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Ne Regarde Que Moi
[Histoire Terminée]
Auteur: Imari Vue: 3242
[Publiée le: 2007-11-07]    [Mise à Jour: 2009-05-28]
13+  Signaler Romance/Drame/Yaoi (HxH) Commentaires : 20
Description:
Samuel a eu un accident. Ayant perdu la vue,sa joie de vivre, son indépendance, sa fierté et sa confiance en lui, il fait la rencontre de Johann aussi mordu de patinage que lui. Une amitié des plus profondes les animera, jusqu'au point de non retour : l'amour.
Crédits:
Tous ces petits personnages sont miens ! Je fais ce que je veux d'eux, et ferais ce que je veux ! *__*
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Rappelle-moi le bonheur

[14424 mots]
Publié le: 2007-11-07Format imprimable  
Taille du Texte: (+) : (-)

Dimanche 2 Septembre 2007 - Dimanche 1er Octobre 2007

Eh voilà !! La rentrée est bientôt là ! Enfin pour moi, personnellement, je ne reprends que le 12 Octobre (j’entends déjà les gémissements et les cris de colères ! Tant que je n’ai pas le droit aux tomates, tout va bien xD)

Voici ma nouvelle petite histoire. Elle ne contiendra qu’environ quatre chapitres, l’histoire est déjà établie, le second chapitre est écrit, bref, j’ai pris de l’avance :)

 

Titre : Ne Regarde Que Moi

Auteur : Imari Ashke aka Ima.

Disclaimer : Tous les personnages présents dans cette fic m’appartiennent.

Genre : Romance, Drame

Rating : M, pour le moment. C’est peut-être un peu fort, mais je préfère ça, on ne sait jamais.

Résumé : Samuel a eu un accident. Ayant perdu la vue et sa joie de vivre, il fait la rencontre de Johann aussi mordu de patinage que lui. Une amitié des plus profondes les animera, jusqu’au point de non-retour : l’amour.

Dédicace : Hm…. Eh bien cette fois, cette histoire est dédicacée à vous tous, mes chers lecteurs. Ceux qui m’ont suivis, ceux qui me découvrent et ceux qui m’ont découverts un jour par hasard et qui reviendront par ici. Donc à tous, un ENORME merci !

 

Petite note post-update : Corrections effectuées le Dimanche 1er Octobre 2007. Le texte a été corrigé du mieux que je pouvais sans bêta-lectrice et je l’ai retravaillé. J’espère qu’il paraîtra plus… sérieux à présent ^^.

 

Seconde petite note : réédition de cette petite histoire, puisque Ff.net a eu des problèmes. Enjoy ! ^^

 

Bonne lecture  : )

 

Ne Regarde Que Moi

 

Première Partie : Rappelle-moi le bonheur

 

« -Samuel, on est arrivé. »

Le jeune garçon blond leva son visage à l’entente de la voix de sa mère et hocha paresseusement la tête, tentant de se réveiller. Il frotta ses yeux bleus et s’étira tel un chaton sous les premiers rayons du soleil.

« -Il est quelle heure ? » demanda-t-il finalement, jouant avec ses bras, faisant craquer les muscles qui lui restaient.

« - Seize heure trente, Sam, » répondit son père d’une voix douce. « Le soleil est déjà en train de tomber. C’est vrai qu’on entre dans l’automne. »

Une porte s’ouvrit et Samuel prit cela comme le signal qu’il pouvait lui aussi suivre : il sortit de la voiture. Il s’étira à nouveau et manqua de perdre l’équilibre. Une poigne à son bras retint sa chute.

« -Fais attention », le sermonna son père.

Ce n’était pas sa faute si le sombre monde dans lequel il vivait lui enlevait à ce point son sens de l’équilibre ! Et qu’on ne lui parle plus non plus de cette histoire de canne ! C’était déjà assez pénible de se sentir si démuni, rajouter encore à sa difficulté la canne du non-voyant aurait été un supplice, la honte suprême. Plutôt crever que de se trimballer avec une chose pareille !

Il hocha néanmoins la tête sans rien dire et laissa sa mère lui prendre le bras pour avancer.

« -Tu verras bientôt, et tu pourras apprécier ce nouvel endroit j’en suis certaine. »

La légère animation qui se dégageait d’elle fit sourire Samuel. Oui…. Ou plutôt non. Il en doutait très fortement. Retrouver la vue ? Cela l’étonnerait plus qu’autre chose ! On avait beau le sermonner et lui jurer qu’avec de la détermination sa minuscule lésion se résorberait, il n’en croyait pas un mot.

Cela faisait bien quatre mois qu’il était aveugle et qu’il vivait ainsi en déséquilibre constant. Il avait eu un accident bête, lors d’une démonstration de patinage en début d’année ; sa tête était allée droit sur la glace après une chute somme toute spectaculaire. Complètement dépassé par les évènements et par ce trou dans la glace apparût durant son mouvement, il n’avait rien pu faire pour amortir sa chute. Il avait perdu l’usage de ses yeux sur le coup. Et maintenant, il survivait en espérant et craignant à la fois le jour où sa vue reviendrait. Mais quand ? Et comment ?

« -Tu te souviens des nombres ? » lui demanda sa mère, le sortant de ses pensées.

« -Oui, je n’ai pas oublié. Huit en diagonale pour accéder à l’escalier à partir de la porte d’entrée et quatre tout droit pour ma chambre. Enfin, deux sur la droite pour toucher mon lit.

-Quelle mémoire ! » se moqua gentiment son père.

Il sourit pour cacher sa colère. Quelle humiliation ! Mais parce que ses parents croyaient au retour de sa vue et parce qu’ils faisaient tout pour l’aider, Sam se refusa le droit aux remarques cyniques. Il leur devait tant !

Ils avaient décidés cet emménagement sans tout d’abord en informer Samuel. Ils avaient longuement réfléchi puis avaient cherché un nouveau lieu d’habitation avant de vendre leur propre maison. Le tout avait été mis en place en quelques mois et, malgré l’année scolaire déjà bien entamée, ils n’avaient pas arrêté leurs démarches. Ses parents voulaient changer d’endroit pour permettre à leur fils de continuer sa vie sans le poids de ce qu’il avait été pour ses amis sur le dos. C’était vrai que tant de tristesse et de regret de leur part avaient irrité et désespéré le concerné, le rendant plus taciturne. Pourtant Samuel avait toujours été jusqu’à ce moment une personne riant facilement, toujours joyeux et prêt à faire des blagues. Ce jeune garçon leur manquait. Leur fils leur manquait ! Il le savait.

Samuel se laissa guider et s’arrêta auprès de sa mère alors qu’elle sortait ses clés pour ouvrir la porte. Il y eut enfin un léger cliquetis et il sentit le vent flirté avec sa peau, se dirigeant à l’intérieur de la demeure alors que la porte s’ouvrait. Il lâcha le bras de sa mère et s’avança le premier, du moins l’espérait-il. Ses parents le laissèrent se débrouiller.

« -Je vais vérifier », fit-il avec un signe de la main qu’il espéra dans la bonne direction.

Il agrippa le chambranle de la porte sur sa route et se tourna comme il en avait le souvenir avant de marcher, comptant dans sa tête et à mi-voix. Il toucha du bout des doigts le mur et fût soulagé de constater qu’il ne s’était pas trompé. Sur sa gauche, en tâtonnant lentement, il frôla puis agrippa la rampe de l’escalier qui montait à l’étage et, a posteriori, à sa chambre.

