Ne pas suivre ce lien !

Fanfic Fr

Publiez et gérez vos fanfics en ligne

 Créer un compte | S'identifier.

Sommaire

Version mobile



Accueil


FANFICTIONS


Lecture


Entre Vous


Édition


Internet & Liens



Derniers Blogs Modifiés


Derniers liens


Appels à Textes

Consulter tous les AT
  • Entrez dans la cour de l'imaginaire
    Rroyzz Editions
    Nb de signes : 300 000 - 700 000 sec
    Genre : science-fiction - fantastique - fantasy
    Délai de soumission : 29/02/2020
  • Pourtant
    Revue Pourtant
    Nb de signes : 1 500 - 46 500 sec
    Genre : libre
    Délai de soumission : 15/03/2020
  • Animaux fabuleux
    Fantasy Art and Studies
    Nb de signes : < 30 000 sec
    Genre : fantasy
    Délai de soumission : 01/06/2020
  • Terre du futur
    Cabinet d'édition Plumes Ascendantes
    Nb de signes : < 59 000 sec
    Genre : science-fiction
    Délai de soumission : 31/05/2020
  • La midinette et l'homme sandwich
    Revue de La Grenouille à Grande Bouche
    Nb de signes : 5 000 - 10 000 sec
    Genre : libre
    Délai de soumission : 17/02/2020
  • Plaisir, tabou, vertu
    Encres
    Nb de signes : < 12 000 sec
    Genre : contemporain - absurde - blanche - érotique - noir
    Délai de soumission : 14/02/2020
  • Les héros en uniforme
    Evidence Editions
    Nb de signes : > 200 000 sec
    Genre : romance
    Délai de soumission : 06/06/2020
  • Romance de Noël
    Evidence Editions
    Nb de signes : 200 000 - 400 000 sec
    Genre : romance contemporaine - romance
    Délai de soumission : 18/03/2020
  • Chats et espoir
    Editions de la Caravelle
    Nb de signes : 15 000 - 25 000 sec
    Genre : libre
    Délai de soumission : 31/01/2020
  • Passion
    Revue neuf trois
    Nb de signes : < 18 000 sec
    Genre : libre
    Délai de soumission : 20/02/2020

Studio Infinite


Publicité


Publicité

Votre campagne ici

Articles

(Consulter tous les articles)

Découvrez le manga indépendant francophone !
 par   - 533 lectures  - Aucun commentaire

Entrez dans un tout nouveau monde, celui des auteurs de BDs et de mangas indépendants sur internet !


Lire la suite...

Accueil des Fanfics Liste par Auteurs/Date Recherche Coup de cœur Hasard...

Musique

 > 

EXO

Les Malheurs de Jongdae Auteur: Ako-Cissnei Vue: 16769
[Publiée le: 2015-03-17]    [Mise à Jour: 2016-04-03]
G  Signaler Romance/Humour/Drame/Yaoi (HxH)/Surnaturel/Amitié/Lemon Commentaires : 118
Description:
Jongdae est (très) malchanceux et maladroit. Sa bonne étoile semble s'assurer qu'il passe son temps à se blesser et à se rendre ridicule, quand un être étrange apparaît dans sa vie : Lay. Le jeune homme, invisible pour les autres semble avoir le pouvoir de protéger Jongdae et sème au passage le trouble dans sa vie et dans son cœur.

De l'autre côté, ses deux meilleurs amis, Luhan et Minseok, ont bien besoin d'un entremetteur.

Baekhyun est un handicapé des sentiments, ce qui n'arrange pas les affaires de Chanyeol, déjà bien compliquées.

Junmyeon tombe peu à peu dans une profonde dépression, tandis que Sehun vient tout juste de vaincre la sienne.

Et les fantômes, métaphoriques, d'entre les morts ou du passé, finissent toujours par se voir.

Yaoi Principaux -> ChenLay ; XiuHan ; HunHo ; ChanBaek
Secondaires -> KrisBer (Wu YiFan / Liu Amber)

Présence de surnaturel mais ce n'est pas le ressort principal de l'histoire. (plus psychologique qu'authentiquement fantastique)
Contient limes / lemons mais ce n'est pas le ressort principal de l'histoire.
Crédits:
L'histoire et l'humour foireux sont (hélas) miens. Les membres des Exos, ainsi qu'Amber et Henry, et autres artistes cités dans cette fanfiction ne sont (hélas) pas miens.

La couverture a été réalisée par Asticoo, que je remercie chapeau bas. ♥
Les illustrations des chapitres sont réalisés par moi, avec des images trouvées sur google et un peu retouchées.

Les traductions et transcriptions des paroles des chansons qui apparaissent viennent du site Nautiljon.
<< ( Préc ) ( Suiv ) >>
  Commenter ce chapitre 

Couleuvres Colorées

[12082 mots]
Publié le: 2015-09-08
Mis à Jour: 2015-12-14
Format imprimable  
Taille du Texte: (+) : (-)
Commentaire de l'auteur HELLOOOOOOOOOOOOOOOOOOOO

VOUS AVEZ PASSE DE BONNES VACANCES ? MOI OUI ET NON. Elles étaient surtout assez mouvementées, et j'ai envie de me répandre en excuses pour le retard terrifiant de ce chapitre. J'ai pris l'habitude de publier rapidement pourtant, et là... Je ne sais pas ce qui s'est passé. Si vous avez encore envie de lire cette fiction, vous méritez un gros bisou d'amour. Merci mille fois d'avoir attendu, et mille pardons pour vous avoir fait attendre aussi longtemps, je m'en veux. J'espère que la longueur du chapitre vous satisfera, et compensera un peu votre attente. Je vais reprendre un rythme assez régulier, même si j'ai pas mal d'autres projets en cours, cette fic reste ma priorité, et j'espère vous satisfaire, sincèrement T_T

Bref. Les commentaires. Alors, j'ai répondu à une partie, et je voulais terminer d'y répondre avant de poster, mais le site me fait un bug monstrueux (pour ne pas changer les bonnes habitudes) et il en manque beaucoup. CE SITE M'EN VEUT, CE SOIR J'ETAIS POURTANT MOTIVEE OK ?
J'ai laissé tomber ce soir, parce que je me suis dit que j'avais assez fait traîner la parution, pour le coup, et je m'y attaquerais dans la semaine (comment ça je dis ça à chaque fois ? Bon, je vous fais la promesse que j'aurais répondu à tout avant samedi. Sinon, ceux laissés sans réponse pourront me filer un gage. Sérieux.)

Oh, et le montage de ce chapitre arrivera après que j'aurais répondu à tout le monde, ce sera mon excuse suprême, voilà. (quoi, comment ça on s'en fout ? Je t'entends, dis donc !)

Bon, je ne vous embête pas plus longtemps (et j'imagine que ceux qui lisent ceci sont déjà ben gentils d'avoir attendu ce chapitre et de lire mes élucubrations en prime, snif) et je vous laisse à votre lecture. Merci mille fois de l'amour que vous donnez à cette histoire, et gros merci aux personnes qui se sont laissés tenter par la lecture de Des Rois Scarifiés. ♥

Allez, Ako a finit son laïus, j'espère que ça vous plaira ♥♥

XOXO, twitter : @AkoTianCissnei

Cliquez sur l'image pour l'agrandir









-Yixing... C'est toi ? C'est vraiment toi ?

Il sentait tous ces regards sur lui, lui vrillant la peau, semblant sonder son être, fixés sur son dos.

-Yixing ?

Le regard de Jongdae se peignit d'inquiétude en voyant son vis-à-vis se figer en comprenant peu à peu ce qui lui arrivait.

Il leva lentement la main, comme pour ne pas l'effrayer, et la fit glisser sur sa joue, espérant ainsi déclencher une réaction.

-Excuse-moi, qu'est-ce que tu fais là ?

La voix de Baekhyun fut cependant un déclencheur plus efficace, si tant était que cela soit le mot approprié. Yixing bondit sur ses jambes, les yeux baissés et la bouche entrouverte, la lèvre inférieure tremblante. Jongdae se releva à sa suite, sans le quitter des yeux.

Yixing se retourna et chancela, manquant s'effondrer au milieu des feuilles qui tapissaient désormais le sol. Il n'était guère étonnant, se dit Jongdae, que ses jambes ne le soutiennent plus, sans avait-il perdu l'habitude de dépendre de la gravité, depuis le temps.

L'ancien fantôme mourrait d'envie de se cacher quelque part, quitte même à retourner dans un endroit sombre, une cave sans fenêtres et sans morceau de ciel, sans aucun risque que quiconque ne pose les yeux sur lui. Un sentiment de panique étrange envahissait le moindre de ses nerfs, brouillait sa vue, et l'empêchait pourtant, paradoxalement, de bondir et de courir trouver cet endroit qui le soustrairait à la vue de tous.

Il entendit encore Jongdae appeler son nom, mais c'était comme s'il l'entendait sous l'eau. Ses sens qu'il sentait tous nouveaux s'engourdissaient, ne laissant plus dans sa tête qu'un brouillard blanc qui floutait son environnement, et une envie de perdre la vue, devenir totalement aveugle à tout cela, de hurler sa terreur soudaine et d'appeler au secours.

-On va y aller, désolé.

Et une main de s'emparer de son bras, le forçant à marcher à la suite du jeune homme, qui le traînait hors de cette étrange pièce aux couleurs criardes, aux gens curieux et choqués.

-Yixing !

Mais le jeune homme sentit ses jambes flageoler après quelques pas dans ce qu'il savait être le couloir de l'université de Jongdae. Il ne contrôlait plus son corps affaibli quand il s'effondra à genoux, chutant durement sur ses os. Son enveloppe charnelle lui était désormais bien étrangère, et les sensations qu'elle lui apportait n'étaient que piquantes, brûlantes, agressives, terrifiantes.

-Ah non, c'est pas le moment ! Yixing, c'est moi, Jongdae. Accroche-toi à mon bras, je te ramène à la maison. Mais je ne peux pas te porter. Allez, je t'en prie, fais-moi confiance.

Le trajet se fit étonnamment rapidement, presque en une dizaine de minutes. Comme si Yixing, fort de son adrénaline explosive, trouvait des réflexes instinctifs dans ses membres engourdis. Ou comme si Jongdae lui donnait de la force, après tout, il était fort pour deux.

