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Romance

Je ne sais pas comment te dire
[Histoire Terminée]
Auteur: Iris-Ardell Vue: 69
[Publiée le: 2018-11-09]    [Mise à Jour: 2018-11-09]
13+  Signaler Romance/Yuri (FxF) Commentaires : 2
Description:
Adèle est amoureuse. Oui, c'est bien beau, sauf que... Comment vivre son amour lorsque l'on a une orientation sexuelle différente, et que la personne chère à votre cœur ne la partage pas ? Mais ce soir, la jeune femme va prendre son courage à deux mains...
Crédits:
Cette histoire et ces personnages, qui m'appartiennent, m'ont été inspirés par le prompt d'Emma-poisson-rouge, dans le cadre du concours organisé par Shaku22. Je les remercie toutes les deux.
<< ( Préc )
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Je ne sais pas comment te dire

[4100 mots]
Publié le: 2018-11-09Format imprimable  
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Je ne sais pas comment te dire...


Le soir tombait, étirant doucement les ombres de cette heure entre chien et loup. Les lampadaires municipaux s’allumèrent, éclairant les rues de leur lumière blafarde. Quelque part dans l’un de ces immeubles, une âme se torturait. Vais-je le faire ? Vais-je y arriver ? Comment serai-je perçue ? Sans doute ferai-je mieux de renoncer… Oh et puis non ! Tu as assez attendu, et comme on dit, soit ça passe, soit ça casse. Mais si ça casse, alors mon coeur se brisera.

Devant sa feuille blanche, Adèle, jeune femme de vingt-deux ans dont l'embonpoint ne gâchait nullement la joliesse de son visage entouré de boucles brunes, se mordit la lèvre avec anxiété. Aujourd’hui était un grand jour. Aujourd’hui, elle prévoyait de faire son coming out à la personne qui comptait le plus pour elle. Et de lui avouer son amour.

Le problème qu’elle rencontrait, c’était que son amour n’était sorti jusqu’à présent qu’avec des garçons. De plus, autre détail, et de taille celui-là, concernait l’orientation sexuelle d’Adèle. Une orientation peut conventionnelle, qui pouvait attirer incompréhension, voire moqueries qui sait ? Mon Dieu, si elle la rejetait ou pire, la regardait comme un monstre ?

Elle tremblait tellement qu’elle fut obligée de froisser sa feuille et de recommencer à écrire. En pensant à ce qu’elle osait faire, au fait qu’elle allait oser donner cette lettre, des papillons se mirent à voltiger dans son ventre et son coeur s’emballa.

Voilà des années qu'elles se connaissaient, et des mois qu’elles partageaient le même appartement. Et non, Bélinda, cette ravissante blonde, n’avait jamais remarqué les yeux brillants d’Adèle lorsque leurs regards se croisaient. Ni ses mains qui tremblaient, que, de toute façon, elle cachait derrière son dos. Comment aurait-elle pu deviner le secret de sa meilleure amie ? Adèle ferma les yeux, soupira profondément, puis les ouvrit et se pencha sur sa feuille, faisant courir son stylo plume à l’encre violet foncé.



« Bélinda,

A toi, ma meilleure amie,

Je ne sais pas comment te dire…

Ce matin je suis allée travailler et, sur le chemin, j’ai vu ces panneaux d’affichage avec leurs

publicités, qui pour un parfum, qui pour des sous-vêtements, qui pour une voiture. Et sais-tu ce que ces réclames avaient en commun ? Des corps de femmes. A moitié dénudés, dans des poses suggestives. Parce que le sexe fait vendre.

Je ne sais pas comment te dire…

J’ai regardé un film hier soir, à la télévision. Les deux personnages principaux se sont retrouvés au lit et s’en est suivi une scène torride. Moi j’ai suivi cela avec étonnement. Parce que je ne comprends pas. Je ne comprends pas ce besoin de se mettre nu et de partager son corps avec le corps nu d’un autre.

