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Travail scientifique: L´auteur fanfiction
 par   - 291 lectures  - 3 commentaires [05 décembre 2021 à 21:22:58]

Karl Helbig, un étudiant allemand, entreprend un travail scientific sur la fanfiction francaise comme genre litteraire. Quels sont vos opinions sur ses questions?


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Big Bang

Dream Far my Love [GTOP]
[Histoire Terminée]
Auteur: M6 - Lucifer Vue: 104
[Publiée le: 2017-02-18]    [Mise à Jour: 2017-02-18]
G  Signaler Romance/Tragédie/Yaoi (HxH)/Song-Fic/Tranche de vie/Univers alternatif/Psychologique Commentaires : 3
Description:
" Chaque jour, venir travailler, afficher un sourire pour avoir l'air confiant et sûr de soi, traiter des patients, affronter la perte et voir la tristesse sur le visage de la famille, ou bien sauver une vie et endurer leur joie, et pour finir, après une journée à se mettre au service d'autrui, oublier son rôle de médecin et reprendre celui d'homme de tous les jours. Endosser à nouveau le rôle de victime. Endosser à nouveau le rôle de la famille. "
Crédits:
Le GTOP ne m'appartient pas, YoungBae non plus.
L'histoire est de moi.
La chanson proposée ne m'appartient pas (Adèle - Hello).
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Dream Far my Love

[16102 mots]
Publié le: 2017-02-18Format imprimable  
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Dream Far my Love
Kwon JiYong (G-Dragon) x Choi SeungHyeon (TOP) - GTOP
song : Adele - Hello

24 décembre 2015

- Vous vous sentez mieux ?
J'entrais dans la chambre après en avoir reçu l'autorisation par ma patiente, essayant d'afficher un sourire en ce soir de fête.
- Beaucoup mieux, me répondit-elle, merci.
- Je vous en prie.
Je n'avais rien à contrôler ou à lui prescrire, je n'avais rien à voir avec elle, et pourtant je m'attardais dans la pièce. Je lui demandais comment est-ce qu'elle allait, et je restais. Je restais parce que je ne voulais pas partir, et ça je le faisais tous les soirs, avec tous mes patients.

- Une bonne partie de vos collègues sont déjà rentrés chez eux pour le réveillon, me dit-elle d'une voix douce, et bien que je vous adore JiYong, vous ne voulez pas en faire de même ?
Un sourire presque triste que je ne parvenais pas à contrôler se dessina sur mes lèvres, et alors que je tentais de retrouver une expression sereine, je refermais doucement mes bras autour de moi, serrant le dossier de ma patiente contre mon torse.
- Si, lui répondis-je à voix basse, je ne vais pas tarder.
Ces simples mots suffirent à la faire sourire, d'un sourire franc et débordant d'une sorte de sympathie que je ne parvenais pas à comprendre. Je ne parvenais pas à comprendre tout cet enthousiasme de sa part alors qu'au fond elle ne me connaissait pas. Je n'étais que la personne qui l'avait soignée, une parmi toutes les autres.

- Passez une bonne soirée, me dit-elle, le regard brillant.
Je la saluais d'un signe de tête pour la remercier tout en lui répondant :
- Merci, vous aussi.
Elle me sourit à nouveau, mais je détournais malgré moi bien vite mon regard, ayant du mal à supporter une quelconque joie venant de qui que ce soit ces derniers temps, et je ne m'attardais pas d'avantage dans la pièce, bien que ce fut à contre cœur.

Je ne voulais pas terminer ma journée. Pas encore. Ce schéma devenait récurrent, et je n'en pouvais plus. Je ne le supportais plus. Chaque jour, venir travailler, afficher un sourire pour avoir l'air confiant et sûr de soi, traiter des patients, affronter la perte et voir la tristesse sur le visage de la famille, ou bien sauver une vie et endurer leur joie, et pour finir, après une journée à se mettre au service d'autrui, oublier son rôle de médecin et reprendre celui d'homme de tous les jours. Endosser à nouveau le rôle de victime. Endosser à nouveau le rôle de la famille.

J'empruntais les escaliers pour rejoindre l'étage où se trouvait mon vestiaire et prenait le temps, une fois arrivé, de me changer, laissant définitivement le médecin derrière moi pour ce soir. Je prenais mes affaires et refermais mon casier dans un soupir avant de quitter les lieux et de me diriger cette fois-ci vers les ascenseurs.

Les portes métalliques ne tardèrent pas à s'ouvrir sur trois de mes collègues, eux aussi sur le départ. Je les saluais d'un signe de tête tout en entrant mais ne prenais la peine de dire quoi que ce soit, n'ayant pas le cœur à essayer d'avoir l'air d'aller bien alors qu'intérieurement c'était tout le contraire. Et ça je savais qu'ils en étaient tout aussi conscient que moi.
L'ascenseur se stoppa, et ils s'écartèrent tous pour me laisser passer, sachant pertinemment où est-ce que je me rendais. La tête basse, je m'avançais pour sortir de cette cage de fer et alors que je traversais le couloir, j'entendais des murmures. Ils étaient toujours là en permanence. A chaque fois que je descendais à un étage il y avait toujours quelqu'un pour chuchoter je ne sais quel message de pitié dans mon dos. Mais je n'en pouvais plus de ces messes basses. C'était insupportable.

Faisant de mon mieux pour les ignorer, je continuais ma route sans me soucier de personne ni des décorations de Noël omniprésentes autour de moi. Elles dégageaient une aura lumineuse et joyeuse que je leur enviais.

M'arrêtant devant la chambre 25, je laissais mes doigts glisser sur le numéro gravé avant de baisser les yeux jusque sur la poignée. Ouvrir cette porte me semblait un peu plus difficile chaque jour. J'avais l'impression que c'était tous les jours faire un pas de plus vers un fossé. Et pourtant je continuais de l'ouvrir, quitte à me mettre à courir vers cette fosse.

Refermant mon poing sur la poignée, je l'abaissais doucement avant de pousser la porte, sans un bruit, alors que je n'avais pourtant personne à déranger. Mais je préférais me donner l'illusion que c'était le cas. Je préférais me donner l'illusion qu'un jour, en ouvrant cette porte, les choses auraient changé, que j'arriverais à le réveiller en faisant du bruit, qu'il ouvrirait les yeux pour me regarder. Que SeungHyeon ouvrirait enfin les yeux pour me regarder.
Mais en ouvrant la porte il n'y avait jamais rien de tout ça. Il n'y avait que lui, allongé dans un lit d'hôpital, les yeux clos et un tube dans la gorge. Il y avait toujours le bruit de l'assistance respiratoire, accompagné par celui du moniteur cardiaque, qui régnait dans la pièce. Il n'y avait plus aucune vie ici. Il n'y avait que ça.

* * *

3 février 2008

La respiration saccadée, la peau en sueur et le corps endolori, je prenais malgré moi la décision de me lever, sachant pertinemment que j'avais des choses à faire, bien que l'idée de rester ici avec lui ne me déplaisait guère. Et apparemment à lui non plus.
- Tu te sauves déjà ?
Je lui jetais un regard et ne pus m'empêcher de sourire en voyant l'expression pour le moins sensuelle de son visage et ses yeux brillants d'ardeur.
- On est en plein milieu de la journée, lui répondis-je tout en cherchant mes vêtements au milieu de la salle de repos, j'ai des patients à voir, et toi aussi.
- Non, pas avant une heure, me contredit-il.
- C'est pas mon cas, lui répondis-je, presque à contre cœur.

Je ne travaillais à l'hôpital que depuis une semaine et n'avais fait la connaissance de SeungHyeon que la veille au soir, et si on m'avait dit qu'aujourd'hui je coucherais avec lui sans même le connaître, j'aurais probablement rit au nez de la personne.

Après avoir rassemblé mes vêtements, je commençais à me rhabiller, tout en sentant son regard sur moi. Cela avait un côté tout aussi flatteur que pervers, mais j'étais loin de m'en plaindre, bien au contraire.
- Faire le tour du monde.
Je tournais la tête vers lui, le regard chargé d'incompréhension face à ce qu'il venait de me dire. Je cherchais la moindre trace de moquerie voire même de folie sur son visage, mais je n'y décelais rien. Il n'avait que ce sourire en coin dont j'ignorais totalement la raison.

- Je te demande pardon ? l'interrogeais-je, en quête de réponse.
Il baissa la tête quelques instants avant de relever les yeux vers moi et de me dire :
- C'est mon rêve, mon plus grand rêve, faire le tour du monde. Respirer de l'air pur, voir des paysages extraordinaires, se sentir vivant.
Je fronçais les sourcils face à cet aveu, n'étant toujours pas en mesure de comprendre ce que cela voulait dire. Et ce qu'il ajouta ne m'aidait guère à trancher :
- Ma plus grande peur c'est l'abandon. Ne plus avoir personne autour de soi, sentir qu'on a perdu la confiance et l'amour de tout le monde.
Son plus grand rêve et sa plus grande peur. Qu'est-ce que ça voulait dire au juste ?

SeungHyeon me souriait toujours, mais au-delà du charme, cela avait désormais un côté insupportable. Je détestais rester dans l'ignorance, et en cet instant, ce n’était ni plus ni moins ce qui était en train de se passer.
- Pourquoi est-ce que tu me dis tout ça ? lui demandais-je, tout en attrapant le haut de mon uniforme de travail.
Il se redressa, prenant appui en arrière sur ses deux mains ; son regard ne me lâchait pas, j'avais l'impression qu'il était en train de me dévorer.
- C'est ce que ma mère me disait quand j'étais petit, me dit-il.
Je lui jetais un regard étrange avant de lui demander, tout en enfilant mon haut :
- Elle te disait quels devraient être tes rêves et tes peurs ?
- Non, me contredit-il, elle me disait que c'était la base d'une relation à deux.

Je fronçais à nouveau les sourcils mais ne put m'empêcher malgré ça de sourire, avant de m'appuyer dos au mur, les bras croisés.
- C'est à dire ? lui demandais-je, pour plus de précision.
Il se redressa entièrement, s'asseyant en tailleur au milieu du lit, comme s'il avait l'intention de me faire une déclaration, avant de me dire :
- Pour avoir une relation durable avec quelqu'un il faut être honnête, et d'après elle ça commence par-là, se dire son plus grand rêve et sa plus grande peur, parce qu'un fois que c'est fait, il n'y a plus vraiment de secret.
Je l'écoutais attentivement, ne songeant pas un seul instant à l'interrompre.
- Après ça, reprit-il, ensemble, on fait du rêve de l'un celui de l'autre et de nos peurs un mauvais souvenir, et c'est la perspective de réaliser ce rêve pour la personne qu'on aime qui nous fait avancer, parce qu'on est prêt à tout pour la rendre heureuse.

Désormais, je pouvais peser l'importance de son aveu, et j'avouais sans scrupule que ce n'était pas une idée à laquelle j'avais songé en entrant avec lui dans cette salle de garde. Loin de là. Mais malgré ça, je ne pouvais m'empêcher de sourire ; c'était incontrôlable.
- Tu souhaites avoir une relation durable avec moi ? lui demandais-je, en relevant les yeux vers lui.
- Ça m'en a tout l'air, me répondit-il, avec un air presque satisfait.