Sans doute était-ce un mélange des deux.

"Fais-moi confiance, Yixing, je suis là."

Il s'accrochait plus à sa voix, à ses mots, qu'à son bras, à vrai dire.

Mais à peine la porte (qu'il n'avait pas vu s'ouvrir mais qu'il entendit se refermer, parce qu'elle le coupa soudain des sons du monde extérieur) fut close, ses jambes le lâchèrent pour de bon et Yixing s'effondra sur le carrelage de l'entrée, se détachant du corps de Jongdae.

-Yix...

Mais un bruit de gorge terrifié le coupa. Yixing se recroquevilla sur lui-même, enfouissant son visage contre ses genoux au sol, émettant de curieux grognements aigüs qui brisèrent littéralement le coeur de Jongdae.

"Qu'est-ce que je lui ai fait ?"

Figé par une vague de culpabilité atroce -après tout, n'était-ce pas de sa faute à lui si Yixing était désormais dans cette situation, à l'encontre de ce qu'il voulait depuis le début ?- il n'osa pas tout de suite faire le moindre geste pour tenter de le réconforter.

N'osant même pas murmurer son prénom.

Il le regarda, immobilisé, debout dans l'entrée, le regard rivé sur Yixing qui semblait... Pleurer ? Appeler au secours ?

Les yeux de Jongdae, eux, le piquaient. Il se mordit l'intérieur des joues pour s'empêcher de craquer à son tour -le jeune homme à ses pieds n'avait pas besoin de ses regrets-, avant d'enfin trouver le courage de s'agenouiller à son tour. Il avança doucement le bras pour effleurer la nuque de Yixing.

Mais sa réaction fut si vive que Jongdae sursauta lui aussi. L'ancien fantôme émit un cri bref avant de reculer brusquement contre le mur le plus proche, fixant Jongdae sans le voir.

Si le jeune coréen avait été bloqué par l'effondrement de Yixing, cet étrange regard qui ne lui avait jamais été adressé lui retourna l'estomac. Il imaginait que c'était le regard qu'il lançait à tous ceux qui l'avaient violenté, à tous ceux qui ne l'avaient jamais aimé comme il le méritait. Il imaginait que Yixing le regardait ainsi parce qu'il l'assimilait à toutes ces personnes, le confondant dans une masse d'ombres, de souvenirs traumatisants, banalisant son toucher et ses attentions, faisant fi de l'amour que Jongdae échouait à lui transmettre.

Alors il serra les dents et se fit violence pour aller au-delà de la peur qu'il voyait dans les yeux de Yixing qui glaçait son sang de colère et de frustration.

-Xing, murmura-t-il en essayant de rendre sa voix la plus douce et rassurante possible, c'est moi.

Il ralentit encore son débit, prononçant chaque mot lentement, détachant chaque syllabe pour ne rien transmettre de stressant.

-C'est moi, Jongdae. Je ne vais pas te faire de mal, tu le sais bien. Regarde-moi, Yixing, tu me connais... Calme-toi, tout va bien. Tu es en sécurité. Tu es chez toi.

Si Yixing cessait peu à peu de gémir, ses tremblements mirent un certain temps à s'apaiser, alors que des larmes menaçaient de déborder.

-Ne pleure pas... Ne pleure pas. Je suis là, je ne te ferais aucun mal. Je... Je t'aime, Yixing.

Le fantôme parut se figer totalement pendant cinq secondes avant d'hoqueter bruyamment, faisant couler des gouttes d'eau salées sur ses joues, qui glissèrent jusqu'à ses lèvres entrouvertes sur des mots qui ne lui venaient pas. Une lueur nouvelle s'était allumée dans ses prunelles embrumées, apportant un léger frisson au ventre de Jongdae qui soutenait toujours son regard.

Ce dernier essaya une nouvelle approche, avançant sa main comme devant un chat dans la rue, l'amenant devant les genoux de Yixing, qui étaient repliés contre sa poitrine. Sans que le chinois ne le quitte des yeux, sanglotant toujours silencieusement, il leva à son tour le bras, pour effleurer timidement du bout des doigts la paume ouverte qui s'offrait à lui.

-Yixing... Ne pleure pas je t'en prie, laisse-moi prendre soin de toi, laisse-moi venir vers toi. Je t'aime tellement. Non... Je ne sais même pas si tu peux t'imaginer à quel point je t'aime.

Jongdae laissait couler ses mots comme les larmes continuaient de dévaler les joues de son -désormais- protégé. Il laissait sortir tout ce qu'il avait réprimé quand il ne pouvait plus croiser son regard, tout ce que Yixing avait toujours mérité d'entendre, d'après lui, et tous les sentiments qui grandissaient sans faiblir en lui depuis de longs mois.

Yixing resta silencieux, secoué de sanglots bien réels, mais ne lâcha ni la main, ni les yeux du coréen devant lui. Lentement, il abaissa la barrière de ses genoux, et Jongdae finit par sentir une pression timide sur sa paume et dans son poignet, comme si l'autre essayait de le rapprocher de lui.

Il inclina doucement son buste pour être sûr que ce faisant, il n'allait pas le brusquer, et ressentit un tel frisson de soulagement qu'il manqua chanceler.

Yixing étirait lentement les coins de sa bouche en un sourire absolument magnifique.

Sans plus pouvoir se retenir, Jongdae fondit sur le corps frêle contre le mur et l'amena dans ses bras, le serrant plus fort que jamais, et réchauffa la nuque pâle de dizaines de baisers papillons.

Il sentait les joues trempées de Yixing contre sa clavicule comme ses lèvres répondre aux baisers donnés en l'embrassant à son tour sur le cou.

Il sentait ses longs doigts s'accrocher à son gilet gris, et sa respiration se calmer peu à peu contre sa peau.

-Tout va bien, Yixing.

"Et merde."

Jongdae leva les yeux au ciel pour essayer de juguler ses propres larmes, sans qu'il sache lui-même si elles étaient causées par le soulagement, la joie, ou la détresse d'avoir vu pleurer et paniquer celui qu'il aimait.

Sans doute un peu de tout cela.

-Pardonne-moi, pardonne-moi pour tout.

"Et pardonne-moi aussi de ne pas regretter de t'avoir fait redevenir humain."

-Je t'aime tellement.

"Tellement que je ne peux plus m'imaginer sans toi, j'espère que tu ne me trouves pas pathétique, pardon, Xing."

Il agrippait ses mains aux épaules du fantôme, laissant ressortir toute sa frustration de ces derniers jours dans cette étreinte.

"Fais-moi confiance, je ne te laisserais pas."

-... Merci d'être là.

Jongdae ouvrit grand les yeux en réalisant que Yixing avait murmuré cette phrase en même temps que lui, et qu'il souriait à présent largement contre son épaule.

Le coréen plongea son nez dans les cheveux bruns de celui qu'il aimait tant, respirant à fond leur odeur et ferma les yeux en resserrant ses bras autour de lui.



* * *



-Qu'est-ce que tu fais ?

Luhan émergeait lentement, sortant d'un sommeil particulièrement profond aux environs de onze heures du matin, et dû cligner des yeux plusieurs fois pour se rendre compte qu'il était vautré dans le lit de Minseok, malgré le fait que ce soit en train de devenir une habitude.

Ce dernier était assis à son bureau, pianotant frénétiquement sur son ordinateur, une musique douce au volume minimal diffusée par les enceintes. L'appel de Luhan le fit se tourner vers lui, un léger sourire flottant sur ses lèvres fines.

-Bonjour à toi aussi.

Il ne récolta qu'un grommellement tandis que son petit ami se frottait vigoureusement les yeux. Cette vision -sûrement collector- de Luhan les cheveux ébouriffés et l'oeil sérieusement embrumé, seulement vêtu d'un vieux T-shirt grisâtre couvert d'anciennes traces de peinture, cette vision-là lui arracha un sourire tendre.

Ainsi qu'un rire clair quand le jeune homme bailla à s'en décrocher la mâchoire sans mettre sa main devant sa bouche.

-J'ai monté le thermos de café, si tu veux.

Le mot "café" avait des effets énergisants sur Luhan même si l'on ne faisait que le prononcer. Une étincelle s'alluma brièvement dans les yeux du chinois, qui recouvrait tout juste à cette idée un semblant d'énergie vitale.

-Min... Viens avec moi, grogna Luhan en lui adressant ce qu'il voulait être l'imitation parfaite du chiot abandonné, qu'il pensa être une affreuse grimace, qui fut en réalité une moue digne de la plus mignonne des peluches -la virilité n'étant pas toujours du matin.

Sans se départir de son sourire, Minseok obéit à l'ordre qui était plus une supplique, pour laisser son petit ami enfouir sa tête encore marquée de sommeil dans son cou, alors qu'il s'asseyaient tous les deux en tailleur -enfin, que Minseok s'asseyait en tailleur et essayait de toutes ses forces de faire tenir en équilibre le buste de Luhan en position verticale.

-La musique ? parvint à marmonner doucement le jeune chinois, alors que Minseok lui caressait la joue pour lui faire ouvrir les yeux sur le termos qu'il lui tendait.

-Oh, ça ? Coffee Shop.

-C'est de la k-pop, ça, non ? s'étonna Luhan, Toi qui écoutes surtout des musiques occidentales, d'habitude...

-Hm. Je l'ai entendue dans la voiture l'autre jour et depuis je la passe en boucle. Elle m'inspire pour...

Minseok se tut soudainement, soudain un peu tendu.

-Oh.

Luhan tourna la tête de côté pour boire sans retirer sa tête du cou, doux et chaud, dans lequel elle était nichée.

-Tu écrivais ?

Il profita de l'hésitation de Minseok pour baisser le regard sur la partie de son corps qu'il pouvait regarder le plus facilement -à savoir, ses mains posées entre ses jambes- pour entrelacer leurs doigts.

Malgré son esprit embrumé, Luhan se sentait bizarrement émerveillé. Comme s'il assistait à quelque chose d'intime, de quasi-sacré, comme s'il voyait quelque chose de réellement unique chez Minseok.