Il compta les marches, dix-huit pour être exact. Pour l’instant tout se passait bien. Et après ? La pièce qui lui était destinée était sur la droite, au fond du couloir. Il laissa ses doigts courir sur le mur tout en comptant le nombre de pas qu’il faisait. Et sans surprise, au neuvième pas, le toucher devint différent : il palpait une porte. La sienne.

Serrant ses doigts sur la poignée, il entra. Grâce aux maintes excursions qu’il avait effectué avec sa mère, il connaissait cette pièce par cœur. Elle ne représentait que des nombres. Son ancienne chambre lui manquait déjà. Là-bas, ses points de repères étaient des souvenirs, des couleurs, des posters. Là, il n’y avait rien. Juste la forme de meubles familiers déplacés. D’ailleurs, on avait évité de surcharger sa chambre pour qu’il puisse s’y déplacer sans trop de difficulté.

Il tourna sur sa droite et atteignit son lit sur lequel il s’écroula, fatigué. Il y avait tellement de choses à retenir depuis la disparition de sa vue que la migraine le prenait souvent. Samuel se massa les tempes doucement.

Heureusement qu’ils ne m’ont pas inscrit à l’école, pour le moment. C’est vrai que je dois aller visiter et prendre mes repères le week-end prochain mais… J’ai le temps.

Samuel se releva et décida d’aller dehors prendre l’air. Etre resté confiné dans la voiture plusieurs heures l’avait fatigué mais il ne trouverait pas le sommeil aussi facilement. Il redescendit et rejoignit la porte d’entrée sans trop de gêne.

« Où est-ce que tu vas ? » demanda la voix inquiète de sa mère, non loin de lui.

« Dehors prendre l’air. Inutile de me surveiller, je ne vais pas loin. Comment voudrais-tu que je fasse autrement ? »

La question était ironique, son ton amer.

« Tu as pris ton portable ? » demanda quand même son père, se joignant à leur "conversation".

« Oui. »

Samuel tourna la poignée de la porte sans plus de cérémonie et sortit, refermant derrière lui avec un soupir. L’attention de ses parents était insupportable ! Il avait besoin de temps et de calme.

Il fit quelques pas incertains en s’éloignant de la maison sans pour autant se perdre. Il compta le nombre de pas qu’il faisait, fit un demi-tour sur lui-même pour se retrouver face à son point de départ et s’assied à même le sol. L’herbe était fraîche, il s’y laissa aller, s’allongeant sans plus de retenue.

L’école… Il n’avait pas eu à se bagarrer longtemps avec ses parents pour qu’ils acceptent qu’il reprenne ses études, même dans ces conditions. Sa vue devait – normalement – lui revenir. Un jour ou l’autre, tout du moins. Pas aujourd’hui en tout cas. Toujours est-il qu’il n’avait aucune envie de passer ses journées à ne rien faire et, malgré la terreur qui lui retournait l’estomac à la pensée de retourner au lycée dans cet état, il en avait envie. Puis, comme le médecin l’avait dit à ses parents, plus vite il se débrouillerait, mieux ce serait. Arrêter l’école serait une erreur pour ses études et son futur.

Il avait finit par écouter cet homme inconnu qui le rebutait tant. L'ophtalmologiste n’avait pas de visage mais une voix et des mains. Une odeur et un caractère qu’il avait fini par détester. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il avait été son bourreau, celui qui avait fait résonner sa sentence dans ses oreilles. Il en avait même fait des cauchemars de cette voix douce aux mots assassins.

Vous êtes aveugle, Monsieur Mariet.

Samuel soupira. Tout était si compliqué à présent…

 

oOo

 

Samuel avait entouré le bras de sa mère du sien et suivait son rythme. Ils étaient entrés dans l’établissement scolaire qu’il rejoindrait dans peu de temps. Il avait intuitivement trouvé à quel moment ils avaient tous deux passés la grille d’entrée. Le vent soufflait fort en cet après-midi d’automne. Samuel frissonna malgré lui.

« Ca va ? » s’enquit Sophie.

« Oui maman, ne t’inquiète pas comme ça. Je suis infirme, pas malade. »

Il n’avait pas voulu paraître dur, mais ses mots avaient sonné ironiquement. Il était fatigué de la tension qui l’habitait perpétuellement. Sophie lui tapota doucement la main. Il se calma. Elle était adorable… Elle l’avait aidé comme tous les matins, pour s’habiller. Elle lui décrivait ses vêtements et il choisissait sa tenue. Avec le temps, il avait su retenir toute sa garde-robe à l’exception de quelques vêtements. Mais jamais il n’aurait imaginé qu’il avait pu retenir autant d’habits s’il n’avait pas été obligé de recourir ainsi à sa mémoire.

La première fois qu’il s’était rendu compte du problème de l’habillage, il en avait rougit de colère et de honte. Il avait appelé son père avec froideur et lui avait demandé son aide. Mais son père était bien moins patient que lui et une dispute avait fin par éclater. Samuel ne trouvait pas ce qu’il cherchait et son père ne faisait aucun effort pour l’aider, probablement trop irrité par se comportement d’enfant perdu. Finalement, sa mère était entrée et l’avait aidé. Elle était plus douce et tranquille, ce qui arrivait souvent à calmer ses accès de colère.

« Il y a deux marches ici. On va entrer dans le bâtiment. », lui dit Sophie en lui pressant doucement le bras. Samuel se tendit.

« Merci. »

Il hésita quelques pas avant de sentir un obstacle devant ses pieds. Il monta ses jambes pour passer le petit escalier de béton. L’air changea, se fit un peu plus chaud et il devina qu’ils étaient entrés. Ils s’enfoncèrent dans ce qu’il pensa être un couloir. Leurs pas se répercutaient dans un bruit plus aigu et long. Le plafond devait être haut et les murs des côtés assez proches. Il garda pour lui ses hypothèses.

« Hm… Ah ! Je vois, le secrétariat et le bureau du proviseur sont à droite, au premier étage. »

Etage voulait dire : escalier ! Malheur, qu’il détestait cela !

Et en effet, ils durent monter en tout 22 marches, 11 sur chaque escalier, un palier séparant les deux, servant de plateforme pour le demi-tour à effectuer. Ils continuèrent encore leur marche pendant quelques secondes avant que sa mère ne s’arrête. Ils devaient être arrivés. Il entendit un « toc, toc » caractéristique de doigts tapant contre une porte. Un « entrez » se fit entendre. La porte s’ouvrit et sa mère le guida.

Samuel sentit sous ses pieds le béton se transformer en mousse. Ils étaient dans une pièce calfeutrée, au sol recouvert de moquette.

« Bonjour Monsieur le Proviseur. Je suis Sophie Mariet.

-Ah Madame Mariet, oui. C’est pour votre fils aveugle, c’est bien ça ? »

Etait-ce ce mot détesté ou le ton presque jovial qu’avait utilisé cet homme qui fit serrer les mâchoires à Samuel ? Il le détesta aussitôt.

« Eh bien, oui monsieur…

-Bien, entrez, entrez, asseyez-vous donc. »

Sophie accompagna Samuel sur un premier siège où il posa ses fesses laborieusement, coincé entre l’humiliation de cette situation et la colère contre cet homme détestable.

« Je vous ai fait venir un samedi. Il n’y aucun élève à cette heure-ci. J’ai pensé que ce serait plus agréable pour votre fils. »

Les premiers mots l’avaient remonté dans l’estime de Samuel. Les derniers l’en firent descendre aussi sec.

« Je suis aveugle, pas sourd ! » lança-t-il froidement. Ni absent, rajouta-t-il pour lui-même.

