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Victor Sierra : financement participatif pour leur 5ème album
 par   - 186 lectures  - Aucun commentaire

Victor Sierra est un groupe français de musique steampunk.

Jje les suis depuis plusieurs années et nous sommes devenu amis.
Ils lancent un financement participatif pour leur cinquième album sur indiegogo :
Victor Sierra's 5th album

Ils chantent dans plusieurs langues : français, anglais, un peu d'espagnol et de yiddish dans certains titres.

Vous pouvez écouter des morceaux et voir des vidéos sur leur sites https://victorsierra.net/ ainsi que sur youtube, itunes, spotify...

 

Problème d'alimentation
 par   - 116 lectures  - Aucun commentaire

Bonjour à toutes et à tous.

Désolé pour les interruptions réccurentes. Il y a un gros problème avec l'alimentation des serveurs. L'onduleur à laché.
Je les ai momentanément branché directement, mais ça eut dire qu'en cas de coupure de courant il faudra attendre que celui-ci revienne.

 


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La ligue des mangoustes recherche de nouveaux héros
 par   - 1723 lectures  - 1 commentaire [30 mai 2020 à 12:42:02]

Fan de manga et/ou de comics et écrivain dans l'âme, cette annonce s'adresse à vous !


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EXO

Les Malheurs de Jongdae
[Histoire En hiatus]
Auteur: Ako-Cissnei Vue: 17066
[Publiée le: 2015-03-17]    [Mise à Jour: 2016-04-03]
G  Signaler Romance/Humour/Drame/Yaoi (HxH)/Surnaturel/Amitié/Lemon Commentaires : 103
Description:
Jongdae est (très) malchanceux et maladroit. Sa bonne étoile semble s'assurer qu'il passe son temps à se blesser et à se rendre ridicule, quand un être étrange apparaît dans sa vie : Lay. Le jeune homme, invisible pour les autres semble avoir le pouvoir de protéger Jongdae et sème au passage le trouble dans sa vie et dans son cœur.

De l'autre côté, ses deux meilleurs amis, Luhan et Minseok, ont bien besoin d'un entremetteur.

Baekhyun est un handicapé des sentiments, ce qui n'arrange pas les affaires de Chanyeol, déjà bien compliquées.

Junmyeon tombe peu à peu dans une profonde dépression, tandis que Sehun vient tout juste de vaincre la sienne.

Et les fantômes, métaphoriques, d'entre les morts ou du passé, finissent toujours par se voir.

Yaoi Principaux -> ChenLay ; XiuHan ; HunHo ; ChanBaek
Secondaires -> KrisBer (Wu YiFan / Liu Amber)

Présence de surnaturel mais ce n'est pas le ressort principal de l'histoire. (plus psychologique qu'authentiquement fantastique)
Contient limes / lemons mais ce n'est pas le ressort principal de l'histoire.
Crédits:
L'histoire et l'humour foireux sont (hélas) miens. Les membres des Exos, ainsi qu'Amber et Henry, et autres artistes cités dans cette fanfiction ne sont (hélas) pas miens.

La couverture a été réalisée par Asticoo, que je remercie chapeau bas. ♥
Les illustrations des chapitres sont réalisés par moi, avec des images trouvées sur google et un peu retouchées.

Les traductions et transcriptions des paroles des chansons qui apparaissent viennent du site Nautiljon.
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L'injuste ivresse du café

[13830 mots]
Publié le: 2015-12-14
Mis à Jour: 2015-12-14
Format imprimable  
Taille du Texte: (+) : (-)
Commentaire de l'auteur WHAT'S UUUUUUUUUUUUP ??????? ♥♥♥♥♥♥♥
Oui, je suis ENCORE PLUS en retard que pour le post du chapitre 12.

Mais j'ai répondu aux commentaires et c'est le chapitre le plus que j'ai jamais posté, suis-je pardonnée ? TTT
D'autant que j'ai une bonne nouvelle, si vous me suivez toujours et que vous n'avez pas reçu le mail en mode "wtf c'est quoi cette fic jme souviens plus uesh". Je vous la dirais dans le commentaire d'auteur en bas.

Vous avez été nombreux, NOMBREUX à me faire part de tout plein d'amour pour Junmyeon. Je me suis sentie sadique, ouin. J'espère que vous n'aurez pas trop envie de me taper dessus...
Et d'une manière générale, vous avez été incroyablement nombreux à commenter cette fic et omg je vous suis tellement reconnaissante que j'aimerais faire un câlin à chacun d'entre vous. Malheureusement ça coûte cher en voyage, surtout si on prend la SNCF. Mais ça ne m'empêche pas de vous aimer très fort, comme toujours certains commentaires me tirent les larmes, jsuis trop sensible snif, d'autres me font hurler de rire et d'autres encore me donnent des idées pour continuer d'avancer sur cette fiction. Merci à vous d'être aussi présent sur ce projet, j'vous adore et encore pardon pour l'attente qui se rallonge de plus en plus, vraiment mille pardons...

(note : je n'ai pas encore répondu aux commentaires de Cherry Merry (jtm tu me tues bordel♥) Inheritance et Shanelle (keur mes chatons), et j'crois que Marie aka Seangmin aussi. Ce sera fait sans faute après la parution, mais j'étais surexcitée et je voulais poster snif. Je vous aime fort ♥)

sur ce et sans plus tarder, je vous souhaite une excellente lecture ♥

WARNINGS : Lemon en début de chap.

@AkoTianCissnei sur twitter ♥

Cliquez sur l'image pour l'agrandir


Minseok souffla bruyamment en s'étirant devant son écran d'ordinateur, ayant achevé une bonne dizaine de pages dans l'après-midi. Cependant, il ne parvint même pas à esquisser un sourire satisfait, et ce n'était pas parce que son propre travail ne lui convenait pas.


Jetant un coup d’œil neutre par la fenêtre, puis à son téléphone dont le voyant ne clignotait pas, Minseok sentit son cœur se serrer inexplicablement.


Après réflexion, et à vrai dire, c'était tout à fait explicable, mais le jeune homme se sentait un peu idiot de ressentir cet étrange pincement pour une raison aussi simple : Luhan ne lui avait pas donné de nouvelles, pour la deuxième fois alors qu'ils devaient passer quelques heures ensemble. Tant qu'il était plongé dans son histoire à coucher sur le papier -ou plutôt sur son écran d'ordinateur-, il n'y pensait pas, mais à présent qu'il constatait que l'après-midi se fondait dans le soir, il réalisait doucement qu'il ne verrait sans doute pas son petit ami avant le lendemain.


Et, bêtement, Minseok n'osait pas contacter Luhan. Il ne savait pas comment réclamer une présence auprès de lui de cette façon... Il ne savait pas comment faire comprendre à l'autre qu'il se sentait oublié, délaissé, triste de son absence. Il savait comment exprimer sa frustration, son agacement lorsqu'il se sentait dans son bon droit, comme lorsqu'il avait senti que le jeune chinois l'évitait, avant de lui avouer indirectement ses sentiments. Il savait comment amener les sujets qui fâchent lorsqu'il était face à un ami qui hésitait à la confidence.


Mais pour formuler une demande d'affection et de présence gratuite, il se sentait soudainement démuni. La portée de l'acte n'était pas la même que dans les cas de figure qu'il avait rencontré, et en réalité, Minseok se sentait surtout étrangement perturbé de souhaiter la compagnie de ses semblables alors qu'il était seul. Habituellement, il prenait soin de ses moments de solitudes journaliers parfois au détriment de son temps passé en bonne compagnie.


Cela dit, en fait de semblable, il s'agissait aussi du statut particulier que Luhan occupait dans son cœur, qu'il avait du mal à gérer.


Il avait du mal à gérer et à admettre qu'il commençait à avoir besoin de lui plus qu'il n'avait jamais eu besoin de personne d'autre avant lui.



* * *



-Jong... Jongdae ?


L'interpellé ferma les yeux à s'en faire mal aux paupières en entendant Yixing l'appeler depuis la salle de bain. Sa voix timide appelant son prénom couplée aux images que lui évoquaient les concepts de «Yixing» et «salle de bain» mêlés le faisaient frissonner beaucoup trop explicitement, et Jongdae commençait à craindre pour son propre self-control s'il entrait effectivement dans la pièce d'eau.


Il avait fini par réaliser que son pauvre amant, redevenu humain comme lui, allait forcément finir par se sentir mal à l'aise dans son nouveau corps s'il le laissait sans prendre la moindre douche pendant encore deux jours. Mais, et cela, il aurait dû s'y attendre, lorsqu'il en avait touché un mot à son innocent... petit-ami, ce dernier avait ouvert de grands yeux ronds pour répondre, comme apeuré : « Mais je... Je ne sais pas comment faire...» .


Or, Jongdae savait avec certitude que s'il se devait de jouer les infirmiers à un tel stade, à savoir apprendre à Yixing à se laver, il serait rigoureusement incapable de retenir son désir pour lui, qui ne faisait que monter en puissance depuis qu'il lui avait prouvé son amour pour la première fois.


Et il avait beau savoir que le délicat jeune homme l'aimait aussi, et partageait son désir plus que de raison, il était terrifié à l'idée de précipiter les choses. Il était terriblement inquiet que la perception toute nouvelle de ses sens oubliés ne donnent à Yixing plus de douleur que d'amour, plus d'images de mauvais augure que de volonté de caresses. Il voulait offrir à celui qu'il aimait une première fois qu'il n'avait jamais eue... Et se rendre dans la salle de bains alors que ce dernier était déjà nu et mouillé -s'il en croyait le bruit de l'eau qui coulait- équivalait à une séance de torture de haut niveau pour sa volonté pourtant sincère de préserver encore un peu Yixing.


-Oui ? répondit-il pourtant, appréhendant grandement la future demande.


-Tu... Tu as dit que je devais faire quoi avec le savon ?


« Et merde. »


Ne se voyant décemment pas lui expliquer « tu te frottes avec, bien partout » en mugissant derrière le mur sans devoir enfiler un pantalon plus confortable (ou finir par pleurer d'un rire nerveux), Jongdae choisit la prise de risques. Il se jeta à l'eau, pour ainsi dire, et entra dans la salle de bain en baissant résolument les yeux.


-Xing...


Dieu merci, la paroi en plexiglas n'était pas totalement transparente, et une large bande translucide masquait le corps nu de l'innocent jeune homme.


Pour autant Jongdae percevait encore beaucoup trop bien à son goût sa silhouette et ses formes, qu'il avait déjà pressées contre les siennes, et sentit ses joues commencer à le brûler significativement.


Repoussant avec une force morale digne d'éloges le « attends-moi, je viens t'aider » qui menaçait furieusement de passer ses lèvres, Jongdae souffla longuement afin de tenter de se calmer et articula lentement :


-Passe-le toi sur la peau, et frotte jusqu'à ce que ça mousse. N'hésite pas à...


« Misère. »


-... N'hésite pas à passer partout, c'est le but. Fais attention à ne pas en mettre dans tes yeux... Et... Une fois que ça a moussé, tu peux rincer.