Savoir que quelqu'un s'intéresse à nous, savoir qu'on lui plaît, savoir qu'il nous désire, je ne saurais dire à quel point ce sentiment était agréable, presque jouissif. Néanmoins, je ne me laissais pas emporter par cette euphorie, cette ivresse qui pouvait se lire aussi bien dans ses yeux que dans son sourire, et je me contentais de lui dire, avec un sourire discret aux lèvres :
- J'ai des patients à voir.
M'emparant de ma blouse, je lui jetais un dernier regard, attardant malgré moi mes yeux sur sa peau halée et son sourire pour le moins charmeur avant de quitter la pièce, refermant derrière moi en silence.

* * *

24 décembre 2015

Je refermais doucement la porte derrière moi, la tête basse. J'avais beau l'avoir déjà vu en entrant, à chaque fois que je mettais un pied dans cette pièce, je retardais le plus longtemps possible mon second regard pour lui, me donnant une seconde chance de voir SeungHyeon les yeux ouverts quand je relèverais les miens vers lui. Mais à chaque fois c'était pareil, parce qu'il n'y avait que le premier regard qui comptait et que je n'avais pas le droit à une seconde chance. J'avais eu une chance avec lui, et par ma faute je l'avais laissé passer.

Relevant finalement les yeux vers lui, ma seule réaction fut un soupir. Un long soupir. Un soupir devenu récurrent, comme tout le reste. Cette routine qui m'était imposée me bouffait la vie, et je ne pouvais rien faire pour m'en débarrasser. Du moins je n'avais ni le courage ni la force de m'en dégager. Peut-être que je faisais ça par lâcheté, sous le poids de la culpabilité ou bien par égoïsme, mais je ne pouvais pas me résoudre à renoncer à tout ça. Pas comme ça. Pas maintenant.

Je déposais mes affaires sur la chaise qui était près de la porte et avançais doucement en travers de la pièce, me dirigeant à pas lent vers le lit d'hôpital où il était étendu. Il me donnait l'impression d'être mort, ni plus ni moins. Son cœur battait mais ce n'était même pas de son propre chef. Il n'y avait qu'une respiration artificielle qui berçait les lieux, rien d'autre. Simplement quelque chose de créé, de fabriqué, de faux, rien de naturel.

Je prenais une chaise et l'installais doucement à côté du lit avant de m'asseoir, comme j'en avais pris l'habitude. Puis, lentement, je relevais la tête vers lui. Seulement je n'en pouvais plus de voir la même chose.
Ce n'était pas SeungHyeon que j'avais en face de moi. Il n'y avait que son corps. Un corps dépourvu de toute vie. Sa peau avait pris une teinte des plus pâle et ses yeux clos en permanence donnait l'impression qu'il était déjà mort. Je voyais son torse se soulever de façon régulière, mais je ne pouvais y voir aucun signe de vie, car ce n'en était pas un. Ce n'était pas lui qui respirait ; c'est cette machine qui le faisait pour lui.
Non. Il n'y avait plus le moindre signe de vie ici ; tout n'indiquait plus que la mort.

Doucement, mes doigts vinrent enserrer sa main droite. Au simple contact de sa peau, je frissonnais ; elle me paraissait si froide, si loin du souvenir de sa chaleur. Mais comme toujours, je n'arrivais pas à la lâcher. Ce contact était tout ce qui me restait. Pouvoir lui tenir la main quelques minutes, parfois même quelques heures, c'était tout ce que j'avais. C'était la seule chose qui me laissait encore croire naïvement que j'étais là attendre, à espérer son réveil au lieu de baisser les bras trop vite.

Je venais lentement serrer sa main inerte contre ma joue, en caressant doucement le dos avec mon pouce avant de fermer les yeux. D'ordinaire, le simple fait de le toucher mais de ne plus le voir me laissait rêver, mais aujourd'hui non. Je n'arrivais pas à faire semblant. Je n'y arrivais plus.

Rouvrant les yeux, je lui dis doucement, dans un murmure :
- Salut.
Le coma était une chose qu'aucun médecin ne parvenait à comprendre. C'était un état d'inconscience que personne n'arrivait à déterminer, alors dans un élan de naïveté et d'espoir, je continuais de croire qu'il pouvait m'entendre. Je continuais de croire que je ne parlais pas dans le vent mais bel et bien à lui. Je continuais de croire.

Seulement je ne savais plus quoi dire. Si les premiers jours j'avais trouvé le moyen de dialoguer seul pendant des heures entières, aujourd'hui ce n'était plus le cas. La solitude et la souffrance s'étaient installées, ne laissant place à rien d'autre si ce n'est à ce sentiment cruel et amère, ce sentiment si sombre, si pénible, ce mélange de haine, de tristesse, de culpabilité et de rancœur. Il ne me quittait jamais. Où que j'aille, quoi que je fasse, il était là, prêt à me ronger un peu plus à chaque seconde.

Mais je ne supportais plus ce bruit. Je ne supportais plus le bruit de ces machines qui osaient me donner l'illusion qu'il était en vie alors qu'il n'en était rien. J'avais besoin de bruit, j'avais besoin de lui parler, de dire quelque chose pour couvrir ce son qui me paraissait de plus en plus oppressant, seulement aucun mot ne me venait.
- Je suis désolé, je sais pas quoi te dire.
Je baissais les yeux avant d'embrasser doucement le dos de sa main et de reprendre :
- Je sais plus.

* * *

27 février 2008

Depuis la dernière fois, je n'avais pas revu SeungHyeon en salle de garde. Il m'était arrivé, et même souvent, de le croiser dans les couloirs, et parfois de me retrouver sur le même cas que lui, mais il avait un comportement des plus professionnels avec moi, comme s'il ne m'avait rien avoué en salle de repos et qu'il ne s'était rien passé. Mais moi je m'en souvenais, et j'avais beau essayer de chasser ce moment et cette discussion de mon esprit, ses mots se répétaient en boucle dans mon esprit. Et son ignorance ne faisait qu’accroitre ces moments d'égarement.

Tentant de chasser une énième fois son visage de mes pensées, je terminais de remplir le formulaire que j'avais dans les mains avec rapidité, sachant qu'il était synonyme de fin de journée, avant de le rendre à la personne concernée et de me diriger vers mon vestiaire. Je me changeais en vitesse, récupérais mes affaires et quittais les lieux pour prendre la direction des ascenseurs.

Seulement lorsque je vis les portes de ce dernier s'ouvrir sur l'objet de mes fantasmes, je compris une fois de plus que je n'arriverais probablement jamais à le chasser de mes pensées. A chaque fois que je pensais à lui, il apparaissait soudainement, comme par magie. Peu importe ce que je faisais, peu importe où j'étais, il était toujours là.

En me voyant entrer dans l'ascenseur d'une démarche pour le moins maladroite, un sourire, bien que discret, prit place sur ses lèvres, mais rien de plus. Et c'était insupportable.
Je m'appuyais dos contre la paroi derrière lui, les yeux rivés sur sa nuque, mais lui ne faisait rien, pas un geste, pas un regard, rien. Je cherchais quelque chose à lui dire, je n'en pouvais plus d'essayer de lui échapper, mais je ne savais pas quoi dire. Je n'avais aucune idée de quoi dire pour l'aborder.

Seulement le temps que je réfléchisse, les portes de l'ascenseur s'étaient ouvertes sur le rez-de-chaussée et SeungHyeon était déjà en route vers la sortie, sans un regard pour moi.
Je ne m'attardais pas davantage et traversais l'immense hall d'entrée à sa suite, accélérant l'allure pour le rattraper, mais c'était à croire qu'il me fuyait, si bien que je me mis finalement à courir pour le rejoindre.

Lorsque j'étais presque à sa hauteur, nous étions déjà dehors. Il faisait déjà nuit, ce qui n'avait rien d'étonnant vu l'heure tardive, mais je m'attardais pas d'avantage sur ce détail et stoppais ma course avant de l'interpeller :
- SeungHyeon !
J’aurais pu m'attendre à ce qu'il m'ignore, comme les jours précédents, mais à mon grand soulagement il s'arrêta à son tour et fit volte-face.

Je le vis lentement s'avancer jusqu'à moi sans dire un mot, ce qui avait presque un côté angoissant. Pourtant il n'y avait pas de quoi, mais c'était plus fort que moi.
J'aurais voulu qu'il me dise quelque chose, qu'il me demande pourquoi je l'avais appelé, ou n'importe quoi d'autre, mais rien. Il ne disait rien. Il restait de marbre.

Je cherchais quoi lui dire, mais au fond de moi, je savais déjà quels étaient les mots qu'il attendait.
- Une grande maison, finis-je par lui dire doucement, avec un jardin, un cerisier et un banc en pierre juste en dessous, une clôture blanche, une allée faites avec des dalles en pierre, une cheminée, un parquet en bois sombre et surtout de grandes fenêtres un peu partout dans la maison, parce que j'ai peur et ne supporte plus du tout l'obscurité depuis mon enfance.
Un sourire se dessina lentement sur les lèvres ; c'était tout ce qu'il attendait, que je lui avoue mon plus grand rêve et ma plus grande peur.

Seulement maintenant que c'était dit, je ne savais plus quoi faire. Quelle était la suite de l'histoire désormais ? Devais-je continuer de le croiser dans les couloirs dans des moments chargés d'ignorance ou allait-il enfin me dire quelque chose ?

J'attendais des secondes qui me paraissaient des heures, il faisait froid en cette soirée d'hiver et mes yeux étaient fixés sur ses lèvres, regardant sa respiration se fondre dans l'air en un instant. Je guettais le moindre signe de parole. Je sentais son regard peser sur moi mais je n'en avais cure ; tout ce que je voulais c'était l'entendre après des jours plongés dans le silence.

- Pourquoi est-ce que ça te fait peur ? finit-il par me demander, non sans me surprendre.
Je relevais les yeux vers les siens, alors qu'intérieurement je me demandais si je devais ou non lui répondre. Je ne le connaissais pas, qu'est-ce qui devais me pousser à lui confier mon passé ? Je l'ignorais. J'ignorais quelle était cette force invisible mais elle était là. Je lui faisais confiance, et je n'avais pas la moindre idée de pourquoi.
- Mes parents ne voulaient pas de moi, lui expliquais-je à voix basse, et j'ai passé la plus grande partie de mon enfance enfermé dans ma chambre ou dans d'autres pièce de la maison, dans le noir, et quand je suis enfin parti de chez moi, mon premier réflexe en entrant dans mon appartement a été d'allumer toutes les lumières. Je ne supportais plus d'être dans le noir.

Je baissais les yeux quelques instants, un sourire aux lèvres avant de reprendre, en le regardant à nouveau :
- Je serais peut-être amené à en parler davantage si tu m'invites à dîner.
Un sourire que je percevais comme timide prit place sur son visage, contrastant avec cette assurance qu'il dégageait, alors qu'il me demandait :
- Ce soir ?
- Je n'ai rien de prévu, lui répondis-je.
- Moi non plus, renchérit-il.

Un nouveau regard échangé et je me sentis soudainement rougir, pour une raison qui m'échappait. Je ne me connaissais pas à ce point timide, surtout pas compte tenu de la façon dont lui et moi avions commencé cette relation.
- Mais..., reprit-il doucement, avec un regard presque malicieux, je dois t'avouer que je n'ai pas tout à fait été honnête avec toi.
- Ah non ?
Il détourna les yeux quelques instants avant de me regarder à nouveau, d'inspirer une grande bouffée d'air frais et de me dire :
- Mon plus grand rêve c'est de faire le tour du monde pour voir des paysage extraordinaires, et ça que ce soit à bord d'un avion, d'un bateau, d'une voiture, à pieds, et même d'une montgolfière, mais... Je voudrais aussi qu'en tournant la tête je puisse voir quelque chose d'encore plus beau que le paysage devant moi... ou devant nous.

