuit blanche d'écriture intensive parce que je me barre avec mes parents pour trois semaines sans internet... Après un mois et demi sans internet à Lille OUIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII.)

Lien pour All of Me de Chanyeol (vous verrez pourquoi ;) -) > https://www.youtube.com/watch?v=L_cDZUm2sgY
Lien pour All of Me de Hoya (Infinite) (je la mets pour la guitare. Chanyeol joue de la guitare dans LMDJ, pas du piano, alors tout dépend de comment vous voulez vous mettre dans l'ambiance, sait-on jamais x3 ) https://www.youtube.com/watch?v=FGH0F0K-wTQ

Je vous aime super super fort. Quel que soit le type de lecteur que vous soyez, fantôme ou pas, vous continuez de me lire et bordel c'est déjà beaucoup x3333 (oui je mets des x pour faire des coeurs parce que j'arrive plus à faire des petits coeurs noirs sorry not sorry T-T)









-Et c'est pour ça que tu fais le mort depuis une semaine ?


Sehun se mordit la lèvre. Il détestait mentir, surtout à ses proches, surtout que Chanyeol n'était pas le type à qui l'on ne pouvait pas faire confiance. Il n'aimait pas l'idée d'avoir des secrets pour une personne qui de toute façon aurait su les garder -pas comme ces imbéciles de Jongin et Taemin qui vendraient leurs propres parents pour peu qu'ils aient trois gouttes d'alcool dans le sang.


Mais il avait promis.


Il avait promis à Junmyeon de ne dire à personne qu'il avait essayé de se suicider.


Se suicider. C'était une expression si commune et pourtant, sa pleine réalité avait accablé Sehun, l'avait frappé en plein visage pour que plus jamais il ne prononce une nouvelle fois ces mots à la légère, que ce soit pour plaisanter comme le fait tout un chacun, ou pour user d'une ironie acide un peu de mauvais goût. Il était définitivement incapable d'oublier les yeux vides et pourtant pleins d'un espoir bridé de Junmyeon lorsqu'il avait bandé ses poignets couverts de son propre sang. Il avait pansé ses plaies, il l'avait rassuré, il était allé faire les courses dans la supérette en bas de la rue et lui avait racheté ses cigarettes préférées, il lui avait fait couler un bain et l'avait bordé la nuit, amenant la couette gris clair contre sa peau de porcelaine. Il avait tissé un lien intime, désespéré et quasi-mystique avec le jeune homme qu'il n'avait pourtant pas l'impression de connaître si bien que cela, et pourtant assez bien pour vouloir à tout prix le retenir de sombrer totalement dans un monde de cauchemars qui effrayait même le côté artiste torturé de Oh Sehun.


Et ce lien avait été scellé par cette promesse, faite à son protégé :


-Personne... Personne ne doit savoir. S'il te plaît... Pitié.


Il avait dit personne. Alors Sehun veillerait à ce que personne ne l'apprenne. Sans qu'il ne s'explique réellement pourquoi, il était déterminé à ne pas se dérober à cette tâche qui lui semblait dévolue : prendre soin de Junmyeon. Le remettre sur pied. Faire rosir ces pommettes devenues diaphanes, veines apparentes, comme on appose des touches de pastels pour dessiner des fleurs sur une toile. Le regard que le jeune homme posait sur lui, il l'avait remarqué désormais, tout accentué qu'il avait été, tout intensifié qu'il était par le cocon qu'ils s'étaient forgé en à peine deux semaines. Deux semaines d'aller-retours tous les deux jours dans l'appartement de Sehun pour se changer et se doucher, malgré les timides tentatives de Junmyeon d'autorisation à se sentir comme chez lui dans l'appartement de luxe beaucoup trop grand pour une seule personne. Mais malgré cela, Sehun n'avait pu se résoudre à accepter d'empiéter sur les endroits que seul Junmyeon avait occupé, trop soucieux qu'il était de l'oppresser. Retourner régulièrement chez lui lui convenait, après tout, il avançait lentement sur ses toiles et ses croquis, retrouvant doucement le goût de dessiner, même si les couleurs se faisaient rares dans son esprit. Il avait pour l'heure envie de dessiner de beaux arbres argentés majestueux, des rivières cristallines au-dessus desquelles se penchait un garçon en noir et blanc.


-J'croyais que ta grand-mère était morte, réagit Chanyeol après un temps de latence, sortant Sehun de ses pensées sucrées.


" Et merde. " Il n'avait pas pensé à cela.


-Tout le monde a deux grand-mères, abruti.


Et tant pis pour sa bonne foi. Sehun sentit sa culpabilité s'alléger quelque peu en voyant Chanyeol prendre une expression parfaitement stupide -sa spécialité- et se renverser à moitié son soda sur sa chemise en tournant son verre avant qu'il eût atteint ses lèvres. Après tout, un serial gaffeur comme ce type dégingandé et étrange qui lui servait d'acolyte n'était peut-être pas si digne de confiance que cela.


-Bon bah j'espère qu'elle ira mieux rapidement. C'est un peu nul de devoir passer les réunions de famille à l'hôpital.


Et de grimacer légèrement.


Et Sehun se mordit la lèvre.


Aborder le sujet de la famille n'était jamais une idée brillante lorsqu'il avait une conversation avec Chanyeol.


-Désolé, mec... On n'est pas obligé d'en parler jusqu'au réveillon, non plus, tu sais.


-Nan, c'est bon, grommela le jeune homme aux boucles rousses, c'est débile de réagir comme ça.


Et la culpabilité de Sehun revint au galop, comme renforcée. Il n'y avait pas pensé, tout préoccupé qu'il était par la douceur de la reconnaissance de Junmyeon à son égard, mais jouer la carte de la famille souffrante face à Chanyeol, s'il s'agissait du meilleur moyen pour qu'il ne pose pas de question, était également le moyen le plus facile pour saper son humeur et son énergie.


Depuis le divorce de ses parents, alors qu'il avait tout juste une dizaine d'années, Chanyeol était perpétuellement pris dans une lutte de pouvoir plus ou moins malsaine entre son père et sa mère. Beaucoup d'enfants se faisaient à des parents séparés -deux fois plus de cadeaux, motif de pression si l'un ou l'autre se montrait trop sévère et autres entourloupes plus ou moins innocentes- mais pour le grand jeune homme cela s'était juste soldé par une situation facilement résumable : une bataille incessante.


Avec le temps, il avait cessé de fondre en larmes à chaque prise de conscience -à chaque fois qu'il réalisait que ses parents ne l'aimaient pas assez pour prendre en compte son coeur qui se froissait à chaque fois qu'il appelait dans le vide pour faire cesser les cris. Il avait fini par se contenter de soupirer lorsque sa mère le couvrait de friandises dont il était déjà dégoûté depuis longtemps, dans l'unique but que le petit Chanyeol dise à son père quelques jours plus tard "c'est mieux chez maman".


Chanyeol savait pertinemment, depuis qu'il avait grandi et qu'il comprenait plus ou moins le monde des adultes, que ses parents n'avaient jamais cessé de s'aimer. Qu'ils ne pouvaient juste pas s'aimer sans haine, sans fierté. Mais que cet amour, ils l'avaient eux-même brimé, refoulé, relégué dans un coin sombre de leur esprit pour des raisons sans doutes obscures et stupides qui leur étaient propres (et sur lesquelles Chanyeol n'avait aucune envie de réfléchir) et leur frustration les avait aveuglé, leur faisant oublier tout le reste, à commencer par leur fils. Les parents Park faisaient l'amour par le biais des disputes, se séduisaient en s'insultant, et Chanyeol n'avait été dans cette invivable histoire qu'un dommage collatéral, un outil que l'on avait aimé tant qu'il était mignon et qu'il n'avait pas encore appris à parler mais que l'on avait désormais oublié dans un coin.


Bien qu'il se soit fait à cette situation, ces temps-ci, il redécouvrait ses vieux démons. Non seulement parce qu'étudiant ou adulte ou à n'importe quel âge, il arrive à toute personne de se sentir si accablé que l'épaule d'une mère ou les conseils d'un père ont des airs de paradis, mais surtout parce que Chanyeol, malgré tous les saints à qui il avait pu se vouer, avait reproduit l'exacte relation malsaine de ses deux parents. Et tout cela pour les beaux yeux (et les belles fesses) d'un certain Byun Baekhyun.


Le grand jeune homme laissa échapper un long, long soupir. Il n'avait pas la moindre envie d'aborder ce sujet, et la gêne grandissante de Sehun le mettait lui-même mal à l'aise.


-Bon, grand-mères et plans culs mis au placard...


-J'vois Luhan demain, murmura Sehun sans attendre la fin de la phrase de son ami.


-Oh.


Le silence s'abbatit à nouveau sur leur petite table de café, mais cette fois, ce furent les yeux de Sehun qui se plongèrent dans le vague en essayant de combattre ses idées noires.


-Je vois. T'es stressé ?


-C'est pas écrit sur ma tronche, déjà ? grogna le jeune artiste, sa nervosité subite le mettant un peu sur les nerfs.


-Si. Carrément. Et si j'essaie de lire plus en détail, t'as aussi écrit que tu caches quelque chose à ton meilleur pote.


-C'est toi mon meilleur pote ? s'étonna un peu trop sincèrement Sehun.


-T'es vexant. T'es bien le mien.


De façon surprenante, Sehun se sentit un peu revigoré par la déclaration d'amitié de son compagnon. Chanyeol était généralement plutôt avare de compliments et d'aveux sentimentaux, et le coeur de Sehun se serra un peu plus à l'idée qu'il était sans doute très seul en ce moment. Se souvenant de l'empressement qu'il avait mis à se préparer et à bondir hors de chez lui lorsque son ami l'avait appelé, cette déduction lui semblait encore plus évidente. Sehun se promit de ramener le sujet Baekhyun sur le tapis une fois qu'ils en auraient fini avec le jeune chinois dont il avait eu le malheur de s'enticher un an plus tôt.


Avec qui il s'apprêtait à apaiser sa conscience.


Avant de tourner la page.




* * *




-Salut, Jongdae. Désolé... Je sais que ça fait longtemps. Mais tu sais, au sujet de...


-Yixing ?


Jongdae sourit largement à l'image un peu pixellisée de Yifan sur l'écran de son ordinateur.


-Tout va pour le mieux.


Cela était peut-être une formulation exagérément optimiste, mais néanmoins, Jongdae était passé par tellement d'angoisses nocturnes et diurnes, tellement de questionnements existentiels, sentimentaux et paranormaux, tellement de hauts et de bas que la période actuelle lui donnait l'impression de flotter sur un petit nuage.


Les grands yeux de Yixing le fixaient depuis l'entrebâillement de la porte, curieux mais encore trop impressionnés pour oser se montrer à la caméra. L'ex-fantôme s'était assis en tailleur dans le couloir, obstiné à ne pas quitter Jongdae de plus de deux mètres tant que ce dernier se trouvait dans l'appartement qu'ils partageaient désormais...
plus ou moins officiellement.


Du moins, cela était officiel pour Minseok.




-Jong... dae...

La petite voix d'enfant apeuré fit courir un violent frisson le long de l'échine de l'interpellé. Comme si son amant était en réel danger, comme s'il avait une arme braquée sur le front, comme s'il risquait de s'effondrer sous ses yeux à tout juste deux mètres d'intervalles. Yixing avait peur, et soudain, c'était Jongdae qui avait encore plus peur, les fenêtres semblaient s'obscurcir et sa vision se flouter. Envahi par le stress, le jeune étudiant ouvrit la bouche pour rassurer son protégé d'une voix qui sonna un peu éraillée à la première syllabe qu'il tenta de prononcer.

Et puis il croisa le regard de Minseok.