Il avait su bien longtemps avant les autres que c'était là la passion du jeune coréen décoloré en roux : l'écriture. Il l'avait appris à force d'observation, de discrets regards à la dérobée quand Minseok fouillait dans ses dossiers, le tout sans que qui que ce soit ne remarque son manège, jusqu'à ses aveux amoureux dans la voiture de son -à cette époque- futur petit ami. Jamais il ne lui avait dit qu'il savait, et qui plus était n'en avait jamais parlé avec lui après coup.

Non, la plus grande passion de celui qu'il avait aimé en cachette pendant de nombreuses années était toujours entourée d'une part de mystère. Minseok ne se livrait pas facilement, même à ses meilleurs amis. Et pourtant, écrire, créer, tout cela semblait être une part si importante de lui qu'elle en influait régulièrement sur son humeur, comme une sorte d'hormone particulière -il fumait quand il ne trouvait pas l'inspiration recherchée. Mais surtout, elle lui avait servi d'intermédiaire pour avouer ses sentiments à Luhan, lui permettant de transmettre les mots et les émotions qui se refusaient à passer directement par lui.

Et cette immense partie de lui était son immense jardin secret.

Alors Luhan se sentait privilégié, touché, intimidé.

Il se sentait tout chose d'avoir été, en quelque sorte, autorisé à voir cette facette de Minseok. D'avoir pu l'observer dans ce genre de moment, qu'il lui fasse comprendre quelle est la musique qui était source d'inspiration pour lui en ce moment.

-Est-ce que tu voudrais m'en parler ?

Le murmure de Luhan s'évanouit dans la pièce, notes de musique en suspens qui attendaient un accord ou un désaccord.

Il ne perdait rien à essayer, et se doutait que Minseok ne prendrait jamais l'initiative de livrer ses pensées à ce sujet de lui-même.

-C'est encore en friche tu sais, Lu... Ne le prends surtout pas mal, mais j'aurais un peu honte de te livrer le projet à voix haute, ou de te faire lire un simple plan.

Luhan releva la tête pour frotter son nez à la mâchoire du jeune écrivain en herbe.

-J'attendrais que tu sois prêt, alors.

Comme ils attendaient eux-même avant de faire l'amour pour la première fois, après tout. Luhan eut fugacement envie de sourire en notant le parallèle, et s'efforça toutefois de ne pas laisser ses pensées s'attarder sur l'image de Minseok nu sous lui.

Ce dernier le tira de ses pensée en émettant un doux rire qui résonna comme un peu mystérieux aux oreilles intriguées malgré tout de son petit ami. Il s'empara du thermos pour le poser au sol et se rouler en boule sur le lit, la tête sur les cuisses de Luhan.

-C'est l'histoire de deux garçons.

Un sourire fleurit doucement sur le visage de Luhan, s'épanouit, s'élargit.

-Est-ce qu'ils s'aiment ?

-Pas encore.

-Oh, alors c'est une histoire d'amour.

Minseok pouffa de nouveau.

-Oui et non. C'est l'histoire de comment un garçon et un fantôme qui le suit partout vont tomber amoureux, et en subir les conséquences.

-Un fantôme ?

-Hm. Comme un ange gardien, si tu préfères, même si je n'aime pas trop l'expression. Un genre de protecteur invisible, un gars d'une autre dimension.

Luhan marqua une pause.

-Tu devrais parler à Jongdae, je suis sûr qu'il y a une explication à tout ça, on n'a pas réellement vu un type qui sortait de nulle part.

Les grands yeux du jeune coréen s'égarèrent, sans doute à demi dans les mondes qu'il aimait à créer.

-Je ne sais pas... Je crois que ce n'est même pas la question, en fait. Il y a sûrement une explication rationnelle, oui, mais ça m'a fait cogiter, j'imagine. Et si Yixing était simplement un fantôme ? C'est stupide, mais ça donne à réfléchir pour une bonne histoire fantastique, je trouve. Tout ça m'intrigue et je me suis dit que j'allais l'exploiter avant de parler à Jongdae et de reprendre pied avec la réalité, voilà tout.

Tout en l'écoutant attentivement, Luhan le couvait des yeux. Avant de se mettre à cogiter, lui aussi.

-Et de toute façon, je commence à en avoir marre de supplier Jongdae. Il est sûrement avec Yixing en ce moment, alors il règle ses histoires et il va finir par se rendre compte qu'on fait partie de sa vie, nous aussi.

-Je ne te savais pas aussi intransigeant, s'étonna Luhan, simplement.

-Oh, non, ce n'est pas une question d'indulgence ou d'intransigeance. C'est un fait, s'il ne nous en parle pas, c'est que son histoire est compliquée, mais il ne cesse de demander des conseils à mots couverts en fuyant la vraie confidence. Aka, il sait qu'on est là, mais il n'est pas prêt, et j'suis pas sa mère.

Luhan considéra Minseok un instant et se rendit effectivement compte qu'il était compréhensible qu'il se sente agacé et surtout, sans doute un peu pris pour un imbécile.

Minseok restait une personnalité très indépendante, globalement dépourvu d'un quelconque instinct grégaire et d'un besoin d'être toujours entouré. En cela, peut-être que le jeune chinois l'enviait un peu.

Il réalisa aussi au passage que son indépendance valait aussi pour son meilleur ami, Jongdae, et cela finirait sûrement par l'être pour Luhan.

Pour autant, il n'y avait rien de mauvais, de méchant chez le rouquin. Il était désespérément factuel et objectif, mais il fallait pour cela être très compréhensif envers l'autre, ce qui le rendait en réalité indulgent et doux.

Il était plus adulte que bien de ces derniers, que bien des personnes que la société veut matures.

Mais Minseok était le genre de personne que l'on ne pouvait pas trop attacher, et le genre qui ne donnerait jamais dans le vide. Il ne donnait jamais trop de sa personne, toujours ce qu'il fallait pour aider et seulement si l'autre était prêt. Il ne mettrait jamais d'énergie à forcer quelqu'un, même "pour son bien" parce que, de même qu'il tenait à rester indépendant, il ne supporterait pas la pression imposée par une personne qui dépendrait de lui.

Donc, il était logique qu'il laisse Jongdae revenir vers lui tout seul, comme un chat qui sort explorer les alentours de la maison avant de toujours en retrouver le chemin. Comme un animal solitaire a parfaitement le droit de vivre sa vie.

Luhan était sincèrement envieux de la force de caractère qu'il voyait ainsi chez Minseok, de la maturité dont il faisait preuve, mais par-dessus tout, de la certitude qui entourait sa relation avec Jongdae.

-Est-ce que c'est une histoire triste ?

La voix de Luhan s'était un peu effacée. Il ne pensait pas qu'à l'histoire que Minseok commençait à écrire en posant cette question.

-Je ne sais pas. Il y a plusieurs voies possibles. Je n'ai pas encore décidé.

Une main glissa sur la côte du rouquin, passant sous le T-shirt un peu lâche, pour câliner la peau tendre. Des lèvres bouton de rose se déposèrent sur sa joue gauche, son nez, sa bouche, des baisers en guise de réponse qui de toute façon, aurait été inutile en mots.

-Pourquoi tu es si doux avec moi ?

Luhan sembla étonné par la question.

-Je n'ai jamais eu envie d'être doux avec un autre, avec toi, si. C'est tout, j'imagine.

"Tu ne réalises pas à quel point j'en ai besoin, surtout là, tout de suite."



* * *



Il se réveilla une nuit, trempé de sueur. La pluie battait contre les vitres de son appartement, rendant floues les lumières orangées de la ville.
Il rêvait qu'il n'existait plus.
Il rêvait de dimensions peuplées de cambrioleurs, d'animaux éventrés, d'ombres sans formes et autres cauchemars.
Mais rêvait-il encore de la douce sensation du baiser qui caressait ses lèvres ?

[ ... ]



* * *



Junmyeon se réveilla au milieu de la nuit en sueur, après un cauchemar qui semblait le poursuivre assidûment depuis deux bons mois à présent.

Il rêvait qu'il n'existait plus.

Qu'il avait beau crier, appeler, bousculer les gens autour de lui, il ne faisait que les traverser. Personne ne le voyait, personne ne l'entendait.

Junmyeon rêvait qu'il était seul au milieu de la foule, qu'il n'était personne au milieu de tous ces gens qu'il connaissait. Il rêvait d'errance et de flou. Il rêvait de fantômes et de purs esprits.

Et plus il refaisait ce cauchemar, plus il devenait réel. Chaque fois plus réel et plus effrayant.

Cela faisait plusieurs jours qu'il n'arrivait pas à dormir véritablement.

Perpétuellement plongé dans un demi sommeil, de ceux qui créent la parfaite confusion entre vues de l'esprit et réalité dure. Il ne cessait de voir tournoyer des monstres imaginaires dans les ombres de ses habits jetés au sol, et des yeux inquisiteurs dans les rayons de lumières froides qui passaient au travers de ses volets.

Ne cessant de se retourner dans son lit, il grommelait et couinait parfois, quand cette peur irrationnelle lui étreignait le ventre un peu trop fort.

Il s'était senti terrifié quand Jongdae ne l'avait pas entendu l'appeler, étant dans un tel état d'épuisement qu'il ne parvenait même plus à savoir s'il dormait encore ou s'il avait les deux pieds dans cette réalité qu'il détestait tant. Pour se rendre compte que cela était presque revenu au même.

Se sentant à deux doigts d'étouffer, Junmyeon alluma sa lampe de chevet et s'allongea à plat dos au-dessus de sa couverture, fixant le plafond, et essayant de se détendre dans le silence de son trop grand appartement.

Il vivait seul depuis deux ans, mais il ne savait pas encore ce qui était le pire : se sentir aussi seul ou se sentir oppressé comme lorsqu'il vivait chez ses parents. (Chez ses parents, pas chez lui.)

Junmyeon finit par se rouler en boule face au mur le plus sombre, les paupières étroitement closes. Il était un habitué des terreurs nocturnes, mais jamais elles ne l'avaient empêché de dormir à ce point.

Se forçant à réguler sa respiration, il finit par calmer le rythme bien trop accéléré de son coeur et à se laisser glisser lentement dans un vrai sommeil, un qui n'était pas peuplé de cambrioleurs, d'animaux éventrés, d'ombres sans formes et autres cauchemars.

Non, alors que Junmyeon se retournait doucement sur le dos, toutes ces horreurs furent remplacées par la sensation de lèvres sans visage contre les siennes, pressantes, comme si elles voulaient le tirer de ses tourments par un simple baiser.