Je me suis imaginée dans cette situation, je me suis vue à la place de l’un des protagonistes. Et j’ai aussitôt secoué la tête, me reculant, bien au fond dans mon canapé. Parce que je ne pouvais pas.

Comment te dire…

Oui il m’arrive d’être émoustillée par des mots, des images. Mais c’est intérieur, uniquement

intérieur. Envisagerais-je de mettre mon imagination en pratique que cela ne passerait pas. Autour de moi, le monde se précipite pour coucher le plus possible, perdre sa virginité au plut tôt – comme

si être vierge était honteux ! Partout, tout le temps, sexe, sexe, sexe…

Comment te dire…

Même si je fantasme parfois, je n’éprouve pas le besoin de mettre ces idées en pratique. Idées qui doivent rester bien cachées à l’intérieur de moi, connues de moi seule, mon jardin secret. Non je n’ai pas envie de passer à la casserole, non je n’ai pas envie de me retrouver face à autrui, dénudée, et de mélanger mon corps à celui de l’autre. Cela ne me tente pas, ne me dit rien.

Comment te dire…

Tu dois me prendre pour un monstre. A notre époque, ne pas aimer faire l’amour, comme c’est singulier n’est-ce pas ? Etre excité mais ne pas avoir envie de recopier ce que l’on voit ou ce que l’on lit, quelle absurdité !

Depuis que je sais que les relations sexuelles existent, je n’ai jamais été attirée par elles. Je n’ai jamais ressenti de désir charnel pour quiconque.

Asexuelle. C’est le mot.

Tu dois te dire que je ne suis qu’une vieille fille frustrée et desséchée. Que la vie avec moi ne doit avoir aucun éclat, aucune folie. Et pourtant…

Et pourtant comme j’aime les petites attentions qui font le ciment d’un couple. Oui, parce qu’il n’y a pas que l’aspect sexuel. Le petit déjeuner surprise que l’on prépare à sa moitié le dimanche matin ; les fleurs cueillies dans le champ voisin et que l’on tend à la personne aimée ; le coucher de soleil ou encore les étoiles que l’on admire à deux ; un dîner aux chandelles, chez soi ou au restaurant…

Comment te dire…

Je ferme les yeux et je te vois, avec ton sourire, tes cheveux blonds, légère, joyeuse. Les tâches de son sur ton petit nez. Tes dents du bonheur. Ta taille fine. Et je me vois, moi, avec ces cheveux bruns mi longs et bouclés, cette taille plus épaisse que la tienne. Ces yeux de myope qui ne peuvent se passer de lentilles de contact. Je réentends nos conversations sur des sujets aussi divers que variés. Cette complicité de soeurs qui nous rapproche. Et je sens comme un élan. Au fond de mon être un désir se forme. Pas un désir physique.

Juste l’envie d’être avec toi. Envie de te parler. Envie de ta seule présence. Envie de toi, mais de ton âme seulement. Mélanger mon esprit avec le tien, plutôt que nos deux corps. Je ne sais pas comment te dire… je t’aime.

Veux-tu être mon amour, ma soeur de coeur, mon autre moi-même ? » 

Adèle


Après avoir froissé et refroissé sa feuille, écrit et réécrit, Adèle espérait avoir enfin réussi à coucher sur le papier ce qu’elle avait sur le coeur. Ce fut celui-ci bondissant comme un animal sauvage qu’elle entra subrepticement dans la chambre de Bélinda. Devant le lit, elle hésita. Allons, il était encore temps de renoncer…

La lettre posée contre sa poitrine qui tambourinait, la jeune femme ferma les yeux et s’obligea à respirer profondément. D’abord par le nez, longuement. Puis retenir sa respiration cinq secondes. Et enfin expulser l’air par la bouche. Plusieurs fois. Au bout d’un moment un semblant de calme l’envahit, ainsi qu’un léger tournis. Elle dut poser la main sur le chevet du lit pour retrouver son équilibre.

Puis elle se pencha et posa l’enveloppe couleur lilas sur l’oreiller.

Les dés étaient jetés.

