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Ne Regarde Que Moi
[Histoire Terminée]
Auteur: Imari Vue: 3243
[Publiée le: 2007-11-07]    [Mise à Jour: 2009-05-28]
13+  Signaler Romance/Drame/Yaoi (HxH) Commentaires : 20
Description:
Samuel a eu un accident. Ayant perdu la vue,sa joie de vivre, son indépendance, sa fierté et sa confiance en lui, il fait la rencontre de Johann aussi mordu de patinage que lui. Une amitié des plus profondes les animera, jusqu'au point de non retour : l'amour.
Crédits:
Tous ces petits personnages sont miens ! Je fais ce que je veux d'eux, et ferais ce que je veux ! *__*
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Pour notre Amour

[10682 mots]
Publié le: 2009-05-28Format imprimable  
Taille du Texte: (+) : (-)

Jeudi 28 mai 2009

 

Et voilà, vous avez crû qu’il ne sortirait jamais, mais j’avais foi en moi, malgré tout. Parce qu’il a été très difficile de terminer cette histoire. Voici donc le dernier chapitre. Ou plutôt l’avant dernier. L’épilogue, très court, est entrain d’être écrit et devrait sortir dans la soirée au plus tard.

Avec toute la patience que j’ai mis dans cette fin, je vous assure, je suis à bout ! Mais je susi contente, ravie même. Johann et Samuel auront une belle fin, et ils la méritent !!

Pour ce qui est de la fiche de cette petite histoire, encore et toujours :

Titre : Ne Regarde Que Moi

Auteur : Imari Ashke aka Imari aka Ima.

Disclaimer : Tous les personnages présents dans cette fic m’appartiennent. S’ils ressemblaient à des personnes réelles, ce serait parfaitement fortuit.

Genre : Romance, Drame

Rating : M.

Résumé : Samuel a eu un accident. Ayant perdu la vue et sa joie de vivre, il fait la rencontre de Johann aussi mordu de patinage que lui. Une amitié des plus profondes les animera, jusqu’au point de non-retour : l’amour. Jusqu’au jour où, Samuel retrouvant la vue, Johann est victime d’un accident de voiture. Dans le coma depuis trois ans, Hélène et Samuel n’attendent que son réveil…

Dédicace : Pour ne pas changer : à Perline et Jessy, qui, j’espère, malgré ce laps de temps des plus… immensément gigantesquement, intensément longs seront toujours présentes ^^

Bonne Lecture !!

 

 

Ne Regarde Que Moi

Chapitre 5 : Pour notre amour

 

Samuel fixait son patient, nerveux. Nathan avait du mal à s’habituer à cet environnement appelé « hôpital ». Il avait souvent des crises d’angoisse. Lui et le docteur Henry avaient prévu un programme d’intégration au jeune chanteur, mais ils avaient dû le rallonger, Nathan n’étant absolument pas prêt pour une opération ! Il n’était pas encore assez calme pour le supporter et pour qu’ils puissent tous espérer une intervention sans dommage. On avait donc reculé la date de l’opération de huit jours, son dossier médical ne leur étant toujours pas parvenu non plus, et la sentence approchait.

Assieds dans le parc de l’hôpital, agréable pour se changer les idées malgré le froid qui y régnait en cette saison hivernale, les deux jeunes hommes discutaient aussi tranquillement que possible. Cela faisait au moins la quinzième fois que Nathan tannait Samuel sur le déroulement de son opération, si cela faisait mal. Le blond tentait tant bien que mal de rester calme face à l’insistance de son patient, mais la nervosité incessante et maladive de ce dernier le mettait lui-même dans un fort état d’anxiété.

« Nathan, pour la dernière fois, écoute-moi », finit par le couper Samuel plus sèchement qu’il ne l’aurait voulu. « Cette opération est presque rudimentaire. Il ne t’arrivera rien et je serai présent du début à la fin ! Maintenant, si tu veux bien, je vais te laisser réfléchir à l’air frais et aller bosser ! J’ai pris un retard monstre pour l’école ! »

Nathan rougit et Samuel se sentit tout de suite coupable de passer ses nerfs sur lui. Il était son patient et un ami à présent. Il devait prendre soin de lui, malgré toute l’émotion que ce chanteur persistait à faire peser sur ses épaules… Il inspira profondément avant de reprendre calmement, en s’approchant de lui :

« Excuse-moi, petit monstre, mais ton anxiété me hante même chez moi. J’ai besoin de m’isoler pour rester calme, reprendre mes esprits et t’être utile, tu comprends ?

-Oui, je suis désolé… Tu pourras venir me chercher dans une heure ?

-D’accord. Si je ne peux pas le faire moi-même, je t’enverrai une infirmière.

-Très bien… Et, Samuel… Tu as pensé à ce que je t’ai dit ? »

Samuel rougit légèrement et se sentit ravi, à cet instant, que son homologue soit aveugle. Il y avait à peine deux jours, Nathan lui avait avoué ses sentiments. Depuis, il était déstabilisé, comme s’il était assied entre deux chaises, ne sachant laquelle choisir…

« Oui, j’y réfléchis, Nath’. A plus tard…

-A tout à l’heure. »

Samuel inspira profondément et se leva. Mais à peine avait-il fait quelques pas que, comme d’habitude, le jeune homme l’interpellait à nouveau, mais pour s’excuser cette fois. Samuel ne lui en voulait pas ; il était nerveux et avait une peur maladive des hôpitaux… Mais il fallait qu’ils trouvent pourquoi ! Et ce dossier médical qui n’arrivait pas !

Il passa l’heure d’après auprès des patients, passant de l’un à l’autre, écoutant avec attention les problèmes qu’ils lui confiaient, leurs peurs ou bien leurs joies. Il se sentait comme un verre, vide, se remplissant de la vie des autres pour se remplir lui-même. A vivre dans cet hôpital, il en venait à ne plus penser qu’à Johann, ce qui l’attristait. Et Nathan qui lui avouait ses sentiments, de but en blanc, alors qu’il l’accompagnait dehors pour une balade ! Il en était tombé des nues !

Ce qui l’avait le plus étonné, dans cette confession, c’était le fait que Nathan n’avait jamais montré envers lui une affection ou une attention outrageuse. Samuel n’aurait jamais deviné que le jeune chanteur lui portait un tant soit peu d’amour si celui-ci ne lui avait pas fait cette déclaration… Il trouvait cela étrange. Il se souvenait encore des gestes affectueux que lui et Johann avaient partagé avant même de sortir ensemble, alors que Johann lui prenait doucement le bras ou la main, la gardant serrer contre lui, au chaud. Samuel évitait justement de trop s’attarder contre la peau de ses patients, de peur qu’ils interprètent mal ce geste. Il le réservait, à jamais, à Johann.

Jetant un coup d’œil à sa montre et remarquant l’heure accordée à Nathan passée, il sourit et se rendit à la cafétéria où il prit deux cafés. Il sortit de l’hôpital par la porte de derrière et passa sur le côté du bâtiment.

Nathan n’avait pas bougé ; assied sur l’un des bancs, bien emmitouflé dans son blouson et son écharpe, il avait les yeux fermés, la tête en arrière. Samuel doutait qu’il soit endormi. Pour preuve, au bruit des pas de l’infirmier, le jeune chanteur releva soudainement la tête.

« C’est moi, lui dit Samuel. Tu veux du café ?

- Je veux bien, s’il-te-plaît. »

Il tendit la main et Samuel lui mit le gobelet entre les doigts. Souriant de la chaleur que procurait la boisson, le chanteur avait pris un visage des plus calmes.

« Tu n’as pas froid ? lui demanda Sam.

- Non, pas du tout. Le café me réchauffe bien, à présent. Tu en as pris un aussi ?

- Oui. »

La présence de Nathan avait le don de calmer Samuel. Il était tranquille, joyeux. L’hôpital le rendait extrêmement nerveux, mais il arrivait parfois qu’il passe outre et cela le rassurait. Il soupira, sentant une large sensation oppressante le quitter, surpris. Il avait été tellement tendu avec tout ce qu’il avait à faire ! Il s’occupait du mieux qu’il pouvait de Johann, chaque jour perdant plus espoir que le précédent de le voir se réveiller. Puis il y avait les autres patients dont certains qui ne le laissaient pas tranquille ; ils inventaient indéfiniment des maux qu’ils se croyaient avoir pour qu’on leur porte plus d’attention. Et, enfin, il y avait Nathan, nerveux, paniqué d’être à l’hôpital, et qui ne se lassait pas de le mettre dans tout ses états. Heureusement que le chanteur parvenait de temps à autre à faire fi de son malaise. Il devenait alors d’une compagnie agréable.

