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Concours Fan-Fiction Univers J.R.R. Tolkien
 par   - 307 lectures  - Aucun commentaire

Cet automne le service Médiathèques et Bibliothèque de Grasse organise un concours de fan-fiction sur le thème de l’univers de Tolkien.
Si vous souhaitez participer sachez que votre production ainsi que votre fiche d’inscription sont à remettre par voie postale ou électronique (communication.bibliotheque@ville-grasse.fr) à la médiathèque de Grasse avant le 31 décembre et qu’il faudra vous limiter à 8000 mots maximum. Vous retrouverez toutes les informations dont vous aurez besoin dans le règlement du concours disponible sur le site de la médiathèque https://www.mediatheques.grasse.fr

Victor Sierra : financement participatif pour leur 5ème album
 par   - 373 lectures  - Aucun commentaire

Victor Sierra est un groupe français de musique steampunk.

Jje les suis depuis plusieurs années et nous sommes devenu amis.
Ils lancent un financement participatif pour leur cinquième album sur indiegogo :
Victor Sierra's 5th album

Ils chantent dans plusieurs langues : français, anglais, un peu d'espagnol et de yiddish dans certains titres.

Vous pouvez écouter des morceaux et voir des vidéos sur leur sites https://victorsierra.net/ ainsi que sur youtube, itunes, spotify...

 

La ligue des mangoustes recherche de nouveaux héros
 par   - 1868 lectures  - 1 commentaire [30 mai 2020 à 12:42:02]

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Ce qu'il cache sous son masque de neige...
[Histoire Terminée]
Auteur: Spurious Vue: 300
[Publiée le: 2011-11-20]    [Mise à Jour: 2011-11-21]
G  Signaler Général/Romance/One-Shot Commentaires : 2
Description:
Le Renard Blanc est un mystérieux voleur que personne n'a jamais réussi à attraper. Il va pourtant se retrouver face à un adversaire de taille qui ne lui laissera aucune échappatoire...
Crédits:
Les personnages, l'histoire et les décors m'appartiennent.
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Ce qu'il cache sous son masque de neige...

[9417 mots]
Publié le: 2011-11-20
Mis à Jour: 2011-11-21
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Commentaire de l'auteur Bonne lecture!

La couleur immaculée du premier flocon d’hiver se détacha du ciel obscur. Le voleur leva la tête et le regarda virevolter au grès du vent. Derrière ce cristal, quelques étoiles résistaient aux nuages et faisaient de la première nuit enneigée le saphir le plus pur et le plus précieux qu’on pouvait admirer. Celui qu’on appelait le Renard Blanc contempla avec une petite pointe de tristesse ce symbole de pureté s’écraser dans la poussière avant qu’il ne soit rejoint par d’autres flocons. Lui, était protégé par sa cape d’un noir de jais. Son masque, qui justifiait son nom, cachait son visage et sa jeunesse. Ses cheveux courts et blonds contrastaient avec les ténèbres et il en était de même pour sa peau blanche, presque blême à cause du froid. Pourtant, il aimait sentir le vent glacial mordre son corps, voir la vie disparaître et en même temps résister, ne plus entendre que les bruits sourds des pas dans la neige. Tout cela faisait de l’hiver sa saison préférée.

Il savait toutefois que c’était la période de tous les malheurs : la nourriture se faisait rare et le froid tuait tous ceux qui n’avaient pas les moyens de se protéger. Il ne connaissait pas tous ces problèmes. Ses parents étaient morts quand il était très jeune, mais très vite, son oncle et sa tante l’avaient recueilli. Jamais il n’avait souffert de la faim ou de l’hiver. Bien loin de là, ils avaient tout fait pour le garder près d’eux, protégé comme personne ne devrait l’être. Et très vite, il en avait pris conscience. Il n’était pas leur « enfant » mais leur « trésor », un trésor qui avait failli mourir étouffé entre quatre murs, jusqu’à ce qu’une petite sphère blanche ne lui fasse ouvrir une fenêtre sur la réalité. Attiré par le spectacle de la neige, il les avait entendus. Leurs pensées profondes n’existaient pas pour protéger, mais pour posséder. La petite poupée qu’ils espéraient contrôler allait toucher une fortune colossale, digne de l’élever au rang des rois. Et pour cause, un mariage avait déjà été arrangé avec le souverain, et le Renard Blanc allait devoir s’unir à sa progéniture. Quelques années avant, tout cela l’avait effrayé. Il avait fui aussi loin qu’il le pouvait, jusqu’à la ville basse. Et la misère qu’il y avait vue avait scellé son destin. Ce jour là, il avait pris la première décision de sa vie, celle qui le guiderait toujours, celle qu’il s’efforçait de suivre toutes les nuits.

« Je me libèrerai, et je vivrai. Je vivrai pour le bien des autres. »

Assis sur les toits des quartiers riches, il attendait. Car demain il atteindrait sa majorité. Il les attendait, ces cloches qui sonneraient douze fois.  Douze coups, pour qu’il puisse commencer à vivre.

 

 

 

            Comme toutes les nuits, il ne quittait pas le quartier riche seul. Il ne savait pas vraiment combien de personnes l’accompagnaient. Il aurait dit, une douzaine, ou une quinzaine. Mais il n’avait pas le temps de les compter. Ses pas précipités se dessinaient dans la neige, s’enfonçant parfois un peu plus que ce qu’ils auraient dû, et laissaient derrière lui une longue piste inexploitable. Au  moindre déséquilibre, il s’accrochait à une fenêtre, ou même à une cheminée. Le plus important était d’éviter la chute qui pouvait s’avérer fatale.

« Par ici soldats ! »

La fuite était bien plus difficile que d’ordinaire. Et pour cause, les hommes qui avaient l’habitude de le  poursuivre étaient aujourd’hui menés par un chef d’exception. Au lieu de le courser bêtement, ils essayaient de prévoir sa trajectoire, lui tendaient des pièges grossiers. L’exercice n’en était que plus intéressant, et le voleur profita de l’occasion pour essayer les raccourcis qu’il avait eu le temps de découvrir tout le long de l’année. La neige dissimulait certains repères, mais la parfaite connaissance de la ville permettait au fuyard de s’en sortir. Une course sûre et rapide lui permettait de se promener plus longtemps, et il n’hésita pas à faire demi-tour, histoire de profiter de la vue imprenable qu’offraient les quartiers riches, et surtout pour se remplir un peu plus les poches.

 

 

 

Le Renard Blanc jeta un œil aux premiers rayons qui transperçaient la nuit. En hiver, le soleil se levait bien plus tardivement, et les hommes en faisaient souvent de même. Mais il devait rentrer avant qu’on ne se rende compte de son absence. Un peu triste d’abandonner son jeu de la sorte, il bifurqua vers la ville basse. Se déplacer sur les toits représentait tout de même un sérieux avantage par rapport à tous ces soldats ralentis par leurs armures lourdes et leurs épées. Il se précipita vers le bord d’une maison, et fit un saut impressionnant sur en mur qui se trouvait en contrebas. Il réussit tout juste à l’attraper du bout des doigts et resta suspendu quelques secondes avant de remonter. Cette petite muraille séparait deux mondes qui auraient pu sembler coexister. Le voleur se remit à courir, en faisant bien attention de rester sur le mur cette fois. Les soldats, pour la plupart toujours dans les quartiers riches le cherchaient. Il pouvait voir des torches et des lueurs osciller avec le vent, et parfois même, entendre un homme hurler sa frustration aux autres.  