« Oui, c’est exact, Monsieur Mariet… Excusez-moi… J’ai pensé que vous pourriez découvrir notre lycée aujourd’hui. Et lundi peut-être pourrez-vous l’intégrer sans grande difficulté.

-Non. Une journée c’est trop peu. J’ai trop de choses à mémoriser. Il me faudra plusieurs jours pour pouvoir ne serait-ce que marcher doucement sans trop me perdre. Et encore !

-Allons, Samuel. Parle mieux s’il te plaît. »

Le jeune homme n’osa riposter qu’il parlait normalement. Il sentait plus que quiconque sa colère vibrer dans sa gorge serrée. Il essaya de se calmer en écoutant le proviseur lui répondre.

« Eh bien… Que penserais-tu de venir les samedis et mercredis après-midi pour cela ? Je pourrais faire appel à un élève de ta classe pour t’y aider ?

-Non ! » répondit vivement Samuel. Paraître perdu était déjà bien assez. Si un élève de sa classe, dès son arrivée, le voyait ainsi humilié dans sa difficulté, il ne le supporterait pas !

Un silence tomba dans le bureau. Puis le proviseur proposa qu’un surveillant s’occupe de cela. Samuel soupira. C’était mieux que rien. C’était mieux que tout, sur le coup.

Le proviseur appela donc un surveillant puis s’entretint avec Sophie encore quelques minutes pour les sujets administratifs et Samuel passa le temps en explorant son fauteuil de la main.

Il n’y avait pas de bras et le rembourrage était mou, attestant de la vieillesse du mobilier. Les pieds étaient légèrement bancals mais rien de très sérieux.

On frappa à la porte et la conversation s’arrêta là pour lui. C’était le surveillant que le proviseur avait choisi préalablement pour faire visiter le lycée à Samuel ce jour-là.

 

oOo

 

« Alors, ce lycée ? »

Samuel s’écroula sur une chaise de la cuisine. Son père était en train de faire le dîner, à en croire l’odeur de pâtes bolognaises qui flirtait devant ses narines. Il coucha sa tête dans ses bras, sur la table, et répondit en marmonnant :

« Fatiguant. Je n’aime pas le proviseur, ça commence bien.

-Le proviseur est une personne que tu ne verras qu’une fois dans ta vie. »

Samuel soupira en souriant. Il laissa filer le verbe « voir », trop épuisé pour faire des remontrances sarcastiques.

« Il y a un doliprane pour moi ?

-Attends, je vais te sortir ce que le docteur m’a donné pour tes maux de tête. »

Il y eut des bruits de tiroirs et de placards que l’on ouvre et le son de l’eau qui coule dans un verre. Samuel se redressa sur sa chaise et il entendit le son mat du verre posé devant lui. Il tâtonna précautionneusement de la main pour trouver les cachets et le verre. Il enfourna les deux pilules.

« Maintenant, tu peux me raconter.

-Très bien, papa. Le surveillant qui m’a accompagné pour la visite était sympa. Et patient surtout. Par ce qu’il en a fallut du temps et des allers-retours pour que je me souvienne exactement du nombre de pas, des directions et des places où je voulais aller. On n’a fait que le premier étage avec la cafétéria, le self et mes premières salles. Je ne me souviens déjà plus de la moitié !

-Tu es fatigué, c’est normal. Tiens, mange donc ça et va te coucher.

-Merci. »

Samuel attendit qu’on lui pose l’assiette et les couverts devant lui pour se mettre à manger, affamé. Réfléchir, compter et calculer étaient plus épuisant que quoi que ce soit d’autre ! Il fila vite dans sa chambre où il se coucha et s’endormit sans difficulté.

 

oOo

 

Il retourna une dizaine de fois au lycée pour enfin mémoriser tout ce qui était important. L’entrée au lycée était le plus difficile, entre les grilles et le bâtiment. Il y avait une large place vide avec quelques bancs plantés au hasard. S’il se trompait de direction dès le début, c’était fichu ! Et quand il pensait à tous ces gens qui seraient présents à ce moment là, il ne voulait plus du tout y retourner. C’était atroce ! Une humiliation quotidienne, un fardeau lourd à porter.

Et pas de patinage pour calmer ses angoisses et sa rage…

Oui, c’était bien ce qui lui manquait le plus. Atrocement même. Il fallait qu’il s’en rapproche à nouveau. Ca lui paraissait vitale, parfois…

C’est décidé !

 

oOo

 

Un vendredi soir, alors que la fraîcheur de fin d’automne secouait ses cheveux blonds, il était face à une porte d’où s’échappait des voix et des rires. Il avait obligé sa mère à le déposer et à partir. Il n’avait pas fait un seul pas avant d’avoir entendu la voiture repartir. Il n’avait aucune envie de sentir le regard de sa mère le couvant, sa voix le suplliant de faire attention, qu’il y avait ceci à sa gauche, cela à sa droite. Trop peu pour lui ! Il avait envie de se débrouiller. Il avait simplement demandé le nombre de marche avant la porte et où se trouvait l’entrée, puisqu’il y avait plusieurs portes, à en croire sa mère. Elle la lui avait alors décrite : 4 marches et la porte tout à fait à gauche. Très bien, il allait réussir. Et seul !

Samuel respira un grand coup et posa une main devant lui, touchant les embrasures. Il les balaya de ses doigts jusqu’à arriver au mur. Là, il descendit sa main le long de la porte, cherchant la poignée. Il fronça les sourcils quand il s’aperçut qu’il ne trouvait pas. Ses yeux lui piquèrent, attestant de sa colère. Il poussa. La porte s’ouvrit. Samuel entra. Finalement, il n’y avait pas de poignée.

L’air était un peu plus chaud ici qu’au dehors. Samuel mit ses mains devant lui et rencontra à sa droite des barres l’obligeant à rester sur la voie de gauche. Il longea ces barres de fer froides.

« Excuse-moi mais la patinoire n’est pas ouverte aux visiteurs. Il y a un cours de patinage ce soir. », dit une voix à sa gauche. Samuel sursauta et tourna son visage vers ce son.

« Ex… Excusez-moi. Je ne viens pas patiner. Je voudrais… hm… assister au cours.

-Ah, je suis désolé mais nous n’acceptons pas trop les… publics. »

De un, Samuel s’était retenu de dire « regarder » et avait opté pour assister. Ce qui lui avait laissé un goût amer dans la bouche. De deux, ce gars, jeune à n’en pas douter, pensait qu’il venait déranger le cours.

« Je serai silencieux mais s’il vous plaît, laissez-moi y assister ! »

Samuel se mordit la lèvre. Son ton avait été bien trop suppliant pour lui. Oh mon dieu, dans quelle situation s’était-il fourré, encore ?! Mais il avait une telle envie, si dévorante, d’écouter des patins glissés sur la glace, d’entendre les axels s’enchaînés, d’évaluer le niveau de ces patineurs…

« Bon, si tu veux. Mais pas un bruit, d’accord ? »

La voix du jeune homme était devenue douce. Samuel se sentit mieux, presque en confiance.

« Quel niveau ont les patineurs de ce soir ? » demanda-t-il après une légère hésitation.

« Ce sont des débutants, pourquoi ?

-Pour rien… »

Le blond était déçu. Il n’y avait pas la même atmosphère de travail chez les débutants et chez les confirmés… Il fit pourtant deux petits pas vers l’avant avant de s’arrêter.