Assis en sa compagnie, le silence agréable comblant l’espace entre les deux hommes, Samuel sentit ses paupières se fermer sans pouvoir résister à la somnolence qui s’emparait de lui.

Un bruit excité de musique le réveilla brusquement avant qu’il ne puisse sombrer dans les bras de Morphée, et il sursauta en cherchant frénétiquement son portable. Agacé, il l’ouvrit dès qu’il l’eut dans les mains pour prendre l’appel de sa petite sœur adorée. Le nom affiché le calma d’ailleurs plus qu’aucun autre.

« Oui, Minnie ?

- Coucou, grand frère ! Je n’ai pas beaucoup de temps alors je te préviens rapidement : je viens ce week-end à Paris. Si je te dérange, je me débrouillerai avec Julien.

- Je ne crois pas, jeune fille. Tu viens à la maison. Tu n’as pas encore l’âge de te retrouver ainsi seule avec un garçon !

- Sam ! Fais pas ton rabat-joie !

- Je ne te permets pas. Tu comprends très bien ce que je veux dire. Il n’y aucun souci à ce que tu viennes à l’appartement, et tu le sais très bien.

- Oui, oui. J’arrive vendredi. Bon, je dois y aller, j’ai cours. A plus tard, je t’embrasse fort !

- Moi aussi Minnie chérie ! Je t’embrasse fort. A vendredi.

- A vendredi. »

Le clic caractéristique de fin d’appel lui arracha une grimace. Son oreille supportait mal les bruits secs et aigus.

« C’état qui ? Hélène ? s’enquit Nathan, interrogateur.

- Hélène, oui. Elle vient vendredi. A mon avis, Julien lui manque, s’amusa-t-il et Nathan partagea son sourire.

- Julien est un homme qui aime le contact. Les relations longue distance ne sont vraiment pas dans sa nature. S’il continue de chercher Hélène, c’est qu’il doit être particulièrement accro !

- En espérant qu’ils prennent leur temps, c’est tout ce que je leur souhaite : que du bonheur !

- Tu as raison, papa poule ! Mais tu devrais peut-être… penser un peu à toi… »

Samuel eut une nouvelle grimace, mais plus douce sur son visage lisse. Il n’aimait pas la tournure que prenait la conversation. Nathan ne se lasserait-il jamais ? Il savait être attaché à ce jeune chanteur de deux ans son cadet. Mais de là à en oublier Johann et tout ce qu’ils avaient connus… Non, il n’y parvenait pas encore.

« Hélène n’arrête pas de me le répéter… », finit-il par avouer à contrecœur. Il ne laissa pourtant pas le temps à Nathan de répondre et enchaîna sur un sujet de conversation plus neutre.

***

On était vendredi et il restait deux heures avant l’arrivée d’Hélène à la gare. Samuel s’était longuement occupé de Johann avant de rejoindre la chambre de Nathan, prostré dans son lit, glacé et raide. Il avait tenté tous les remèdes pour le sortir de son malaise, mais sans succès. Nathan était apeuré et il n’apparaissait aucune indication quant à l’origine de sa terreur si cruellement profonde.

Samuel venait de s’asseoir sur le bord du lit et avait pris l’une de ses mains froides et rigides pour la malaxer. Il parvint à la réchauffer et le chanteur sembla reprendre quelques couleurs, le visage crispé.

« Ca va mieux ? lui demanda-t-il avec condescendance.

- Oui… je crois », répondit le jeune homme avec un pauvre sourire qui disparût aussitôt.

Samuel, sentant que la pression de ses doigts semblait faire du bien à son patient, continua en montant à son avant-bras puis jusqu’à son épaule. Nathan avait fermé les yeux, plus détendu. Samuel s’arrêta, fit le tour du lit, et entreprit de renouveler l’expérience sur l’autre bras. Mais avant qu’il ne l’attrape, c’était le jeune homme qui lui avait empoigné le bras.

« Je peux ? » demanda-t-il, les yeux dans les siens. Samuel avait l’impression désagréable qu’il le transperçait de son regard, malgré son infirmité. Ses yeux étaient profonds, verts. Malgré son incompréhension, Samuel se refusa à donner une autre réponse qu’affirmative. Alors, lentement, Nathan glissa ses doigts le long de ceux de son homologue, les pliant, caressant les ongles, les lignes de la paume, suivant des veines qui ressortaient plus que d’autres. Il entoura le poignet, intrigué par des lignes dans sa peau et un bracelet qui le décorait, puis releva la manche de l’infirmier pour continuer son exploration et parvint au coude avec la même délicatesse.

Ses frottements emplis de douceur et de chaleur faisaient frémir Samuel. C’était purement physique, persistait-il à penser, perdu, mais il ne parvenait pas à faire disparaître les réactions de son corps, ni à retirer son bras des mains ensorceleuses du chanteur.

Comme si tout avait été écrit, comme s’il ne s’était agit que d’un même geste, Nathan glissa ses doigts le long de la blouse pour aller caresser la gorge du blond, montant jusqu’aux oreilles qu’il dessina du bout des doigts, allant ensuite caresser son front, ses paupières, l’arrête de son nez. Samuel frémissait sous les caresses du jeune homme, ne pouvant s’empêcher d’imaginer le visage de Johann sur les traits de Nathan. Il finit par fermer les yeux quand le chanteur parvint à ses lèvres. Le tremblement qui le prit alors fut pire que les précédents et il sentit les larmes lui venir aux yeux, obstruant douloureusement sa gorge. Il avait espéré ces caresses, il en avait rêvé des dizaines, des centaines de fois, pour enfin les connaître à nouveau.

Malgré lui et dans un geste désespéré, Samuel attrapa les deux mains posées sur son visage et les serra avec force avant de se pencher vers Nathan et de l’embrasser presque violemment. Il reprit contenance quelques secondes plus tard et s’écarta immédiatement du chanteur.

« Je suis désolé… », mumura-t-il en se précipitant en dehors de la chambre. Il entendit son patient crier son nom mais n’osa se retourner. Il annonça son départ à l’accueil, pointa, et disparût dans les rues froides de Paris. Il avait largement le temps de faire un crochet par son appartement avant de rejoindre la gare pour récupérer Hélène. Il en profiterait pour prendre une bonne douche et se détendre. Il avait vraiment besoin de se détendre !

 

Quand il se trouva sur le bout du quai, attendant sa petite sœur de cœur, ses battements avaient encore du mal à établir un rythme de croisière ; la tendance était plutôt à l’erratique. Soufflant avec concentration, Johann priait qu’Hélène ne remarque pas son malaise. Il était parfaitement convaincu que rien n’y ferait, Hélène étant très intuitive, mais il ne pouvait s’empêcher d’espérer un miracle qui le protègerait de cette petite sorcière. Malheureusement, ce fût loin d’être le cas et Hélène fût plus curieuse que jamais de lui tirer les vers du nez en arrivant à sa hauteur, après l’avoir serrer très fort dans ses bras.

« Je suis contente de te voir ! s’exclama-t-elle dans un petit rire.

- Moi aussi, Hélène. Si tu continues de venir aussi souvent, je vais finir par ne plus te laisser repartir !

- J’en serais plus ravie que toi, je crois ! », se moqua-t-elle gentiment, sachant pertinemment qu’il ne la retiendrait à aucun moment. Il tenait trop à ce qu’elle termine ses études chez elle.

Samuel tendit sa main à sa petite sœur qui la prit aussitôt, le détaillant du regard. L’examen monta le rouge aux joues au jeune infirmier qui n’osa dire un mot. Quand le regard d’Hélène se fit insistant, il leva sa min et baissa sa tête en signe de reddition. Se raclant la gorge, il chuchota d’une voix particulièrement aigüe :

« J’ai embrassé Nathan… »

Un instant, cette nouvelle laissa Hélène de marbre et Samuel craignit qu’elle ne le frappe d’avoir ainsi oublié Johann, mais la seconde d’après, un sourire épanoui s’étalait sur ses lèvres.

« Mais c’est génial ! s’écria-t-elle, surexcitée. Dis-moi tout ! Que s’est-il passé ?

- Ce n’est pas si génial que ça, grogna Samuel en l’entraînant vers la bouche de RER familière. Je me suis laissé emporter, alors que je n’aurais pas dû.

- Oh, arrête avec ça Sam ! Je t’ai qu’il fallait que tu te lâches un peu ! Nathan est adorable, gentil comme tout. Et amoureux de toi, non ?

