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Ne Regarde Que Moi
[Histoire Terminée]
Auteur: Imari Vue: 3245
[Publiée le: 2007-11-07]    [Mise à Jour: 2009-05-28]
13+  Signaler Romance/Drame/Yaoi (HxH) Commentaires : 20
Description:
Samuel a eu un accident. Ayant perdu la vue,sa joie de vivre, son indépendance, sa fierté et sa confiance en lui, il fait la rencontre de Johann aussi mordu de patinage que lui. Une amitié des plus profondes les animera, jusqu'au point de non retour : l'amour.
Crédits:
Tous ces petits personnages sont miens ! Je fais ce que je veux d'eux, et ferais ce que je veux ! *__*
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Parti Pour Toujours ?

[13555 mots]
Publié le: 2007-12-31Format imprimable  
Taille du Texte: (+) : (-)

Lundi 31 Décembre 2007

Hello tout le monde ! Eh oui, le chapitre trois est présent parmi nous. Je voulais absolument le finir avant le passage à l’an prochain, but atteint, de justesse !

C’est donc mon cadeau pour Noël (en retard) et pour le nouvel an (plus ou moins en avance ^^).

Titre : Ne Regarde Que Moi

Auteur : Imari Ashke aka Imari aka Ima.

Disclaimer : Tous les personnages présents dans cette fic m’appartiennent. S’ils ressemblaient à des personnes réelles, ce serait parfaitement fortuit.

Genre : Romance, Drame

Rating : M, pour le moment. C’est peut-être un peu fort, mais je préfère ça, on ne sait jamais.

Résumé : Samuel a eu un accident. Ayant perdu la vue et sa joie de vivre, il fait la rencontre de Johann aussi mordu de patinage que lui. Une amitié des plus profondes les animera, jusqu’au point de non-retour : l’amour.

Dédicace : Toujours à mes revieweurs, car sans eux, un auteur n’est rien, donc je ne serais rien ! Donc Lanaïka et Jessy, merci à vous ^^

Bonne lecture !

 

Ne Regarde Que Moi

Chapitre Trois : Parti pour toujours ?

 

« Alors je t’explique le principe, mon cœur. Tu gagnes, tu rentres tranquillement chez toi et je te libère sans protester. Par contre si c’est moi qui gagne, tu passes ta nuit ici, avec moi !

-Profiteur ! », s’insurgea Samuel avec amusement. « Il suffit que ta sœur et tes parents s’absentent pour que tu joues au grand méchant loup avec moi !

-Mais c’est par ce que tu as une si bonne chair, mon petit chaperon rouge ! » , rétorqua Johann en passant le dos de ses doigts sur la joue de son petit ami qui sourit paresseusement.

Ils rirent légèrement.

Ils étaient enfoncés dans le canapé du salon de Johann. Parents absents, comme souvent dans cette baraque ! Petite sœur en visite chez une amie à elle et passant la nuit là-bas, il ne restait plus qu’eux, une maison, une chambre, un lit… Samuel n’avait pas besoin de dessin. Et puis, il était prêt. Plus que prêt d’ailleurs et ce, depuis un petit moment déjà ! Mais rien que pour faire enrager Johann et profiter de son attention des plus pointilleuses de ces temps derniers, il n’y avait fait aucune allusion.

Samuel se dégagea de l’étreinte de son amant et se leva. Il tourna la tête vers Johann sans un instant d’hésitation et hocha la tête.

« Très bien, Monsieur le Persécuteur ! Je relève le défi !

-Ah ! »

Le dit Persécuteur vint entourer le blond de ses bras forts et le serra tout contre lui. Puis Samuel tourna la tête vers lui et la leva. Il sentit les lèvres de son compagnon glisser sur l’arrête de son nez et enfin eut son baiser. Leurs langues se joignirent en une danse longue et suave. Puis d’un seul coup tout disparût et il se retrouva seul, les bras ballants.

« C’est parti ! », cria Johann. « Qu’une seule chance ! »

Samuel n’eut pas le temps de se reprendre de ce baiser. Il n’avait pas entendu Johann et ne sentait plus rien autour de lui. Horreur ! Il allait vraiment perdre !

Un léger sourire flotta sur ses lèvres. Perdre ne le dérangerait pas, pour une fois… Mais seulement pour cette fois !

Samuel tenta pourtant sa chance. Levant les bras et marchant prudemment dans le salon qu’il ne connaissait pas par cœur, il tenta de retrouver son compagnon. C’était là le but du jeu. S’il le trouvait, il aurait gagné et rentrerait chez lui – ce qu’il ne voulait pas, bien sûr. Mais s’il perdait, il serait obligé de rester – ce qu’il voulait en cet instant, bien entendu. Autant dire que le jeu n’avait pas vraiment d’intérêt. Ils désiraient tous les deux la même chose.

Un léger frôlement se fit entendre, non loin de lui. Il tourna la tête vers ce bruit et arrêta de respirer. Mais rien. Il s’avança tout de même vers son origine et tenta de balader ses mains un peu partout. Mais il cogna les doigts de sa main droite contre la table.

« Aïe ! », s’insurgea-t-il. « Mais ça fait mal ! »

Rien ne lui répondit, même pas un petit rire ironique. Johann était très sérieux.

Très bien, se dit Samuel. On capitule tout de suite ou pas ?

Après quelques nouveaux pas dans un silence complet et une légère douleur à son pied qui avait heurté un coin de mur, il déclara forfait. Tant pis !

Tant mieux, oui ! lui répondit sa conscience, railleuse.

« C’est bon, tu as gagné, » dit-il lentement, feignant la résignation. Un cri de victoire lui répondit, tout près de lui, avant qu’un corps chaud ne l’attrape pour le serrer tout contre lui. Johann jubilait.

« J’ai gagné, j’ai gagné ! Pour une fois ! »

Samuel sourit sans dire un mot. Il laissa l’une de ses mains aller frôler le visage de son compagnon. Il avait la peau douce, un nez long mais fin, des joues peut-être trop plates et une bouche fine mais qui savait le contenter comme aucune. D’ailleurs cette dernière commençait à lui embrasser le bout des doigts. Samuel soupira de contentement. Il sentait son compagnon excité, impatient. C’était bien Johann !

Johann lui attrapa les hanches et le plaqua tout contre lui. Samuel se sentit électrisé, comme à chaque fois que son corps allait toucher celui de son compagnon. Ainsi positionnés, leurs corps s’emboîtaient, se collant de toute leur longueur. Samuel n’eut pas le temps de frissonner que Johann l’embrassait. Son corps s’embrasa et son tremblement se répandit dans toute sa colonne vertébrale, trouvant un étrange écho chez son petit ami.

Samuel s’accrocha au cou de Johann de sa main gauche et plaqua sa droite tout contre le dos de celui-ci. C’était bon. Ce n’était plus simplement électrisant, mais intensément destructeur. Il avait connu ça une fois avec Johann, un jour où, sans prévenir, son corps s’était embrasé à sa présence. Ca l’avait surpris. Il savait que s’ils ne s’étaient pas trouvés dans la voiture exigüe de son compagnon, tout aurait dérapé ce jour-là. Johann l’avait-il senti, lui aussi ?

Une main vint prendre possession de ses fesses et le fit gémir, ramenant toute sa conscience au moment présent. Si ça continuait ainsi, ils finiraient par le faire dans le salon ! Et cette perspective, bien que des plus excitantes en soi, ne l’attirait pas autant que le contact chaud et doux du lit de son amant.

« Tu ne te rebelles pas… », murmura Johann et Samuel gémit pour toute réponse. « Si tu ne fais rien, je ne vais pas résister longtemps… »

Samuel resserra son étreinte, embrassa doucement les lèvres de Johann et répondit :

« Ne résiste pas, alors… »

Ce fût Johann qui laissa s’extérioriser sa propre excitation, devenue incontrôlable. Il le tira à nouveau tout contre lui, le plaquant durement, puis commença à se déplacer, d’une démarche inégale. Ils avaient l’air de deux hommes complètement ivres essayant de rejoindre leur chambre.

Le chemin fût long et semé d’embûches. Si l’un n’arrêtait pas l’autre pour un nouveau baiser, ils se poussaient mutuellement contre les murs pour aller poser leurs lèvres sur la peau brûlante de l’autre.

 

oOo

 

Quand Samuel ouvrit les yeux ce matin-là, il se sentit étrange. Il cligna des paupières et perçut quelque chose frôler sa peau à nue.

Il ne dormait jamais nu, pourtant…

« Bonjour, mon cœur. »

La voix chaude et douce électrisa ses sens et il se rappela aussitôt les sensations qui l’avaient parcouru la nuit dernière. Son cœur tapa fort dans sa poitrine, son souffle se précipitant.

Johann… Il lui appartenait, corps et âme à présent. C’était sa première fois et elle avait été magique, bien que douloureuse et un peu humiliante. Il avait fait de telles difficultés pour se dévêtir ! Comme un gamin ! Mais Johann était resté calme et… impatient d’assouvir ses désirs !

Puis quand Johann avait commencé les préliminaires, il en avait presque hurlé de douleur. Pourtant, le blond avait été doux et patient – au-delà de ses limites, tout du moins ! Ils avaient presque faillis tout arrêter, mais ils avaient continué. Et finalement, Samuel ne le regrettait pas. La seconde fois resterait la plus belle.

Débarrassé de sa douleur et de son appréhension, il avait laissé échapper sa propre fascination pour le corps de Johann, l’avait exploré, l’avait fait vibrer et, fort du pouvoir qu’il se découvrait, l’avait possédé, bien que maladroitement. Ils étaient donc à égalité, satisfaits et beaucoup moins appréhensifs.

« Bonjour… mon patineur préféré… »

Un léger rire lui répondit et il sourit en réponse. Il entendit et sentit le froissement de la couette qui les bordait avant que des lèvres chaudes ne viennent à la rencontre des siennes. C’était agréable après une nuit pareille. Il se laissa aller paresseusement, répondant avec délicatesse. Le raz-de-marée qui les avait possédé hier avait, semblai-t-il, disparût. Ne restait que leur amour, leur tendresse, leurs sentiments. Enfin…

« Johann ! Dès le matin ?!

-A qui la faute, s’il vous plaît ?! »

Ils rirent et Samuel sentit l’excitation de Johann grandir jusqu’à ce qu’il fût conscient de son propre désir. Parfaitement réveillé, les caresses de son amant le firent gémir puis crier.

Ils étaient à nouveau aux portes du paradis.

oOo

Après avoir pris une douche – à deux – et s’être habillé – toujours ensemble – Samuel se demanda comment une relation pouvait être aussi profonde. Il était presque terrifié de la tournure des évènements. Ils avaient toujours été proches, une amitié puis un amour des plus ravageurs… Mais à présent, c’était presque… fusionnel !

