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Ne Regarde Que Moi
[Histoire Terminée]
Auteur: Imari Vue: 3246
[Publiée le: 2007-11-07]    [Mise à Jour: 2009-05-28]
13+  Signaler Romance/Drame/Yaoi (HxH) Commentaires : 20
Description:
Samuel a eu un accident. Ayant perdu la vue,sa joie de vivre, son indépendance, sa fierté et sa confiance en lui, il fait la rencontre de Johann aussi mordu de patinage que lui. Une amitié des plus profondes les animera, jusqu'au point de non retour : l'amour.
Crédits:
Tous ces petits personnages sont miens ! Je fais ce que je veux d'eux, et ferais ce que je veux ! *__*
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Porte de Sortie

[11145 mots]
Publié le: 2008-04-13
Mis à Jour: 2008-04-15
Format imprimable  
Taille du Texte: (+) : (-)

Dimanche 13 Avril :

Coucou !!

Eh oui, vous l’attendiez tous, voilà la suite, le quatre et avant-dernier chapitre ! Le nouvel environnement se met en place pour l’acte final, la fin approche.

Pour ce qui est de la fiche de cette petite histoire, encore et toujours :

Titre : Ne Regarde Que Moi

Auteur : Imari Ashke aka Imari aka Ima.

Disclaimer : Tous les personnages présents dans cette fic m’appartiennent. S’ils ressemblaient à des personnes réelles, ce serait parfaitement fortuit.

Genre : Romance, Drame

Rating : M, pour le moment. C’est peut-être un peu fort, mais je préfère ça, on ne sait jamais.

Résumé : Samuel a eu un accident. Ayant perdu la vue et sa joie de vivre, il fait la rencontre de Johann aussi mordu de patinage que lui. Une amitié des plus profondes les animera, jusqu’au point de non-retour : l’amour. Jusqu’au jour où, Samuel retrouvant la vue, Johann est victime d’un accident de voiture. Dans le coma depuis trois ans, Hélène et Samuel n’attendent que son réveil…

Dédicace : A mes gentilles commentatrices ! A savoir : Jessy et Perline. Merci de me suivre, ça fait plaisir ! ^^ Suis touchée, snifouille ç_ç.

 

Petite note unique : ici, je vais répondre à une question qui m’a été soumise et qui pourrait vous aider dans la compréhension de l’histoire. Je n’ai pas jugé nécessaire de l’intégrer dans l’histoire, mais j’aurais peut-être dû, au final… Alors, alors :

1) Le fait que Nathan arrive à donner l’impression de fixer les gens, même s’il est aveugle : En fait, je l’ai testé. Essayez vous-même. Quand une personne qui est en face de vous parle, en faisant attention, vous réussirez à deviner où sont ses yeux. Après, il suffit de donner l’impression que c’est naturellement que tout cela arrive et Nathan est très fort à ce petit de « sembler ». Il a un fort caractère parce qu’il se sent faible dans cette situation, alors il se cache et crée une barrière pour le protéger : la vraisemblance de ses actes physiques. Voilà tout :)

 

Enfin, je vous souhaite une bonne lecture. Personnellement, je trouve que ce chapitre ne bouge pas beaucoup mais il m’a permis de mettre en place tous les personnages et les liens pour l’acte final ! Alors ne m’en voulez pas !

En passant : j’accepte toute critique, tout commentaire, mais pas les menaces de mort, pitiéééé !!! xD

oOo

MAJ – Mardi 15 avril 2008 (fictionpress) : Après commentaire de Angel Earth, très important, rectification d’une énorme erreur de ma part quant au mois où tous ces petits personnages évoluent. Gomen ! Et merci Angel Earth !! :)

 

Ne Regarde Que Moi

Chapitre 4 : Porte de Sortie

 

Hélène ouvrit les yeux. Les bruits de pas et de tintement des bols l’avaient réveillé. C’était réconfortant d’entendre quelqu’un, de savoir qu’une personne s’occupait d’elle. Depuis que Johann était dans le coma, il n’y avait plus personne à la maison. Elle était bien restée jusqu’à la fin de l’année scolaire, il y a trois ans, alors que Samuel préparait son bac pour la seconde fois, chez lui et ses parents, mais lorsqu’il avait emménagé, elle avait bien dû retourner chez elle. Où il n’y avait personne.

Hélène remua et enfonça sa tête dans son oreiller en souriant. C’était vraiment agréable. Elle s’arrêta de bouger et tendit l’oreille. Samuel faisait des allers-retours dans la cuisine. Elle doutait qu’il fût autre part. Elle jeta un œil sur le réveil qui lui indiqua 10 heures. Déjà ? Elle resta pourtant dans le lit à se prélasser, profitant de se sentir entourée malgré que personne ne fût près d’elle, la serrant dans ses bras, à ce moment précis. La proximité de Samuel, dans l’appartement, et savoir qu’il s’occupait d’elle, la remplissait de joie.

« Hélène ? »

Elle ne l’avait même pas entendu. Elle se releva et le fixa. Il était à l’entrée de la chambre, un plateau dans les mains.

« Ah, tu es réveillée, bonjour, » lui dit-il en souriant. La lumière qui filtrait dans son dos, en contraste avec la noirceur de la chambre le faisait briller. On avait l’impression de se trouver face à une hallucination, une apparition.

« Tu gardes encore cet air d’ange, je trouve, » lui dit-elle en souriant. « Et bonjour.

-Tu n’en démords pas, hein ? », lui répondit-il en entrant dans la chambre, s’approchant du lit. Hélène se releva et s’assied contre le mur qui lui faisait dos. Samuel lui déposa son petit-déjeuner. Un bol de lait chocolaté, un croissant et un pain au chocolat. Le rêve !

Elle soupira et lui sourit.

« Merci », murmura-t-elle. Cela faisait bien longtemps qu’elle n’était pas venue le voir. Combien ? Quatre mois ? Peut-être cinq… Elle essayait de ne pas trop venir à Paris. Il avait ses études à mener de front auxquels il donnait tout ce qu’il avait, et, en outre, c’était toujours lui qui lui payait le billet.

« Mais de rien ma Minnie chérie. Mange, je vais ranger la cuisine.

-Tu as déjà petit-déjeuné ?

-Non, je range et je mange.

-Alors dépêche-toi, je t’attends.

-… Très bien, ma puce. J’arrive. »

Il lui sourit et sortit de la chambre après lui avoir déposé un baiser sur le front.

Hélène en était sûre. Il culpabilisait encore pour l’accident de Johann et la voir lui faisait autant plaisir qu’horreur. Et elle, elle finissait par se sentir mal à l’aise. Elle l’aimait tellement, elle ne voulait pas qu’il agisse contre son gré. Elle ne voulait pas qu’il se force.

Elle attendit avec angoisse qu’il revienne. Quand il passa la porte, son large sourire la rassura. Peut-être pas, au fond. Peut-être qu’elle se faisait des idées…

« Allez, fais-moi de la place. »

Elle se déplaça doucement, tentant de garder son chocolat dans le bol sans le renverser. Il s’installa près d’elle et déposa à son tour le plateau sur ses jambes. Après un « bon appétit », ils commencèrent enfin à manger.

« Je suis vraiment content que tu sois là, » dit Samuel, après quelques instants de silence. « Ca me fait du bien. Je me sens moins seul.

-Et tes parents ?

-Ce n’est pas la même chose. Malgré ce qu’ils m’ont dit à l’hôpital il y a trois ans, ils sont très mal à l’aise avec moi depuis qu’ils sont sûrs que je suis gay.

-Ah…

-Et puis tu es ma petite sœur chérie. Notre petite sœur, à moi et… Johann. »

Il avait murmuré son nom, comme s’il craignait qu’Hélène ne se mette à pleurer. Mais ce cap était passé. Elle était sûre qu’un jour Johann reviendrait. Et cela faisait un moment qu’elle savait que Johann serait furieux en sachant comment vivait Samuel. Il n’avait pas eu de petit ami depuis l’accident. Il idolâtrait son grand-frère, l’image qu’il en avait était complètement altérée par tout l’amour qu’il gardait pour lui. Et pourtant, à côté, il était merveilleux. Son cœur était le seul organe touché, il était malade d’amour. Pour toute sa vie ? Elle refusait que ce soit le cas ! Tant pis pour Johann – et elle avait tellement mal en y pensant – mais Johann devait comprendre : Samuel allait finir par devenir fou en vivant ainsi, en refusant d’aimer quelqu’un de vivant.

« Oui, et j’en suis fière ! Vous êtes mes parents, mes vrais ! Mais… je ne peux toujours pas venir vivre ici… n’est-ce pas… ? »

Samuel soupira et reposa son bol qu’il était en train de déguster. Il tourna son visage vers elle et la fixa dans les yeux. Elle aimait ce regard qui lui disait « Tu existes et c’est bien à toi que je parle ».