Bientôt, soit elle serait la plus heureuse des femmes, soit elle n’aurait plus qu’à partir, humiliée et le coeur en miette. Car il était impensable qu’elle reste dans le même appartement que son aimée, pas après avoir avoué tout ça.

Ce fut avec une profonde angoisse qu’elle attendit son retour.


Bélinda arriva une demi-heure plus tard. Elle salua son amie en souriant, sans se douter du tourment que cette dernière subissait. Elle se rendit ensuite dans la salle de bain et prit une douche pour se détendre. Une fois dans sa chambre, elle s’habilla. Elle n’avait pas encore remarqué l’enveloppe, dissimulée sous les vêtements qu’elle avait négligemment jetés sur le lit. Ce fut en voulant prendre son haut vert pomme assorti à ses yeux, celui qu’elle aimait porter pour se sentir à l’aise après une journée de travail, qu’elle fit tomber quelque chose. Elle se pencha et ramassa cet objet incongru.

Une lettre ? D’après l’écriture qui figurait sur l’enveloppe, et qui mentionnait son prénom, celle-ci lui avait été laissée par Adèle. Mais pourquoi ne pas lui parler directement ?

Intriguée, elle décacheta l’enveloppe, en sortit la liasse de feuilles et se mit à les parcourir des yeux.


Terrée dans sa propre chambre, Adèle n’en menait pas large. Assise sur son lit, les genoux relevés contre sa poitrine, elle tremblait. Elle avait chaud, elle avait froid. Et son muscle cardiaque dansait toujours la sarabande. Elle n’osait plus faire d’exercice de respiration, de peur de s’étourdir. D’ailleurs, étourdie, elle l’était déjà : elle avait l’impression que le décor autour d’elle était bizarre, pas normal, comme… s’il n’était pas réel. Peut-être était-elle en train de rêver ? Elle avait également la sensation de flotter dans son propre corps.

A l’idée du flop monumental qu’elle risquait, ses yeux s’embuèrent.


Dans l’autre chambre, Bélinda était penchée en avant, la lettre dans une main et qu’elle parcourait des yeux, et son autre main posée sur son front. Au fur et à mesure de sa lecture, ses yeux s’agrandirent. Elle se sentait vraiment gênée. Pas à sa place. Comme une imposteuse.

Puis, ayant fini sa lecture, elle se renversa en arrière et resta là, sur le lit, à contempler le plafond blanc. Elle était déboussolée et choquée. Choquée car elle n’avait rien vu, rien pressenti. Des années qu’elles se côtoyaient. Qu’elles vivaient ensemble. Et jamais, non jamais elle ne s’était doutée de quoi que ce soit.

Elle se leva enfin, et alla s’asseoir à son bureau. Prit une feuille blanche et un stylo plume à l’encre bleue. Mais elle resta là sans bouger, comme pétrifiée. Elle ignorait encore totalement ce qu’elle allait répondre.

Puis elle ferma les yeux et ce fut le visage d’Adèle qui apparut. Adèle qu’elle connaissait depuis le lycée, Adèle dont elle croyait tout connaître. Pas tout apparemment… Elle avait toujours pris la solitude de son amie pour un effet de sa timidité. Complexée par son poids, la jeune femme ne se rendait apparemment pas compte de son charme naturel. Bélinda se souvenait maintenant de toutes ces fois où elle lui avait fait remarquer tel ou tel jeune homme bien de sa personne, où elle l’avait incitée à se maquiller, ne serait-ce que très légèrement, à porter des tenues plus fluides en été, persuadée qu’Adèle manquait tout simplement de confiance en elle. Non pas qu’Adèle s’habillait comme un sac, elle était juste moins coquette que Bélinda.

Comme elle-ci avait été aveugle ! A présent, elle revoyait nettement les joues rosies de sa colocataire lorsqu’elle lui présentait son dernier amoureux en date. Son air un peu embarrassé quand Bélinda suggérait une sortie entre quatre ; elle et son amoureux d’un côté, Adèle et l’ami de celui-ci de l’autre.