Perdu dans les limbes du sommeil, dans cet univers où tout peut arriver, Junmyeon se laissa bercer par ce baiser, incapable d'y répondre réellement, comme on est incapable de courir dans un rêve.

Il sentit cette bouche sans visage se poser sur ses pommettes, sur son front, sur ses yeux fermés, sur son nez, sa mâchoire, son menton. Il la sentit ensuite revenir sur sa bouche, un peu plus humide, et se contenter d'appuyer doucement, avant que Junmyeon ne soit complètement endormi, plongeant dans un sommeil sans rêve avec pour dernière pensée le visage d'un garçon du BDE.



* * *



Le fantôme gardait les yeux fermés à s'en souder les paupières, niché sous la couverture de Jongdae, tremblotant presque sans interruption, comme depuis deux jours entiers.

Il ne parvenait toujours pas à croire que c'était réellement arrivé, que Lay ait disparu, que Yixing soit de nouveau là. Ils l'avaient vu. Il était visible.

Il savait que le corps de Jongdae était tout près du sien, une douce chaleur se diffusant sous les couvertures, participant à la reconstruction d'une bulle de sécurité. Il le ressentait bien plus facilement désormais. Puisqu'il était finalement retourné à sa condition première.

Yixing était définitivement et entièrement humain.

-Tu es réveillé ?

La voix débordante de tendresse et de prévenance de Jongdae se glissa jusqu'à ses oreilles, à l'extérieur de la couette, tandis que sa main se posait à l'endroit où était le dessus de sa tête.

-Sors de là-dessous, laisse-moi voir ton visage.

Tout doucement, encouragé par la voix de Jongdae, il osa, il sortit. Immédiatement, Yixing tomba sur un doux sourire et un regard qui l'enveloppa aussitôt.

Il ne résista pas au besoin soudain de se jeter un peu brusquement dans les bras de Jongdae, lui tirant un hoquet en tombant de tout son poids sur son estomac.

Estomac qui se mit à son tour à trembler. Surpris et inquiet, Yixing appela son protégé du bout des lèvres.

-Jongdae ? Tu...

Il hésita, se serrant un peu plus contre lui.

-Tu pleures ?

Le tremblement s'interrompit, pour reprendre un peu plus vivement, alors que Jongdae laissait échapper un petit bruit étouffé.

Et, tout d'un coup, il serra fortement ses bras autour de Yixing.

-Non, pas du tout.

Un nez s'enfouit à la base du cou de Yixing pour se frotter contre sa peau, et c'est alors qu'il comprit.

Jongdae riait.

Stupéfait, le jeune homme s'extirpa un peu de l'étreinte de son amant pour relever la tête vers lui. Jongdae prit alors son visage entre ses deux paumes chaudes et quelque peu fébriles.

-Tu es là... articula-t-il en riant toujours, Tu es vraiment là, cette fois.

Yixing observa ce visage tellement heureux que les yeux en semblaient fermés tant ils étaient plissés. Ce sourire qui s'étirait sans fin, et ses pommettes rosies. Et un léger sourire se dessina, enfin, sur son propre visage.

-Xing... Tu es là, répéta simplement Jongdae avant d'approcher exagérément lentement sa bouche.

Ce fut un baiser très doux, très lent, comme lors de la découverte des sensations que leur inspiraient leurs premiers sentiments l'un pour l'autre. Ce fut un simple baiser de surface, entrecoupé par de légers hoquets des deux garçons, de minuscules exclamations d'un rire trop joyeux, et parfois, les interruptions étaient simplement dûes à leurs sourires incontrôlables qui leur faisaient mal aux joues.

Ils s'embrassèrent longuement, allongés sur le lit de Jongdae, et Yixing ne mit pas longtemps à oublier de nouveau le monde, complètement abandonné entre ces bras forts, contre ces lèvres douces, aux côtés de ce garçon dont il était tombé amoureux.



* * *



-Baekhyun ?

Chanyeol tomba presque à la renverse quand il ouvrit la porte de son appartement sur le petit brun, qui semblait attendre fébrilement sur le pas de sa porte.

-Qu'est-ce que tu fais là ?

L'autre leva les yeux vers lui, puis ouvrit la bouche avant de la refermer. Il avait l'air de s'éveiller d'un rêve fumeux, comme si la voix de Chanyeol venait tout juste de lui ramener les pieds sur terre. Il cligna des yeux plusieurs fois, comme pour essayer de reconnaître l'endroit où il se trouvait, l'oeil vaguement incrédule.

-Euh... Baek ?

-Ah, ouais, salut ! Désolé, je passais par là et...

Baekhyun fut secoué d'un rire léger bien que gêné, remontant son bras pour se gratter la tête sous la casquette en cuir qui était négligeamment posée sur ses cheveux bruns.

-Et ?

Chanyeol était interdit. Baekhyun ne semblait pas comme d'habitude, la logique aurait voulu qu'il lui saute dessus, comme à chaque fois, le colle contre le mur le plus proche pour l'embrasser sauvagement et comme sa vie en dépendait, avant de lui arracher pantalon et sous-vêtement pour le faire sien une fois de plus.

Mais visiblement, ce n'était pas au programme de sa journée, cette fois. Baekhyun restait à l'entrée de l'appartement, sans donner l'impression d'être venu ici pour une raison précise.

-Ouais, et... Enfin, j'sais pas.

Le sourcil droit de Chanyeol s'en alla rejoindre sa frange un peu bouclée.

"Qu'est-ce qu'il va encore pouvoir me faire, celui-là ?"

-Dis... J'pourrais t'emprunter tes chiottes cinq minutes ?



* * *



-T'es sérieux, là ?

Le front de Baekhyun cogna la table du bar dans un geste de désespoir profond.

-Plus sérieux que jamais.

-Mais on peut savoir pourquoi t'as fait tout ce chemin pour... Couler un bronze chez Park Chanyeol ?

-Ta gueule, Jun.

Junmyeon souffla bruyamment, ne sachant s'il devait rire ou se complaindre une énième fois de la bêtise du jeune Byun.

Les deux garçons s'étaient attablés plus tôt dans l'après-midi, l'un devant une pinte de bière aussi gigantesque que la piscine des parents de Junmyeon (sans doute pour noyer sa honte dedans), et l'autre devant un café noir, sans toucher cependant au spéculoos offert avec la tasse.

-Tienfwileleumoichteuplé.

-T'as le droit de sortir la bouche de ta manche pour parler.

Baekhyun releva la tête pour jeter un regard affligé vers son camarade, et s'emparer de la friandise sans autre forme de procès. Junmyeon retint l'acide réplique "t'as pas peur que ça t'arrive directement sur les hanches dont tu passes ton temps à te vanter ?" qui lui brûlait les lèvres et laissa ses yeux se perdre dans le vague, errer entre les passants tous semblables et sur le sol couvert de sacs en plastiques et de mégots de cigarettes.

Il ne savait pas exactement pourquoi il avait encore une fois accepté de se faire traîner par Baekhyun dans son café préféré (ils en avaient essayé des tas avant que Baekhyun ne décide que le meilleur rapport qualité prix était celui du Black Pearl, au coin de la rue de leur université. Junmyeon soupçonnait surtout le jeune homme de profiter -oh, si peu- du fait que la serveuse le trouve parfaitement à son goût pour avoir des ristournes.)

Il ne savait pas non plus pourquoi Baekhyun s'obstinait à s'encombrer de sa compagnie chaque semaine depuis leur première semaine à la faculté, trois ans plus tôt, mais il semblait que Junmyeon s'était attaché au fur et à mesure à cet énergumène sautillant, alors il ne se posait plus de questions.

La seule question qui lui agitait l'esprit à l'heure actuelle était celle de savoir ce que cet énergumène en question avait réellement dans la tête (en-dehors d'un phallus toujours chargé, évidemment).

-Tu voulais lui dire autre chose et tu t'es dégonflé, c'est ça ?

-Non... soupira Baekhyun, mâchonnant avec une lenteur molle les morceaux du gâteau à la canelle.

-Alors quoi, qu'est-ce qui t'a pris ?

-J'en sais rien, et je ne sais même pas pourquoi je me suis retrouvé devant chez lui, pour te dire la vérité.

Junmyeon lui lança un regard équivoque, sous-entendant fortement que Baekhyun devait une fois de plus avoir eu une envie de sexe incontrôlable, mais, chose étonnante, le petit brun lui asséna un coup sur le bras.

-Ne me regarde pas comme ça !

-Mais quoi ? protesta le jeune homme au bras meurtri, j'y suis pour rien si vous passez votre temps à ça, à force, on ne peut que croire que ça a dû tourner au réflexe chez toi !

Baekhyun marmonna quelque chose d'incompréhensible avant d'ingurgiter une longue goulée du liquide ambré que contenait son verre.

-Non, vraiment. Je passais dans le coin, et... J'ai un peu paniqué en passant dans la rue où... Tu sais.

-Oh.

Bien sûr. La rue dans laquelle personne ne saurait sans doute ce qui avait pu arriver à un Baekhyun en pleine décuve. Cela lui trotterait certainement dans la tête pendant un moment.

Ceci dit, Junmyeon ne savait pas s'il devait ressentir de l'admiration ou de l'inquiétude pour son ami. Baekhyun ne paraissait pas si choqué que cela en faisant référence à sa potentielle agression, et tout ce que cela évoquait au président du BDE, c'était qu'il était soit totalement inconscient, soit... Blasé ?

Comme s'il lui était déjà arrivé plus grave et qu'au fond, il ne considérait pas vraiment l'événement comme n'importe qui l'aurait fait. Comme si, de toute façon, cela ne pouvait être source de traumatisme.

Il avait sûrement eu le réflexe de retrouver le chemin de l'appartement de Chanyeol pour cette raison. Cherchait-il inconsciemment à se rassurer ? Probable. L'avait-il analysé de cette manière ? Beaucoup moins.

-Et la seule excuse qui t'est venue à l'esprit pour te justifier, c'est d'avoir eu une envie pressante, constata stoïquement Junmyeon.

-Faut croire.

-T'as vraiment besoin de cours de communication, Byun.

-Va te faire voir.