« Hélène, on en a déjà parlé, tu sais bien. Tu ne peux pas venir vivre avec moi. Si j’avais habité à côté de chez toi, ça n’aurait pas été un problème. Mais je suis à Paris, il faudrait…

-… que je change d’école, faire des papiers, aller devant le juge pour que tu te retrouves sous ma tutelle ce qui ne risque pas d’arriver, je sais, je sais ! », s’énerva la jeune fille en secouant la tête. Ses cheveux caramel se plantèrent devant ses yeux et elle les rejeta d’un coup de tête, manquant de laisser tomber son plateau.

« Je suis désolée… A croire que je ne grandirai jamais…

-Termine le lycée et inscris-toi à la fac ou dans une école à Paris. A ce moment-là tu seras majeure, ma puce. »

Elle hocha la tête. Comme toujours, il avait raison. Comme tous les ans, elle était au bord du redoublement, mais cette année, elle n’était pas sûre d’arriver à passer en première…

Ils terminèrent de manger et, tout en débarrassant, Samuel lui proposa d’aller voir Johann avant le midi. Hélène accepta. Elle avait envie – besoin ! – de voir son grand frère, celui qui l’avait élevé. Il avait été là pour sa première dent de lait tombée, son premier jour d’école, son premier cours de patinage…

Mais c’était Samuel qui l’avait accompagné pour la rentrée de lycée et c’était vers lui qu’elle s’était tournée quand elle avait vu du sang dans sa culotte. Ses règles ! En y pensant, elle était rouge de honte ! Il avait été avec elle pour acheter le nécessaire. Un après-midi des plus effrayants, elle n’était plus jamais retournée dans ce magasin !

Hélène prit une douche rapide et s’habilla, cherchant parmi ses affaires qui  s’étaient accumulées dans l’appartement. Elle opta pour un jeans et un petit haut rouge. Elle n’avait aucune envie qu’une once de noire l’habille. Elle enfila son manteau – horreur, il était noir ! – et ils sortirent de l’appartement.

Samuel avait enfilé un jeans et un pull blanc qui faisait ressortir la couleur ambrée de ses yeux. Son long manteau gris le protégeait du froid, auquel il était particulièrement sensible. Février n’était pas connu pour être le mois le plus chaud de l’année, ce qui le faisait froncer du nez en sentant le vent venir se plaquer contre lui. Hélène souriait avec amusement.

« Toujours aussi frileux !

-Oh, ça va, hein ! »

Hélène répondit à la pique en riant sans plus se retenir. Le visage de Samuel, quand il grimaçait, était hilarant. Il avait la peau dure ce qui le protégerait de nombreuses rides. Mais lorsqu’il grimaçait, les plis étaient conséquents et ça le transfigurait complètement !

Hélène parvint à rattraper son grand frère alors qu’il avait accéléré le pas et il proposa de faire tout le chemin à pied au lieu de prendre le métro. La perspective de pouvoir prendre l’air avant d’entrer dans l’hôpital rassura Hélène. Ils pourraient discuter tranquillement, de ce qu’ils voulaient, ils avaient le temps. Ca leur ferait du bien à tous les deux.

Ils bifurquèrent dans une autre grande rue et Samuel commença :

« Alors, quoi de neuf depuis tout ce temps ?

-Pas grand-chose. J’ai passé un bon nouvel an, mais j’aurais bien aimé être avec toi.

-Tu n’étais pas avec tes amis ?

-Si bien sûr, mais… Enfin, j’aurais aimé que tu sois là, ça aurait été parfait…

-C’est gentil, ma puce », répondit Samuel en lui prenant la main, « mais je ne pouvais vraiment pas bouger. Le docteur Henry m’avait passé un dossier à travailler, un patient qui avait des troubles visuels assez vicieux et ça m’a prix des jours pour comprendre le problème !

-Tu n’as pas fêté le nouvel an ?! Et Noël ?!

-Noël, non. Je ne pouvais rien faire seul et je n’avais aucune envie d’y penser, alors j’ai travaillé après avoir reçu ton coup de fil et celui de mes parents. Et le nouvel an, j’ai fini par sortir pour fêter ça et crier avec les autres parisiens. C’était très amusant, d’ailleurs !

-Sam ! Il faut que tu apprennes à faire autre chose que travailler, aller voir Jo, dormir, travailler, aller voir Jo, dormir ! Franchement ! »

Samuel émit un petit rire, coincé entre l’amusement de voire sa petite sœur aussi sérieuse et le malaise : il se laissait trop aller et il le savait.

Ils continuèrent de discuter et Hélène parla à son grand-frère de Julien, ce batteur qu’elle trouvait à son goût. Puis elle en vint vite à Nathan, le chanteur aveugle. Elle lui fit part de sa surprise quant à l’aisance du chanteur pur se mouvoir dans l’adversité sans avoir l’air dérangé.

« Quand tu sais à quel point tu peux faire confiance à tes autres sens, tu en viens à accepter plus facilement de les utiliser. Et tes sens finissent par s’affiner, ton assurance par se développer. Tu sais, la première fois que ton frère et moi nous sommes rencontrés, il a mis un certain temps à remarquer que j’étais aveugle.

-Vraiment ? Alors il est possible d’évoluer normalement même en étant aveugle… C’est vrai que quand tu étais avec Johann, tu n’avais aucun problème et vous paraissiez tout à fait à l’aise, normaux.

-Comme quoi, tu vois ! Donc ce Nathan est aveugle et a peur de l’opération. Je le comprends. Si je n’avais pas eu cet énorme espoir de voir Johann de mes propres yeux, je n’aurais pas eu le courage, je crois. J’aurais eu beaucoup trop peur qu’on me tripote les yeux, et j’aurais loupé ma vocation…

-Tant de choses ? Je suis bien contente que tu l’ais fait alors ! Et le petit Nicolas, en y pensant, comment il va ?

-Il m’envoie de moins en moins de lettres, il grandit. Il n’a eu aucune séquelle de son opération. Un petit miraculeux après la souffrance qu’il a enduré.

-Oui, je me souviens, tu t’es beaucoup occupé de lui, quand tu allais voir Johann. Il a mal supporté l’opération…

-Oui. Mais à présent c’est fini, et ça fait vraiment plaisir ! »

Samuel prit Hélène par le cou en l’approchant de lui puis posa une main sur son épaule. Il inspira profondément avant d’expirer en souriant.

« Tu ne peux pas savoir à quel point ta présence me rassure. Tu me rappelles que j’existe, que j’ai existé, que j’ai un passé… Et tu m’aides à me sentir mieux. C’est réconfortant…

-De quoi tu parles ?! C’est toi qui fais en sorte que je me sente bien, que je sois heureuse, pas le contraire. Je ne fais que te causer des problèmes. Te faire payer un billet de train le soir même, ça a dû être hors de prix !

-T’occupes, Minnie. On arrive… »

D’un coup, la tension monta imperceptiblement. Hélène s’agrippa à Sam et celui-ci resserra son étreinte. La porte coulissante les laissa entrer et ils firent signe à l’infirmière qui s’occupait de la réception qui leur répondit avec un doux sourire, simple. Ils tournèrent à gauche et prirent l’ascenseur, montant trois étages. Ils en sortirent en compagnie d’un médecin qui fit un vague signe au jeune homme. Il était devenu un habitué de l’endroit, à force.

Quelques mètres plus loin, au milieu du couloir, ils fixèrent la porte de droite, la 324, avant d’enfin tourner la poignée et entrer.

Samuel poussa Hélène devant lui et la jeune fille s’avança vers le seul lit de la pièce. Elle glissa ses doigts sur le froid métal de la barrière de sécurité du lit, pour finir par fixer le visage de son frère.

Les larmes ne lui montaient plus aux yeux depuis un certain temps. Mais son cœur, accompagné de sa poitrine et son ventre, continuait de se compresser, de se tordre de douleur. C’était dans la limite du supportable.

Elle serra son poing droit avant de le desserrer et d’avancer sa main vers le visage de son frère. Il avait retrouvé toute sa beauté. Une minuscule cicatrice sous son oreille gauche persistait. Ses cheveux caramel avaient allongé. Ils n’avaient osé les couper, Samuel ne voulait pas. Ses yeux étaient éternellement fermés, refusant de s’ouvrir de leur propre initiative.

La main de la jeune fille alla caresser la joue de Johann.

« Bonjour Grand-Frère. Ca faisait longtemps, n’est-ce pas ? », dit-elle, la voix cassée. Elle se racla la gorge avant de continuer.

« Je suis contente de te voir. Tout va bien pour moi, Samuel s’occupe très bien de moi, il est adorable. Si tu te réveillais, tu pourrais toi aussi en profiter ! »

Son rire emporta une vague de tristesse derrière sa joie de le voir. Puis elle recula et jeta un coup d’œil à Samuel qui finit par s’avancer. Il détacha sa chaine, en prit la bague qu’il glissa au doigt de son amant. Il lui caressa les cheveux avant de lui embrasser les lèvres.