- C’est justement le problème. Il m’est peut-être cher comme un ami, mais je n’ai jamais vu en lui un partenaire… un conjoint ! Pas comme Johann.

- Johann dort et dormira peut-être pour l’éternité ! Nathan, lui, vit. Et toi aussi, si je ne m’abuse. N’ayant connu que Johann, je doute que tu puisses être objectif sur tes affirmations.

- Hélène, s’il te plaît…

- Pas de « s’il-te-plaît » ! Que s’est-il passé ? »

Elle avait l’air vraiment surprise malgré qu’elle tenta de le cacher, mais aussi ravie. Tellement, que Samuel ne se sentit pas la force de lui résister. Il ne donnerait que de menus détails, mais il lui ferait plaisir.

« Je suis allé le voir à l’hôpital, comme tous les jours. Il était assied dans son lit, glacé de peur. On avait tenté tellement de trucs sur lui que, désemparé, je me suis dit qu’une petite relaxation de la peau conviendrait… J’ai commencé à lui masser la main puis le bras et quand j’ai voulu faire de même avec l’autre, il m’a attrapé et a fait de même avec moi. J’ai fini par l’embrasser… Et je le regrette amèrement, Hélène.

- Pourquoi ? Pourquoi tu le regretterais ? Il pourrait te rendre heureux, non ?

- Peut-être, mais j’en doute. »

En fait, il en doutait très fort, plus qu’il ne pouvait l’exprimer. Comment lui avouer que Johann vivait en lui, de force, ne le laissant à aucun moment tranquille ? Avec lui, il avait touché le bonheur suprême d’aimer sans crainte et d’être aimé en retour ; Que pouvait-il y avoir de plus beau que ce qu’ils avaient connu ? Il ne voyait rien. S’il pensait à Nathan et lui, ils les voyaient discuter avec entrain, ferveur, ensemble, ils les voyaient rire, s’amuser. Ils étaient heureux, oui, mais à aucun moment il ne parvenait à s’imaginer lui faire l’amour. Et aucune réponse au « pourquoi ? » ne lui venait…

Il serra la main d’Hélène avec force, rassurée de sa présence. Elle ne savait pas à quel point sa présence lui rappelait ce qu’il avait connu autrefois, qu’il ne voyait plus à présent que comme une vie antérieure. Elle lui servait de lien entre ce passé merveilleux et le présent, si froid, qu’il vivait à présent.

Ensemble, ils rentrèrent à l’appartement, dînèrent tranquillement avant de se coucher. Johann ne put résister à ses cours et en relut plusieurs avant de pouvoir s’endormir, la tête pleine de définitions, de maux, de tout.

***

Le lendemain, après un petit-déjeuner des plus animés, Hélène s’éclipsa en prétendant avoir quelques courses à faire. Samuel s’amusa de ses efforts pour cacher l’enthousiasme qui la gagnait à revoir Julien. Il n’en fit d’ailleurs aucune remarque et l’enjoignit à l’appeler à trois heures de l’après-midi et au moment où elle pensait rentrer, qu’il ne s’inquiète pas trop. De toute façon, elle connaissait le chemin de l’hôpital par cœur, elle saurait où le trouver.

Il rejoignit donc le bâtiment blanc avec motivation. La présence d’Hélène le mettait naturellement de bonne humeur. Ses patients semblèrent sensibles à cette aura tranquille qu’il transporta tout le long de sa journée. Il en profita pour leur poser des questions, complétant et la fiche de renseignements accroché au lit et sa feuille de cours. Il lui restait encore deux jours à l’hôpital avant qu’il ne retourne en cours pour plusieurs mois. Il était bien décidé à en profiter aujourd’hui et demain.

En fin d’après-midi, alors qu’il venait de rejoindre Nathan dans sa chambre après s’être occupé de Johann, Hélène et Julien apparurent, tout enjoué qu’ils étaient.

« Coucou Nat’ ! Coucou, grand frère ! s’exclama aussitôt la jeune fille, la porte à peine franchie.

- Hello tout le monde ! continua le batteur, le sourire jusqu’aux oreilles.

- On s’est dit qu’on allait passer. J’ai vraiment très envie d’aller voir Johann, Sam. Tu me donnes la bague ? »

Samuel eut un doux sourire et détacha sa chaîne en argent où pendait, comme à son habitude, la bague du même matériau. Ce cadeau qu’ils auraient dû partager voilà trois ans et qui n’était passé de main en main que grâce à Hélène.

La jeune fille sortit seule de la chambre d’hôpital, laissant les trois hommes entre eux. Le batteur vint serrer la main de son ami et celle de l’infirmier.

« Alors, notre grand malade va mieux ? s’enquit-il avec amusement auprès de Samuel. Mais le blond avait bien remarqué l’inquiétude qu’il couvait encore.

- De mieux en mieux. J’ai trouvé comment le calmer avec efficacité. Si tu veux bien te donner la peine, masse-le et il se détendra à vu d’œil.

- Tiens donc ! Et comment est venue cette idée des plus charnelles ? le taquina Julien.

- Hélène ne saura jamais tenir sa langue, ce n’est pas vrai ! Elle a eu ce qu’elle voulait, mais je reste encore sur mes positions… Bon, Nathan, on parlait de quoi avant qu’ils n’entrent en furie ?

- Dis-mois qu’est-ce que c’est que cette bague dont elle a parlé ? lui demanda alors le chanteur, intéressé.

- Oh, très bien… C’est une bague que j’ai reçu de Johann. Il voulait me l’offrir comme une sorte de cadeau de rétablissement. Mais il n’a jamais pu le faire. Je venais de subir la même opération que tu vas avoir, Nathan, et c’était le jour de ma sortie. Depuis que j’avais récupéré ma vue, Johann n’était pas venu me voir et il était censé me raccompagné chez moi. Mais… il n’est jamais arrivé entier à l’hôpital ; c’est sur la route qu’il a eu cet accident… Hélène m’a appelé en pleurs pour me prévenir. Et c’est elle qui, en ayant récupéré les affaires de Johann après l’accident, m’a donné les anneaux en m’expliquant ce qu’ils représentaient. Ils sont très important pour nous deux, je suppose. »

Il leva à ses lèvres la bague qu’il portait à son annulaire, comme un homme marié, puis se ressaisit. Souriant piteusement aux deux jeunes hommes, il se racla la gorge avant de retrouver un air calme.

« C’est notre histoire, à présent ancienne. Julien, tu devrais aller voir Hélène. Je suis sûr qu’elle doit t’attendre. Elle aime avoir de la compagnie avec Johann, elle lui parle plus facilement. Quant à notre chanteur, je m’en occupe, nous avons à discuter sérieusement aujourd’hui ! »

Le guitariste hocha la tête et sortit aussitôt tandis que Nathan se raidissait à vue d’œil.

« Parlons peu, parlons bien, mon cher patient. Ca fait un moment que le Docteur Henry et moi-même avons une question à te poser et que nous reculons cette demande. Mais le temps se fait long, alors il faut que tu nous aides… S’il-te-plaît, Nathan, dis-nous pourquoi tu as si peur des hôpitaux… »

Il le fixa de ses yeux inquisiteurs, s’attendant à toutes sortes de réactions, mais pas à celle qui se déroula sous ses yeux. La respiration de Nathan devint erratique puis il commença à s’étouffer. Samuel se précipita vers lui et maintint sa langue hors de sa bouche tout en lui parlant le plus tranquillement possible ; il se sentait paniqué et dépassé par les évènements.

« Nathan… Nath, calme-toi, tu n’as rien à craindre… Tu sais que tu peux avoir confiance en moi, alors calme-toi… On ne te fera rien sans ton accord, calme-toi… Ecoute-moi, Nath, écoute-moi… »

Quelques minutes interminables s’étalèrent avant que Nathan ne cesse de s’étouffer. Son buste se levait avec frénésie, mais il n’avait plus l’air fou et hors de lui. En nage, il retirait ses couvertures que Sam l’aida à éloigner au bout du lit. Il mit encore un certain temps avant d’ouvrir la bouche et de parler.