« Nom d'un chien, il arrive tout droit de quelle époque, pour que je doive lui expliquer tout ça ? »


Trop occupé par la suite à maudire des dizaines de saints inventés de toutes pièces et des dieux auxquels il ne croyait pas et à insulter copieusement sa bonne fichue étoile, Jongdae n'entendit pas l'eau s'arrêter ni Yixing fourrager quelques instants dans la douche. Il était même encore trop occupé à dialoguer avec lui-même et à tenter de canaliser ses pulsions qui faisaient battre son sang en continu pour entendre son amant se rincer, couper l'eau une nouvelle fois, et se battre un instant avec la porte de la douche pour en sortir.


Il sursauta donc quand une main humide se posa sur son bras avec un cri qu'il s'estimerait plus tard heureux qu'aucun de ses meilleurs amis n'aient entendu, au risque de subir d'éternelles et persistantes moqueries au sujet de sa virilité naturelle.


-YIXING !


Et de se plaquer une main tremblante sur les yeux, sans pour autant être capable d'effacer la vision des gouttelettes ruisselantes sur la peau de porcelaine, les lèvres aussi rouges et tentantes qu'un fruit interdit et les cheveux en bataille, les cuisses lisses, le bassin...


« Achevez-moi, par pitié. »


Vision pourtant déjà gravée au fer rouge dans son esprit.


C'était trop dur.


« Sans mauvais jeu de mots. »


Trop difficile de ne pas vouloir Yixing aussi fort, trop difficile de lui résister, trop difficile de faire abstraction du fait qu'il était nu, et terriblement beau, et mignon, et sexy, et désirable et tout un tas d'autres qualificatifs ô bien trop mélioratifs, à dix centimètres de lui. Jongdae se faisait violence mais le contrôle qu'il exerçait au prix d'un effort -à son avis- surhumain sur ses envies atteignait ses limites.


Le temps sembla cependant se suspendre lorsqu'arriva à ses oreilles le doux rire de Yixing, cristallin et amusé. La main toujours vissée sur ses paupières closes, Jongdae tourna néanmoins la tête vers la source du son délicieux. Son cœur stoppa ses battements, pour recommencer à tambouriner encore plus fort, à lui rompre la cage thoracique, quand il sentit les doigts de l'ex fantôme entourer son poignet.


-Pourquoi tu te caches les yeux, Jongdae ?


Ainsi, ce fut Yixing que le jeune homme se mit à traiter de tous les noms dans sa tête. On n'avait pas le droit d'être aussi tentateur.


-... Au risque de me répéter, je suis très amoureux d'un garçon pas trop laid qui est actuellement à poil dans ma salle de bain, sans compter que je ne l'ai pas vu pendant des semaines avant ça. Toi comprendre concepts « tentation » et « frustration » ?


Le rire de Yixing se fit plus franc. Jongdae l'imaginait sans mal creuser sa fossette en pouffant, plissant les yeux d'une façon adorable, amenant sa deuxième main devant ses lèvres rosées.


Lentement, ses doigts enserrant son poignet lui firent baisser la main qui cachait ses yeux, et bien qu'il les gardât fermés, Jongdae se décrispait doucement.


-Oui, Jongdae. Moi comprendre. Moi comprendre très bien même.


Et Yixing l'embrassa.

Ainsi toute la résistance mentale de Jongdae qui voulait préserver son protégé fondit comme neige au soleil. Ses mains encore hésitantes commencèrent à effleurer la peau humide, l'une sur le haut du dos, l'autre sur les côtes, déclenchant une vague de chair de poule chez Yixing. Ses doigts suivirent les vagues qu'ils créaient sur la peau devenue rugueuse de tant de frissons, et ses lèvres suivirent le mouvement imposé par son vis-à-vis. Les mains de ce dernier se posèrent sur les clavicules de son amant, avec une étrange pudeur, et avança d'un pas son corps pour mieux s'offrir au toucher de Jongdae.


Si l'échange était empreint de douceur, l'atmosphère était érotique et lourde de désir contenu.


-Xing, finit par murmurer Jongdae contre cette bouche un peu trop agile, suspendant ses mouvements.


-Quoi ? lui répondit l'autre, sur le même ton, comme par crainte de briser leur bulle.


-Je... Je ne veux pas te brusquer, tu sais.


Yixing rit de nouveau avant de l'embrasser chastement.


-Au risque de me répéter... J'aime quand tu fais de moi un amoureux.


« Mais c'est qu'il a le sens de l'humour, en plus, je rêve. »


Véritablement surpris de l'étonnante répartie, tant adorablement moqueuse que sérieusement amoureuse, du jeune homme, Jongdae se trouva muet.


-Ouvre les yeux, Jongdae. Je te suis redevenu visible, alors regarde-moi.


Alors il ouvrit les yeux, pour les plonger dans ceux de Yixing. Pour y lire la même envie grandissante dans les pupilles déjà un peu dilatées, pour y saisir le même mélange de tendresse et d'intensité qu'il essayait de lui faire passer avec son propre regard.


Ils restèrent un moment plongé dans les prunelles de l'autre, front contre front, avant que les mains ne recommencent à glisser. Se saisissant du corps à sa merci, Jongdae enroula ses deux bras autour de sa taille, l'attirant finalement contre lui pour réclamer un baiser bien plus passionné, auquel Yixing réagit par un minuscule gémissement qui suffit à tendre complètement les deux garçons.


Jongdae sentait ses vêtements lui coller au torse à cause de l'eau encore présente sur la peau de Yixing, l'entrejambe de ce dernier contre le sien, Yixing se sentait pousser des ailes, ainsi offert, respirant à plein nez l'odeur à la fois rassurante et enivrante de son ex protégé.

-On ne va quand même pas rester debout... finit par susurrer Jongdae, mordillant au passage la lèvre du bas encore humide.


Ainsi les deux garçons, sans rompre leur étreinte et reprenant leurs baisers en s'accrochant à la nuque de l'autre, reculèrent tant bien que mal vers le lit. La chambre résonna de soupirs, de murmures et de bruissements de caresses, quand Yixing glissa ses mains sur le torse de Jongdae pour lui ôter son T-shirt large.


Si la prise d'initiative de Yixing ne le surprenait guère, pour être totalement honnête avec lui-même, le jeune amoureux restait très incertain quant à la bonne idée de leur entreprise, bien que désormais totalement incapable de refréner son envie, grisé et transporté. Il comprenait les motivations de l'ex fantôme, et cela faisait gonfler son cœur de bonheur rien que de savoir que son désir pour lui surmontait absolument tous ses traumatismes charnels, pour autant, Jongdae se liquéfiait littéralement à l'idée de risquer de lui faire du mal.


Il avait la sensation qu'il pourrait mourir de voir à nouveau des larmes, même passagères, gâcher le sourire de Yixing.


Ses réflexions s'interrompirent et ses craintes se voilèrent au moment où il trébucha contre le rebord de son lit, et bascula en arrière, entraînant son amant avec lui. La chute aurait pu être cocasse et ridicule mais ne donna en fait lieu qu'à un enchevêtrement de jambes excitées, un choc sans recul entre leurs lèvres furieuses et un début de frottement entre leurs deux entrecuisses.


Si Jongdae serra les dents pour ne pas lâcher un gémissement trop aigu, Yixing rejeta soudain la tête en arrière, crispa ses doigts sur le cou de son aimé, et laissa un presque-cri passer ses lèvres, les yeux clos.


Les baisers recommencèrent, mais chacun sur les épaules de l'autre. Les mains de Yixing glissèrent avec une douceur satinée sur le ventre creusé par les respirations trop erratiques, pour finalement laisser glisser tout aussi doucement le pantalon et le caleçon de Jongdae au bas du lit.


Alors il sut. Jongdae sentit une envie soudaine lui étreindre le cœur, l'exciter entre les cuisses et lui chatouiller l'épiderme, une envie qui lui permettait en prime de ne pas risquer la raison de Yixing, de lui prouver son amour.


Mû par ce désir soudain, qui par sa nature même le rendait plus désireux du corps de son fantôme que jamais, Jongdae inversa leurs positions et déplaça leurs deux corps comme il put à peu près au centre du lit, ceinturant la taille de Yixing entre ses cuisses.


Perdu dans la chaleur infernale que leur procurait le frottement de leurs sexes, et les soupirs qui le disputaient désormais aux gémissements diablement érotiques, Yixing avait déjà fermé les yeux, totalement abandonné aux sensations que lui procurait Jongdae. Et ce dernier, après l'avoir contemplé longuement entre ses propres yeux mis-clos par le plaisir, se décida à le perdre encore plus afin que Yixing ne présume rien de son idée.


Alors que sa main gauche partait taquiner l'entrejambe de Yixing, le faisant se cambrer très légèrement et faire tirer sa voix dans ses aigus, sa main gauche se dirigeait vers le bas de son propre dos.


Malgré la difficulté de continuer d'occuper Yixing combinée à la position qui était à deux doigts de lui faire avoir une crampe, le jeune homme se retint de manifester son malaise par un couinement qui n'aurait pas été fort masculin. Il continua ses deux actions calmement, étant cependant relativement habitué à l'acte sexuel dans tous les cas.


Et là, il voulait en profiter pour s'offrir à son tour à celui qu'il aimait, pour la première fois.


Ainsi, Jongdae se prépara tout en continuant de toucher Yixing, tandis que l'ex-fantôme se perdait complètement dans les sensations décuplées par son corps trop jeune. Les nerfs à vif et l'épiderme en feu, il était accablé par la force avec laquelle il ressentait le plaisir offert par Jongdae, bien plus puissant que la dernière fois qu'ils avaient fait l'amour. Il se rendit à peine compte que Jongdae, soigneux, le munissait d'un préservatif, entre deux caresses rapides et deux morsures légères à la base de son cou.


Jusqu'à ce qu'une impression étrange n'interrompe sa montée bien violente dans l'escalade du plaisir charnel. Une impression qui, si elle était loin d'être désagréable, était surtout trop inattendue pour ne pas faire réagir le jeune homme, qui finit par ouvrir les yeux... Pour que Jongdae soit plus rapide et se rue sur sa bouche pour l'embrasser et le distraire alors qu'un long feulement s'échappait de ses lèvres malgré lui.


Oh, Yixing le sentait maintenant. Jongdae était tout autour de lui, créant une impression d'étroitesse terriblement agréable.


-Jongdae... parvint-il à murmurer, qu'est-ce que tu fais..?


Le jeune homme prit le temps de calmer sa respiration erratique et hachée avant d'articuler :


-... Ça ne se voit pas ?


L'expression de Yixing, hors contexte, était cocasse : essoufflé et haletant et pourtant les yeux ronds comme des soucoupes. Il s'attendait presque à voir son cœur sortir de sa poitrine tant il lui semblait que ses battements étaient violents, et sentit ses membres se mettre à trembler fébrilement au fur et à mesure qu'il réalisait ce que Jongdae venait de faire.


Il agrippa ses mains aux épaules du jeune homme, sentant ses yeux se remplir de larmes sous le trop-plein d'émotion, et dévorant sa lèvre inférieure plus que ne la mordant. Incapable de fermer les yeux pour s'échapper du regard si tendre que Jongdae posait sur lui, ni de détourner la tête pour fuir la caresse presque trop douce pour l'instant de cette main sur sa joue.


Yixing voulut ouvrir la bouche pour parler, mais le baiser passionné et amoureux qu'il reçut aussitôt lui fit comprendre que, comme il le pressentait, les mots étaient superflus. Il n'avait pas besoin d'explication pour comprendre son geste, et il n'avait pas besoin d'en donner pour que Jongdae conçoive sa réaction.