« Bonjour, mon amour. C’est moi. Tu as vu comme ta sœur grandit vite ? Elle est de plus en plus belle, il va falloir que tu m’aides à la protéger des vils garçons trop entreprenants ! »

Il eut un vague rire en lui jetant un coup d’oeil alors qu’Hélène grognait pour la forme.

« Elle ne t’a pas dit, mais elle a trouvé quelqu’un qui lui plaisait. J’aimerais bien voir à quoi il ressemble, pas toi ?

-C’est peut-être un peu tôt pour annoncer le mariage, tu ne crois pas ? », s’amusa la jeune fille, un sourire aux lèvres, non feint celui-là.

« Le temps peut parfois passer si vite… En tout cas, elle a rencontré quelqu’un, Jo. Je suis sûr que le destin nous réserve encore bien des surprises… »

Hélène le fixa quelques instants. Il avait un doux sourire triste sur les lèvres, embrassant la main de son amant. C’était si… stupide ! Il y avait tellement de gens, là, dehors, qui pourraient lui donner de l’amour, des attentions, de la chaleur ! Au lieu de cela, Samuel se terrait dans ce lien à sens unique. Il donnait, il donnait tant depuis trois ans, mais ne recevait rien en retour ! C’était trop dur, pour elle, de le voir dans cet état. Il lui avait tant donné, et elle en échange, qu’avait-elle fait, à part se montrer plus capricieuse à chaque seconde ?! Il avait le droit à autre chose !

-Et si… et si toi aussi Samuel, tu commençais…. à penser à quelqu’un d’autre ? », tenta Hélène, légèrement mal à l’aise. Le corps de Samuel se tendit et il tourna d’un geste sec sa tête vers elle. Ses yeux lui lancèrent des éclairs. S’il s’était levé, à cet instant, s’il n’avait pas serré aussi fort la main de son frère, elle était sûre qu’il l’aurait frappée !

Un instant pétrifiée, elle perdit aussitôt toutes ses hésitations. Elle n’allait pas se laisser faire ! Elle était sûre d’avoir raison. Le petit rêve chimérique, l’idéalisation de Samuel pour Johann, tout cela devait cesser !

« Samuel, regardes-toi ! Tu ne vis plus que pour travailler, dormir puis travailler à nouveau ! Ton petit-ami est dans le coma et tu continus de vivre au passé…

-Hélène… Comment… Hélène… », souffla Samuel, perdant d’un seul coup sa fureur pour prendre une position que la jeune fille trouva pitoyable, les épaules affaissée, évitant tout contact visuel.

-Tu sais, Samuel, ne crois pas que je pense du mal de Johann, au contraire ! C’est mon frère et je l’aime de tout mon cœur. Mais il serait d’accord avec moi ! J’en suis certaine ! Il n’aimerait pas te savoir là, à venir chaque jour le voir. Il penserait que tu perds ton temps, que tu ne sais pas vivre réellement. Tu loupes tellement de choses ! Samuel, réveilles-toi !

-Comment peux-tu dire ça ?! Hélène !

-Je le peux parce que je crois en mes paroles ! Johann n’est pas mort, très bien ! Et ça t’oblige à refuser de vivre ?! Passes à autre chose ! Il serait affligé de voir comme tu te laisses aller ! Il aimerait savoir que tu es heureux, que tu as trouvé quelqu’un qui t’aide à vivre ! Il serait déçu que tu refuses d’avancer et que tu restes à son chevet toute ta vie ! »

Samuel s’était relevé, et il se laissa retomber sur son siège sans un mot. Une puis plusieurs larmes apparurent au coin de ses yeux avant de couler. Hélène refusa d’aller le consoler. Non, ce serait comme se résigner… lui donner raison. Mais elle en était sûre ! Elle était dans le bon, le vrai ! Elle aimait tellement Johann, comment pouvait-il en douter ? Dire les paroles qu’elle avait prononcé lui avait fait autant de bien que de mal. Elle avait mal pour Johann, parce que ces paroles revenaient à dire à Samuel de quitter Johann. Mais cela lui avait fait du bien, car elle était sûre que Johann serait de son avis. Il aimait justement trop Samuel pour le laisser gâcher ainsi sa vie.

Hélène finit par sortir de la chambre d’hôpital, fermant doucement la porte derrière elle pour s’asseoir sur l’un des sièges du couloir. Elle soupira et se prit la tête dans les mains. Peut-être avait-elle été trop rapide en besogne ? Peut-être n’était-il pas prêt ?

… Après trois ans, Hélène ! Il était plus que temps qu’il comprenne ! Elle avait eut parfaitement raison ! Oui, il était plus que temps ! Il fallait qu’il passe à autre chose.

Pourtant, les larmes se mirent à couler de ses yeux à son tour et elle pleura silencieusement dans le couloir. Ca faisait mal. Johann… Oh, comme elle aurait aimé qu’il se réveille, qu’il les serre, elle et Sam, dans ses grands bras forts…

« Johann… Hm… Grand frère », murmura-t-elle entre ses sanglots.

Après quelques minutes, ses pleurs se tarirent enfin et elle attendit patiemment la réapparition de Samuel. Elle redoutait le face-à-face, mais elle l’avait bien cherché, elle devait être à la hauteur !

Le blond apparut quelques minutes plus tard, un pauvre sourire aux lèvres. Il referma la porte derrière lui et s’assied auprès d’Hélène. Il finit par poser sa tête sur son épaule, soupirant.

« Je comprends…. Tu sais, je comprends ce que tu veux dire, ma petite Hélène… Mais je ne peux pas… Je l’ai dans la peau, je ne pense qu’à lui nuit et jour… J’ai pourtant essayé une fois d’oublier… Je me suis saoulé en compagnie d’un ami que je savais gay… Et j’ai fini par exploser en sanglot dans ses bras en criant le nom de Johann alors qu’il m’embrassait… Impossible de me laisser aller dans les bras de quelqu’un d’autre. Il n’y a que Johann, et il n’y aura sûrement que lui… Ha… C’était vraiment pitoyable, tu ne crois pas ?... »

Hélène soupira et se serra tout contre le blond, lui prenant une main dans la sienne.

« Tu sais, je ne te demande pas de te trouver un petit-ami là, maintenant, tout de suite. Juste de penser à autre chose, d’arrêter de le voir tous les jours…

-Tous les deux jours », coupa Samuel.

« Tous les deux jours, ça revient au même : tu viens beaucoup trop souvent. Pense un peu à apprécier la compagnie de tes amis… non ?

-Oui… Tu as sûrement raison…

-Je suis sûre que j’ai raison ! »

Hélène s’écarta de son second grand frère et lui sourit largement, les yeux brillants. Elle se sentait mieux. Samuel la comprenait. Il n’était plus fâché… L’avait-il seulement été ?

Ils se serrèrent une nouvelle fois l’un contre l’autre puis finirent par quitter l’hôpital. Mais au moment de sortir, on les interpella.

« Samuel ! Tu es venu voir ton ami ? »

C’était le docteur Henry. Les cheveux bruns, légèrement grisonnant, très court, les yeux d’un châtain clair calme et posé. Il respirait la maîtrise de soi, le calme et la douceur. Il était un peu plus petit que Samuel, un peu fort, ce qui le rendait quelque part plus sympathique, Hélène ne savait pourquoi. Samuel sourit et alla lui serrer la main, l’entraînant.

« Oui, docteur.

-Aucun changement ?

-Aucun…

-Ah… Et n’est-ce pas la petite Hélène ? Tu as pris quelques centimètres, jeune demoiselle, depuis la dernière fois.

-Euh… merci. »

Elle lui sourit. C’était un homme très gentil, il avait toujours quelques mots de réconfort pour eux. Il s’était vraiment attaché à Samuel.

« Nous discutions justement de toi, Samuel, avec le docteur Girard. Nous avons commencé il y a quelques années, comme tu le sais, des rencontres avec des jeunes dans les lycées pour les sensibiliser à l’abus des ordinateurs et tout ce qui nuirait à leur vue. Et on a un lycée à visiter dans deux semaines.

-Ah ? Je vais pouvoir vous accompagner cette fois ?! », s’exclama Samuel, semblant excité à cette constatation.

« Oui. En fait, c’est ton ancien lycée, où sûrement va ta jeune sœur. Le lycée Gutenberg.

-Sérieux ?! Génial ! Je vais revoir mes anciens professeurs… et tu seras là aussi, petite sœur ! »

Hélène regarda Samuel s’extasié tout seul et rit doucement. Ca lui faisait plaisir de le voir comme cela. Il n’y avait vraiment que les études sur les yeux qui l’emplissaient de satisfaction. Il aimait vraiment étudier un cas, l’évaluer et lui apporter la réponse la plus satisfaisante possible. Rendre vie à l’un des sens les plus important de l’homme : la vue.