Perdu était un euphémisme. Son meilleur ami ne comprenait pas la tension soudaine qui s'était emparée de la pièce, la transformant en prison, chappe étouffante qui leur coupait le souffle, galerie des glaces surnaturelle qui n'inspirait rien d'autre qu'une panique effarante, et totalement inappropriée à la réalité de la situation.


Réalité.


Ce mot qui avait totalement changé de connotation pour Jongdae ces derniers jours, ce mot qui revêtait une profondeur philosophique telle qu'il ne l'aurait jamais soupçonné jusqu'à il y a quelques mois, ce mot auquel Minseok s'accrochait encore avec ce regard empli d'incompréhension qu'il dardait sur son meilleur ami, comme si celui-ci était capable de le sauver de la noyade.

"Qu'est-ce que la réalité ? Vous avez quatre heures." songea Jongdae, étouffant un rire uniquement nerveux qui commençait à lui chatouiller la gorge.

Le rire et l'ironie, qui étaient ses deux cordes un peu effrichées auxquelles il s'accrochait comme un perdu pour garder le contact avec sa propre vision de la réalité. Mais dans un sursaut de lucidité, il réalisait que s'il laissait son fou rire s'exprimer à sa place, les deux autres le prendraient pour un fou à lier. Il sortirait de leur propre réalité.


Réalité.


Peu de notions sont aussi complexes et subjectives à appréhender que celle-ci. Jongdae fabulait-il depuis sa toute première "entrevue" avec Yixing, en automne dernier ? N'était-il au final qu'un grand fou, dont le mode de vie avait fini par lui taper sur la tête, un imbécile qui avait eu le malheur d'écopper du pire karma du monde, déformant sa réalité au point de ne le faire vivre que dans un monde peuplé d'illusions aux sourires à fossettes pendant de longs mois, déclenchant ce regard effaré chez un Minseok qui ne devait certainement pas comprendre pourquoi celui qu'il appelait meilleur ami fixait un point invisible et respirait bien trop fort depuis plusieurs -bien trop longues- secondes ?


Réalité.




-Il est avec toi, là ?


Jongdae se mordit la lèvre, et se contenta d'un signe de tête vers là où le doux Yixing était terré. Et contre toute attente, Yifan lui offrit un de ses rares sourires.


-Ne t'en fais pas. C'est le principal. Je tenais juste à prendre de vos nouvelles.


-Prendre des nouvelles de quiiii ?


Jongdae sursauta à l'entente d'une voix féminine (et pour le coup, relativement peu mélodieuse) qui lui était totalement inconnue. Ses yeux s'arrondirent totalement et d'une façon presque comique lorsqu'il vit une touffe de cheveux blonds masquer complètement le visage de son interlocuteur, et que deux rires parfaitement idiots lui parvinrent du micro de son ordinateur.


Et aux rires idiots succédèrent un long enchaînement de répliques dans un anglais beaucoup trop rapide auquel Jongdae ne comprit goutte. Néanmoins, cet instant de flottement lui permit de déduire assez facilement la nature de la relation qu'entretenaient Yifan et cette étrange jeune femme qui avait l'air montée sur ressorts, étonnant rayon de soleil aux cheveux à la garçonne, aux yeux ridés adorablement à force de trop rire -sans doute, car elle n'était à vue de nez pas plus vieille que le chinois aux airs bougons- et au rire beaucoup plus musical que son appel volontairement faux.


Au bout de ce qui parut à Jongdae au moins une heure de rires niais et de quelques baisers volés çà et là, Yifan se décida à se retourner vers son interlocuteur coréen et interloqué.


-Ma compagne, Amber.


-Et la raison pour laquelle Luhan n'arrête pas de râler à propos du fait que tu frimes dès que possible en mettant des mots anglais à toutes les sauces même alors que vous parlez dans votre langue natale ?


Ce fut au tour de Yifan d'arrondir les yeux jusqu'à les faire paraître comme deux billes parfaites d'un noir d'encre, tandis que la dénommée Amber éclatait à nouveau de rire, son visage plongeant dans le cou de son petit-ami, sans doute pour dissimuler les rougeurs de ses joues à un inconnu. Rougeurs pourtant fort jolies, songea Jongdae, pensant instinctivement à la vie qui se peignait sur le visage de son propre compagnon lorsque celui-ci riait.




Le visage de Yixing était tellement pâle que Jongdae se demanda furtivement -et de manière parfaitement absurde- si ce n'était pas sa lumière qui l'avait tiré des ténèbres dans lesquelles il s'était enfoncé l'espace de ce qui lui avait semblé être une éternité.

-Jongdae !

Si sa vision se débarassait enfin des derniers points noirs qui envahissait son espace vital partout où il regardait -lui donnant l'impression absolument terrifiante d'être entouré de masses d'insectes grouillants dans son salon en une masse indistincte- ; son ouïe lui donnait la curieuse sensation d'entendre la voix de son amant comme s'il était sous l'eau, et que ce dernier l'appelait depuis la surface.

Et oh, comme il voulait lui répondre, comme il voulait tendre le bras vers lui pour le rassurer, l'embrasser et se rassurer lui-même au contact de ces lèvres pétale de rose qu'il aimait tant ; mais son bras était hélas bien trop lourd pour lui.

Un mal de crâne piquant l'assaillait subitement, engourdissant encore plus ses sens et faisant bourdonner un essaim d'abeilles en furie à l'intérieur de sa tête.

-Jongdae.

Il grimaça.

-Respire. Respire profondément, Jongdae. Tout va bien.

Sans en avoir conscience, l'interpellé pencha légèrement la tête vers la provenance de la voix de Minseok, tout en serrant ses deux mains autour de celles, longues et fines, de Yixing qui les agrippaient. Il ferma les yeux pour mieux les rouvrir, subitement calmé par la présence des deux autres garçons, qu'il ressentait comme protectrice, sécurisante, rassurante.

Il inspira, puis expira. Il respira, il souffla, puis laissa sa tête s'échouer dans le cou à la fragrance mentholée de Yixing, qu'il venait de distinguer à tout juste quelques centimètres de son front. Presque aussitôt, il sentit l'une des deux mains de son petit-ami venir caresser sa joue, tendrement, s'égarer sur la peau fragile de son cou pour redessiner doucement la veine qui y palpitait, dynamisée par le stress trop soudain, comme pour la détendre, la faire dégonfler.

Apaisé, Jongdae respira un grand coup l'odeur de Yixing, ce mélange subtil d'épices sucrées et de son propre shampooing menthe glaciale, en plongeant complètement son visage dans la peau pâle, laissant ses lèvres l'effleurer sans pour autant y déposer de franc baiser.

Il ne vit pas les prunelles attristées de Minseok le couver, ce dernier comprenant pour le coup avec un désespoir sincère la source d'angoisse que son jugement était devenu pour son meilleur ami. Il sentit en revanche sa main se poser sur son dos, chaleureuse et réconfortante, et y tracer de larges et lents cercles, routine calme qui eut le mérite de l'aider à réguler sa respiration.

-Pardon... peina à articuler le jeune étudiant, le dépit envahissant son coeur en prenant la pleine réalité de la situation.

Il ne vit pas non plus les regards de Yixing et Minseok se croiser pour la seconde fois, réalisant eux-même ce qui était en train de se passer.

Yixing avait supporté la présence d'un tiers, tout affolé qu'il était par la crise d'angoisse de celui qu'il aimait.

Pour la première fois, il ne s'était pas enfui. Il n'avait pas eu peur pour lui-même.




-Je ne parle en chinois qu'avec Henry, elle refuse de prendre ses cours et de les réviser, comment je fais, pour communiquer ? rétorqua un Yifan proprement indigné.


Pour toute réponse, Amber se contenta de lui pincer le nez avant de répliquer d'un ton presque acide :


-De quoi, communiquer... T'es même pas fichu de savoir quoi faire à manger le soir, alors tu ne peux même pas te permettre cette blague misogy- ne fais pas cette tête, je sais que tu y as pensé !


Jongdae gloussa de rire à nouveau, et vit du coin de l'oeil les coins des lèvres de Yixing tressauter également. Il observa un court moment Amber et Yifan recommencer à se chamailler gentiment, avant de laisser échapper du bout des lèvres, malgré lui :


-C'est grâce à elle que tu en sais autant sur moi et Yixing, n'est-ce pas, Yifan ?


Et le rire d'Amber s'effaça dans l'atmosphère aussi soudainement qu'il avait éclaté. Sa frimousse mutine se mua en visage neutre, n'enlevant cependant rien à son charme particulier -que Jongdae se prit à apprécier à sa juste valeur, malgré les coins de ses lèvres brusquement affaissés et ses paupières en amande abaissées sur son regard assombri.


Le visage de Yifan, quant à lui, n'affichait qu'un masque neutre et se contenta d'une réponse presque trop simple.


-Oui.


Conscient de marcher sur des oeufs, Jongdae se mordit la lèvre. Il sentait que l'acquiescement de Yifan n'était qu'une semi-vérité ; un "oui" qui recouvrait un monceau de détails multiples et pas forcément très reluisants, qu'il n'était même pas certain d'avoir envie de connaître à vrai dire, et qui pourtant lui semblaient danser devant les yeux dans une valse étrange et à demi malsaine, feux follets qui brûlaient les doigts de celui qui se risquerait à les saisir.


Mais avec Yixing à proximité, Jongdae ne pouvait se risquer à poser des questions malheureuses. Sans compter que, s'il se fiait au geste léger de Yifan sur la joue de son aimée, le grand chinois souffrirait tout autant de répondre à ces questions, si cela devait érafler le coeur de sa bien-aimée d'aborder un tel sujet.


Alors le jeune étudiant se força à sourire -et non pas sourit de manière forcée, car Jongdae était Jongdae, et son expression ne pouvait qu'être sincère- et éluda le sujet.


-Allez, Amber, tu connais forcément quelques mots de chinois, non ? Yifan a toujours tendance à tout exagérer.


Sans prêter attention à la protestation (vite étouffée par la main de sa petite-amie) de l'intéressé, la jeune femme retrouva instantanément son sourire, et Jongdae se sentit envahi d'une vague de sympathie envers elle, tant il avait l'impression qu'elle lui ressemblait beaucoup sur certains points.


Après l'énonciation d'une phrase en chinois à laquelle il ne comprit bien évidemment rien, et tandis que le couple en face de lui se répandait à nouveau en injures pas vraiment insultantes, l'attention de Jongdae fut attirée par un couinement discret, mignon, étouffé.


Intrigué, il n'eut cependant pas besoin de se lever pour aller à la rencontre du jeune homme, qui, fait surprenant, s'était déjà glissé à ses pieds, hésitant encore à se relever pour se maintenir sur ses jambes, exposé à la caméra et de fait, à Yifan et Amber.


Sans oser dire quoi que ce soit, et profitant de l'inattention du couple, Jongdae se contenta de plonger son regard dans celui de son amant, étouffant pour l'heure le désir ardent de se jeter sur ses lèvres pupleuses, mises en avant par cette moue timide mais pas vraiment effrayée (Yixing avait tendance à pincer ses lèvres en cas d'effroi ou de stress). Il le gratifia simplement d'une caresse sur la hanche de l'autre, encourageant et rassurant.


"
Tu peux le faire."


Yixing plongea son regard dans celui de Jongdae, profond. Il n'aurait pas eu de mots à cet instant pour exprimer tout l'amour qu'il ressentit passer dans les prunelles qui étaient un aimant pour son être tout entier, alors il se contenta de remonter sa main dans sa nuque outrgeusement fine pour amener son visage contre le sien, en dehors du champ de la caméra, sans qu'ils se quittent des yeux. Et de déposer un baiser un peu mouillé, un peu souriant, sur les lèvres au dessin si unique de celui qu'il aimait, comme pour se donner du courage. Il passa les siennes délicatement sur les coins de la bouche de Jongdae, ressentit son sourire splendide avec son toucher, pour enfin apposer une dernière pression sur le visage adoré.