Jamais il n'aurait imaginé qu'une personne s'offre un jour à lui de cette manière. Jamais il n'aurait imaginé pouvoir aimer de cette manière, et qu'on l'aime en retour de cette manière. Jamais Zhang Yixing, sorti de la petite pièce sans fenêtres en tant que Lay, n'aurait pu imaginer pouvoir posséder charnellement son âme-sœur.


Jongdae décolla leurs bouches mais les garda à moins de deux millimètres l'une de l'autre pour amorcer son premier mouvement, en une ondulation sensuelle qui crispa encore plus Yixing sous la vague de plaisir qui le traversa. Posant lentement ses deux mains à plat des deux côtés du cou de son amant, il se déhancha à nouveau, plus franchement, et ce fut à lui de serrer les dents pour se contenir.


Finalement, il plongea avec intensité ses yeux dans ceux de son vis-à-vis, pour lui murmurer d'une voix étonnamment grave :


-Yixing... Allez, prends-moi. Retourne-nous.


De nouveau figé par la stupeur, et à demi-noyé dans le regard de Jongdae, beaucoup trop hypnotisant, le concerné eut besoin de quelques secondes pour réaliser la nature de la demande.


Lentement, Jongdae initia un mouvement de bascule sur le côté, et Yixing se redressa sans même y penser, comme instinctivement, au-dessus de son amant, toujours en lui. Son cœur, à nouveau, lui sembla exploser devant la vision que le jeune homme allongé sous lui, les bras volontairement laissés traînant sur les draps dans une posture sensuelle, lui offrait. Il se fixèrent un moment, avant que Jongdae ne relève doucement une main vers sa joue, comme une habitude déjà prise tant le geste semblait exact.


-Fais juste... Comme moi. Bouge comme je l'ai fait, n'aies pas peur. Je t'aime.


Alors Yixing fondit une énième fois sur les lèvres offertes... Et bougea.


Une fois.


Deux fois.


Et tant d'autres fois qu'il cessa de compter, tant les gémissements de Jongdae, la sensation de leurs peaux l'une contre l'autre, le désir décuplé par cette posture toute nouvelle... Tant tout lui faisait tourner et perdre la tête.


Quand les gémissements se muèrent en cris pour Jongdae, Yixing sentit qu'il soulevait ses jambes pour les poser sur le bas de son dos. Malgré sa quasi-transe, Jongdae parvint à articuler d'accélérer la cadence.


Leurs voix mélangées l'une à l'autre, leurs mains désireuses de toucher encore et encore, tout recommençait, et tout commençait à la fois. Et tout partait dans un monde qui n'appartenait qu'aux deux garçons, dans lequel l'un comme l'autre voyait des étoiles à chaque mouvement de Yixing, à chaque griffure de Jongdae qui rougissait la blancheur indécente de la peau, à chaque baiser où les dents s'entrechoquaient.


Et alors qu'il ne leur semblait plus possible de ressentir autant et plus, Yixing finit par jouir en plongeant son visage dans le cou offert, articulant avec peine le nom de son amant. Jongdae lui réclama comme il put quelques mouvements de poignet autour de son intimité avant de mordre l'autre main de Yixing sous le coup de son propre orgasme.


Vint l'accalmie, ce moment de flottement délicieux et entêtant où les esprits embrumés reprennent pied avec douceur, où les corps des amants se laissent tomber l'un sur l'autre avec parfois un léger râle sous le dernier effort. Cet instant où les lèvres se frôlent sans plus avoir besoin de s'embrasser pour se prouver leur besoin de l'autre, cet instant où le vide des réflexions et la sensation de plénitude se mêlent pour ne laisser que la béatitude amoureuse.


Un dernier chuchotement.


-Je t'aime aussi, Jongdae.


Un silence.


-Et dis... C'est quoi le... Morceau de plastique que tu as...


-Un préservatif, Yixing.

-Un présavra-quoi ?


Jongdae explosa d'un rire clair.



* * *



Jongdae bondit hors de son lit en entendant tambouriner à sa porte comme jamais. Les coups s'entrecoupaient de sonneries stridentes et ne cessaient pas. Encore un peu groggy et surtout vaguement affolé, le jeune homme sauta sur ses pieds pour enfiler un caleçon et un T-shirt trop large (tenue qui consistait habituellement en son pyjama) et sans réfléchir plus avant, se rua vers la porte.


-Jongdae ?


Stoppé dans sa course par un appel apeuré, l'intéressé se retourna néanmoins, grimaçant sous la persistance du boucan que causait son mystérieux visiteur. Il se frotta les yeux en retournant sur ses pas vers Yixing, toujours dans le lit et les yeux complètement écarquillés. Il le gratifia d'un baiser court mais tendre ainsi que d'une caresse rassurante sur le cou.


-C'est juste quelqu'un qui sonne. Viens, mets mon jogging et mon débardeur, et descend avec moi, tu vas pouvoir manger... Désolé pour le réveil brutal.


Yixing marmonna un acquiescement à peine audible et obtempéra avec une ombre de sourire fatigué, grimaçant à son tour à cause de l'agression sonore persistante.


Jongdae fronça les sourcils en traversant le salon, son petit-ami lui emboîtant le pas à quelques mètres. Les coups ne cessaient pas. Il finit par ouvrir la porte, s'apprêtant à en découdre avec l'énergumène qui martyrisait une fois de plus sa pauvre sonnerie, et peu importait s'il était nettement moins crédible en caleçon et les cheveux coiffés sur la thématique « dans tous les sens ».


Mais la vision qui lui fit alors face lui coupa toute véléité de déchaîner sa colère.


-Junmyeon ? Mais...


Et Jongdae sentit la fin de sa phrase mourir dans sa gorge à la vue de l'énergumène en question. Un Junmyeon aux cheveux mouillés et désorganisés qui masquaient à demi ses yeux rougis, les membres tremblants et les prunelles remuantes, fuyant son regard. Un petit être qui semblait encore plus perdu que Yixing, encore plus fragile que lorsqu'il l'avait consolé au BDE ou dans les toilettes.


Avant de pouvoir analyser plus froidement la situation, Jongdae perçut un mouvement derrière lui. Il n'eut pas besoin de se retourner pour comprendre que c'était simplement Yixing qui prenait soin de rendre son corps, tout nouveau et bien trop solide pour ses habitudes de fantôme, invisible aux yeux du nouveau venu.


Et tout à coup il n'eut plus aucune idée de quoi faire, son accoutrement vestimentaire lui apparaissant alors comme bien secondaire (d'autant que Junmyeon ne le remarquait même pas, visiblement). S'il lui semblait strictement hors de question de laisser Junmyeon sur le pas de sa porte, comment faire pour ménager Yixing, qui n'était certainement pas prêt à faire la connaissance de qui que ce soit, et à fortiori dans l'état dans lequel était le jeune homme trempé ?


-Jongdae... Tu... Tu me vois...


Pour la troisième fois, Jongdae vit Junmyeon pleurer.


« Et merde. »


-Ok, ok... Tout va bien, je suis là. Entre, va t'asseoir sur le canapé, je vais te faire un thé.


Junmyeon obéit comme un enfant pris en faute, baissant la tête et enlevant consciencieusement ses chaussures trempées. Il se dirigea lentement vers le minuscule salon de son ami, sans mot dire, sous deux paires d'yeux perplexes.


Jongdae en profita pour s'éclipser dans la cuisine, mettre effectivement de l'eau à bouillir. Et à peine eût-il franchi la porte qu'il prit derechef Yixing dans ses bras, ne lui laissant même pas le loisir de réagir le premier.


-Je suis désolé... Ne t'inquiète pas. Junmyeon est... Il est...


Faisant fi de la fin de sa phrase, Yixing déposa sa bouche juste sous l'oreille de Jongdae, pour y laisser un baiser tendre et y murmurer d'une voix certes un peu hésitante mais néanmoins confiante :


-Occupe-toi de ton ami, Dae.


Et de jeter un coup d’œil vers la porte, que Jongdae interpréta comme un coup d’œil simplement nerveux, dû à la peur du regard de Junmyeon. Alors il serra simplement la main de Yixing dans la sienne.


Il ne pouvait pas se douter que pour la première fois de sa vie, Yixing était en réalité curieux de la suite des événements.


Le thé noir fumant dans deux tasses en porcelaine vieillies sur un plateau de bois, Jongdae finit par se résoudre à laisser Yixing seul dans la cuisine, en attendant de pouvoir se glisser furtivement pour rejoindre la chambre. Il l'abandonna après un dernier baiser langoureux et peut-être un peu trop désespéré pour la situation, mais il était encore un peu effrayant pour les deux garçons que de se séparer ainsi trop longtemps.


Junmyeon observait le mur en face de lui, le dos voûté, des larmes pas encore sèches sur ses joues.


-Hey, Jun'... Dis-moi ce que tu as.


L'autre mit un certain temps avant de seulement sembler s'apercevoir de la présence de son ami en face de lui. Il ouvrit la bouche, puis la referma, les yeux toujours dans le vague.


-Si je te le dis... Tu ne vas pas me croire.


Jongdae ne put retenir un ricanement et grommela à moitié pour lui-même :


-Si tu savais le nombre de choses auxquelles je n'aurais pas cru il y a quelques mois.


Fortuitement -ou malheureusement ?- Junmyeon ne réagit pas. Son regard se perdit dans la tasse de thé qu'il serrait tellement fort entre ses doigts rougis de froid que Jongdae fronça les sourcils, interpellé. On eût dit qu'il avait peur qu'elle disparaisse, lui file entre les mains.


-Raconte-moi quand même.


Junmyeon soupira. Puis, mû par un instinct étrange, il prit enfin la parole.


-T'as déjà eu l'impression d'être... Invisible ? Je veux dire... Totalement invisible, au point que même tes proches ne se rendent pas compte de ta présence.


-Jun', écoute, je sais que tu te sens seul en ce moment mais si tu veux nous parler de quelque chose on est là, avec Baek au moins. On voit bien que t'es pas en forme en ce moment et...


-Jongdae, le coupa faiblement le jeune homme, je ne te parle pas d'une sensation diffuse. Je ne te parle pas... D'une dépression, du simple sentiment d'être ignoré par son entourage. Je suis invisible.


Ses mains se mirent à trembler autour de la tasse, quelques gouttes sautèrent sur le carrelage. Jongdae nota, de plus en plus interloqué, que les jointures de son ami avaient blanchi tant il serrait l'objet avec force.


-Je suis invisible, Jongdae. Au point de... De ne plus pouvoir attraper mes cigarettes, au point que ceux à qui je parle me croient partis sans eux alors que je suis juste sous leurs yeux. Au point... Qu'un ami ne m'entende pas quand je lui réponds alors que je suis enfermé dans les toilettes.


Alors Jongdae se tendit.


Il se tendit sans le savoir en synchronisation parfaite avec Yixing, perché en tailleur sur une chaise de la cuisine, derrière le mur.


Mais la marche à suivre était loin d'être claire. Car comme il l'avait marmonné quelques instants plus tôt, Jongdae croyait parfaitement Junmyeon... Mais lui ne croirait sans doute effectivement pas ce qu'il avait à lui raconter.