Samuel commença à poser toutes sortes de question à son tuteur médical qui y répondit avec joie. Apparemment, ils s’étaient servis du fait que Samuel connaisse l’établissement pour sympathiser avec le directeur et faire passer leur visite. C’était un peu mesquin mais Samuel ne montra pas un signe de mécontentement. Evidemment, c’était pour la santé des autres !

Le docteur dût enfin les quitter ; on l’appelait pour ausculter une jeune fille qui venait de se faire opérer. Il leur fit un signe d’adieu et s’éclipsa aussitôt.

 

oOo

On était le 19 février. Ce soir, le concert des First Floor aurait lieu et Hélène se trouvait de nouveau chez Samuel. Il l’avait accueillit avec autant de joie que d’habitude. Et il avait même accepté de l’accompagner, elle en était toute heureuse.

Depuis la semaine dernière, elle n’avait pas eu l’occasion de contacter Julien, le batteur, mais il lui avait envoyé quelques SMS et ça lui avait fait vraiment plaisir. Elle se sentait un peu stupide. D’habitude, les hommes lui courraient après et elle finissait par accepter de sortir avec eux pour avoir la paix, les délaissant quelques temps plus tard. Mais Julien était celui qui l’avait attiré avant qu’il ne la cherche… Serait-ce différent cette fois ? Et s’il faisait comme elle avait fait jusque-là, l’accepterait-elle ? Il ne devait pas se conduire comme elle l’avait fait jusque là. Non, ce serait injuste ! Pour une fois qu’elle trouvait quelqu’un qui lui plaisait vraiment !

Hélène secoua la tête. Mais à quoi pensait-elle ?!

Elle ouvrit les yeux et les porta sur son frère. Samuel était en plein dans un nouveau travail mais celui-ci était bien pour son école, cette fois. Il l’avait laissée toute la matinée et le début de l’après-midi pour aller voir le docteur Henry, pour qu’il puisse lui donner accès à quelques informations à l’hôpital. Il y avait passé des heures et des heures mais son travail ne semblait toujours pas complet. Il n’en était pas satisfait. Samuel n’était jamais totalement satisfait de son travail, d’ailleurs. Ses notes étaient exceptionnelles ! Jamais il n’en avait eu de pareil en quelque matière que ce soit, au lycée ! A présent, il investissait toute sa vie dans ses études !

Hélène jeta un coup d’œil à sa montre. 16 heures. Il était tant de partir.

« Hm… Samuel ? », chuchota-t-elle, détestant le déranger dans son travail. Mais il avait accepté de venir au concert…

« Oui ?... Ah, c’est l’heure ? Déjà ?!

-Oui…

-Très bien. Laisse-moi juste dix minutes pour me changer, d’accord ? »

Elle hocha de la tête et il partit dans sa chambre en laissant toutes ses affaires médicales en plan dans le salon, se frottant les yeux de fatigue. Quelques minutes plus tard, il ressortait, frais et dispo. Personne n’aurait pu imaginer qu’il avait passé des heures à travailler avant de sortir de cette chambre aussi bien réveillé !

« Ah, Minnie ! Je n’avais pas remarqué ! Tu t’es même maquillée ?!

-Hé ! J’ai presque dix-sept ans je te signale, non mais !

-Ah la la ! Ca grandit trop vite ces choses que l’on appelle « enfant » !

-Sam ! »

Elle prit un air faussement haineux et lui sauta dessus en riant. Il éclata de rire à son tour et, après l’avoir balancé sur son lit, ils finirent par sortir de l’appartement.

« Tu as bien les tickets et tout ce qu’il faut, Hélène ?

-Oui !

-Très bien, alors on est parti ! Dis-moi, c’est bien le batteur, ce Julien, c’est ça ?

-Oui, c’est lui.

-Et Nathan est le chanteur, l’aveugle.

-Exact !

-Bien, bien, nous verrons ça au concert alors ! En route ! »

Ils atteignirent le Zénith à la demie et déjà quelques personnes y attendaient.

Hélène s’était rendue compte en rentrant chez elle à quel point le groupe avait commencé à se faire connaître. Elle était tombée par hasard sur un article à leur sujet dans un journal national, puis il y avait eu les posters, dans la gare, alors qu’elle allait prendre le train. Un énorme poster avec tous les membres du groupe. Avec ses couleurs sombres, la position suggestive des membres, elle en était tombée des nues avec ses idées de « début ». Leurs débuts étaient bels et bien finis. C’était une affiche publicitaire des plus sérieuse, travaillée !

Le clou avait été la conversation de deux filles dans un des compartiments du train, alors qu’elle se dirigeait vers les toilettes. Elles s’extasiaient sur le chanteur, Nathan. Puis il y avait eu Julien et elle avait repris la route des toilettes d’un pas rageur. Julien était à elle !

Oui… Ils étaient devenus des artistes connus. Ils faisaient un concert complet ! Elle avait eu droit à ces places grâce à eux, après les avoir cherché partout. Tous les billets avaient été vendus, malheureusement.

« Hé, Minnie, tu es dans la lune ?

-Hm… Peut-être, oui. J’attendais vraiment ce concert, tu sais !

-Pour le savoir, c’est sûr, aucun problème ! Tu m’as tellement rebattu les oreilles avec tes « Julien par-ci », « Julien par là »…

-Sam ! »

Elle le fusilla du regard puis éclata de rire. Son portable se mit à vibrer et elle le sortit de sa poche de jean. C’était Julien. Surprise et sentant le rouge lui monter aux yeux, elle ouvrit son clapet et porta le téléphone à son oreille sous le regard moqueur de son grand frère.

« Oui ?

-Coucou ma jolie Hélène ! », lui répondit le batteur d’une voix chaude. La chaleur qui se dégageait de son visage doubla et elle baissa la tête, Samuel éclatant de rire.

« Salut…

-Eh bien ! Tu m’as l’air vachement plus timide ce soir ! »

La note moqueuse du jeune homme la tira de son malaise. Elle avait horreur qu’on la prenne pour une gamine ! Et elle se savait nantit d’un caractère parfois détestable, bien trop adulte pour certains, et il avait fallut qu’elle compense par un aspect extérieur sûr d’elle. L’habitude aidant, elle s’était faite à la situation et c’était devenue naturelle pour elle de sortir de ses gonds. Au fond, elle savait qu’elle ressemblait beaucoup à Samuel, à présent. Lui aussi était ainsi, avant qu’il ne rencontre son grand frère, et il avait toujours en lui cette partie sombre qui ne demandait qu’à sortir et tout ravager. Comme la semaine passée, à l’hôpital, lorsqu’elle lui avait dit de chercher quelqu’un d’autre…

« Tu te trompes de personne, en parlant de timide, je crois ! », répliqua Hélène, l’air énervé. Au contraire, elle s’amusait de cette situation. Mais Samuel qui éclatait de rire à ses côtés la fit grogner.

« Eh bien quelle ambiance ! Moi qui avait pensé me faire réconforter alors que je suis mort de traque… Je ne suis pas déçu ! C’est qui ton copain que tu as emmené et qui se marre comme un fou, à côté ? »

Rêvait-elle ou Julien s’énervait à son tour ? Jaloux ? Déjà ?! Elle n’aimait pas cela ! C’était un peu tôt…

« C’est mon grand frère, Samuel.

-Oh…

-Alors, « mort de traque », c’est ça ? Ha ha ! Si tu te plantes, t’es mort !

-Je sais ! Ah ! Tu me fous les jetons ! Je vais me planter ! »

Des grognements se firent entendre de l’autre côté et Hélène sourit. Julien avait vraiment l’air en pleine crise !

« Hé, Ju ?

-Oui ?

- Je suis venu voir un beau batteur en pleine transe musicale…

-…Tu n’y vas pas un peu fort là ?

-Moi ? Non ! Jamais ! »

Puis, n’y tenant plus, elle éclata de rire ! De l’autre côté du téléphone, Julien se mit à faire de même. Quelques instants plus tard, il dût raccrocher et Hélène se tourna vers le blond.

« Ils sont morts de trouille.

-Ah ça ! C’est leur première fois, ils ont le droit. »

Ils attendirent une heure et demie avant qu’enfin les portes ne s’ouvrent pour les laisser entrer. Ils suivirent ceux qui les précédaient et se dirigèrent instinctivement vers la fosse. Dans les premiers, ils eurent droit à une place tout près de l’estrade, sur la droite. Ravis, Hélène envoya un SMS à Julien pour le prévenir et ressortir son histoire de « transe », riant en l’envoyant. Samuel fit passer le temps en lui expliquant les dernières élucubrations de David, l’un de ses patients par l’intermédiaire d’une école spécialisée, qui avait encore trouvé le moyen de s’échapper en pleine nuit pour prendre un peu d’air frais. Le garçon avait douze ans et était aveugle depuis sa naissance. Impossible alors de le soigner, on lui apprenait à vivre avec. Hélène avait encore un peu de mal à concevoir le fait que ce garçon ne connaissait pas les couleurs, qu’il ne comprenait pas les termes « pâle », ou bien « foncé ». Il n’avait jamais vu que du noir…

Enfin, alors que Samuel était embarqué dans de grandes explications qu’Hélène trouvaient beaucoup trop compliqué scientifiquement parlant, les lumières baissèrent puis disparurent, ne laissant que celles de l’estrade réservées au groupe s’élever.