« Je… Je suis désolé… Sam… Je ne m’en… souviens pas… Je suis désolé… »

Il ne s’en souvenait pas, mais sa réaction en disait long à sa place ! Samuel se tût mais cette nouvelle scène, s’apposant aux autres, le laissait perplexe et inquiet. Plus beaucoup de solutions s’offraient au docteur Henry et lui. Ils allaient sûrement bientôt commencer à lui administrer des relaxants. Le docteur avait un ami qui travaillait sur l’utilité des plantes et créait des sédatifs et relaxants à base de plantes exclusivement. Il serait intéressant d’en voir les effets sur ce patient des plus instables…

 « L’infirmier Mariet est demandé dans le bureau du Docteur Henry ! Je répète :… »

Samuel ouvrit de grands yeux interrogatifs tout en sursautant en s’entendant appeler. C’était l’interphone de l’hôpital. Il rassura du mieux qu’il pût Nathan puis se précipita vers le bureau de son mentor. Avait-il reçu le dossier du chanteur ?! Il parcourut rapidement les différents couloirs, grimpa les escaliers avec précipitation délaissant l’ascenseur qu’il trouva bien trop lent à son goût, trébuchant sur une marche pour accélérer de nouveau, et enfin il atteignit la porte qui indiquait de sa plaque argentée le Docteur Henry. Il frappa et attendit la réponse du médecin pour entrer, essoufflé.

« Ca y est… On l’a ! », lui dit tout de suite l’ophtalmologue en réponse au regard interrogateur de son élève qui était appuyé sur la poignée la porte. «  Et en le lisant, j’ai compris pourquoi notre cher Nathan a si peur des hôpitaux… et de son opération aux yeux ! Approche. Ferme la porte et viens t’asseoir, on va travailler sur le problème, ensemble. »

Samuel obéit sans un mot et s’approcha. Le problème avait l’air grave et les heures qui allaient suivre seraient particulièrement longues, il en était certain !

***

Il faisait si noir. L’endroit était si calme… Parfois, il entendait des voix qui lui parlaient. Son esprit reconnaissait ces voix mais son cerveau ne parvenait pas à les comprendre. Une voix, en particulier, l’attirait plus que les autres, depuis bien longtemps !

Mais « bien longtemps » ? Combien ? Tant que ça ? Ou si peu ?

Il ne savait pas, il vivait juste sans penser, perdu. Les seuls moments où il parvenait à sentir qu’il existait, c’était lorsque ces voix se faisaient entendre.

Parfois, il se sentait très mal à l’aise en les entendant, il ne parvenait pas à ouvrir les yeux, mais il avait tant envie de disparaître, de ne pas écouter ce qu’elles disaient…

Une sensation étrange le prit. Oui, quelqu’un parlait, il entendait. Il ne comprenait pas, mais les mots s’acheminaient jusqu’à son esprit, le faisant ressentir sans jamais le laisser comprendre.

Pourtant, il lui faisait tellement peur ce personnage ! Par pour lui-même mais…

« C’est de sa faute, il devra le payer de sa vie, Johann. Je te promets que pour payer ce qu’il t’a fait, je vais le tuer ! »

Il se sentit suffoquer. Qu’avait-il dit ? Il ne comprenait pas, mais la peur panique qu’il ressentait le rendait nauséeux, tremblant.

Le danger… le danger ! Il ne fallait pas… Il ne fallait pas quoi ? Non ! Pas ça ! Mais quoi ?!

Terrorisé, Johann tentait d’ouvrir les yeux. Il sentit les larmes coulées sur ses joues et se demanda ce qu’il lui arrivait. Il n’avait jamais eu cette sensation, il n’avait d’ailleurs jamais rien ressenti physiquement…

Mais tant pis ! Il devait se lever ! Il devait faire quelque chose pour l’en empêcher ! C’était horrible !

Mais pour protéger quoi… ?

On cria à son chevet, il entendait plus nettement que jamais ces voix qui l’entouraient.

Sa peur faisait battre son cœur à cent à l’heure et il parvenait à le sentir si nettement que s’en était douloureux.

Il s’obligea de nouveau à ouvrir les yeux, sa peur ne le quittait pas, il fallait qu’il se réveille !

Qu’il se réveille !!

***

Le Docteur Henry décrocha son téléphone. Cela faisait bien trois heures qu’ils étaient là à travailler sur le problème du chanteur et Samuel avait enfin appris ce qui pétrifiait son ami. Et ce n’était pas fameux ! Monsieur avait eu une opération aux yeux il y avait de cela un an et demi, et ça avait été un véritable fiasco ! Ils lui avaient tant trituré les yeux qu’ils avaient saigné plusieurs jours durant. Nathan avait eu des douleurs abominables au niveau de ses globes oculaires et à la tête, de quoi terrifier quiconque ! Il était noté dans le dossier, qu’il avait faillit se les arracher lui-même, la douleur lui étant trop lourde. On l’avait alors attaché pendant trois jours dans son lit afin qu’il ne commette pas cette bêtise.

Samuel soupira et jeta un coup d’œil au médecin qui affichait une expression des plus surprises en le fixant du regard. Dès qu’il eut raccroché, il lui avoua :

« Samuel, c’est Johann, ton ami… Il… Il est réveillé ! Du moins, il tente… »

Mais le médecin n’eut pas le temps de terminer sa phrase. La seconde après qu’il ait entendu la nouvelle avait suffit à Samuel pour que son cerveau enregistre l’information et le pousse à nouveau dans une folle cavalcade dans l’hôpital. Il descendit un étage en sautant les marches et parcourut le bout de couloir qui le séparait de la chambre de son aimé. Le cœur battant, il s’en approcha en accélérant sa course. Les bruits de voix des médecins furent les premières notes qu’il entendit. Il entra et se précipita au chevet du jeune homme.

« Maintenez-le dans le lit ! », criait-on.

Samuel exprima aussitôt ses propres ordres.

« Laissez-le moi ! Sortez d’ici ! S’il-vous-plaît !

-Mais…

- Je vous en prie, je le connais ! »

Surpris, les infirmières ne bougèrent pas de leur poste, et les médecins ne daignaient pas lui accorder de l’importance, continuant d’enfoncer l’homme dans le fond de son lit, celui-ci se débattant.

Puis, s’avançant, Samuel prit un bras de l’endormi qui se calma à peine avant de repartir dans des mouvements désorganisés.

« Johann, Johann, c’est moi… »

Aussitôt, les gestes se calmèrent et les infirmières relâchèrent leur prise. Il leur fit signe de partir en leur montrant la porte d’un geste de la tête puis il tourna à nouveau toute son attention vers le malade. Il ne s’embarrassa pas à congédier les médecins qui s’écartèrent sans pour autant sortir de la pièce.

« Johann, ouvre les yeux, mon ange… »

Comme pour obéir à ses paroles, les yeux remplis de larmes qu’il n’avait encore jamais vraiment vus, s’ouvrirent lentement. Samuel sentit ses propres yeux lui picoter et un sanglot lui échappa.

« Johann… Johann… »

Il avait de si beaux yeux verts, mon dieu ! Et ses lèvres qui remuaient en silence, tentant vainement de parler sans y parvenir… Il avait tellement envie de les embrasser !

« Sa… Samu… el… »

L’infirmier stagiaire n’y tint plus et se laissa éclater en sanglot en serrant les deux mains de son amant dans les siennes. Mon dieu, oh mon dieu ! Quelle joie, quel bonheur !

« Samuel… Samuel… », continuait Johann de chuchoter, sa voix enrouée.

Enfin, quand la tempête se fût calmée, Samuel s‘obligea à se relever et essuya ses yeux. Malgré ses larmes il prit la tension de son aimé patient. Il ne parvint pas à arrêter son regard qui, toutes les secondes lui semblait-il, se portait sur les yeux ouverts de Johann qui le fixait avec un air perdu, pleurant encore.

« Salaud… ! »

Le murmure atteint Samuel et il se tourna violemment vers l’intrus. Il était jeune et beau, des cheveux noirs de jais, typé, des yeux bleus transcendants… Samuel fronça les sourcils alors que son cœur ratait un battement. Kylian ! Ce bassiste qui l’avait insulté dans les couloirs du concert en disant qu’il ne méritait pas Johann !

Mais le musicien sortit sans une autre nouvelle parole, après l’avoir fixé d’un air rageur. Samuel déglutit ; il n’aimait pas cette façon d’être, ce comportement froid, meurtrier, il n’aimait pas ça du tout !

« Sa… muel… »

La voix de Johann le ramena tout de suite à son chevet. Il lui prit la main et la serra. Puis, doucement, il la délaissa pour tâter son corps entier, vérifiant qu’il ne s’était pas fait mal en se contorsionnant comme il l’avait fait avant son réveil. Heureusement, excepté de petites égratignures, tout était impeccable. Mais à le toucher aussi posément, il remarquait la perte de poids, de muscles, flagrante ! Evidemment, que croyait-il ! Qu’en trois ans, sans patinage, sans bouger, il n’avait pas été vidé de ses moindres forces ?! Il allait falloir énormément de rééducation pour qu’il puisse à nouveau se débrouiller seul… Enormément… Allait-il le supporter ?