Que dire alors ? Devait-il jouer les ignorants au risque de conforter son ami dans sa dépression, ou se montrer compatissant au risque de se dévoiler à son tour, un peu trop ?


La réplique que Jongdae n'avait pas encore décidé de prononcer mourut sur ses lèvres ouvertes en un « o » silencieux. Il resta la bouche ouverte un moment, peu soucieux d'avoir l'air d'un parfait idiot, incapable de pouvoir même compter sur les conseils de Yixing, comme à l'époque (pas si lointaine) où il supervisait ses échanges d'entremetteur avec Minseok et

Luhan.


-Tu dois penser que je fabule... Désolé, je dis sûrement n'importe quoi. Je ne sais pas ce qui m'arrive... Je devrais aller consulter. Tout ça ne vient probablement que de mon imagination...


La voix de Junmyeon s'était faite tremblante, hachée et son débit de parole s'était pourtant accéléré. Jongdae se prit à craindre qu'il ne fonde à nouveau en larmes alors que ses tremblements s'accentuaient.


« J'vais finir par ouvrir mon propre cabinet de consultations... »


Et de recouvrir ses épaules d'un plaid.


Stressé par les yeux redevenus brillants de Junmyeon, Jongdae laissa les mots couler d'eux-même, prenant toutefois soin de rester évasif sur le sujet fâcheux.


-Désolé. Ne pense pas que je te prenne pour un fou, je... C'est bon, Junmyeon, n'aies pas peur, je ne te juge pas, c'est bon. Je pense surtout que tu es exténué, et que là, maintenant, tu as besoin de dormir, et de te calmer. Reste à la maison demain matin, on reparlera de tout ça.


Avant d'ajouter, devant les prunelles égarées de son ami qui s'accrochaient aux siennes, sans comprendre :


-Je te crois. Je ne pense pas que tu devrais aller consulter qui que ce soit pour l'instant. Essaies juste de te calmer pour ce soir, d'accord ?


Il se heurta à un mur, à une absence totale de réaction, comme si Junmyeon était confronté à une situation inconnue et totalement inattendue.


-... D'accord ? tenta à nouveau Jongdae.


Il fut cette fois récompensé par un hochement de tête, très lent et timide, mais c'était toujours ça. Malgré sa propre fébrilité, le jeune étudiant tenta de gratifier son interlocuteur d'un sourire rassurant, comme s'il savait absolument dans quelles eaux il nageait.


« J'ai vraiment un karma de merde. »



* * *



-Dis, Xing... C'est ce que je pense ?


-Et à quoi tu penses, Jongdae ?


-Je pense à toi. Junmyeon me fait penser à toi. Tu vois ce que je veux dire ?


-Je ne sais pas.


-Si, tu sais. Junmyeon est en train de devenir comme toi. Comme toi, avant.



Jongdae souffla en laissant ses yeux se perdre dans le coin de ciel nocturne qu'il apercevait de sa fenêtre, parmi les toits des immeubles.


Yixing était blotti contre lui, totalement sous la couette, l'oreille contre son cœur (soi-disant qu'entendre et en ressentir les battements l'aidait à s'endormir) et les bras entourant ses hanches avec une mollesse due au sommeil profond. Mais même la présence du doux garçon ne parvenait pas à détendre Jongdae, pour une fois. Ses pensées s'agitaient en méandres trop lumineux pour le laisser fermer les yeux, s'exprimaient en voix trop fortes pour qu'il choisisse de les ignorer.


Son esprit était perturbé par le souvenir récent de la détresse totale de Junmyeon, et la perdition dans les yeux de Yixing, telle qu'il n'avait même pas pu le regarder dans les yeux.



-Il ne peut pas devenir comme moi... S'il n'y a pas une âme à laquelle il peut se relier. Nous ne sommes pas des magiciens, Jongdae. Mon... « moi », que tu appelais Lay, n'a eu aucune raison d'exister si ce n'est de protéger une âme... Pendant ses différentes existences, vies sur vies, jusqu'à ce que le lien se renforce trop pour que l'un vive et ressente au détriment de l'existence fantomatique de l'autre.


-Tu...


-... Oui ?


-Tu ne m'avais jamais dit tout ça.


-Jongdae... Avant de reprendre peu à peu une forme et un esprit concret, je n'étais pas destiné à réfléchir, à construire une mémoire. Le vent n'a pas conscience qu'il souffle, le feu ne sait pas qu'il brûle.



Jongdae s'était retenu comme il avait pu de poser le mot «âme-sœurs» sur ce que lui exposait son amant. En particulier parce que le jeune homme ne croyait pas à la notion de destin. D'ailleurs, il ne s'était même jamais intéressé au spirituel que pour s'en moquer, se créant ainsi des souvenirs mémorables à réinventer le pastafaris avec un Baekhyun tout aussi cynique et alcoolisé.


Voir alors son aventure avec Yixing sous l'angle du mystique dérangeait profondément le jeune homme. Devait-il alors partir du principe que toute âme avait un destin prédéterminé par une force inconnu, un invisible ange gardien collé aux basques suite à un chemin de vie désastreux, attendant une seconde vie comme la Belle au Bois Dormant attend le baiser d'un prince ?



-Tu te qualifies toi-même comme un élément, dont la conscience est absente.


-C'est une notion compliquée à appréhender, je sais.


-C'est même pas la question...



Jusque là, Jongdae avait suivi sa philosophie habituelle : ne croire et n'analyser que les faits concrets, qu'il avait sous les yeux. Et en effet, il lui aurait été compliqué de renier la présence de Yixing, ainsi que de faire barrage aux sentiments presque explosifs qui grondaient désormais en lui. Mais à présent que l'heure était venue de réfléchir plus avant, le jeune étudiant se trouvait extrêmement mal à l'aise.


Il pestait sans cesse contre son «fichu karma» qui avait voulu que Junmyeon et sa mésaventure lui tombent dessus alors qu'il venait tout juste de résoudre le problème de son propre fantôme.


-J'vais finir par me faire surnommer Peggy Sue, murmura-t-il pour lui-même.



-Je ne sais pas comment m'expliquer... C'est une mémoire, un savoir, que je ressens, pas que l'on m'a appris clairement.


-Yixing, moi et la destinée mythique et irrévocable, tout ça, c'est vraiment pas mon truc.


-Je ne te parle pas d'un quelconque concept mystique ! Juste de... Certaines forces de la nature, tu veux bien au moins le voir comme ça ?



Jongdae n'avait pas aimé la fébrilité et le stress qu'il avait lu dans les yeux de Yixing en cet instant. Le jeune homme s'était soudainement effarouché des réflexions cyniques de Jongdae, comme effrayé qu'il se moque de lui ou qu'une barrière ne se créé entre eux. C'était de sa faute s'il l'avait mis sous pression... Alors que le pauvre ex-fantôme était tout simplement aussi perdu que lui.


« Une âme à laquelle se lier ? Une personne unique qui pourrait retenir la... Mutation de Junmyeon en un élément inconscient de sa propre existence ? »


Le réalisme fataliste de la vie de tous les jours de Jongdae finissait par lui manquer. Il n'avait pas la moindre envie de se lancer dans une pseudo quête digne d'un drama pour adolescentes en fleur.



-Je ne pense pas que ce soit si compliqué, Dae.


-C'est... Surréaliste.


-Demande à Junmyeon de te raconter les moments où il a subit son inconsistance. Regarde simplement ton entourage, le sien, et cela ne devrait pas être si difficile de savoir pourquoi il risque de disparaître.


-Je fais quoi, je l'informe qu'une force magique a déjà décidé de son âme sœur mais qu'il lui faudrait passer quelques longues années au purgatoire avant ?


-Ne sois pas cynique, s'il te plaît...


-Désolé. J'peux pas m'en empêcher.


-Ne lui dis rien. De... Tout ça.


-J'vois pas comment je pourrais lui faire croire aux histoires de fantômes alors que même moi j'ai du mal à y croire, encore.


-Jongdae...


-Désolé. Viens là, on en parlera demain... Viens m'embrasser, Yixing.



Et après avoir repassé toute leur conversation en boucle une bonne douzaine de fois, Jongdae se rendit compte que la nuit se changeait en aube, certes un peu terne.


Il soupira à nouveau, longuement, regardant le ciel s'éclaircir peu à peu, et sa main commença à caresser doucement la nuque de Yixing sous la couverture.


« Devrais-je contacter Kris ? »


Les questions ne cessaient de se presser dans sa tête, les incertitudes et les inquiétudes l'empêchaient définitivement de glisser dans le sommeil.


« J'vais foirer mon année avec ces conneries de fantômes. » songea-t-il ironiquement.


Après ce qui lui sembla être une éternité de méditation devant le ciel à présent complètement bleu, débarrassé de la grisaille de la veille par la pluie qui avait frigorifié Junmyeon, le jeune homme finit par se résoudre à descendre de sa chambre. Au moins pour contenter son estomac qui exprimait sa fringale par un brouhaha tel que Jongdae s'étonnait de voir que Yixing dormait encore.


Remuant le plus doucement possible, il parvint à s'extirper du lit en jetant un coup d'œil à son réveil, pour constater que la matinée n'était pas aussi avancée qu'il ne l'aurait cru, il n'était pas encore neuf heures.


Soupirant une énième fois, il descendit à pas de loup dans le salon en croisant les doigts pour ne pas réveiller Junmyeon non plus. Il passa devant le canapé sur la pointe des pieds avant d'atteindre la cuisine, et de farfouiller dans ses placards pour en extraire un paquet de pain de mie qui le fit grimacer lorsqu'il se rendit compte que la date de péremption était le lendemain.


« J'vais devoir aller faire des courses... »


Il espérait que laisser Yixing seul une heure ou deux pour alimenter son garde-manger ne serait pas une épreuve trop désagréable pour ce dernier.


Observant ses tartines griller, il se sentit piquer du nez. L'ironie du sort voulait bien évidemment que n'ayant pas réussi à fermer l'œil de la nuit, c'était à présent qu'il était levé que la fatigue se manifestait.


-AÏE !


Et que bien évidemment, la fatigue en question venait de lui faire sournoisement se brûler le doigt avec son grille-pain.


En glissant un œil vers le salon pour vérifier que son cri de douleur n'avait pas sonné le réveil pour son ami, Jongdae s'aperçut d'un élément étrange qui contredisait les événement de la veille.


Son salon était vide.


Le plaid avec lequel était censé avoir dormi Junmyeon était étalé sur le clic-clac déplié, vaguement chiffonné, juste comme si ce dernier venait de se lever sans l'avoir replié.


Une inquiétude sourde lui étreignant soudainement le cœur, Jongdae osa appeler à voix haute :


-Jun' ? T'es là ?


Comme une évidence beaucoup trop cynique, il n'obtint aucune réponse.


Il s'avança dans le salon, traquant le moindre recoin du regard, comme si Junmyeon pouvait se cacher sous la table basse ou derrière la télévision. Sa fatigue instantanément envolée comme on dessoûle brusquement à la suite d'un choc, il préférait ne pas imaginer ce qu'il pouvait bien être en train de se passer. Tout cela avait une impression de déjà-vu bien trop perturbante.