Tout lui apparaissait dans une clarté si éblouissante qu’elle craignit un instant la cécité. Mais non. Au contraire, c’était à ce moment qu’elle voyait enfin clair, pour la première fois.

Finalement elle se pencha et commença à gratter son papier.


Adèle trouva l’enveloppe posée à sa place, sur la table de la cuisine. Bélinda était déjà partie. Elle ne travaillait pas ce samedi matin. Certainement elle avait préféré fuir. Sans doute pour ne pas avoir à la regarder dans les yeux lorsqu’elle lirait la lettre de rejet. Une lettre faite de phrases bateaux où son amie concéderait qu’elle était une gentille fille, et la meilleure amie qu’on puisse trouver. Mais seulement ça, une amie. A moins que ce soit pour lui demander de s’en aller ?

Bon, au moins elle aurait essayé… C’était de toute façon trop dur de vivre ainsi, de se morfondre d’amour à sens unique. Si elle devait quitter l’appartement, et bien soit !

Ce fut sans espoir qu’elle ouvrit l’enveloppe et se mit à lire.

Lorsqu’elle eut terminé, elle se prit le visage dans ses mains et pleura doucement.


« Chère Adèle,

Et bien, que de révélations ! Tu es ma meilleure amie depuis le lycée, nous avons tant partagé ensemble, mais jamais je n’aurais imaginé que tu puisses ressentir quelque chose pour moi… Comprends-moi bien, cela me flatte mais me déstabilise aussi.

Asexuelle… Pour moi les asexuels n’étaient que des frustrés du sexe, des aromantiques incapables d’aimer, incapables du moindre romantisme. Ta lettre semble prouver le contraire. Et j’ignorais totalement qu’un asexuel pouvait être « excité », même si cela concerne uniquement le monde imaginaire et que, comme tu le dis, tu n’éprouves aucun besoin de mettre en pratique.

Comme tu le sais, j’ai eu des petits copains avec qui j’ai passé le cap. J’ai besoin, moi, de la jouissance que procure le partage des corps, cette complicité charnelle.

Cependant, je me refuse à te perdre, toi mon amie la plus chère. Contrairement à ce que tu penses, tu es loin d’être vilaine (oui des kilos en trop et alors ?). J’apprécie ton visage, tes yeux noisette toujours près à s’émerveiller du monde.

Je t’avoue que je suis gênée, car jusqu’à présent, seuls les hommes m’intéressaient. Mais je peux comprendre les attirances entre personnes du même sexe. Néanmoins, que l’une des personnes

n’éprouve pas de besoin de sexe, voilà qui n’est pas banal ! Comment former un couple dans ce cas là ?

Je t’apprécie énormément, tu es spéciale pour moi et en aucun cas je ne voudrais te perdre ou te faire de la peine.

Ta soeur de coeur, dis-tu ? Je te voyais déjà comme ma soeur, mais de coeur ?

Oui j’ai envie de prolonger notre complicité, envie de te revoir, de te parler. De t’avoir près de moi. Une relation avec une autre femme est toute nouvelle pour moi, mais je suis disposée à tenter ma chance de découvrir autre chose.

Pour ce qui est des relations intimes, de doux enlacements, des caresses softs et des massages sans aller trop loin, penses-tu que cela pourrait te convenir ?

J’ai été surprise par ta démarche. Cependant je me dis qu’il est peut-être temps que je tente autre chose. Et comme je te l’ai dit, je t’aime vraiment beaucoup. Je croyais que c’était seulement de l’amitié, mais si cela pouvait être plus ?

J’ai le coeur qui bat en écrivant cette lettre. Parce que je m’apprête à plonger dans un monde inconnu. Crois-tu qu’une telle union, une asexuelle et une sexuelle, puisse être possible ? Pour ma part je peux faire des efforts pour ne pas te brusquer et m’adapter à toi.

Adèle, ta lettre m’a beaucoup touchée.