Nathan s’insinua à son esprit. Supporter… Il devait déjà supporter la peur panique du chanteur et ensuite, le rétablissement de Johann ? Ses nerfs tiendraient-ils ?

« Samuel ? Laisse ton ami respirer ; viens donc t’asseoir. Là. »

C’était le docteur Henry. Entrant dans la chambre, il souleva la chaise qui se trouvait près de lui et la porta tout à côté du lit. Samuel inspira profondément et s’y laissa tomber.

Les larmes aux yeux de Johann ne s’arrêtaient pas de couler. Il ne sanglotait pas, son visage neutre, mais l’eau continuait de s’échapper à flot de ses yeux. Le Docteur Henry les inspecta et sourit d’un air rassurant à son protégé.

« Il va bien. Lui as-tu parlé ? »

Samuel comprit aussitôt la question et, reprenant la main de Johann, il commença à lui poser les questions de rigueur tout en l’informant :

« As-tu mal quelque part ?... Te sens-tu malade ?... Nous sommes le mercredi 16 février 2005. Il est… 15 heures.

-Deux mille… cinq ? », répéta Johan, perdu. Son souffle se fit plus dur puis il ne parvint plus à respirer.

« Il a perdu de la force. Son affaiblissement double les effets des chocs traumatiques. Vas-y doucement  avec les grandes nouvelles, Samuel, d’accord ?

-Oui, compris, Docteur. »

Le docteur Henry avait pris les choses en main et avait empêché que Johann ne s’étrangle. Ce n’était qu’un léger malaise mais Sam ne se sentait pas capable, là, tout de suite, de prendre soin de son ancien et seul amant…

Il garda les yeux dans le vide jusqu’à ce que le docteur lui fasse signe devant ses yeux de le suivre en dehors de la pièce. Samuel ne résista pas et, après un léger baiser sur la main de son amant endormi, il quitta la chambre et en ferma la porte.

« - Il est dans un état stable, tu peux être rassuré. Il a juste besoin de se nourrir et, bientôt, d’une rééducation totale. Il s’en sortira… »

Samuel hocha la tête, les larmes à nouveau au coin de ses yeux. Il se sentait comme dans un rêve. Johann s’était-il réellement réveillé ? L’avait-il vu, les yeux dans les yeux ? L’avait-il entendu parler de sa voix rauque ?

Le Docteur Henry posa une main amicale sur son épaule et soupira profondément.

« Je suis réellement content que ton ami se soit réveillé. Je pense que tu devrais prévenir Hélène, non ? »

Samuel leva un regard surpris vers le médecin qui souriait doucement. Ses yeux s’agrandirent et il s’excusa aussitôt auprès de son mentor pour courir au dehors de l’hôpital, le téléphone portable déjà à l’oreille. Quand les portes coulissantes de l’établissement s’ouvrir, laissant le jeune homme sortir avec des yeux humides, Hélène décrocha son téléphone.

« Allô, Sam ? Je n’ai pas beaucoup de temps, Julien et moi allons entrer au cinéma. »

L’interpellé ne parvint pas tout de suite à parler, les sanglots obstruant sa gorge. La réalité se frayait enfin un chemin jusqu’à son cerveau, le laissant sans force, extasié.

« Sam ? Tu vas bien ? Il t’est arrivé quelque chose ? » reprit Hélène d’une voix pressante, un brin inquiète.

Les sanglots de Samuel s’affermirent et il tenta tant bien que mal de parler.

« Hélène… Jo… Johann…

-Johann ? Que lui ait-il arrivé ?! Il va bien ?! Il n’est pas… »

Samuel éclata de rire au travers de ses larmes, mettant sa main devant sa bouche pour calmer son hystérie.

« Non… Il est… Il est… réveillé, Hélène ! Réveillé ! »

Et ses pleurs redoublèrent, bientôt accompagnés de ceux de sa petite sœur chérie.

« Grand Frère ! Johann… J’ar… J’arrive, Sam… »

Les sanglots redoublèrent des deux côtés et aucun d’eux ne voulut couper la communication, s’écoutant pleurer toutes les larmes de joie qu’ils pouvaient, partageant cette nouvelle folle et bienfaisante. Samuel perçut la voix inquiète de Julien à son oreille, les réponses incompréhensibles de sa sœur de cœur avant que le guitariste ne prenne le téléphone entre ses mains.

« Allô ?

-                     Julien…

-                     Samuel ? Que s’est-il passé ? Vous êtes dans un tel état… Nathan va bien ?

-                     C’est… Johann… Il s’est réveillé ! »

-                     Mon dieu… On arrive tout de suite ! »

Il eut la délicatesse de repasser le téléphone à la jeune fille qui continua de pleurer et de répéter le nom de son frère aux oreilles de l’infirmier stagiaire. Ils continuèrent ainsi, sans pouvoir s’arrêter, plusieurs minutes, puis la communication se coupa et Samuel sursauta avant de comprendre : ils étaient dans le métro, ils arrivaient. Et Johann les attendait !

Samuel alla s’affaisser sur un banc et laissa couler ses dernières larmes. Il fallait qu’il se calme, qu’il reste maître de lui-même. Il allait devoir aider Johann pendant un long moment. Y parviendrait-il ? Et Nathan ! Ils allaient lui administrer les calmants médicinaux finalement, pour terminer par des sédatifs et l’opérer sans qu’il ne s’en rende vraiment compte. Il allait falloir qu’il supporte tout le temps de cette pratique.

Et dans toute cette histoire, qui le supporterait, lui ? Hélène ? Elle était jeune encore et avait Julien. Il en prendrait soin. Lui, il serait seul et s’en sortirait comme toujours…

Les quinze minutes qui permirent à Hélène et Julien de revenir suffirent à Samuel pour reprendre contenance et calmer son anticipation pour tout ce qui l’attendait. Cependant, le réveil de Johann faisait cogner son cœur dans sa poitrine sans discontinuer, avec une force incroyable. Il ne semblait pas vouloir s’arrêter de sitôt.

« Samuel ! » s’écria Hélène en le rejoignant et en lui sautant dans les bras. L’homme la serra fort tout contre lui avant de la tirer vivement dans l’immeuble. Aucun d’eux ne souhaitait attendre plus longtemps ces retrouvailles. Rapidement, ils montèrent les deux étages et longèrent le couloir de gauche jusqu’à une porte blanche de numéro 234. Samuel et Hélène se fixèrent avec intensité avant de taper à la porte dans un bel ensemble et d’entrer, main dans la main.

Johann était toujours allongé, comme si rein n’avait changé, mais ses yeux étaient ouverts, alertes. A leur vue, un sanglot le prit et il tenta de se relever alors que les deux autres se précipitaient dans ses bras d’un côté et de l’autre du lit.

« Johann ! » s’écria Hélène avant d’éclater en sanglot une nouvelle fois. « Grand… frère ! Grand frère ! »

« Hélène… Ma petite sœur chérie… Oh, Hélène… »

Ils étaient fous, tous les trois. Ivres de bonheur ! Il était de retour parmi eux, l’élément manquant qui avait constitué plus de deux années de bonheur intense, à vivre comme une belle famille aimée et aimante.

« Heureuse… Je suis tellement heureuse… que tu sois enfin réveillée ! Jai tellement de choses à te dire ! »

Ils avaient un mal fou à parler, à communiquer. Ils ne parvenaient pas à se calmer, à retrouver le fin équilibre qui leur permettrait d’enchaîner des mots pour créer des phrases compréhensibles.

Ils restèrent ainsi à se coller les uns aux autres pendant un long moment, n’échangeant que des bribes de phrases non finies ou mal commencées. Ils étaient incapables de se montrer calmes et raisonnables. Et qui auraient pu leur en vouloir ?

Ils étaient heureux.

***

Il fallut trois mois avant que Johann puisse se lever seul et faire quelques pas. Cette minuscule avancée avait suscité des cris de joies, mais il avait fallut énormément de patience à Samuel. Les deux amants s’étaient engueulés plus d’une fois, Johann se sentant parfaitement inutile et incapable de marcher, de faire quoi que ce soit seul à nouveau. Samuel, quant à lui, commençait à devenir hystérique. Il avait déjà raté plusieurs cours, perdait vite patience, que ce soit avec Nathan ou avec Johann. Ni l’un ni l’autre ne tentait d’être réaliste ou compréhensif envers sa personne. Pire, l’état de Nathan allant en s’améliorant en vue de l’opération, grâce aux plantes, celui de Johann était d’un grand mystère. Il semblait parfois très heureux de revoir Samuel, et parfois l’envoyait paître dès qu’il avait mis un pied dans la chambre. Il oscillait de jour en jour entre la joie et la tristesse, la colère et le calme. C’était à n’y rien comprendre !