Il pouvait le faire
.


Yixing se releva, assez lentement mais pas de façon exagérée, puis, tournant le regard vers l'image virtuelle de Yifan et Amber, murmura timidement en chinois :


-Bonjour, je m'appelle Yixing.




* * *




-Mais bordel on peut savoir pourquoi t'arrêtes pas de sauter partout comme un zébulon sous cocaïne ? Tu me files le tourni, abruti de coloc au rabais !


Un Kyungsoo en colère aurait fait fuir n'importe qui d'autre que Luhan, mais le jeune chinois était trop occupé à se mordre littéralement les doigts sous la montée de stress pour en avoir quoi que ce soit à faire. Peut-être son colocataire au caractère de chien légendaire avait-il perdu en autorité à force de répéter des menaces de mort toutes plus imagées les unes que les autres tous les trois jours. Ou peut-être que Luhan était définitivement un peu idiot, un peu stupide, et que comme chacun sait, la bêtise est bien souvent amie avec l'inconscience.


Et en effet, alors que Kyungsoo se rapprochait de lui armé d'une poêle à frire bien en évidence, il semblerait que Luhan soit relativement suicidaire, tout simplement.


Trois hurlements et sept supplications plus tard, Luhan se frottait le front en gonflant les joues de dépit, tandis que Kyungsoo profitait enfin de la tranquillité toute relative qu'il venait de gagner : au moins son colocataire ne tournait plus en rond en gémissant continuellement une litanie d'idioties incompréhensibles au milieu desquelles étaient simplement discernables le nom d'Oh Sehun.




* * *




-Ici... ça te dit ? marmonna Luhan en s'éclaircissant la voix, désignant une table en priant pour que son doigt tendu vers l'objet ne le trahisse pas en se mettant subitement à trembler.


Le grand artiste aux cheveux rouge sombre s'assit en gardant obstinément les yeux baissés, affreusement gêné lui aussi -bien que Sehun étant Sehun, il avait plus l'air parfaitement impassible et froid à force de froncer ses sourcils épais et allongés que réellement apeuré et mal à l'aise. Mais après tout, autant pour son expression faciale, Luhan le connaissait assez bien, hélas.


Même si cela ne faisait que renforcer son stress que de se rappeler de ces rares moments où ils avaient eu le loisir de faire connaissance, d'apprendre un peu de l'autre au milieu des peaux en sueur, des bouches brûlantes et des doigts tremblants d'envie. Cela faisait grossir la boule au ventre de Luhan que de se rappeler
pourquoi ils étaient là, ensemble tous les deux, à nouveau, de réaliser qu'aun fond, il connaissait Sehun sur le bout des doigts, bien que n'ayant jamais pu en tomber amoureux.


L'un comme l'autre prirent le temps d'appréhender le face à face, de laisser les souvenirs ressurgir, chacun à son rythme pour prendre le soin d'éviter que l'un ou l'autre morceau de passé ne leur explose à la figure, morceaux de miroirs brisés et éparpillés, coupants si l'on ne les manipulait pas avec attention. Bribes d'une partition sans mélodie, dont les pages ont un peu jauni mais dont l'encre est encore visible, noir profond, comme si les notes y avaient été tracées la veille.


La première matinée où ils avaient échangé un café -un chocolat viennois pour Sehun-, échangeant quelques vagues banalités d'une voix rauque d'après une nuit à crier, la première fois que Luhan avait trouvé une toile de Sehun et lui avait demandé de lui raconter son histoire, impulsion d'une insomnie passagère. Il y avait aussi la fois où la teinture de Sehun, trop récente, avait un peu bavé sur les oreillers à force d'avoir un peu trop transpiré, et où les deux garçons avaient dû plonger immédiatement les draps dans la machine à laver, avant de filer tous les deux sous la douche, riant des stries bleutées que dessinaient la teinture de mauvaise qualité sur leurs peaux encore scintillantes. Et puis la fois où Luhan avait voulu sortir discrètement pour acheter des viennoiseries pour le petit déjeuner, mais où il avait finalement dû appeler Sehun -et donc le réveiller- pour lui demander de lui indiquer le chemin du retour, s'étant perdu en route. Et à trop penser, ils se rappelèrent également de la première fois que leurs yeux s'étaient rencontrés, celle où leurs peaux s'étaient découvertes, ce soir-là sous les néons verdâtres un peu malsains de cette boîte de nuit dans laquelle ils ne retourneraient plus jamais ; et puis enfin, ils se rappelèrent des derniers mots qu'ils avaient échangé.




-Je ne peux plus coucher avec toi en sachant ce que tu ne ressens pas.

-Qu'est-ce que tu veux dire, Sehun ?

-Tu sais très bien ce que je veux dire. Que je ne peux plus t'aider à oublier la personne que tu aimes. Je ne suis plus assez fort... Et je dois être un peu trop... Tu sais, ce-qu'on-ne-doit-pas-être-quand-on-couche-avec-quelqu'un-juste-pour-le-cul.

-Sehun...

-Laisse. Ne t'excuse pas. C'est pas de ta faute. C'est de la nôtre. Mais j'en peux plus de ne plus exister. C'était dingue, ce qu'on avait... Mais j'ai besoin de ça. D'exister. Et avec toi, j'existe pas.




-Qu'est-ce que je vous sers ?


Les deux garçons sursautèrent à l'apostrophe du serveur, pourtant pas désagréable, mais néanmoins un peu pressé. Leurs regards se croisèrent pour la première fois, ils ouvrirent la bouche simultanément en se mélangeant les pinceaux.


-Un café noir, sans sucre, allongé, prononça Sehun.


-Un chocolat chaud avec beaucoup de chantilly, s'il vous plaît, lança Luhan en même temps.


Comment le serveur avait fait pour comprendre leurs deux commandes et les noter aussi vite sans une seule hésitation resterait un éternel mystère. En revanche, le fou rire qui les secoua quelques secondes après son départ était parfaitement explicable.


-Tu prends bien ton café allongé non ?


-Oui mais... Je l'aurais dit juste après t'avoir commandé ton chocolat -avec de la chantilly, hein ?-, t'étais pas obligé de...


-Hé ! C'est toujours toi qui prends les décisions parce que t'es plus âgé ! J'avais envie de prendre les devants, pour une fois !


-Le serveur ne va pas comprendre pourquoi subitement on échange nos consommations à peine posées sur la table... rit Luhan, des ridules se creusant aux coins de ses yeux.


Ils rirent encore quelques secondes, plus détendus, avant de reposer un pied dans la réalité, et de soupirer de concert.


-Pourquoi on est là ? murmura un peu tristement le plus jeune, observant d'un oeil morne son compagnon de table rouler nerveusement une cigarette.


-Parce que je te dois des excuses, et quelque chose de propre, Sehun.


L'interpellé leva les yeux, décelant dans la voix de Luhan un aplomb qui ne lui était pas familier. Et s'il vit que ses prunelles tremblaient, semblant hésiter à se river à nouveau sur les pavés de la terrasse, son regard dévoilait une certaine détermination qui poussa le jeune artiste à lui rendre son regard en essayant de lui faire comprendre silencieusement qu'il l'écoutait.


-Sehun je... Je suis désolé. J'espère que tu n'as jamais pensé qu'à un moment où à un autre j'ai pu te prendre pour un con ; ça n'a jamais été le cas. Jamais. Je t'appréciais -t'apprécie toujours- beaucoup. Et pourtant, c'est vrai que je n'ai pas été assez respectueux pour ne pas penser -prononcer parfois- le nom d'une autre personne quand on...


-Quand on couchait ensemble.


Luhan lui fut reconnaissant de ne pas avoir vulgairement employé le mot "baiser".


-... Ouais. Et cette personne tu la connais, c'est mon petit-ami maintenant. Et c'est nul de m'être servi de toi pour passer outre des sentiments que je ne pensais jamais voir s'épanouir. C'était complètement nul, affreusement naze, et j'ai jamais vraiment pu soutenir ton regard depuis parce que je sais à quel point c'était pathétique, et que sans parler de sentiments, c'était horrible pour toi. Parce que tu n'es pas lui. D'une certaine façon, je t'ai utilisé, c'est vrai, pour...


Luhan prit une profonde inspiration avant de continuer, baissant également le volume de sa voix.


-Pour Minseok et pour mon addiction.


Sehun ne sourcilla pas, et Luhan se sentit empli de sympathie et d'une gratitude sincère.


-Ton addiction...


-Au sexe. Tu as dû le réaliser tout seul, avec du recul, je suppose.


Sehun haussa les épaules.


-Vaguement, c'est vrai.


Luhan se mordit la lèvre.


-Ouais, j'étais accro au sexe. C'était pas vraiment sain, et mes conquêtes d'avant toi ont aussi fait les frais de ma tête ailleurs et de mon corps un peu trop enclin à tout. Et puis t'es arrivé.


Le silence se fit le temps que le serveur ne dépose les boissons sur leur table dans un bruit clinquant de porcelaine qui s'entrechoque, avant que Sehun n'intervertisse les deux tasses avec un sourire un peu secret, qui encouragea Luhan à continuer sur ses aveux.


Maintenant qu'il y était, il avait la sensation que tout coulait beaucoup trop vite, comme une cascade qui explose en geyser après avoir été enfermée trop longtemps dans un amas de roche. Tout coulait beaucoup trop vite et pourtant Sehun ne l'interrompait pas, il restait calme, à l'écoute, sans apesantir l'atmosphère d'un quelconque rejet ou malaise affiché de sa part.


Et Luhan avait besoin, de tout laisser sortir beaucoup trop vite. Car s'il ne le faisait pas maintenant, et de cette façon, il ne le ferait jamais. Peut-être était-ce pour cela que Sehun lui accordait ce temps et ce calme, ayant compris depuis un moment les tourments de son interlocuteur.


-T'es arrivé, Sehun, et puis t'as tout mélangé dans ma tête. Parce que tu me regardais d'une façon étrange, pas comme les autres, que d'une certaine façon, j'avais l'illusion qu'on avait quelque chose d'unique en son genre, d'une certaine façon, l'illusion que j'étais capable de ressentir quelque chose autre part qu'en rêvant de lui. De Minseok. C'était peut-être pour ça que je cherchais toujours à coucher à tout va, au point de me sentir mal si ça n'arrivait pas pendant plus de vingt-quatre heures.


-T'avais une sale gueule quand on s'est rencontrés, c'est vrai. C'est pas un rythme humain, ça, Luhan, fit calmement remarquer Sehun, arrachant un petit rire à l'intéressé.


-T'es sûr que c'était pas les néons verts immondes qu'on avait oublié de nettoyer ?


Sehun sourit un peu mystérieusement.


-Eux n'ont pas joué en ta faveur. Mais les premiers temps, en général, t'avais vraiment mauvaise mine. J'étais pas idiot. Et je ne le suis toujours pas maintenant.


Luhan se gratta la tête, un peu gêné.


-C'est grâce à toi que je me suis guéri, tu sais. Parce que tu m'as rendu accro à quelque chose d'autre.


-J'étais amoureux de toi, Luhan, tu l'as compris ça au moins ?


Et ça y était. Le froid était jeté, le malaise était là, avec ses grands bras verdâtres qui s'étendaient sur les épaules de Luhan pour les faire trembloter, ce malaise qui illuminait les yeux de Sehun d'une couleur qui, si elle était indéfinissable, ne mettait pas son teint en valeur, le faisant paraître subitement un peu plus grisâtre. La culpabilisation, les remords, les regrets aussi, tous s'invitèrent à la table de Sehun et Luhan, entamant une danse de l'étrange autour des deux anciens amants, sur une musique qu'ils étaient les seuls à entendre.