Samuel porta son regard vers Johann, du moins en face de lui où devait se trouvait son amant. Assieds à la table de la cuisine, ils déjeunaient. Il entendait Johann manger avec une lenteur qu’il ne lui connaissait pas. C’était assez étrange. Quant à lui…

« Tu ne manges pas ? », lui demanda Johann, inquiet.

Samuel secoua la tête. La légère note de souci qui avait trahi Johann le fit légèrement rougir. Il n’y avait pas de quoi s’inquiéter pour lui ! Un gargouillement de son ventre le prit de cours et il laissa échapper un soupir. Finalement, il avait faim… Du moins…

« Je n’y arrive pas… J’ai faim mais…

-Tiens, fais un effort ! » Samuel sentit une cuiller de céréales frôler ses lèvres. Il les ouvrit lentement et se laissa nourrir. C’était difficile à avaler, sa gorge était nouée. Mais il fit un effort. Johann continua de le faire manger ainsi jusqu’à ce que Samuel refuse catégoriquement une bouchée.

« Tu n’as rien mangé !

-C’est bon Jo ! Je n’ai plus faim ! Je ne peux plus rien avaler ! »

Un grognement répondit à sa réplique. Il sourit en baissant la tête, amusé. Puis une idée lui vint à l’esprit. Un sujet de conversation qui le taraudait depuis un long moment et qui s’était éclipsé le temps d’une nuit.

Ses yeux…

L’opération. Devait-il lui en parler maintenant ? Ce serait le bon moment, non ? Ils étaient au calme, seuls. Ils avaient le temps. Mais comment aborder le sujet ? Il avait tellement envie que Johann le conseille, le soutienne ! Il devenait vraiment dépendant, ce n’était pas bon du tout !

« Samuel ? Samuel ! »

L’interpellé releva la tête, clignant des yeux. Deux lèvres vinrent embrasser les siennes. Surpris, il ne bougea pas.

« A quoi penses-tu ? »

Si ce n’était pas une invitation à déballer ce qu’il avait sur le cœur, à déblatérer jusque plus soif, à s’épancher sur tous les malheurs du mon – de son monde ! – qu’était-ce ?! Samuel se racla la gorge alors qu’il entendait la chaise de Johann se déplacer pour venir se poser à côté de lui.

« Tu peux tout me dire, tu le sais, j’espère ?

-Je sais Johann, je sais… C’est juste… »

Il soupira puis inspira profondément. Allez, ce n’était pas si difficile. Son cœur battait vite et fort. C’était juste très important pour lui... Et pour eux aussi. Du moins c’était ce qu’il pensait !

« Juste ? », demanda Johann en posant une main sur sa cuisse gauche. Le châtain inspira à nouveau.

« J’ai eu rendez-vous chez mon ophtalmologiste lorsque… nous étions fâchés. Et… le médecin m’a demandé si je voulais que l’on m’opère au laser pour résorber mes lésions…

-Et ?

-Et il y a un risque. Il est très minime mais il se pourrait… que je perde la vue à vie si l’opération loupe !

-Hm… Et tu y as réfléchi ?

-Oui… Je n’arrête pas d’ailleurs. Entre toi et ça, j’ai crû que j’allais exploser quand on était séparés ! J’ai enchaîné de sérieuses migraines !

-Et tu ne m’en parles que maintenant ?!

-Ca n’a jamais été le bon moment pour le faire. Jusqu’à aujourd’hui, on n’a pas arrêté de se voir en coup de vent, en voiture, à la patinoire, jamais seuls…  On n’avait jamais de temps pour se poser et discuter calmement juste tous les deux.

-… Très bien. C’est vrai… Et alors, Sam, qu’est-ce que tu as décidé de faire ?

-Justement, j’hésite. Je voudrais me faire opérer. Si je suis opéré, j’aurais de grandes chances de retrouver la vue… j’aimerais vraiment ! Mais si ça loupe, je ne sais pas ce que je deviendrais… Ce serait tellement dur à supporter !

-Et si tu ne te fais pas opérer ?

-Alors il y aura très peu de chances que je recouvre la vue, mais elles existent. Le seul point positif c’est que je ne serai jamais condamné, si je ne fais rien.

-Mais tu vivras chaque jour avec l’espoir de retrouver tes yeux et le désespoir que ça n’arrive jamais…

-C’est ça. C’est pour ça que je penche plutôt vers l’opération. Il y a très peu de chances que ça loupe et… j’ai tellement envie de revoir à nouveau ! Ca me tue tellement j’en ai envie, Johann ! Tu ne sais pas à quel point le désir de te voir de mes propres yeux est grand !

-Samuel, Samuel ! Calme-toi ! Viens-là… » Johann prit Samuel dans ses bras et le serra contre lui à l’étouffer. Le châtain soupira. Il entendait les battements du cœur de Johann ; d’abord rapides puis de plus en plus lent pour enfin marqué son calme. Ca le rassurait. Samuel ferma les yeux. Oui, c’était grand, ravageant, destructeur, cette envie quasi vitale pour lui de pouvoir voir Johann ! De le fixer des yeux. Il y passerait des heures entières quand il verrait à nouveau ! Mais pour le moment… C’était doux et chaud, cette étreinte. Agréable et palliatif à cette pression qu’il endurait depuis plus d’un an de pouvoir à nouveau contempler formes et couleurs.

« Je voudrais me faire opérer… », chuchota-t-il doucement.

« D’accord. Je suis avec toi, Sam, ok ? Quoi que tu fasses, quoi qu’il arrive, je suis là et je serai là, à vie. Et tu sais, tu n’es pas le seul à avoir envie que tu me voies vraiment de tes propres yeux… »

Samuel eut un léger rire mêlé d’un peu d’hystérie avant de chuchoter un « merci » à son amant et de l’embrasser avec amour et confiance. Il aimait cette bouche qui lui disaient les mots qu’il fallait, qui l’embrassait comme il le fallait, où il le fallait. Il aimait aussi ces mains qui le caressaient jusqu’à ce qu’il tremble et brûle de tout son corps. Et il aimait cette passion qu’il sentait chez son compagnon, cet amour, ce charisme, cette beauté intérieure…

Ils se séparèrent doucement après quelques minutes et Johann demanda à son amant ce qu’il voulait faire.

« Je te laisse choisir. On fait ce que tu veux jusque deux heures. Hélène rentre à cinq heures.

-Et de deux heures à cinq heures ?

-Tu travailles ! Je vais te faire réviser jusqu’à ce que, épuisé, tu en tombes par terre !

-Non ! Johann ! Les cours ont à peine repris !

-Justement ! Tu as intérêt à briller cette année ! »

Samuel gémit. Ce n’était pas comme ça qu’il avait pensé finir ce petit week-end rien qu’à eux !

Mais malheureusement, il n’eut pas le choix et se plia aux exigences de son amant, sans bien sûr oser murmurer le moindre mot d’accord, bien qu’il sache que Johann ne faisait tout cela que dans son intérêt….

A 16h45, épuisés tous les deux par cet exercice fastidieux de faire entrer les formules mathématiques de la classe S dans le crâne du blond, ils burent un grand verre de jus d’orange et se mirent en route vers l’école d’Hélène. Ils arrivèrent juste à l’heure, le bruit d’une sonnerie stridente devenue familière pour tous les deux retentissant.

Comme à l’habituel, Hélène les rejoignit avec enthousiasme, ravie d’avoir ses « deux grands frères » pour elle toute seule. Elle quitta rapidement ses amies, et Samuel ne se formalisa pas des chuchotis qui arrivaient jusqu’à ses oreilles réceptives.

« Tu fais toujours autant d’effet, c’est incroyable ! », lui chuchota Johann en lui prenant le bras pour l’inciter à bouger ses fesses du capot de la voiture. Mais Samuel resta bien sagement à sa place.

« Qu’est-ce qu’il y a ? », demanda Johann, inquiet.

Samuel sourit, ses lèvres s’étirant. Il avait envie de marcher, il avait envie de respirer du bon air frais. Il n’avait pas envie de remonter dans la voiture. Et surtout, la voix d’Hélène avait atteint ses tympans d’une étrange manière, comme si sa gorge était enrouée, malade, irritée… ou bien la jeune fille au point de pleurer…

« Est-ce qu’il y a un bar, pas loin d’ici ? », demanda-t-il finalement, en posant sa main sur celle de son ami qui ne lui avait pas lâché le bras.

« Oui, pourquoi ?

-Et si on allait s’y poser avant de rentrer ?

-… Hm… Pourquoi pas ?

-Merci », chuchota-t-il à son amant avant d’appeler la jeune fille : « Hélène ! Viens ! On va boire un verre ! »

La jeune fille ne se fit pas prier et après avoir poser tous ses sacs dans la voiture, elle émit un petit cri d’enthousiasme, attrapa la main de chacun des deux jeunes hommes, les entraînant rapidement dans son sillage.

« Hélène, Hélène ! Doucement ! Sam va finir par tomber ! Ha ! »

Samuel, s’imaginant déjà lui-même par terre, entendit le bruit caractéristique d’un pied qui rencontre un obstacle puis les pas lourds qui tentent de redresser le corps, le sauvant de la chute ridicule. Il émit un petit rire moqueur à l’adresse Johann.

« Tu peux parler ! »

Et Hélène éclata de rire à son tour. Johann grommela quelques mots puis finit par sombrer devant son propre ridicule. Tant pis pour lui ! Il se rattraperait bien un jour.

Ils entrèrent et la porte émit de léger cliquetis, annonçant leur entrée. Elle se referma avec le même bruit.

« Bonjour ! Vous êtes combien ? » demanda quelqu’un, un serveur, d’après les suppositions de Samuel.

-Trois ! », répondit tranquillement Johann.

-Par ici, s’il vous plaît. »

Samuel sentit une petite main venir lui prendre la sienne et l’entraîner à sa suite.

« Attention, » le prévint Hélène, doucement, « l’allée est tout petite. C’est minuscule…. Mais calme, non ? »

Après un instant de réflexion et de concentration, Samuel cherchant les limites de sa trajectoire sourit et serra un petit peu plus fort la main de sa petite sœur.

« Oui, tu as raison. C’est reposant. »

Un bruit de consentement lui parvint et ils arrivèrent à la table qui leur était octroyé. Samuel se laissa guider, ne put s’empêcher de bousculer le serveur et, déséquilibré, serait tombé sans la poigne ferme de Johann.

« Ca va ? Attend… Tiens, voilà, tu peux t’asseoir, c’est juste devant toi. »

Samuel rougit légèrement de sa bêtise de débutant. Il s’excusa auprès du serveur et tâtonna de ses mains pour vérifier l’état des choses. Rassuré, il recula un peu la chaise et s’y assied. Ouf ! Il avait passé le plus difficile.