Un hurlement prit la foule et le groupe en avant-première fit son apparition. C’était les FF eux-mêmes qui l’avaient choisis et Hélène sursauta, allant serrer le bras de son grand frère en fixant le bassiste du groupe lorsqu’elle le reconnu. Ils étaient cinq. Un batteur, un guitariste, deux bassistes, et un chanteur. Et le bassiste, elle le connaissait, elle l’avait déjà vu ! C’était un terminal de son lycée, Kylian. Il avait dix-huit ans et était en SES, un élève moyen. L’une de ces amies, Coralie, le connaissait bien depuis qu’ils étaient petits.

« Qu’est-ce qu’il y a ? », lui chuchota Samuel en la serrant contre lui.

« Là, le bassiste, devant nous. C’est Kylian, il fait partie de mon lycée…

-Ah ? »

A ce moment, le regard traînant sur les premiers rangs de la scène, Kylian croisa le sien et Hélène tenta de sourire vainement. C’était si inattendu !

Il lui sourit subrepticement, une illumination se faisant dans ses yeux. Il l’avait reconnu. Puis ses yeux se portèrent sur Samuel et il détourna aussitôt le regard. Hélène fronça les sourcils. Quoi ? Il avait quoi Samuel ?

Elle entendit enfin les premières notes de musiques s’élever et le concert commença. De la bonne pop/rock ! Rien à redire, le rythme était terrible. Là où ils pêchaient encore étaient les paroles. Certaines étaient tellement répétitives, ou déjà-vu que c’en était décevant de les entendre sur une aussi bonne musique.

Le regard de Kylian revint plusieurs fois sur eux, avant qu’Hélène ne se convainc de ce fait : c’était bien Samuel que Kylian fixait à chaque fois. Et non elle.

Etait-il… intéressé ? Non !... Mais si c‘était le cas, ça tombait pile poil ! Vite, il fallait qu’elle se renseigne auprès de Coralie, c’était incontournable.

Oh si Kylian était intéressé… ce serait tellement bien ! Il fallait que Samuel sorte de ce passé ! Et Kylian pourrait l’y aider ! Il était attirant et ne laissait personne indifférent. Même sur cette scène, il attirait plus le regard que le chanteur… Des cheveux d’un noir de jais, comparable à tous ceux venant d’Asie, mais des yeux d’un bleu si profond que c’en était indéfinissable. Quand on avait croisé son regard, impossible de s’en défaire, s’il ne le faisait pas lui-même. Mais il avait un air si gentil, si calme, qui l’avait toujours rebutée. Elle avait besoin de bouger, de sentir qu’on ne lui dirait pas toujours « Oui, chérie, comme tu voudras ». Non, ce garçon était tellement charmant, tellement « prince » que c’en était écoeurant.

Mais cet aspect avait quelque chose d’incroyable en parlant d’une personne d’un groupe de pop/rock, entrain de se déhancher et suer sur une scène de concert…

Enfin, en comparaison de Julien, il ne faisait pas le poids… Mais pour Samuel, un homme aussi gentil, pourrait être bon… Oui ça pourrait l’être.

Elle ne remarqua pas qu’ils avaient déjà changé trois fois de chanson, absorbée dans ses projets pour son grand frère, perdue. Ce fût quand Samuel lui donna un coup de coude dans les côtes qu’elle se réveilla. Il n’avait pas fait exprès et s’excusa en souriant, n’osant affronter le cri des fans de sa voix. Il reporta son regard sur l’estrade et fixa un point. Hélène sourit. Ils se fixaient… Ils se fixaient du regard !!

Elle eut envie de crier victoire mais s’abstint et ne fit que sourire.

La première partie prit fin et ce fût au moment où la lumière revint qu’Hélène se posa une grande question :

Mais quel était donc le nom de ce groupe ?

… Mon Dieu, mais quelle imbécile !

« Hélène, c’était vraiment sympa cette première partie, non ?

-Oui… La musique était terrible j’ai trouvé. Dommage que les paroles de la chanson ne la valent pas…

-Oui, j’ai remarqué. Il y a une certaine lacune à ce niveau-là, c’est sûr… Les guitaristes étaient géniaux, c’était… intense !

-Tu parles de Kylian ?

-Kylian ?... Ah oui, le gars de ton lycée… Oui, il était vraiment bon ! Il est vraiment un guitariste de talent !

-On appelle ça un bassiste, Sam.

-Bassiste ? »

Hélène se plaqua soudainement la main sur le front, montrant bien son indicible surprise.

« Le bassiste est celui qui crée la mélodie de ses doigts. En gros, la trame de la musique. Il donne vie au morceau, je trouve. Mais ce n’est que mon point de vue personnel…

-Ah d’accord… Et ne te moque pas de moi, Minnie. La musique j’y connais rien ! A part quelques noms de groupes et surtout des chansons…

-Ouais, ouais ! »

Ils se chamaillèrent jusqu’à la nouvelle disparition de lumière. Cette fois-ci, un tonnerre d’applaudissements et de cris prirent la foule et Hélène et Samuel s’y enfouirent, criant à pleins poumons des « oh » et des « ah » encourageant l’entrée des artistes.

Dans le noir absolu de la salle du Zénith, une mélodie s’échappa d’une première guitare, vite rejointe par une autre mélodie accordée à la première. Des sons bien plus durs et secs rejoignirent les premiers et tout disparu à nouveau pour reprendre du début. Là, les lumières s’allumèrent pour se fixer sur le guitariste qui jouait. Une foule d’applaudissement et de cris l’accueillit. Une énorme salve de flashs apparût. Quelques instants plus tard, alors que l’effervescence se calmait un peu, la seconde mélodie rejoignit exactement la première, s’adossant à son rythme, rajoutant une autre facette à la mélodie bien plus complexe à présent. Une nouvelle salve d’applaudissement prit la salle.

Hélène reconnut bien les membres du groupe, sans savoir leur prénom. Puis la guitare qui avait donné le rythme plus porté vers la pop suivie les bassistes. Les cris devinrent aigus alors que la lumière se faisait sur le troisième membre.

A ce moment, Hélène sût qu’il ne restait plus que Julien et Nathan. Son souffle se précipita et son cœur prit une allure de course, s’unissant de manière particulière au son de la batterie sur scène. Après plusieurs notes, la lumière se fit et un grand enchaînement de batterie particulièrement travaillé et rejoignant sans aucun problème le reste du groupe s’arracha à la scène, créant une vague de hurlement parmi le public. Le tonnerre d’acclamations refit son apparition, au summum de sa forme et Hélène cria tout ce qu’elle put à Julien. Des encouragements, mais surtout des sons sans aucune signification. Juste un moyen d’extérioriser l’euphorie dans laquelle elle était.

Enfin, la voix de quelqu’un s’éleva et la jeune femme reconnut sans mal Nathan. Il avait une voix particulière, plus grave qu’aigu. Les premières paroles furent englouties par le public trop bruyant. Hélène les imaginait, les ayant écouté plus d’une fois.

Cette chanson parlait d’un homme cherchant à percer le secret de l’amour mais n’y trouvant que faiblesses avant d’enfin comprendre que les faiblesses humaines font la force de l’humanité entière. C’était ce que ressentait Hélène en l’écoutant. Un homme perdu dans les méandres de la haine, seul. Cherchant l’amour. Une chanson pour adolescentes, mais si bien trouvée !

Hélène se laissa aller aux paroles. La lumière ne s’était toujours pas faite sur le chanteur et elle ne se fit pas avant la fin de la chanson. Toutes les lumières s’éteignirent après celle-ci, faisant monter crescendo le bruit fait par le public, puis de nouveau les spots revinrent à la vie et, enfin, tout le groupe était réuni sur le devant de la scène, et en son milieu, Nathan trônait, parfaitement à l’aise, du moins c’est ce qu’il essayait de démontrer.

« Alors c’est lui… », chuchota Samuel, l’air penseur, s’étant approché de sa petite sœur.

-Oui. C‘est voyant, quand on le sait, non ?

-Tu m’étonnes. Comme le nez au milieu de la figure ! »

Puis le discours de Nathan commença, remerciant le public d’être venu. Il avait une voix vibrante d’émotion et des gestes amples.