Je détournais le regard, presque gêné de devenir le centre de son rêve et de ses flatteries, avant de lui dire, avec un grand sourire :
- Commençons par aller dîner, si tu le veux bien.
- Je le veux, me répondit-il, sur un ton pour le moins enjoué qui me fit sourire.
Il s'écoula quelques secondes avant que l'un de nous deux, en l'occurrence lui, se décide à prendre la direction du centre-ville, ce dernier n'étant qu'à quelques minutes à pieds de l'hôpital. Seulement je ne voulais pas laisser à nouveau le silence s'installer. Je voulais l'entendre me parler, je voulais l'entendre rire, je voulais l'entendre parler de lui, je voulais l'entendre se confier. Je voulais tout savoir de lui. J'ignorais pourquoi mais c'était la seule chose qui me préoccupait en cet instant.

Ne sachant pas quoi dire d'autre et en me remémorant ses dernières paroles, j'optais pour la taquinerie :
- Alors comme ça tu me trouves beau ?
Un rire grave et pourtant mélodieux emplit l'air autour de nous, et je ne pus m'empêcher de sourire ; ce rire, je voulais l'entendre tous les jours.

* * *

24 décembre 2015

Je cherchais désespérément quoi lui dire ; je ne supportais plus ce silence qui n'en était pas un, le bruit de son cœur qui bat et de sa respiration qui sonnait faux à mes oreilles.
Lui parler de ma journée, des dernières nouvelles le concernant ? Je ne savais même pas s'il m'entendait. En tant que médecin je pensais que non, mais en tant que famille je me forçais à croire que si. Mais de toute façon ça n'avait pas d'importance. Ce n'était pas pour lui que je parlais ; c'était pour moi. Pour masquer ce bruit insupportable, ma peur, mon inquiétude, ma peine, tout. C'était pour me donner le courage de rester au lieu de fuir à toutes jambes.

Je fermais les yeux et serrais un peu plus fort sa main entre les deux miennes tout en poussant un long soupir. J'en avais marre de cette situation. J'en avais simplement marre. Je passais mes journées à attendre, à espérer, mais ça ce n'est pas une vie. Ce n'est une vie pour personne.

J'avais beau être dans cette situation depuis plus d'un mois seulement, je n'en pouvais plus d'attendre. Je n'en pouvais plus de penser à lui en permanence. Je n'en pouvais plus de continuer d'espérer pour rien. C'était épuisant, douloureux, presque cruel.

Je rouvrais doucement les yeux, tombant sur son visage inerte, avant d'inspirer doucement et de lui dire les premières choses qui me vinrent à l'esprit, cherchant désespérément à combler ce vide :
- Tout le monde vient prendre de tes nouvelles ici, ils passent te voir tous les jours, tu leur manques.
Je baissais les yeux, confus, avant d'ajouter à voix basse, sur un ton presque coupable :
- Et à moi aussi.
Il me semblait si loin, si loin le temps où je rentrais simplement chez moi le soir et retrouvais SeungHyeon dans la simplicité et la tendresse. Si j'avais su à l'époque l'inévitable suite de l'histoire, j'en aurais probablement profité davantage. J'aurais savouré chaque sourire, chaque rire, chaque regard, chaque moment de tendresse, chaque étreinte. J'aurais savouré sa présence jusqu'à n'en plus pouvoir.

Me remémorant la discussion que j'avais eu plus tôt dans la journée par téléphone, je repris d'une voix douce, bien que presque blasée :
- Ta mère m'a dit qu'ils ne viendraient pas te voir parce qu'ils ne voulaient pas garder cette image-là de toi, mais elle m'a demandé de la tenir au courant de ton état et de prendre toutes les décisions te concernant, elle me fait confiance pour faire les bons choix.
Je n'arrivais pas à savoir si je trouvais cette décision de la part de sa famille incroyablement égoïste ou si au contraire, j'aimerais avoir le courage de faire de même. La personne que j'avais en face de moi n'était pas SeungHyeon. Ce n'était pas le chirurgien presque hautain et sûr de lui que j'avais appris à apprécier. Ce n'était pas la personne sur qui je pouvais compter. Ce n'était pas celui dont j'étais tombé amoureux. Seulement je ne pouvais pas l'abandonner. Je n'en avais pas le droit.

Je reposais doucement sa main sur le lit, la gardant néanmoins entre mes doigts, avant de poursuivre :
- J'ai aussi eu un de tes amis au téléphone, qui m'a demandé comment est-ce que tu allais. Mais je lui ai pas répondu parce que... je sais plus quoi dire.
Je relevais les yeux vers lui et vint doucement glisser ma main dans ses cheveux, cherchant simplement à lui procurer un peu de tendresse au milieu de tout ce drame, et pourtant ce contact était si différent de celui dont j'avais pris l'habitude des années plus tôt.
- Je sais pas ce que je suis censé dire aux gens, à tes amis, ta famille, lui dis-je, sur un ton coupable, Je sais pas si tu vas bien SeungHyeon.

Pour moi il semblait évident qu'il n'allait bien, mais qu'en était-il de lui ?
- Je sais pas si c'est comme être endormi, repris-je doucement, Je sais pas si tu rêves souvent ou si tu fais des cauchemars, je sais pas si tu souffres, je sais rien. Rien du tout.
Je voulais croire malgré moi qu'il était paisible, qu'il était bien là où il était, mais une partie de moi s'acharnait à croire qu'il souffrait. Une partie de moi s'acharnait à croire que je lui manquais, qu'il se battait pour revenir vers moi, qu'il m'aimait toujours après ce que j'avais fait. J'avais besoin qu'il se batte. J'en avais besoin.
- Mais tu n'as pas l'air déterminé à me le dire, ajoutais-je pour moi-même, à voix basse.

Je m'apprêtais à lui dire autre chose, cherchant l'inspiration de mes mots n'importe où autour de moi, mais j'entendis quelqu'un entrer.

* * *

7 mars 2012

Je retirais la clé de la porte avant de refermer cette dernière après moi, essayant de rester silencieux mais sans grand succès ; je n'avais pas le cœur à ça. Je déposais mes affaires près de l'entrée avant de me déchausser, et de me rendre directement dans la chambre vu l'heure tardive.

Après être entré, je remarquais que SeungHyeon y était déjà, allongé sous les couvertures et visiblement endormi. Pour le moins attendri par cette vision, je refermais la porte derrière moi, cette fois-ci sans un bruit, avant de me diriger vers l'armoire. J'attrapais les premiers vêtements qui me tombaient sous la main en vue de me changer pour dormir et les enfilais sans plus tarder après m'être déshabillé.
Les volets, comme d'ordinaire, n'étaient pas fermés, laissant la lumière extérieure entrer dans la pièce au lieu de laisser l'obscurité régner dans les lieux ; c'était rassurant.

Seulement en me dirigeant vers le lit, je me rendis compte que SeungHyeon avait les yeux ouverts ; je l'avais probablement réveillé en rentrant...
- Pourquoi est-ce que tu rentres aussi tard ? me demanda-t-il d'une voix pâteuse et endormie, Ça va ta journée ?
Je me glissais sous la couverture tout en lui répondant doucement :
- C'était long, et éprouvant, mais ça va.
En même temps qu'il se rapprochait de moi, je me laissais glisser sur le côté dos à lui avant qu'il ne vienne s'allonger contre mon dos et glisse son bras autour de moi. Je sentis ses lèvres se déposer dans mon cou avant que sa tête se niche dans le creux de mon épaule et qu'il me dise :
- Il s'est passé quelque chose ?

Je serrais sa main dans la mienne tout en fermant les yeux, soupirant d'aise entre ses bras, lové dans sa chaleur et son étreinte.
- J'ai perdu un patient tout à l'heure, lui expliquais-je à voix basse, un gamin d'à peine six ans.
- Je suis désolé, me dit-il, en me serrant un peu plus contre lui.
- Il avait une maladie incurable, c'est déjà un miracle qu'il ait tenu jusqu'ici, lui dis-je, Mais ça faisait deux ans que je le suivais alors...
C'était stupide à dire mais je n'aimais pas perdre un patient, encore moins un enfant né avec une maladie sans traitement. Il n'avait rien fait pour mériter ça. C'était injuste. La vie était injuste, et tous les jours j'en avais malheureusement la preuve.

- Ça va aller ? me demanda SeungHyeon, toujours très prévenant.
J'hochais doucement la tête de haut en bas ; c'était triste à dire mais je commençais à avoir l'habitude de faire face à la perte. Néanmoins, je ne voulais pas en parler d'avantage. Je voulais simplement me changer les idées, profiter de cet instant avec lui, rien de plus.

Je me retournais doucement pour lui faire face et glissais tendrement mais dans son cou, laissant mes doigts glisser sur sa peau alors que je lui demandais :
- Et toi ça va ? Je t'ai pas vu aujourd'hui.
Ses bras se refermèrent dans mon dos, me gardant un peu plus étroitement contre lui alors qu'il me répondait :
- J'ai eu une grosse intervention, mais tout s'est bien passé.
- Tant mieux, acquiesçais-je, avant de venir me blottir contre lui.

Il embrassa doucement le sommet de mon crâne avant de glisser une main dans mes cheveux. J'aimais sa tendresse. J'aimais sa chaleur. J'aimais son étreinte. J'aimais tout de lui. Je l'aimais lui, tout simplement.

Je me détachais doucement lui pour pouvoir l'embrasser. A chaque fois que je ne le faisais pas ça me manquait. C'était comme un manque permanent, une envie intarissable.
Il appuya un peu plus ses lèvres contre les miennes tout en enserrant mes épaules avant de doucement me faire basculer pour se retrouver au-dessus de moi. J'entrouvris doucement mes lèvres, laissant sa langue enlacer la mienne dans une étreinte brûlante alors que je refermais mes bras dans son dos, le serrant un peu plus contre moi.

L'un de ses mains glissa doucement le long de mon flanc alors que je passais les miennes sous son haut, laissant mes doigts courir sur sa peau le long de sa colonne alors qu'il libérait finalement mes lèvres, laissant les siennes s'attarder sur ma peau. Mais j'entendis soudainement un bruit, qui nous fîmes tous deux nous stopper ; c'était le bruit de son bipper.

Il s'écarta doucement de moi et tendis le bras pour l'attraper avant de regarder qui l'avait fait appeler. Son visage devint soudainement plus sérieux, et il se tourna vers moi, confus.
- Excuse-moi je... ils ont besoin de moi, me dit-il, il faut que j'y aille.
J'étais médecin, je savais ce que c'était, je pouvais le comprendre, et ce même si j'aurais préféré qu'il reste ici avec moi pour la nuit.
- C'est pas grave, lui répondis-je, vas-y.
- T'es sûr ?
- Oui, vas-y, lui répétais-je, avec un regard compréhensif.

Il me remercia d'un signe de tête avant de se lever. Je le regardais prendre des vêtements dans l'armoire et se changer ; je n'aimais pas le voir partir. Si ça ne dépendait que de moi je resterais enfermé avec lui dans une pièce tout ma vie. Mais ça ce n'était pas de mon ressort.

Une fois changé, il revint doucement vers moi et se pencha en avant pour m'embrasser, glissant sa main dans ma nuque alors que ma main se refermait sur son poignée.
- Je t'aime, me murmura-t-il.
- Moi aussi.
Sans plus de cérémonie, il s'éloigna, me faisant lâcher prise, avant de disparaître derrière la porte de la chambre, me laissant seul cette nuit pour dormir.