Etre ta soeur de coeur, ton amoureuse, même sans rapport charnel, je suis prête à tenter l’aventure. Il faudra juste que tu m’apprennes. »

Bélinda


Journal intime de Bélinda


Presque un mois. Presque un mois que nous sommes ensemble.

Pas besoin d’emménager chez l’une ou l’autre, nous étions déjà colocataires. Lorsque je rentre de mon travail, elle est là à m’attendre (elle sort plus tôt que moi de son bureau) et ne manque

jamais de me serrer dans ses bras. Un enlacement sage mais plein d’amour. On se fait un petit baiser sur la bouche, un baiser bien chaste, sans la langue.

On dort ensemble, enlacées. Rien de sexuel, seulement des effleurements, de temps en temps

un petit massage, rien de tel pour se détendre après le travail.

Et elle n’avait pas menti pour les croissants du dimanche matin. Aucun de mes ex n’y avait pensé. Elle m’emmène au restaurant et nous dînons aux chandelles. Le serveur nous regarde d’un air curieux mais nous n’en avons cure, tant nous sommes accaparées par nos conversations et nos rires.

Cependant, parfois, le manque de relation charnelle me frustre… Si l’on m’avait dit un jour que je serai attirée par une autre femme, ma meilleure amie, je ne l’aurais pas cru une seconde.

Mais voilà, elle est mignonne, et surtout notre complicité me plait de plus en plus. De telle sorte que j’aimerais bien avoir plus. Je la désire, elle, toute entière. Je ne veux pourtant pas la brusquer, surtout pas ! Je sais qu’elle fait déjà des efforts avec nos caresses softs.

Oh, Adèle, je crois que je m’attache de plus en plus à toi.


Journal intime d’Adèle


Elle est frustrée, je le sens bien. Comme je sens qu’elle fait des efforts pour ne pas me forcer à faire quelque chose que je ne veux pas. Rien que pour ça, j’aimerais lui dire merci.

Nos enlacements, nos baisers chastes, nos caresses très douces me conviennent parfaitement. Du moment que cela ne va pas plus loin, qu’il n’y a pas de réel rapport.

Elle dit qu’elle a besoin de moi. Moi aussi j’ai besoin d’elle, mais pas forcément comme elle le voudrait. Et je m’en veux. Pourquoi suis-je aussi différente ? Pourquoi ne puis-je me laisser aller ? Mais non, vraiment, le sexe ne m’attire pas du tout… Je voudrais tant lui faire plaisir.

Un asexuel n’est pas attiré sexuellement par autrui. Cependant rien ne l’empêche – et c’est selon la sensibilité de chaque asexuel, certains le font, d’autres pas du tout – de pratiquer l’onanisme. Longtemps je me suis satisfaite toute seule, aucun besoin d’un ou d’une autre pour cela.

Je m’en contentais et étais très bien comme cela. Peut-être devrais-je prendre sur moi et passer ce cap avec elle ?

Seulement cela me fait peur. Peur de me dévoiler, de la laisser me toucher . Et peur de la toucher aussi.

Néanmoins les contacts que nous avons déjà, je ne pensais pas pouvoir les accepter. Je l’ai fait parce que c’est elle et je dois avouer qu’ils me plaisent. Il faut juste que cela n’aille pas trop loin.

Oui mais je l’aime. Je l’aime tellement que je serais prête à faire des concessions. Pourquoi ne pas essayer, une fois ? J’ai conscience qu’elle ne tentera rien contre ma volonté, mais je ne veux pas de sa frustration. Je voudrais tant qu’elle soit bien.


Journal intime de Bélinda


Nous avons passé le pas. Je lui ai demandé et demandé si elle était vraiment prête à faire ça. Elle m’a répondu qu’elle voulait me faire plaisir. J’ai bien senti son hésitation et sa gêne. J’ai voulu tout annuler. Elle m’a rétorqué que ce qu’elle faisait seule, elle pouvait bien le faire avec moi, sa « soeur de coeur ».