-Sérieusement, tu ne crois pas que ce serait plus simple si tu admettais directement que tu as simplement envie de pouvoir compter sur Chanyeol autrement que pour satisfaire tes besoins sexuels ?

Baekhyun lui jeta un regard d'incompréhension totale, ses paupières grandes ouvertes sur une perdition sincère reflétée dans ses iris sombres.

-Mais il les satisfait très bien, comment est-ce que je pourrais compter sur lui autrement ?

"Non mais je rêve."

-Je ne sais pas, moi, peut-être que tu as envie d'affection ?

Baekhyun eut visiblement une éclipse cérébrale, les yeux voilés l'espace d'un instant, avant d'adresser un sourire qu'il savait parfaitement idiot à son ami.

-Mais enfin, je t'ai toi, Myeonnie !

"Myeonnie" leva franchement les yeux au ciel et se retint de ne pas passer sa frustration sur la table, ou sur le verre de Baekhyun qu'il était très tenté de lui vider sur la figure.

Au lieu de cela, le jeune homme inspira une grande goulée d'air avant de se lancer.

-Peut-être que tu as envie d'être considéré autrement que comme un sex-toy, tout simplement. Peut-être que tu as envie de passer du temps avec lui d'une façon que tu ne passerais pas avec moi. Peut-être que tu as envie d'avoir la sensation de compter pour quelqu'un comme tu ne comptes pour personne d'autre. Peut-être que tu as envie de ne pas être interchangeable, et surtout, peut-être que tu as envie d'être protégé, Baekhyun.

Quand la voix soudainement ferme et claire de Junmyeon se tut, les deux garçons restèrent à se regarder en chiens de faïence pendant un moment qui leur sembla durer des heures.

Baekhyun ne bougeait plus, et c'était comme s'il ne respirait plus non plus. Sa mâchoire se serrait, et ses mains s'étaient crispées sur son verre de bière.

Junmyeon s'était immobilisé en réalisant que son monologue à priori sorti de nulle part lui paraissait en réalité refléter parfaitement la triste situation psychologique qui était la sienne... Sans qu'il l'ait pour autant choisie, au contraire de son vis-à-vis.

Oui, Junmyeon avait envie de compter pour quelqu'un. Il enviait horriblement Baekhyun qui refusait catégoriquement d'accepter l'attention que Chanyeol lui portait, il enviait atrocement le bonheur de Minseok et Luhan et il enviait terriblement toutes ces personnes qui gravitaient dans l'entourage de Oh Sehun.

"Dégage de mes pensées, toi, ce n'est pas le moment."

Le jeune étudiant se retint de secouer la tête pour chasser les images de son étrange rêve de la nuit passée, et des flashs de Sehun qui parsemaient sa vie et le cheminement de ses pensées depuis trop longtemps déjà, sans qu'il n'ait le moindre contrôle sur eux. Comme s'il était rigoureusement incapable de passer une seule journée sans penser à lui depuis de longs mois, depuis qu'il l'avait vu pour la première fois et qu'il avait développé ce coup de coeur si étrange.

-Je ne peux rien ressentir de tout ça, Jun.

La voix grave et sérieuse de Baekhyun le ramena à la réalité.

-Et pourquoi pas ?

Le regard du petit brun se perdit lui aussi sur les pavés de la rue et les silhouettes plus ou moins colorés qui passaient à côté du café.

-Parce que je ne peux pas, c'est tout. Je ne peux pas plaire à quelqu'un et pour cela, je ne veux pas que quelqu'un me plaise. Je sais très bien que j'aurais du mal à me détacher de Chanyeol, parce que dieu sait que je n'ai jamais eu de plan cul aussi délectable...

-On essaie d'être sérieux, là, grommela Junmyeon.

-Mais je suis sérieux, appuya Baekhyun, je suis très sérieux. J'aurais sans doute du mal à me détacher de lui quand on devra en finir mais en aucun cas je ne veux basculer dans ce délire-là.

-Baekhyun... Pourquoi tu refuses autant de te laisser aller ?

Les mots qu'il se forçait à prononcer brûlaient la mâchoire de Junmyeon de frustration et d'agacement.

-Parce que c'est trop tard. Je ne veux plus aimer. Plus maintenant, plus pour un moment. Et surtout pas quelqu'un comme Chanyeol.

-Quelqu'un comme Chanyeol ?

-Quelqu'un d'aussi peu sûr de ce qu'il veut. Junmyeon, tu n'as pas l'air de comprendre, mais ce type m'a sauté dessus pour la première fois en pensant que j'étais une fille, parce qu'il était trop bourré.

Junmyeon tiqua. Jamais son ami ne s'était exprimé sur son histoire avec le grand jeune homme aux oreilles décollées.

-Mais il s'en est aperçu assez vite quand j'ai pris les commandes, parce que j'étais encore plus alcoolisé que lui.

"Je ne veux rien imaginer de tout ça, pitié."

-Chanyeol est un hétéro qui est en train de se découvrir une sexualité nouvelle. Je suis son essai.

-Et ?

-Et c'est comme d'être la maîtresse d'un homme marié. Même s'il quitte sa femme pour sa maîtresse, celle-ci sera toujours dans un coin de sa tête la figure qui a détruit sa routine bien tranquille et c'est comme un obus qu'on n'a pas désactivé. C'est toujours là, latent, tu attendras toujours qu'il t'explose à la figure.

Baekhyun marqua une courte hésitation en se mordant la lèvre.

-J'ai déjà donné. J'ai déjà donné tellement, et il est hors de question que je cède quoi que ce soit d'autre que mon cul à Park Chanyeol.

Junmyeon se trouva coi, tandis que l'autre continuait.

-Et d'ailleurs, je vais songer à arrêter toute cette histoire, les proportions que ça prend deviennent vraiment ridicules.

Et de se lever en serrant légèrement les dents pour aller régler leurs consommations.

Comprenant qu'il n'en tirerait rien de plus ce jour-là, Junmmyeon se laissa tomber contre le dossier de son siège en soupirant. Qu'avait bien pu vivre Baekhyun auparavant pour être aussi catégorique ? Cela crevait les yeux que si Chanyeol n'avait ne serait-ce qu'une ouverture, il s'amarrerait au plus petit pour ne plus le lâcher. Il était évident pour tous que le petit brun au sourire ravageur portait trop souvent l'odeur du grand Park pour être totalement libre, qu'il était trop couvé des yeux pour être une proie aussi facile qu'avant. Nul doute que quiconque s'approcherait de Byun Baekhyun aurait d'une façon ou d'une autre affaire au grand et frisé Chanyeol.

C'était évident pour tous sauf pour le concerné, hélas.

Junmyeon se renfrogna.

Une partie de lui grandissait et s'emparait de ses neurones fragilisés par ses angoisses profondes. Une partie de lui lui soufflait, lui disait, lui clamait que Baekhyun était un sacré ingrat de refuser pareilles attentions alors que lui ne souhaitait que cela.

Être aimé. Être désiré par quelqu'un au point de vouloir l'avoir pour soi, au point d'avoir besoin de l'assurance qu'il ne l'abandonnerait pas. Être couvé des yeux comme Chanyeol couvait discrètement Baekhyun.

La raison de Junmyeon lui murmura que Baekhyun semblait avoir autant souffert de la présence des autres dans sa vie que lui ne souffrait de leur absence.

Alors sa rancoeur s'évanouit un peu, se disant raisonnablement que si son ennemi était sa famille, les traumatismes pouvaient venir de n'importe où.

Sans oublier que Baekhyun considérait son hypothèse de viol avec une légèreté qui laissait pantois.

Il cherchait simplement à se prouver quelque chose, songea Junmyeon. Il cherchait à se placer comme dominant de sa relation avec Chanyeol, pour ensuite le laisser sur place, comme une vengeance sournoise.

Le prenant ainsi comme exutoir d'un passé certainement infamant, comme des anciens nerds aimaient à séduire les stars des lycées pour se refaire une popularité ? C'était d'un cliché.

"Plus cliché qu'un fils de bonne famille qui fuit le cocon familial parce qu'il réalise qu'il est irrémédiablement gay dans une famille d'homophobes ? Et qui reste dépendant de l'influence de son père malgré tout ?"

Junmyeon se mordit la lèvre. Oh, oui, cela aussi était d'un cliché terrible.

Tellement cliché qu'il n'était presque qu'un concept fantômatique, un être à demi-invisible noyé dans la masse de si nombreux semblables dans la même situation que lui, mais qui ne pouvaient que s'en sortir mieux tant Junmyeon faisait pitié à voir.

Tellement pitié qu'il songeait que c'était le meilleur bienfait qui lui soit arrivé que Sehun ne le voit jamais. Faites qu'Oh Sehun ne le voit jamais, lui et sa déplorable existence, être méprisable, trop lâche et trop perdu dans le monde, suppliait-il intérieurement.

Peut-être Baekhyun et lui n'étaient pas si différents que cela, après tout. Persuadés de leur insignifiance par des personnes anciennement proches, famille, parents, amis, amants, ex.

Oh, les ex-petits amis de Junmyeon n'avaient pas été nombreux, mais avaient bien pris le relais de son père pour lui faire sentir leur déception, leur mépris, le peu d'intérêt qu'il inspirait.

Baekhyun savait-il ce que cela faisait ?

Il ne faisait aucun doute cependant que les deux garçons n'étaient pas prêts de trouver le courage de s'ouvrir leurs coeurs.

Baekhyun l'animal blessé et trop indépendant aux murailles infranchissables, et Junmyeon le fantôme à l'esprit si effondré que même lui ne trouvait plus certaines pièces, rendu incohérent.

-Bah, il est passé où ? grommela Baekhyun, qui venait de revenir du comptoir, regardant autour de lui comme s'il ne voyait plus son ami.

-Baekhyun ? J'suis sous ton nez, abruti.

Mais le petit brun s'étira le cou à la limite du torticolis pour essayer d'apercevoir une silhouette imaginaire au milieu des badauds.

-Il n'est pas parti sans moi, tout de même..?

Le jeune homme ramassa ses affaires en quatrième vitesse, grognant et pestant, tandis que Junmyeon restait assis, la bouche ouverte, rencontrant parfois le regard vague d'un Baekhyun qui, lui, n'avait aucune idée de sa présence.

Réellement invisible.