Au bout de quelques minutes, le silence commença à percer. Le voleur n’entendait plus que ses propres pas, et le vent qui lui soufflait aux oreilles. Il commença à ralentir, rassuré, avant de sauter sur une route pavée mais abîmée, faisant au passage tinter un petit sac plein de pièces d’or. Son rituel commençait aux premières lueurs de l’aube. Le voleur passait les mains par les portes, les fenêtres, les fissures et déposait plusieurs pièces dans chaque maison. Ce n’était pas un exercice hors-pair vu les bâtiments tristes et délabrés qui constituaient ce quartier. Il passa la main à travers une vitre cassée et y lâcha quelques sous. Concentré sur sa tâche, il n’entendit pas son ennemi arriver.

La lame de l’épée siffla, et un premier coup effleura son masque blanc. Le Renard Blanc en esquiva un deuxième avant de se faire bousculer violemment. Il heurta un mur, et fit ce qu’il put pour ne pas tomber. Son ennemi ne lui laissa aucun répit et tenta d’enfoncer sa lame dans une épaule meurtrie. Quelques pas de côté évitèrent au voleur une blessure ouverte, mais il se retrouva pris au piège entre un mur et une épée. Le petit sac plein d’or dans les mains, il ne put que reculer dans un angle pour mettre de la distance entre lui et son agresseur. Les ruelles sombres et étroites qui lui servaient normalement de bouclier étaient cette fois devenues de véritables entraves qui le faisaient prisonnier. Il détailla son adversaire, cherchant une faille dans ce piège à rat. Plus grand, plus fort, les cheveux sombres, le prince Peter ferait la fierté de son père s’il arrivait à capturer ce maudit Renard Blanc qui les narguait depuis plusieurs années. Le voleur masqué faisait son apparition à chaque hiver, troublant le calme, agaçant la noblesse, brisant les règles. Son histoire était murmurée par les enfants, comme si le vent lui-même portait cette histoire à travers le royaume. On disait de lui qu’il était un être fantomatique, un esprit bienfaisant que nul ne pouvait toucher ou attraper. Le prince n’y croyait évidemment pas. Ce fauteur de troubles n’était pour lui qu’un lâche qui s’enfuyait perpétuellement. Mais face à l’ennemi, il ne pouvait pas se permettre de croire cette idée naïve. Cette cape… Cette longue cape noire cachait entièrement le corps du malfaiteur. Impossible de savoir s’il était potentiellement fort. Il pouvait même dissimuler une arme, ou n’importe quel objet qui lui permettait de se défendre. La prudence est de mise face à un ennemi dont on ignore tout. La seule chose qui n’était plus à démontrer, c’était son agilité. Il s’était déjà extirpé des pièges les plus complexes, mais face au prince, qu’allait-il faire ?

Les deux protagonistes se toisaient, et cet échange coûtait cher à l’un d’eux, car plus le temps passait, plus le Renard Blanc risquait de se faire attraper. Jamais il ne le permettrait. Aujourd’hui, il serait libre. Le voleur fonça droit vers le prince et amorça un saut plutôt impressionnant. Le jeune noble ne vit qu’un morceau de tissu noir qui lui recouvrait le visage. Peter tenta en vain de saisir la longue cape qui disparaissait déjà. Le premier rayon d’un nouveau jour l’aveuglait alors que la silhouette noire s’échappait à toute vitesse.

« Lâche ! » hurla-t-il en se mettant à sa poursuite.

 Mais il était trop tard. Attirés par le bruit, les habitants commençaient à sortir de chez eux. Ils cherchèrent tous à s’approcher du prince, quémandant parfois une simple pièce, ou parfois même allant jusqu’à l’insulter et le désigner comme responsable du malheur de ce pays. Il se frayait un chemin aussi bien qu’il le pouvait. En vain.

 

 

 

            Rosaleen n’en pouvait plus d’attendre. Elle trépignait d’impatience sous les regards désapprobateurs de son tuteur et de sa tante. Ses longs cheveux noirs bougeaient au même rythme que tout le reste de son corps. Aucune remontrance ne l’atteignait, et ce pour une raison très simple : elle n’écoutait absolument rien de ce qui se passait autour d’elle. Tout ce qu’elle voulait, c’était qu’il arrive afin de boucler cette affaire au plus vite. Ses yeux de couleur marron clair avaient une teinte chaude, presque dorée, mais jamais elle n’avait posé de regard aussi froid sur cette maison. Voilà vingt ans qu’elle y vivait, qu’elle parcourait les grandes marches de l’escalier en bois massif, qu’elle touchait les surfaces lisses de meubles plus précieux les uns que les autres, qu’elle posait ses doigts sur les vitres toujours extraordinairement propres, qu’elle ne voyait que perfection et délicatesse partout.  Sa propre tenue la dérangeait : une robe bouffante en soie bleue qui soulignait sa silhouette, des bijoux en argent qui feraient pâlir d’envie n’importe quelle autre femme, un maquillage léger qui achevait de la déguiser… Si elle n’avait pas fait un scandale pour laisser ses cheveux lâches, ses anglaises auraient sûrement été remplacées par une coiffure trop complexe, haute, superficielle, trop lourde à porter : rien de ce à quoi elle voulait ressembler. Cette femme assise n’était pas elle. Elle n’aspirait pas à plaire, elle n’aspirait qu’à vivre.  

Elle attendait une visite qu’elle maudissait déjà, et une autre qui la sauverait sûrement. Une bonne et une mauvaise nouvelle devaient lui être annoncées. Et l’une des deux allait sceller sa vie.

« Madame, … il est arrivé. »

Rosaleen se leva subitement ne manquant pas de faire vaciller la chaise. Elle se précipita vers l’extérieur de la pièce, mais très vite, une main puissante la retint par le poignet. Son tuteur…  

« Cela s’adressait à votre tante, pas à vous. »

La femme aigrie et parée de bijoux encore plus imposants que ceux de Rosaleen traversa la porte sans un regard pour la jeune fille.

« Je ne vous avais jamais connue aussi impatiente mademoiselle. Retournez donc vous assoir et tenez vous tranquille ! »

L’homme la lâcha et la regarda se poser docilement. Seul son regard montrait une étincelle de colère. Elle savait que si cette personne était celle qu’elle attendait, elle perdrait son seul espoir et serait condamnée à se soumettre aux ordres jusqu’à la fin de sa vie. Les minutes s’écoulaient inlassablement, mais elle ne pouvait qu’attendre. En dehors de ces murs, son destin se jouait sans elle.

« Rosaleen, mon trésor. »

Sa tante l’appelait. Son cœur s’accéléra. Elle se leva de nouveau et déglutit difficilement, priant secrètement pour qu’il ne soit pas trop tard. Ses pieds la guidèrent machinalement jusqu’à la plus grande pièce de la maison. Des fauteuils excessivement ornés d’or et de velours étouffaient la salle, sans parler des lustres et des tableaux qui donnaient à cet endroit une atmosphère malsaine. Les fenêtres auraient pu redresser la situation si elles n’avaient pas été cachées par des rideaux trop épais et trop colorés. La jeune fille aurait bien voulu s’enfuir, mais son tuteur qui marchait juste derrière elle l’en empêcherait sûrement. Elle s’inclina respectueusement devant les invités exceptionnels que son oncle était allé chercher le matin même. Sa révérence correcte plut à la majorité des personnes présentes : le Roi lui-même complimenta la jeune fille sur ses manières.

« Elle sera une parfaite épouse pour mon fils. »

Rosaleen ne fit même pas semblant d’être surprise. Ce mariage avait été arrangé depuis quelques temps déjà et elle n’avait jamais été en mesure de le contester.