* * *

24 décembre 2015

Je tournais la tête vers la porte pour savoir de qui il s'agissait, mais la surprise ne fut pas bonne. Je ne voulais pas le voir, pas lui, et pas ici.
- Je peux savoir ce que tu fais ici YoungBae ? lui demandais-je, sèchement.
Je me fichais complètement de l'expression désolée et compatissante sur son visage ; je en voulais pas le voir et il le savait.
- Depuis l'accident tu m'évites et je... je voulais prendre de tes nouvelles, me dit-il, la tête basse.
Il hésita quelques instants à ajouter quelque chose, quelque chose qu'il aurait pu taire :
- JiYong comment est-ce que tu vas ?

Un sourire presque mauvais pris place sur mon visage alors que je lui répondais, non sans agressivité :
- On ne peut mieux, comme tu peux le voir.
- Je sais que tu m'en veux, et que tu t'en veux à toi aussi mais...
- Va-t’en, le coupais-je.
Je ne voulais pas entendre ce qu'il avait à me dire. Je ne voulais pas entendre un discours bien trop classique, et je ne voulais pas le voir ici. C'était déplacé.
- JiYong s'il te plaît écoute-moi, tenta-t-il pour me faire entendre raison tout en faisant un pas vers moi.
- Non, j'ai pas envie de t'écouter, le stoppais-je, Je l'ai fait une fois et regarde où ça m'a mené.

L'expression de son visage devint soudainement beaucoup plus sombre, et quelque part beaucoup plus humaine, si bien qu'il ne m'apparaissait plus comme le méchant de l'histoire. Et je m'en voulais de penser ça. Je m'en voulais.
- JiYong c'est pas de ta faute, finit-il par me dire, d'une voix douce.
- Bien sûr que si ! m'emportais-je, Si j'avais passé mon chemin au lieu de te parler je ne serais pas là à espérer qu'il se réveille un jour alors qu'il n'a plus la moindre chance de s'en sortir.
Il s'avança encore un peu plus alors que je me levais de ma chaise.

- Tu n'en sais rien, me dit-il.
- Si je le sais, le contredis-je immédiatement, et tu le sais aussi bien que moi.
Il s'avança jusqu'à moi sans que je ne proteste ; je n'en étais pas capable.
- Je suis sa famille mais je suis aussi médecin, repris-je, alors c'est inutile d'essayer de me ménager en me disant qu'il reste de l'espoir parce que je sais qu'il n'y en a pas.
Il baissa les yeux, et j'arrivais pourtant à voir sur son visage qu'il était triste, et désolé. Comment le pouvait-il ? Après ce qu'il avait fait et ce qu'il attendait de moi comment pouvait-il être désolé de la situation ? Je ne comprenais pas. J'étais l'acteur principal de cette histoire et pourtant j'avais l'impression d'errer, d'être perdu au milieu du plateau.

- Est-ce que je peux faire quelque chose pour toi ? me demanda-t-il, en relevant les yeux vers moi.
- Tu oses vraiment me le demander après ce qu'il s'est passé ?
Un sourire triste prit place sur son visage et il me répondit :
- Tu crois qu'il suffit d'un accident pour effacer toute une histoire ?
- Une histoire ? répétais-je, abasourdi, YoungBae toi et moi ce n'est pas une histoire, c'est une erreur, simplement une erreur. Je te croyais suffisamment intelligent pour le comprendre.
- Tu ne peux pas...
- Va-t’en, l'interrompais-je.
- JiYong...
Il tenta de me prendre la main, de se rapprocher de moi, mais j'eus un geste de recul.
- YoungBae s'il te plaît, va-t’en, répétais-je.

Je voyais dans ses yeux qu'il ne voulait pas abandonner, je voyais dans ses yeux qu'il ne voulait pas lâcher prise. Il était comme moi. Mais lui acceptait la défaite. Lui il acceptait de tourner les talons et de s'en aller. Pas moi. Et j'avais beau comprendre que le méchant de cette histoire n'était autre que moi et certainement pas YoungBae, je refusais de lâcher prise. Je ne m'en donnais pas le droit.

* * *

14 septembre 2015

- Est-ce que tu sais où est SeungHyeon ?
Le collègue à qui je venais de m'adresser releva les yeux vers moi, visiblement surpris de me voir ici à cette heure tardive ; ce n'était pas dans mon habitude de travailler de nuit quand je n'étais pas de garde.
- En salle de repos, me répondit-t-il sans songer à me poser des questions quant à ma présence, Il dormait debout, je lui ai dit d'aller se reposer.
- Merci.
J'accompagnais mes paroles d'un signe de tête avant de m'éloigner sans un mot de plus en direction des salles de garde du service de chirurgie.

Une fois arrivé dans le bon couloir, je commençais à ouvrir les portes une à une dans le plus grand silence, ne voulant pas prendre le risque de réveiller un confrère, jusqu'à trouver dans l'une d'elle SeungHyeon, endormi. En le voyant ainsi, j'avais presque envie de chasser tout ressenti de mon esprit.

J'entrais et refermais la porte derrière moi sans un bruit. J'étais venu pour lui parler, mais je savais qu'il était éreinté. J'avais dans l'intention de le laisser dormir et d'attendre qu'il se réveille mais il en décida autrement :
- JiYong ?
Je le vis cligner des yeux plusieurs fois tout en se redressant, visiblement lui aussi surpris de me voir ici.
- Excuse-moi, lui dis-je doucement, je voulais pas te réveiller.
- Qu'est-ce que tu fais là ? me demanda-t-il alors que je le rejoignais.
Je m'assis sur le lit, à côté de lui, et détournais le regard quelques instants.

Mais je ne restais néanmoins pas dans le silence et lui avouais le fond de ma pensée :
- Je m'inquiète pour toi.
Ce fut à son tour de baisser les yeux, confus, alors qu'il tentait de se justifier :
- JiYong...
- SeungHyeon t'es pas rentré de la semaine, l'interrompais-je, C'est à peine si j'ai réussi à te voir tous les jours au boulot...
J'avais l'impression de l'avoir blessé. J'avais l'impression que le fait de lui en avoir parlé le dérangeait. Mais je ne pouvais pas regretter de le lui avoir dit. Je n'en pouvais plus de manger face à une chaise vide, de dormir seul et de me parler à moi-même pour me donner l'illusion d'avoir un semblant de vie sociale en dehors de cet hôpital.

- Je suis désolé mais...
- Ça fait des mois que ça dure SeungHyeon, le coupais-je à nouveau, des mois, peut-être même des années, je sais plus. Si j'arrive à déjeuner avec toi une fois par semaine c'est un véritable miracle.
Un soupir lui échappa avant qu'il ne me dise, d’une voix désolée :
- J'ai beaucoup de boulot.
- Je sais mais... SeungHyeon tu me manques.
- Toi aussi, m'avoua-t-il.
Il releva les yeux vers moi, et je me plongeais presqu'aussitôt dans ses deux prunelles brunes. Cette chaleur dans son regard, cette tendresse, cette douceur, elles me manquaient.

- Mais JiYong t'es médecin, reprit-il en guise de justification alors que je commençais à apprécier cet instant rare avec lui, Tu sais comment ça marche...
- Je suis médecin et je trouve quand même le moyen de rentrer à la maison tous les soirs, pas toi.
Il allait pour me répondre mais je le prenais de vitesse, sachant pertinemment quelle était la prochaine excuse sur la liste :
- Je sais que t'es chirurgien, tu me le répètes bien assez pour te justifier, mais j'en peux plus SeungHyeon, j'ai besoin de toi.

Un silence des plus pesants s'installa entre nous alors que je ne savais plus quoi faire. Je ne savais plus ce que j'étais censé dire pour qu'il me revienne. Ça faisait des mois qu'il était absent auprès de moi et je ne savais toujours pas comment faire pour le retrouver.
- Je t'aime, me dit-il, me sortant de ma torpeur.
Un sourire triste se dessina sur mes lèvres avant que je ne relève les yeux vers lui en lui disant, à voix basse :
- C'est pas suffisant de l'entendre SeungHyeon, c'est pas suffisant.
Je voyais bien sur son visage qu'il était désolé, je voyais bien qu'il avait des regrets, je voyais bien qu'il m'aimait. Je le savais. Mais ce n'était pas suffisant de le savoir.

Il ouvrit la bouche dans l'optique de me dire je ne sais quoi d'autres encore pour me rassurer ou se justifier, mais il fut interrompu par le bruit de son bippeur alors que j'essayais de garder mon calme, un sourire contrit sur les lèvres alors qu'il me disait :
- Excuse-moi je...
- Oui je sais, le coupais-je, Tu dois y aller, je connais la chanson.
Il tenta de me prendre les mains mais j'écartais vivement son geste tout en me levant.
- JiYong..., tenta-t-il pour me retenir.
Seulement j'en avais marre. J'en avais marre de rester en arrière. J'en avais marre d'attendre. J'en avais marre de ne plus pouvoir lui parler. J'en avais marre de ne plus le voir. J'en avais marre de tout ça.

Je m'apprêtais à sortir sans dire un mot de plus, mais je me tournais malgré tout vers lui pour lui dire :
- Seulement à ce rythme-là c'est moi qui vais finir par m'en aller.
- JiYong...
J'ignorais son appel et quittais la pièce sans plus de cérémonie, submergé par autant de tristesse que de colère. Si ça continuait ainsi j'allais m'en aller, je le savais. J'aurais même pu partir il y a déjà bien longtemps, mais il demeurait toujours un problème : je l'aimais. Je l'aimais à en crever.

* * *

24 décembre 2015

YoungBae sortit de la chambre en même temps qu'une autre personne entrait, un visage familier qui avait le don de me rassurer.
- Bonjour JiYong, me dit DaeSung en entrant.
Il était le médecin de SeungHyeon depuis son admission, et un de mes mentors quand j'étais encore durant ma période d'internat. Je le saluais d'un signe de tête tout en me rasseyant sur la chaise.
- Comment tu vas ? me demanda-t-il.
- Je sais pas, lui répondis-je honnêtement, je sais plus.
- Je comprends.

J'avais toujours adoré discuter avec lui, et ce de tout et n'importe quoi, passant par le médical comme par nos vies privées, mais depuis que SeungHyeon était dans le coma, à chaque fois que je le voyais dans cette pièce j'avais peur.
- Tu voulais quelque chose en particulier ? lui demandais-je.
- Tu es médecin, me dit-il, Je ne vais pas te mentir... mais je pense que je n'ai même pas besoin de te le dire pour te le faire comprendre.
Je baissais les yeux, confus, avant de lui dire, à voix basse :
- Oui, je sais.

Je ne voulais pas avoir à penser à ça. Depuis le début je ne voulais pas, et il le savait tout aussi bien que moi. Mais je ne pouvais pas continuer d'éviter le sujet, pas compte tenu de la situation.
- Je ne cherche pas à te brusquer, me dit DaeSung, mais il est temps que tu prennes une décision JiYong. Rien ne te force à le débrancher, et encore moins aujourd'hui, mais il faut qu'on sache ce que tu as prévu de faire pour lui.
Mon regard s'attarda une énième fois sur SeungHyeon. Je regardais à nouveau ce tube énorme sortir de sa gorge qui le reliait à une machine, machine qui était la seule chose qui le maintenant en vie. Je ne savais pas quoi faire. Je refusais de l'abandonner, je refusais d'abandonner ce combat, mai au fond je l'avais-je déjà perdu.