Il était tellement concentré dans l'examen de la pièce à vivre qu'il sursauta violemment quand il entendit un choc brutal contre le mur derrière lui. Il se retourna d'un coup en plaquant une main fébrile contre son cœur perturbé, n'osant appeler de nouveau, presque sonné.


Choc qui fut suivit tout juste trente secondes plus tard d'un bruit de frottement précipité et d'un claquement brutal que Jongdae identifia comme sa porte qui se fermait brusquement.


C'est alors qu'il repris ses esprits.

-Putain... Junmyeon !

Et de se ruer sur la porte, de la rouvrir, pour hélas ne tomber que sur sa cage d'escalier, vide de toute présence humaine.

« Évidemment. »


-JUNMYEON !


Paniqué, Jongdae parvint par miracle à ne pas trébucher sur les escaliers mais eut tout de même besoin d'un dérapage contrôlé digne des plus grands cascadeurs pour ne pas s'étaler lamentablement sur le plancher. Il pesta intérieurement contre sa maladresse qui le retardait à un moment crucial.


Malheureusement pour lui, la porte ouverte de sa résidence le confronta à une évidence douloureuse : qu'importait qu'il se jette à sa suite, il ne savait pas par où était parti Junmyeon, il était incapable de le voir et peut-être même de l'entendre si lui répondait à ses appels.

Il était absolument impuissant.



* * *



-Kyungsoooooo !


-Mais tu vas me lâcher, espèce de drama-queen ?


La routine de la colocation entre Luhan et Kyungsoo voulait que leurs échanges soient rythmés de ce genre de clashs violents mais néanmoins amicaux. Ils avaient beau ne s'être jamais rencontré avant de prendre une colocation, leur relation s'était rapidement dessinée ainsi, aussi proches que de vieux amis qui peuvent se permettre de s'envoyer bouler en permanence. Luhan avait remplacé l'ancien colocataire, plus âgé, de Kyungsoo qui partait faire ses études ailleurs, et avait donc étonnamment endossé le rôle de celui qui obéit aux ordres imposés par un maître de maison plutôt maniaque sur les bords.


Kyungsoo était maniaque et ronchon de nature, en effet, et ces défauts s'exacerbaient lorsqu'il cuisinait, passion refoulée chez lui au profit de sa deuxième année de droit.


Mais Luhan était habitué à des personnalités encore plus vives, et malgré son attitude enfantine, il était totalement imperméables aux crises d'autorité et d'exaspération du jeune coréen aux cheveux noirs. En particulier en ce qui concernait les conseils immédiats sur sa vie sentimentale, qu'il avait commencé à réclamer du temps où il ne savait que faire de son début de relation avec Sehun. Relation avortée depuis lors.


En tant que colocataire, Kyungsoo avait suivi de près l'évolution, certes stagnante mais prolongée sur de longs mois, de leurs coucheries, parfois trop bruyantes pour sa propre tranquillité. Et en tant que direct concerné, il n'avait pas manqué de râler après Luhan de très nombreuses fois, pour finir par s'entendre raconter interminablement et avec force détails la vie sexuelle et sentimentale de ce dernier.


Kyungsoo avait été aux premières loges quand Luhan avait culpabilisé de coucher avec Sehun pour oublier ses sentiments persistants pour Minseok, quand Sehun avait mis un point final à leur histoire étouffée dans l’œuf et que Luhan nageait dans l'incompréhension... Et bien évidemment, il avait subi le moindre de ses atermoiements au sujet de Minseok après cela.


Ce qui expliquait son intense agacement de devoir à nouveau jouer les mères compréhensives pour son colocataire en mal de confident, à fortiori à nouveau pour gérer le triangle des trois mêmes garçons.


-Mais bon sang, tu devais pas aller voir Minseok, aujourd'hui, justement ?


Luhan marmonna dans sa barbe. Kyungsoo en fut étonné, lui qui était plutôt du genre trop loquace, en temps normal, et leva les yeux au ciel, s'attendant à déclencher bêtement un nouveau récit interminable en demandant :


-C'est à cause de Sehun que tu te sens mal à l'aise d'aller le voir comme prévu, n'est-ce pas ?


Luhan releva les yeux vers lui, et Kyungsoo se mit à s'auto-fustiger intérieurement. Il régla son alarme pour ne pas risquer d'oublier de sortir sa brioche aux fruits du four, et se laissa tomber sur un des hauts tabourets de la cuisine, lassé et vaincu.


-C'est qu'il ne m'a toujours pas répondu... J'ai peur d'avoir la tête ailleurs si je vais voir Minseok, et en plus, j'ai surtout pas envie qu'il voit que je discute avec Sehun, si jamais il me répond pendant que je suis chez lui.


-T'es au courant que c'est pour ça que des gens bloquent leurs téléphones avec des mots de passe ?


-Sois pas mauvais comme ça, râla le chinois, c'est pas la question !


-Et si tu lui en parlais, carrément, histoire de régler le problème ?


Luhan soupira, s'avachissant sur le bar, la tête posée sur les bras.


-C'est... C'est compliqué à expliquer, t'avoueras... J'essaie de reprendre contact avec mon ex plan-cul, sachant qu'on n'est encore jamais allé aussi loin avec Min'. Et tout ça pour... Discuter de notre ancienne relation, histoire de ne plus s'éviter quand on se croise dans les couloirs. J'ai peur que si je lui en parle...


Kyungsoo souffla bruyamment.


-Luhan, ne sois pas idiot, ce sera encore plus compliqué de lui en parler si tu attends de reparler à Sehun. Tout finit toujours par se savoir, c'est un fait. Tu ne penses pas que le mettre devant le fait accompli sera encore plus blessant pour lui, et source de questionnements ?


Le jeune homme resta silencieux.


-Tu aimes Minseok mais tu insultes aussi son intelligence, là.

Ce à quoi Luhan répondit cette fois par un gémissement qu'il étouffa en enfouissant son visage dans ses bras.


-Mais pourquoi je me suis foutu tout seul dans la meeeerde ?


-Parce que t'es con, rétorqua sobrement Kyungsoo, impassible.


-Tu pues vraiment, comme coloc'.


-Je passe ma vie à t'écouter te plaindre de tes aventures dignes d'un feuilleton pour gamines en manque de sensations alors que je suis toujours célibataire, j'estime que ça fait de moi un coloc' en or.


Il reçut pour toute réponse un coup de poing mou dans l'épaule.


-Arrête de laisser traîner le problème avec ton mec comme tu l'as fait pour ta déclaration, et comme tu l'as fait avec Sehun. J'arrête pas de te le dire, à force de tout reporter, c'est pas étonnant que tu te noies sous la pression, après.


Luhan sortit un œil de ses bras, l'autre restant caché sous ses cheveux en bataille, fixant Kyungsoo d'un regard morne.


-J'sais que t'as raison... Désolé. J'suis vraiment chiant, hein ?


-Ouais. Très.


-Hmpf.



* * *



« Hey ! Salut Sehun... Je sais, ça fait un bail, pas vrai ?
J'espère que t'as pas changé de numéro.
J'veux dire... Bref. Je te contacte en tout bien tout honneur.
J'ai l'impression de ne pas avoir fait les choses proprement.
Tu me diras, mieux vaut tard que jamais... Je ne sais pas.
Je suis mal à l'aise quand on se croise...

J'aimerais, si tu es d'accord, qu'on se prenne un moment et un verre ensemble...

Juste histoire de reprendre contact et de briser la glace.
J'ai envie d'arrêter de regretter de m'être comporté comme un con, lâche et égoïste.
Voilà... Désolé, c'est bizarre, hein ? Je sais.
Réponds-moi quand tu le souhaites. T'as aussi le droit de me dire non, bien sûr...
J'espère que tu vas bien.
Luhan »


Depuis qu'il avait reçu ce sms qui avait manqué faire sortir ses yeux de ses orbites rien qu'en voyant le nom de l'expéditeur, Sehun n'en revenait toujours pas. Il avait pourtant eu pratiquement deux jours pour s'en remettre, mais la stupeur ne le quittait pas.


Un message de Luhan, il en avait rêvé pendant des mois. De longs mois où il était parvenu à faire preuve d'une force d'esprit dont lui-même ne se pensait pas capable : il avait tenu bon et résisté au besoin de revenir vers lui, qui à l'époque lui semblait vital. Il était sorti, encore et encore, et avait bu, encore et encore. Il avait dessiné des dizaines de fois des garçons efféminés, des filles un peu garçon manqué, des créatures humanoïdes, tous et toutes ressemblant au garçon dont il était tombé amoureux. Sa résistance mentale n'avait d'ailleurs pas été assez forte pour l'empêcher de se rapprocher de Chanyeol, qu'il savait être dans la classe de Luhan à l'université. Il était sorti tant et plus avec ce garçon, voyant qu'il aimait autant faire la fête que lui en prime, dans l'espoir un peu puéril de tenir là un moyen de continuer de graviter autour de Luhan.


Et voilà qu'il commençait tout juste à s'intéresser réellement au monde qui l'entourait, au point de ne pas avoir désiré sortir la veille au soir, d'avoir recherché une première soirée en compagnie calme depuis des mois. Voilà qu'alors que Sehun reprenait enfin goût à sa propre existence au point de se concentrer sur le mystère que représentait Kim Junmyeon désormais, Luhan revenait à la charge.


« En tout bien tout honneur » disait-il cependant.


Sehun n'aimait pas du tout la fébrilité avec laquelle réagissait son cœur malgré la clarté de ce message : Luhan ne revenait vers lui ni pour du sexe, ni pour des sentiments. Luhan avait un petit-ami, fort sympathique au demeurant. Luhan était définitivement hors d'atteinte et ne cherchait plus à jouer avec le feu.


Alors pourquoi diable Sehun se sentait-il aussi perturbé par ces mots sur son écran ? Pourquoi diable avait-il mis autant de temps avant de taper une réponse ? Pourquoi ne parvenait-il pas à calmer ses nerfs ?


« Salut, Luhan. Ouais, ça fait un moment.
Je ne m'attendais vraiment pas à ça
. »


Non, cela faisait trop sec.


« Salut, Luhan. C'est cool d'avoir de tes nouvelles.
Je suis disposé à ce qu'on se revoit
... »


Non, c'était trop peu développé.


« Salut, Luhan.
Je partage ce malaise depuis un long moment.
Merci de faire le premier pas.
Sache avant-tout que je ne suis pas rancunier par rapport à la fin de notre relation.
Je veux bien te revoir, en toute amitié.

J'imagine que le temps a passé et qu'on peut essayer d'aplanir les choses.

Dis-moi quand tu serais disponible dans la semaine, si ça te convient.
A plus.
Sehun »


Le jeune artiste se relut une bonne quinzaine de fois sans oser envoyer le message, ayant l'impression qu'il n'était pas encore convenable. Finalement, à défaut de se dépêtrer de ses réflexions interminables, il finit par sauvegarder son essai dans son téléphone et de taper rapidement un numéro qu'il connaissait à présent presque par cœur, et dont le correspondant répondit après deux tonalités.


-Mmrfkeskiya ?


-J'te réveille, Yeol ?


-Hmm. Du tout.


Sehun ne put s'empêcher de pouffer en entendant le mensonge peu crédible, articulé d'une voix pâteuse. Chanyeol, lui, avait fait la fête la veille, visiblement.


-J'ai un problème un peu niais et vaseux et toi tu picoles trop.