« Est-ce que si je t’avoue quelque chose, tu ne te moqueras pas ? » demanda-t-il sérieusement, son visage tourné vers le point où il croyait trouver le jeune homme. A ces mots même qu’il avait prononcés, son cœur s’emballa. Il devait faire attention. Il savait ce que cela lui faisait d’être trop proche d’un homme.

« Cela dépend quoi. Mais c’est d’accord, je te promets que je ne me moquerai pas. Qu’est-ce que tu as ?

-Est-ce que…. Est-ce que ce serait possible que tu m’accompagnes jusqu’au premier banc de la salle ? »

Samuel s’obligea à fermer son cœur à ses sentiments. Il se sentait faible, en posant cette question, il se sentait fragile, perdu. Et il ne voulait pas le paraître !

« Pourquoi, tu as peur de te perdre ? » questionna le jeune homme. Une pointe de moquerie s’était mêlée à ses mots. Samuel plissa les yeux et serra les dents.

« Je vais me débrouiller ! » répondit-il aussitôt, froidement. Il porta ses bras, paumes ouvertes devant lui, à la hauteur de ses épaules et commença à avancer, tendu et tremblant légèrement. Se retrouver ainsi dans un monde inconnu l’effrayait.

« Attends ! » s’exclama le jeune homme. Samuel sentit un souffle d’air près de lui. Il s’était approché. Il sentit une main se poser sur son bras gauche.

« Tu… tu es aveugle ?

-Je crois que c’est assez… voyant ! » répondit le blond, sarcastique.

« Tu aurais pu me le dire ! » reprit l’homme à ses côtés, pas le moins du monde touché par les paroles de son vis-à-vis. « Euh… Tiens, prends mon bras, je vais te guider. »

Quand Samuel sentit une main attrapée la sienne et la poser sur un bras musclé, il nageait entre l’humiliation et la chaleur. Ce gars était trop masculin ! Il ne fallait surtout pas qu’il remarque l’effet qu’il lui faisait.

Ils commencèrent à faire quelques pas et Samuel entendit la porte se pousser face à la force du jeune avec lui.

« Au fait, je m’appelle Johann et toi ?

-Sam… Samuel.

-Alors, ravi de te rencontrer Samuel.

-Moi de même.

-Hm… Ca te dérange si je reste avec toi pour regarder ?

-Si c’est pour me surveiller et être sûr que tout va bien pour moi, non merci ! Je vais survivre en restant assis ! » répondit froidement Samuel.

« Non, non ! Rien à voir ! Ma petite sœur est dans ce cours. Ca me donne une occasion parfaite pour l’évaluer. »

Samuel ne répondit rien. Ils s’assirent avant que le blond ne le remarque, sans la moindre rébellion. Il s’était laissé guider sans y penser, sans appréhender le moindre obstacle. Une chute se fit entendre, avec son bruit caractéristique, le sortant de ses pensées.

« Un demi-tour raté », entendit-il dire Johann.

« Je sais, j’ai reconnu.

-Tu t’y connais ?

-J’en fais ! Enfin… j’en faisais…

-Tu…

-J’ai eu un accident il y a huit mois. Un double axel, un trou dans la glace, j’ai percuté de plein fouet le sol. J’ai perdu la vue sur le coup.

-Merde ! Mais comment se fait-il qu’il y ait eu un défaut sur la glace ?

-Personne ne l’avait remarqué. Même pas moi, avant de tomber. C’est fatal ce genre de situation, je suppose.

-Tu m’étonnes…

-Depuis, j’y suis retourné, j’ai écouté mes amis en faire et en six mois j’ai réussi à faire correspondre les mouvements au bruit que les patineurs font. Tiens, une pirouette debout chutée.

-Exact. Tu dois avoir un sacré niveau tout de même pour reconnaître tout cela.

-Oui, je suppose… »

Ils se turent. Parler de patinage lui déchirait le cœur et en même temps apaisait une soif inextinguible. Il écouta les sauts s’enchaîner. Ils étaient trop basiques pour qu’il les reconnaisse tous. Il avait plus l’habitude de ceux à son niveau. Mais le raclage des patins sur la glace le faisait frémir de bonheur. Il s’imaginait dans ses propres patins, sur la patinoire de son ancien club, enchaînant ses propres difficultés, puis fermé les yeux pour apprécier cette liberté…

Il revint brusquement à lui quand il tenta d’ouvrir les yeux, bercé par son souvenir, et tout à fait incapable de retrouver de la lumière.

« Ils apprennent les sauts de valse, non ? Ce doit être le douzième que j’entends, je me trompe ?

-Je ne les ai pas compté, mais ce sont bien les sauts de valse. Dis-moi, tu es nouveau ici, n’est-ce pas ?

-… Oui. Je viens d’emménager, il y a quelques temps. Tu as quel âge ?

-18 ans. Je suis au lycée Gutenberg. Tu vas au lycée, toi ?

- C’est là où je dois aller, Gutenberg. Normalement, dans deux semaines.

-Deux semaines ? Pourquoi autant de temps ?

-Il… Ne le répète pas hein ? Mais il me faut un temps d’adaptation. Ca doit faire six semaines maintenant que je me rends tous les mercredis et samedis après-midi pour retenir les lieux.

-Ah ! Tu veux que je t’aide ? Il n’y a pas de soucis, si tu veux je pourrais rester avec toi, au début. »

Samuel retint une réponse cinglante, comme quoi il savait se débrouiller. A la place, il se tut.

« Tu as l’air de quelqu’un de fier… Je ne dis pas ça par pitié, détrompe-toi. Tu as l’air sympa. Ca ne te dit pas de commencer à te faire des amis ? »

La question de Johann laissa le blond stupéfait. Amis… Etait-il possible qu’il arrive à s’en faire ? De ceux qui ne le prendraient pas en pitié mais qui l’aimeraient pour ce qu’il était ?

« Difficile de se faire des amis lorsque l’on voit ses parents si appréhensifs, toujours derrière son dos. J’ai bien l’impression que je n’y arriverai jamais…

-Les parents, ce n’est pas la même chose. Ils t’ont mis au monde, je les comprends. Nous, nous sommes jeunes. On n’aura pas la même réaction, je t’assure. La preuve ! Qu’est-ce que je fais assied avec toi ? Je parle d’une passion commune à un fou de patinage. Et entre fous de patinage, on se comprend bien, n’est-ce pas ?

«-Alors tu en fais toi aussi?

-Bien sûr ! Je dois être plus ou moins de ton niveau, je pense. J’apprends le double axel.

-Pas trop mal, en effet. Je pourrais venir assister à ton entraînement ? Tu crois que c’est possible ?

-J’allais te proposer de venir. Il n’y a pas de souci, Samuel ! »

Ainsi se passa cette soirée incroyable. Johann et lui débattirent fiévreusement sur leur sport favori, écoutant et regardant les patineurs. Quand enfin le cours se termina, Samuel en avait presque les larmes aux yeux.

« Donnes-moi ton portable, je vais t’enregistrer mon numéro, si tu veux.

-Ok, mais n’oublie pas de lui attribuer une touche de raccourci pour que je puisse l’utiliser. Et donne-le-moi aussi comme ça. Je vais le retenir, on ne sait jamais. »

Johann énuméra les nombres, sceptique, et fût étonné d’entendre Samuel les répéter sans aucune erreur, dès la première écoute.

« J’essaierai de m’en souvenir.

-Donne-moi le tien aussi. Je pourrai t’appeler, comme ça. »

Et Samuel récita son numéro. Johann lui piqua ensuite son portable pour enregistrer son propre numéro sur l’appareil, lui attribua le 9 en touche de raccourci et le rendit à son propriétaire.