Une nouvelle fois, Samuel venait de se faire renvoyer de sa chambre. Au comble de la colère, il prit le chemin de celle de Nathan. C’était devenu une habitude. Nathan, calmé par les antibiotiques parfaitement naturels, était devenu un être patient qui écoutait ses malheurs et savait quoi lui dire pour le déculpabiliser. Mais le seul fait de se rendre à sa chambre, au contraire de son compagnon, culpabilisait grandement l’infirmier, ce qui restait un lourd bagage à porter.

Samuel n’était pas sûr de supporter la situation encore longtemps. Hélène aussi paraissait tendue ces derniers temps et il n’avait pas vraiment l’envie de lui demander ce qui se passait. Il le devait pourtant, il en était conscient, mais son propre mal-être lui paraissait tellement insurmontable quand il y pensait, qu’il finissait par y renoncer. Il allait bien falloir qu’il passe au travers, malgré tout ce qui lui en coûterait !

Il toqua à la porte devant laquelle il atterrit et entra sans attendre d’invitation. Mauvaise habitude, se morigéna-t-il. Mais le sourire de Nathan, s’étirant d’une oreille à l’autre, lui fit aussitôt oublié ses remords.

« Samuel ! Ca va ?

-                     Façon de parler…

-                     Tu t’es encore disputé avec Johann ?

-                     Ca devient une habitude, je crois. Mais parlons plutôt de toi. Tu vas bien ?

-                     Je n’ai jamais été aussi calme et tranquille. »

Et le sourire qu’il lui offrit confirmait ses dires. Il était véritablement bien, prêt pour l’opération. Il ne le savait pas encore, mais elle se déroulerait dans deux jours. De quoi réchauffer le cœur de Samuel qui soupira, se sentant d’un coup épuisé par ces petites bagarres.

« Tu as l’air bien, effectivement.

-                     Et toi, raconte-moi ce qui s’est passé. »

L’infirmier soupira de nouveau mais ne put s’empêcher de parler. Il avoua au chanteur que Johann, excédé que le jeune homme lui fasse du chantage pour sa marche quotidienne, l’avait repoussé. Il en était lui-même tombé à la renverse et avait refusé que Samuel l’approche. Il avait fallu l’assistance d’une infirmière pour le ramener à sa chambre, Samuel suivant le couple de loin. Qu’allait-il trouver à faire la prochaine fois ? Le coup de la bassine pleine d’urine avait déjà été employé et il en sentait encore la brûlure de la rage et de la honte. Il y avait eu les célèbres cris et morsures du patient, les coups de pieds… Au moins possédait-il assez de force pour le frapper, même si ce n’était que passager.

Il ne savait plus où il en était. La joie des retrouvailles avait laissé place à une guerre froide et sanglante. Il ne restait rien de leur intimité passé, semblait-il. Ils ne s’étaient pas embrassés une seule fois et loin s’en fallait de dire qu’ils avaient apprécié leurs « câlins » : c’étaient plutôt des batailles pour sortir, faire travailler les muscles du convalescents, le calmer ou l’immobiliser. Rien de vraiment chaleureux.

Nathan lui caressa les cheveux et Samuel croisa son regard, un mélange de plaisir et de tristesse.

« Tu devrais peut-être discuté avec lui de ce que vous allez devenir. Si vous restez ensemble pour vous entretuer, il n’y a aucun intérêt… Et je ne voudrais pas avoir l’air de te pousser à venir vers moi plutôt que de le rejoindre, alors je n’en dirais pas plus… »

Samuel fût touché par ses paroles, comme d’habitude. Elles étaient censées et pleines d’encouragements. Il lui prit la main pour le remercier entre les deux siennes.

Quand il voulut partir, enfin presque calmé, la poigne de Nathan le retint.

« Qu’y a-t-il ?

-                     Tu devrais faire attention à ta sœur, Sam. Elle va mal. Je sais que tu en supportes beaucoup, mais ce serait bien que tu la fasses parler. Entraidez-vous. »

L’infirmier ne sût pas trop quoi répondre. Il ne savait pas si l’idée était bonne ou bien complètement épouvantable. Il n’avait strictement aucune envie de craquer devant Hélène. Et il sentait que ce serait le cas s’il s’intéressait à ses problèmes. Cependant, il n’avait pas à la laisser dans cet état ; elle avait besoin d’elle et cela faisait assez longtemps qu’il évitait, avec perfection, de la croiser.

Quelle situation stupide et horrible !

Soupirant de fatigue, retenant un bâillement, Samuel sortit de l’établissement en collant son portable à l’oreille, le numéro de sa petite sœur de cœur déjà lancé. Quelle ingéniosité ces touches rapides !

La première sonnerie s’égrena et Hélène répondit aussitôt.

« Allô ?! »

Elle avait l’air paniqué. Samuel tenta de se détendre, touché par cette impatience. Il devenait trop émotionnel, il était à bout de nerfs.

« Hélène, tu t’attendais à quelque chose ? Il t’est arrivé quelque chose ? »

Quelques secondes suffirent à Hélène pour reprendre une voix plus calme.

« Non, oui… enfin, j’ai eu peur qu’il soit arrivé quelque chose à Johann ou à toi. Mon train n’arrive que dans deux heures, tu te souviens ? Qu’est-ce qu’il se passe ?

-                     Je t’attends déjà, petite sœur. Je crois que j’ai besoin de toi.

-                     Pour une fois que c’est le contraire ! Je suis impatiente d’arriver. On n’aura cas aller boire un petit verre avant d’aller à l’appartement.

-                     Très bonne idée, Minnie. Très bien. Je serais à la gare quand tu arriveras. A tout à l’heure.

-                     Ah, Sam !

-                     Oui ?

-                     Je t’aime

-                     … Moi aussi, Minnie. »

Elle était adorable. Il souriait quand il raccrocha et respira longuement, plus détendu. Nathan n’avait peut-être pas eu une mauvaise idée, finalement. Tant mieux. Il avait besoin de se reposer sur quelqu’un, en ce moment. Nathan malade, il devait lui en éviter de trop. Surtout que l’opération approchait. Les papiers étaient signés, le chanteur avait autorisé les médecins à l’opérer quand il serait assez fort émotionnellement pour le supporter. Tout était prêt. Et Hélène qui arrivait ce soir, ça ne pouvait être que de bon augure.

Samuel regagna l’établissement pour se changer et rentrer à l’appartement.

***

« Alors, grand frère, dis-moi tout ! »

Ils étaient installés dans un bar, dans un coin sans personne autour. L’endroit le plus disposé à une conversation privée avec un bon verre entre les mains.

« Tu commences fort, Minnie, laisse-moi boire un petit coup. »

Sa mine impatiente faisait sourire Samuel qui but deux gorgées avant de se lancer, récalcitrant malgré tout.

« Johann est devenu ingérable pour moi, je ne sais vraiment plus quoi faire ! », termina-t-il, les yeux brillants. Il sentait une boule dans sa gorge, prête à exploser. Il ne voulait pas pleurer, pas devant Hélène.

« Je ne savais pas… Avec moi, il est toujours souriant. Il paraît parfois dépassé, parce que j’ai grandi, mais il sourit toujours. Mais il ne me parle pas de toi, et je commence à comprendre pourquoi. Je suis désolée, Sam !

-                     Tu n’as à t’excuser de rien. Tout ce que je veux, c’est comprendre ce qui se passe, pourquoi il se comporte comme ça. »

Un long silence s’installa. Deux nouveaux clients entrèrent et se posèrent non loin d’eux dans un brouhaha de conversations et de vestes qu’on enlève pour les poser sur les dossiers des chaises. Samuel commença à se détendre enfin.

« Dis-moi ce qui ne va pas, Hélène. Je sais qu’il se passe quelque chose, alors c’est à ton tour de parler !

-                     Je croyais que j’étais venue t’écouter ? rétorqua la jeune fille, en évitant son regard.

-                     C’est fait. Maintenant, c’est ton tour. Alors vas-y. Je suis tout ouïe. »

La jeune femme secoua la tête et replaça quelques mèches derrière ses oreilles. Elle se râcla la gorge et bût une gorgée de sa menthe avant d’enfin se lancer.

« Je suis désolée, commença-t-elle. C’est la situation qui me mine. Moi qui t’avais dit de laisser tomber Johann et de vivre ta vie, et mon frère qui se réveille. Et toi, au milieu, qui te retrouve entre les deux. Je suis tellement désolée d’avoir créer cette situation !