-Ouais, et ?


-Ma console s'ennuie de me voir te battre à plate couture et mon frigo s'ennuie de packs de bières.


-... Ok. Pas ce soir, par contre, j'suis...


-Avec Baekhyun ?


-... Ouais.


-Comme c'est surprenant. Demain ?


-Ouais. On fait comme ça.


-Super. Va prendre une douche, tu pues jusqu'ici.


-J't'emmerde.


Sehun rit de nouveau en raccrochant, avant de relire encore une fois son brouillon de message à Luhan.


-Oh, et puis après tout, qu'est-ce que tu veux répondre d'autre... souffla-t-il pour lui-même.


Et d'envoyer le message tel quel.



* * *



Ce fut d'assez mauvaise humeur que Minseok se rendit dès le matin au BDE en fin de semaine. Cela faisait en tout et pour tout trois jours que Jongdae n'avait pas mis les pieds à l'université, et pour couronner le tout, Luhan n'avait pas donné signe de vie depuis qu'il lui avait posé un lapin la veille.


Le jeune rouquin était donc grognon à souhait en poussant la porte bleue du bureau, et la scène qui l'attendait derrière n'était pas vraiment pour améliorer son humeur. Jongin et Taemin, apparemment insatisfaits des poufs qu'ils squattaient habituellement, avaient osé poser leurs fesses -au demeurant particulièrement impures- sur le bureau de Minseok et Junmyeon, et étaient très occupés à rouler allègrement un énorme joint. Et Chanyeol, occupé qu'il était à somnoler en s'imprimant son clavier d'ordinateur sur sa joue tant il était avachi sur la table, ne faisait en aucun cas figure d'autorité.


Et bien évidemment, Junmyeon n'était pas là.


« Quand le chat n'est pas là, les souris dansent » songea Minseok, las.


L'envie de distribuer des claques comme un baby-sitter dans une école primaire le démangeait, néanmoins, il se contenta d'un plus sobre mais pas moins efficace :


-Tic et Tac, vous décarrez de mon bureau, TOUT DE SUITE, et vous me nettoyez les miettes de tabac ou je vous les fais sniffer telles quelles jusqu'à vous faire pisser le sang par le nez !


Semblant étrangement réceptif à la menace pour le moins imagée et surréaliste, les deux garçons sursautèrent et rangèrent leurs affaires à vitesse grand V, secoués d'un rire nerveux qui ne dérida pas Minseok le moins du monde.


Son rugissement de colère avait eu au moins le mérite de faire tomber de sa chaise Chanyeol dans le coin de la pièce, chute fort discrète malgré le vacarme qu'elle causa, car couverte par le boucan de Jongin et Taemin. Le grand jeune homme se redressa en jetant des coups d’œil hagards de tous les côtés, et se rassit sans un mot après avoir croisé le regard noir de Minseok. Encore une fois, la nuit avait été trop courte pour lui.


Le rouquin s'assit finalement à la table qui lui était attribuée en acceptant le plus gentiment qu'il le put le café offert de bonne grâce par une Sooyoung compatissante à son caractère de chien provisoire. Il sortit ses affaires de son sac en tentant de faire le plus de bruit possible pour éviter d'entendre les détails de la dernière anecdote décoiffante de Taemin. Après avoir occulté le plus de détails possibles quant à cette histoire de lendemain de soirée où il s'était apparemment réveillé devant un type complètement nu en train de boire du thé avec une jambe sur la table (Minseok capta tout juste le nom « Daesung » et pesta intérieurement contre l'atroce image mentale qui se forma aussitôt dans son esprit ; car oui, il connaissait cet étudiant), il finit par se mettre au travail.


Après quelques minutes passées à essayer de ne pas trop serrer les doigts d'agacement sur son stylo, à entendre les trois filles pousser Jongin et Taemin au boulot, et à siroter son café brûlant qui -et merde- le faisait penser à Luhan et donc l'énervait encore plus, Minseok finit par remarquer un détail insolite.


Junmyeon n'arrivait toujours pas.


Il était déjà rarissime que quiconque arrive avant le président, en temps normal, mais alors que ce dernier laisse passer plus de cinq minutes avant son apparition, c'était du jamais vu. Or Minseok constata qu'il avait plus d'une demi-heure de retard, en cette matinée pourtant chargée.


Plus intrigué que remonté, désormais, il réfléchit un court instant, perturbé. Il ne pouvait pas compter sur Jongdae pour déduire que Junmyeon avait cours ce matin, mais il conclut assez rapidement que si Chanyeol était présent, il y avait de fortes chances que ce fut parce que Baekhyun avait lui-même des obligations.


Matinée de cours, donc.


Mais quand Junmyeon avait cours, il arrivait en avance et laissait systématiquement ses affaires à son bureau. Et si Jongin et Taemin avaient pu en prendre possession tantôt, preuve en était que le président avait oublié de marquer son territoire cette fois-ci.


Interloqué par sa prise de conscience, Minseok lança un appel à la cantonade, pour s'entendre répondre, sans grande surprise, que personne ne savait plus que lui où avait disparu le président (ainsi qu'un ronflement de la part de Chanyeol). Il s'empressa de sortir son téléphone pour tenter un appel, qui resta à sonner dans le vide tandis qu'une étrange et inexplicable appréhension commençait à l'envahir.


Quelque chose n'était pas normal, ce matin. On eût presque dit que Junmyeon n'avait jamais existé.


Après un deuxième appel sans réponse, Minseok fronça les sourcils et changea de tactique, contactant directement Baekhyun et Jongdae (même s'il était sans grand espoir concernant ce dernier). Un sms en forme de réponse négative lui parvint bien vite de la part de Baekhyun (qui était effectivement en amphithéâtre), et Jongdae garda lui aussi le silence, faisant renâcler son meilleur ami.


« Toi mon petit Jong, t'es le prochain sur ma liste, je vais pas te laisser faire le mort encore longtemps. »


Et de façon stupéfiante, Minseok eût à peine le temps de finir cette phrase dans sa tête que la porte du BDE s'ouvrit sur... Un cri aigu et un bruit de chute rocambolesque.


Minseok haussa un de ses sourcils en accent circonflexe et se leva pour se pencher sur la cause de ce nouveau vacarme. Ce fut pour découvrir un enchevêtrement de jeans, de papiers étalés au sol et de cheveux ébouriffés auquel était réduits Jongdae et Sehun.


Le rouquin eut tout juste le temps de hausser son deuxième sourcil et d'arrondir sa bouche en un « o » de stupéfaction que son meilleur ami, soit la dernière personne qu'il s'attendait à voir ce matin, se relevait déjà en époussetant ses vêtements et en se répandant en excuses devant un Sehun encore un peu sonné de la collision.


-J'suis vraiment désolé, désolé ! Je t'avais pas vu et...


-Jongdae ?


-Ah, salut Min' ! T'as vu Junmyeon ce matin ?


Interdit face à la question, Minseok ne répondit pas, trop occupé à constater la fébrilité avec laquelle Jongdae scrutait les recoins du BDE, comme si Junmyeon se cachait vraisemblablement derrière une étagère. Sehun, de son côté, rassemblait ses dossiers étalés sur le sol avec empressement.


-Non, répondit finalement Minseok, il ne répond pas au téléphone... Et d'ailleurs toi non plus. Tu ne devais pas être en cours ?


-Hein ? Ouais, peut-être, j'en sais rien. Il ne répond pas au téléphone, t'as dit ?


Cette fois, les sourcils de Minseok se froncèrent.


-Non. Tu sais pourquoi il est absent ?


Étonnamment, Jongdae lui sembla soudain excessivement mal à l'aise. Il se mit à se dandiner d'un pied sur l'autre, en se tordant les doigts, comme un enfant pris en faute, à mentir ou à dissimuler une bêtise.


-Vous... Je... Il était ici hier soir ?


-Comment veux-tu que je le sache ? s'agaça Minseok.


-Euh... Oui... intervint soudainement le timide Sehun.


Les huit paires d'yeux présentes dans la pièce se tournèrent vers lui.


-Il... On a fini tard hier soir mais... Il est parti sans moi... Il avait l'air pressé, il a même oublié ses affaires.


L'expression soudaine de Jongdae aurait pu faire rire Minseok si la situation ne lui semblait pas totalement louche.


« Dites-moi que je ne suis pas la seule personne saine d'esprit dans ce bureau... Si ? »


-Il a disparu hier soir ? glapit Jongdae.


Sehun se gratta l'arrière de la tête.



* * *



Perdu dans la contemplation de la grisaille du ciel qui se fondait à celle de la ville, Junmyeon continuait d'espérer que coller sa tête contre la vitre froide apaiserait ses angoisses et ses tremblements.


Sa main s'égara sur le rebord de sa fenêtre, là où il était assis, pour tâtonner en essayant d'atteindre un des quatre paquets de cigarettes qui n'étaient pas vides. Il avait vidé les trois autres, avait fumé sans arrêt depuis le début de la journée, jusqu'à avoir un goût de cendre indélébile qui l'étranglait, jusqu'à avoir la bouche asséchée et la sensation que chaque cigarette lui arrachait la gorge.


Et pourtant il était incapable de bouger de cet appui de fenêtre, de cesser d'enchaîner cigarette sur cigarette, tandis que son portable ne cessait de sonner sur le sol. Il avait essayé de répondre, mais ses doigts ne parvenait plus à saisir l'objet assourdissant. Ses mains blanchâtres et tressaillantes n'étaient plus solides désormais que pour lui arracher indirectement la gorge en fumant sans arrêt, allumer un briquet pour en profiter pour se brûler volontairement les doigts, puisque la douleur n'était plus que la seule sensation que Junmyeon était autorisé à ressentir. Le toucher, s'emparer des objets qui l'entouraient, se tenir correctement sur ses jambes ou même ressentir le froid de la vitre, tout cela lui était désormais étrangement interdit.


Les noms se succédaient sur l'écran bleuté. Jongdae, Baekhyun, Jongdae, Chanyeol, Jongdae à nouveau, Minseok, encore Jongdae... Sehun.


Les larmes et les sanglots étranglèrent un peu plus Junmyeon alors qu'il essayait à nouveau désespérément d'attraper son téléphone qui continuait de sonner dans le vide, résolument insensible aux essais de son propriétaire pour le saisir. Seules quelques gouttes d'eau éparses faisaient effet loupe sur les pixels en tombant sur l'écran, alors que le jeune homme laissait lentement son front buter contre le sol, alors recroquevillé en un tas de membres grelottants.


Junmyeon se sentait disparaître, se noyait dans sa propre panique, sans rien comprendre au pourquoi du comment, étouffé par sa solitude sans pouvoir appeler à l'aide. Il sentait sa consistance corporelle se fondre dans l'atmosphère qui l'entourait sans explication aucune, sans rien pouvoir faire pour conserver le peu d'humanité auquel il pouvait encore se raccrocher via la sensation brûlante de la fumée de cigarette qui lui déchirait les poumons.