« Je te recontacte pour mon entraînement. C’est le lundi. Tu voudras que je passe te prendre ? J’ai eu mon permis il y a un mois.

-Un mois seulement ? Tu me fais peur ! Je doute ! » s’autorisa Samuel, mi-blagueur, mi-sérieux. Johann rit.

« Jo ! Tu étais là ?

-Oui, Hélène », répondit Johann alors que Samuel distinguait le bruit des pas de la jeune fille qui se rapprochaient. Il entendit un froissement de vêtement et comprit que le frère et la sœur s’étreignaient. «  Je discutais avec un ami, petite soeur. Je te présente Samuel. Samuel, voici ma sœur, Hélène. Elle a douze ans.

-Ravie de te connaître, Hélène, » dit Samuel mal à l’aise, tentant de percevoir où elle se trouvait, n’étant sûr de rien. Elle devait être dynamique, il l’entendait à droite, puis à gauche, elle ne semblait pas vouloir s’arrêter de bouger.

-Moi aussi, » lui répondit la jeune fille. Et il sentit le sourire qu’elle avait au visage. « Tu es très beau, Samuel. Presque autant que mon grand frère. »

Les deux jeunes éclatèrent de rire, Samuel sentant ses joues chauffer. Il y avait longtemps qu’il n’avait pas entendu ces mots. Avant, il n’avait qu’à lancer quelques brefs clins d’œil et sourire et les filles venaient d’elles-mêmes. Puis il y avait eu les mecs. Et finalement sa sexualité s’était affirmé l’année dernière avec Mathieu. Son histoire de huit mois… Sa plus belle et désastreuse en même temps. Le salop l’avait trompé ! Et combien de fois ! Pas une seule mais sept fois !

« Quelqu’un vient te chercher ? » lui demanda Johann, le sortant de sa torpeur.

« Je dois prévenir pour qu’on vienne.

-Alors évitons de déranger tes parents. Je te ramène. Tu habites où ?

-Rue du Grand Pommier.

-Mais ce n’est pas loin de chez nous ça ! Génial ! A même pas deux minutes ! Pratique. »

Samuel sourit à cette constatation. Il n’y avait aucune raison d’avoir ce sourire stupide aux lèvres, mais il ne pouvait le réfréner. Il suivit Johann et sa sœur, s’accrochant au bras du jeune homme.

La soirée avait été pleine de surprises. Sa nuit fût bordée d’un rêve où n’existait qu’une simple voix. Une voix douce, chaude, calme… Une voix d’homme.

 

oOo

 

Une sonnerie retentit. Samuel se crispa légèrement.

« Sam, c’est ton ami Johann. Tu descends ? »

Samuel n’osa répondre à son père. Il tremblait légèrement. Johann venait le chercher pour assister à son cours…

Samuel secoua sa tête de droite à gauche et se leva de son bureau. Il percuta un des pieds. Un cri de douleur lui échappa.

« Samuel ? » demanda son père, du bas de l’escalier. Mais il ne monta pas.

« Ce n’est rien, » répondit le blond, une grimace au visage. « J’ai tapé la table du pied. Ca fait mal ! »

Un rire lui répondit. Samuel eut envie de rétorquer froidement mais se tut. Ca arrivait à tout le monde ce genre de stupidité… Il sortit alors de sa chambre, comptant à voix basse. Il n’avait pas envie qu’on l’entende. Il descendit les marches et arriva en un seul morceau dans le hall. Quel miracle ! Avec ses jambes tremblotantes, il n’arrivait pas à le croire.

« Tu es prêt ? On peut y aller ? » demanda Johann en lui touchant légèrement le bras.

Un frisson parcourut Samuel. La voix de Johann n’avait pas changé. Elle était douce et masculine à la fois. Il s’obligea à plus de maîtrise.

« Oui, c’est bon. A ce soir Papa.

-A ce soir Sam. »

Samuel posa une main sur le bras de Johann qu’il lui tendait et commença à avancer. La porte se referma derrière eux. Samuel fit défiler la liste des vêtements qu’il portait, choisi spécialement pour ce jour avec l’aide de sa mère et soupira de soulagement. De ce côté c’était bon.

Il trébucha sans préavis, le bout des orteils s’étant coincés face à une légère excroissance du terrain. Il crispa sa main sur le bras du jeune homme.

« Attends, tu vas trop vite. Quand je ne connais pas, je préfère prendre mon temps et être sûr de mon chemin.

-Excuse-moi. Va à ton rythme, il n’y a pas de souci. »

Samuel sourit et demanda où était sa voiture.

« Juste devant ta barrière. »

Au moins, il n’y avait pas sujet à appréhension à ce niveau-là. Il demanda si la barrière était ouverte et Johann lui répondit que non, qu’il l’avait refermé en entrant. Samuel hocha la tête. Ils atteignirent enfin le bolide, sans encombre.

« Bonjour Samuel ! » s’exclama une petite voix féminine et joyeuse.

« Hélène, c’est ça ? », demanda Samuel, la surprise passée.

« Oui, tu n’as pas oublié ! »

La jeune fille rit. Samuel se détendit et s’assied. Johann le laissa se débrouiller avec la ceinture de sécurité. Il l’en remercia sans un mot. Ses parents lui auraient déjà mit la ceinture dans les mains, à cette heure-ci. Johann était différent… Il ne le considérait pas comme un handicapé, finalement.

Samuel entendit le moteur de la voiture se mettre en branle et il la sentit avancer. Ses mains se crispèrent sur le siège.

« Ne t’en fais pas. Je sais conduire et je fais attention. Tu oublies que j’ai Hélène à transporter ? Je ne pourrais plus me regarder en face s’il arrivait quoi que ce soit. »

Les doigts du blond se relâchèrent de leur prise et il s’excusa. Le voyage fût de courte durée et ils arrivèrent avant que le jeune homme ne l’ait remarqué. Il détacha sa ceinture, ouvrit la portière et descendit de la voiture. Quand une voix s’exclama à l’adresse de Johann, il se crispa à nouveau et une main douce vint se faufiler dans la sienne. Ce n’était pas celle de Johann. Elle était plus petite et menue, douce et fine. Hélène.

« Ne t’inquiète pas, moi je suis là. Je viens regarder avec toi. Tu veux bien que je t’accompagne ? »

La voix hésitante et sérieuse d’Hélène eut raison de l’appréhension du blond qui hocha la tête en souriant doucement.

« D’accord. Mais tu me préviens quand il y a des escaliers ou autre chose, ok ?

-D’accord ! »

De toute évidence, Johann avait parlé de son infirmité à sa petite sœur. Il ne savait pas s’il fallait qu’il se sente soulager de ne pas avoir à répondre à ses questions où s’énerver de ce manque d’intimité.

Pendant ce temps, Johann était parti saluer ses amis. Samuel entendait et reconnaissait sa voix parmi toutes les autres. Il ne bougea pas. Peut-être l’attendait-il ? Il préférait rester là où il était, serrant fort la petite main d’Hélène.

« Hey les gars ! J’ai ramené un ami. Il est arrivé ici y a pas longtemps et il adore le patinage.

-Salut ! Moi c’est Thierry et toi ? » s’exclama en réponse une voix rauque qui fit sursauter Johann tellement elle était proche.

-Attends, Thierry ! Laisse-moi faire les présentations ! »

Samuel sentit la main de Johann sur son coude, le lui soulevant doucement, sans brusquerie.

« Voici Samuel. Il patinait jusqu’à il y a quatre mois. Il a eut un accident et… a perdu la vue sur le coup…

-Oh la poisse !