« Alors, qu’est-ce que tu veux, Sam ?

-Hm… Un simple jus de fruits. Pomme, s’il y a.

-Ok ! Et toi Hélène ?

-Pareil !

-D’accord, alors je vous suis ! »

Ils n’eurent pas longtemps à attendre le retour du serveur pour commander, et encore moins pour qu’il le leur apporte. Samuel doutait qu’il y ait beaucoup de monde, d’après le silence quasi assourdissant qui flottait autour d’eux.

« Alors ta journée, Minnie ?

-Minnie ? Comment oses-tu ?! C’est quoi ce nouveau surnom ?! »

Samuel s’amusa de sa petite blague mais ne démordit pas du surnom. Il lui allait à merveille !

« Oui, Minnie c’est mignon ! Alors chut et dis-nous plutôt comment s’est passée ta journée, » finit-il par la couper, amusé.

Samuel sentait la distraction de Johann, mais aussi son appréhension. Apparemment, il devinait que ce petit tour au bar n’était pas seulement dû à un coup de tête de son amoureux… Hélène était-elle si mal qu’elle ne parvenait plus à cacher sa douleur ?

« Très bien. Les professeurs nous ont rendus des devoirs. J’ai eu 7 en français, 5 en anglais et 10 en maths…

-Hélène ! »

Samuel se surprit lui-même décontenancé. Etait-ce la voix de la jeune fille plus que ses mots et son ton qui les avaient rendus si mortifiés ?

« Quoi ?! », se défendit Hélène, la voix cassée. Puis un silence tomba et la jeune fille finit par éclater en sanglots, sans préavis. Samuel entendit Johann pousser sa chaise et faire le tour de la table pour aller prendre la jeune fille dans ses bras. Samuel, lui, tâtonna de sa main pour aller chercher la sienne.

« Chut, ma belle, c’est rien… Allez calme-toi… »

Ils lui murmurèrent tous deux des mots de consolation et d’encouragement. Samuel serrait plus fort la main de la jeune fille, chaque seconde qui passait. Que s’était-il passé ? Elle d’ordinaire pourtant si douce et joyeuse ! Un véritable boute-en-train ! Que lui était-il arrivé ?

« J’en ai marre… Jo… J’en peux… plus ! Ils ne sont… jamais là ! Et… Et quand ils viennent…. Ils foutent le bazar ! Snif… Pourquoi…. Pourquoi ils sont comme ça ?... Hm…

-Hélène…. Chut, Hélène… Stop. Ils n’existent plus d’accord ? On s’était pourtant mis d’accord, non ? Ils n’existent plus, il n’y a plus que nous deux, seulement nous deux. Ok ? »

Des hoquets se firent entendre, un « oui » hésitant et cassé. Samuel ne savait plus où se mettre. Il était étranger à cette scène, excepté cette petite main qui lui rendait son étreinte, qui lui disait qu’elle était heureuse qu’il soit là aussi. A moins qu’elle n’ait aucunement conscience qu’elle la lui serrait…

Quelques minutes plus tard, les sanglots d’Hélène s’étaient calmés mais Johann resta près d’elle et Samuel pouvait entendre le mouvement de va et vient de la main de son amant sur le dos de sa sœur. La tempête s’était calmée, mais quels en étaient les dégâts ?

« Je suis désolé que tu ais assisté à ça… Et je doute que tu y ais compris un traître mot, » essaya de plaisanter Johann, dont le sourire, triste et railleur, s’en ressentait dans ses paroles.

« C’est votre problème, je crois. Je n’ai pas à m’en mêler.

-Mais tu nous as emmenés là parce que tu as senti que ça n’allait pas… », continua Johann.

« C’est vrai…

-Alors je te remercie. Ca n’aurait pas été bon pour Hélène si nous étions rentrés à la maison ainsi…

-C’est sûr ! J’aurais fondu en larmes mais ça aurait duré des heures et des heures ! Et je serais partie m’enfermer dans ma chambre et aurais tout cassé… Ca n’aurait pas été la première fois…

-Donc ça t’ait déjà arrivé de pleurer ainsi… Sérieusement, je ne devrais pas parce que c’est humain, mais je suis étonné d’apprendre que tu pleures… Je ne t’imagine qu’avec le sourire lumineux qui t’accompagne. C’est stupide non ? »

Les deux buts de son interruption furent atteints à peine trois secondes après la fin de sa tirade. Hélène rit puis lui serra la main. Il avait été sincère. Tout était réuni. Ca le rendait étrange d’être aussi direct, de l’être surtout avec cette enfant qu’il considérait de plus en plus comme sa petite sœur… Un peu comme si, en fin de compte, c’était leur fille, à Johann et à lui… Oui, un peu comme si…

« Tu sais, il faudra bien un jour qu’on te mette au courant, hein, » continua Hélène. « Mais à la maison, c’est l’enfer…

-J’avais crû comprendre, oui.

-Maman et Papa sont toujours en voyage, ils ne sont jamais là. Et quand ils rentrent, si on existe c’est pour crier au scandale que la maison est sale et que personne n’a enlevé la toile d’araignée de sous leur lit. Ou alors c’est pour nous rappeler qu’on existe, mais en tant que tableau. On n’a aucune importance. Ils vont, ils viennent, et de nous ils s’en foutent ! C’est Johann qui a été « mes parents » jusqu’à maintenant. Et toi aussi, à présent. Eux, ce sont des étrangers…

-Et je ne la contredirai pas. Normalement, un grand frère est censé dire que les parents sont tout… Moi je n’ai pas arrêté de lui répéter que j’étais là. Mais eux, ils ne l’ont jamais été. Alors quand elle a été en âge de comprendre, il y a deux ou trois ans, je lui ai dit que Papa, ce n’était pas moi… Ni même maman. Papa et Maman, ils n’étaient jamais là, toujours en vadrouille, aux quatre coins du monde. Tant que je m’occupais d’Hélène, tout allait bien. Si ses notes chutaient, c’est moi qui prenais. Tu comprends ? C’est l’enfer. Alors maintenant que le lycée, c’est fini, je vais étudier et j’ai enfin trouvé un job à temps partiel. Quand j’aurais assez d’argent, on déménagera. »

Un silence s’établit et Samuel sentit la tension qui s’accumulait avant le cri d’Hélène qui transperça le silence ambiant :

« Vraiment ?! Tu es… sérieux ?!

-Tout à fait sérieux, ma petite sœur chérie. Tiens en parlant de bonne nouvelle, Samuel en a une bonne à te dire !

-Ah bon ? Vraiment ? Quoi ?

-Euh… Johann ! T’es chiant ! Je ne voulais pas encore en parler !

-Hein ? Mais de quoi ? Dis, Sam ! Allez !!

-Rah ! C’est bien parce que c’est toi, hein ! », répondit Samuel, en levant la tête vers la voix de la jeune fille avec un pauvre sourire. C’était stupide ! Son cœur s’emballait rien qu’à l’idée de le lui annoncer… C’était vraiment risible !

« Je vais me faire opérer !

-Hein ?.. Et c’est une bonne nouvelle… ? Tu vas te faire opérer de quoi ? »

Le ton inquiet et interrogateur sortit Samuel de son malaise. Il sourit vraiment cette fois, releva nettement la tête et plaça deux doigts sous ses yeux. Hélène eut une exclamation puis se précipita dans ses bras avant d’émettre de grands cris comme si elle venait elle-même de remporter une grande victoire.

« Mais c’est génial !! Tu vas me voir ! Tu vas voir Johann ! Tu vas nous voir !! »

Elle ne s’arrêta que pour boire un peu de son jus de fruits et repartit de plus belle. La main de Johann vint serrer celle de Samuel et après quelques instants à écouter le babillage de la jeune fille, ils finirent par éclater de rire, peu surpris de se trouver à faire la même chose au même instant. Elle était incroyable ! Pure et rafraîchissante ! Un vrai bonheur. Tout allait mieux…

oOo

Samuel ouvrit les yeux. C’était douloureux. Il avait l’impression que ses pupilles étaient en feu et ses paupières le brûlaient. Impossible d’éteindre les flammes. Il gémit.

« Sam ?

-Maman, Papa ? »

C’était ses parents, à n’en pas douter. Il cligna des yeux et ce fût à ce moment là qu’il comprit qu’on lui avait mis quelque chose de sombre pardessus. Parce que, aussi étrange que cela fût, il avait vraiment l’impression que quelque chose avait changé. Cette brume grise n’était pas normal… Normal… ?

« Tu te réveilles enfin. Ca fait des heures qu’ils t’ont ramené ! Ils étaient contents : tu t’en es très bien tiré ! Il n’y a eu aucun problème ! C’est fantastique…. N’est-ce pas ? »

Sa mère éclata en sanglots et Samuel sentit ses propres yeux lui piquer affreusement. Mais il n’osa pas porter ses mains dessus. Ca brûlait toujours. Et c’était gris ! Pas noir, gris !

« Johann a appelé et a demandé de tes nouvelles. Il a dit qu’il rappellerait plus tard.

-Oui…, souffla Samuel, pâteux. Sa voix l’étonna lui-même. Il finit par se relever sur son séant, se créant un léger mal de tête qui lui donna la nausée.

« Va doucement, Samuel ! Tu as été anesthésié, ne l’oublie pas.

-J’oublie… pas. J’ai juste envie de m’asseoir.

-Sois patient. Dans moins d’une heure le Docteur Girard va venir t’enlever ton pansement.

-Déjà ?!

-Il t’avait pourtant tout expliqué avant l’opération, non ? Tu n’as rien écouté !

Samuel ne répondit rien. Il était tellement stressé à ce moment là, à l’idée de se trouver dans une salle opératoire et par la peur de ne pas pouvoir revoir, qu’il n’avait pas prêté attention à un traître mot de l’ophtalmologiste.

Et maintenant il était là, dans cette chambre, dans ce lit, avec une impatience grandissante de pouvoir inspecter tout ce qui l’entourait ! D’ailleurs en y pensant… L’opération avait réussi ! Il en avait les larmes aux yeux à nouveau. Réussi ! Il était guéri, il était… voyant !

Deux petits coups se firent entendre et la porte s’ouvrit. Samuel tourna la tête vers les bruits qui lui parvenaient et entendit distinctement trois pas avant que quelqu’un ne parle. C’était la voix atone et calme de l’ophtalmologiste. Quel était son nom déjà ? Il n’en avait rien à faire ! Il voyait à présent !

« Bonjour Samuel. Heureux de vous revoir, Monsieur, Madame.

-Docteur ! Vous êtes en avance, non ? », coupa Caroline, légèrement inquiète. Samuel se crispa, nerveux. Elle avait le don de le mettre dans des états !