Aucun son ne sortait de sa gorge meurtrie alors pourtant qu'il sanglotait à s'en déchirer les cordes vocales, ajoutant une crampe atroce et persistante aux multiples douleurs de son cou. Affalé sur le sol dans une posture tout sauf confortable, le jeune homme finissait par ne plus désirer qu'une chose : que tout cela cesse. Que la vie arrête de le torturer en lui prouvant enfin qu'il avait des amis qui s'inquiétaient de son absence, seulement pour mieux l'empêcher de leur répondre. Junmyeon commençait à supplier mentalement qu'on le laisse s'effacer pour de bon, arguant pour lui-même que de toute façon son souvenir si fade s'effacerait bien vite après son propre corps.


C'était un fait. Junmyeon se savait inconsistant, dans ce monde comme dans sa propre vie, il était déjà fantomatique en étant humain, alors qu'importaient les explications rationnelles à cet étrange phénomène ? Il ne désirait rien plus ardemment désormais que de cesser de ressentir quoi que ce soit, quitte à se changer définitivement en ectoplasme s'il le fallait.


Mû par un étrange instinct un peu fou, il trouva la force de soulever ses jambes flageolantes pour se hisser, se mettre debout, même s'il lui fallut remuer quelques instants les tibias dans le vide, comme un poulain qui vient de naître, avant de trouver un appui qui ne le ferait pas déraper.


En permanence à deux doigts de s'effondrer de nouveau, Junmyeon traîna son corps trop lourd et trop instable vers la salle de bains, soudainement assoiffé, curieux.


Curieux de savoir s'il pouvait avoir encore plus mal, pour que la douleur de vivre en soit presque anesthésiée, perde de l'importance face à la douleur physique.



* * *



Un peu intimidé par la prestance de l'immeuble devant lequel il venait d'arriver, Sehun hésita un instant avant de s'avancer, quittant le trottoir et l'abribus sous lequel il restait pour fumer. Il avait la curieuse sensation de ne pas se sentir à sa place dans ce quartier propre, blanc, lisse... Riche.


C'était donc ici que vivait le président du BDE Kim Junmyeon ? Dans l'un de ces appartements grand standing, dans un de ces lofts dont l'intérieur devait être rempli de meubles sur mesure, de bibelots de valeur ?


Du haut de son mètre quatre-vingt-trois, Sehun se sentit soudain minuscule, n'ayant absolument pas l'habitude d'être confronté à ce genre de milieu ostentatoire et élitiste des familles riches de la ville. Il savait que Junmyeon n'était pas dans le besoin, mais lorsque Jongdae lui avait donné son adresse -quoique l'avait rentrée de force dans son téléphone d'un air pressant et affolé fût plus exact-, Sehun avait tiqué, ne s'attendant pas à lire le nom du quartier le plus riche de la capitale. Quartier où, il en était certain, aucune personne de son entourage n'avait jamais posé un orteil.


Le jeune étudiant en art, dans son jean slim déchiré, sa chemise en jean trop grande pour ses épaules maigres tâchée de peinture rouge et blanche (et rapiécée en plusieurs endroits), ses creepers à motifs léopard, ses cheveux teints en brun-rouge et son eyeliner (bien que discret), se sentait complètement borderline ici. De trop. Pas à sa place. Décalé.


Il étouffa un rire discret alors qu'une femme vêtue de riche fourrure et de véritables perles le jaugeait de bas en haut en sortant de l'immeuble. Puis il haussa les épaules avant de s'avancer vers le numéro que Jongdae lui avait indiqué. Après tout, Sehun avait toujours été considéré comme un individu un peu en marge de la société, pourquoi se sentir mal à l'aise ici en particulier ? Rien ne changeait.


Le sac de Junmyeon à la main, il fouilla dans sa poche pour en sortir son portable, écrasant sans trop y faire attention son mégot sur le sol tout aussi lisse et blanc précieux que les murs. Il retrouva assez vite le mémo que lui avait fait Jongdae quelques heures plus tôt (insistant sans vouloir s'expliquer plus avant qu'il fallait absolument que Sehun en personne rapporte le sac de Junmyeon à son propriétaire), pour taper le code censé lui ouvrir la grande porte vitrée, tellement propre que Sehun pouvait voir son reflet jusqu'aux plus discrètes imperfections de la peau. Lâchant comme à son habitude un discret « hmpf » en apercevant la ligne pâle de sa joue droite, lointain souvenir d'enfance d'une chute à vélo assez pathétique qui lui avait laissé une cicatrice quasi-invisible, il se détacha finalement de son reflet bien trop net pour taper un code tellement long qu'il en leva les yeux au ciel.


La paranoïa des riches.


Il eut besoin de s'appuyer de tout son poids (et pour un garçon certes grand mais qui avait acquis le surnom de « cure-dents » dans sa famille et chez ses amis, cela ne fut pas chose facile) contre la porte d'une épaisseur complètement exagérée, à son avis, pour l'ouvrir.


Même si Jongdae lui avait écrit le numéro et l'étage de l'appartement de Junmyeon à la suite du code d'entrée de l'immeuble, Sehun promena timidement son regard sur les boîtes aux lettres sagement alignées dans l'espoir de voir celui du président du BDE. Il finit par dénicher des yeux une boîte gris foncé, avec une étiquette en carton bleu ciel, seule touche de couleur parmi toutes ces nuances de gris, de noir et de blanc.


Sehun sourit pour lui-même à ce constat, inexplicablement attendri par la présence de ce bleu pâle au milieu du monochrome ambiant. Le jeune artiste était toujours sensible à ce genre de détail, et l'innocence de la nuance bleue choisie lui évoquait tout à fait la douceur que lui inspirait naturellement la présence calme de Junmyeon. De plus, on eût dit une minuscule tentative de subversion au milieu d'un univers étrange tristement réglé sur une même symphonie monotone, une paradoxale rébellion innocente.


Appartement numéro sept, étage deux.


« Allons-y, hein. »



* * *



Alors que Taemin et Jongin ne faisaient enfin plus de bruit -sans doute enfin terrifiés par le regard de Minseok qui s'assombrissait à chaque nouveau coup d'œil dans leur direction-, la figure d'autorité de remplacement du BDE (en l'absence du strictement pas-vraiment-mais-on-fait-un-effort-quand-même respecté président Kim Junmyeon) se sentait toujours aussi agacée.


Jongdae et ses bizarreries l'exaspéraient, Luhan et son silence le frustraient, Junmyeon et son absence l'inquiétaient.


Minseok en avait assez d'être dans le flou dans toutes les situations qu'il rencontrait aujourd’hui, et comme toute personne de mauvaise humeur, un rien renforçait son mauvais caractère. La simple présence de ses semblables dans le même bureau, en l'occurrence, pour lui qui avait pour habitude de prendre soin de passer de longs moments correctement isolé du monde, était une grande cause de ses dents serrées.


Il fallut attendre que deux amis de «Tic et Tac» débaroulent dans le bureau aux portes bleues pour apporter des cours à Taemin et Jongin («parce qu'en plus ces deux crétins sèchent pour ne rien branler ici ?») pour que Minseok atteigne l'apogée de sa rogne et ne ramasse ses affaires sans un mot.


Il vécu néanmoins une scène plutôt surréaliste en passant devant les deux types, reconnaissant le fameux Daesung (celui qui buvait son thé nu et les jambes en exposition, d'après Taemin) et aussitôt, l'image gravée inconsciemment dans sa tête refit surface et il dû bousculer le jeune Jinki, accompagnateur de Daesung, pour sortir comme une furie du BDE, au risque d'exploser de rire.


Il vit vaguement ledit Jinki tomber sur Daesung et se redresser aussitôt en rougissant avant de fermer la porte derrière lui et d'éclater d'un rire totalement nerveux en plein milieu du couloir.


Minseok laissait toute sa frustration sociale s'exprimer en hoquets et éclats, ses gencives dévoilées par son sourire incontrôlable protégées par son poing qu'il ramenait en face de sa bouche, fermant les yeux et se tenant les côtes avec son autre bras.


Il ne savait même pas pourquoi il riait, même si la vision imposée par Taemin était cocasse en soi, il savait juste que comme un défouloir, un exutoire, il s'agissait à présent d'un besoin irrépressible. Son incapacité, ses difficultés à communiquer ne lui semblèrent plus si lourdes l'espace d'un instant, trop occupé qu'il était à se meurtrir les côtes et les joues en riant comme un fou suite à un élément déclencheur qu'à vrai dire, il avait déjà oublié.


Alors qu'il finissait enfin par se calmer, une main lui tapota l'épaule. Minseok sursauta, et s'attendit sans se poser de questions à Luhan, ou à Jongdae, habitué qu'il était de leur présence quasi-permanente à ses côtés, et sourit par réflexe.


Malheureusement, il reconnut bien rapidement Sulli, une jolie jeune fille aux lèvres trop pulpeuses pour être totalement honnête qu'on avait l'habitude de voir avec Jongin, Taemin, Daesung et Sehun (des rumeurs couraient d'ailleurs encore sur une possible relation avec ce dernier, si les souvenirs de Minseok étaient bons).


-Dis... Excuse-moi, mais est-ce que tu sais si Sehun sort bientôt ?


Tiens donc.


Penser à Sehun, sans trop savoir pourquoi, ne tranquillisa pas beaucoup Minseok et après avoir répondu par la négative et s'être aussitôt calmé, il se mit à arpenter les longs couloirs de la faculté vers la sortie. Cette mention le plongeait curieusement et profondément en plein dans ses idées noires concernant Luhan, comme cela avait été le cas plusieurs fois auparavant, et bien que Sehun soit un jeune homme que Minseok avait toutes les raisons d'apprécier.


Tout à coup, le rouquin ressentit un besoin pressant de passer du temps avec son meilleur ami. De ne pas rester seul... Mais de ne surtout pas voir Luhan. De se confier comme il le faisait si rarement, de faire son introspection afin d'essayer de comprendre ce qui lui arrivait depuis trois jours, de comprendre pourquoi son cœur se serrait aussi inexplicablement. De détendre également ce fameux cœur en riant tout simplement avec la personne qui le connaissait le mieux dans ce monde, qui le faisait toujours rire sans avoir besoin d'artifice, juste parce que Jongdae était son meilleur ami.


Et bien évidemment, penser à Jongdae replongea Minseok dans sa rancœur.



* * *



Sehun hésitait à frapper une seconde fois à la porte grise de l'appartement de Junmyeon. Il n'y avait aucun doute qu'il y avait quelqu'un, il entendait un portable sonner à l'intérieur lorsqu'il l'avait appelé, des rais de lumière passaient sous la porte, et si Junmyeon n'avait pas mis les pieds à l'université, où pouvait-il bien être d'autre que chez lui ?


Le jeune artiste se sentait étrangement inquiet pour son camarade, comme s'il percevait inconsciemment que Junmyeon était en détresse de l'autre côté de la porte. Sa timidité prenant encore toutefois le pas sur son inquiétude, il n'osait appeler à voix haute, et se résolut à frapper une deuxième fois à la lourde porte.


Rien ne bougea. Sehun ne perçut pas le moindre mouvement derrière les murs, et la porte ne s'ouvrit pas.


Sa gorge se serra un peu alors qu'il tentait une nouvelle fois d'appeler Junmyeon, de plus en plus intimement persuadé qu'il se passait quelque chose de préoccupant pour le jeune homme. De nouveau, il entendit la sonnerie résonner dans l'appartement, sans plus de réaction humaine.