-Ca c’est de la chute ! Putain, j’espère que ça ne m’arrivera pas !

-Eh, Samuel, on est avec toi ! T’as vraiment pas eu de chance ! Bienvenue parmi nous ! »

Ils étaient donc 3 en plus de Johann. Et trois gars qui n’avaient pas leur langue dans leur poche. Pourtant, ils ne se comportaient avec lui ni avec pitié, ni avec humilité. C’était rafraîchissant ! Il prit un air contrit.

« Merci. J’espère bientôt retrouver la vue et continuer le patinage…

-Ouais, j’espère ! Ce serait bête que tu arrêtes pour une chute ! »

Samuel mémorisa la voix de son interlocuteur, le dit Thierry. Les mots le choquèrent. Arrêter après une chute… Ca rendait sa situation tout à fait différente de ce qu’il pensait jusqu’à maintenant, d’un seul coup… Il n’avait plus enfilé de patin depuis sa "chute". Et pourtant, rien n’aurait dû lui faire peur ! Combien de fois avait-il patiné les yeux fermés ? Il connaissait par cœur les dimensions de la glace !

« Qu’est-ce que vous faîtes, les jeunes ?! Allez, à l’entraînement ! Je vous attends moi !

-Oui, Ju’ ! » répondirent plusieurs voix à la cantonade. Samuel devina que c’était leur entraîneur. Finalement, il n’avait pas eu l’occasion de connaître les deux autres garçons présents.

« Allez on y va. Hélène voulait s’occuper de toi. Elle te trouve l’air d’un ange », lui avoua Johann en riant.

« Jo ! »

Ca, c’était la petite sœur. Samuel ne put retenir un sourire.

« C’est gentil. On y va, Hélène ?

-Oui. Je te conduis. Je ferai attention, c’est promis. »

Samuel devina que la dernière phrase était surtout destinée à son frère. S’inquiétait-il ? Cette question fit battre son cœur. Il se laissa guider par la jeune fille qui le prévint de tous les obstacles sur leur chemin, même les plus insignifiants. Lui, souriait avec bienveillance. Elle était adorable !

« Alors toi aussi tu fais du patin ? », commença à demander Hélène, quand ils se furent assis en attendant que les autres soient prêts à s’élancer sur la glace.

« Oui. Depuis plusieurs années.

-Oh, alors tu dois être drôlement fort. Jo est très fort lui aussi. Il a fait des championnats et il a gagné plusieurs fois ! »

Samuel imaginait les yeux de la jeune fille briller de fierté et d’admiration. Il n’avait pas besoin de son regard pour le deviner. Elle trépignait sur place, impatiente de le voir se mouvoir sur la glace.

Samuel, quant à lui, sentait son cœur battre. Il ne savait pas à quoi ressemblait son ami mais pourtant ses rêves créaient pour lui un corps musclé, parfaitement ciselé, qui patinait comme s’il volait, libre de toute attache à cette terre… Il n’avait pas de visage, juste un corps svelte.

Arrête de rêver, se morigéna-t-il. Ce genre de songe ne te rendra que plus déçu lorsque tu le verras réellement.

Samuel se rendit compte à cet instant qu’il espérait plus que tout récupérer sa vue. Non, il ne fallait pas qu’il retombe dans le désespoir de cette situation. Ca ne servait à rien ! Juste à lui faire du mal…

« Eh, Samuel. Ils arrivent. Tu sais, c’est étrange, mais j’ai toujours trouvé mon grand frère plus beau sur la glace qu’à la normale… Mais ne lui dis pas, hein ? »

Samuel sourit en retour à la jeune Hélène en faisant non de la tête.

« Non, ne t’inquiètes pas. »

Les pensées de la petite sœur suivaient donc les siennes. Il n’était pas étonné. Il avait vraiment hâte de pouvoir « voir » ! A quoi ressemblait réellement Johann ? Et sur des patins, comment était-il ?

Il écouta le jeune homme est ses amis se déplacer avec aisance sur le couloir caoutchouteux pour rejoindre la glace. Ils riaient tandis que leur entraîneur les invectivait pour qu’ils se dépêchent. Samuel ne put retenir un petit rire. Ca lui rappelait des souvenirs ! N’était-ce pas lui qui, chaque fois, faisait grogner Alan, à l’époque ? A l’époque... Il y avait seulement 9 mois… Il s’amusait tellement avant. Il riait et, de par sa nature blagueuse et son habileté dans sa passion, il s’amusait aux dépens des autres. Finalement, où était passé ce jeune homme ? Où avait disparût le vrai Samuel ?

Il finit par demander l’identité des patineurs à Hélène pour s’empêcher de trop penser à tout cela. Ils étaient donc quatre garçons : Johann, Thierry, Nicolas et Pascal. Il apprit que deux autres patineurs manquaient : les filles. Elles s’appelaient Elodie et Coralie. Il devait donc y avoir des duos… Dans son ancien club, les filles n’étaient pas très nombreuses et loin de son niveau. Il n’avait donc jamais eu l’occasion de s’essayer à un pas de deux en patins. Pourtant, il trouvait cela très beau et brûlait d’essayer. Un duo s’était une danse avec une complémentarité dans le couple. C’était à la fois sauvage et soutenu. Quelque chose d’exceptionnel.

« Tiens, je trouve que Jo patine bizarrement aujourd’hui… Il a la même manie que lors des compétitions : ses pieds glissent un peu trop vite, même moi je m’en rends compte… Tu ne trouves pas ? »

La voix d’Hélène l’avait effleuré. Elle était toute proche. Il posa doucement sa main sur la tête de celle-ci, après avoir tâtonné lentement.

« C’est vrai qu’il va un peu vite, mais c’est l’échauffement. On verra ensuite. »

Et Samuel se concentra enfin sur le cours qui se déroulait non loin de ses oreilles. Il entendit toutes les recommandations de l’entraîneur, ses cris, ses encouragements. Johann semblait faire partie de l’élite dans son équipe. Il intercepta tout d’un coup des voix féminines qui se joignirent aux autres et s’étonna que les filles aient rejoints le petit groupe sans qu’il ne l’ait remarqué.

Et les effleurements sur la glace reprirent. Il les entendait comme s’il faisait parti de cette équipe, comme s’il était lui-même sur la glace. Il entendait la voix de cet entraîneur inconnu s’élever et tendait les muscles qu’on lui commandait de serrer. On criait de faire attention à sa position de corps et Samuel crispait les muscles de son dos et ses abdominaux. Il entendait qu’on s’attaquait à des bras relâchés et ses propres bras se tendaient à l’extrême. Tout devait aller à la perfection, l’erreur n’était pas admise. La moindre faute et c’était le déséquilibre ou pire, la chute.

« Samuel ? Samuel ! Samuel… »

L’intéressé releva la tête, se détendant petit à petit, essayant de deviner d’où venait ces murmures.

« Samuel, tu ne m’écoutes même pas ! »

A présent sa concentration envolée, la voix d’Hélène s’élevait haute et forte. Etait-il si pris par ce qu’il entendait, quelques secondes auparavant ?

« Excuse-moi... Je n’ai pas l’habitude d’être si distrait. Qu’est-ce qu’il y a ?

-Oh, je disais juste que les filles étaient arrivées et qu’elles te regardaient. C’est vrai que tu ressembles à un ange ! »

Samuel sentit ses joues rosir. Cette enfant… !

« Dis, tu n’as pas d’amoureuse, Samuel ?

-Non. », réponse sèche, claire, nette et précise. Pas besoin de fioritures.