Et ce fut au tour de Sehun de parler.


-J'étais tombé amoureux de toi. Je sais que tu étais sincère, je sais que tu n'étais pas comme n'importe quel plan cul qu'on peut tous avoir, celui qui baise et qui claque la porte en partant et en décidant lui-même du prochain rendez-vous. Je le sais, que tu n'étais pas comme ça. On a partagé énormément de choses, toutes liées au sexe, c'est vrai, mais des tas de petits instants volés qui ont sûrement fait que je suis tombé amoureux. Parce qu'on avait quelque chose d'unique, Luhan, ce n'était pas une illusion. On avait quelque chose, qui n'était ni de l'amour, ni de l'amitié, ni même un échange de bons procédés... Quand j'y repense, je le vois comme une oasis.


Une oasis. Ce mots aux nuances chaudes retapissa l'atmosphère autour de la table, transformant le verdâtre en orange chaleureux, passant par un jaune citron un peu vif, un jaune soleil ébouissant.


Et Luhan se sentit un peu mieux.


-On avait une oasis, tous les deux. Rien qu'à nous. Mais on ne reste pas dans une oasis, et ça nous a pété à la tronche, comme on dit. On l'a réalisé, et on est repartis dans le désert, vers là où on était vraiment censés être. Toi dans les bras de Minseok, et moi...


Oui, c'était vrai ça, et lui ?


Lui, il s'était juste trimballé son amour coupable pendant des mois, des mois à errer un peu comme une âme en peine, qui ne vivait pas pour aimer mais qui survivait pour oublier, comme il est de règle d'agir après avoir essuyé une déception amoureuse, quelle qu'en ait été la cruauté. Sehun avait juste laissé faire le temps, sans haine ni regret, et sa plaie au coeur avait fini par cicatriser, car même s'il s'agit d'une chose inadmissible pour quelqu'un qui souffre, pour un animal blessé, toute blessure cicatrise avec du temps. Sehun y avait cru, et il avait bien eu raison, car à présent qu'il y pensait, son coeur n'était ni plein de Xiao Luhan, ni vide ou rempli des fausses euphories que procuraient l'alcool.




-Tu voudrais sortir, cette semaine ? On ne voit presque plus rien, tu sais.

Junmyeon massa nerveusement ses poignets. Lui, il verrait toujours les traces blanches presque invisibles que laisseront ses cicatrices.

Le temps répare toute blessure, mais il est évident qu'il reste toujours des traces, des fissures, des marques, des zébrures sur les peaux blanches comme sur les murs vieillis.

-Je sais, mais je...

Le petit jeune homme se mordit la lèvre, peu enclin à continuer cette phrase dont de toute façon il ne connaissait pas la fin. Il n'avait pas vraiment d'arguments à opposer à Sehun.

-Pas sortir, genre, avec des gens. Mais... il y a une projection centrée sur la vie des étoiles et l'étude des constellations, au planétarium de la citée des sciences. Tu sais, le complexe des grands bâtiments architecturalement bizarroïdes, avec le musée d'arts modernes...

Junmyeon le regardait dans les yeux, le laissant continuer.

-Et... Je me disais que ça serait sympa... D'y aller tous les deux.




-Sehun ? C'est quoi ce sourire dans le vide ?


L'interpellé sursauta ; il ne s'était pas rendu compte que les coins de ses lèvres s'étaient effectivement agrandis en un sourire timide.


Il releva les yeux, et l'expression de Luhan valait de l'or.


-Je... Pardon... Il se pourrait que je sois passé à autre chose.


Le sourire de Luhan apporta encore un peu de soleil à leur tablée. Du soleil, lumière soulagée et libérée qui se déverse sur une étendue trop longtemps laissée dans la pénombre.


-Mais on... C'est trop tôt pour en parler, éluda Sehun, plongeant les lèvres dans la crème sucrée qui recouvrait son chocolat chaud, hésitant comme l'aurait été un chaton devant sa première gamelle de lait.


-Qu'importe. Je suis heureux pour toi.


Et les deux garçons savaient tous deux que c'était parfaitement sincère. Il n'y avait jamais eu d'ambigüités de ce genre entre eux, et c'était ce qui rendait cette entrevue possible. Parce qu'ils avaient tous les deux eu une période compliquée, floue, sombre, difficile, mais que cette période ne les reflétaient pas tels qu'ils étaient au fond d'eux-même. Parce qu'ils se comprenaient, l'un et l'autre, dans ce passé quelque peu honteux et dans cette erreur commune, erreur qui n'en était qu'à demi une, car en se retrouvant tous les deux cette après-midi-là, l'un en face de l'autre, ils réalisaient pleinement qu'ils avaient énormément appris, avancé. Que s'ils n'avaient pas commis cette erreur, il en aurait été de biens pires sur leurs chemins, et ils n'auraient sans doute pas retrouvé la stabilité toute relative mais bien réelle qu'ils se reconstruisaient aujourd'hui.


-Ce que je voulais te dire, Luhan, c'est que je ne t'en veux pas. Pas du tout. J'ai accepté ce rendez-vous aujourd'hui non pas parce que je suis toujours amoureux de toi -et je ne t'aurais d'ailleurs jamais fait cet aveu si cela était toujours le cas. J'ai accepté de te voir pour tourner la page, pour t'avouer mes anciens sentiments de façon claire, et pour entendre ce que tu avais besoin de me confier -bien que j'en avais déjà deviné la plupart tout seul. Pour exorciser. Cela me fait vraiment plaisir que tu... Que tu t'ouvres à moi. On n'a jamais été amis, on n'a jamais été vraiment amants non plus... Et pour tout te dire, ma plus grande peur ça aurait tout simplement été que tu m'avoues qu'en réalité, je n'ai été qu'une conquête parmi tant d'autres. Qu'une plante dans un coin, qu'on arrose de temps en temps, à qui on parle pendant un temps et qu'on oublie sur le rebord de la fenêtre. Aujourd'hui, j'ai la preuve que ce n'était pas le cas, et pour autant j'ai la confirmation que tu ne m'aurais jamais aimé, que ça n'aurait jamais pu marcher entre nous. Et ça, ça me rend heureux. Et maintenant, je suis capable de tourner complètement la page.


Au cours de sa longue tirage, Sehun avait vu les yeux de Luhan s'humidifier, mais il n'y avait pas prêté attention -ou du moins il avait fait tout son possible pour aller jusqu'au bout de son idée, bien que les larmes de son ancien amant le rendent lui-même un peu triste. Il était cependant rassuré de voir que Luhan ne fondait pas en larmes, se contentant de retenir son souffle jusqu'à la confirmation que les mots avaient fini de couler du côté de Sehun.


Non, Luhan ne pleurerait pas. Il était juste montrueusement soulagé.


-Merci.


-Merci à toi, d'avoir pris cette intiative. Je n'aurais pas eu le courage de le faire moi-même.


-J'en pouvais plus de te croiser dans les couloirs et d'avoir envie de m'excuser en permanence. Merci à toi, Sehun, de m'avoir écouté, d'accepter que j'ai pu être complètement con sans m'en tenir rigueur, merci d'être plus mature que je n'aurais pu exiger de toi. Et merci... De te comporter comme un ami avec moi.


Pour toute réponse, Sehun sourit. Largement, un sourire estival, chaleureux, rassurant, libéré, extatique, un sourire où toutes les pensées joyeuses possibles se mêlent et se courent après, ce genre de sourire qui donne à ceux qui le voient l'impression que l'on est prêt à gravir des montagnes et accomplir toutes sortes d'exploits.


Ce genre de sourire que Luhan n'avait jamais vu sur le visage de Sehun, et qu'il se prit à aimer, dont il souhaita la présence tous les jours, face à cette personne dont il semblait être en train de tomber amoureux. Pas amoureux comme il avait aimé Luhan, non, un amour plus fort et méritant, un amour qui pourrait être partagé et s'épanouir.


-Un ami... C'est ce qu'on devrait être, non ? Alors je suppose que c'est normal.


Sur un énième sourire, et le dernier poids qui s'envola de sa poitrine, Luhan attaqua son café noir, allongé, sans sucre.


-Quelle chance elle a, cette personne pour qui tes yeux brillent. Tu mérites d'être heureux.




* * *




Les deux dernières semaines ne cessaient de tourner dans la tête de Minseok, ballet incessant et coloré, tournoyant à une vitesse à lui donner la nausée s'il ne s'évertuait pas à poser des mots dessus, tapant comme un forcené sur le clavier de son ordinateur dès qu'il en avait l'occasion.


S'il n'était pas sûr d'avoir bien saisi tous les tenants et aboutissants de la relation si étrange qui semblait lier Yixing à Jongdae, il en avait suffisamment perçu pour être excessivement intrigué, bien que pas réellement effrayé. Qu'écrire sur ces feuilles blanches qui s'enchaînaient sur son logiciel de traitement de texte, se couvrant de mots qui perdaient tout leur sens au fur et à mesure qu'il les assemblait ? Des phrases éparses qui n'avaient d'autre but que d'exorciser ces étranges réflexions qui envahissaient son cerveau, mais qu'il ne relisait pas, pas encore, de peur de devoir faire des liens qui ne lui conviendraient pas.


Que savait-il exactement ?


Harassé, le rouquin se laissa retomber sur sa chaise à roulettes, partant en diagonale dans sa chambre, se déplaçant aléatoirement dans le cliquetis du plastique de mauvaise qualité de ses roues. Il étala ses jambes en s'arrêtant devant la fenêtre, laissant échapper un soupir à fendre l'âme.


Il se sentait un peu trop seul.


Luhan n'avait répondu à aucun de ses appels depuis le début de la journée, sans l'avoir prévenu au préalable qu'il était indisponible ; et pourtant cela faisait trois fois qu'il annulait ses passages dans l'appartement de son petit-ami.


Et Minseok n'avait absolument pas l'habitude de se sentir seul. La solitude était son amie, sa confidente, une atmosphère qui habituellement le rassurait plus qu'elle ne l'angoissait. Il avait toujours aimé passer du temps seul, un peu en ermite, pour écrire, ou juste s'affaler en étoile de mer sur son lit, fredonnant ses musiques du moment. Ou encore avec une tasse de thé fumant, devant un film, une série, voire même parler par sms à ses amis qu'il préférait souvent sur un écran qu'en face à face, principalement parce qu'il avait neuf fois sur dix une flemme incommensurable de se donner l'air sortable.


Mais voilà qu'il se sentait tourner en rond, comme un animal en cage, ne sachant comment gérer ce sentiment qui lui était tout nouveau. Même durant sa dernière relation, il n'avait pas ressenti de tel trou à la poitrine, et pourtant il se savait amoureux d'Irene. On ne restait pas
trois ans avec une personne dont on n'était pas amoureux.


Il ne savait pas si c'était là une spécificité de Luhan qui contre toute attente aurait réussi à déteindre sur lui (et pas pour ses meilleurs côtés, visiblement), ou tout simplement parce qu'il se sentait plus perdu que jamais.


Perdu, parce qu'il avait beau tourner et retourner le problème dans tous les sens, mettre bout à bout tout ce qu'il savait de Yixing et de l'attitude de Jongdae ces derniers temps, il peinait à créer du sens.


Yixing était selon toute vraisemblance un étudiant qui n'existait pas, dont Minseok n'avait trouvé aucune trace dans aucune liste (parti en Chine ou pas) et que personne ne connaissait, n'avait jamais vu, à part Jongdae lui-même. Et bien sûr, cette étrange scène au BDE. Yixing s'était-il caché derrière les étagères depuis le début de la journée ? Comment avait-il fait pour que personne ne le remarque, et surtout, comment aurait-il pu réussir à se faufiler, à obtenir les clefs de la salle ?