« Oh ! Il n’y a pas lieu de s’inquiéter, au contraire ! Il ne sert à rien de le laisser se morfondre encore plus dans le noir. Es-tu d’accord pour que l’on retire ces bandages, Samuel ? »

La question ne se posait même pas !

Mais à peine avait-il pensé cela, que le jeune homme se mit à trembler et n’osa répondre. Et si, en fin de compte, tout avait loupé, qu’ils s’étaient trompé ?

« N’ai aucune crainte, jeune homme. Tu es parfaitement guéri. Les premiers jours vont simplement être très douloureux.

-Douloureux ?

-Oui. On en a parlé, tu te souviens ? Tu vas voir trouble pendant quelques jours, puis tout se stabilisera. Interdiction de te promener les yeux à nu. Je vais te donner une paire de lunettes noires et je tiens à ce que tu les portes du lever au coucher du soleil, est-ce clair ?

-Oui… Oui, docteur.

-Très bien. Assieds-toi maintenant. N’ai pas peur, la douleur est moindre. »

Samuel entendit le docteur se poster sur le côté du lit, près de ses parents et, lentement, il retira ses couvertures pour s’asseoir en face de lui. Il sentit une main venir se poser sur sa tête et entendit la deuxième décacheter quelque chose, derrière lui. Puis sa tête respira peu à peu. On lui enlevait un long bandage. Et plus on le lui retirait, plus l’air tapait contre sa peau, fraîche, et plus la lumière entrait, douloureuse. Il ferma les yeux. Le bandeau se défit et bientôt il n’y eut plus rien. Il entendit le docteur poser ce qu’il avait dans les mains sur sa table de chevet et quelques secondes plus tard, deux grandes mains vinrent enserrer sa tête.

« Maintenant, doucement, tu vas ouvrir les yeux. Ne te précipite pas, la lumière va t’aveugler et tu ne verras pas grand-chose. Vas-y. »

Samuel obtempéra. Avec difficulté, il fit se lever ses paupières. Tout d’abord de quelques millimètres, la légère pénombre lui écrasa la tête et il les referma aussitôt. Après quelques autres essais, il parvint enfin à ouvrir les yeux en grand, mais la douleur était abominable ! Quel mal de chien il avait !

« Très bien, fixe droit devant toi… Voilà, ne bouge plus. »

Une lumière rouge lui cilla l’œil droit et il ferma les yeux avec un cri de douleur, se dégageant de la main du docteur.

« Encore un petit effort. Le deuxième. Ouvre les yeux, Samuel. »

Samuel obéit à nouveau et, quand la lumière rouge percuta son œil gauche il eut du mal à tenir à nouveau le choc. Il finit par refermer les yeux avec vigueur.

« Très bien. Il n’y a pas de soucis à te faire. Est-ce que tu peux me dire ce que tu vois à présent ? »

Samuel rouvrit à nouveau les yeux et se dit qu’il n’avait jamais pensé que voir serait si douloureux. Il aurait préféré garder les yeux fermés, pour le moment, et se reposer… Mais à nouveau, il obéit.

« C’est… Je ne vois qu’une couleur grise et un peu marron. Quelques ombres mais rien de plus…

-Très bien, parfait ! Voilà les lunettes. Prends-en soin. Porte les toute la journée, elles te protégeront de la lumière trop vivace. Surtout, ne t’amuse pas à vivre encore comme un aveugle. Habitue-toi à la lumière et à toutes les formes qui t’entourent. Travaille tes yeux au fur et à mesure. Dans deux jours voire même demain, tu devrais être capable de voir distinctement. D’accord ?

«-Oui… Très bien.

-Parfait. Je vais ouvrir les volets de la chambre. Mets tes lunettes. »

En quelque secondes, les bienveillantes ténèbres qui lui fournissaient tant de douceur, plus sombre encore grâce aux lunettes noires, disparurent et la lumière du jour fut si violente qu’il en pleura. C’était douloureux !

« Je sais que c’est très difficile au début, mais il faut t’habituer au plus tôt à cette lumière. Les lunettes sont là pour te permettre de t’adapter plus facilement. Prends ton temps… Bien je dois vous laisser, j’ai quelques autres patients à aller voir. Je reviendrais le jour de sa sortie, Monsieur, Madame. Bonne journée à vous et bon courage à toi, Samuel.

-Au revoir… »

Les pas s’éloignèrent et la porte se ferma doucement, dans un léger cliquetis. Samuel ferma les yeux et soupira. Finalement, il n’aimait pas la lumière !

« Chéri, tu triches ! Ouvre les yeux, tu as entendu le docteur : tu dois faire travailler ta vue. »

Il aurait bien crié à ce moment, il se serait bien lever pour montrer toute sa hargne ! Ca faisait mal, est-ce qu’ils pouvaient comprendre ça ? Le laisser faire à son rythme, tranquillement ?!

Mais qu’est-ce qui me prend ? Ha… Ca recommence comme quand je suis devenu aveugle… Hm… Je ne serai jamais satisfait, alors ? Calme-toi Sam, calme-toi. Allez, un effort !

Il soupira longuement, baissa la tête puis, serrant les poings, déterminé, rouvrit les yeux. C’était toujours aussi douloureux… Mais supportable ! Allez, il devait faire un effort ! Johann serait content !

Johann…

Samuel sourit et cligna des yeux. Les formes étaient totalement évasives et seule la présence de ses parents, son père de façon sombre et sa mère, elle, plus claire, changeait quelque chose au décor ambiant. Mais tout restait flou, il avait beau cligné des yeux, rien ne changeait. Il porta délicatement ses mains sur ses paupières et les trouva gonflés.

« Evite de te toucher les yeux, Sam », lui dit son père en s’approchant du lit. « Ce ne serait pas bon, ni pour tes yeux que ça rendraient douloureux, ni pour ta peau qui est déjà bien meurtri. D’accord ? »

Le blond hocha la tête. Très bien ! Ce serait long et difficile. Mais pour Johann, pour ses parents, pour sa petite Hélène adorée, il y arriverait ! Courage !

Il passa deux heures ainsi, les yeux ouverts, à essayer de discerner ce que pouvait être les ombres qui se dessinaient devant ses yeux. Puis Johann appela et ses parents le quittèrent, les heures de visite se finissant. Ils restèrent tous deux une bonne heure au téléphone et Samuel se laissa tomber contre son oreiller, les yeux fermés. Il interdit à Johann de venir le voir tant qu’il ne pourrait pas le voir réellement. La première chose qu’il voulait voir de lui, ce n’était pas une image brouillée mais bien son visage, tous les traits qui le définissaient physiquement, jusqu’à la moindre petite ride. Petite blague qui fit rire Johann. Puis ils se quittèrent et Samuel, avec un soupir de soulagement intense, eut le droit à deux petites gélules pour son mal de crâne. Il s’endormit facilement, épuisé.

Le lendemain, quand il ouvrit les yeux, la lumière le stupéfia. Il se demanda ce qui lui était arrivé. En fait, il n’y avait pas de lumière, mais le décor de sa chambre, dans la pénombre, se précisait. Il cligna plusieurs fois des yeux, les ouvrit grands, et, malgré sa douleur, ne put s’empêcher de s’occuper le regard de mille et un détails. Tant de choses à voir ! Il y passa un long moment, sans se lasser. Son petit déjeuner eut aussi droit à une longue inspection. Couleur, forme, odeur, goût… Tout y passa. Il dégusta son chocolat et ses petits gâteaux avec tout le délice possible, affectant tous ses sens à la découverte de ce monde retrouvé. Il se sentait entier, retrouvé…

Ses parents le rejoignirent en début d’après-midi et déjà sa vue avait baissé, derrière ses lunettes noires. Il fut un peu déçu de ne pas les voir parfaitement. Puis l’ophtalmologiste passa et se trouva tout à fait content des résultats obtenus et de l’avancée visuelle de son patient. Demain sa vue serait presque excellente et seule la fatigue le pousserait à voir trouble. Demain après-midi, il pourrait rentrer…

Samuel se sentit tout excité après ce passage et, dès que ses parents l’eurent quitté en promettant qu’ils ne viendraient pas demain pour le chercher, Samuel appela Johann et lui annonça qu’il aurait, lui, l’honneur de venir pour le ramener. Johann rit et ils discutèrent encore longuement. Puis Hélène piqua le téléphone à son frère et discuta un peu avec le jeune malade. Samuel raccrocha le téléphone, un sourire jusqu’aux oreilles. Johann avait un cadeau de « prompt rétablissement » à lui offrir… Le premier cadeau dans leur couple…

Samuel eut beaucoup de mal à s’endormir, cette fois-ci. Alors que minuit sonnait et que sa tête s’alourdissait enfin de fatigue mêlée de douleur, il sombra dans les délices de l’inconscience et des songes, rêvant que, quelque part dans ce monde, il vivait aux côtés de Johann, dans un petit appartement, Hélène éclairant leurs jours heureux…

oOo

Samuel termina de fermer son sac avant de soupirer. Sa vue était claire, parfois brouillée, mais elle revenait quelques instants plus tard à la normale. Il leva sa main gauche et la contempla. Les lignes étaient visibles, enfoncés. La peau était légèrement hâlée, était-ce dû aux plusieurs escapades en mer avec leurs amis ? Il n’avait toujours pas vu son propre visage. Il hésitait encore. Avait-il changé, ou était-il toujours la même personne ? D’un côté, cela lui faisait peur. Tellement de choses s’étaient passées en un an… Mais de l’autre, il trouvait cette attitude ridicule : en un an, on ne devenait pas quelqu’un d’autre.

Fatigué de se poser des questions, il attrapa son sac et le posa par terre avant de s’asseoir sur le bord du lit. Il se massa les tempes, évitant d’approcher de trop près le bord de ses yeux douloureux et remonta ses lunettes noires sur son nez Elles étaient dérangeantes et ses oreilles commençaient à ne plus les supporter. Quelle heure était-il ?

Samuel jeta un coup d’œil à sa montre, que lui avaient ramené ses parents. 14h30. Ah ! Le rendez-vous était dans une demi-heure ! Le temps de faire le voyage jusqu’ici, presque 3 heures ! Courage Johann !

Samuel s’amusa de son impatience, se morigénant tout seul de son air enfantin. Il connaissait Johann par cœur… De fond en comble…

Mai à quoi je pense ? s’insurgea-t-il en rougissant. Bah. Johann est bien foutu et c’est un bon coup, de ce que je me souviens des 5 seules fois où on a pu expérimenter cela… De toute façon, tant que c’était avec lui, c’était bon ! C’était le seul qui pouvait le toucher et le voir nu, le seul !

Ah ! A penser ainsi, son impatience grimpait ! L’excitation le fit se lever et il arpenta la salle. 14h45. C’était long ! Il se rassit et alluma la télé. Un jeu télévisé ? C’et parti ! Ca ferait bien passer le temps, non ?