« Pourquoi ? »

Samuel soupira, coincé entre le désespoir et l’amusement. Quelle curiosité !

« Par ce que je ne suis pas intéressé.

-Oh… »

L’attention de Samuel se reporta enfin sur Johann quand il comprit que sa voisine en avait finit avec ce sujet. Il étudia les bruits des patins, essayant de discerner ceux de Johann. Impossible. Il n’était pas assez doué pour cela.

« Hey, Sam ! Je vais à nouveau tenter un double axel, tu écoutes ?

-J’écoute ! » répondit Samuel en souriant à la cantonade, ne sachant trop où regarder pour trouver son ami.

Il entendit alors de forts mouvements pour prendre de la vitesse et coupa les bruits que produisaient les autres, essayant de ne se concentrer que sur ceux de Johann. Les patins s’appuyaient plus lourdement à mesure que le jeune homme commandait de la vitesse et celle-ci s’accrût. Les poses des patins se firent plus éloignés les unes des autres et il entendit enfin le départ en axel, comme lorsque l’on faisait une grosse éraflure sur la glace, profonde.  Johann partit. La réception fut lourde et bruyante, Samuel comprit qu’il avait chuté.

« Jo ! Non mais quel imbécile ! Tu pourrais tout de même faire le bon mouvement ! Tu t’es arrêté au milieu ! » s’écria l’entraîneur, sèchement.

« Désolé, Ju’ ! Je ferai mieux au prochain !

-Tu as intérêt ! »

Samuel n’émit aucune remarque. Pourtant, la chute bruyante de Johann, longue alors qu’il allait percuter un mur, ne représentait pour lui que le manque de hauteur du patineur. Sans hauteur, il n’avait pas le temps de terminer son tour. Et si en plus il coupait le mouvement d’élan, il n’arriverait à rien !

Samuel continua donc d’étudier le niveau des patineurs. C’était étrange ; ils ne ressemblaient pas à ses anciens amis… Leurs « bruits » caractéristiques étaient emplis de délicatesse, de finesse. Ce n’était pas les mouvements presque sauvages qu’ils avaient à son ancien « chez lui » : Ils étaient impulsifs, les mouvements emportés, presque violent ; mais ici tout était calculé pour que la finesse du patinage explose au grand jour. Oui, sans voir, il ressentait cette tension. Les mouvements qu’il sentait exécuter sur la glace, respirait la pratique, l’exercice, la tenue de corps… Lui et son ancien club travaillaient surtout sur les difficultés, la force brute. Pas sur la délicatesse. C’était pourtant ce qu’il admirait le plus en compétition. Ce qu’il avait en plus de ses anciens camarades, au final.

« Alors, ça t’a plût ? »

Samuel sursauta. Johann ?

« Excuse-moi, je t’ai fait peur ? », demanda le jeune homme en portant une main légère à l’épaule de Samuel qui frissonna au contact.

Plongé dans ses quatre sens et surtout l’ouïe, il en avait encore perdu la réalité…

« Oui, désolé… »

A question stupide, réponse stupide ? Apparemment ! Johann rit légèrement puis l’informa qu’il allait se changer et qu’ils allaient rentrer. Samuel ne discuta pas les ordres du chef et se laissa guider par sa petite sœur jusqu’à la voiture. Il était encore entouré de patineurs et des bruits de leurs chaussures. Il entendait encore et toujours les éraflures des patins sur la glace, les bras battant l’air, la liberté qu’insufflaient leurs gestes, les sentiments qu’ils partageaient… Comment avait-il pu oublier tout ce que procurait ce sport ? Tout ce qu’il lui avait donné.

« J’ai envie de patiner », murmura-t-il, la gorge serrée.

« Eh bien ! Depuis que j’attends cette demande ! », lui répondit Johann, ravie. Samuel sursauta à nouveau, levant la tête et la tournant de droite à gauche. Il n’avait pas eu envie qu’on l’entende, il ne voulait garder cette souffrance que pour lui. Et Johann qui arrivait à ce moment précis !

« Hey, calme-toi. On dirait un petit chat qui sort ses griffes. Tu ne voudrais pas remettre tes pieds dans des patins, avec moi ? »

Samuel retint sa respiration aux derniers mots. C’était de pire en pire ! Il tombait sous son charme. Il ne pouvait rien y faire ! Il ne pouvait que sombrer dans cet abyme d’amour…

Stop, Johann. Cesse ce comportement avec moi, je ne le supporterai plus longtemps !

« Samuel ?

-Plus tard… Peut-être un jour…

-Tu es stupide ! Depuis que je t’ai rencontré, tu n’as envie que d’une seule chose : patiner ! Tu meurs d’envie d’enfiler à nouveau tes patins et de glisser sur la glace... Enfin, non, laisse tomber ! Evite de proférer des paroles qui n’ont aucun sens. Pensons plutôt à demain. Tu entres à mon lycée ! »

Aussi vite fût partit la mésentente qu’elle n’était apparut. Samuel entra dans la voiture, perdu. Et Johann qui mentionnait son premier jour d’école de demain. Oui, finalement, il allait le tuer ! Demain allait être l’une des pires journées de sa vie…

 

oOo

 

Samuel se tournait encore et encore dans les draps de son lit. Ca faisait bien trois ou quatre semaines qu'il allait accompagner Johann à ses cours de patinage et son envie était grandissante à chacun d'eux... Il avait une boule dans la gorge, du plomb dans le ventre. Une envie dévorante de se rendre sur la glace l’étreignait en cet instant précis, lui amenant les larmes aux yeux sans qu’il puisse faire grand-chose. Il était plus de minuit, il en était sûr, et il n’arrivait pas à dormir. Il aurait aimé trouvé de quoi faire pour se calmer, mais rien n’était possible.

Ses devoirs ? Il ne pouvait pas lire. Et de toute façon il les avait finis avec ses parents le soir même… Que pouvait-il bien faire ?

Il passa une main crispée dans ses cheveux, tirant dessus. Ils frôlaient ses yeux et sa nuque, le chatouillant. Il laissa retomber sa main à côté de lui et émit un petit cri de surprise et de douleur. Il venait de taper son portable. Il le gardait près de lui, même la nuit. Pourquoi ? Une vieille habitude…

C’est alors qu’il eut une idée. Pourquoi pas ?...  Johann lui en voudrait peut-être un peu qu’il le réveille, mais… qui ne tente rien n’a rien, n’est-ce pas ?

Nerveusement, Samuel tâtonna sur les touches de son portable pour trouver celle « appeler ». La dernière personne à l’avoir contacter, c’était lui. Il n’était donc pas difficile de le rappeler…

Il porta l’appareil à son oreille et entendit les sonneries s’égrener. A la troisième, on répondit :

« Allô, Sam ? » demanda une voix ensommeillée à l’autre bout du fil.

« Oui, c’est moi, Johann… Hm… Je suis désolé de t’avoir réveillé si c’est le cas…

-Non, ne t’inquiète pas, j’allais seulement m’assoupir. Qu’est-ce qu’il y a ? »

Samuel mit un temps à répondre. Il fixa un point, dans le noir de son monde, sa tête reposant sur son oreiller, le matelas se modelant sous son dos. Il tenta de rendre sa voix la plus naturelle possible. Sa main droite tremblait contre son oreille, de fatigue et d’anticipation.

« Dis, Johann…

-Oui ?

-Je voudrais… Je voudrais vraiment pat… »

Il n’arrivait pas à parler. Ce mot le faisait frissonner, et le prononcer à l’oreille de Johann était encore pire ! Il n’y arriverait pas !