Depuis qu'il l'avait rencontré, il n'avait fait montre d'aucune apparition publique, tandis que celles de Jongdae n'avaient fait que diminuer graduellement en nombre depuis de longs mois. Jusqu'à ne plus sortir du tout, à refuser même que Minseok vienne lui rendre visite alors qu'ils avaient pris cette habitude depuis le lycée de passer deux après-midi par semaine tous les deux. Et la fois où il avait décidé de forcer les défenses de son ami (et sa porte, par la même occasion), ce dernier avait fini par s'en rendre malade d'angoisse, au point de manquer s'évanouir.


Tapotant nerveusement son stylo (qu'il mâchonnait rageusement depuis le début de la journée, sans savoir lui-même pourquoi il avait ce tic, n'ayant aucune feuille sur laquelle écrire à l'encre) sur le bord de la table, Minseok finit par lorgner en direction de son téléphone, hésitant réellement à prendre une décision assez grave.


Les derniers messages de Jongdae ne l'avaient en aucun cas rassuré, pour autant, était-il necéssaire d'en arriver à de telles extrémités ?




* * *




Son coeur tambourinant contre sa cage thoracique, Minseok frappait avec énergie sur la porte de l'appartement de Jongdae, pas vraiment en état de réfléchir correctement, alternant avec de longs coups de sonnette stridents, priant à demi pour avoir une réponse rapide.


Ce fut un Jongdae partiellement échevelé qui lui ouvrit la porte, les yeux encore visiblement gonflés de sommeil et la mine partiellement défaite.


-Min' ? On peut savoir ce qui te prend, de réveiller ton meilleur pote à une heure pareille ?


-Il est treize heures, Jongdae.


L'intéressé eut un instant de flottement avant de pouffer de rire.


-Oh, si tard ? J'ai pas vu le temps passer, désolé... On était, avec Xing...


Et de rougir légèrement.


-Justement, lui lança un Minseok relativement fébrile, il est avec toi, là ?


-Hein ? Non, il est dans la chambre. Pourquoi ? Tu voulais le voir ? s'étonna Jongdae en bâillant.


-Non, bredouilla son ami, vaguement soulagé.


Jongdae haussa un sourcil, commençant à s'éveiller doucement, interloqué par l'attitude de son ami rouquin.


Minseok s'approcha en jetant des regards de côté, comme s'il s'attendait à être suivi, ou espionné. Jongdae n'eût pas le temps de se demander ce qu'il craignait donc à ce point que son ami lui murmura presque à l'oreille :


-Dae... S'il te séquestre, si Yixing te met en danger, tu peux me le dire, tu sais. Je préviendrais quelqu'un.


Il y eut un long moment de silence entre les deux garçons, pendant lequel on aurait pu entendre une mouche voler.


Avant que Jongdae ne s'écroule littéralement au sol, pris par un fou rire tel qu'il dû se retenir au chambranle, se tenant les côtes de l'autre main.


Et cette réaction, Minseok l'attendait bien en dernier, de toutes celles qu'il avait pu s'imaginer.


Pendant que le rouquin était très occupé à être stupéfait et interdit, Jongdae continuait de se rouler sur le sol en riant et en laissant parfois échapper un ou deux mots comme "séquestré, moi", "Yixing, un psychopathe", "mon dieu c'est la meilleure" etc.


Au bout de cinq longues minutes de ce régime, le pauvre Minseok, en désespoir de cause, finit par relever Jongdae en l'attrapant par le col de son T-shirt de pyjama, le plaquer sur la porte, et lui gronder dessus en le regardant droit dans les yeux.


-Soit c'est un langage codé, soit tu te fous clairement de ma gueule, et dans ce cas-là, je ne te lâcherais pas avant de
savoir qui est ce putain de Yixing et qu'est-ce que tu branles derrière mon dos depuis des putains de mois, merde.


Voilà qui semblait relativement clair, si l'on en croyait l'étincelle d'effroi qui passa furtivement dans les yeux de Jongdae, en voyant son ami dans cet état de soudaine colère froide - parfaitement justifiée, il le savait au fond de lui. Retenant avec une détermination digne d'éloge la réplique "si tu veux savoir ce que je branle avec Yixing au sens strict du terme, la réponse est un peu dans la question" qui, fort heureusement pour la santé mentale de Minseok et sa santé physique
à lui, resta coincée dans sa gorge.


Jongdae soupira, des larmes de rires perlant encore malgré lui au coin de ses yeux, et hoquetant une dernière fois, avant d'inviter Minseok à entrer.


-Ok. Je vais tout te dire.




* * *




Chanyeol se dirigeait d'un pas lourd dans les ruelles pavées qui se transformaient en rues bordées d'arbres sur son chemin, s'élargissant au fur et à mesure qu'il s'éloignait de la ville. Il n'avait pas eu la moindre envie de s'enfermer dans le tramway alors que les transports étaient en train de souffrir de l'heure de pointe, et leurs passagers de la sueur et de la chaleur insupportable les uns des autres. L'air frais de la fin d'après-midi lui était agréable sous le ciel pas encore assombri, le silence des grands boulevards débarassés des enfants qui rentraient de l'école était à peine brisé par de rares voitures, et Chanyeol laissait ses pensées vagabonder lentement au fil de sa marche un peu alourdie par l'appréhension qui lui serrait le coeur.


Il n'aimait pas rentrer chez son père, mais il avait oublié ses nouvelles cordes de guitare, la dernière fois qu'il l'avait vu -et qu'il lui avait payé lesdites cordes, sûrement poussé par une vague culpabilité en réalisant une fois de plus qu'il ne connaissait pas d'autre moyen de faire plaisir à son fils.


Chanyeol détestait ces grandes maisons toutes plus blanches que la façade de l'hôpital psychiatrique devant lequel il passait tous les jeudi pour prendre ses cours de solfège, il détestait ces cerisiers qui pourtant donnaient des fleurs magnifiques tous les ans, tapissant les trottoirs de la banlieue d'une couverture rose pâle, et plus que tout, il détestait cette odeur de rosiers et de pelouse coupée, de linge propre et de gâteaux abandonnés par des enfants négligeants sur le bitume fleuri par le printemps. Il détestait tout cela parce que cela le renvoyait à tout ce qu'il avait la sensation de n'avoir jamais eu, jamais construit.


Avoir des sentiments pour un garçon, la belle affaire, surtout si ce garçon ne voulait pas entendre parler d'officialisation, de rendez-vous, de promenade sous ces
foutus cerisiers, de sérénades sous la pleine lune et autres extraits de comédies romantiques d'un mièvre à faire peur à Chanyeol lui-même, pour être complètement honnête. Avoir des sentiments terriblement tenaces et amoureux pour Baekhyun était une véritable gangrène pour son coeur et pour ses rêves, l'amenant à haïr ce quartier dans lequel il avait grandi, mûri et appris, à le haïr non pas parce que ses propres parents l'en avaient dégoûté, mais parce qu'aimer Baekhyun l'avait écarté de tout ce qu'il s'était promis d'obtenir en paiement de cette enfance heurtée, bosselée, discontinue que ses parents lui avaient imposées. Il n'avait pas la sensation de demander la lune, une jolie fille calme pour qui il aurait écrit des ballades douces, avec laquelle il aurait pu s'enfermer dans une bulle pour oublier le bruit de la ville, avoir des rendez-vous simples -prendre la voiture pour aller voir les étoiles filantes en été ou faire des boules de neige dans une prairie en hiver- prendre un appartement à deux et adopter un chien et un poisson rouge, et même une plante verte, soyons fous.


Et voilà que le destin avait placé sur sa route un garçon -qui ressemblait à une fille quand il se maquillait trop ; au moins sa bonne étoile avait-elle fait des efforts sur le
packaging- qui semblait réellement aromantique, qui n'acceptait aucune prise d'initiative de la part du grand jeune homme, et surtout qui plus était, le prenait et le dominait quand ils faisaient l'amour.


On était à des lieues de la maison avec bac à sable et une petite fille avec des couettes dans une paisible banlieue fleurie à laquelle rêvait Chanyeol.


D'autant plus que tout le monde n'est pas Jongdae
.


D'autant plus que tout le monde n'était pas prêt à tout affronter pour le bien de l'officialisation de son apparente homosexualité -ou autre sexualité non hétéronormée.


Chanyeol n'était pas prêt. Chanyeol avait des aspirations simples, basiques, classique et peut-être même légèrement clichées, mais il n'aurait fait de mal à personne à vivre sa petite vie tranquille sans faire de vagues, rentrer dans une petite case confortable et s'y installer pour le restant de ses jours.


Chanyeol n'était pas prêt à se dire homosexuel pour Byun Baekhyun.


Il n'était pas bisexuel, ni pleinement hétérosexuel, il était simplement amoureux d'un homme, un seul homme, cet homme-là.


Soufflant rageusement sur une boucle rousse qui lui chatouillait le nez, Chanyeol bifurqua dans l'allée de son ancienne maison, donnant au passage un coup de pied dans les pétales pourtant parfaitement innocents en petits tas sur le sol de pierre. Le geste déclencha une envolée rosâtre qui fit éternuer le jeune homme, ronchonnant en montant les petites marches de pierre qui menaient à l'entrée de la maison de son père, vaguement désespérante de simplicité banlieusarde.


La poignée tourna dans sa main dans un bruit métallique, étonnant Chanyeol qui l'avait actionnée par réflexe, s'apprêtant en réalité à sonner. De fait, il entra tout de même, appelant son père en faisant résonner sa voix grave dans l'entrée aux murs mauve.


-Papa ? relança-t-il après un instant de flottement, étonné par l'absence totale de réaction -son père serait-il tout simplement parti en oubliant de fermer ?


... Et en oubliant ses clefs par la même occasion, s'il en jugeait par le petit plat dans l'entrée encore rempli, entre autres, des clefs de voiture et du porte-clefs en peluche en forme d'éléphant, cadeau lointain de la mère de Chanyeol. Apparemment, ladite peluche lui avait fait penser aux oreilles décollée de leur fils, et Monsieur Park ne s'était jamais séparé de ce seul présent -preuve d'amour paternel contre toute attente ou vague regret de la séparation d'avec sa femme, Chanyeol ne s'était jamais senti poindre l'envie de lui poser la question.


N'obtenant toujours pas la moindre réponse, il finit par hausser les épaules en se dirigeant d'un pas pressé vers son ancienne chambre pour y chercher ses fameuses cordes de guitare, ayant dans l'intention de repartir aussi vite qu'il était venu, sans s'attarder plus que nécessaire.


Cependant, un bruit sourd lui fit tendre l'oreille alors qu'il passait devant la salle de bains de son père, dont la porte, il le remarqua à l'instant, était étrangement fermée.


Chanyeol eut à peine le temps de hausser un sourcil dubitatif que la porte s'ouvrit avec fracas, juste avant que ne s'impose à lui une vision qui lui fit pousser un cri somme toute assez grave, qui s'apparenta sur le coup à un rugissement horrifié.


-MAMAN ?!


C'était bien elle. Sa mère, complètement nue, sortant de la salle de bains de son père, père qu'il apercevait en train de se sécher dans le coin de la pièce, en l'occurrence figé en plein mouvement.


-Chanyeol ? Mais enfin qu'est-ce que tu fais là ? Comment es-tu rentré ?


-La-la-la p-porte était ouverte et... Bredouilla l'interpellé, et qu'est-ce que
toi tu fous là ?


La lumière se fit dans son esprit alors qu'il réalisa que la réponse était dans la question, et soudain Chanyeol décida qu'il n'avait pas la moindre envie d'entendre un seul mot de plus venant de ses géniteurs.