« Il est, je pense, le mieux placé pour vous en parler. »

Peter… Elle ne connaissait que son nom, mais bientôt, ils seraient unis pour la vie. Le brun la dépassait d’une bonne tête, et son air hautain rappelait son rang en permanence, sans parler de ses somptueux vêtements couleur nuit. Il s’inclina très légèrement devant Rosaleen. Cette dernière ne doutait pas que si la politesse n’existait pas, il ne l’aurait jamais fait.

« Mademoiselle… »

Le portrait idéal, la voix mielleuse, le faux regard fatal, tout chez lui inspirait le doute.

« Permettez-moi de vous offrir ce bracelet en gage d’engagement. Mon père, le Roi, a on ne peut plus hâte de voir nos deux familles s’unir. En devenant ma femme, vous deviendrez la future souveraine… »

Elle n’en pouvait déjà plus. Ce charme qui vous faisait miroiter monts et merveilles la dégoutait. C’était encore un de ces nobles qui se croyait au-dessus du reste du monde, comme elle en avait trop souvent rencontré. Elle voyait ses lèvres bouger mais se refusait à l’écouter. Pourtant, elle ne put ignorer la dernière phrase prononcée par le prince.

« … notre mariage sera donc officiellement annoncé le soir de Noël. »

Elle eut une terrible migraine à ce moment. Détournant les yeux du prince, elle tomba sur le bracelet serti de diamants qu’il venait de lui offrir. L’éclat du bijou ne fit que l’aveugler encore d’avantage. Une petite pointe d’affolement la prit à la gorge. Elle ne voulait qu’une chose : s’en aller. Pourtant, elle était prisonnière. Elle leva les yeux sur son prince et ne put s’empêcher de ressentir du dégoût pour cet homme qui la voyait pour la première fois. Derrière elle, son tuteur se félicitait intérieurement d’avoir participé à l’éducation de la future reine. Il s’imaginait déjà couvert d’or et d’argent.

 

 

 

Peter et Thomas se préparaient pour une nouvelle nuit de chasse. Le prince avait du mal à digérer ce qui c’était passé la veille. La capture du Renard Blanc était devenue une affaire personnelle. Ses yeux perçants passaient en revue la tenue de ses hommes. Il ne l’avait rencontré qu’une seule fois, et cela avait suffit pour qu’il adapte l’équipement des soldats. Des tenues et des armes plus légères, moins de couleurs pour pouvoir le surprendre et, dernière mesure qui amusait particulièrement Thomas, des casques. Une unité spéciale avait était formée pour arrêter le bandit : la période des fêtes approchait, et le Roi ne voulait pas entendre parler du moindre problème, surtout qu’il préparait une immense réception au château. Peter avait donc profité de cette excuse pour mettre en œuvre tous les moyens nécessaires à la sauvegarde de sa fierté.

Le mystérieux voleur profitait d’une nuit paisible. La neige tombait légèrement, et assis sur un des toits les plus hauts de la ville, il observait le filet qui se tendait autour de lui. Des lumières oscillantes, probablement des torches, s’éteignaient successivement, alors que les douze coups de minuit sonnaient. Seul le bruit du vent dans ses vêtements pouvait trahir sa présence. Le Renard Blanc, prévenu par Thomas, évitait soigneusement tous les pièges. Il choisit une maison au hasard, et y entra en forçant une des fenêtres. Même s’il devait affronter toute une armée, il continuerait à avancer.

 

 

« Pourquoi ne s’est-il pas encore montré ? »

Le roux regardait son supérieur faire des allers-retours. Ses pas creusaient la neige qui s’amoncelait depuis la tombée du jour. Des flocons tombaient encore et obligeaient le prince à ébouriffer régulièrement ses cheveux.

«  Toutes les issues vers la ville basse sont bouclées. Je devrais déjà être en train de lui retirer son masque.

— Il n’y a aucune inquiétude à avoir Votre Altesse. Les hommes sont aux aguets. Jamais il ne pourra passer sans nous affronter.

— J’espère que c’est moi qu’il combattra. Hier, il a réussi à m’avoir par surprise. Aujourd’hui, je le terrasserai. »

Peter lança un long regard vers le château. Le grand bâtiment aux murs de pierre surplombait toute la cité qui était recouverte par un manteau immaculé. Il ne rêvait que d’y trôner. Toute sa vie ne tendait que vers cet unique objectif : gouverner.  Son père lui répétait sans cesse que c’était sa place, que sa vie serait celle d’un dirigeant, et qu’il devrait tout faire pour en être digne. Il se devait d’être le plus fort, jamais il ne laisserait vivre ce sale voleur qui l’avait vaincu.

« Tu as entendu ? »

Le prince se retourna brusquement pour observer la pénombre. Un bruissement… Peter leva la tête et observa les grands toits pentus. De légers bruits se faisaient entendre, mais il ne voyait rien. Le silence s’installa de nouveau et il était prêt à baisser sa garde lorsqu’une petite masse de neige s’effondra tout près de lui.

« Non, ce n’est rien… »

Thomas le regardait d’un air anxieux. Il ne put que se taire lorsque le prince lui en intima l’ordre par un geste muet. Le brun s’éloigna doucement jusqu’à son cheval. La bête, apaisée par la nuit, attendait dans le plus grand calme. Il prit son arme précautionneusement.

Il banda son arc, prêt à tirer. La flèche pointait vers le ciel, juste entre deux toits qui étaient anormalement proches l’un de l’autre. Ses yeux noirs regardèrent Thomas avec une pointe de satisfaction alors que face à lui, le soldat ne savait plus quoi faire.

Personne ne pouvait dire depuis combien de temps est-ce que ce théâtre immobile durait. Allongé tout près des deux représentants de l’ordre, le Renard Blanc avait encore du mal à se calmer. Depuis le sol, c’était impossible de le voir, malgré sa longue cape noire qui tranchait avec la couche de neige qui couvrait les toits. Il releva doucement la tête pour observer les mouvements ennemis. Tout ce qu’il pouvait apercevoir c’était un magnifique cheval qui se confondait presque avec le reste du décor. Légèrement rassuré, il avança en restant le plus bas possible. Se déplacer sur les toits n’était pas une mince affaire. Chaque mouvement de l’eau cristallisée risquait de s’entendre, et ce malgré la présence d’un vent qui dissimulait sons et odeurs. Il semblerait pourtant, en dehors de la micro-avalanche qu’il avait déclenché tout à l’heure, que rien n’ait trahi sa présence. Le voleur avait atteint la limite. La traversée s’annonçait ardue : aucun moyen de passer si ce n’était de sauter. Il se redressa doucement tout en scrutant les environs.  Il ne vit que quelques mèches de la chevelure rousse de Thomas. Se sentant protégé par la présence de son ami, il reprit confiance et recula de quelques pas pour prendre un peu d’élan. Il prit une grande respiration avant de s’élancer, même si cette distance ne représentait aucune difficulté. En passant au dessus du vide, il le vit : le prince était tapi dans l’ombre. Leurs regards se croisèrent et la peur s’empara de lui. Son cœur palpitait à un rythme effréné, et de petites gouttes de sueur perlaient déjà sur sa peau lorsqu’il perçut enfin la neige sous ses pieds. Conscient qu’il était trop tard, il sentit une douleur lui transpercer le flanc avant de sombrer.

Le Renard Blanc chuta lourdement en avant. Le prince eut un petit rictus quand il vit son corps glisser lentement du toit, dessinant une longue traînée rouge qui souillait la pureté du blanc. Thomas se précipita pour rattraper son ami qui basculait. Il regarda la longue cape noire envelopper le ciel, jusqu’à tomber dans ses bras. Peter, lui, avait déjà lâché son arc et il s’approchait dangereusement des deux autres.