En soupirant, Samuel se rassie sur le lit puis s’y allongea. Au bout de quelques minutes, sa vue se troubla. Ah non ! Il éteignit la télé et ferma les yeux, s’allongeant de tout son long. Il devait absolument voir tout à fait clair quand Johann arriverait, ce n’était pas possible autrement !

Il calma sa respiration et, les yeux fermés, s’obligea au calme. Tellement, qu’il s’endormit. Ce fût une infirmière qui vint le réveiller.

« Samuel ? Samuel ! Ah, tu te réveilles ! Tu ne devais pas partir aujourd’hui ? Ton sac est fait en plus ! »

Samuel émergea et mis quelques secondes à se réveiller. Il cligna des yeux, remonta ses lunettes et fixa l’infirmière. Brune, les cheveux courts, une légère touche de maquillage visible, une blouse blanche qui lui arrivait aux genoux, un pantalon blanc qui complétait le tout. Le col était strié de deux lignes bleues, fines. Les yeux de l’infirmière, d’un brun perçant le questionnait silencieusement. Elle s’appelait Johanna et s’était occupé de lui pendant ses deux jours à l’hôpital. Oh ! Que de détails visibles ! Que c’était bon de pouvoir fixer les gens, les regarder et les inspecter de la tête aux pieds.

« Ah oui ! Johann doit passer me prendre à 15h !

-Mais il est 16 heures passés…

-Quoi ?! Ce n’est pas le genre de Jo d’arriver en retard… Je vais appeler… »

Samuel sortit son portable et appuya deux fois de suite sur la touche du téléphone vert. Il tomba directement sur la messagerie. Fronçant les sourcils, il le dit à l’infirmière. Elle lui sourit, tenta de le rassurer, Paris était tellement bondé en voitures, il y avait toujours d’interminables bouchons. Mais Samuel ne parvint pas à se calmer. Johann avait éteint son portable… Pourquoi ?

Il s’obligea tout de même au calme et s’installa sur son lit, attendant silencieusement.

16h30 arriva. Mais Johann n’était toujours pas là… Samuel fatigué de cette interminable attente, se leva et partit inspecter les couloirs. Ca le changerait de sa chambre qu’il n’avait pas quitté une seule fois jusque maintenant !

Il ouvrit la porte et entra dans le couloir. La lumière était plus forte et l’odeur d’anesthésiant aussi. Ce n’était pas très agréable mais il en aurait fallu plus pour le retenir coincé. Il s’avança et longea les murs. Des malades, de tous âges et toutes pathologies déambulaient à ses côtés. C’était assez effrayant lorsqu’il y pensait. Tant de personnes malades…

Il bouscula quelqu’un, inattentif qu’il était, et s’excusa aussitôt. La personne en face tomba et il l’agrippa aussitôt pour le relever. C’était un petit garçon d’une dizaine d’années.

« Est-ce que ça va ? Tu t’es fait mal ?

-Non… Docteur…

-Ah ! Je ne suis pas un docteur mais… »

Le visage que le petit garçon leva vers lui était déterminé mais tout de même légèrement hésitant. Ses yeux étaient trop clairs pour voir grand-chose. Se pouvait-il…

Les paupières clignant et le regard cherchant sans vraiment se poser sur quelque chose, geste qu’il connaissait par cœur pour avoir vécu ce manège plus d’un an et demi, assurèrent son diagnostique : l’enfant était aveugle.

« Tu allais où comme ça ? », finit-il par demander.

« Qui êtes-vous ? », rétorqua le garçon en reculant d’un pas, cherchant et trouvant le mur de sa main palpant l’air sur le côté.

« Ah ! Je suis un ancien malade. Mais je suis guéri…

-Oh… Et qu’est-ce que tu avais ?

-Eh bien… La même maladie que toi : je ne voyais rien…

-… C’est… C’est vrai ?  Et tu es guéri ? »

Samuel eut un petit rire amusé et répondit par l’affirmatif.

« J’ai eu un accident de voiture, il y a plusieurs mois. Et on m’a dit que si je venais à l’hôpital et que je me faisais opérer, je pourrais revoir à nouveau…

-C’est vrai, tu sais ! J’étais comme toi, il y a deux jours ! Et quand est ton opération, bonhomme ?

-Demain matin…

-Oh… Tu as un peu peur n’est-ce pas ? Où est-ce que tu allais, d’ailleurs ?

-J’étais parti faire un tour, mais je crois que je me suis perdu… Ah ! Je m’appelle Nicolas, et toi ?

-Samuel. Alors, quelle est ta chambre ? Je vais t’aider à la retrouver, tu veux ?

-Oh oui !... Hm… C’était la 308…

-Ah ! C’est juste à côté de la mienne ! Allons-y ! »

Il prit la main du jeune Nicolas et ils commencèrent leur avancée. Samuel ne s’était pas beaucoup éloigné et la chambre du petit garçon ne fût pas longue à se montrer. En effet, elle était juste en face de la sienne.

« Tu veux que je reste un peu avec toi ? » demanda Samuel, réticent à l’idée de se retrouver à nouveau seul.

« Dis, ça fait mal, l’opération ? », commença Nicolas sans plus de préambule, alors qu’il allait s’asseoir sur son lit, pas le moins du monde gêné d’être en présence d’un inconnu.

« Non, ça je peux te le promettre. C’est après que ça va être dur. Tu vas très mal voir, ça donne mal à la tête. Encore aujourd’hui, quand je suis fatigué, je vois tout trouble, c’est vraiment embêtant ! »

A ces mots, il sentit sa propre bouche faire la moue, son corps trahissant son irritation face à cette situation.

Son portable se mit tout d’un coup à sonner et vibrer dans la poche de son jean et, impatient, il sortit l’objet, oubliant tout ce qu’il y avait autour de lui.

Johann…

Mais c’était sa sœur, Hélène. Fronçant les sourcils, il décrocha.

« Allô, Hélène ? »

Il entendit d’abord des bruits étranges puis, après plusieurs secondes d’écoute attentive, comprit que c’était des sanglots.

« Hélène… ?

-Sam… Samuel…. L’hôpital a appelé…. Johann… Jo a eu un accident… Samuel !... »

Les pleurs redoublèrent et le cœur de Samuel rata un battement avant de repartir de plus belle. Ses yeux s’agrandirent, horrifié. Johann…. Mon Dieu, non, pas ça…

« Hélène… Où est-il ? Dans quel hôpital ?

-Le… tien… C’est moi qui le leur ai dit…. Sam, je ne savais pas… quoi faire…

-Tu… Tu as bien fait… »

Samuel sentit ses propres larmes coulées le long de ses joues, en silence, cassant sa voix.

« Ecoute Hélène… Je vais appeler mes parents… Ils vont passer te prendre, d’accord ?

-Ou… Oui-i-i…

-Ne t’inquiètes pas, petite sœur, il n’a peut-être rien… A tout à l’heure… »

Il raccrocha brusquement, respirant bruyamment. C’était trop, trop pour lui. Il eut quelques sanglots puis retint les suivants du mieux qu’il put. Il appela ses parents, leur expliqua la situation, éluda les questions qui ne lui plaisaient pas et raccrocha. Il se sentait fatigué, perdu.

« Samuel ? »

La voix de Nicolas le sortit de son état désespéré. Il se tourna vers lui et ne vit que quelques couleurs tourbillonnantes, flouées. Ses larmes et sa vue encore hésitante avaient eu raison de lui, pour le coup.

« Je suis désolé Nicolas, il va falloir… que je te laisse. Un ami a eu un accident, il est ici, quelque part…

-Ah… J’espère que… ce n’est pas grave…

-Je l’espère aussi, bonhomme. Promis je reviendrai te voir, d’accord ? A bientôt ! »

Il ne savait pas comment il faisait. Un sourire brouillé de larmes lui était venu pour dire au revoir à l’enfant, sortit de nulle part…

Quand il passa la porte, courant presque, il se sentit tout de suite plus oppressé. La peur qui s’infiltrait en lui, ravageait tout. Il était obnubilé par une image effrayante d’une voiture en pièce et d’un Johann perdu, déjà mort, ayant été éjecté de la bagnole par le choc…

Quand on lui répéta pour la dixième fois de ne pas courir, il consentit à ralentir, marchant à perdre haleine, ses yeux brillants et le brûlant.

Il arriva enfin à l’accueil et s’en approcha.

« Excusez-moi », demanda-t-il à l’hôtesse seule, sur le côté gauche. Elle était petite, menue, et souriante. De quoi avoir envie de l’emplafonner sur place !

« Oui ? », demanda-t-elle, polie et élargissant son sourire. Samuel respira fortement pour garder son calme.

« Je cherche un jeune homme du nom de Johann Pauli. Il a eu un accident de voiture, aujourd’hui.

-Attendez… Ah oui, mais je suis désolée, il est en salle opératoire. Vous devriez vous asseoir. La salle est au bout du couloir, à votre gauche. Vous descendez un étage, ils sortiront de là. Mais vous devrez attendre plusieurs heures avant de voir sortir le médecin et le patient.

-Et…. Et vous savez… ce qu’il a ? »

La question lui écorchait la gorge et la lui nouait. Mon dieu, pourvu que ce ne soit pas trop grave…

-Le médecin répondra à toutes vos questions quand il sortira du bloc », répondit l’hôtesse, d’une voix sèche, mais cachant très mal la note d’angoisse que Samuel décela. La perte de sa vue avait influencé admirablement ses autres sens à se développer. Ce qui l’angoissa plus encore.

Il hocha la tête, ne répondit rien, et prit le chemin qu’elle lui avait indiqué. Sa vue se brouilla de nouveau et il s’obligea à l’effort pour retrouver une vision stable. Il suivit les panneaux qui lui indiquaient les urgences tout en surveillant les conseils de l’infirmière. Il trouva la salle indiquée, ses yeux oscillant entre une vue claire et floue.

Samuel s’assied lourdement sur des chaises qui s’étalaient le long d’un mur. Il songea un instant se trouver dans un mauvais rêve, un film dramatique duquel il devait se sortir. Son sang bourdonnait à ses oreilles. Johann, Johann… Il croisa les doigts et les posa contre son front, commençant à balancer son corps d’avant en arrière. Il respira bruyamment, pensant à ne pas s’arrêter, à aspirer l’air et à l’expirer. Hélène et ses parents allaient mettre 3 heures à venir, Johann serait-il sorti à ce moment-là ?

Mais pourquoi cet accident ?! Pourquoi maintenant, pourquoi lui ?!

Samuel serra les dents et passa ses deux mains liées dans son cou. Il poussa un long soupir et s’obligea à penser à autre chose. Mais chaque mur qu’il voyait, chaque odeur qu’il sentait, le ramenait à la réalité : c’était l’hôpital, le lieu qu’il aurait dû quitter depuis plusieurs heures déjà. Il n’en était plus le patient, c’était Johann qui avait pris sa place.