- Comment ? demandais-je à DaeSung.
Je relevais les yeux vers lui pour tomber face à son incompréhension, si bien que je détaillais le fond de ma pensée pour qu'il comprenne :
- Comment est-ce que je peux prendre cette décision pour lui ?
Il baissa les yeux avant de prendre une chaise à son tour et de venir s'asseoir près de moi.
- Vous n'avez pas évoqué le sujet avant ça ? me demanda-t-il.
- Non, jamais.
Probablement parce que je ne pensais pas me retrouver face à cette situation un jour ou du moins j'espérais ne pas avoir à m'y confronter alors que je suis pourtant médecin. Je sais que les choses ne vont jamais comme on voudrait qu'elles aillent. Je le vois tous les jours.

- Essaye peut-être d'en parler avec sa famille.
- Ils me laissent prendre les décisions, lui expliquais-je, Ils me font confiance pour faire les bons choix.
Il posa doucement sa main sur mon épaule avant de me dire, à voix basse :
- Et ils ont probablement raison.
Je relevais les yeux vers lui, étant cette fois-ci à mon tour de chercher à comprendre le sens de ses mots jusqu'à ce qu'il m'éclaire :
- Tu as passé les sept dernières années à ses côtés, tu le connais. Tu ne sais peut-être pas ce que tu veux mais je suis sûr qu'au fond de toi tu sais ce que lui il veut.

Je pouvais supposer, je pouvais m'imaginer ce qu'il préfèrerait, mais je ne pouvais pas savoir. Je ne pouvais que supposer. Et ce que je supposais ne me convenait guère, mais après tout qui voudrait d'une vie comme celle-ci ? Une vie qui n'en est plus une ?
- Et si ce n'est pas ce que je veux ? lui demandais-je doucement.
Un sourire triste et nostalgique prit place sur ses lèvres alors que je baissais à nouveau les yeux sur SeungHyeon, serrant sa main dans les deux miennes.
- Je te connais depuis longtemps JiYong, commença à me dire DaeSung, Je t'ai vu devenir un médecin et je t'ai vu faire des erreurs... Mais je t'ai aussi vu prendre les meilleures décisions possibles pour tes patients.

Il marqua une pause alors que je n'osais pas relever les yeux et tourner la tête pour le regarder. Je me contentais de fixer inlassablement SeungHyeon, incapable de détacher mon regard de son visage.
- Peut-être que si tu penses en médecin et non en compagnon, reprit-il, tu trouveras quel est le bon choix.
Sa main quitta mon épaule et je l'entendis se lever pour partir et me laisser à nouveau seul. Mais avant de sortir, il fit volte-face pour me dire, alors que je relevais les yeux vers lui :
- La décision te revient JiYong. Dans cette histoire c'est toi la première victime. Si tu n'es pas prêt rien ne te pousse à le faire, et rien ne te force à nous donner une réponse aujourd'hui. Prend simplement le temps d'y réfléchir.

J'acquiesçais d'un signe de tête, qu'il me rendit avant de s'éloigner, le regard triste, tandis que je fermais les yeux, serrant un peu plus fort la main de SeungHyeon contre ma joue.

* * *

17 septembre 2015

- Excusez-moi, vous êtes bien Kwon JiYong ?
Je détournais mon attention du dossier que j'étais en train de remplir, accoudé au comptoir de l'accueil du service de chirurgie, et relevais les yeux vers la personne qui m'avait interpellé, à savoir un visage étranger pour moi.
- Vous avez besoin de quelque chose ? lui demandais-je.
- Un médecin m'a envoyé vers vous pour un deuxième avis médical, m'expliqua-t-il, Si ça ne vous embête pas de venir voir ma patiente, j'aurais besoin de vous.
Je m'apprêtais à refuser, ayant beaucoup de boulot, mais en relevant les yeux, je vis SeungHyeon sortir d'une chambre d'hôpital. Je ne voulais pas avoir à lui parler, pas ici, pas après ce qu'il s'était passé la dernière fois, si bien que je préférais l'éviter malgré ses tentatives pour venir vers moi. S'il voulait me parler il n'avait qu'à le faire à la maison, s'il était décidé à y retourner un jour...

- Non, pas du tout, lui répondis-je.
Je préférais prendre du retard dans mon travail plutôt que de croiser une nouvelle fois SeungHyeon.
- Merci, dit-il, je vous emmène à sa chambre.
J'acquiesçais d'un signe de tête avant de le suivre jusqu'aux ascenseurs qui, après quelques secondes d'attente, s'ouvrirent devant nous.
- Vous êtes nouveau ici ? lui demandais-je tout en entrant à sa suite, J'ai pas souvenir de vous avoir déjà croisé.
- Oui, me confirma-t-il, je suis arrivé y a une semaine.
J'acquiesçais d'un signe de tête avant de lui demander :
- Et vous vous appelez ?
- YoungBae.

Une fois arrivé à l'étage en question, en l'occurrence celui de l'obstétrique, je le suivis sur plusieurs mètres jusqu'à ce qu'il s'arrête devant une chambre d'hôpital. Il poussa la porte et m'invita à entrer, ce que je fis sans réfléchir. Seulement une fois à l'intérieur, je constatais qu'il n'y avait pas de patient dans cette pièce.
Je me tournais vers lui au moment même où il referma la porte derrière lui et lui demandais :
- Pourquoi est-ce que vous m'avez emmené dans une chambre vide ?
- Parce que je ne savais pas comment vous aborder, me dit-il, et que c'est la seule façon que j'ai trouvé pour vous parler seul à seul.
Je fronçais les sourcils, n'étant pas sûr de comprendre.
- Et dans quel but ? l'interrogeais-je.
- Pour faire connaissance, me répondit-il en haussant des épaules.

Seulement le ton qu'il avait employé sous-entendait ce qu'il n'avait pas voulu me dire ; il ne s'agissait pas d'entretenir une relation amicale entre collègues. Même si je me sentais flatté, je me devais de refuser :
- C'est gentil mais je ne suis pas intéressé.
- C'est ce qu'on m'a dit, acquiesça-t-il, que vous étiez déjà en couple.
Je souriais, amusé. J'ignorais si c'était son entêtement à vouloir coucher avec une personne en couple ou si c'était justement le mot " couple " que je trouvais désormais dénué de sens en ce qui concernait ma relation avec SeungHyeon, mais je souriais.

- Dans ce cas pourquoi est-ce que vous essayez ? lui demandais-je.
- Parce que les gens parlent dans cet hôpital, me dit-il avec un sourire charmeur, Et de ce que j'ai pu entendre sur vous deux, ce n'est pas tout à fait la définition d'un couple heureux.
Seulement désormais je me sentais tout simplement mal à l'aise. YoungBae était là depuis une semaine et avait déjà une opinion sur ma vie privée, alors qu'en était-il des autres ? Je n'avais jamais regardé les choses sous cet angle, et maintenant que je le savais c'en était gênant.

- Qu'est-ce que vous voulez ? lui demandais-je, commençant à perdre patience et voulant m'en aller d'ici le plus vite possible.
- Vous inviter à boire un verre, me répondit-il avec un certain entrain.
J'hochais négativement la tête tout en lui disant :
- Non, désolé.
- Vous en êtes sûr ? insista-t-il, visiblement déçu.
- YoungBae je suis déjà en couple.
Ce fut cette fois-ci à son tour de sourire, probablement amusé par ce que je venais de dire. Et au fond il y avait de quoi... J'étais pitoyable.

Il s'approcha lentement de moi, comme un fauve qui s'avancerait vers sa proie, et lorsqu'il fut à ma hauteur, il releva les yeux vers moi, me mettant particulièrement mal à l'aise. J'arrivais presque à sentir son souffle brûlant sur ma joue.
- Si jamais vous changez d'avis, finit-il par me dire, prévenez-moi.
Et sans rajouter quoi que ce soit, il quitta la pièce.

Après cet " incident ", j'étais retourné à mon travail, alternant entre remplir les dossiers et voir les patients, tout en faisant de mon mieux pour ne pas croiser SeungHyeon. J'ignorais ce que j'attendais de sa part, j'ignorais ce qui pourrait me faire changer d'avis si ce n'est des excuses. Tout simplement des excuses, et une raison de me délaisser à ce point. Mais même ça c'était trop lui demander.

Quoiqu'il en soit, lorsque la fin de journée fut proche, je me remis à penser à ma discussion avec YoungBae. J'ignorais pourquoi, mais je ressassais ses paroles en boucle dans mon esprit, et plus je les répétais, plus... elles semblaient à mon goût. Et en voyant YoungBae à quelques mètres de moi seulement, en train de lui aussi remplir un dossier, je ne résistais pas d'avantage et l'appelais :
- YoungBae ?
Il releva les yeux vers moi en souriant, visiblement agréablement surpris de m'entendre l'appeler. Je le rejoignis en quelques secondes avant de lui demander :
- A quelle heure vous terminez ce soir ?
Après tout, qui avait-il de mal à sortir prendre un verre avec un collègue pour se changer les idées ?

* * *

24 décembre 2015

Je faisais les cents pas dans la chambre depuis déjà un bon moment, essayant de peser le pour et le contre. Ce que m'avait dit DaeSung, je ne cessais d'y penser. Je devais prendre une décision, je le savais, mais j'avais l'impression que tout allait trop vite. Je voulais du temps, et du temps on m'en laissait. Mais à chaque fois que je regardais SeungHyeon, j'avais l'impression de ne plus en avoir. Pour lui je devais me décider, et vite. Et par-dessus tout je devais faire le bon choix. Mais je n'avais pas la moindre idée du quel était le bon. J'avais peur de prendre la décision égoïstement.

Je jetais un coup d'œil à l'horloge ; il n'était pas loin de 21h, et je n'avais toujours pas mangé. Mais je n'avais pas faim, comme souvent ces derniers temps. Je n'avais le cœur à rien d'autre qu'à attendre, et espérer. Espérer quelque chose qui relevait sans aucun doute du miracle.

Seulement je n'en pouvais plus de tourner en rond et de me torturer le cerveau à la recherche d'une décision que de toute évidence je n'arrivais pas à prendre. A ce qu'il paraît la nuit porte conseil, mais comment réussir à trouver le sommeil ? Je ne voulais pas rentrer et me retrouver à nouveau seul. Et surtout je ne voulais pas le laisser. Je ne voulais pas l'abandonner encore une fois.

Je me dirigeai lentement vers SeungHyeon et doucement m'assis sur le bord du lit. J'hésitais encore quelques secondes, mais à quoi bon de toute façon ? Il n'y avait personne pour me dicter ma conduite, personne pour me dire quoi faire, personne pour m'empêcher de rester à ses côtés.

Doucement, je m'allongeais contre lui, posais ma tête sur son épaule et laissais ma main reposer sur son torse avant de fermer les yeux. J'essayais de faire abstraction de ce bruit de machine autour de moi et ne me concentrais que sur SeungHyeon, uniquement sur lui. J'arrivais presque à me donner l'illusion que rien n'avait changé, que nous étions encore le couple heureux d'il y a plusieurs années. Et pourtant il s'était passé tant de choses. Tant de choses en si peu de temps. Tant de choses par ma faute. Et aujourd'hui j'en contemplais les conséquences. Jour après jour, elles me hantaient.