A présent résolument inquiet, Sehun osa élever la voix :


-Junmyeon ? C'est moi, Sehun. Tu as oublié tes affaires l'autre soir, les garçons se sont inquiétés pour toi. Tu veux bien m'ouvrir ?


Alors que la panique menaçait de lui serrer les tripes étant donné qu'une réponse se faisait une fois de plus attendre, Sehun entendit un minuscule éclat de voix. Comme un discret appel à l'aide, entre un râle et un gémissement.


-Junmyeon ?


Le jeune homme, à court d'idée mais absolument persuadé qu'il ne pouvait pas se permettre d'abandonner l'être qui n'arrivait même plus à parler derrière la porte, essaya instinctivement d'actionner la poignée métallique et ronde de l'appartement.


Et pour sa plus grande surprise, elle coulissa toute seule et la lourde porte s'ouvrit d'elle-même. Elle n'avait jamais été fermée à clef, et la paroi s'éloigna de Sehun sans émettre le moindre grincement, donnant un côté un peu surréaliste à la scène.


Les yeux du jeune artiste s'écarquillèrent et il chancela sur ses appuis en découvrant Junmyeon à genoux contre un mur, le fixant avec un regard complètement vide, plaquant nerveusement tour à tour ses paumes sur ses poignets.


Ses poignets ensanglantés, qui créaient tout juste une petite flaque rouge foncé sur le sol.



* * *



« Je peux passer chez toi ce soir ? »


Jongdae tiqua en recevant le message de Minseok, interloqué.


Et surtout dans l'obligation de répondre par la négative, ce qui le contrariait fortement. Mais il n'avait pas le choix, il était obligé de condamner l'accès à son appartement, au moins provisoirement, pour préserver encore un peu le pauvre Yixing. Il s'apprêtait à envoyer un deuxième message pour compenser son refus en proposant à Minseok d'aller boire un verre quand un nouveau message, on ne peut plus clair, s'afficha sur son écran.


« Je suis devant la porte de ton appartement, je connais le code de ta résidence.

Je savais que tu dirais non, alors je me suis invité. »


Jongdae sentit immédiatement une pierre lui tomber dans l'estomac et des sueurs froides chatouiller son cou. Ce n'était pas le moment de lui compliquer encore plus la vie.


L'idée le traversa un instant de faire croire à Minseok qu'il n'était pas chez lui avant de réaliser que son texto précédent lui disait justement qu'il était occupé à travailler chez lui et qu'il ne voulait pas se déconcentrer.


« Excuse de merde, merde, et qu'est-ce que je peux être con, quand je veux. » songea-t-il, s'auto-fustigeant tellement qu'il manqua ne pas voir que sa tasse de café était sur le point de déborder.


Résolu à ouvrir la porte et sachant très bien que son ami ne se laisserait pas chasser (et une petite voix soufflait à Jongdae que c'était assez légitime de sa part, tout de même), le jeune étudiant se dirigea vers son entrée, la boule au ventre, priant pour que Yixing, encore dans la chambre, ne descende pas au mauvais moment. Jongdae sortit de la cuisine, mentalement à reculons.


La porte s'ouvrit sur un Minseok passablement las et des éclairs dans les yeux.


-Salut, espèce de meilleur ami en carton.


Jongdae ne put s'empêcher de pouffer nerveusement.


-Min'... Désolé, entre... Mais j'ai vraiment beaucoup de boulot, ça m'arrangerait qu'on aille prendre un verre demain ou...


-Comment tu fais pour avoir trop de boulot alors que tu dois même plus savoir t'orienter à la fac tellement tu as été absent longtemps ? râla le rouquin en s'avançant dans le salon pour ouvrir une fenêtre, volant au passage le tabac de Jongdae pour se rouler une cigarette sans lui demander son avis.


Pris à son propre piège, ce ne fut cependant pas l'hésitation qui empêcha Jongdae de répondre, bel et bien interrompu par un couinement qui venait du canapé en face de Minseok.


Yixing n'était pas dans la chambre, tous comptes faits.



* * *



Complètement affolé, le cœur battant à tout rompre, Sehun se rua sur Junmyeon sans même penser à fermer la porte, balançant ses affaires dans un coin de la pièce et lui relevant le visage en le prenant en coupe entre ses mains fines.


-Hé, Junmyeon ! Tu m'entends ? Dis quelque chose, n'importe quoi !


Les yeux du jeune homme clignèrent lentement, se remplissant de larmes avant de murmurer en articulant difficilement :


-Tu... Tu me vois...


Seulement à demi-rassuré sur l'état conscient du président du BDE, Sehun se redressa comme monté sur ressorts pour se diriger à grand pas vers l'autre pièce éclairée de l'appartement, guidé de façon morbide par les gouttes de sang sur le sol, dans l'espoir de trouver quelque chose pour panser les plaies de Junmyeon. Des compresses stériles, des bandages, n'importe quoi, le temps d'appeler les urgences -et Jongdae.


Les mains de Sehun tremblaient tellement fort sous le coup du stress qu'il manqua renverser tout le contenu des tiroirs et des placards sur le sol. Ayant finalement trouvé de quoi endiguer ce qui lui semblaient être des flots de sang qui s'échappaient des bras de Junmyeon, il retourna s'agenouiller en face du garçon encore plus pâle que d'ordinaire et s'efforça de confectionner un garrot le plus efficace possible autour des poignets glissants et poisseux.


La paume de Junmyeon se déplia au bout de quelques minutes, les muscles légèrement décrispés par les gestes de Sehun sur sa peau, et l'on entendit un léger cliquetis métallique quand un objet argenté tomba au sol.


Le jeune artiste termina son bandage et se mordit violemment l'intérieur des joues pour ne pas manifester son horreur à la vue de la lame de rasoir que Junmyeon avait tant serré dans sa paume qu'il allait devoir bander cette dernière aussi. Toujours aussi fébrile, il tenta de ramasser l'objet et finir par émettre un « aïe ! » de douleur entre ses dents quand il parvint à s'entailler légèrement le pouce dans un faux mouvement. Beaucoup trop bien aiguisé.


L'entente de la voix de Sehun sembla allumer une minuscule étincelle dans les prunelles perdues dans le vague de Junmyeon, qui, dans un mouvement un peu trop vif qui lui fit tourner légèrement la tête, s'empara de la main blessée du jeune homme entre les siennes.


-Ne... Ne te blesse pas... parvint-il à marmonner.


Sehun ne retint pas un hoquet de rire nerveux devant l'absurdité de l'inquiétude de celui qui venait de s'ouvrir les veines, et trouva le moyen d'adresser un sourire rassurant à Junmyeon, attendri néanmoins.


Sourire qui s'élargit lorsque Sehun se rendit compte qu'il avait dû mal voir, car à bien regarder, sa main fine et osseuse entre les doigts rouges de Junmyeon n'était pas entaillée. Il avait dû fabuler la sensation de picotements.


-Ne bouge pas. Dis-moi où tu as des morceaux de sucre, que tu puisses reprendre un peu de forces.


Malgré la gravité de la situation, Sehun sentait un apaisement étrange s'étendre dans son cœur.


Comme si pour la première fois de sa vie, il était exactement au bon endroit, au bon moment.



* * *



« Pas ce soir, en fait, une urgence.
Je t'expliquerais
. »


Si la sobriété du message de Sehun laissait effectivement penser qu'il était pleinement occupé, Chanyeol ne put retenir un soupir déçu.


Depuis qu'il couchait avec Baekhyun, il n'aimait guère passer ses soirées en solitaire. Il détestait trop penser, laisser son esprit vagabonder et caresser des souvenirs qu'il ne voulait pas analyser, tourner autour de vérités qu'il n'aimait pas admettre.


La nuit tombait, peuplant son appartement d'ombres peu avenantes, alors que le jeune homme ébouriffait ses boucles décolorées en essayant vaguement de s'occuper l'esprit en laissant ses doigts gratter les cordes de sa guitare. Voilà quelques temps que des paroles lui titillaient la langue, et cela faisait si longtemps qu'il n'avait pas composé un morceau complet, alors pourquoi pas, après tout.


Pourquoi pas fredonner un air au clair de lune comme dans les histoires romantiques, puisqu'après tout, personne n'était là pour le constater de ses propres yeux.


Chanyeol laissa sa voix grave et chaude accompagner les notes de sa guitare après avoir répondu en toute simplicité à son ami, qu'il aurait pourtant bien aimé voir ce soir.


« Ok.
Pas de soucis.
Demain, ou quand tu pourras.
Bon courage !
»














Commentaire de l'auteur @AkoTianCissnei sur twitter ♥

La bonne nouvelle dont je vous parlais en début de chapitre, c'est que la suite (à savoir un bonus, je ne précise pas sur qui cependant) est déjà écrite. Donc je vais la poster sous deux semaines je pense, entre Noël et le Nouvel An. Bon il sera tristement court (entre 4 000 et 5 000 mots) comparé à ce chapitre mais en même temps ça permettra de prendre de l'avance sur le chapitre 14 et également de revenir à des formats plus raisonnables, parce que un chapitre de 13 000 mots tous les mois, déjà que je tiens pas mes délais mdrrrr.

Sinon je tiens à remercier chaudement Ipiu et Nihana pour m'avoir grandement aidée et conseillée pour le plan de ce chapitre qui n'a cessé de changer (tristesse), merci mes amours, de m'avoir supportée pendant trois mois de perte de confiance et de casse couillitude monumentale. Je vous aime fort (et remerciez Ipiu parce que c'est grâce à elle que le BaekYeol ne se sépare pas, et que Chanyeol sera plus fouillé, et surtout c'est elle qui m'a poussé au cul pour le lemon chenlay.)

Merci aussi à Marie pour la capote (on l'oublie souvent mais c'est important, pensez-y dans la vie, même si vous ne les mettez pas dans vos fanfics) et à Inheritance pour Daesung ♥ n'aies pas honte bbchat ;)

ET REMERCIEZ SUNGRA POUR LA MERDOUILLE ANNONCEE DU XIUHAN ALLEZ BONSOIR.

Sur ce, n'hésitez pas à commenter pour me donner votre avis, ce que vous avez aimé ou pas, des conseils ou des questions pour la suite (coucou Egzantia, mici à toi), ou même pour essayer de deviner le personnage principal du bonus à venir.

Je vous aime trèèèèès fort, merci d'avoir lu jusqu'ici, merci à ceux qui soutiennent cette fiction, qui commentent, qui lisent tout simplement.

PS : si vous aimez cette fiction, ma super coupine et bêta Ipiu a récemment posté une fiction dont les dynamiques sont semblables et avec des pairings communs. Cette fiction est géniale, et passez faire un tour sur son compte, si d'aventure je prenais encore du retard, elle publie souvent et écrit super trop bien.
Sa fiction : https://www.fanfic-fr.net/fanfics/Musique/E/EXO/War-of-Hormones/77930.html
Son compte : https://www.fanfic-fr.net/fanfics/auteur/Ipiu/64106.html

(et Nihana elle a posté un OS HunHo à mourir d'amour si jamais ce pairing vous semble trop tarder ♥ : https://www.fanfic-fr.net/fanfics/Musique/E/EXO/Une-tasse-de-pluie/78445.html )

Allez c'est enfin tout pour moi, plein d'énormes bisous et à bientôt pour le bonus de nowel ♥♥♥

XOXO, Ako
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