Johann…

Samuel soupira de nouveau et s’étira, décroisant ses doigts et allant remonter ses lunettes. La tension nerveuse troublait complètement sa vue, la rendant à présent inutilisable. Seul le blanc nacré l’entourait.

Qu’allait-il lui arrivé à présent ? Combien de temps Johann allait-il rester coincé ici ? Impossible à deviner, mais ça ne devait pas être grave, c’était impossible ! N’est-ce pas ?

Mais si, justement, cet accident avait été sérieux ? Si Johann…

Non, il ne devait pas penser ainsi, c’était impossible, un point c’est tout !

Un bruit métallique se fit entendre sortant Samuel de sa torpeur. Il jeta un regard rapide à sa montre : 18h30. Il releva la tête puis finit par se mettre debout alors que le bruit métallique s’approchait encore. Il contempla la porte à battants qui le narguait, apparaissant distinctement à intervalles irréguliers.

Elle s’ouvrit d’un coup, le faisant sursauter et sa vue, sous le choc, s’établit instinctivement : un brancard avançait vers lui, entouré de deux infirmières et d’un médecin. Il se précipita vers eux avant qu’ils ne l’atteignent. Le médecin le stoppa aussitôt avant qu’il ne se jette sur le lit.

« Vous êtes de la famille ?

-Si c’est Johann, alors oui !

-Johann Pauli ? Oui, c’est bien lui. Et vous êtes ?

-Samuel Mariet, son… petit ami ! »

Le blond afficha un air déterminé et provocateur. Le médecin quitta son visage impassible un instant, un minuscule sourire tentant vaguement de s’imposer, avant de reprendre contenance et sérieux. Ce geste généreux déstabilisa complètement Samuel.

« Votre ami est gravement atteint. Un chauffeur s’est endormi dans son véhicule et a fauché votre ami contre la rambarde de , sur l’autoroute. La voiture s’est renversée, est passée par-dessus la rambarde de sécurité et a continué ses tonneaux sur plusieurs mètres. Il est dans un coma profond. Nous ne pouvons à présent plus rien faire, tout dépend de lui. Je suis désolé… »

Les mots mirent un long moment à s’infiltrer dans son cerveau et bien plus de temps s’écoula avant que Samuel ne comprenne pleinement toute leur signification. Ses yeux s’agrandirent, se dilatèrent puis se mirent à briller, les larmes refusant de sortir. Sa bouche trembla imperceptiblement et il fit un pas en arrière avant de se laisser tomber sur l’un des sièges qui s’étalaient le long du mur blanc. Sa vue se troubla complètement.

« Vous allez bien, Monsieur ?

-Ce n’est rien, ma vue n’est pas encore stable.

-Vous venez d’être opéré ?

-Oui, Johann venait me chercher aujourd’hui… Ce n’est pas possible… »

Samuel agrippa ses cheveux et les serra avec force, tenté de se les arracher.

« Venez, jeune homme. Nous emmenons notre patient à sa chambre. Ses affaires personnelles qui ont été retrouvées au lieu de l’accident y ont été déposées. »

La main du médecin lui prit le bras et l’obligea à se relever. Il suivit le brancard d’un pas hésitant et perdu.

Johann, Johann… Il ne pouvait pas… Ce n’était pas possible, c’était un cauchemar !

Il suivit le médecin sans même savoir où ils allaient. Il ne remarqua pas tout de suite qu’ils entraient dans une chambre, mais quand on déposa Johann sur le lit, il s’y précipita. Sa vue étaient encore un peu troublée mais il discernait un peu son entourage.

« Nous vous laissons, Monsieur.

-Oui, et merci Docteur, » répondit Samuel sans même jeter un regard au dit médecin. Toute son attention était portée sur Johann, allongé. Il ne parvenait pas encore à le voir.

Il expira longuement, ferma les yeux et son cœur se mit à battre plus fort quand il comprit que le visage du jeune homme allait lui apparaître dans peu de temps. Ce serait la première fois… Et quelle première fois, mon Dieu !

Il tenta de se calmer et sentit les sanglots obstruer sa gorge. Il se la racla avant d’ouvrir les yeux, attrapant la main de son ami, bandée.

Il tomba sur le blanc du drap et remonta son regard vers le visage, lentement. Il approcha son visage et enfin tomba sur le trésor qu’il convoitait depuis tellement longtemps !

Il se rappela les sensations qu’il avait senties du bout de ses doigts et les rapporta sur la vision qu’il avait à présent de Johann. Son visage était à moitié bandé et tuméfié mais on pouvait remarquer sa beauté, imaginé les différents airs qu’il pouvait prendre, de colère, de joie, de tristesse… de désir… de plaisir…

Ce fût quand il sentit une goutte d’eau tomber sur son bras que Samuel remarqua qu’il pleurait. Les sanglots se firent plus bruyant et il pleura sans plus résister, n’arrivant pas à garder tout cela silencieux. Il s’étouffa presque et serra avec force la main qu’il avait entre les siennes, la portant contre son front puis sa joue, avant de l’embrasser.

« Johann… Hm… Qu’est-ce que je dois faire ?... Qu’est-ce que je dois… faire ?... Sans toi… Sans toi… Rien ne va plus… Tu m’as appris… à vivre, à rire… malgré ma cécité… Tu es tout ce que j’aime… tout ce qui fait ma propre vie… Sans toi, je ne suis… plus rien…

-Samuel, tu as tort ! », répliqua une petite voix féminine avant d’éclater en sanglot et se jeter sur lui. Le blond attrapa Hélène tout contre lui et la serra avec force, mêlant ses larmes aux siennes.

« Tu as tort ! Tu as tort… Johann ! JOHANN ! »

Il étouffa les cris de la jeune fille contre son épaule en se laissant tomber au sol avec elle.

« Chut Hélène, chut… C’est ma faute… ma faute… »

Ses propres pleurs redoublèrent alors que pour se consoler il attrapait plus étroitement la jeune fille. Mais celle-ci se détacha de lui et le gifla avec force.

« TU AS TORT ! Arrête ! Ah ! Johann ! JOHAAAAAAN !! »

Samuel comprit, après un instant d’ébahissement, qu’Hélène était entrain de faire une crise de nerf. Il la prit dans ses bras et la gifla à son tour, d’abord doucement puis avec force. Elle l’attrapa au cou et y enfonça son visage. Il se rappela alors de leur conversation avant qu’il ne rentre à l’hôpital… Hélène… Johann… Sans lui, qu’allait-elle devenir ? Ses parents absents, incapables de s’occuper de leurs propres enfants… Hélène sa toute, toute petite sœur. Cette petite boule d’énergie, cette enfant si joyeuse…

Ses sanglots se calmèrent et il commença à essayer de rassurer Hélène. Il lui murmura des mots sans sens, bredouilla d’autres paroles inintelligibles, lui caressa le dos. Il la sentit se détendre et, plusieurs minutes plus tard, elle s’endormit dans ses bras. Il soupira, soulagé et épuisé. Anéanti. Il resserra son étreinte autour du petit corps d’Hélène. Il ne lui restait plus qu’elle…

Il la prit plus confortablement dans ses bras et se releva. Il remarqua alors la présence de ses parents. Sa mère était en larmes, son père tentant de la rassurer, un bras autour de ses épaules, la serrant contre lui.

« Je… », essaya Samuel. Mais il ne savait pas quoi dire. Il referma sa bouche, la rouvrit, incapable de dire un mot. Il finit par soupirer, frustré et alla déposer Hélène sur le lit vide à côté de celui de son frère. Il la détailla longuement, s’étonnant de son apparence. Elle avait l’air plus âgé que son âge. Elle était belle, leur petite sœur, elle était merveilleuse… Ses cheveux blonds, un peu caramel, ses yeux qu’il devinait verts, son corps fin… Il lui caressa la joue.

« On sort ? », demanda Samuel avant de passer la porte sans attendre de réponse, s’échappant de l’atmosphère étouffante de la chambre.

La pénombre de la pièce se transforma en vive lumière dans le couloir. Ebloui, le blond cligna des yeux, irrité, et alla s’asseoir sur un siège du couloir. Un soubresaut le prit puis des frissons. Il n’allait pas bien, il commençait même à avoir des nausées. Il repoussa les nouveaux sanglots qui lui venaient. Il ne devait pas recommencer. Il avait craqué une fois, pas encore !

« Samuel ? »

Il tourna la tête vers ses parents qui s’installèrent de chaque côté de lui, le prenant par les épaules et la taille. Il se sentit réchauffé par leur présence.

« J’aurais dû vous en parler depuis des années…

-De quoi ?

-De… mon homosexualité…

-Crois-tu vraiment que tu es passé inaperçu à ce niveau-là ? Nous avions depuis longtemps plus ou moins compris le problème. Nous attendions juste que tu nous en parles… Mais tu ne l’as jamais fait, alors nous n’avons pas essayé non plus… »

Les paroles de sa mère le touchèrent et il se resserra contre elle.

« Ce n’était pas facile… Et en plus quand j’ai eu mon accident, à la patinoire… C’est devenu impossible pour moi…

-Nous étions nous-mêmes perdus. Nous ne savions plus quoi faire, et ton ophtalmologiste nous a conseillé de changer de décors, de partir. C’était une sage décision, je pense.

-Il ne pouvait pas en avoir de meilleur, effectivement. J’ai rencontré Johann, et c’est grâce à lui que j’ai pu m’en sortir… Et maintenant, il est dans ce lit… Et ça me… »

Il ne réussit pas à terminer sa phrase, trop occupé à stopper ses sanglots, à s’obliger à respirer longuement, à savourer l’étreinte mêlé de ses parents.

« Et depuis quand, tous les deux…

-Un an environ… Je ne pourrais pas vous expliquer ce que nous ressentons. J’ai déjà eu des petits amis. Mais avec lui, tout était différent… Il était toujours là quand ça n’allait pas, c’est lui qui m’a poussé à avancer, à accepter ma cécité, à m’accepter moi-même. Et puis il y a eut Hélène, sa petite sœur. Elle est devenue ma petite sœur aussi. Nous formions un peu une famille tous les trois. Johann et moi passions notre temps ensemble, puis Hélène arrivait et on s’occupait d’elle, comme des parents… Je ne sais pas comment vous expliquer dans quelle situation nous étions. On n’arrivait pas à se quitter, c’était fusionnel…

-Tu parles au passé, chéri. Johann est toujours vivant. »

Samuel refoula encore ses larmes et hocha la tête. Pourquoi avait-il parlé au passé ? Johann allait se réveiller ! Bientôt ! Il n’y avait pas d’alternative !