Ni les bruits médicaux ni mes pensées des plus sombres ne m'aidaient en quoi que ce soit, mais j'avais besoin de faire abstraction de tout ça. Rien qu'un instant. Et je savais que je devais lui parler. Je devais lui parler pour oublier tout ça.

Rouvrant doucement les yeux, mon regard se posa sur la fenêtre de la chambre, ou plutôt sur le paysage extérieur ; il neigeait. Aujourd'hui, en ce réveillon de Noël, il neigeait. Depuis que j'étais tout petit je rêvais qu'il neige le soir du réveillon, et ce n'était jamais arrivé. Ce n'était jamais arrivé jusqu'à aujourd'hui. Alors pourquoi maintenant ? Pourquoi sans lui ? Etait-ce ça mon miracle ? De la neige ? Sans lui elle n'avait plus de sens. Sans lui, Noël n'avait plus de sens. Il n'y avait plus de magie, il n'y avait qu'un vide. Un immense vide.

Et pourtant je voulais partager cet évènement avec lui. Je le voulais et je le pouvais.
- Il neige dehors, depuis un certain temps à en juger par la couche de neige déjà présente, lui dis-je doucement, à voix basse.
Je laissais ma main glisser doucement sur son torse, faisant de lents allers retours. Je pouvais sentir son thorax se soulever à chaque bouffée d'air qui entrait dans ses poumons, je pouvais sentir son cœur continuer de battre, et pourtant je ne sentais rien. Rien de vivant. Rien de réconfortant.
- Le paysage est déjà entièrement blanc, ça te plairait, continuais-je, Tu as toujours aimé la neige. Tout comme Noël, et ses décorations.

Ma main glissa doucement sur son bras, et je frissonnais face à ce contact. Son corps me semblait si froid, j'avais l'impression que sa peau était glaciale.
- Il y a un grand sapin au bout du couloir, me forçais-je à continuer pour combler un silence pourtant bruyant, avec une guirlande lumineuse et une flèche dorée. Ça me rappelle notre premier Noël ensemble.
Il ne me fallut que quelques secondes pour me remémorer la soirée au grand complet. Si je devais la caractériser en un mot, je choisirais probablement inoubliable.

- On avait décoré tout ton appartement, poursuivais-je, Et après avoir mangé on s'était tous les deux allongés sur le sol, en faisant en sorte d'avoir la tête sous le sapin.
Je me souvenais des couronnes, du sapin, des guirlandes, des bougies, de la crèche, et même des chaussettes accrochées à la porte. Je me souvenais du temps qu'on avait passé à décorer le sapin tout en s'embrassant à chaque fois que l'un de nous deux accrochait une boule sur l'une des branches. Mais ce moment sous le sapin, ç'avait été magique.

- On est resté là pendant près d'une heure, à regarder la guirlande changer de couleur en silence, repris-je, C'était si beau.
En me remémorant la suite de l'histoire, je me surpris à sourire au milieu de toute cette peine, cette angoisse et cette peur permanente.
- Puis tu as voulu te pencher vers moi pour m'embrasser, enchaînais-je, mais les branches du sapin étaient trop basses et tu t'en es pris une dans l'œil. J'ai dû passer la soirée à te soigner, j'avais peur que ça s'infecte.
A l'époque j'étais tout juste médecin, et j'avais pour le moins paniqué. Son œil était tellement rouge à la fin de la soirée... Et ça j'ignore toujours si c'était dû aux épines ou au nombre incalculable de produits que j'avais dû lui appliquer.

Après une courte pause, je reprenais :
- Quand on est allé se coucher, tu m'as dit que t'étais désolé d'avoir tout gâché, et je t'ai répondu que tu venais de m'offrir mon plus beau Noël, parce que pour la première fois de ma vie je pouvais sourire à quelqu'un le soir du réveillon au lieu de rester seul dans une pièce. Et puis tu m'as souri.
Mes doigts se refermèrent sur sa tenue d'hôpital alors que je sentais une vague de douleur m'envahir peu à peu.
- Tu m'as souri, répétais-je doucement en fermant les yeux.

* * *

18 novembre 2015

- Tout va bien ? me demanda SeungHyeon, T'as l'air ailleurs.
- Oui, ça va.
A vrai dire non, ça n'allait pas, et la première raison à cela était que j'étais extrêmement mal à l'aise dans cette voiture avec lui.
- T'es sûr ? insista-t-il, voyant mon trouble.
- Oui, lui affirmais-je d'une voix sèche.
Je poussais un long soupir, accoudé à la fenêtre. Je regardais le paysage devenu famillier défilé devant mes yeux, trop vite pour que je puisse m'attarder sur des détails dont j'avais percé les secrets.

Me tournant néanmoins vers SeungHyeon, je lui posais la question qui me taraudais depuis qu'il avait osé venir me voir tout à l'heure :
- Y a une raison à cette soirée ?
- Rien en particulier, m'expliqua-t-il, je voulais simplement passer la soirée avec toi.
- Après m'avoir délaissé pendant des mois je suppose que c'est de mise.
Je n'avais pas pu m'empêcher de le dire, les mots étaient sortis d'eux-mêmes. Probablement parce qu'il s'agissait là de la vérité.
- JiYong...
- Excuse-moi, l'interrompais-je, c'est pas ce que je voulais dire.

Je l'entendis doucement soupirer à côté de moi alors que le silence semblait vouloir s'installer entre nous, tandis que mes yeux n'avaient pas quittés la vitre et le paysage extérieur.
- C'est la vérité pourtant, me dit-il, contre toute attente, Et je m'en rends bien compte.
- Et quoi, lui dis-je sur un ton calme qui paraissait pourtant colérique, tu vas me dire que maintenant les choses vont changer ?
- JiYong...
- SeungHyeon, tu m'as abandonné ! m'emportais-je en tournant la tête vers lui, A chaque fois que j'avais besoin de toi tu n'étais pas là ! T'étais jamais là de toute façon.

J'essayais de retrouver mon calme, mais je sentais bien que je n'y arriverai pas. J'avais besoin d'évacuer toute la colère et toutes les tensions accumulées ces derniers moi. J'avais besoin que ça sorte. Et SeungHyeon le savait tout aussi bien que moi ; c'était la raison pour laquelle il ne disait rien.
- Je t'ai pas vu à la maison les yeux ouverts depuis des mois, repris-je, C'est à peine si je te croise au boulot, à croire que tu fais tout pour m'ignorer si bien que maintenant, c'est moi qui t'évite pour ne pas croiser ton regard coupable et entendre tes excuses minables ! Qu'est-ce que tu attends de cette soirée sincèrement ? Que je te saute dans les bras ?
- Nan, je voulais juste...
- Passer du temps avec moi ? complétais-je.
J'avais l'impression qu'il était complètement démuni face à moi, si peu habitué à tant d'agressivité de ma part. Ça me ressemblait si peu... Et compte tenu de ce que j'avais fait je m'en voulais déjà d'avoir élevé la voix.

- Oui, me confirma-t-il au bout de quelques secondes, Et m'excuser.
- Tu n'as pas à t'excuser, lui répondis-je, Maintenant on est à égalité.
Il ne comprenait pas, ça se lisait dans son regard, l'expression tourmentée et inquiète de son visage. Il ne comprenait pas. Ou peut-être ne voulait-il pas comprendre.
- Pourquoi ? finit-il par me demander.
- Parce que je t'ai trompé.
Cet aveu lui fit immédiatement tourner la tête vers moi, détachant entièrement son attention de la route.

* * *

24 décembre 2015

- Tu m'as souri SeungHyeon, répétais-je.
Je me redressais doucement, de sorte à être assis sur le bord du lit ; je voulais le voir. Je voulais le voir parce que j'avais l'espoir fou et inconcevable qu'il m'écoutait. L'espoir qu'il m'entendait. L'espoir qu'il me répondrait. J'arrivais encore à avoir de l'espoir alors que la flamme était éteinte depuis le début. Et je n'avais pas le pouvoir de la rallumer. J'avais beau me battre contre la tempête, elle gagnait toujours.

Je glissais ma main contre sa joue, caressant doucement sa peau. Et j'espérais toujours. J'espérais une réaction, rien qu'une, un frisson, quelque chose. Mais il n'y avait rien. Il n'y avait jamais rien.
- Tu m'as souri ce soir-là, répétais-je à nouveau.
Je sentais ma gorge se serrer, oppressé par un sentiment que je refoulais depuis le début ; la tristesse. Je l'avais ressentie, je l'avais éprouvée, mais je ne l'avais jamais exprimée. Et je ne voulais pas. J'avais l'impression que les larmes seraient un synonyme d'abandon, de défaite. Je savais que si je pleurais, je ne me relèverais pas.

Alors je luttais. Je luttais contre ça. Je luttais contre moi-même. Je luttais pour lui. Mais peut être que SeungHyeon n'attendait que ça. Peut-être qu'il n'attendait que ma défaite. Peut-être qu'il voulait s'en aller. Loin d'ici. Loin de ce monde, loin de ses imperfections, loin de ses souffrances. Peut-être voulait-il partir loin de moi ? J'avais trahi sa confiance, je l'avais blessé, peut être que je méritais tout ce qui était arrivé. Mais lui non. Lui ne le méritait pas. La situation était injuste.

Je clignais plusieurs fois des yeux, sentant peu à peu les larmes prendre le pas sur tout le reste et ce malgré ma lutte. Je glissais ma main dans ses cheveux avant de lui demander, à voix basse :
- S'il te plaît souris-moi SeungHyeon.
Mais il ne se passait rien. Toujours rien. Je ne demandais pas la lune pourtant, un sourire. Simplement un sourire. Tout le monde est capable de sourire.
- Souris-moi, lui demandais-je à nouveau.
Ma voix était presque suppliante. Je ne lui demandais que ça. Un sourire. Juste un sourire. Je ne lui demandais pas d'ouvrir les yeux, je voulais simplement un sourire. Je voulais un sourire pour avoir la certitude de faire le bon choix.
- Souris-moi SeungHyeon, répétais-je une fois encore, souris-moi. Dis-moi ce que tu veux. Dis-moi ce qu'il faut que je fasse. Fais quelque chose, je t'en prie.

Mais il ne se passait rien. Il restait de marbre, les yeux clos, endormi et bercé par ce bruit qui prouvait à tous qu'il n'était ni mort ni vivant. Il ne se passait rien, et désormais, je savais que j'avais perdu. Le combat touchait à sa fin et j'étais déclaré comme le grand perdant de cette histoire ; je pleurais.

* * *

18 novembre 2015

J'ouvrais doucement les yeux en grimaçant, le corps endolori. Je me sentais si fatigué, si épuisé... J'essayais de comprendre où j'étais, et en distinguant la silhouette de DaeSung après avoir cligné des yeux plusieurs fois, je compris que j'étais à l'hôpital. Seulement je ne semblais pas y être en tant que médecin.

J'essayais de me redresser mais je ressentis une vive douleur dans mes bras presque aussitôt, si bien que je me rallongeais presqu'aussitôt, accompagné du geste de DaeSung pour me forcer à rester tranquille.
- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? réussis-je à articuler, d'une voix pâteuse.
- Toi et SeungHyeon, vous... vous avez eu un accident, me dit-il, d'une voix maladroite, tu te rappelles ?
Il me fallut quelques secondes pour me remettre en mémoire les évènements récents, mais tout me revint assez soudainement. Mes reproches, mon aveu, et SeungHyeon qui me regardait au lieu de regarder la route, je me souvenais.
- Oui ça... ça me revient, bafouillais-je.