Alors que Baekhyun amorçait un pas en avant pour enfin quitter la table, avec empressement, Junmyeon laissa échapper un cri paniqué :

-BAEKHYUN !

Et sa respiration lui sembla aussitôt coupée par une vague de terreur.

L'interpellé sursauta tellement fort qu'il en fit tomber son sac.

-Bah, Jun ? T'es revenu quand ? Et...

Baekhyun se dandina sur ses jambes, avançant une main timide vers l'épaule de son ami.

-Pourquoi tu... Pourquoi tu pleures ?



* * *



Une expression plutôt satisfaite sur le visage, Sehun s'étira longuement, ses bras essayant de toucher le plafond. Il émit un long grognement en sentant ses os craquer légèrement et sa nuque se tirer vers l'arrière dans un délicieux tiraillement.

Il avait bien avancé.

Se levant et s'écartant un peu de son plan de travail afin de considérer son travail de haut, avec un peu de recul, Sehun observa les traits de crayons, les ombres poudrées au fusain, et surtout observa le tout former un visage en noir et blanc.

Et puis il soupira en tournant le regard vers sa fenêtre, que le temps grisâtre et vaguement sombre transformait en miroir sur lequel de vieilles gouttes de pluie perlaient.

Sehun considéra son propre reflet, ressentant une émotion étrange se saisir de lui, une sorte de déception teinté d'un agacement en filigrane, à la vue du seul visage qu'il avait à portée d'yeux : le sien. Alors son regard se déporta à nouveau sur son esquisse, et il claqua ses dents entre elles à l'intérieur de sa bouche.

Il avait bien avancé, mais c'était assez pitoyable.

Rien dans ce dessin n'avait d'humanité -et pourtant, Sehun n'avait jamais trouvé son visage très humain, alors c'était dire si la comparaison lui apparaissait comme violente.

Le jeune homme avait longtemps complexé sur ses sourcils qu'il trouvait trop épais et trop sombres à son goût, il n'avait jamais apprécié de voir son visage et de le trouver d'apparence froide, de trouver son regard peu avenant. Il exécrait les remarques continues du style "t'as l'air effrayant" ou "souris, un peu, on dirait que t'essaies de tuer quelqu'un", ou encore "c'est marrant, j'imaginais pas que t'étais gentil, t'avais l'air tout le temps en colère de loin". Le tout avait été à l'origine de nombreuses transformations capillaires, le jeune homme tentant par tous les moyens d'adoucir son fameux regard trop sombre et ses traits pointus, droits et nobles.

Il avait longtemps été blond miel, puis platine. Un été, il avait eu les cheveux mauve, et il avait passé huit longs mois avec les cheveux méchés de toutes les couleurs, en grande partie parce qu'un beau jeune homme du nom de Xiao Luhan lui avait une fois dit qu'il aimait beaucoup l'originalité de sa coiffure, et que ça lui adoucissait drôlement le visage.

Et puis ce petit jeune homme, tellement androgyne qu'il n'était pas vraiment étonnant qu'il aime l'originalité de Sehun, s'en était allé quand le grand coréen l'avait quitté, sans plus supporté le vide impossible à combler de son coeur, la faim d'amour battante en son sein. Et Sehun s'était teint les cheveux en brun-rouge, dans l'intention de revenir doucement à un brun-noir, plus sage, moins tape à l'oeil, plus... Raisonnable.

Comme il avait été raisonnable en quittant la cause de son coeur brisé.

Raisonnable, d'accord, mais un peu de déraison ne lui ferait certainement pas de mal, car comme le constatait tristement Sehun en considérant sa feuille désespérément lacérée à coup de gomme et grisée de traits qu'il voyait comme ratés : le réalisme ne lui allait pas.

Lui qui avait toujours eu pour habitude -et vu comme son point fort- de créer des univers colorés, bariolés, pleins de fantasy et de créations improbables. Créatures imaginaires, fleurs multicolores ou art totalement abstrait, c'était là la passion de Oh Sehun : faire rêver, faire de la poésie avec des crayons, de l'encre ou de la peinture.

Et voilà qu'il essayait à tout prix de dessiner au crayon gris un visage inventé de toutes pièces, mais le plus réaliste possible. Pourquoi diable avait-il eu cette idée ?

Ah, oui : parce que, de toute façon, il n'arrivait plus à rien. Sehun avait fini par se dire qu'il valait mieux essayer quelque chose de totalement opposé à ce qu'il avait l'habitude d'imaginer, et de s'inspirer de ce rêve qu'il avait fait à deux reprises pour dessiner le garçon qu'il y voyait.

Un garçon en noir et blanc.

Sehun laissa ses yeux étirés en amande -et surtout cernés de mauve- errer sur la surface de la feuille qui elle-même avait l'air fatigué d'être si peu inspirante.

Finalement, il se contenta de la soulever de son plan de travail pour la déposer par terre, avec ses autres brouillons, tous couverts de différents matériaux, tous en gris et argenté.

Il attrapa son portable pour taper un message rapide qu'il envoya à plusieurs personnes directement -il n'allait tout de même pas passer des heures à retaper un message simplement pour changer la salutation, tout de même.

"Tu serais ouvert à t'envoyer deux-trois bières, ou plus, dans le ventre avec moi ?"

Les réponses de Taemin, Jongin, Chanyeol et de deux filles de sa classe, Sulli et Krystal, amenèrent un grand sourire sur ses petites lèvres, plissant ses yeux à défaut de lui faire ressentir une authentique explosion de joie.

Il appréciait beaucoup ses camarades, mais à vrai dire, il se sentait plus de se saoûler plutôt que de parler avec eux du sens de la vie.

Sehun avait toujours souhaité partager des rêves, des concepts de dessins, des histoires intimes ou farfelues, ou encore des réflexions métaphysiques avec une personne, une personne qui lui serait chère et spéciale. Cette personne, il avait voulu la voir dans un jeune homme androgyne qui faisait l'amour avec un talent rare, et il avait été victime d'une bien cruelle illusion. Alors, à présent, il apprenait à rester un être socialement adapté tout en continuant d'attendre cette relation, comme un jeune homme un peu vieux-jeu.

Ce soir, Sehun boirait simplement en riant aux éclats, et peut-être que l'alcool lui donnerait au moins quelque chose de plus, de nouveau, à dessiner.



* * *



[ ... ]

Il n'était presque plus qu'un concept fantômatique, être invisible noyé dans la masse de si nombreux semblables. Un être en perdition qui ne souhaitait qu'une chose.

Être aimé. Être désiré.

Couvé, choyé... Embrassé ?

Fantôme à l'esprit trop effondré pour voir plus loin que les jeux ironiques du destin.

[ ... ]



* * *



Minseok se frotta les yeux en s'écartant de son écran pour boire une gorgée de thé. Il grogna quand une mèche rouge un peu trop longue lui chatouilla le nez. La sensation, combinée à ses yeux qui piquaient un peu d'être restés trop longtemps fixés de si près sur la lumière bleutée, lui donna envie d'éternuer.

Il regarda sa montre en soupirant délicatement. Luhan avait dit qu'il le rejoindrait sous peu, dans environ quelques minutes, alors où était-il ?

Peut-être s'était-il endormi, songea en souriant tendrement Minseok, avant de se remettre à son travail d'écriture.

Comme cela lui faisait du bien de se plonger dans ces mondes à nouveau. D'être happé par une nouvelle histoire, d'être enfin sur le point de raconter, de cracher sur son écran ce qui tournait dans sa tête depuis si longtemps. De sublimer ses propres questionnements et de créer une histoire qu'il maîtriserait de bout en bout.



* * *



-Bon, Luhan, j'suis ton coloc', pas ta mère ! explosa un petit jeune homme aux cheveux noirs et aux yeux ronds, qui pour l'heure avait froncé ses sourcils épais et pincé ses lèvres pulpeuses, habituellement en forme de coeur.

-Mais quoi, Kyungsoo ?

-Dégage de la cuisine et va dans le salon, l'appartement est assez grand, merde !

-Mais je veux que tu m'aides, moi ! pleurnicha faussement le chinois.

-Mais à quoi, enfin ? soupira l'autre en levant les yeux au ciel, quittant un instant sa poêle pleine de légumes frits.

-J'veux envoyer un message à Sehun mais je bloque.

-Ah.

-Nan, Oh. Oh Sehun.

-Très drôle.

Luhan grogna et se tira une mèche de ses propres cheveux brun sombre d'un geste quasi-désespéré.

-Faut pas que ça soit confondu avec une demande de rendez-vous amoureux, faut pas que ça fasse trop distant, faut pas que j'ai l'air d'un mec qui veut coucher parce que ça va mal dans sa vie ou avec son copain, faut pas que je ressemble au type fourbe qui veut narguer son ex... énuméra le jeune homme, au comble de la perdition.

Son colocataire souffla bruyamment.

-Tu m'as confondu avec quelqu'un que ça intéresse, Luhan.

-Hé ! gémit le chinois, c'est ma réplique, ça !

-Non. C'est ma réplique, et tu l'utilises plus souvent que moi parce que tu l'adores. Parce que je suis le meilleur et que je t'ai tout appris, et que tu as beaucoup de respect envers ton maître.

-Il va dégonfler, melon, là ?

-Melon t'emmerde. Vas voir un psy et arrête de déranger ma cuisine.

-Soo ! S'il te plaît, t'es toujours de bon conseil et Kris ne me répond pas...

"Soo" grinça des dents et se tourna finalement vers son colocataire.

-C'est pas en m'informant que je ne suis qu'un remplaçant que je serais plus motivé à t'aider à rédiger ton message à la con.

-Allez ! supplia Luhan, réduit aux plus mignons des aegyos et autres mimiques se voulant absolument mignonnes et destinées à faire fondre le coeur de pierre de Kyungsoo.

-Bon. Tu lui veux quoi, à Sehun, exactement ?

Luhan retint une exclamation du type "youpi !" qui, outre le fait que cela risquerait d'exaspérer Kyungsoo au plus haut point, le ferait se sentir encore plus ridicule qu'il ne l'était déjà à son goût.



* * *



Considérant avec hésitation la boule respirante sous sa couette, Jongdae restait sur le pas de la porte de sa chambre. Un plateau se tenait un peu tristement entre ses mains, avec un bol plein de riz parfumé et un autre de viande fumante, une tasse de thé et une assiette de légumes.