« J’ai bien l’impression qu’il est perdu », chuchota Samuel à son oreille. Hélène hocha la tête, il avait raison. En sachant que le garçon était aveugle, elle comprenait sa peur et la remarquait très bien. Mais il avait un don pour la comédie ! Il arrivait à merveille à cacher son trouble. Au final, comment le concert allait-il se passer ? Il n’allait pas pouvoir beaucoup bouger !

Et en effet, la jeune fille sentit le début du concert un peu laborieux. Nathan restait prostré à sa place, frileux de se déplacer. Puis au quart du concert, doucement, il se déplaça, à l’étonnement des frère et sœur. Il commença par aller de gauche à droite, puis aller voir ses amis pour revenir au devant de la scène. Hélène, surprise, ne trouva pas d’explication. Comment faisait-il pour se déplacer aussi simplement, sans ses yeux ? Il avait l’air si sûr de lui !

Puis elle ne fit bientôt plus trop attention à Nathan, la portant plutôt sur un certain batteur des plus sexy ce soir-là ! Julien portait un pantalon en jeans troué, des bottes noires à moitié à cheval sur le jean, une chemise blanche aux manches remontées et une cravate d’un rouge sanglant, desserrée. Les boutons de la chemise n’auraient jamais été attachés, le connaissant, et en effet, les trois premiers boutons s’évadaient sur les côtés, découvrant un large collier en maillons de chaîne. Il avait des lunettes de soleil noires accrochées dans ses cheveux épais et de la même couleur. De là où elle était, elle ne parvenait pas à voir ses yeux qu’elle savait verts, mais elle les imaginait très bien, fiévreux, brillants.

Au final, ce fût l’un des meilleurs concerts de sa vie ! Quand, pour la dernière fois, le groupe quittait la scène face aux cris de désespoir des fans inconditionnels, Hélène les imita avant d’éclater de rire.

« Qu’est-ce que tu as, Minnie ? », s’étonna Samuel, curieux mais amusé.

« Rien… C’est… nerveux ! », répondit Hélène entre deux fous rire. Quand elle réussit à se calmer et qu’elle eut remarqué la salle se vider, elle sortit son portable de sa poche.

« On reste là, Sam ? J’aimerais bien voir le groupe, » dit la jeune fille, chuchotant sa dernière phrase. Son grand frère blond hocha la tête et ils s’appuyèrent sur la rambarde de sécurité.

Hélène envoya un SMS à Julien pour les prévenir qu’ils étaient toujours dans la salle. Puis on vint les exhorter à sortir.

« On en a juste pour deux secondes, s’il vous plaît ! », tenta Hélène. Elle n’essaya même pas de dire qu’elle connaissait les FF, ça aurait accéléré la manœuvre du staff pour les faire sortir.

« Je suis désolé, mais vous êtes obligés de suivre la sortie à la fin du concert. Veuillez sortir de la salle, s’il vous plaît.

-Mais…

-Hélène, tant pis ! », la coupa Samuel. « On les verra plus tard. Tu n’as qu’à les inviter à boire un verre ce soir, non ?

-Oui, mais…

-Hélène !! », cria quelqu’un non loin d’eux. La jeune fille reconnut aussitôt le timbre particulier de Julien. Souriante, les yeux brillants, elle se tourna vers lui pour le recevoir dans ses bras avec brusquerie.

« Ju ! »

Elle n’eut pas le temps de dire plus que, pris d’euphorie, le jeune homme commença à la surélever pour la faire tourner dans ses bras. Elle éclata de rire.

« On l’a fait ! Notre premier concert ! Putain ! C’était intense, merveilleux ! C’était terrible ! »

Il était aux anges, tellement pris dans son plaisir qu’il réussit à faire tomber et écraser ses lunettes de soleil. Ce fût le « crac » sonore qui l’arrêta.

« Merde ! Mes lunettes ! », commença-t-il, neutre. Puis il éclata de rire. « Je suis désolé, c’est nerveux ! Après autant de stress, je me sens tout léger maintenant ! »

Enfin, il les emmena à sa suite sans autres ambages et ils passèrent les barrières de sécurité pour se rendre de l’autre côté de la scène. Quelques instants plus tard, riant, Julien entraîna Hélène à sa suite, dans une course folle pour rejoindre la salle de repos du groupe. Ils arrivèrent essoufflés. Hélène allait ouvrir la porte quand le batteur lui prit la main pour l’en empêcher et la fit reculer de plusieurs pas. Elle le fixa des yeux, croisant son regard vert et pénétrant. Un sourire était apparu sur ses lèvres, doux, contrastant avec l’image du personnage très punk. Il recelait de secrets !

Doucement, il lâcha l’une de ses mains et vint lui caresser les cheveux. Son souffle précipité tombait contre ses joues. Puis, lentement, il approcha son visage du sien, la fixant encore de ses yeux envoûtants, jusqu’à frôler ses lèvres et les fermer. Ils s’embrassèrent deux, trois fois puis Julien s’écarta.

« Depuis le temps que j’en rêvais… », chuchota-t-il à son oreille en la prenant dans ses bras. Ils restèrent ainsi plusieurs secondes, respirant l’odeur de l’autre, profitant de ce petit moment d’intimité. Hélène était aux anges ! Elle l’avait embrassé ! Et quel baiser ! Il avait été doux, sensuel, gourmand…

Enfin ils se séparèrent et Julien l’entraîna dans la salle du groupe. Il ouvrit la porte, laissant éclater toute l’euphorie dans laquelle les jeunes musiciens se trouvaient.

« C’était géant !

-Vous avez vu toute cette foule ?!

-Et les cris, les cris !

-J’ai jamais connu ça de ma vie, mais je pourrais très vte devenir accro ! »

Ils éclataient de rire chacun leur tour, arrivant à peine à parler. Puis ils consentirent à remarquer que deux nouvelles personnes étaient entrées.

« Ah, Ju ! Oh, c’est la nana qui te plaisait autant, avec toi ?! »

Ce fût à la remarque de l’un des guitaristes qu’Hélène remarqua enfin la disparition de Samuel. Elle sursauta et attrapa nerveusement le bras du batteur.

« Qu’est-ce qu’il y a ?

-Sam… Samuel, il est où ?

-Ah, il s’est arrêté tout à l’heure, quand on a croisé l’un des membres de l’autre groupe… Euh… Kylian, il s’appelle, je crois. Il était dans notre lycée, lui, je me souviens !

-Oui il est en terminale », répondit la jeune fille, soulagée. « On peut laisser la porte ouverte pour qu’il nous rejoigne ?

-Bien sûr ! Bon en attendant, faisons les présentations ! Tu as le guitariste Harry et le bassiste Kevin. Puis tu connais notre chanteur, Nathan.

-Salut Hélène !

-Salut Nathan, ravie de te revoir ! »

A peine répondait-elle aux salutations que trois petits coups retentirent. Elle se retourna pour trouver son grand frère à la porte, un sourire penaud aux lèvres. Hélène, elle, sourit largement avant de se précipiter vers lui.

« Alors ?

-Quoi ‘Alors’ ? », tenta-t-il vainement.

« Kylian ! Qu’est-ce qu’il t’a dit ?!

-A part qu’il me détestait parce que j’étais un « putain de pédé » ? Rien…

-Quoi ?! », s’exclama aussitôt Hélène, ses sourcils se fronçant de fureur et ses yeux brillants de colère. « Je vais le tuer !

-Hélène ! Calme-toi, ma puce… Tu sais que j’ai l’habitude.

-Ce n’est pas une raison ! La prochaine fois que je le croise, je lui mets ma main sur la figure !

-Hé ! », les coupa d’un coup Julien en s’interposant. « Dîtes, euh…. Samuel, c’est ça ? Vous… euh… toi aussi tu étais au lycée Gutenberg, non ? C’est pas toi qui est arrivé en cours d’année et qui a redoublé ?... Mais bien sûr ! C’était toi qui étais aveugle !

-Ah, tu te souviens de moi ?... Je ne sais pas si je dois en être flatté, là… »

Puis un grondement général se fit entendre quand chacun des membres se rappela de l’élève Samuel Mariet. Hélène en perdit légèrement sa fureur.

« D’ailleurs, tu n’avais pas quelqu’un, en petit ami ? Tout le monde se souvient de toi, tu traînais toujours avec un autre gars, châtain et pas mal.

-Ah, Johann… », chuchota Samuel en baissant les yeux, se frottant nerveusement le poignet contre son pantalon.

« C’est mon autre grand frère… Enfin Johann est mon vrai grand frère. Vous vous souvenez de tout ce que je vous avais dit ? », continua la jeune fille en se tournant vers Nathan et son petit ami, « Johann est mon véritable grand frère. Et Samuel est mon grand frère dans le cœur.

-C’est d’un compliqué !

-Bon et si on allait boire un verre ?! On pourrait discuter tranquillement tous ensemble, non ? », proposa Samuel. Réjouissance générale. Le futur médecin s’approcha du chanteur.