« Votre Altesse… »

Son pas était court et rapide, son regard flamboyait. Il était assoiffé de sang, comme tous ces hommes qui ne ressentaient plus la moindre empathie à la première apparition du précieux liquide. Peter dégaina son épée, prêt à frapper.

« Je vous en prie, calmez-vous. »

C’était comme si les paroles de Thomas ne l’atteignaient plus.

« Votre père voudra sûrement l’attraper vivant. »

Le prince était devenu sourd et aveugle : seule son épée le liait à la réalité.

« Ecoutez-moi, votre épée n’a jamais tué quiconque, ne commencez pas aujourd’hui… Pas par lui ! »

Insensible aux mots de celui qui le suivait depuis si longtemps, il abattit sa lame. Le rouquin esquiva le coup, non sans peine. Son fardeau n’était pas très lourd, mais son adversaire était puissant et rapide. Entre le Renard Blanc et le prince, le choix était atrocement difficile et à ce rythme, l’un des deux périrait avant l’aube.

Une lutte inégale avait lieu dans les rues de la ville. Les deux hommes s’affrontaient du regard, mais Thomas ne cessait de reculer. Les vêtements du voleur balayaient la neige, et parfois le gênaient dans ses mouvements. De petits pas rapides permettaient au roux de s’en sortir intact, mais cela ne suffisait pas à redresser la situation. Il prit subitement la décision d’attaquer. Il évita la lame du prince en se décalant sur le côté, laissant son adversaire arriver à sa hauteur. Une de ses mains lâcha son vulnérable compagnon pour atteindre Peter en pleine tête.

 

 

 

L’homme aux cheveux flamboyants tenait fermement les rênes des deux chevaux. Il transportait le prince sur la monture blanche, alors que lui et le Renard Blanc se tenaient assis sur un second animal. Le rythme était assez rapide, mais il fallait parfois ralentir à cause du brun assommé par Thomas. Il risquait de tomber si l’allure demeurait trop soutenue. La ville était déjà assez loin, et ils s’avançaient tous les trois dans la forêt sombre et dense, suivant une route qui semblait avoir été choisie totalement au hasard. Et pour cause, ils ne suivaient aucun des nombreux chemins qui parcouraient ces bois. Le roux savait pourtant se diriger sans la moindre difficulté, et il finit par apercevoir ce qu’il cherchait : un bâtiment délabré et  recouvert par la végétation dont l’une des fenêtres laissait passer la lumière d’une toute petite flamme.

« Camille ! Ouvre ! C’est Thomas ! »

Le soldat frappait sur la porte dans l’espoir d’être entendu. La seule source lumineuse dans cette nuit glaciale était une petite lueur qu’il apercevait sur le seuil de l’entrée.

« Camille ! »

 Ses coups s’intensifiaient encore. Appuyé sur son épaule, le Renard Blanc engourdissait ses muscles et la morsure de l’hiver l’achevait avec une lenteur presque sadique. Sa main bleuie n’en pouvait plus. Elle l’obligea à arrêter son vacarme. Ereinté, il se retourna pour regarder les chevaux. Le prince était toujours là, évanoui. Thomas se demanda si c’était la meilleure solution. Néanmoins, le choix ne lui appartenait plus vraiment.

Le bruit de la porte le fit sursauter. Un trait de lumière passait, et celui-ci s’agrandit jusqu’à laisser place à un cadre presque éblouissant sur lequel se dessinait une silhouette obscure. Les yeux du jeune homme s’habituèrent assez vite, et reconnurent alors Camille. La jeune femme avait le visage fatigué, et les mèches rebelles qu’elle essayait de discipliner avec ses doigts trahissaient son réveil en sursaut. Pas un mot ne fut échangé : le regard de détresse que lui adressa Thomas suffit. Il souleva le corps inanimé du Renard Blanc et passa la porte.

« Est-ce que… ? »

Choquée, elle n’osa pas finir sa phrase.

« C’est une blessure assez grave. Il n’y a que toi qui puisses l’aider. »  

Le visage grave de Thomas la laissa interdite. Elle le précéda afin de lui ouvrir la porte d’une chambre où le blessé fut allongé. Et c’est toujours dans le silence le plus complet qu’il ramena Peter.

« Le… Le prince ? Mais... Qu’est-ce qui c’est passé ? »

— Je t’expliquerai tout ça après. Tu as des chaînes ?

— Tu plaisantes ?

— Une corde… Une corde bien robuste alors.

— Je… Fais ce que tu veux. Débrouille-toi. » 

Tremblante, elle tourna les talons pour aller s’enfermer dans la chambre du voleur. Il lui faudrait sûrement beaucoup de temps pour le soigner. De son côté, Thomas transporta le prince dans une des nombreuses chambres du bâtiment. Ce vieux manoir avait été restauré grâce à lui et au Renard Blanc. Située en dehors de la ville, cette vieille bâtisse isolée servait maintenant de base au voleur, mais aussi de maison.

Du haut de ses treize ans, Damien avait vu une bonne partie de la scène qui venait de se dérouler. Réveillé par le vacarme fait par Thomas, il s’était caché dans un coin de pénombre. Une fois Camille disparue, il n’hésita pas à s’approcher pour tendre une corde au soldat. Ce dernier la prit, mais adressa un regard plein de reproches au jeune garçon.

« Tu ne devrais pas être là. Retourne te coucher. 

— Laisse-moi t’aider ! » 

Le roux l’ignora superbement, et emmena le prince dans une chambre vide. Il l’attacha solidement, profitant de son inconscience. Damien était sur ses talons. Il refusait d’obéir et insistait pour avoir des explications. Il élevait la voix de plus en plus, jusqu’à ce que, poussé à bout, Thomas se décide à agir. Il le souleva d’une seule main, indifférent à ses protestations et le ramena dans son lit. Mais l’enfant, têtu, continuait à désobéir.

Aux premières lueurs du jour, ils étaient endormis dans les bras l’un de l’autre. Un long et vieux fauteuil les avait accueillis dans leur dispute, qui s’était rapidement ponctuée de bâillements. Le plus jeune avait fini par sombrer, s’affalant de tout son long sur Thomas qui, à défaut de pouvoir se lever, s’était assoupi à son tour. Leurs respirations étaient aussi silencieuses que la neige qui tombait à l’extérieur. Le seul bruit venait de la cheminée. Un feu réchauffait la maison et de petits craquements se faisaient parfois entendre. Camille et le Renard Blanc passèrent près d’eux le plus silencieusement possible. La jeune femme était inquiète, et son visage trahissait son anxiété mêlée à la fatigue. Le voleur, lui, avait repris des vêtements plus classiques. Comme toujours, il laissait son déguisement dans la chambre qu’il occupait rarement. Il avait du mal à marcher, mais il ne pouvait pas rester là.

« Je dois rentrer. Je reviendrai. Tu n’as pas à être inquiète.

— Tu pourrais retourner chez toi dans la matinée… Repose-toi un peu ici. » 

Camille avait le regard suppliant, mais son interlocuteur ne cédait pas. Il lui tendit un petit sac plein d’or.

« Avec ça tu pourras te débrouiller pour un moment. »

Les longs cheveux bouclés de Camille virevoltèrent quand le vent s’engouffra dans la maison. Elle assista, impuissante, au départ du voleur.