Des nuits entières qu'il avait passé, blotti sous sa couette en fixant la petite étoile phosphorescente qu'il avait réussi à sauver de la colère de sa mère (
"c'est moi qui lui ai acheté, je les récupère pour sa future chambre dans ma future maison !" ) lors de l'embarquement de ses affaires, soi-disant pour une future chambre dont il n'avait jamais vu la couleur - et ses cartons non plus, restant empaquetés rageusement chez sa mère jusqu'à ce que Chanyeol ne parvienne à se louer un appartement. Des nuits entières qu'il avait passé à parler à sa petite étoile en plastique qui faisait office de doudou - sa mère avait acheté une peluche à son père, mais pas à lui - ; confiant son incompréhension des cris qui résonnaient dans la salle à manger des heures durant. Des après-midi entiers qu'il avait passé sur les bancs de l'accueil de l'école, ses parents étant trop occupés à se hurler dessus (ou à coucher ensemble pour se réconcilier provisoirement) pour décider de qui irait chercher le petit garçon une fois la matinée d'école écoulée.


Des mots par dizaines qu'il n'avait pas dit, encaissant en silence l'indifférence de chacun, sa mère qui oubliait toutes les semaines quelles études faisait son fils et son père apprenant tous les mois qu'il jouait de la guitare une fois par semaine depuis quatre ans. Des mots par centaines qu'il n'avait jamais entendu, des encouragements qu'il n'avait pas reçu, des caresses qu'il avait attendu le soir... Et tout ça pour ça.


Toute cette patience pour que finalement ses parents n'aient jamais cessé de coucher ensemble. Toute cette retenue pour tout recommencer, toute cette compréhension pour des queues de cerises. Toute cette culpabilité d'avoir été l'enfant lien, la cause de leurs rendez-vous réguliers et donc de leurs disputes, pour à terme réaliser que ses parents l'avaient tout simplement toujours ignoré par pur égoïsme.


Le jeune musicien avait cru que c'était eux qui avaient pris sur eux, fait des sacrifices pour essayer de lui conserver un certain bien-être, et la réalité aussi nue que sa mère était bien évidente à présent. Les sacrifices, c'était lui qui les avait fait en se taisant, en se confiant à son étoile en plastique luminescent en lieu et place de parents réellement dignes de ce nom.


-Chanyeol, tu vas où ? tonna la voix de son père alors que son fils attrapait à la volée ses cordes de guitare et rebroussait chemin aussi sec.


-MERDE ! fut la seule réponse qu'il obtint jamais alors que la silhouette de Chanyeol prenait le large avec la ferme intention de laisser son téléphone sonner dans le vide lorsque ses parents appelleraient, pour de longs mois à venir.




* * *




Sehun se retenait de sautiller de nervosité sur son siège alors qu'il observait la salle du planétarium se remplir peu à peu. Et à ses côtés, il sentait la présence de Junmyeon, pas trop tendu mais pas excessivement détendu non plus, qui pliait et repliait le prospectus énonçant les différents actes de l'exposé étoilé qu'ils s'apprêtaient à suivre. Il devait certainement chercher avec désespoir une phrase, même bateau et minuscule, à dire pour lancer un semblant de conversation avec son compagnon, et de même que Sehun, il devait vraisemblablement ne pas trouver ce début de phrase qui aurait levé la petite gêne qui commençait à s'installer.


Sehun avait ce tic de tirer un peu sur les fils de son jean délavé déchiré aux genoux, et Junmyeon se tortillait dans son T-shirt trop grand, d'un pourpre qui faisait ressortir la pâleur de sa peau. Il avait hésité à le porter, se trouvant une vague ressemblance avec un vampire, entre ses cernes grisâtres et sa peau diaphane, mais Sehun l'avait convaincu du contraire, se retenant d'avouer que sa peau pâle appelait tellement aux caresses que c'eût été un crime de ne pas la mettre en valeur.


Finalement, ce fut Junmyeon qui trouva la faible réplique qui attendrit l'atmosphère :


-Dis... C'est la première fois que je viens dans un planétarium. Je ne sais même pas ce qu'on y fait.


Sehun oublia sa gêne pour tourner immédiatement deux yeux ronds comme des billes dans sa direction, ses sourcils arrondis en accent circonflexe dans une expression d'étonnement caricaturale qui manqua faire exploser de rire Junmyeon.


-Jamais comme dans jamais, jamais, ou comme dans "quand même une fois quand j'étais petit avec ma tante et je ne m'en souviens plus très bien" ?


-Jamais, jamais, jamais, rit le jeune homme, oubliant à son tour la nervosité.


Ne sachant quoi lui répondre, pris au dépourvu, Sehun hésita un instant, avant de sourire plus doucement.


-Alors tu sais quoi ?


Il reçut un air perplexe en guise de réponse.


-Vu que c'est ta première fois, viens, on va faire les choses en grand.


Et de le faire se lever, pour aller s'installer sur de nouveaux sièges en plein milieu, miraculeusement sans personne pour occuper les sièges derrière les leurs. Junmyeon dardait des yeux pleins de questions sur Sehun, qui n'eurent leur réponse qu'au moment où ce dernier s'empara de la petite manette sous le siège de Junmyeon, et que son dossier s'abaissa ; oh ! si peu, mais suffisamment pour être quasi-allongé face au grand dôme blanchâtre qui servait de plafond. Sehun espérait très fortement que l'imagination de Junmyeon n'ait pas encore été assez rapide pour lui faire comprendre ce qui les attendait, et sous un coup d'adrénaline, il osa se rapprocher de l'oreille se son compagnon et de chuchoter aux cheveux chocolat :


-Si tu me fais confiance, ferme les yeux, et ne les rouvre que quand je te le dirais.


Il était assez près de Junmyeon pour percevoir le frisson qui dévala son épiderme à la suite de son murmure, et si ce dernier n'avait pas étonnamment obéit immédiatement et fermé les yeux dans un souffle un peu hâché, Sehun aurait détourné les yeux aussitôt, dans un sursaut de pudeur.


Pourtant il laissa ses yeux voguer sur le visage de son compagnon, quasi fasciné. En observant bien, il lui semblait presque reconnaître ce garçon en noir et blanc qu'il avait si souvent essayé de dessiner depuis plusieurs semaines - ou étaient-ce désormais des mois ? - , quelques traits familiers, de légers points communs devenaient de plus en plus évidents, mis en valeur par la blancheur de cette peau d'une douceur à faire fondre, aussi blanche que ses feuilles de papier.


Il l'observa en se perdant dans sa contemplation et dans ses réflexions jusqu'à sursauter lorsque la lumière s'éteignit, rappelant à son bon souvenir qu'il était au planétarium avec ce garçon, à ses côtés, ce garçon dont la douceur dans tous les domaines étaient en train de faire fondre son coeur sans qu'il puisse - ni ne veuille - y faire quoi que ce soit.


Ce garçon, ce Junmyeon, qui s'était insinué dans son inconscient jusqu'à ressortir, éclatant, sur beaucoup de dessins et de croquis du jeune artiste, Junmyeon qui s'était infiltré dans sa tête au point qu'il lui semblait déjà le connaître sur le bout des doigts en deux semaines, en mourant pourtant du désir d'en apprendre toujours plus, Junmyeon dont les grands yeux de chaton lui donnaient envie de sourire en permanence pour les voir pétiller.


"
Merde alors" réalisa Sehun, avant que les lumières des fausses étoiles ne se projettent enfin sur le plafond qui se mua pour une petite heure en un ciel de nuit coloré, en trois dimensions.


Un peu trop estomaqué par ses propres réflexions, il se savait incapable de parler à Junmyeon pour lui intimer d'ouvrir les yeux à l'instant (au risque que sa voix se rapproche de celle d'un centenaire qui a fumé un paquet de cigarette par jour tout au long de sa vie) alors à nouveau, son corps réagit à sa place.


Sa main attrapa sans sommation celle de Junmyeon, comme mû par un instinct très directif.


Il ne vit pas le jeune homme ouvrir délicatement les yeux, pour les arrondir ensuite en distinguant enfin ce pourquoi ils étaient là, plongeant immédiatement son âme dans cette illusion d'espace infini, dans cette bulle nébuleuse pleine de couleurs chatoyantes au milieu du noir profond, émerveillé par ce que son oeil n'avait pu qu'imaginer en regardant le ciel depuis sa fenêtre, rêvant immédiatement de nager au milieu de toutes ces fabuleuses et splendides lucioles chimériques.


En revanche, il sentit la main de Junmyeon se retourner pour entremêler ses doigts aux siens, sans doute poussé par le même instinct étrange, qui ne souffrait aucune question de la part des deux garçons.


Sans un seul regard, les mains s'étreignirent avec force dans la salle sombre, un sourire idiot aux lèvres de l'un, des feux follets dans les grandes prunelles de l'autre.




"
Il a sa main dans la mienne."




"J'ai ma main dans la sienne."




* * *




Si Chanyeol frappait frénétiquement à la porte de Baekhyun ce soir, ce n'était pas pour lui jouer une sérénade, malgré la guitare qui se serait presque plainte d'être malmenée ainsi.


-J'avais pas spécialement prévu de baiser ce soir mais...


Ni pour ça.


-Baekhyun, franchement, j'ai vu un truc qui m'a littéralement coupé l'envie pour une bonne semaine.


Baekhyun resta un peu bêtement dans l'embrasure de la porte, fixant Chanyeol avec une dizaine de questions dans les pupilles. Ce qu'il fichait là ? Sehun était à un rendez-vous galant et Luhan vivait chez Kyungsoo (et nul ne commettait l'affront de débarquer chez Kyungsoo sans une excuse en béton après vingt-deux heures, sauf si ce quelqu'un avait des tendances masochistes - voire suicidaires). Et non, Chanyeol n'avait pas d'autres personnes dont il était plus proche que cela, que Baekhyun, oui, il préférait se taper trente fois la tête contre un mur en brique que de se réfugier chez Jongin ou chez Taemin, et non, il n'aurait pas pu prévenir avant de passer, parce que jamais Baekhyun ne l'aurait autorisé à venir pour autre chose que pour le sexe, conviction de Chanyeol renforcée par l'hésitation qu'il montrait à ouvrir la porte en entier.


Et Chanyeol, qui avait toujours un millier de mots, un million de notes coincés dans la gorge et dans la guitare, se trouva lui aussi un peu bête, pataud, stupide, inconscient, égaré, sans arriver à sortir le moindre son, ne sachant ni par où ni par quoi commencer. Et "
putain, je t'aime, enfoiré de merde" ne lui semblait pas la meilleure entrée en matière qui soit, à première vue.


Il restait là, le coeur battant un peu trop vite pour quelqu'un qui vient seulement de monter les escaliers, laissant sa frustration toute entière passer dans ses prunelles trop expressives et effrayer un peu le petit Baekhyun, qui se balançait de plus en plus sur ses pieds.


-Entre, finit par soupirer l'hôte, s'écartant du chemin de Chanyeol en traînant un peu des pieds.


-Merci, marmonna ce dernier en entrant, la mine basse.


-Qu'est-ce que tu fais avec ta guitare ? T'as pas pu te faire virer de chez toi quand même, si ?


-Non, rétorqua simplement le plus grand, sans rien ajouter de plus.


Sans donner aucune autre explication, il se laissa tomber sur le lit qu'il n'avait pas l'habitude de visiter habillé, et alors que le millier de mots et le million de notes restaient à vagabonder dans son esprit, sans savoir dans quel ordre s'agencer pour sortir de la bouche du grand jeune homme un peu étourdi. Il avait beau savoir exactement pourquoi il était là, il semblait à Chanyeol que son cerveau s'était mis en pause depuis le début de l'après-midi. La présence du petit brun toujours affreusement mignon et plein de morgue le perturbait au plus haut point, sapant toutes les initiatives de son adrénaline pour tenter de lui faire prononcer le moindre mot qui soit enfin un tant soit peu honnête envers lui.