« Ca te dérange si on discute tous les deux ? Il paraît que tu as des questions à me poser.

-Ah… Euh… Oui, c’est vrai… Vous m’aidez ?

-Pas de souci. »

Pourtant, il ne laissa pas le jeune homme l’approcher et le laissa se débrouiller pour le début. Quand il sentit qu’il serait vraiment utile pour le jeune chanteur il le frôla pour le prévenir de sa présence et Nathan lui attrapa le bras, avec une certaine hésitation.

« Les autres sont partis devant…

-Ce n’est pas grave, ils nous attendront dehors. Vous êtes donc Samuel, le grand frère d’Hélène ? Celui qui a été aveugle ?

-J’ai bien été aveugle pendant près de deux ans, mais je ne suis pas vraiment le grand frère d’Hélène, comme elle l’a dit… Disons que je suis son grand frère par substitution. »

Samuel attendit que son compagnon choisisse son rythme de croisière pour le suivre à ses côtés. Il était habitué à ce rituel, c’était les premières démarches face à un nouveau patient, ensuite tout venait plus facilement.

« Un grand frère de substitution ?

-Son véritable grand frère, comme elle l’a dit, est Johann. Moi je suis… »

Le blond ne termina pas sa phrase, incapable de décider s’il devait avouer la vérité ou la contourner.

« Vous avez avoué être gay… Se pourrait-il que ce Johann soit vraiment votre… petit ami ?

-Touché », grimaça Samuel avec un petit sourire. Ils terminaient de longer un couloir et prirent la direction qu’une flèche indiquait comme étant la sortie.

« En effet, c’est bien mon petit ami. Le jour de ma sortie de l’hôpital, alors que je venais de me faire opérer des yeux, Johann devait venir me chercher. J’étais très impatient de le retrouver parce que ça allait être la première fois que j’allais le voir de mes propres yeux. Je l’ai rencontré après mon accident. Du coup, j’étais aussi très nerveux… Mais… Il avait trois heures de retard et en appelant sur son portable, je tombais toujours sur son répondeur… j’ai commencé à m’inquiéter jusqu’à ce qu’Hélène m’appelle, en pleurs. Johann a eu un accident ce jour-là, et depuis il est dans le coma…

-Ca veut dire que vous ne l’avez jamais vu ?!

-Si, mais dans un lit d’hôpital. C’est la seule vision réelle que mes yeux ont de lui. Je l’imagine souvent les yeux ouverts, sourire, pleurer, crier, rire mais… ce n’est pas la réalité. Et puis j’aime énormément Hélène, tous les deux, avec Johann, on était toujours à prendre soin d’elle, alors j’ai fini par l’adopter comme ma petite sœur. Elle disait toujours qu’elle avait deux grands : Johann et moi. On l’aimait de tout notre cœur, comme des parents. Maintenant je suis tout seul pour faire attention à elle, et je suis bien contente qu’elle ait trouvé quelqu’un. Ce julien m’a l’air très gentil, non ?

-Au premier abord, Ju peut paraître très sombre, et même faire peur. On le prend pour un délinquant, un drogué. Le pire c’est qu’il n’a jamais touché une drogue, exceptée la clope. On peut lui faire confiance. Il n’a pas eu de chance avec les nanas, il est toujours tombé sur des belles gosses qui n’avaient rien dans la cervelle. Ca va le changer, je suppose, une fille comme Hélène.

-Hélène a besoin de liberté. Il faudra qu’il soit très patient, elle ne supporte pas beaucoup d’être collée. C’est peut-être le fait d’avoir dû grandir trop vite qui la rendue adulte si vite, mais elle reste une jeune fille de dix-sept ans… Bon, et si on passait à toi ! C’est de naissance ?

-Quoi ? », demanda Nathan, perdu et trébuchant en plein milieu d’un couloir alors que Samuel percevait enfin la sortie.

« Tu n’es pas aveugle de naissance, c’est sûr maintenant. Alors, tu t’es fait ça comment ?

-Accident de voiture, avec mes grands parents… Ils sont morts, j’ai survécu. Seul séquelle de l’accident : la perte de mes yeux.

-Et on t’a dit que tu retrouverais la vue après un petit moment ?

-Non, on m’a tout de suite dit que c’était possible par opération, mais…

-Mais ?

-J’ai une peur bleue des hôpitaux. Je m’y sens si mal que j’en ai mal au cœur. Je ne sais pas pourquoi, mais je ne supporte pas. Je me mets à pleurer, à crier, je deviens presque fou.

-C’est ce qu’on appelle une crise d’angoisse. Mais normalement, ce genre de phénomène se produit après que l’on ait connu un choc émotionnel en rapport avec l’endroit. Et toi ?

-Moi… Je n’en sais rien, je ne m’en souviens pas en tout cas… »

Ils atteignirent la porte et rejoignirent le groupe qui les attendait avec patience. Deux voitures étaient à leur disposition et ils se répartirent les places. On confia la première voiture à Samuel qui embarqua Nathan et les autres prirent place dans la seconde, avant de prendre la tête du cortège.

« Si je peux te conseiller quelque chose, c’est de foncer. Je ne peux pas t’expliquer tout en détail, mais cette opération, elle va te sortir d’un gouffre sans que tu ne t’en rendes compte. J’étais terrorisé avant l’opération, je n’avais même pas écouté les recommandations de mon médecin. Le moment du réveil est très difficile ensuite. Tu as mal à la tête, aux yeux. Tu as l’impression que tes orbites vont te sortir du crâne c’est horrible. Puis on t’enlève les bandages, on t’offre une paire de lunettes de soleil et on allume la lumière. Je crois que je n’ai jamais connu de pire moment dans ma vie, je t’assure ! Ca m’a fait tellement mal que j’ai eu le réflexe de me renfermer dans mon monde de ténèbres… Quand j’y pense, je me dis que j’ai été un crétin de penser ça, parce que grâce à tout ce qui m’est arrivé, je suis capable de comprendre les aveugles et de les aider. C’est pour ça que j’ai décidé d’étudier la médecine des yeux.

-Tu veux devenir médecin ?!

-Oui », rit légèrement Samuel, détendu. « Je veux savoir tout faire autour de ce problème. La chirurgie, l’aide aux aveugles qu’elle soit physique ou bien morale. Pour ça, je donne tout.

-Alors, si je me fais opérer… tu serais là ?

-Je connais un très bon médecin dans ce domaine et il sera d’accord pour que j’assiste à ton opération si tu la veux. Je te suivrai du tout début jusqu’à la toute fin, et je suppose que le docteur Henry t’assignera à mon attention.

-Le docteur Henry ?

-C’est un chirurgien des yeux, l’un des meilleurs. Je suis en quelque sorte son élève personnel. Il me fait étudier ses cas, me laisse m’occuper de quelques uns de ses patients, m’emmène en salle d’opération. C’est pour cela que je pourrais très bien m’occuper de toi, pour te rassurer, si tu le veux.

-… Oui, j’y réfléchirais…

-Prends ton temps. Ah ! J’ai bien l’impression qu’ils ont trouvé de quoi les satisfaire. On arrive devant un bar… L’Etincelle ! Pas très éclairé… On se croirait dans une boîte de nuit ! »

Ils rirent légèrement et Samuel gara la voiture. Ses mains frémirent légèrement. La conduite était quelque chose de profond, pour lui. Johann l’avait beaucoup emmené en voiture, il se souvenait encore de tout ce qu’ils avaient connus par ce moyen…

Retenant ses souvenirs, le blond sortit du petit bolide et laissa son co-pilote se débrouiller tout seul. Julien s’approcha de son ami pour l’aider mais Samuel lui fit signe de le laisser. Et comme il s’y attendait, le jeune homme sortit de la voiture et en fit le tour en glissant ses doigts sur le métal, rejoignant le groupe au son de la voix. Le futur médecin fit un petit sourire à Julien pour s’excuser et celui-ci lui répondit par un hochement de tête muni d’un aussi petit sourire. Ils finirent par se diriger en groupe vers l’entrée du bar et Samuel resta non loin de l’aveugle sans pour autant lui tenir le bras.

« Ca te dérange, de devoir te débrouiller ainsi ? », lui demanda-t-il doucement.

« Non, c’est assez agréable à vrai dire. Je me sens plus… libéré, capable.

-Je m’en doutais. Attention, on arrive bientôt à une marche. »

Instinctivement, le rythme de Nathan se fit plus lent et il tâta le terrain.

« Avance encore d’un pas normal. Voilà. Là, lève le pied et… tu y es, c’est bon, il n’y en a pas d’autres. »

Devant, l’un des membres du groupe leur tenait la porte et Samuel prit sa place et laissa enfin Nathan s’appuyer sur lui. Avec autant de personnes, autant qu’il ne tombe pas, c’était préférable.