Devait-il réveiller Yixing pour le faire manger ?

La question s'imposait à lui, en effet, car le jeune homme passait la majeure partie de son temps à dormir depuis leur fuite du BDE-"majeure partie" voulait dire ici qu'en trois jours, il n'était resté éveillé que deux bonnes heures. Et encore, seulement si Jongdae arrondissait.

Cela trouvait une logique dans l'idée que Yixing avait certainement quelques dizaines d'années de sommeil à rattraper. Ceci dit, Jongdae se sentait relativement confus sur le fait de le laisser sans manger durant tout ce temps où il aurait envie de dormir comme un bébé. Il était bien humain, et à sa connaissance, le proverbe "qui dort dîne" n'était pas vraiment appliquable à un humain scientifiquement parlant.

Mais... Yixing dormait si bien.

Les lèvres légèrement entrouvertes sur un souffle parfois un peu sifflant, ses doux traits apaisés et ses sourcils tout en demi-cercles au milieu de son front, absolument pas froncés. Les fossettes légèrement apparentes en une esquisse de sourire, signe de son sommeil doux. Les paupières lissées, sans le moindre plissement de peau, avec, en-dessous, des yeux qui roulaient calmement, preuve que Yixing faisait certainement de beaux rêves. Il était en position foetale, les genoux repliés contre son torse alors qu'il dormait sur le côté (face au côté de Jongdae, même s'il était vide pour l'heure. Lorsqu'il se couchait à ses côtés, Yixing posait toujours dans son sommeil une main sur son ventre ou sur son bras). Ses doigts osseux étaient repliés eux aussi en petits poings ronds, ramenés juste devant son visage comme l'aurait fait un petit enfant.

Oui, Yixing dormait si bien -et Jongdae se disait qu'il n'avait pas vraiment eu de repos psychologique depuis un bon moment, en plus de cela- qu'il semblerait criminel à n'importe qui de le tirer de son sommeil aux rêves apparemment calmes.

Se mordant la lèvre et laissant échapper un léger juron à voix basse, Jongdae finit par s'approcher à pas de loups de la table de chevet du côté de Yixing pour y déposer le plateau, en prenant un soin excessif à ne pas le renverser sur le sol -après tout, c'était lui l'ange gardien à présent, il se devait de prendre soin de sa propre maladresse seul.

La nourriture posée, Jongdae s'agenouilla face à la nuque de Yixing et se laissa aller à poser son menton sur le matelas, pour déposer un baiser aérien sur la peau pâle qui devenait mauve dans la semi-obscurité de la chambre.

Il observa la peau se parsemer d'une légère chair de poule et s'amusa à embrasser tout le cou qui lui était exposé, à humer l'odeur un peu épicée des cheveux bruns, à caresser du bout de l'index, tendrement, l'épaule qui dépassait de sous la couette.

Yixing soupira dans son sommeil et remua un peu, comme pour se rapprocher de la source des baisers qui se déposaient incessemment sur sa chair douce. Jongdae sourit, avant de prendre l'épaule dans sa paume pour faire se retourner doucement le jeune homme.

L'adorable ex-fantôme suivit sagement le mouvement imposé, sans ouvrir les yeux, ni que sa respiration ne change cependant. Jongdae eut envie de pouffer de rire, attendri, mais se contenta de frotter son nez au sien.

-Comment est-ce que j'ai bien pu faire pour vivre sans toi toutes ces années, dis-moi ?

Peu importait que cette phrase semble d'un romantisme échevelé et à la limite du ridicule, Jongdae songeait très sérieusement en posant sa tête sur ses mains, sur le matelas, pour regarder à loisir Yixing dormir, qu'il n'avait plus aucune chance de pouvoir se passer de sa présence dans sa vie désormais.

C'était si étrange.

Cela faisait tout juste sept mois qu'il avait connaissance de son existence. Et tout juste trois qu'il savait avec certitude qu'il en était tombé amoureux. Amoureux fou.

Folie amoureuse, oui.

Mais c'était comme s'il avait toujours été là, après tout. Cette étrange sensation au creux de son ventre était plus puissante que n'importe quoi, plus puissante que la plus assommante des certitudes, plus puissante que la plus frappante des évidences.

Yixing semblait bien être l'autre partie de sa vie, celle que tous les hommes recherchent, consciemment ou pas, parfois sans jamais la trouver en plusieurs vies, parfois sans savoir qu'elle est juste sous leur nez.

Il y avait bien quelque chose de magique dans leur relation.

Et qu'importait que Jongdae croit ou non à la magie, désormais, il croyait en Yixing.

-Allez... Réveille-toi, petit ange, sourit le coréen.

Ce fut tout contre ses lèvres qu'il répéta encore une fois le surnom qu'il trouvait tout à fait approprié pour leur histoire. Il ponctua son appel d'un baiser, prolongea un peu le contact de leurs lèvres, et répéta encore une fois, toujours avec autant de douceur dans la voix.

-Réveille-toi, Xing... Mon Yixing.

Les paupières papillonnaient enfin, les longs cils allaient et venaient devant les prunelles sombres aux pupilles encore dilatées de sommeil. Jongdae passa de nouveau son index sur la pommette chaude, et sa caresse descendit jusqu'à la fossette gauche, la plus petite des deux, près des lèvres roses qu'il embrassa brièvement de nouveau.

Où diable trouvait-il toute cette mièvrerie ? Si un jour on lui avait dit qu'il serait aussi écoeurant que Luhan espionnant Minseok durant leurs années collège, il aurait rit au nez de la personne importune, très fort et très longtemps.

Une pensée le traversa où il s'imagina, non sans retenir un éclat de rire, la tête de Byun Baekhyun devant une scène pareille. Le pauvre devrait probablement se faire embarquer aux urgences après un cri suraigü qui résonnerait dans toute la ville et un infarctus dans les règles de l'art.

Mais qu'importaient les regards des autres à présent, Jongdae aimait tellement se plonger dans celui de Yixing qu'il ne s'en priverait plus pour tout l'or du monde.

Tout l'amour et l'affection qu'il détectait dans les yeux endormis lui apparaissait comme le plus beau trésor qu'il pourrait jamais découvrir.

Jongdae était bel et bien amoureux.

-Da... Dae ? articula Yixing alors que les doigts de l'interpellé fourrageaient délicatement dans ses mèches brunes.

-Xing... Tu n'as rien mangé depuis que tu es ici. Je voudrais que tu essaies d'avaler quelque chose... S'il te plaît, tu dois en avoir vraiment besoin.

L'ex-fantôme fronça légèrement les sourcils en essayant d'assimiler pleinement ce que "manger" impliquait pour lui. Ses yeux se posèrent sur le plateau que son nez détectait déjà, et l'odeur de viande grillée et d'autres nutriments qu'il découvrait à l'instant causèrent des sensations de tiraillements étranges dans le creux de son estomac.

Surpris, il se redressa en posant une main sur son ventre et jeta un regard inquiet à Jongdae, qui n'avait pas bougé, souriant toujours niaisement, la tête posée sur ses mains à plat sur le bord du lit.

-Dis... ça fait mal, mal au ventre. Je trouve que ça sent... Bon, mais ça fait mal... Pourquoi ?

Bingo.

-Parce que tu as faim. Tu dois manger, Xing.

-Mais...

L'hésitation lui fit écarquiller les yeux.

-Je...

Son regard fixa le plateau de victuailles, puis Jongdae, puis les assiettes, puis Jongdae, puis encore la nourriture, puis encore Jongdae.

-Je... Je ne sais pas comment faire.

Le coréen eut un instant d'absence, puis se sentit monter l'envie de se frapper le front avec le plat de la main.

Cela semblait évident que le pauvre Yixing avait tout à réapprendre de la vie. De tous ses aspects.

-Je vais t'aider, évidemment, sourit-il, finalement.

Il grimpa sur le lit, devant le regard curieux de Yixing, et attrapa le plateau avec une dextérité qui lui était inhabituelle (euphémisme éclatant) pour le poser entre eux, alors que le chinois s'asseyait en tailleur, se faisant le reflet attentif de Jongdae.

Le jeune homme brandit une paire de baguettes, pour s'emparer d'un morceau de viande qu'il commença à porter à sa propre bouche, décomposant bien les mouvements que Yixing devrait reproduire par la suite. Il mâcha doucement, et ingurgita le morceau de viande en portant une boulette de riz à sa bouche pour l'accompagner. Il tendit ensuite le bras vers Yixing, s'attendant à un futur problème :

-Essaye d'abord d'avaler, sans nourriture dans la bouche. Fais comme moi.

Yixing déglutit aussitôt, avec un bruit et une force un peu exagérés, en élève sage et consciencieux. Jongdae fut soulagé de voir qu'il contrôlait le mouvement volontaire et le différenciait du réflexe instinctif, car, connaissant sa propre difficulté à avaler des comprimés avec de l'eau lorsqu'il était malade, il ne voulait pas prendre le risque d'étouffer un jeune homme qui n'avait rien mangé en toutes ces années.

Tranquilisé, Jongdae commença doucement et éleva une boulette de riz à la hauteur de la bouche de Yixing, qui, sagement, prit les bouts de baguettes en métal entre ses lèvres pour ingurgiter les grains blancs collés.

Hésitant au début, sa mâchoire se fit peu à peu curieuse et Jongdae le vit mâcher avec une concentration stupéfiante pour une boulette de riz, ô combien attendrissante.

Finalement, Yixing avala tout rond soudainement, suivant ses nouveaux instincts corporels et ouvrant lui-même les yeux tous grands, agréablement surpris.

Jongdae retint un petit rire et se contenta d'un sourire émerveillé : Yixing, son Yixing, mangeait. Comme lui, comme n'importe quel jeune garçon de leur âge, comme l'humain qu'il était devenu.

Comme son petit-ami officiel, aussi homme que lui.

(Le jeune coréen eut soudain beaucoup de mal à ne pas se jeter sur Yixing pour le plaquer contre l'oreiller et l'embrasser comme jamais, à cette constatation.)

En face de lui, Yixing était toujours aussi attentif aux signaux de son corps et laissa échapper une exclamation satisfaite.

-Oh ! Ce... ça fait du bien !