-Alors qu'est-ce que tu fais là ? le pressa son hôte, rendu fébrile par le silence prolongé et lourd de sous-entendus qu'il réfutait avec la dernière énergie.


Chanyeol prit une grande inspiration.


-Je n'avais pas envie d'être tout seul ce soir.


Le silence qui s'ensuivit aurait pu être celui qui attend la chute et l'explosion d'un champignon atomique tant l'atmosphère s'était alourdie, juste avec le regard de Baekhyun et le frisson mi-apeuré, mi-excité qui brûla l'échine de Chanyeol au même moment.


-Yeol, je ne suis pas une dame de compagnie. T'es chez moi, et t'as un chez toi. T'as même des potes.


L'interpellé ne réagit pas, laissant l'orgueil se répandre dans son propre regard, trouvant enfin la force de répondre à celui de Baekhyun, qui s'il eut l'air de chanceler, ne se démonta pas.


Pas encore
.


-Tu m'aurais laissé à la rue si je m'étais fait virer ?


-T'es pas à la rue, ça n'a rien à voir.


-Tu réponds pas à ma question.


-Toi non plus, qu'est-ce que tu fous là ?


Et puis ce fut celle-ci, la joute verbale de trop.


-Ce que je fous là ? Je vais te le dire. Je suis là parce que tu m'emmerdes, Byun, je suis là parce que t'es une épine dans mon putain de pied et une pierre dans mon putain de jardin, je suis là parce que j'avais envie de compagnie et j'espérait à moitié que tu acceptes de passer une minute de ton précieux temps à mes côtés, et à moitié que tu me fasses passer l'envie de compagnie comme celle de coucher avec toi s'est envolée !


Les bras de Baekhyun, qui s'étaient croisés pour résister à la fougue nouvelle de Chanyeol, en tombèrent de chaque côté de son buste sous le coup de la stupeur.


-Je suis là parce que tu me fais chier, parce que j'en ai marre d'être un objet, un vide-couilles, un rien du tout, un truc encore plus honteux qu'un plan cul depuis qu'on s'est engueulés au BDE ! Je suis là parce que j'en ai marre de tes grands airs, Byun Baekhyun !


Il en avait marre, oui, marre des amants qui refusent de se dire je t'aime selon une convention moderne préétablie comme quoi le romantisme et la douceur c'était dépassé. Chanyeol en avait marre qu'on étouffe ses rêves et ses envies dans l'oeuf, il en avait marre d'avoir le coeur gonflé de patience et de taire son millier de mots et son million de notes. Il n'en pouvait plus de se confier à son étoile luminescente, il n'en pouvait plus d'essayer par tous les moyens de s'échapper de la situation inextricable dans laquelle étaient englués ses imbéciles orgueilleux de parents ; cette situation, il avait beau tout faire pour la fuir, l'anihiler, rechercher tout et n'importe quoi pourvu qu'il ne reproduise jamais le schéma absurde d'une vie de couple qui était un non-sens, il l'avait fait.


Il était avec Baekhyun l'exact reflet de ce que lui avaient inconsciemment appris ses parents.


-Je vais te dire une chose,
madame l'impératrice.


Baekhyun se recroquevilla un peu lorsque Chanyeol se leva, le dominant de toute sa hauteur comme il le faisait rarement.


-T'as jamais été foutu d'être cohérent dans ton attitude et tes grands discours, tu ne veux jamais de moi mais tu veux
toujours de moi, Baekhyun, mais tu veux quoi de moi, justement ? Précisément ? T'avais juste besoin de te venger sur ma pomme d'une connerie que j'ai eu le malheur de dire il y a trois ans parce que j'étais bourré ? Tu peux même pas t'autoriser un semblant d'affection pour moi parce que t'es pétri d'orgueil, mariné dans ton mépris pour moi alors que je t'ai jamais voulu de mal. Alors toi, tu frappes à ma porte pour venir chier chez moi, et tu reviens pas alors qu'un gros dégueulasse t'a tripoté en pleine rue en sortant de mon appart' ? C'est quoi, exactement, ton sens des priorités ? T'as envie de me voir alors tu fais les yeux doux pour des trucs sans aucune importance, du type le café gratuit du BDE ou ça, ou le sexe, me prendre c'est pas important pour toi, je sais, merci. Mais t'as peur d'avoir envie de me voir, alors dès que tu penses être en position de faiblesse tu sors les griffes et tu me chasses. Tu crois que j'ai pas compris ?


Chanyeol serra les poings en sentant que ses bras commençaient à trembler. Un millier de mots et un million de notes, c'était une rude cascade et la pression était énorme.


-Tu crois que j'ai pas compris que t'as honte de ce que t'es et que c'est pour ça que t'essaies de te racheter une supériorité en essayant de détruire, de soumettre un type parfaitement représentatif de ce dont tu t'imagines être encore la victime maintenant ? J'espère que t'es content mon vieux, t'as gagné, je suis là, devant toi, et je te hurles dessus que t'es qu'un putain de connard parce que j'ai la rage, le mord aux dents, tout ce que tu voudras, et tu sais pourquoi j'ai autant de colère à te balancer à la tronche ?


Bien évidemment, Baekhyun n'osa pas aller à l'encontre de la rhétorique, même à la gloire de l'ironie. Il garda le silence, incapable de penser à la moindre réponse cohérente de toute façon, fixant avec effroi un Chanyeol effectivement bouillant de colère lui exploser tout son charisme à la figure, déversant un millier de mot dont il avait encore du mal à saisir le sens consciemment.


-Parce que même si t'es égoïste, râleur, dominateur, même si on n'a jamais été que sexfriends, même si t'es colérique, agaçant, méprisant, même s'il y a peu de chances que tu aies conscience de ressentir la même chose que moi, parce que
je sais que tu le ressens malgré tout ce que tu veux bien essayer de montrer, même si t'es puérile, nerveux, trouillard, putain Baekhyun, je t'aime, enfoiré de merde. T'as gagné, t'entends ? Je t'aime, je suis amoureux de toi.


Dire que Baekhyun était en état de choc aurait été l'euphémisme de la soirée. Chanyeol se détendit un peu, laissant ses épaules s'affaisser sous le poids de deux mots qui pesaient plus que des dizaines de milliers, calmant la tonalité de sa voix en essayant de la rendre moins agressive, soudain beaucoup plus lassé qu'enragé.


-Je t'aime, Byun Baekhyun, je suis tombé amoureux de l'homme que tu es, pas de la fille que j'ai cru voir un soir, bourré, il y a trois ans. Je pensais aimer les nanas, être hétéro et rentrer dans les petites cases comme tout le monde, mais avec toi j'ai l'impression d'avoir une case aux bords fuyants pour moi tout seul. Au début c'était flippant mais maintenant c'est rentrer à nouveau dans les normes qui me fait peur. Je suis désolé, Baek, désolé de n'être qu'un misérable être humain qui n'a pas réussi à ne pas tomber amoureux de toi, je sais, t'as tout fait pour, je devais juste me soumettre et la fermer, mais t'as jamais entendu que l'amour donne des ailes ? On dirait que c'est vrai, d'ailleurs si t'interromps pas mon flot de conneries je vais continuer, continuer de t'exposer en long, en large et en travers, que merde, je t'aime pauvre con, je t'aime comme un dingue. Et je sais que toi aussi, tu es amoureux de moi.


Ce fut ce mot-là, le mot de trop.


Baekhyun laissa échapper un couinement aigü, secoué par un sanglot sans larmes, ramenant sans avoir l'air d'y croire lui-même ses bras devant son buste comme pour se protéger du millier de mots de Chanyeol.


La bouche du petit étudiant aux cheveux chocolat noir était ouverte sur une respiration difficile, des mots qu'il perdait au profit du flot de ceux de Chanyeol, qui coulaient et coulaient sans même avoir l'air d'avoir un but quelconque autre que sortir, s'échapper et s'envoler.


Et que dire, que répondre au peu qu'il avait réussi à comprendre de la hargne fougueuse de son vis-à-vis ? Bien évidemment qu'il avait raison sur toute la ligne.


Bien évidemment que Baekhyun était un connard. C'était pour cela qu'il ne fallait pas tomber amoureux de lui, il ne fallait surtout pas croire que l'on l'était, parce que c'était impossible, personne ne l'avait jamais vraiment fait, n'est-ce pas ? Pourquoi lui, pourquoi maintenant, cela n'avait aucun sens. Ou alors tout cela était-il faux ? Et si Baekhyun y croyait encore, il finirait par se révéler à nouveau une jolie mascarade, masque éphémère et provisoire que Chanyeol aurait enfilé uniquement pour gagner le combat des egos, ayant vu clair dans le jeu auquel ils avaient joué dangereusement. Peut-être tout cela n'était-il qu'un coup de poker ?


Tout à ses fabulations vertigineuses, Baekhyun n'avait même pas entendu Chanyeol sortir sa guitare de son étui.




* * *




What would I do without your smart mouth ?
Drawing me in and you kicking me out
You got my head spinning, no kidding, I can’t pin you down
What’s going on in that beautiful mind ?
I’m on your magical mystery ride
And I’m so dizzy, don’t know what hit me, but I’ll be alright




La main de Sehun n'avait pas quitté celle de Junmyeon depuis la sortie du planétarium, et pas un mot n'avait quitté leurs bouches depuis la même durée. Une tension douce et un peu féérique s'était installée entre les deux jeunes hommes, chacun fixant le sol de son côté, un sourire discret au coin des lèvres, chacun se laissant bercer par l'air de musique classique et le voyage à travers d'imaginaires galaxies vécu précédemment.


La nuit, la vraie, était tombée depuis déjà bien longtemps alors qu'ils marchaient sans avoir l'idée de se plaindre d'avoir raté le dernier bus, trop enchantés encore par la magie de cette étrange bulle qui s'était tissée et renforcée d'étoiles entre eux.


Peu à peu, Sehun commençait à reconnaître les rues plus larges et les immeubles plus lisses du quartier chic de Junmyeon, et d'instinct, ses doigts se serrèrent imperceptiblement autour de la petite main, pleine de chaleur entre ses doigts longs et fins. Le moment fatidique approchait, ce moment où il lui faudrait la lâcher, cette petite main qui se perdait dans son immense paume, et Sehun se sentit paniquer.


Non qu'il ait spécialement de raison d'avoir peur de passer la nuit seul, c'était juste que quitter Junmyeon lui devenait de plus en plus difficile au fur et à mesure qu'il allait et venait entre chez lui et la résidence grand standing aux grandes portes vitrées. Une sensation étrange lui étreignait l'estomac, comme si sa place n'était pas là où il n'y avait plus Junmyeon. Comme si lorsqu'il allait retourner le voir, il le retrouverait allongé dans son propre sang, à nouveau couvert de plaies et le regard vide et grisâtre, la voix pleine de larmes et le corps incapable de remuer.


Et après ce soir, Sehun avait peur. Il n'était jamais totalement parvenu à s'effacer de l'esprit cette première fois qu'il avait pénétré l'appartement de Junmyeon, comme le sang ne s'est jamais nettoyé de la clef de Barbe-Bleue. Comme une marque à vie.




My head’s under water
But I’m breathing fine
You’re crazy and I’m out of my mind




Un stress irraisonné lui compressait désagréablement la poitrine quand ils s'arrêtèrent enfin devant la grande porte vitrée, devant le hall encore fermé que Junmyeon devrait bientôt traverser. Les yeux pleins d'une joie innocente qu'ils n'avaient pas connu depuis longtemps, ce dernier se tourna vers son compagnon, sans que leurs mains ne se délient, et lui offrit un sourire timide, difficilement visible dans la semi-pénombre orangée de la ville, mais bien présent sur les lèvres rosées et pulpeuses, irradiant plus que n'importe quelle supernova dont ils avaient pu entendre parler - en cet instant, Sehun en était sûr et certain.