« Fais attention à toi… »

 

 

 

Peter ouvrit les yeux. La clarté de la pièce trahissait la présence du jour, mais les souvenirs de la nuit passée dominaient dans l’esprit du prince. Une terrible douleur entravait ses pensées et l’empêchait de réfléchir correctement. Ses muscles ankylosés retrouvaient peu à peu de la vigueur, mais à peine tenta-t-il d’esquisser un mouvement, qu’il fut arrêté par des cordes qui lui liaient pieds et poings. Allongé sur un petit lit, il se retourna pour observer la pièce. Les liens trop serrés lui arrachèrent une petite grimace de douleur. L’endroit était assez simple : un lit, un petit bureau et une chaise habillaient la chambre. Il reconnut également Thomas qui fixait quelque chose à travers la seule fenêtre. Le roux jeta un œil au prisonnier avant de tirer la chaise jusqu’au pied du lit et de s’y assoir négligemment.

« Tu peux m’expliquer ?

— Mes excuses pour tout cela Votre Altesse, mais si je vous laisse partir, c’est ma vie que je risque.

— Tu étais avec ce sale voleur depuis le début ?

— Non. Quand je suis devenu soldat, le Renard Blanc n’existait même pas. En fait, si vous n’aviez pas décidé de l’arrêter vous-même, je ne serais jamais intervenu.

— Dis-moi immédiatement où nous sommes.  

— En dehors de la ville. Je ne peux pas vous en dire plus.

— Tu n’es qu’un traître…

— Vous vous trompez. Je vous ai toujours servi avec la plus grande loyauté, mais je ne pouvais pas vous laisser capturer celui qui prend soin de votre peuple.

— C’est mon père qui prend soin du peuple ! Ce Renard Blanc n’est qu’un fauteur de troubles.

— Le Roi se moque complètement du peuple. Il ne cherche qu’à s’enrichir. Il est avide de pouvoir et il écrase les plus faibles pour arriver à ses fins.

— Comment oses-tu parler de ton Roi de la sorte ?

— C’est la stricte vérité. Vous ne vous êtes jamais rendu dans la ville basse, n’est-ce pas ?

— Et alors ? » 

Peter fulminait. Jamais il ne tolèrerait que l’on dise du mal de son père. Cependant, pieds et poings liés, il ne pouvait rien faire. Le roux se leva, et avant de sortir, salua le prince courroucé qui ignorait s’il fallait voir ce geste comme une marque de respect ou de mépris.  

 

 

 

Une inhabituelle et épaisse couche de maquillage cachait les cernes de Rosaleen. Son oncle et sa tante la fixaient avec un air inquiet. Depuis ce matin, la jeune fille se conduisait bizarrement. Tout d’abord, elle s’était réveillée beaucoup plus tard que d’habitude, ensuite elle avait refusée qu’on l’aide à se préparer, et enfin, elle avait le teint pâle et le regard terni. La petite boule d’énergie qu’elle était normalement s’était transformée en une sorte de corps inanimé qui semblait ne bouger que par nécessité. Malgré tout cela, sa beauté restait intacte, et cela grâce à plusieurs artifices dont les femmes sont des spécialistes. Sa longue robe noire et bordeaux épousait parfaitement ses formes, des bijoux surmontés de rubis remplaçaient l’étincelle qui venait normalement de ses yeux, une touche de parfum hors de prix enivrait les odorats les plus fins, ses longs cheveux noirs étaient relevés et encadraient son visage. De plus, de longs traits noirs autour de ses yeux faisaient croire à un regard perçant, et le rouge sur ses lèvres achevait de déstabiliser les interlocuteurs les plus froids.

Sa tante était très fière du résultat final. Après tout, la jeune fille allait recevoir la visite de son fiancé : le prince Peter. Même malade, elle se devait d’être parfaite. L’oncle de Rosaleen était déjà beaucoup moins enthousiaste. Non pas que recevoir la visite d’une personnalité aussi éminente que le prince lui déplaisait, mais il s’avérait que ce dernier avait déjà plus d’une heure de retard.  

Ils l’attendirent toute la matinée avant qu’un messager venant du château ne vienne leur annoncer que Peter ne viendrait pas. Aucun motif ne fut donné à propos de son absence. Rosaleen, éreintée, eut le loisir de se reposer tout l’après-midi.

 

 

 

« Prends ça ! »

Une boule de neige, projectile préféré des enfants en cette période, atterrit en plein sur le visage de Thomas. A peine à deux mètres de lui, la petite Eillyn était très satisfaite de ne pas l’avoir manqué. Âgée de cinq ans, elle était la plus jeune de toute la maison. Sa petite bouille d’ange attendrissait tout le monde, mais loin d’en abuser, elle s’efforçait d’être la plus sage possible. Elle était encore à l’âge où l’on rêvait de contes de fées où l’amour se résumait à être sauvée par un jeune homme riche et charmant avec lequel on pouvait vivre heureuse toute sa vie. Elle aimait qu’on lui raconte de belles histoires où le bien gagnait toujours. Mais ce qu’elle préférait par-dessus tout, c’était d’entendre parler des miracles qui arrivaient à la période de Noël : apparitions spontanées de nourriture et de cadeaux, transformations des êtres les plus vils en bienfaiteurs comblés par leurs actions, ou encore vols mystérieux où des objets inutilisés par leurs propriétaires sauvaient les pauvres du froid et de la faim.  

Très vite, des dizaines d’autres attaques visèrent Thomas. Le soldat en évita quelques unes mais finit par exploser de rire avec ses agresseurs. Une dizaine d’enfants s’amusait avec lui dans la neige, jusqu’à ce qu’il tombe, et enfin qu’il se rende.   

« C’est Thomas qui nous cherche ! »

Résigné, le roux se boucha les yeux et commença son décompte en hurlant les chiffres aussi fort qu’il le pouvait. En un instant, le silence s’instaura. Il aurait pu tricher et regarder dans quelle direction est-ce que tout ce petit monde s’était dirigé, mais il savait qu’il n’avait pas besoin de ça pour les retrouver.

Eillyn avait choisi de se cacher à l’intérieur. Elle n’était pas la seule, mais tous les autres se réfugièrent dans la cuisine, où Camille les protègerait sûrement. Elle hésita à s’engouffrer sous la table avec les autres, aussi se dirigea-t-elle vers les chambres. Elle traversa le grand salon et se rua dans un long couloir. Ses petites jambes la portèrent jusqu’à une pièce qui était toujours ouverte, mais toujours vide. Elle leva les bras au dessus de sa tête pour attraper la poignée qu’elle fit tourner avec difficulté. Sur la pointe des pieds, elle réussit enfin à pousser la grande porte en bois pour s’engouffrer dans la chambre. Il y faisait un peu noir, mais elle ignora ses appréhensions et referma derrière elle.

L’idée de crier ne lui traversa même pas l’esprit. Eillyn avait eu un petit mouvement de recul quand elle l’avait aperçu, mais il n’avait rien de monstrueux, loin de là. Son regard ténébreux impressionnait l’enfant, et ses vêtements lui rappelaient les histoires qu’elle entendait si souvent.

« Vous êtes un prince ? »

La question surprit Peter lui-même. Il eut besoin de réfléchir quelques instants avant de lui répondre.

« Oui, je m’appelle Peter. »

Assis sur le lit et appuyé contre le mur, il était toujours entravé par de solides morceaux de corde. Le visage de la petite fille s’illumina presque instantanément.

« Alors… Vous êtes un prince charmant ? Comme dans les livres ? Vous combattez les méchants ? Vous tuez les dragons ? dit-elle dans un seul souffle.

— Je… Oui, je combats les méchants, mais je n’ai encore jamais vu de dragons. répondit-il amusé.

— Pourquoi vous êtes là ? Vous êtes venu sauver votre princesse ?