Bientôt !

oOo

Elle passa la porte du bar. Ses amies devaient l’y attendre. Un groupe, anciennement créée dans leur lycée, devait jouer ce soir et elles avaient décidé d’aller les écouter. C’était l’un de leur dernier concert au Joystar ; ils avaient enfin eu droit à un contrat avec une grande maison de disques. Ils la méritaient, d’après ses amies. Elle, elle ne les avait jamais entendu jouer.

Le bar était bondé, et tout était sombre. Elle n’y voyait pas grand-chose. Comment allait-elle retrouvé ses amies ?

Elle soupira de frustration et s’avança. Elle réussit à se frayer un chemin jusque devant la scène mais pas l’ombre de l’une de ses amies. Une table se libéra tout à côté d’elle, un homme apparemment lassé d’attendre le groupe s’était levé pour partir. Elle prit aussitôt sa place, elle-même lassée de chercher ses amies. Tant pis !

Quelques instants plus tard le peu de lumière encore présente s’évanouie et des cris se firent entendre. Des exclamations, des sifflements. Elle reconnu plusieurs fois le nom du groupe scandé : First Flour. FF, pour les intimes.

Elle rejeta ses préjugés et attendit le premier morceau. Les premières notes de musique l’étonnèrent. Elles étaient douces et mélodieuses. Puis un grand coup de batterie et la pop de la chanson fit son apparition. Elle s’étonna d’apprécier le genre. Ce n’était pas trop, ni trop peu. C’était juste. Il n’y avait pas d’abus d’instruments, la mélodie était attachante. Et la voix du chanteur se profila, d’abord en chuchotement, puis plus fort, atteignant sa tonalité de croisière.

Elle frappa dans ses mains, imitant les autres et regarda le chanteur avec attention. Sa voix n’était pas grave mais médium. Il arrivait à atteindre les aigus comme les graves. Il l’étonna. Le bassiste était excellent aussi, la mélodie qu’il avait entamé au tout début continuait de se jouer par son instrument. Le guitariste n’avait pas encore l’air très à l’aise mais s’en sortait à merveille. Le batteur avait un genre tout à fait à lui qui plaisait énormément à la jeune fille. Un mélange de punk / rock. Il sortait de l’ordinaire parmi ses compagnons.

Son regard revint au chanteur. Il continuait d’entonner sa chanson, le regard au loin et sa voix lui parvenait en lui réchauffant le cœur. Oui, effectivement, elle pouvait le dire à présent : ils avaient véritablement mérité leur contrat ! C’était terrible !

Elle applaudit avec force ce premier single et savoura les suivants. Les différents genres des personnes du groupe avaient été utilisés pour rythmé chaque chanson. C’était un travail d’équipe remarquable !

Les chansons suivantes s’étalèrent sans vraiment se ressembler et elle applaudit bien fort la fin de la première partie. L’entracte laissa place à un tout nouveau groupe entré au bar et elle commanda une Smirnoff en écoutant distraitement. Ils n’étaient pas mauvais, mais n’arrivaient pas à la cheville des FF.

Elle sirotait son verre depuis déjà quelques minutes quand deux garçons vinrent s’installer à sa table. Elle voulut les faire partir, ayant envie de rester seule, mais elle s’arrêta net dans son élan lorsqu’elle discerna leurs visages. C’était plus difficile de les reconnaître dans l’ombre du bar que sur scène mais c’était effectivement deux membres du groupe : le batteur qu’elle trouvait particulièrement à son goût, et le chanteur. Ce fût le batteur qui commença la discussion :

« On t’a remarqué de la scène. Il n’y a pas souvent de jolies filles qui apprécient réellement nos chansons…

-Vous rigolez ! Vos mélodies sont géniales ! Et vous avez un travail de groupe superbe. Vos morceaux ne se ressemblent pas mais ils définissent chaque fois l’un de vous… Je me trompe ? »

Elle se trouva idiote d’avoir parlé comme une groupie. Mais ils ne semblaient pas s’en formalisé plus que cela, au contraire.

« En fait, tu as parfaitement raison. Comme quoi, nous aussi nous n’avions pas tort : tu as véritablement écouté nos chansons. »

C’était le chanteur cette fois qui avait parlé. Elle le détailla de plus près. Il était vraiment pas mal avec ses yeux verts et ses cheveux bruns. Mais un imperceptible tic au niveau de ses yeux lui rappelait quelqu’un, elle ne trouvait cependant pas qui.

« Je m’appelle Nathan et lui, notre batteur, c’est Julien. Et toi ?

-Hélène. Enchantée. »

Hélène leur sourit puis but une gorgée de sa boisson tout en jetant des coups d’œil à la dérobé au batteur. Ce fût en regardant de nouveau le chanteur, le regard échoué elle ne savait où, qu’elle comprit pourquoi elle avait reconnu ce genre de regard.

« Dis-moi si je me trompe, Nathan, mais… tu es aveugle ? »

Elle avait chuchoté sa question. Nathan se crispa, ce qui donnait réponse à la question de la jeune fille.

« N… Non ! Qu’est-ce que tu racontes ? »

Il était troublé et Hélène était tout à fait sûre d’elle. Elle jeta un regard au batteur qui se détourna, gêné.

« Ca ne sert à rien de mentir, je reconnais bien ce tic que tu as, de chercher à droite, à gauche avant de répondre. Avec l’habitude, je sais reconnaître un aveugle qui se cache.

-… Bon, oui… C’est vrai, je suis aveugle, mais chut, personne n’est au courant, à part le groupe… Purée, c’est la première fois que quelqu’un le remarque !

-Je suis habituée, je te l’ai dit. Mon grand frère était… Enfin… »

Elle n’osa continuer. Depuis l’accident, elle ne savait plus qui elle devait appeler « grand frère ». Johann était dans le coma depuis trois ans à présent et Samuel s’occupait d’elle. Très bien même, il était adorable et elle l’aimait énormément

« Ton grand frère est aveugle ?

-Il l’était, » corrigea-t-elle. « Il s’est fait opérer après un accident de patinage.

-Ah ! Il a eu le courage de se faire opérer ! », s’exclama Julien, le batteur. « Tu vois ! Si t’étais un peu moins appréhensif, Nat !

-Ca va, hein ! », répliqua le concerné en donnant un coup de poing à l’épaule de son ami, parfaitement à l’aise avec ce geste malgré sa cécité. « Je t’ai rien demandé, je fais ce que je veux de ma vie ! Bon allez le spectacle va reprendre ! A plus tard, Hélène ! »

Ils se levèrent, et Julien attrapa son ami par les épaules pour le conduire. Leurs geste étaient parfaitement naturels, on n’aurait jamais pensé que Nathan était aveugle si ce n’était ce tic que la jeune fille avait reconnût. Elle reconnût aussi qu’ils étaient très forts à ce jeu de rôle.

Les First Flour reprirent d’assaut la scène et emportèrent une nouvelle fois Hélène loin de tous ses problèmes. C’était grisant, agréable. Elle se sentait plus détendue en écoutant la musique et les paroles des chansons qui se suivaient.

Elle regarda la scène, contemplant les membres du groupe un à un. Arrivé à Julien, le batteur, celui-ci lui fit un clin d’œil et un grand sourire. Elle s’obligea à ne pas rougir, chose difficile.

Plusieurs morceaux plus tard, un tonnerre d’applaudissement félicita le groupe pour sa performance. Hélène n’en était pas exclue et elle frappa fort dans ses mains en criant pour les encourager pour la suite à de nouvelles chansons.

Elle finit sa bouteille et décida de sortir. Le spectacle était fini. Il avait été magnifique et l’avait fait rêver. Elle s’était même imaginé au bras du batteur, elle, si terre à terre. Mais le rêve touchait à sa fin, il fallait qu’elle se réveille.

Elle se leva et se fraya  un chemin pour regagner la sortie. Là, elle croisa l’une de ses amies et elles s’exclamèrent en même temps, ravie de se retrouver. Quand les quatre amies enfin réunies se retrouvèrent dehors, Hélène se fit harceler pour savoir où elle était passé.

« Quand je suis arrivée, j’ai eu juste le temps de m’asseoir à une table libre que le concert commençait. Je ne vous ai pas vu…

-Oh, Hélène ! On t’a cherché partout et tu ne venais pas. On a même appelé sur ton portable. »

Hélène fronça les sourcils et sortit son portable de sa poche de jean. Avec toutes les percussions faisant vibrer le sol elle n’avait ni entendu la sonnerie ni sentit son portable vibrer. Quatre appels en absence. Zut ! Elle aurait dû y penser !

« C’est pas grave ! », dit-elle à ses amies. « On s’est retrouvé et c’est le plus im

-Hélène ! Ah ! On a crû que tu étais déjà partie, ouf ! »

On l’avait appelé en sortant du bar. C’était une voix d’homme et elle se retourna pour se retrouver face à Julien et Nathan.

« On a fait le plus vite possible pour te rattraper. On avait quelques trucs à te demander, tu peux venir ? »

Hélène se tourna vers ses amies qui fixaient les deux jeunes hommes. L’une d’elle souffla « Fisrt Flour » et la jeune fille ne pût s’empêcher de les présenter :

« Voici Julien et Nathan. Les gars, je vous présente Alice, Marie et Julie, mes amies du lycée.

-Ah ! Trop de « i » pour mes pauvres oreilles ! », plaisanta Nathan, faisant gloussé les trois filles. Il était tout à fait à l’aise et avait l’air de fixer chacune d’elle. Hélène était vraiment impressionnée par son jeu.

« Ca vous dérange si on vous emprunte Hélène pour ce soir ? On a quelques questions à lui poser… », lança Nathan, continuant sur sa lancée.

Les trois amies de la jeune fille bredouillèrent des « non » et les deux garçons la prirent par les épaules pour l’attirer dans une direction. Hélène se laissa embarquer après avoir essayer trois fois de se dérober. Ils la tenaient fermement. Pourtant elle n’avait pas peur, ils étaient simples et naturels, elle le sentait.

« Euh… Ca te dérange pas trop que je te tienne comme ça ? Ca fait plus naturelle que si je me tenais à Ju alors qu’il y a une fille. »

Hélène fit non de la tête avant de répondre au jeune chanteur.

« Pas de problème, je comprends. »

Ils avancèrent ainsi durant plusieurs mètres avant que Nathan ne reprenne la parole.

« En fait… j’aurais voulu te poser quelques questions sur ton frère…

-Comme ? », demanda Hélène, male à l’aise. Samuel n’était pas son véritable frère… Mais il s’occupait bien d’elle, ils s’aimaient comme des frère et sœur.

« Quand… Quand il s’est fait opérer des yeux, il a eu mal ?