-Merci de m'avoir emmené là-bas.


Sehun se trouva bête de réfléchir à une réponse alors qu'il lui aurait suffit de sourire en retour, tout simplement, mais il était apparemment victime d'une éclipse cérébrale, victime du sourire de Junmyeon.


"
Arrête de sourire comme ça, je suis en train de tomber amoureux, et j'aime pas ça."


Il n'aimait pas ça parce que tout allait trop vite, tout coïncindait encore trop avec sa véritable rupture avec le souvenir de Luhan, Junmyeon était beaucoup trop gentil, innocent, avec ce petit quelque chose de princier qui donnait à Sehun la furieuse impression qu'il se devait de le protéger envers et contre tout, contre le monde tout entier, quoi qu'il lui en coûte.


C'était trop tôt, Junmyeon avait tenté de mettre fin à ses jours il n'y avait pas un mois, même s'il n'avait jamais semblé indifférent à Sehun avant cela, maintenant qu'il y réfléchissait sérieusement. C'était trop rapide, ils n'avaient jamais eu qu'un seul rendez-vous, c'était instable, dément, trop étrange et un peu effrayant ; et malgré toutes les excuses et les freins que Sehun put se trouver, il n'y avait hélas aucun moyen de l'empêcher de se pencher doucement, avec une lenteur qui l'aurait presque fait paraître immobile, mais sûrement, vers les lèvres, encore dans le croissant de lune de leur sourire, de Junmyeon.


La peau était soyeuse et satinée sous la sienne. La main se crispa dans la sienne sans pour autant la lâcher, la bouche se mit à trembler sous le stress soudain, dû à la surprise, contre celle de Sehun, qui prenait son temps en caresses chastes en essayant de se montrer le plus tendre possible.


Il lui fallut attendre quelques longues secondes avant de sentir une pression à son tour, signifiant que Junmyeon acceptait de l'embrasser, qu'il acceptait ses attentions et ses débuts de sentiments maladroits et mal amenés, gauches et pourtant sincères. Sehun embrassa alors le président du BDE sous les étoiles, rendues invisibles à cause de la lumière dorée trop vive des lampadaires, aposant sur sa nuque du pouce les mêmes caresses qu'il prodiguait à ses lèvres.


Le baiser ne s'arrêta que quand Sehun sentit une goutte salée s'insinuer dans le goût sucré de la bouche de Junmyeon.


Ce fut à son tour de serrer la main un peu plus fort, cessant le baiser pour poser leurs fronts l'un contre l'autre, et ramenant sa main libre dans le dos de son compagnon, câlinant timidement le jeune homme en essayant de se montrer rassurant.


-Ne pleure plus, murmura le jeune artiste, intrigué par ses larmes qui n'avaient pas lieu d'être, à moins que Junmyeon ne soit réellement un grand sensible - ce qui, selon Sehun, n'aurait rien enlevé à ses charmes, mais il pressentait qu'il y avait encore dans le coeur du plus petit bien plus à gratter que ce qu'il avait pu percevoir.


Il vit Junmyeon ouvrir les yeux pour les plonger dans les siens, sans dire un mot, ses iris café noir parlant sans qu'il ait besoin de le faire. Il y avait de la tendresse dans ce regard, une affection profonde, ainsi qu'un certain effroi, glacé et implacable, que Sehun ne supposait pas nécessaire d'expliquer ce soir.


Ce n'était pas le moment. C'était un soir à passer dans les rêves et les étoiles, à s'imaginer nager dans la voie lactée avec des nébuleuses irisées au fond des pupilles, un peu comme ils l'avaient commencée. C'était un doux soir d'été, qui ne se prêtait pas aux larmes des souvenirs.


Alors, sans avoir besoin de se dire un mot, les deux garçons se lâchèrent la main, s'écartèrent l'un de l'autre, après que Junmyeon ait toutefois timidement planté un baiser sur la bouche de Sehun, aggripant sa nuque en se perchant sur la pointe de ses bottines noires.


C'est le coeur battant à tout rompre que Sehun sortit à la va-vite son téléphone portable, voulant à tout prix écrire et terminer son message avant que Junmyeon ne monte les escaliers de sa résidence - voulant également lui voler un dernier sourire, être sûr qu'il s'endormirait avec les pensées assez douces pour avoir envie de se réveiller et de le rejoindre, s'assurer que les étoiles étaient toujours dans ses yeux et que le même feu d'artifice avait explosé dans sa poitrine.




"Pour si jamais tu as du mal à t'endormir,
ou à te réveiller demain matin,
C'était réel, Jun.
Notre baiser était réel.
Dors bien
."




Les larmes brillaient encore dans les yeux du petit jeune homme flottant dans son T-shirt pourpre trop grand, mais il plissa tellement les paupières dans le sourire qu'il envoya à Sehun que sa tristesse passagère ne se voyait même plus lorsqu'il tourna les talons.

Le jeune artiste observa la silhouette disparaître avec la sensation que son coeur bondissait littéralement hors de sa poitrine.

"Merde alors."




Cause all of me
Loves all of you
Love your curves and all your edges
All your perfect imperfections
Give your all to me
I’ll give my all to you
You’re my end and my beginning
Even when I lose I’m winning
‘Cause I give you all of me
And you give me all of you




* * *




How many times do I have to tell you ?
Even when you’re crying you’re beautiful too
The world is beating you down, I’m around through every mood
You’re my downfall, you’re my muse
My worst distraction, my rhythm and blues
I can’t stop singing, it’s ringing, in my head for you






Chanyeol continuait de chanter et Baekhyun finit par ne plus le supporter du tout. Il se jeta alors sur lui, sans doute en espérant lui arracher sa guitare des mains, à défaut d'y parvenir, le rouant de coups qui auraient pu être douloureux s'ils avaient été portés avec plus de conviction, de la part de quelqu'un qui ne hoquetait pas entre les larmes et les insultes.


Baekhyun était percé à jour, comment pouvait-il lutter désormais ? Avec quelles armes ? Ses poings ne lui servaient même plus à rien alors que son coeur était en miettes, piétiné et révélé au grand jour, révélé à lui-même en premier lieu, d'ailleurs, qui n'avait rien voulu voir de tout cela depuis de longs moins.


Chanyeol céda cependant, posa sa guitare sur le sol et acceptant les coups de poings de Baekhyun, qui gagna un peu en force et en rage lorsqu'il s'aperçut qu'il avait le champ libre, avant de commettre l'erreur de regarder son adversaire dans les yeux. Une faiblesse monstre l'envahit aussitôt, incapable désormais de lui infliger le moindre coup, comme rongé par un sentiment qu'il détesta immédiatement, qu'il identifia comme de la culpabilité. Une culpabilité immense, poignante, et lourde, bien trop lourde à supporter, le poussant à s'affaler contre le torse de Chanyeol, sanglotant pour de bon, bredouillant toujours des insultes entre les couinements de détresse.




My head’s under water
But I’m breathing fine
You’re crazy and I’m out of my mind



Et Chanyeol referma ses bras autour de Baekhyun, sans avoir aucune idée de quoi faire d'autre, mais en ayant l'étrange sensation de prendre la bonne décision même alors qu'il nageait en plein inconnu. Il s'était attendu à ce Baekhyun fasse une crise d'hystérie, qu'il lui hurle dessus, qu'il lui lance des objets coupants dessus, qu'il appelle la police pour le faire partir même, mais à une crise de larmes, jamais un seul instant.


Pourtant c'est bien ce qui arriva, c'est bien ce que Baekhyun fit pendant la majeure partie de la nuit, ruinant son maquillage noir et tachant la chemise de Chanyeol, frappant encore parfois faiblement contre son torse, grognant toujours des vulgarités, défouloire dérisoire.


Sans changer de position, Chanyeol tint bon toute la nuit, s'autorisant simplement à basculer sur le lit, à l'horizontale, pour fermer les yeux en enfouissant enfin le nez dans les cheveux à la fragrance fruits rouges du shampooing de Baekhyun. Mais à aucun moment il ne desserra son étreinte, et pour la toute première fois, il sembla que Baekhyun ne souhaite à aucun moment s'en dégager.




Cause all of me
Loves all of you
Love your curves and all your edges
All your perfect imperfections
Give your all to me
I’ll give my all to you
You’re my end and my beginning
Even when I lose I’m winning
‘Cause I give you all of me
And you give me all, all of you




* * *




-C'est tout, Minseok. C'est difficile à avaler, et je n'ai plus aucune preuve, alors tu n'es pas obligé de me croire, mais... Tu voulais la vérité.


Jongdae sentait la boule dans son ventre grandir et grandir alors que Minseok fixait le vide derrière lui, l'ayant écouté pendant une bonne heure sans jamais l'interrompre.


-C'est pour ça que ton entorse a guérit ?


-Oui.


-Que Luhan a vu apparaître un type de nulle part au bar qui a évité que tu te casses un verre dessus ?


-Aussi.


-Et ça explique le type mystérieux du BDE ?


-C'est Yixing qui est redevenu tel qu'il devait être, confirma Jongdae, toujours plus anxieux.


Minseok soupira.


-Et ça explique pourquoi il y a ce petit quelque chose dans vos yeux quand vous échangez un regard. Un petit quelque chose que j'avais capté cette fois, au BDE, et que je ne pense pas arriver un jour à retraduire avec des mots, dans le livre que j'écris.


Jongdae haussa un sourcil, étonné par la tournure que prenait leur discussion.


Minseok étouffa un rire un peu nerveux.


-J'écris une histoire d'amour entre un être humain et son ange gardien. Le BDE m'en avait donné l'idée.


La mâchoire de Jongdae manqua s'écraser au sol alors que Minseok soufflait dans sa tasse, s'amusant à faire des bulles dans son thé.


-Sans aller jusqu'à dire que je te crois totalement, je suppose qu'il y a quelque chose dans tout ça qui dépasse notre simple rationalité... J'ai vérifié, y'a pas moyen de faire des trucages au BDE.


Jongdae se gratta les bras, mal à l'aise.


-Au moins tu m'as parlé, marmonna Minseok avec un sourire mi-amusé, mi-apeuré.


-Min...


-Je suppose que dans une moindre mesure, c'est vrai. Il y a quelque chose de crédible, va savoir quoi, dans le fait que tu sois un tel boulet que tu arrives à tomber amoureux d'un fantôme après lui avoir détruit son boulot, vu que ton cas est désespéré en terme de karma.


Malgré le surréalisme de la situation, Jongdae ne put s'empêcher de lui lancer un coussin sur la figure. Dans une explosion de rire, Yixing finit par sortir la tête de derrière le canapé pour la poser sur l'épaule de Jongdae, fixant Minseok avec une curiosité non dissimulée.



Cards on the table, we’re both showing hearts
Risking it all, though it’s hard


Cause all of me
Loves all of you

[ ... ]











Commentaire de l'auteur Voilà. On dénoue quand même pas mal de choses... Si vous avez un avis à donner, des choses à dire, envie de dire que c'était bien, ou pas bien, je suis à ma 3g pour vous lire, dans l'espoir de ne pas vous avoir déçus avec cette suite qui se sera bien fait attendre.

Je vous demande pardon d'être aussi peu réglementaire sur les réponses aux commentaires... Encore une fois, la période a été trop compliquée pour que je trouve le courage de répondre sans avoir avancé d'un pouce sur le chapitre... C'est nul, je sais. Si néanmoins ça ne vous a pas coupé l'envie, ce sera la larme de joie à l'oeil que je lirais vos éventuels retours x3

XOXO, Ako ! X3333333
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