-                     Hélène ! Tu n’as pas à t’excuser pour ça non plus ! Tu ne savais pas qu’il allait se réveiller, et moi non plus. Et puis je ne suis dans aucune situation. Je suis perdu, d’accord, mais je ne suis pas attiré tant que ça par Nathan. Il est aveugle, quand il me verra réellement, il se rendra compte de ce qu’il fait.

-                     Tu peux parler ! Tu étais aveugle aussi quand tu as commencé à sortir avec Jo ! Est-ce que quand tu l’as vu, tu as eu envie de le quitter ?

-                     Non, pas du tout ! »

Mais la question rhétorique le fit réfléchir. Que disait-il ? Que savait-il des réels sentiments de Nathan ? Devait-il tout de suite mettre les points sur les « i » au chanteur ?

Il grimaça à cette pensée. Il aimait beaucoup ce jeune homme, il adorait discuter avec lui et aimait son regard bleu brillant malgré sa cécité, son rire, son sourire et sa voix. Etait-il amoureux ?!

Mais le visage de Johann s’interposa et son cœur explosa. Il n’avait aucun doute, mais il commençait à croire qu’il était amoureux d’une image, de l’ancien Johann, pas du nouveau. Le nouveau, lui, était lunatique ; s’il ne souriait pas, il tremblait de colère, s’il ne riait pas il criait de rage, et s’il ne le regardait pas avec du désir jusqu’au fond des yeux, il lui jetait n’importe quoi au visage pour le faire disparaître. C’était blessant et infernal.

Qui était ce Johann ?

« Je ne sais plus quoi penser, Sam. Il est là, il me sourit, il m’aime. Mais mon grand frère, c’est toi. C’est bien toi qui m’a expliqué les règles malgré que tu sois un homme. Et c’est toi qui as fêté mon brevet et mon entrée au lycée, et toutes les autres années sans compter mes anniversaires. C’est toi qui m’a protégé de mes parents et qui les a obligés à partir en me laissant avec toi. Johann, lui, n’était plus là… Je ne sais plus qui est mon grand-frère et qui doit prendre soin de moi. Que se passera-t-il quand il sera à nouveau bien et qu’il rentrera à la maison ? »

Elle sanglota doucement sans même penser à essuyer ses larmes. Samuel sentit les siennes remonter au bord de ses yeux mais s’obligea au calme. Il lui prit le visage entre les mains et se pencha pour lui embrasser le front.

« Pourquoi te poser cette question stupide ? A quoi sert ? Nous sommes tous les deux tes grands-frères, je te rappelle. Qui t’a élevé et t’as rendue aussi belle et intelligente, petite Minnie ? Ce n’est pas moi, c’est bien Johann. Ta franchise, ta bonne humeur, ton sourire, ta joie de vivre, tout cela, c’est lui qui te l’a appris. Pas moi. Ne cherche pas à trouver de solutions quand il n’y a pas même un problème. Allez, sèche tes larmes. »

Au contraire, les sanglots de la jeune fille redoublèrent et elle alla se réfugier dans les bras de l’infirmier en pleurant tout ce qu’elle avait retenu jusqu’à présent. Le blond lui caressa les cheveux en chuchotant doucement.

« Ah… Le réveil de Johann aurait dû être un heureux évènement, et on se retrouve tous à chialer… C’est beau la vie, non ? »

L’ironie arracha un rire hystérique à Hélène qui finit par en oublier de pleurer. Quel imbécile, ce Samuel !

***

« Alors cette opération ? » s’impatienta Samuel en rejoignant le docteur Henry dans la salle jouxtant celle d’opération. Il était littéralement pendu aux lèvres du médecin des yeux. Est-ce que tout s’était-il bien passé ? Il avait peur que quelque chose se soit passer.

« Tout a été parfaitement bien, et quand il ouvrira les yeux, il ne verra plus du noir mais du gris sous ses bandages. Une parfaite réussite, ne t’inquiètes pas, Sam. Dommage que tu sois arrivé en retard, tu aurais pu participer. Mais je te conseille de rejoindre notre patient dans la salle de réveil.

-                     J’y vais tout de suite ! Et… Je suis vraiment désolée d’être arrivé en retard, mais le train d’Hélène a eu du retard et je n’ai pas pu la laisser attendre seul.

-                     Ah ces jeunes parents ! Fais attention à ce que a ne se reproduise plus, d’accord ?

-                     Oui, ne vous inquiétez pas, je vous promets que ça n’arrivera plus ! »

Sur ces dernières paroles, l’infirmier se précipita dans la salle de réveil.

L’endroit était doucement éclairé, pour ne pas agresser les yeux des patients qui se réveillaient de multiples opérations. La plupart pleuraient au réveil et Samuel savait très bien que peu de patients outrepassaient cette étape ; le contrecoup de l’opération était cette irrépressible eau salée glissant le long des joues. On ne sanglotait même pas, c’était le corps qui poussait les yeux à s’humidifier abondamment.

Samuel longea trois lits avant de parvenir à celui de Nathan. Une large bande blanche autour de la tête, cachant ses yeux, il était repérable à des kilomètres ! Il s’assied à son chevet et se prépara à une longue attente avant le réveil du chanteur.

Il s’occupa tout d’abord par border son malade puis vérifia son pouls au cou, son rythme cardiaque au poignet et sa respiration. Quand il eut fait le tour de toutes les analyses qu’il pouvait effectuer sans instruments, il flâna entre les différents lits, assistant l’infirmier de service en salle de réveil qui l’en remercia.

Finalement, les deux hommes commencèrent à discuter ensemble, s’interrompant de temps en temps pour prendre soin des réveillés et les passer aux brancardiers pour qu’ils les remontent dans leurs chambres si tout était normal.

Ce fût une heure et demi après l’opération que Nathan donna des signes de conscience. Il remua, d’abord lentement, puis un peu plus rapidement, tout en gémissant. L’infirmier, qui s’apellait David, allait se lever quand Smauel le retint.

« C’est pour lui que je suis là, alors je vais m’en occuper.

-                     Ah, très bien. Il a été opéré des yeux, à ce que je vois, continua David alors que son compagnon s’approchait de son patient.

-                     Oui, il était aveugle de puis un accident et on a dû user de fines stratégies pour réussir à le mettre sur un brancard, répondit Samuel, avant de se tourner vers le lit. Nathan, tu m’entends ?

-                     Hm… Hm…

-                     Ok, ne panique pas, tout va bien. L’opération s’est révélée parfaitement réussie. Ne touche pas tes yeux.

-                     Hm…

-                     Quel vocabulaire ! Tu risques d’avoir du mal à t’attirer de nouveaux fans avec ça !

-                     Grr… »

Samuel éclata d’un petit rire pour éviter de gêner les autres patients. Il vérifia à nouveau que Nathan était en bonne condition pour remonter dans sa chambre avant de saisir son lit pour le pousser jusqu’à l’ascenseur.

« Bonne journée, David. Ravi de t’avoir connu !

-                     De même ! On se reverra dans les couloirs, je m’occupe de quelques patients sortis de coma, au-dessus. »

La réplique arrêta subitement Samuel qui reprit ses esprits avant de demander à son nouveau camarade :

« Un jeune homme, Johann Pauli, ça te dit quelque chose ?

-                     Ah oui, ça fait quelques temps qu’il est réveillé ! Il y a toujours un mec avec lui, à l’air pas commode. A chaque fois qu’il quitte la chambre, je retrouve le pauvre Johann dans un état pas possible !

-                     Comment ça !? s’exclama Samuel, sentant ses mains serrer fortement les barreaux du brancard, l’élançant.

-                     Une fois je l’ai entendu dire à mon patient que son petit-ami se tapait un autre mec. Ces histoires de couple… Enfin, je comprends son compagnon : l’attendre des années, ce devait être difficile ; il a dû vouloir refaire sa vie, c’est normal. »

Durant quelques instants, Samuel se sentit assez fort pour garder le silence. Puis il sentit un grondement sortir de sa gorge et lorsqu’il ouvrit sa bouche, il n’eut pas le temps de penser aux paroles qui en sortirent :

« Je vais le tuer ! Peu importe qui il est, je vais le buter ! »

Son ton était bas mais apparemment assez meurtrier pour que David écarquille les yeux, se relevant de sa chaise.

« Ca va, Samuel ? »

Il n’osa pas répondre et hocha la tête avant de partir. Il s’obligea au calme mais sa tête bourdonnait de fureur. Qui ? Qui ?!