-Non. L’opération ne fait pas mal, tu es endormi. Après c’est plus difficile. Tu as continuellement des maux de têtes pendant plusieurs jours et tu ne vois pas très bien, c’est flou. En plus, la lumière est très agressive, d’après Sam.

-Sam ?

-Mon… Grand frère… Enfin il ne l’est pas vraiment mais c’est compliqué.

-Oh… Ne t’en fais pas, nous ne serons pas indiscret, » coupa Julien, rassurant. « Nat se pose juste des questions.

-Tu sais, » reprit Hélène en se tournant vers Nathan, « prendre la décision de se faire opérer n’a pas été difficile pour Sam. Il voulait vraiment voir mon grand frère, alors il a…

-Attends, attends, stop ! Tu as deux grands frères ? »

Hélène se mordit les lèvres. Là, elle avait fait une gaffe.

« Ca vous ennuie si je vous quitte maintenant ? J’ai vraiment besoin d’être seule. »

Elle leur jeta un coup d’œil. Julien dévisageait son ami, puis il la relâcha de ses bras et prit l’épaule de son ami.

« Tu as un numéro de portable ?

-Ca dépend de l’utilité que vous en ferez.

-Juste te poser des questions sur mon problème ! », s’exclama aussitôt Nathan.

« Et pour boire un verre, c’est possible aussi ? », rajouta Julien avant de se prendre un coup de coude dans le ventre par son ami.

Hélène rit avant de répondre :

« Je serai ravie pour les deux ! »

Et elle leur donna son numéro avant de partir tranquillement, rentrant chez elle et laissant les deux autres repartirent ensemble.

Elle prit le bus et descendit à son arrêt. Elle jeta un œil à sa montre. 22 heures et Samuel n’avait toujours pas appelé. Pourtant elle était sûre que, comme d’habitude, il avait été voir Johann.

Alors qu’elle rangeait son portable après avoir bien vérifié les appels et les messages qu’elle avait, il se mit à vibrer et entonner une petite mélodie. Elle le ressortie vivement et lu le message. Il était de Samuel.

Pas de changement.

Je t’embrasse ma petite Minnie.

Passe une bonne nuit et fais de beaux rêves.

Elle soupira et rangea le portable. Pas de changement. Ca faisait trois ans que ça durait et Sam continuait d’aller le voir un jour sur deux, sans manquer un seul de ces rendez-vous.

Elle descendit du bus quand il atteignit son arrêt et se dirigea vers sa maison. La lumière était allumée. Ses parents étaient là…

Elle se figea aussitôt et la scène de l’hôpital lui revint en mémoire, la pétrifiant.

« Non mais comment a-t-il pu avoir ce bête accident ! Et qui va s’occuper d’Hélène à présent ? On n’a pas le temps, nous ! Johann, tu es vraiment un enfant à problème ! Tu nous laisses tout sur les bras ! Non mais quel manque de discernement ! »

Hélène essaya de respirer calmement. Elle devait se souvenir de Samuel, qui avait été la pour les défendre. Il avait crié sur eux et leur avait dit de sortir, de disparaître, qu’ils n’avaient pas besoin de revenir. Qu’elle était sa petite sœur à lui aussi et qu’il s’en occuperait très bien !

Elle en avait pleuré… Mais depuis, ils revenaient de temps en temps à la maison.

Elle fit un pas en arrière puis demi-tour. Elle sortit à nouveau son portable de sa poche et composa le numéro de Samuel.

« Oui, Hélène ?

-Samuel, est-ce que je peux venir dormir chez toi ce soir ? »

Un gros soupir s’échappa à l’autre bout du fil. Un long silence s’établit. Hélène se crispa au téléphone.

« C’est bon, tu as un train qui part dans une demi-heure, tu y seras ?

-Oui !

-D’accord, je réserve. Tu me passeras le guichet quand tu y seras. Courage, ma Minnie, d’accord ? A tout à l’heure.

-Oui, Sam… Eh, Sam ?

-Oui ?

-Je t’aime…

-Moi aussi je t’aime, petite sœur. Arrive vite pour me sortir de ma solitude ! »

Son ton était moqueur mais aussi mélancolique. Elle rit et ils raccrochèrent.

Elle réussit à prendre le train en direction de Paris, là où habitait à présent Samuel, en appartement, et reçu même un message de Julien, ce batteur qui l’attirait tant, en si peu de temps ! Il l’invitait à boire un coup le lendemain. Elle répondit à regret qu’elle ne pourrait pas : elle serait à Paris. Il l’appela sans plus attendre. Il était pire qu’elle, il n’avait vraiment pas froid aux yeux !

« Ca va ?

-On ne peut mieux ! », répondit-elle. Elle rit doucement. Savoir qu’elle allait retrouver Samuel la détendait et la rassurait.

« Alors, que vas-tu faire à Paris si vite, tu y habites ?

-Non, mais mon frère y habite, lui.

-Lequel ?

-Samuel, celui qui était aveugle.

-Et l’autre s’appelle comment ?

-Johann.

-Ok. Donc tu as finalement deux grands frères.

-On peut dire ça comme ça… », murmura Hélène. Et pour éviter toute autre question, elle enchaîna :

« C’était la première fois que je vous écoutais ce soir. C’était vraiment bien. Pour quand le prochain concert ?

-Dans une semaine, dans une salle de Paris justement ! Une vraie salle de concert. La pub a déjà commencé !

-Oh ! Tu as l’air impatient !

-Et comment ! Ca fait des années qu’on attend notre moment de gloire, chère petite !

-Hé ! Je dois avoir à peine deux ans de moins que toi !

-J’en ai dix-huit, et toi ?

-Quinze…

-Tu fais plus vieille ! »

Il y eut un bruit du train, un grand grincement des freins et il repartit de plus belle.

« Dis, tu es où ? », demanda Julien.

« Dans le train. Samuel a réussi à me prendre un billet pour ce soir, heureusement !

-Bien gentil le frangin !

-Ah ça !

-Et tu n’as pas cours demain ?

-Je te rappelle qu’on est samedi soir.

-Ah exact… »

Un bruit de fond se fit entendre puis des voix et Julien s’excusa : il devait partir. Ils raccrochèrent et Hélène posa son portable sur ses genoux en souriant rêveusement.

Après une heure le train commença à freiner et le haut parleur prévint de l’arrivée à destination : Paris.

Hélène se leva et se posta à la porte de sortie de son wagon. Le train freina encore un peu et elle s’appuya sur un mur pour ne pas perdre son équilibre. Un dernier petit freinage, plus sec, et il ne bougea plus. Elle ouvrit la porte et descendit. La gare était toujours la même, bondée. Elle longea le quai et quand elle aperçut Samuel, elle courut se jeter dans ses bras. Les gestes affectueux n’avaient pas changé. Elle aimait se lover dans ses bras, elle se sentait bien. Il la serra contre lui et lui embrassa le front. L’acier froid de l’anneau qu’il portait autour du cou accroché à une chaîne du même matériau la fit sourire tristement, alors qu’il la frôlait. Elle savait qu’il avait le deuxième, identique à la main gauche, à la place des bagues de fiançailles. C’était les bagues que l’on avait retrouvé au lieu de l’accident et elle lui avait expliqué, en pleurant, que c’était le cadeau que Johann voulait lui offrir en venant le cherchant. Ses yeux s’embuèrent et elle contra son envie de pleurer.

« Alors ma puce. Ca va ?

-Oui. Je suis désolée de venir t’embêter…

-Jamais, tu ne m’embêtes jamais. Je suis toujours content de te voir ! »

Elle le serra fort puis se dégagea de son étreinte. Ils commencèrent à prendre le chemin de la sortie, bras dessus, bras dessous.

« Mes parents sont rentrés à l’improviste, comme d’habitude. Je n’ai pas eu le courage de rentrer, je t’ai tout de suite appelé.

-Tu as bien fait, ils n’en valent pas la peine. Ils ne t’auraient fait que des misères. »

Elle sourit légèrement et le froid l’envahit quand ils sortirent. Samuel n’habitait pas loin de là, entre la gare et l’hôpital.

« Alors les cours, ça se passe ? », demanda-t-elle, retrouvant sa bonne humeur naturelle.

« Comme d’habitude ! Heureusement que le docteur Henry est là pour m’aider. Grâce à lui, je m’en sors très bien ! »

Samuel, après avoir surmonté sa situation, s’était mis à travailler comme un forcené pour oublier. Ses notes avaient décollé. Enhardit par ses prouesses et une rencontre qu’il avait faite à l’hôpital, un garçon qui s’appelait Nicolas, Samuel avait envisagé de faire des études de médecine pour les yeux. Son expérience lui restait en mémoire et c’est ce qui l’avait décidé. Il avait passé un concours pour une école spécialisée, l’avait réussi et avait emménagé à Paris où elle se trouvait. Hélène avait été très triste, elle s’était sentie laissée derrière, abandonnée.

Puis un jour, ses parents étaient rentrés et elle l’avait appelé. Depuis, elle venait souvent à Paris.

Samuel avait pris le dessus sur sa vie et était même aller, au culot, parler à un expert en ophtalmologie, dans un grand hôpital de Paris. Elle ne savait comment, peut-être que le médecin avait été ému par son histoire de cécité ou peut-être avait-il senti toute l’énergie qu’il déversait dans ses études pour venir en aide aux aveugles – il s’était engagé en tant que bénévole dans un internat pour aveugle, pour s’occuper d’eux, un jour sur deux – mais le médecin avait accepté de l’aider en dehors de ses études. De fil en aiguille, en deux ans, ce médecin qu’elle avait rencontré plusieurs fois, s’était beaucoup attaché à lui. Il s’est occupé de son logement le faisant emménager dans un plus grand appartement et avait subventionné la moitié de ses études. Il l’aidait à réviser, à comprendre, et lui avait même permis d’assister à une opération. Grâce à lui, Samuel s’était encore plus investit dans ses études.

« Et toi, ma puce, les études ?

-Ca va, plus ou moins. Tes parents m’ont encore aidé pour un devoir, ils ont été supers ! »

Il était vrai que les parents de Samuel s’occupaient bien d’elle. Mais elle se sentait étrangère, chez eux, sans la présence de Samuel.

« Plus ou moins, plus ou mains. Ne te laisse pas distancer, hein !

-Ne t’inquiètes pas, c’est promis. Oh, Sam ! Aujourd’hui j’ai été voir un concert !

-Ah ? Et c’était bien ?

-Super ! La prochaine fois, tu viens avec moi, d’accord ? Ca fait longtemps qu’on n’est pas sorti ensemble !

-Hm… D’accord, je te promets. »

Ils arrivèrent à l’appartement et entrèrent. Rien  n’avait changé. Pas même Samuel.

Hélène soupira de soulagement. Ici, elle était chez elle.

« Demain on ira voir Johann, d’accord ?

-Oui ! », s’exclama-t-elle en souriant.

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