Sans même que je ne pose de question, DaeSung commença à me rendre compte de mon état, me donnant presque mal à la tête compte tenu de ma condition :
- Tu es arrivé inconscient aux urgences mais tu vas bien, tu avais l'épaule déboitée, le poignet fracturé, des hématomes et quelques coupures mais on s'est occupé de tout ça, tout va bien maintenant.
Je constatais en même temps que ses paroles les atèles et bandages que je portais, seulement la seule chose que je voulais réellement savoir il ne me l'avait pas dite. Et j'avais besoin de l'entendre.
- SeungHyeon, comment est-ce qu'il va ? lui demandais-je, maladroitement.

Mais je vis son visage s'assombrir. Il était hésitant, je le voyais bien, et étant médecin je savais ce que cette expression voulait. Je le savais, et pourtant je continuais d'espérer.
- On... on a fait tout ce qu'on a pu pour lui, commença-t-il à me dire, mais le... le trauma crânien était trop important et...
Je sentais la peur s'insinuer en moi, quelque chose de fort et d'intarissable.
- Tu es en train de me dire que...
- Non, me rassura-t-il, non il n'est pas mort.
Je poussais un soupir de soulagement, j'avais eu si peur. Si peur qu'il meurt par ma faute. Si peur qu'il meurt par ma bêtise. Mais l'expression du visage de DaeSung restait inchangée, et je craignais de comprendre pourquoi.

L'expression rassurée que j'avais laissa rapidement place à quelque chose de beaucoup plus tourmentée alors que je me répétais ses mots en boucle. Ce qu'il venait de me dire ne pouvait signifier qu'une chose et je ne le savais que trop bien.
- Il est dans le coma ? lui demandais-je avant même qu'il n'ait à me le dire.
Un hochement de tête et je me sentis soudainement perdre pieds.

Seulement je n'avais pas toutes les informations. J'ignorais si je devais encore avoir de l'espoir ou si je devais simplement renoncer à l'idée de le revoir les yeux ouverts un jour. Et je voulais croire qu'il y avait encore de l'espoir.
- Est-ce qu'il va se réveiller ? lui demandais-je, la voix tremblante.
Il semblait mal à l'aise face à moi. J'ignorais s'il était toujours comme ça avec ses patients ou si c'était parce qu'il s'agissait de moi mais son hésitation ne me faisait que plus peur à chaque seconde.
- On en sait rien mais...
- Je suis médecin, le stoppais-je, Arrête de me ménager et dis moi la vérité.
- Il est sous respirateur.
Et un patient dans le coma a très peu de chances de pouvoir se passer un jour de la respiration artificielle.

Seulement maintenant que c'était dit cela me paraissait irréel, comme un mauvais rêve dont on ne s'éveille jamais assez tôt. On se persuade toute notre vie que ce genre de choses ne nous arrivera pas à nous, que ça, ça n'arrivera qu'aux autres. On ne peut pas croire qu'une chose pareille nous soit arrivée. Je n'arrivais pas à y croire. C'était inconcevable pour moi, si bien que je n'eus pas la moindre réaction. Je ne savais pas comment réagir, je n'y arrivais pas. J'avais passé une partie de ma vie à annoncer ce genre de nouvelles à mes patients mais aujourd'hui j'étais incapable de l'entendre.

* * *

24 décembre 2015

Je chassais les larmes de mon visage d'un revers de la main avant de me lever, les yeux rivés sur SeungHyeon alors que je retenais un nouveau sanglot, la main contre la bouche. Je ne pouvais pas le faire. Je ne pouvais pas. Mais je savais que je le devais. Pour lui je devais trouver la force de le faire. Il le méritait.

Je vins serrer sa main dans la mienne, et ce aussi fort que je le pouvais. Je voulais me donner l'illusion qu'il était avec moi, qu'il approuvait mon choix. Je voulais garder à l'esprit que je faisais ça pour lui et oublier que j'allais lui prendre sa vie.

J'embrassais doucement le dos de sa main, la gardant quelques secondes contre ma joue alors que je faisais de mon mieux pour ne pas pleurer une fois encore. SeungHyeon n'aimait pas me voir pleurer. Je le savais. Alors pour lui, je ne devais pas. Je devais les retenir, une dernière fois.

Je reposais doucement sa main sur son lit de mort avant de m'approcher de lui. Je glissais mes doigts dans ses cheveux dans un geste familier, bien qu'égaré depuis quelques temps. Mais ça n'avait d'importance. Plus rien n'avait d'importance en cet instant à part lui.
- Te sentir vivant, lui dis-je calmement alors que j'approchais mes doigts du respirateur, C'est pour ça que tu veux faire le tour du monde. Pour te sentir vivant, respirer l'air pur, voir des paysages extraordinaires. Te sentir vivant.
Mes doigts se posèrent sur l'appareil, tournant dangereusement autour du bouton qui l'arrêterait. Je n'avais qu'un geste à faire, un seul. Mais je n'avais jamais rien fait de plus dur de toute ma vie.

- Cette vie-là ce n'est pas la tienne, repris-je en le regardant, Non, ce n'est pas la tienne.
Mon index glissait sur le bouton d'arrêt, il le toisait, mais n'osait jamais appuyer. J'avais peur de le faire. Si peur. Je savais que la mort ne serait pas immédiate mais j'avais peur de regretter. J'avais peur de commettre l'irréparable.
Je calmais ma respiration devenue tremblante du mieux que je le pouvais avant de finalement presser l'interrupteur.

Ma main tremblait contre l'appareil, mais je donnais tout ce que j'avais pour qu'il en soit autrement ; je n'avais pas terminé. Je n'avais pas terminé de parler, et je n'avais pas terminé de le laisser partir.

- Je ne sais pas ce qu'il y a là-bas, de l'autre côté, repris-je doucement tout en m'approchant de lui, mais je sais que là-bas tu pourras vivre ton rêve, loin d'ici, loin de tout, découvrir un nouvel horizon.
Mes doigts se refermèrent sur le tube qu'il avait dans la gorge, commençant à débrancher l'appareil et à enlever l'adhésif dans le but de le lui enlever. Grâce au moniteur cardiaque je savais que son cœur battait encore. Je l'entendais. Et à mesure qu'il battait je sentais une angoisse naître en moi, une angoisse grandissant et intarissable que je devais malgré tout réfréner. Je voulais qu'il parte calmement, en paix, pas dans la peur. Mais c'était une tâche vaine.

- Vis ton rêve SeungHyeon, lui dis-je alors que je commençais à l'extuber, Sens toi vivant à nouveau. Et pardonne-moi. Pardonne-moi pour toute cette histoire.
Une fois le tube entièrement retiré, je le déposais sur le meuble à côté de moi avant de doucement m'asseoir sur le bord du lit, à côté de lui. Maintenant je n'avais plus qu'à attendre. Attendre que son cœur s'arrête. Attendre qu'il s'en aille.

- Je me sentais seul, continuais-je tout en glissant ma main dans ses cheveux, et je pensais qu'avoir à nouveau l'attention de quelqu'un me ferait du bien mais... Il n'y a que la tienne qui compte.
Avant l'accident je lui en voulais, plus que je ne saurais le dire, au point même d'avoir une liaison avec quelqu'un d'autre, et à la seconde même où j'avais appris qu'il était dans le coma, toute cette colère s'était envolée au profit du regret. Je regrettais tout ce que j'avais pu lui dire. Je regrettais cruellement. Mais je n'avais aucun moyen de revenir en arrière.

Je serrais doucement sa main dans la mienne avant d'ajouter :
- C'est aujourd'hui que je me sens seul.
Mes doigts glissèrent doucement sur son torse, ne faisant que l'effleurer, avant de venir caresser tendrement sa joue.
- Je suis désolé SeungHyeon, je suis désolé, pour tout.
Je voulais pleurer, j'avais l'impression que c'était la suite inévitable, que ce n'était plus qu'une question de temps. Mais ce temps je voulais le contrôler. Pour lui je ne devais pas pleurer.

- Tu peux t'en aller maintenant, lui chuchotais-je près de l'oreille, va. Pars vivre ton rêve.
Je déposais mes lèvres dans ses cheveux, puis tendrement sur sa joue avant de prendre son visage entre mes deux mains, front contre front. Ma respiration tremblait contre sa peau, et je fermais les yeux avant de presser avec autant de douceur que de tendresse mes lèvres contre les siennes. Mais ce baiser avait l'amer goût de la fin. Il était le dernier. Il n'en était même pas un. Ce n'était plus SeungHyeon. Ce n'était plus l'amour de ma vie.

J'abandonnais ses lèvres et lui murmurais d'une voix douce mais malgré tout tremblante :
- Pars vivre ton rêve mon amour.
Je l'écartais pour pouvoir le regarder, alors que ma main vint se loger dans ses cheveux bruns. Je voulais me rassurer. Je n'y avais jamais cru et pourtant je voulais croire qu'un autre monde l'attendait de l'autre côté. Je voulais croire que là-bas il ne serait pas tout seul parce que je savais que la solitude et l'abandon étaient ce dont il avait le plus peur. Je voulais croire que là-bas il serait heureux sans moi. Je voulais croire que là-bas il pourrait accomplir son rêve. Et je voulais croire que là-bas il pourrait me pardonner de l'avoir abandonné.

- Joyeux Noël SeungHyeon.
J'ignorais si j'étais réellement en droit de penser que ce que je venais de faire était un cadeau, mais je voulais m'en donner l'illusion. J'avais besoin de croire que j'avais raison de faire ça. J'avais besoin de croire que c'était ce qu'il voulait.

Un bruit sourd et morbide vint soudainement emplir les lieux, mais je ne voulais pas l'entendre. Je ne voulais pas entendre son cœur s'arrêter. Je ne pouvais pas.
Je m'empressais d'éteindre l'appareil, mais lorsque je reposais les yeux sur SeungHyeon, je pris conscience de ce que je venais de faire. Il ne me donnait plus l'impression d'être mort ; il l'était.

Je sentis bien vite les larmes déborder de mes yeux pour rouler le long de mes joues, et cette fois-ci je ne tentais rien pour les retenir parce que je savais qu'il n'y avait rien à faire. Il n'y avait plus rien à faire.

Je ne résistais pas plus et prenais SeungHyeon dans mes bras, serrant son corps sans vie contre moi aussi fort que je le pouvais alors que mes larmes roulaient avec lenteur sur sa peau. Je l'avais perdu. Il était parti. SeungHyeon n'était plus là.
Mes sanglots retentissaient dans la pièce comme un hurlement d'agonie. Ils m'étaient insupportables, mais plus je luttais plus ils redoublaient d'ardeur. Je ne pouvais rien faire contre mon chagrin. Je ne pouvais plus rien faire.

J'étais piégé ici, SeungHyeon dans mes bras, noyé au milieu de la haine, du chagrin, de la culpabilité et des remords. J'avais envie de hurler, de hurler tout cette colère, de hurler toute ma peine, mais le sentiment qui en moi était omniprésent, lui, gardait le silence. Parce que ce sentiment que je taisais était le seul que je n'avais pas su lui montrer avant son accident. Je n'avais pas su lui dire à quel point je l'aimais avant qu'il ferme les yeux.