Ils demandèrent un coin tranquille pour boire ensemble et on leur proposa une salle dans le fond de l’établissement. Là, trois portes se tenaient les une à côtés des autres. C’était de petits salons privés, parfait pour eux. On les fit entrer dans celui tout à fait à droite avant de les prévenir que l’on repasserait dans quelques minutes prendre leur commande. Quand la porte se fût refermée, ils soupirèrent de soulagement au grand silence qui s’établit.

« Ah, j’ai eu assez de bruit dans les oreilles pour ce soir ! », s’exclama Julien, en se massant les tempes.

« Et moi donc ! », appuya Nathan en s’écrasant dans un fauteuil après avoir vérifié sa présence et sa hauteur.

La discussion se lança aussitôt sur le stratagème du groupe durant le concert. Nathan et Julien avait été munis de deux oreillettes chacun. L’une pour le renvoie de leur chanson, l’autre pour eux deux, permettant ainsi à Julien de guider Nathan dans ses déplacements sur la scène, durant le concert, malgré tous les repérages opérés. Hélène comprit enfin le secret de cet exploit et Samuel l’acclama, impressionné.

Ces deux hommes étaient pleins de ressources ! Il appréciait !

oOo

« Bonjour, Jo. J’espère que tu vas bien, mon amour, » chuchota Samuel à l’oreille du châtain. Il lui embrassa délicatement les lèvres avant de s’installer confortablement sur son siège en prenant sa main.

« J’ai pleins de choses à te raconter aujourd’hui. Je sais, ça fait un petit moment que je ne suis pas venu te voir mais… J’écoute les conseils de ta sœur : j’essaie de sortir plus et de venir moins souvent dans cette chambre. Ce n’est pas parce que je pense moins à toi, je t’aime encore tellement ! Mais elle a raison : je dois aussi m’occuper de moi. Pour mes études, pour mon avenir, et pour toi aussi. Je ne veux pas que, le jour où tu te réveilles, tu sois déçu de moi et de ce que j’ai fait… »

Il soupira et fixa le visage de Johann. Ses cheveux châtains avaient poussé. Il se refusait à les couper, les laissant s’allonger autant qu’ils le voulaient. Les traits de son visage avaient peut-être changé, mais il le voyait tellement souvent qu’il ne savait plus vraiment.

« Il y a une semaine, j’ai rencontré le petit ami d’Hélène. Il te paraîtra peut-être mauvais garçon, mais il est vraiment gentil. Et j’ai vu comme il se comportait avec elle ; il est très sérieux. Du moins pour son âge. J’espère qu’il ne la fera pas souffrir, sinon c’est moi qui m’en occuperais. Tu sais, avec mes petits poings. »

Il eut un petit rire de dérision. Il se savait nanti d’un corps fin et délaissé de toute sa musculature d’antan. Depuis l’accident de Johann, il n’était pas retourné sur la glace. Il attendait son partenaire, patiemment, pour pouvoir à nouveau créer un merveilleux duo. Il n’imaginais pas cette aire glacée sans la présence de Johann… Hélène quant à elle, continuait et avait commencé les compétitions. Elle était aussi douée que son frère !

« J’ai aussi discuté avec un ami de Julien, le copain d’Hélène. Tous deux font partis d’un groupe qui commence à se faire un vrai nom dans le monde de la musique, tu aurais vu leur concert ! Génial ! Enfin, je parlais de Nathan. Aussi incroyable que cela paraît, ce gars est aveugle. Il le cache très bien mais aux yeux d’un professionnel, je crois que ce serait l’évidence même. Je ne sais pas comment il fait dans sa vie quotidienne d’artiste… En tout cas, il hésite encore mais il va peut-être se faire opérer des yeux. Il est complètement terrifié mais son envie de voir à nouveau doit être aussi forte que la mienne, parce qu’au fil de la soirée, quand nous sommes sortis du concert tous ensemble, il a pris un air si sérieux… Je crois qu’il commence à prendre tout cela très au sérieux, même pour sa carrière… Qui sait ? »

Samuel écarta l’une de ses mains et alla caresser longuement le visage de Johann. Les larmes commencèrent à lui monter aux yeux et il inspira longuement.

« Mon dieu, Johann, si tu savais… Comme c’est dur, sans toi. Je ne sais pas comment je fais… Je voudrais tellement que tu sois là, avec moi, à me serrer fort dans tes bras, à m’embrasser… Je t’attends depuis tellement longtemps, j’ai l’impression d’attendre depuis une éternité ! J’ai peur qu’un jour je n’oublie ce qu’est être aimé… et surtout par toi… Jo… Mon amour… »

Les larmes finirent par couler le long de ses joues. Il était fatigué aujourd’hui. Et voir Hélène aussi heureuse avec son petit ami le rendait aussi comblé de joie que de tristesse. Et lui ? Qu’avait-il lui ? Plus rien ne lui restait… Johann l’avait quitté…

Un corps chaud l’agrippa et il sursauta légèrement avant de reconnaître l’odeur si particulière d’Hélène. Il renifla avant de se laisser aller quelques instants dans ses bras, l’agrippant d’une main, serrant fortement celle de Johann de l’autre.

Puis quelques instants plus tard, il relâcha le tout pour s’essuyer les yeux et se retourner. Il croisa alors trois personnes : Hélène qu’il avait tout de suite reconnu, Julien qui l’accompagnait sûrement, et le docteur Henry.

« Que… Qu’est-ce que vous faîtes-là ? », demanda-t-il, réellement étonné. Hélène était censée être rentrée chez elle pour reprendre les cours. On était le week-end, mais elle ne l’avait pas prévenu qu’elle revenait à Paris…

« On est revenu pour un jour particulier », lui répondit Hélène avec un petit sourire en s’approchant du batteur.

« Oui », renchérit Julien, « et tout ça, grâce à vous.

-Qu’est-ce qu’il y a ? », demanda enfin Samuel, se sentant prit, peu à peu, d’une certaine frayeur. Mais qu’avait-il fait ?

« Nathan a décidé d’entrer à l’hôpital ce week-end. Il se fait opérer lundi.

-Vraiment ?! Mais c’est formidable !

-Oui », répondit le Docteur Henry avec son sourire doux, comme à l’habituel. « Mais il a insisté pour que ce soit toi qui soit te charge de toutes les manipulations post-opératoires. C’est pour cela que je venais te chercher, je viens de recevoir son appel et les informations de son dossier. Et j’ai croisé Hélène dans le couloir.

-On venait voir, Jo », assura Hélène. « Je voulais le présenter à Julien. Mais je suis surtout rentrée pour soutenir Nathan ; il paraît qu’il est terrorisé dans les hôpitaux. »

Samuel hocha la tête.

« Est-ce que tu pourras penser à lui enlever l’anneau quand tu partiras, pour venir me le donner, si je suis encore avec le docteur ?

-Promis, ne t’en fais pas. »

Samuel sourit à Hélène et à Julien avant de suivre le Docteur Henry à son bureau. Là, le chirurgien lui expliqua exactement ce qu’il attendait de lui. Avant les soins post-opératoire, il avait besoin de lui pour rassurer son patient dans l’hôpital. C’était pour cela qu’il le faisait rentré aujourd’hui, samedi, et qu’il ne l’opérait que lundi. Ainsi, Nathan aurait le temps de se faire à son environnement, de faire face à sa peur et de se sentir plus calme, ce qui était nécessaire avant une intervention chirurgicale.

Hélène vint lui ramener la bague avant de partir chercher le chanteur et Samuel passa deux bonnes heures à étudier les meilleurs soins à apporter à Nathan pour les deux premiers jours d’hospitalisation. Ils devaient le mettre en confiance. Absolument !

oOo

Kylian entra dans la chambre. Il y avait toujours cette odeur d’antiseptique, c’était abominable. Pourtant, son ange, son aimé était là, allongé dans ce lit blanc. Il respirait, mais ne bougeait pas, comme paralysé, incapable de se réveiller. Pourtant, Kylian n’attendait que cela : son réveil ! Il l’aimait tellement… Pourquoi avait-il fallu qu’il choisisse cet idiot de blond ?! Ce type était stupide, laid, fragile… Une vraie fillette ! Lui pourrait protéger son âme sœur à son réveil ! Oui, lui il pourrait le protéger et l’aimer comme il se doit.

Ce blond détestable… Quand il y pensait ! Lorsqu’il l’avait croisé dans els couloirs du staff, furieux de le trouver –encore ! – sur son chemin, il n’avait pas pu s’en empêcher ! Il l’avait insulté et l’avait même frappé à la jambe, mais cet imbécile n’avait pas bronché et n’avait même rien répondu…

« Mais pourquoi l’as-tu choisis, lui ? Pourquoi pas moi ?! Pourtant, je t’aime ! Johann ! »

 

Ima.

Au prochain et dernier chapitre ! Avec toute mon impatience – et la vôtre ! xD

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