Jongdae ne se retint plus et pouffa franchement de rire tant la situation était à la fois diablement touchante et tout à fait saugrenue.

-Quoi ?

-Rien, souffla-t-il en se penchant au-dessus du plateau pour embrasser la ligne de mâchoire toute fine du doux et innocent Yixing. Ce faisant, il récolta un sourire timide et lumineux qui déclencha une nuée de puissants frissons dans son bas-ventre, qu'il essaya de calmer, de toutes ses forces.

Il répondit simplement au sourire de Yixing en lui tendant cette fois un morceau de viande.

Il continua de le nourrir en souriant largement, des étoiles dans les yeux, s'amusant parfois des réactions surprenantes de son vis-à-vis, et se penchant pour embrasser son visage un peu partout à chaque fois qu'il en ressentait l'envie (c'était-à-dire à peu près toutes les trois minutes).



* * *



-Tu as bientôt fini, Junmyeon ?

Le président du BDE releva les yeux derrière ses lunettes rondes, qu'il ne mettait que pour coller le nez aux mots bleus qu'il traçait à vitesse grand V sur ses tonnes de papiers administratifs.

Croisant le regard de Sehun soudainement, sans vraiment s'y attendre car sa voix venait tout juste de le tirer de sa concentration, le jeune homme ouvrit silencieusement la bouche pendant une ou deux secondes sans rien dire.

-Oh, euh... Encore une dizaine comme celle-ci, fit-il en désignant la feuille qu'il était en train de remplir.

Le grand Sehun se dandina un peu devant lui, comme hésitant sur la formule à employer, pour finir par lancer d'une voix timide :

-Tu... Tu veux qu'on aille prendre un verre, après, quand tu auras fini tout ça ? Je dois finir un dossier mais je n'en ai plus pour très longtemps non plus...

Sehun n'avait pas envie de rentrer chez lui comme une feuille froissée se jette toute seule dans la corbeille à papier, comme un brouillon attend un essai qui n'arrivera jamais. Mais il n'avait pas non plus envie de boire à nouveau en riant aux éclats avec Chanyeol, Taemin, Jongin, Sulli ou Krystal. Ce soir, il avait envie de passer du temps avec Kim Junmyeon, et son calme, son mystère, ses semblants de douceur.

Il voyait Junmyeon comme une personne dont il ne savait rien, mais qui lui inspirait instinctivement respect, apaisement et confiance.

Et ce soir, Sehun avait envie d'en profiter pour savoir -enfin- s'il avait raison de ressentir cela quand il voyait le président du BDE. Il était avide de découvrir une personne différente de ses amis joyeusement surexcités, il avait envie de profiter d'une occasion rare pour prendre un dernier verre, en toute amitié, en toute simplicité.

La simplicité avait, il fallait le dire, souvent manqué à la vie de Sehun.

-Si... Si tu veux, bredouilla Junmyeon, décontenancé par la demande du plus jeune.

Le benjamin du bureau des élèves lui offrit un sourire un peu hésitant, mais sincère qui retourna le coeur du plus âgé.

Oh Sehun lui avait sourit. Il lui avait sourit à lui. Lui, là, lui.

C'était impossible.

Impossible.

Junmyeon allait se réveiller, ouvrir les yeux en sueur et des larmes perlant sur les joues, comme toutes les nuits, en réalisant que cette cruelle illusion n'était qu'un énième tour de son inconscient.

Dès que Sehun eût le dos tourné, préparant ses affaires et les papiers qu'il allait déposer dans le bureau du secrétariat en partant, Junmyeon sentit ses mains commencer à lui faire défaut, à trembler de stress.

Il y était, il allait se réveiller de ce rêve trop doux et plus atroce qu'un de ses cauchemars habituels.

C'était évident.

Car c'était impossible qu'Oh Sehun lui ait sourit, à lui, n'est-ce pas ?

Le grand jeune homme quitta le bureau aux portes bleues en laissant la porte entrouverte, comme pour assurer à Junmyeon qu'il ne serait pas absent longtemps.

Le président fixa ses yeux noirs sur cette porte, sans bouger, essayant sans y parvenir de faire le vide dans sa tête. Toujours persuadé qu'il vivait une illusion, il ne parvenait pas à se défaire du stress de l'attente de l'éveil.

Sehun ne mit pas longtemps à revenir, mais pour Junmyeon, cela avait semblé être des heures, un long morceau d'éternité pendant lequel des monstres aux yeux fluorescents, personnifications de ses angoisses, rationnelles ou non, rugissaient dans sa tête.

Et son âme rugit elle aussi de désespoir quand Sehun se figea sur le pas de la porte, réalisant une peur encore pire que l'échéance de son réveil pour Junmyeon.

Ses yeux passèrent devant lui sans le voir.

Comme Baekhyun, durant cette sortie du week-end.

Comme s'il n'existait pas.

-Mais... Il ne m'a pas attendu ? murmura le jeune artiste, interloqué.

C'était bien un cauchemar. C'était bien cette mise en scène récurrente et pourtant chaque nuit renouvellée où Junmyeon rêvait qu'il n'existait plus.

Mais cette amertume dans sa gorge qui lui donnait envie de vomir était bien présente, elle, le rappelant à la réalité, le persuadant que tout ceci était réel.

Que les yeux de Sehun le traversaient pour de bon.

Que les questionnements et la déception qu'il lisait dans son regard étaient bien vrais.

-Sehun... Pas toi... Regarde-moi, supplia Junmyeon d'une voix si rauque et si basse que personne ne pouvait l'entendre de toute façon.

Comme si son corps lui-même n'y croyait plus.

Le plus jeune baissa les yeux, arborant à présent une mine si triste que Junmyeon ressentit une culpabilité brusque lui faire éclater le coeur, sans savoir pourquoi, car, bon sang, pourquoi Sehun serait-il attristé de son absence ?

Alors Junmyeon bondit, renversant sa chaise, martela ses doigts contre ses tempes battantes, et voulut hurler, hurler sa présence, hurler son incompréhension, son impuissance, hurler son existence.

Mais pas un son ne sortit de sa bouche.

Et Sehun sursauta en entendant la chaise du bureau s'effondrer au sol dans un vacarme assourdissant sans raison apparente.

Junmyeon trouva la force de s'enfuir avant lui, se mettant à courir à perdre haleine dans les couloirs déserts, laissant en plan le jeune artiste aux jambes flageolantes et son aveuglement involontaire. Ses jambes le portaient tout juste, il avait cette étrange sensation de voler, de flotter au-dessus du sol, comme s'il était si léger que le moindre mouvement le faisait se perdre dans l'atmosphère.

Comme un fantôme.

Le goût amer et vomitif de la panique envahit à nouveau la bouche de Junmyeon alors qu'il se ruait chez la seule personne qui serait à même de le tranquiliser, la seule personne qui l'avait un jour vu alors qu'il se perdait dans un monde qu'il détestait, reniait, mais ne voulait pas quitter si vite. La seule personne qu'il avait autorisé un jour à voir ses larmes, et un autre jour à les essuyer.

Jongdae.

"Pourquoi toi ? Je n'en sais rien mais je t'en supplie, dis-moi que tu me verras encore une fois."



* * *



Toujours aux portes bleues, Sehun fronça le nez en regardant partout autour de lui, et après une hésitation, s'avança pour récupérer les affaires que Junmyeon semblait avoir oublié sur son bureau.

"Pourquoi es-tu parti avec tant d'empressement, toi qui es toujours si calme et si organisé ? Pourquoi as-tu l'air de m'avoir posé un lapin sans vraiment l'avoir voulu toi-même ?"

Ces questions, Sehun les poserait à Junmyeon lorsqu'il lui rapporterait ses affaires oubliées.

"Et merde. Faites que je ne commence pas tout juste à m'intéresser à un amoureux de la fuite, encore une fois."















Commentaire de l'auteur Voilà, c'est fini ici.

Merci à Nihana, Inheritance, Shanelle, Sungra, Asticoo, Hobiwan, Cherry Merry, Ipiu pour leurs encouragements réguliers (surtout à Inheritance, Cherry Merry et Shanelle -je t'ai répondu cette fois, j'ai réussi♥- qui endurent tout particulièrement mes retards de réponse terribles dans les commentaires et qui continuent pourtant, je vous aime, merci merci pour votre patience) et merci aux autres, qui commentent, qui lisent, qui favorisent, ça me fait terriblement chaud au cœur.

Oh, et si vous cherchez de la lecture, comme toujours, leurs comptes à toutes valent le coup, tentez l'aventure !

N'hésitez pas à laisser un commentaire si ce chapitre vous a plu, déplu, si vous avez des questions, des remarques, bref, je serais comme toujours très heureuse de lire vos avis, d'autant que j'ai beaucoup de doutes sur ce chapitre, son utilité, sa clarté. Et sur le fait qu'il vaille le coup de vous avoir fait attendre aussi longtemps... Encore pardon, j'suis un gros caca.

La suite devrait mettre bien moins de temps à arriver, je ne peux rien promettre, mais j'ai repris ma vie normale mdr. Donc je devrais reprendre le bon rythme, à priori. Bref.

LA VACHE QU'EST-CE QUE JE BLABLATE CE SOIR. Pardon T_T

Merci d'avoir lu, en espérant vous retrouver bien vite à la prochaine ♥

XOXO, Ako. (twitter : @AkoTianCissnei)

PS : suite à plusieurs questions qui m'ont été posées, petites informations (Inheritance, notamment, héhé!:3) Oui, Kyungsoo aura un (petit) rôle dans l'histoire et NON il n'y aura pas de KaiSoo dans LMDJ. Et techniquement, le TaeKai c'est une BROMANCE. XD Il me faut un peu d'hétérosexualité ici, histoire de rester un minimum crédible, ouin ;;
Non les Super Junior n'auront pas de place dans l'intrigue. A part Henry -et encore- et Amber, les membres des autres groupes mentionnés ne servent qu'à combler les trous.
Non, Tao n'apparaîtra pas dans l'histoire, à aucun moment ! :p Ou alors peut-être en tant que personnage de fond, genre un pote de Sehun à la limite.

Voili, chalut chalut ♥
  Commenter ce chapitre 
<< ( Préc ) ( Suiv ) >>



© Fanfic Fr 2003 - 2020 / Mentions légales