Une grande première pour toutes les deux, mais plus difficile pour elle. Elle est pudique. Pas l’habitude de laisser quelqu’un d’autre toucher son corps. Mais elle l’a fait… Je suis fière d’elle et en même temps je culpabilise. L’aurais-je incitée à faire une chose qu’elle n’aurait jamais faite avec autrui ?

Elle me rassure en me disant qu’elle m’aime, qu’elle ne veut pas que je manque de plaisir. Son amour, et son abnégation, me font monter les larmes aux yeux. Jamais, non jamais, mes ex ne m’ont ainsi donné de leur personne pour me satisfaire. Je me rends compte que ces relations du passé étaient uniquement basée sur le sexe. Ce qui me convenait, à cette époque.

Depuis que je suis avec elle, j’ai découvert un autre monde. Elle est plus que ma meilleure

amie. Nos conversations, nos rires, nos petits câlins tout doux, tout mignons, et maintenant ça… Une jouissance que je n’ai jamais ressentie avec aucun des hommes que j’ai connus.

Je sais néanmoins que cela ne se fera pas tous les jours, loin de là. Elle a pris sur elle, je dois prendre sur moi à mon tour. Surtout y aller à son rythme.


Journal intime d’Adèle


Voilà, c’est fait. Pour la première fois, j’associe quelqu’un d’autre à mon plaisir privé… Si, au début, j’étais gênée et hésitante, elle a su me mettre à l’aise. Cela a commencé par des effleurements, des caresses très douces, n’importe où sauf sur les endroits sensibles comme les seins et le bas ventre. Mais rien que ces attouchements me procuraient du plaisir. Puis, tout doucement… peu à peu…

J’ai aimé cela, c’est vrai. Mais je n’éprouve pas le besoin de recommencer, du moins de recommencer là tout de suite. J’ai besoin d’un peu de temps pour digérer. Je suis bien avec elle, mon désir de sa personnalité n’a pas changé. Et quelque part, je suis contente d’avoir sauté le pas avec elle. Maintenant je sais ce que c’est. Même si c’était tout gentillet.

Il y a peu, j’aurais pensé « le faire, non merci, berk ! ». Avec elle, c’est différent. Parce que je l’aime tant. Il est vrai que les contacts avec d’autres ne me disent rien, que je ne vois pas l’intérêt de le faire à nouveau. Pour elle, cependant, je suis prête à l’accepter, du moment que ce ne soit pas trop souvent. Bélinda, merci pour ta patience.


— Les asexuels sont tous différents, comme les sexuels, ils aiment certaines choses et pas d’autres. C’est ce que j’ai appris au contact d’Adèle.

Assises à la table de la cuisine, devant l'ordinateur portable, Adèle et Bélinda écrivaient leur nouveau blog. Ace (asexuel) & S (sexuel), comment vivre ensemble ?

Ce projet était né d’un commun accord. Pour avoir lu ou entendu des choses telles que « les asexuels n’ont tout simplement pas trouvé la bonne personne ; ils ont subi des abus sexuels ; ils n’ont jamais essayé donc forcément ils ne savent pas ce qu’ils perdent ; ce sont des asexués... ». Les deux amoureuses avaient décidé de changer les mentalités. D’essayer au moins. Certes ce serait un combat de longue haleine, les préjugés sont tenaces, en particulier en ce qui concerne la sexualité. Celle-ci était partout, sans arrêt, or il y avait forcément des gens comme Adèle, qui se cachaient, n’osant révéler leur orientation au grand jour, victimes des on-dit.

La jeune femme tapa sur quelques touches pour expliquer aux éventuels visiteurs :

— Certains asexuels peuvent être excités par un passage érotique lu dans un livre ou vu dans un film. D’autres au contraire, ne ressentiront rien du tout. De même, il y en a qui pratiquent l’onanisme, et d’autres en aucune façon car ils n’en auront aucun besoin.