— Je poursuivais un méchant. Mais je me suis fait capturer. Tu ne veux pas m’aider à me libérer ? »

Eillyn n’hésita pas et s’approcha pour essayer de défaire ses liens. Malheureusement, ses petits doigts n’étaient pas assez forts. Elle essaya en vain pendant de longues minutes, jusqu’à ce qu’elle finisse par se mettre à pleurer.

« Ne pleure pas ! Ce n’est pas très grave. Je m’en sortirai. Je suis un prince après tout. »

Elle n’était pas vraiment rassurée, et ses larmes coulèrent encore plus.

« Je suis… désolée. »

Elle essayait d’articuler des excuses entre deux sanglots. Peter était complètement affolé. Il ne s’était jamais retrouvé tout seul avec un enfant et il ne savait pas du tout comment s’y prendre pour la calmer. La seule idée qu’il eut fut de faire passer ses mains attachées derrière le dos d’Eillyn et de la ramener contre lui, tant bien que mal. Elle s’accrocha à son cou et versa encore des larmes. Pourtant, elle s’apaisa doucement, et elle finit par adresser un sourire sincère au prince, malgré ses yeux rougis et enflés. Il n’eut pas d’autre choix que de la laisser s’installer contre lui. Elle profitait de sa chaleur, heureuse d’avoir rencontré quelqu’un qui liait ses rêves à la réalité.

« Votre altesse sérinissime Peter ? »

Là, il ne pouvait plus s’empêcher de rire franchement.

« Le bon mot c’est sérénissime. Et tu peux m’appeler Peter. Pas besoin de me vouvoyer.

— C’est vrai ?

— Bien sûr que c’est vrai.

— Alors… Peter… Tu as vécu de grandes aventures ?

— Je peux te raconter comment c’est la vie d’un prince si tu veux.

— Oui. Ça doit être beau. Et… Dans ta vie, il y a une princesse ?

— Une princesse ? Hum… J’ai une fiancée.

— Elle est jolie ?

— Oui. Elle a de longs cheveux noirs, un peu comme toi, de grands yeux qui brillent, et un joli sourire.

— Et vous vous aimez ? » 

   La question le laissa sans voix. Il allait l’épouser, mais il ne la connaissait même pas. Il était incapable de dire s’il aimait, ou si elle l’aimait.

« Oui. »

Il savait parfaitement que c’était un mensonge, mais il n’allait quand même pas briser les rêves d’une petite fille.

« Comment elle s’appelle ? 

— Rosaleen.

— Rosaleen ! Y’a Mademoi… » 

Elle fut coupée par une entrée fracassante. Camille était furieuse.

« Eillyn ! Sors d’ici tout de suite ! Il est dangereux ! »

Elle s’approcha et souleva la petite fille. Cette dernière s’accrochait de toutes ses forces au cou de Peter, qui aurait pu tomber s’il n’avait pas été aussi fort.

« Non ! couina-t-elle. C’est un prince ! Il est gentil ! Il me raconte des histoires ! Laisse-moi ! »

Elle recommença à pleurer, au grand dam de Peter. Camille essayait de la récupérer, mais rien n’y faisait. Le prince, raisonnable, finit par murmurer à l’oreille de la petite fille :

« Lâche-moi. Je te promets que je ne partirai pas sans t’avoir raconté mes histoires. »

Confiante en ces paroles, Eillyn abandonna.

 

 

 

Pendant plusieurs jours, ni le prince, ni le Renard Blanc ne réapparurent. En ville, les soldats patrouillaient de plus en plus. Tout le monde était sur le pied de guerre pour retrouver l’héritier du trône. Mais rien n’y faisait. Il était enfermé dans une chambre, et son seul salut venait des visites tardives d’une petite fille, à qui il racontait de belles histoires sur Noël qui approchait à grands pas. Lui-même, finit par apprendre où il se trouvait : cet endroit était un manoir abandonné où des orphelins vivaient, protégés par Camille et Thomas. Ils y recevaient une éducation, grâce à un mystérieux professeur qui venait de temps en temps leur donner des cours. Eillyn lui avoua aussi que, du haut de ses cinq ans, elle était amoureuse du Renard Blanc. C’était lui qui les avait tous amenés ici, et c’était lui aussi qui rapportait suffisamment d’argent pour leur permettre de vivre. Il volait les plus aisés et redistribuait les richesses entre les orphelins et les pauvres de la ville basse.

Un jour, la petite fille entra avec une surprise pour lui. Elle ouvrit la porte en se mettant sur la pointe des pieds et la poussa silencieusement, comme presque tous les soirs. Quand Peter la vit, son cœur rata un battement. Les bras levés vers la poignée, elle tenait dans ses mains un très long couteau qui pendait dangereusement vers elle.  

« Ne ferme pas la porte ! »

Elle ne comprit pas sa demande et le regarda avec un air un peu incrédule.

« Eillyn, viens. »

Elle lâcha la porte et s’assit sur le lit. Le prince poussa un soupir de soulagement. Il lui prit le couteau des mains et commença à détacher ses liens. Fière d’elle, Eillyn lui avoua qu’elle s’était levée avant l’aube pour voler ce couteau. Et bien évidemment, elle avait pris le plus gros qu’elle avait pu trouver. Une fois libre, il se tourna vers elle et lui dit :

« Quoi qu’il arrive, ne touche plus jamais à un couteau. »

Elle lui répondit à l’affirmative et le regarda masser ses poignets meurtris. Il fit quelques pas dans la pièce, et attira le regard de quelqu’un qui n’était pas venu depuis longtemps. Eillyn fut plus qu’heureuse de revoir enfin le Renard Blanc. Elle sauta du lit et se précipita dans ses bras. Le voleur la souleva et entreprit de sortir de la chambre.

« Pas si vite ! »

Peter l’attrapa par sa cape, l’empêchant d’aller plus loin. Il eut quand même le réflexe de lâcher Eillyn en dehors de la pièce, avant que la porte ne se referme lourdement sur la seule sortie. La petite fille se mit à hurler, attirant l’attention de Camille, mais aussi de tous les autres enfants.

A l’intérieur, le voleur donna le premier coup. Le prince n’eut aucun mal à l’éviter et il plaqua violemment son adversaire contre la porte.

« Je ne me serais jamais douté que tu étais aussi faible. Comment as-tu fait pour m’assommer ? »

Aucune réponse. Un coup de pied obligea le brun à lâcher prise, alors que le blond s’éloigna rapidement. La porte, libérée de tout fardeau, commença à s’ouvrir, mais Peter ne l’entendait pas de cette oreille. Il se saisit de la chaise pour la bloquer. L’autre profita de son inattention et lui asséna un coup de poing. Il tituba, sonné par l’impact, mais se reprit très vite. Ils s’arrêtèrent quelques instants, alors que derrière la porte, Camille hurlait le nom de Thomas pour qu’il vienne immédiatement.  

« J’ai hâte de voir ton visage. »

Les deux combattants étaient tous les deux conscients de la différence de force. Peter en profitait d’ailleurs pour narguer son adversaire. Il s’approcha lentement, comme pour savourer cette victoire pas encore acquise. Le Renard Blanc ne se dégonflait pas, et finit par avancer à son tour. Peter fut le plus rapide des deux, et d’un coup circulaire il fit tomber le voleur, fissurant son masque. Il s’écrasa au sol, avec un petit cri de douleur qui calma instantanément le prince.