* * *

25 décembre 2015

- Vous êtes bien Kwon JiYong ?
La personne qui était à ma porte semblait visiblement être un facteur, seulement j'ignorais pourquoi il était là. Je n'avais rien commandé, et bien que nous soyons le 25 décembre, personne n'avait dû penser à moi en ce jour de fête.
- Oui, lui répondis-je nénamoins, Pourquoi ?
- J'ai une lettre en recommandé à vous remettre, m'expliqua-t-il.
J'acquiesçais d'un signe de tête, me doutant qu'il s'agissait probablement d'un papier d'ordre administratif. Et je n'avais vraiment pas la tête à ça.

- Je vous laisse signer ici, m'indiqua-t-il en me tendant le formulaire et un stylo.
Je m'emparais de ces derniers et griffonnais ma signature en bas de page avant de lui tendre à nouveau.
- Merci, dit-il en m'en débarrassant.
Il me tendit l'enveloppe, et je la saisissais tout en lui répondant :
- Je vous en prie.
- Joyeux Noël, me dit-il, sur un ton enjoué.
- A vous aussi, bafouillais-je, n'ayant pas le cœur à la fête.
Je refermais la porte d'entrée derrière lui et fis quelques pas maladroits dans le salon. Il n'y avait pas une seule décoration dans l'appartement ; je n'avais pas eu le cœur à en mettre cette année, et compte tenu des évènements de la veille j'ignorais si je serais réellement capable de célébrer à nouveau ce jour.

M'arrêtant au milieu de la pièce, je prenais l'enveloppe qui me paraissait lourde à deux mains pour regarder l'expéditeur, m'attendant à voir une adresse en lien avec le boulot, mais mon cœur faillit rater un battement en voyant marqué " Choi SeungHyeon ".
Comment était-ce possible ? Il était dans le coma depuis plus d'un mois et était parti hier soir, comment pouvait-il m'envoyer une lettre ? De quand datait-elle ?

D'avoir vu son nom sur l'enveloppe, mes doigts s'étaient fermement resserrés sur le papier, comme si j'avais entre les mains mon bien le plus précieux, comme si c'était la dernière chose qu'il me restait de lui.
Et pourtant j'avais peur de l'ouvrir, au moins autant que l'envie de la lire. Je ne savais pas ce que j'allais y trouver. Je n'avais pas la moindre idée de ce qu'il avait pu vouloir me dire à l'époque. Mais malgré ça, je prenais la décision de l'ouvrir.

La première chose que j'en sortis fut une clé, à laquelle était accroché une adresse qui m'était étrangère. Seulement je ne comprenais pas ce que cela voulait dire.
Sortant la lettre de l'enveloppe, je la dépliais avec lenteur, craignant toujours les mots qui pourraient y être inscrits, mais à peine avais-je posé les yeux sur la première ligne que je savais que je ne pourrais pas m'arrêter avant la fin.

" JiYong,
Bien que j'écrive cette lettre presque deux mois à l'avance, tu ne la reçois qu'aujourd'hui. Je ne voulais pas te la donner avant le jour J, mais maintenant que nous y sommes, tu es en droit de connaître la raison de mon éloignement.

J'ignore par où commencer. Ça fait des mois que je ne te vois presque plus, je ne fais que te croiser au boulot, ou bien tu dors déjà les rares fois où je rentre à la maison. J'ai bien conscience qu'entre toi et moi ce n'est plus comme avant, et je sais que c'est entièrement de ma faute. Tout cette situation t'affecte, je le vois bien. Et je le regrette. Je m'en veux tellement de te faire du mal JiYong, si tu savais à quel point. J'ignore combien de fois, en te voyant si mal, j'étais sur le point de craquer et de tout t'avouer, mais je tenais à garder la surprise jusqu'au bout, et j'ai réussi.

Mais avant de te dire de quoi il s'agit j'aimerai simplement de te dire merci JiYong. Merci d'avoir partagé ma vie pendant sept ans, d'avoir été la personne qui faisait de ma vie une aventure à deux et non quelque chose de monotone. Tu m'as rendu heureux, tu m'as rendu fou amoureux de toi, et c'est un sentiment que je n'échangerai pour rien au monde. Un sentiment dont quoiqu'il arrive tu seras la source.

Si pendant des mois je me suis éloigné de toi, si pendant tout ce temps je passais ma vie au boulot à faire des heures supplémentaires et à enchaîner les opérations, c'était pour te remercier autrement que par les mots. Si j'ai fait tout ça c'était pour t'offrir ton rêve JiYong. Parce que la récompense pour moi ce n'est pas ce rêve, c'est toi. La récompense c'est ton bonheur. La récompense c'est ton sourire.

Le jour même où tu m'as avoué quel était ton rêve, j'ai su qu'un jour, après de nombreux efforts et sacrifices, je serais capable de te l'offrir. Et ce jour est arrivé. Ce jour est pour toi JiYong. Ce rêve est pour toi. Et aujourd'hui je suis en mesure de pouvoir t'affirmer que mon amour est pour toi. A tout jamais.

Alors je t'attends mon amour. Quand tu ouvriras la porte je serais là pour toi, pour t'aimer une vie entière et encore au-delà, et je ne m'en irais plus jamais. Je te le promets.
Joyeux Noël JiYong.

SeungHyeon "

Mon poing se referma doucement autour de la clé alors que ma main tremblait. Je repliais la lettre et la remettais dans l'enveloppe, incapable d'assimiler ce qu'elle contenait. Je ne comprenais pas.
Sans m'attarder d'avantage, je m'emparais de mes clés de voitures avant de sortir de l'appartement, sans prendre la peine de refermer derrière.

Je montais dans ma voiture, mettais le contact et démarrais presque aussitôt. Saisissant la clé de l'enveloppe je regardais une fois encore l'adresse. Je connaissais le quartier, du moins je savais où il se trouvait, mais je ne connaissais pas le numéro.
Ne perdant pas plus de temps, je prenais la direction du quartier en question, roulant peut être plus vite que la vitesse autorisée, mais en ce jour il n'y avait pour ainsi dire personne dans les rues.

Le trajet jusqu'au quartier n'était pas long, une dizaine de minutes seulement. Ici il n'y avait que des maisons, de grandes et belles maisons, mais je guettais le numéro indiqué sur la clé. Je le guettais jusqu'à le trouver. Le numéro 25.
Je stoppais la voiture devant une maison et ne restais pas davantage dans le véhicule.

Après être sorti, je claquais la portière derrière moi avant de m'avancer doucement. Je n'arrivais tout simplement pas à croire ce que j'avais devant les yeux, c'était comme un rêve devenu réalité. Sauf que ce n'était pas comme. C'était ce qu'il s'était passé.

Je n'étais même pas encore entré que mes yeux s'attardèrent sur la clôture blanche qu'il y avait devant la maison. Je m'approchais lentement de cette dernière et laissais glisser mes doigts sur les planches peintes, une à une, jusqu'à atteindre l'ouverture sur l'allée qui menait jusqu'à la porte d'entrée de la maison.

J'empruntais les dalles de pierre jusqu'à monter les trois marches qui me menaient sous une sorte de véranda en bois. J'avançais pour rejoindre la porte d'entrée et repris la clé en main. J'hésitais à aller plus loin. J'avais peur d'aller plus loin. J'avais peur de ne voir qu'une déception derrière cette porte parce que je savais que rien ne se déroulerait comme il me l'avait écrit dans cette lettre.
Mes doigts jouèrent avec le porte clé encore quelques instants avant que je ne me décide à enfoncer la clé dans la serrure, puis j'abaissais la poignée et poussais la porte pour l'ouvrir.

Il n'était pas là. SeungHyeon n'était pas là alors qu'il m'avait promis. Il m'avait promis qu'il serait là, à m'attendre. Mais il n'était pas là. Il n'était plus là. Et ce vide face à moi faisait mal. Il faisait si mal.
Je faisais quelques pas à l'intérieur sans prendre la peine de refermer la porte derrière moi et laissais mon regard vagabonder partout autour de moi. Et tout ce qui j'y voyais c'était des fenêtres, des grandes baies vitrées un peu partout qui laissait entre la lumière en abondance dans les lieux.

J'avançais encore un peu et aperçus une cheminée en pierre grise dans la pièce principale. Le sol était en parquet, un bois sombre presque uniforme qui recouvrait la presque totalité de la maison. Seulement je ne m'avançais pas d'avantage et pris l'escalier à ma droite.
Je montais les marches une à une jusqu'à atteindre l'étage. J'avais la possibilité d'entrer dans plusieurs pièces, mais je ne les voyais même plus ; mes yeux étaient rivés sur la baie vitrée devant moi.

Je rejoignis cette dernière en quelques pas et une fois à sa hauteur, je laissais mes doigts courir sur la surface glacée, redessiner le contour du cerisier qui était dans le jardin derrière la maison. Il n'était pas en fleur à cette époque de l'année, de la neige reposait même sur les branches sombres, mais je savais que c'était un cerisier. Je le savais. Et c'était si beau. Tellement beau.
Mon regard s'attarda sur le banc en pierre, lui aussi recouvert de neige, qu'il y avait au pied de l'arbre, mais petit à petit ma vision devenait floue, jusqu'à laisser place à un paysage déformé par les larmes qui coulaient en abondance sur mes joues. Seulement j'en ignorais la raison.

Peut-être étais-je en train de pleurer parce que mon rêve était devenu, grâce à SeungHyeon, réalité. Parce que cette maison dont je rêvais depuis toujours, avec la clôture blanche, l'allée en dalle de pierre, la cheminée, le parquet en bois sombre, les multiples fenêtres, le cerisier dans le jardin et le banc en pierre, parce que cette maison était belle et bien là.

Peut-être étais-je en train de pleurer parce que je prenais soudainement conscience que toute cette colère, tout ce ressentiment, toute cette ignorance entre lui et moi ces derniers mois n'avaient plus de raison d'être. Parce que je lui en ai voulu de s'être éloigné, parce que je lui ai reproché de m'avoir abandonné alors qu'en réalité tout ce qu'il faisait, il le faisait pour moi.

Peut-être étais-je en train de pleurer parce que je prenais conscience que SeungHyeon n'était plus là. Parce que la veille au soir j'avais pris la décision de mettre fin à ses jours après plus d'un mois de coma, un coma dont j'étais indirectement responsable.

Ou peut-être étais-je en train de pleurer parce que je comprenais que je n'avais moi non plus pas été honnête avec lui. Parce que mon rêve ce n'était pas d'avoir cette grande maison. Parce que mon rêve c'était de pouvoir la partager avec la personne qui compte le plus à mes yeux et que désormais, je savais que ce rêve-ci ne se réaliserait jamais. Tout comme le sien. Il m'avait offert mon rêve, et je voulais croire que je lui avais offert le sien. Mais il n'était plus là pour moi et je n'étais plus là pour lui.

Je me laissais doucement glisser au sol ; je ne parvenais pas à calmer mes larmes. Ma peine et ma douleur étaient si grandes. Je ressentais un immense vide en moi, comme si en partant SeungHyeon avait emporté une partie de mon être avec lui.
Mais au milieu de cette tristesse je ressentais quelque chose de bien plus fort et de bien plus beau. De la gratitude. Je ressentais une profonde gratitude. Parce que SeungHyeon m'avait tout donné. Il m'avait donné son temps, son sourire, son rire, sa tendresse, sa chaleur, son étreinte, son amour, sa vie. C'est lui qui m'a tout donné. C'est lui mon plus grand rêve, et le perdre était ma plus grande peur. Mais je sais que je la surmonterais. Parce qu'il m'a donné tout le reste.
Mon SeungHyeon. Mon Amour. Mon Rêve.


du 19/12 au 23/12

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