Bélinda ajouta son grain de sel :

— Lorsqu’un Ace et un S se mettent ensemble, car oui c’est possible, il faut avant tout beaucoup de dialogues. Faire une totale confiance à l’autre. Et tâcher de ne frustrer ou de n’obliger personne. Parler, c’est ça la clé…

— Pour ce qui est de l’aromantisme, c’est-à-dire l’absence de désir romantique envers autrui, là aussi cela dépend des personnes, écrivit Adèle. Pour ma part, je suis romantique ; je tombe amoureuse, tandis que d’autres ne connaîtront pas ce sentiment. D’ailleurs le romantisme tel qu’on le conçoit est plus une façon de faire et de se comporter, et est différent du fait de tomber amoureux, d’éprouver une attraction romantique envers l’autre.

Bélinda poursuivit :

— Les asexuels ont tous des désirs et des comportements différents, comme les sexuels. Ce qu’il faut savoir, c’est que les Aces ont pour commun de ne pas ressentir d’attirance physique, sexuelle, pour autrui. Le sexe tel que nous le concevons, physique et réel, ne les intéresse pas. Ils peuvent fantasmer, mais ne veulent pas mettre ces fantasmes en pratique.

Adèle corrigea doucement :

— La plupart des fantasmes ne sont pas destinés à être mis en pratique. Mais il est vrai que, si personnellement, dans mon cas, je peux être émoustillée, je n’éprouve aucune envie d’imiter, de faire pareil.

— Comment fonctionnons-nous alors ? demanda Bélinda. Tout simplement, et nous l’avons dit au début de ce billet, par le dialogue. Elle fait des concessions, je fais des concessions. L’important c’est que nous nous aimions émotionnellement et sentimentalement.

— N’ayez pas peur de vos sentiments, ni, surtout, de ce que vous êtes, conclut Adèle. Ace romantique ou aromantique, sexuel, bi, hétéro, homo… Il y a tant de façon d’aimer, ou de ne pas aimer. L’important c’est comment vous vous sentez, vous. Il y a tellement de mots pour décrire les attirances, attractions, indifférences et répulsions… Vous avez trouvé quelqu’un à aimer ? Merveilleux ! Vous n’êtes attiré par personne ? Vous préférez rester seul ? Très bien aussi. Il faut s’écouter, et ne pas céder à l’appel des sirènes que sont les médias, ceux qui voudraient vous faire croire qu’il faut absolument trouver un partenaire sexuel pour être heureux. C’est faux. Vous pouvez être heureux comme vous êtes. Ne vous mettez pas la pression et soyez vous-même !

Une fois le point final tapé sur le clavier, les deux jeunes femmes se regardèrent, les yeux brillants, et échangèrent un baiser chaste mais qui était plein d’amour contenu.

Adèle avait tenté sa chance et elle avait gagné. Elle étaient toutes les deux gagnantes.

Peu importe sa forme, l’amour est assez fort pour triompher des différences de chacun.


Est-il besoin de préciser que ce blog rencontra un vif succès ? Les visiteurs se faisaient de plus en plus nombreux : des asexuels mais aussi des sexuels curieux de savoir, de comprendre. Des couples Ace/S qui voulaient des conseils. D’où la création d’un forum. Témoignages, questionnements, anecdotes… Adèle et Bélinda avaient l’impression d’avoir aidé à faire comprendre leur univers, et cela les remplissait de joie.

Elles font toujours chacune des compromis, mais leur amour ne s’est jamais démenti.


FIN




Commentaire de l'auteur Cette histoire est tirée de mon imagination, de même que les noms et les physiques de mes personnages ont été inventés. Ce qui est véridique, ce sont les propos tenus sur le blog, à la fin du récit. Je me suis renseignée concernant les asexuels, via un site. J’y ai appris pas mal de choses et dit adieu à certains préjugés. J’espère de tout cœur avoir réussi à retranscrire ce que j’ai compris de cette communauté qui, hélas, n’est représentée que rarement dans la littérature ou les films. J’espère que vous avez apprécié votre lecture, comme j’ai eu du plaisir à écrire ce texte, et remercie Emma-poisson-rouge d’avoir eu cette idée de prompt, dont le sujet me touche particulièrement.
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