« Ai-je bien entendu ? »

Ce cri ne lui laissait aucun doute. Peter lui attrapa le poignet pour le relever. Il était si fin, si délicat… Le prince se prit un revers qui lui fit à peine mal. Impatient de vérifier sa théorie, il arracha la longue cape noire. Le Renard Blanc avait beau y mettre toutes ses forces, c’était impossible pour lui de se dégager de la poigne de fer de Peter.

« J’ai devant moi la femme la plus courageuse du royaume. »

Il la lâcha sur le lit et se laissa tomber à côté d’elle. Le prince arborait un petit sourire narquois qui prouvait que la victoire lui appartenait bel et bien. De toute façon, maintenant qu’il savait qu’elle était une femme, il ne l’affronterait plus.  

« Tu peux partir. Mais remets ta cape s’il te plaît, sinon Eillyn risque d’être déçue.»

Thomas essayait désespérément de forcer la porte de l’extérieur, mais rien n’y faisait. Les deux adversaires restèrent assis l’un près de l’autre.

« Vous ne cherchez plus à savoir qui je suis ? »

Peter regarda le masque qu’il venait de fissurer, et les quelques mèches qui dépassaient de la perruque blonde.

« Eillyn m’a dit qui tu étais.

— Vraiment ? Je ne suis pas sûre qu’elle le sache.

— Tu es le Renard Blanc. Tu apparais en même temps que l’hiver, et chaque année, à Noël, tu accomplis un miracle pour ces enfants.

— …

— Elle a hâte de voir ce que son âme sœur va faire cette année.

— Son âme sœur ?

— Elle est amoureuse du héros qui l’a sauvée de la misère. Elle risque d’être un peu déçue quand même…

— Vous aussi vous avez l’air déçu Votre Altesse…

— Bien au contraire. Avoir essayé de capturer le Renard Blanc est la meilleure idée que je n’ai jamais eue. Une petite fille de six ans, et une voleuse masquée m’auront fait prendre conscience du monde qui m’entoure.

— Cinq.

— Plaît-il ?

— Eilynn a cinq ans. Elle en aura six le jour de Noël.

— Permettez que je reste encore un peu ici pour apprendre à vous connaître un peu mieux.

— Faîtes comme bon vous semble. Mais sachez qu’on vous cherche. Le Roi a même fait annuler toutes les festivités pour Noël.  

— Je serai de retour suffisamment tôt. Je voudrais juste… visiter la ville basse. Voudriez-vous m’accompagner et me montrer ce que j’ai toujours refusé de voir ?

— Ce sera un plaisir. » 

La jeune femme se releva pour rattacher sa cape, alors que dans un ultime effort, Thomas brisa la porte.

 

 

Le prince avait un peu de mal à se déplacer sur les toits. Mais il était bien obligé s’il voulait échapper aux hommes qui patrouillaient. Accompagné du Renard Blanc, il assista impuissant à des arrestations violentes, et diverses injustices commises par les soldats. A côté de cela, il put constater que nombreuses personnes erraient dans les rues. Et celles-ci remerciaient le ciel dès qu’elles voyaient des pièces d’or tomber du haut des toits.

Peter s’ouvrait doucement à une nouvelle vie. Il passait sa journée avec les enfants, leur apprenait à lire, à écrire et racontait des histoires à la petite Eillyn. Il se rendit également compte que cette maison ne servait pas qu’aux orphelins. Des gens traversaient parfois la forêt entière pour avoir un repas, ou des provisions, que Camille se faisait un plaisir de leur offrir.

Mais même s’il avait du mal à se l’avouer, c’était les escapades nocturnes qui plaisaient le plus au prince. Jamais il ne s’était senti aussi libre, malgré le froid et la souffrance qui régnaient autour de lui. Peut-être qu’elle y était pour quelque chose. Le Renard Blanc l’accompagnait chaque soir, et plus il apprenait à la connaître, plus il voyait en elle une reine. Elle était forte, déterminée, et ne manquait pas d’idée pour faire avancer les choses. Toutefois, une fiancée l’attendait dans les quartiers riches. Et il savait qu’il ne pourrait pas échapper à ce mariage.

 

 

 

Il profitait de sa toute dernière soirée de liberté. Peter avait été très touché par tout ce qu’il avait vu et appris, et il cherchait encore un moyen de prouver sa reconnaissance. Le Renard Blanc et lui étaient tous deux assis sur le plus haut toit de la ville. Dos à dos, ils profitaient du calme et du ciel qui était particulièrement clair. Les étoiles étaient encore plus brillantes grâce à l’obscurité qui régnait autour d’eux. Le prince, hypnotisé par le ciel, et par l’odeur envoutante de la jeune femme, se confia inconsciemment.

«  Je suis amoureux 

— Pardon ? »

Elle se retourna, le laissant voir le masque qu’il avait lui-même fissurer. En le voyant, il se rendit compte de l’absurdité de ses paroles. Il était amoureux… Amoureux d’une femme dont il ignorait le nom, l’âge, le visage. Amoureux d’une femme qu’il avait failli tuer par orgueil.

« J’aime cet endroit.

— Moi aussi je suis amoureuse… Dîtes moi Monseigneur, qu’est-ce qui vous plaît tant dans cet endroit ?

— Ce qu’il cache sous son masque de neige… »

Les douze coups de minuit retentirent, gardant le Renard Blanc de toute réplique.

 

 

 

Eillyn avait le cœur brisé. Comme la toute première fois où elle avait rencontré Peter, elle fondit en larmes et se réfugia dans ses bras. Camille s’approcha, et lui tendit des vêtements que tout le monde reconnut aussitôt : une longue cape noire et un masque blanc intact.

«  Ce n’est pas le sien… murmura-t-il. Pourquoi ?

— Il faut bien justifier le fait que tu sois parti si longtemps. Ton but était bien de tuer le Renard Blanc…

— Mais…

— Il ne viendra pas.

— Je comprends. » 

Il reposa doucement Eillyn et lui fit la promesse de revenir.

 

 

 

            Peter fut accueilli par son père comme un véritable héros. On disait que Thomas et lui avaient chassé le voleur pendant plusieurs jours dans l’épaisse forêt qui entourait la ville. Ils avaient passé des nuit blanches à combattre les loups, avaient chassé pour survivre, et qu’au  final, un duel magistral avait eu lieu entre le prince et le voleur. Thomas encourageait toutes ces rumeurs, alors que le brun refusait de répondre dés qu’on lui en parlait. Son changement radical de comportement avait frappé la cour entière. Lui qui était d’ordinaire si oisif passait ses journées à lutter pour qu’il y ait un peu plus d’équité dans le pays, et cela fonctionnait. Les habitations les plus délabrées étaient remises à neuf pour lutter contre le froid, de la nourriture venant du château était régulièrement distribuée, et ce n’était que le début, car la grande fête de Noël accaparait toute l’attention au château, plus encore que les mesures établies par Peter.

Pourtant, lui aussi s’inquiétait de cette fête. Et Thomas en eut la confirmation trois jours avant la veille de Noël. Il entra dans le vieux manoir avec un grand sourire aux lèvres et donna à chaque personne de la maison une enveloppe dorée.

— Tu peux m’expliquer comment on va leur trouver des vêtements à tous ?

— Peter s’en occupe.

— Et moi ?

— Je m’en occupe.

— Pardon ?

— Je suis à la tête de la garde du prince et héritier du trône. J’ai les moyens de t’offrir une robe. À condition bien sûr que tu sois ma cavalière. 