C’était donc ça, en fin de compte. Quelqu’un manipulait Johann, malgré lui. Mais pour quelle raison ? Et à cause de quoi ?

Il se tortura l’esprit, cherchant un ennemi qui en voudrait à Johann, puis à lui. Ce fût quand il parvint à la chambre de Nathan, flanqué de deux brancardiers, que son esprit s’illumina d’une image : la tête d’un jeune homme typé, beau, charmant, mais à la langue acéré et radicalement homophobe. Ou du moins le pensait-il… Il l’avait d’ailleurs croisé le jour où Johann s’était réveillé, mais n’y avait pas porté une grande attention : Johann avait ouvert les yeux, c’était tout ce qui comptait à ce moment.

Peut-être aurait-il dû faire plus attention. Pourquoi était-il là, d’ailleurs ? Que voulait-il à Johann, lui qui avait déclaré détesté les « pédé » ? Il se rappelait encore cette sentence qui l’avait fait frissonner ; Kylian avait une aura étrange et terrifiante autour de lui. On s’attendait à un désastre en sa présence.

Tentant de calmer ses émotions, Samuel s’assied au chevet de Samuel quand les brancardiers repartirent récupérer de nouveaux patients en salle de réveil. Il s’assied dans le fauteuil jouxtant le lit de Nathan et se prit la tête dans ses bras.

Il commençait à comprendre le comportement de Johann, ses sautes d’humeur incompréhensibles… Ce qu’il ne comprenait pas, c’était ce qui avait motivé Kylian. Quel intérêt avait-il de monter Johann contre lui ? Il voulait les séparer, peut-être ? Mais dans quel but ? Peut-être tout simplement parce qu’il détestait voir deux hommes ensemble…

Mais quelque part, son raisonnement ne collait pas, et il le savait. Il y avait autre chose. Il fallait qu’il découvre quoi et le meilleur moyen était de demander soit à David, soit à Johann lui-même, voir même à Kylian. Ce dernier serait pire que Johann dans ses mauvais jours, il ne pouvait pas compter sur sa bonne foie. Ne restait donc que Johann et David.

Et pour avoir Johann, il devait d’abord régler une situation qui avait crée une forte rumeur : sa relation avec Nathan.

« Nath ? » appela-t-il doucement. Un grondement de gorge lui répondit, puis après avoir toussoté, le chanteur parla enfin d’une voix mal assurée :

« Oui ?

-         Ah, tu es réveillé… Tu as entendu ?

-         Ces trucs sur Johann ? Oui… J’ai mis un temps fou à comprendre vos paroles mais… c’est fait… », souffla le jeune homme en baissant sa voix. Il avait l’air totalement résigné. «  Finalement, ce n’était pas vraiment sa faute, n’est-ce pas ?

-         Apparemment pas. Il s’est fait manipuler… Et j’aimerais savoir pourquoi ! Ce Kylian a déjà tenté de me pourrir une soirée, je ne vais sûrement pas le laisser me pourrir l’existence entière !

-         C’est donc comme ça que tu penses à lui. L’aimer et être aimé de lui, c’est ta vie ? Ha… C’est bête… J’y croyais, mais… j’étais sûr que ça finirait comme ça…

-         Nath… »

Il ne savait pas vraiment quoi dire. Il vit des larmes coulées et se faire visible sur les joues du malade, sous ses bandages. Il l’avait vraiment aimé. Il lui avait été attaché. C’était un gars bien, Samuel était sûr qu’il trouverait chaussure  son pied. Malheureusement, le patin à moitié mort qu’il était avait besoin d’un excellent patineur pour le manier et le relever…

« Je suis désolé, pour tout. Maintenant, repose-toi. Tu as besoin de fermer un peu les yeux. Le docteur Henry va passer te voir en fin d’après-midi et il t’enlèvera tes bandages demain.

-         Tu seras là ? réclama Nathan, se crispant.

-         Oui, si tu le veux. Ne t’en fais plus, maintenant. Détends-toi. Tout s’est bien passé, tu n’as plus qu’à dormir un peu. »

Le chanteur hocha de la tête, silencieux. Samuel lui tapota la main avant de le regarder fixement quelques instants. Il avait l’air assez perturbé mais il était toujours assommé par les sédatifs, ce qui l’empêchait de se faire trop de mouron. C’était tant mieux, à l’heure actuelle. Il n’arriverait peut-être pas à dormir, mais il resterait tranquille.

Silencieusement, le jeune infirmier fit demi-tour et sortit de la chambre et se dirigea aussitôt vers celle de Johann. Il était non loin des huit heures, les horaires de visites allaient s’achever. Il aurait le temps de discuter avec son ancien amant. Il espérait surtout qu’il soit de bonne humeur…

La porte de la chambre apparût. 452, juste à côté de la salle de rééducation. Samuel inspira à fond, expira puis recommença une nouvelle fois avant d’avoir le courage de toquer et d’entrer.

Johann était assied dans le fauteuil près de son lit. Il le regarda franchir la porte avec un regard noir. Ce n’était pas un bon jour. Ou plutôt, c’était un jour « avec Kylian ». Il était bien tombé ! Il jura à mi-voix et hésita à s’approcher.

« Kylian est venu te voir ? », demanda-t-il directement, ne sachant comment s’y prendre autrement. La question parût désarçonné le jeune homme. Il secoua sa tête dans un oui silencieux, ses cheveux, autrefois couleur de miel, s’agitant dans un châtain terne.

« Je veux que tu me réponds sincèrement. J’ai juste deux questions à te poser pour le moment. Est-ce que Kylian t’a dit que j’avais une aventure avec un autre homme ? »

Pour toute réponse, Johann hocha de nouveau la tête, ses yeux brillants d’une colère retenue.

« Oui, répondit-il quelques instants plus tard, d’une voix rendue rauque par la fureur.

-         Et est-ce que tu y as crû ? » continua Samuel, tentant de rester le plus calme possible. La question sembla complètement désarçonner son vis-à-vis. Apparemment, il n’avait pas pensé une seule seconde que ce pût être faux. Samuel se détendit tout en se passant une main sur le visage. En y pensant, c’était aussi sa faute : il n’avait jamais, jamais, certifié à Johann qu’il n’avait connu personne d’autre que lui pendant ses trois ans d’absence…

« Johann… Je suis tellement désolé de ne pas te l’avoir dit en face. Je te le jure, tu pourras même le demander à Hélène : tu as été mon seul et unique amour sur cette Terre jusqu’à aujourd’hui. Est-ce que tu me crois ? »

Le regard dur et froid avait disparut. A la place, Samuel croisa les yeux marron – vert de son vis-à-vis. Ils étaient brillants de larmes cette fois, retenues par un effort de volonté. Il ouvrit la bouche, tenta de parler, la referma après plusieurs essais infructueux. Puis il se sela, avec difficulté encore, et tendit ses bras vers Samuel. Une première larme roula sur son visage, suivit aussitôt par ses compagnes. Samuel n’hésita pas une seule seconde avant de le prendre dans ses bras.

« Oh Jo, si tu savais comme je me suis senti seul pendant ces trois années ! Tu m’as tellement manqué ! Je ne rêvais que du jour où je pourrais voir de mes propres yeux ton visage s’illuminé en me regardant. Si tu savais comme j’ai souffert de cette situation. Même Hélène en était malade !

-         Tu as bien pris soin d’elle. Elle n’a cessé de me raconter vos sorties et comme tu l’as aidé. Tu l’as défendu devant mes parents, et moi avec… Je ne saurais jamais comment te remercier ! Sam…

-         Tu n’as pas à me remercier, d’accord ?! Et maintenant, posons-nous un peu pour discuter… On a beaucoup de choses à se dire je crois !

-         C’est vrai… Et puis… SAMUEL ! »

***

Il l’avait vu entrer comme un fou. Kylian… Un scalpel à la main, il avait attrapé Samuel par les cheveux et lui avait enfoncé le scalpel dans le dos. Johann, submergé par une bouffée de terreur, avait attrapé l’une de ses béquilles et l’avait balancé au jeune homme avant d’appeler frénétiquement une infirmière.

Quand enfin il se calma, il ressentit une sensation qu’il avait déjà connu. La peur de laisser quelqu’un à l’abandon, celle de vouloir sauver à tout prix. C’était cette sensation qu’il avait ressenti quand il s’était réveillé, sans vraiment la comprendre.

C’était cette sensation : la peur que Kylian ne le fasse :

« Je vais le tuer ! »

 

 

Ima.

A très (très) vite pour l’épilogue de cette petite histoire. Il devrait arriver dans la soirée, ou au pire ce week-end, pas plus tard ; il sera très court.

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