Elle le regarda avec un sourire malicieux avant de lui répondre :

« J’irai avec Damien. »

 

 

 

            Ce fut une journée éprouvante. Thomas, ainsi que de nombreux autres soldats étaient venus aider ceux qui travaillaient au château. De grandes quantités de nourriture circulaient partout en ville, sans compter les fleurs, la vaisselle et les autres décorations. Rosaleen avait passé tout l’après-midi à se préparer sous les ordres stricts de sa tante. La pauvre femme eut fort à faire avec la jeune demoiselle, puisque celle-ci refusa absolument tous les ordres qu’elle recevait. Elle avait même fait faire sa propre robe, délaissant totalement le vêtement étouffant que lui avait choisi sa tante. La brune était en fait libre de faire ce qu’elle voulait. Plus rien ne la rattachait à cette maison ou à ces gens, mais elle y restait. Elle-même ne savait pas pourquoi. La seule idée qui lui venait était qu’elle ne les détestait peut-être pas tant que ça…

 

 

 

La majorité des invités s’était déjà présentée. La salle de bal était magnifique, éclairée par d’immenses lustres en cristal et ponctuée de bouquets de fleurs fraîches et colorées qui dégageaient une odeur légère et très agréable. De magnifiques décorations d’or et d’argent ornaient les murs, alors que la lumière des bougies s’y reflétait, réchauffant l’air et le rendant plus doux qu’à l’extérieur. D’immenses guirlandes paraient les murs, en se balançant au rythme de la brise qui entrait par la grande porte. Une immense table, longue de plusieurs mètres avait été installée, recouverte d’une longue nappe en tissu blanc sur laquelle reposait une vaisselle étincelante ainsi que des ornements de fleurs blanches. De grandes chaises en bois et en velours entouraient la table, et un sol luisant, dans lequel on pouvait voir les magnifiques lustres se refléter, participait à l’illumination de toute la salle. Les invités étaient subjugués. Ils entraient avec un air émerveillé, et montaient quelques marches pendant qu’un homme annonçait leur nom dans leur ordre d’arrivée. Au centre de tout cela, un immense sapin égayé de milliers de décorations, venait chatouiller le plafond à l’aide d’une étoile scintillante. Eillyn, Damien, et les autres observaient tout cela avec la fascination d’une découverte féérique. Camille, elle, était aux côtés de Thomas dans une somptueuse rose bleue qui mettait ses cheveux blonds en valeur. Peter restait près de son père et attendait sa promise avec très peu d’impatience. Rosaleen était en fait déjà là. Elle était assise dans un coin discret de la salle. Sa robe à bustier de couleurs blanche et or lui allait à ravir. Elle portait un ras-de-cou qui aurait pu paraître imposant si on oubliait tous les autres bijoux qu’on pouvait voir dans cette salle. Elle observait discrètement son oncle qui pavanait avec les autres nobles.

Le Roi et la Reine ouvrirent le bal. Leur danse était légère et tout le monde les regardait avec beaucoup d’admiration. Peter, lui, était victime de son statut et se retrouva encadré de demoiselles qui le dévisageaient de trop près. Il fut sauvé par la petite Eillyn qu’il invita à danser en s’inclinant respectueusement devant elle. Cette première invitation lui valut quelques moqueries de la part de Thomas, mais ce dernier se calma bien vite lorsque ce fut au tour de Rosaleen. Le souverain avait fini par la remarquer, aussi avait-il envoyé son fils la chercher.

« J’ai l’honneur de vous présenter mon fils, le prince Peter, et sa future épouse ! »

Il poussa le couple vers le centre de la salle, sous les regards haineux des jeunes filles et admiratifs des hommes. Le prince ne contesta pas cette présentation qui n’avait plus rien d’officiel : il savait que son père était un bon vivant, et qu’une bonne bouteille de vin l’avait sûrement aidé à préparer ce grand discours philosophique. Il la salua en se penchant légèrement vers l’avant, et elle lui répondit par une révérence. Peter s’approcha d’elle et lui prit la main. Elle était si fine qu’il eut peur de la briser rien qu’en serrant un peu trop fort. Ils se mirent alors à tournoyer doucement, au rythme des violons. La longue robe de Rosaleen flottait au gré de ses mouvements, entourant parfois entièrement les jambes du prince. Elle le regardait droit dans les yeux, sans sourciller. La chaleur de son regard déstabilisait le jeune homme.

Si le Roi et la Reine étaient d’excellents danseurs, Peter et Rosaleen n’avaient rien à leur envier. Leur jeunesse les faisait briller en ce soir de Noël, et ils faisaient rêver les plus sensibles à travers cette danse d’une perfection transcendantale. Ils furent chaleureusement applaudis lorsqu’enfin la dernière note de musique s’évanouit.

Ils restèrent ensemble toute la soirée, mais on aurait dit qu’ils étaient deux parfaits inconnus l’un pour l’autre. Les regards qu’ils échangeaient étaient froids, leurs conversations fades, même les quelques sourires qu’ils s’adressaient semblaient factices. La magie de Noël qui transportait les gens et illuminait les enfants n’avait aucune emprise sur eux.

Peu avant minuit, la petite Eillyn s’approcha du prince pour lui offrir son cadeau.

« C’est de la part de tout le monde, dit-elle, mais c’est moi qui en ait eu l’idée. »

Peter ne vit pas le clin d’œil complice, et hésita à l’ouvrir devant sa fiancée. Ce n’était pourtant pas l’envie qui lui manquait. Il s’excusa alors auprès de Rosaleen et se dirigea vers les jardins, où il pourrait découvrir son présent tranquillement.

Lorsqu’il sortit, le froid lui mordit la peau et lui fit regretter de ne pas s’être couvert un peu plus. Cependant, il laissa cette désagréable sensation derrière lui, trop heureux de pouvoir défaire le petit ruban qui le séparait de sa surprise. Il enleva doucement la protection de papier et sourit à la vue de cet objet. C’était un masque, identique à celui de sa voleuse préférée, mis à part la couleur. Celui que Peter venait de recevoir était entièrement noir.

« J’ai peur de ne pas avoir de cadeau plus original à vous offrir. »

Il connaissait cette voix. Il l’avait entendu de nombreuses fois et priait chaque jour pour l’entendre de nouveau. Mais lorsqu’il se retourna, il déchanta bien vite. Ce n’était que sa fiancée, recouverte d’un long manteau blanc. Elle s’approcha de lui et posa sur ses épaules un long vêtement noir.

« Dîtes-moi Rosaleen, que vous a-t-on dit à propos du Renard Blanc ?

— Qu’il volait les riches et que vous l’aviez terrassé.

— Que pensez-vous de lui ?

— Il devait sûrement avoir une raison pour commettre tous ces vols… Si je savais laquelle, je pourrais alors vous dire ce que je pense de lui. »

Il ne lui en demanda pas plus, profitant du ciel qui laissait tomber le premier flocon de cette longue nuit de Noël.

« Tenez. »

La jeune fille lui tendit un cadeau tout noir, décoré d’un beau ruban blanc. Les couleurs firent de nouveau sourire le prince. Il tira sur une des extrémités du nœud qui se défit presque instantanément. Lorsqu’il commença à froisser l’emballage, une cloche sonna au loin pour indiquer minuit. Un extraordinaire bruit d’explosion partit du château, et un magnifique feu d’artifice illumina la nuit, éclipsant au passage les étoiles. Pourtant, tout cela passa inaperçu pour Peter. Il fixait son cadeau comme si c’était le tout premier qu’il recevait. Comme Rosaleen l’avait dit, son cadeau n’était pas plus original que le précédent, étant donné qu’elle aussi lui avait offert un masque. Un masque blanc qui représentait un renard et qui avait été fissuré par Peter lui-même.

« Joyeux Noël mon prince. »

Un douzième son de cloche retentit alors, marquant le début d’une vraie vie qui commençait par un baiser.

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