« Tu voudrais quoi, Samuel ? »

Quelle était cette voix ? Les dents de Samuel se collèrent, se serrant avec force, ses yeux s’agrandirent d’horreur. Un son étrange sortit de sa bouche. Johann lui chuchotait à l’oreille, d’une voix séductrice et veloutée… Mais que se passait-il d’un coup ?

« Samuel ? », demanda Johann. Son ton était redevenu normal. Le blond plaqua sa main sur l’appareil pour cacher sa voix et respira trois grands coups avant de recommencer à parler.

« Jo, j’aimerais aller… patiner… »

Il avait soufflé le dernier mot, comme si c’était un secret qu’il ne voulait pas tout à fait dévoiler. Et c’était d’ailleurs le cas !

« Samuel… » Encore ce murmure caressant. Le concerné frissonna. « Tu ne peux pas savoir à quel point tu me fais plaisir en disant ça. J’ai tellement hâte de te voir sur la glace ! »

Samuel émit un petit rire étouffé. Lui aussi avait hâte mais il ne savait plus trop s’il serait capable de quelque chose.

« Demain, on est vendredi ! C’est parfait ! », s’exclama tout bas son correspondant, extatique. « On va pouvoir essayer !

-Pas devant les autres !

-Non, juste toi… et moi. Je ramène Hélène et on essaie, d’accord ? Tu as de la chance que leur cours termine tôt !

-Oui, oui… » ne put que répondre Samuel ravi. Soudainement, il avait chaud. Une présence lui manquait, une présence masculine pour subvenir à ses besoins, pour le rassurer… Homosexuel ET aveugle ! Il avait tout pour lui, finalement ! Quelle ironie… Mais il avait Johan, alors tout irait bien. Ou à peu près…

« Johann ?

-Oui ?

-Merci…

-Ne t’en fais pas, ce n’est rien… Je te dis à demain alors ?

-Oui, à demain.

-A demain. Bonne nuit, chaton, » termina Johann avant de raccrocher dans un petit rire.

Au bout du fil, la ligne était coupée et Samuel entendit les « bip » caractéristiques sans pouvoir décoller le portable de son oreille.

C’était quoi ce chaton ? C’était quoi ?!

Finalement, même après cet appel, Samuel eut un mal fou à s’endormir.

 

Samuel déambulait dans les couloirs du lycée, sa main rasant le mur. Il allait en direction de la sortie. Johann devait l’y attendre à présent, cela faisait près de 10 minutes que la sonnerie avait retentit pour la fin des cours et dans peu de temps ils iraient à la patinoire. Il écouterait et entendrait les patineurs. Il sentirait les pulsations de son cœur s’accélérer alors que le temps passerait et, à son tour, il chausserait ses patins pour retrouver ces sensations qui lui manquaient tant.

Il rejoignit Johann qui lui prit le bras d’un geste naturel. C’était devenu une habitude, un touché familier. Samuel n’en était plus gêné.

Ils discutèrent tranquillement, se dirigeant vers le parking du lycée. Johann avait un air enjoué et impatient. Samuel doutait que c’était de le voir sur la patinoire qui lui donnait cette apparence réjouie.

« Ca va ? Tu n’as pas l’air dans ton assiette, Sam.

-Non, non, ça va. Peut-être juste… »

Allait-il le dire ? Il n’avait pas envie d’être mis à nu ! Il ne voulait pas qu’on connaisse ses faiblesses. Pourtant ses lèvres bougèrent seules, sans son accord.

« Peut-être que j’ai peur…

-Tu n’as aucune raison, Sam. Je resterai là tout le temps, On patinera main dans la main, ok ? »

Le blond rougit aux mots utilisés et au ton émit. Mais est-ce que ce gars se rendait compte de l’effet qu’il lui faisait ? Des mots qu’il laissait sortir de sa bouche ?

« Je n’ai plus trois ans, il me semble ! » s’entendit-il répondre, sarcastique. Son appréhension et l’effet que Johann produisait sur lui avait rendu sa voix rauque et perçante. Il avait du mal à la moduler, sa gorge serré.

Il se demanda d’un coup, bêtement, à quoi Johann ressemblait. Pour être franc, ce n’était pas la première fois que cette question lui venait, mais il avait à présent une forte envie d’en savoir plus sur sa physionomie. Peut-être qu’en le touchant…

Mais il rejeta tout de suite l’idée : parcourir son visage de ses mains dans le parking du lycée ? Autant crier au milieu de celui-ci qu’il était gay, c’était plus radical !

Il suivit les mouvements de son ami et entra dans la voiture dans un silence des plus religieux. Johann était son chauffeur de taxi attitré depuis le premier jour. Pratique, c’était certain ! Il embêtait moins ses parents, ainsi, et s’embêtait moins lui aussi, pour le coup !

« Alors, pressé tout de même, j’espère ! » repartit Johann comme si de rien n’était, passant la première. Samuel grimaça.

« Oui, en quelque sorte. Mais surtout terrifié. Si je me rends compte que je ne suis plus capable de patiner, je ne sais pas…

-Tu te prends la tête pour rien, Samuel ! Tu veux que je t’avoue quelque chose ? J’ai entendu parler de toi, depuis que je te connais. Tu as fait des performances incroyables en compétitions et ton accident n’est pas passé inaperçue dans le monde du patinage. Enormément de patineurs sont au courant !

-De quoi tu parles ?! »

Samuel s’était raidi. Il avait l’impression, d’un seul coup, d’être la risée de tout le monde, de se traîner maladroitement sous une humiliation constante, de sentir des regards le dévisageant tout autour de lui. Il se sentait harcelé, cerclé d’une attention dépourvue de bons sentiments.

« Calme-toi. », le rassura Johann en portant une main douce et fraîche sur la sienne. « Ceux qui sont au courant ne voient qu’une façon de pouvoir te battre et d’autres sont tristes voire même en colère pour ton accident !

-Comme… Comment ça ? » bredouilla Samuel, toujours crispé sous la caresse légère des doigts de son ami.

-Tu penses bien ! Un défaut sur la glace ! Un trou assez énorme pour que tu en tombes et te blesse aussi violemment ! Il y en a qui ont signé une pétition pour cela, histoire de recruter un peu plus de personnel pour soigner la glace !

-Sérieux ?! »

Samuel était estomaqué.

« Sam, ce n’est pas un accident qui se produit tous les jours ! C’est dangereux, ce genre de choses ! Et c’est très important ! Si le patineur ne fait pas confiance à son élément premier, la glace, que peut-il exécuter ? »

Samuel resta silencieux, songeur. Il pensait à la perte de sa vue. Ainsi, il ne pourrait rien voir, ni la glace parfaite, ni les obstacles qui pourraient s’y dresser. S’il y avait quoi que ce soit, qui lui dirait les problèmes qu’il pouvait rencontrer ?

 « On est arrivé. »

Samuel se crispa de nouveau. Encore un peu plus de deux heures et s’en serait fini de cette pression !

Samuel sortit de la voiture, lentement, et attendit Johann. Ce dernier ferma les portes de son bolide et rejoignit son ami, lui prenant le bras. « Le cours ne commence que dans une demi-heure, il reste encore des gens sur la glace. Tu veux rester avec moi à l’entrée ?

-Ok. Je préfère, oui. »

Il n’était toujours pas à l’aise dans l’adversité. Mais qui le serait, baigner dans un sombre environnement sans aucune lumière pour se guider ? Il s’accrocha donc à son ami alors qu’ils entraient dans la patinoire. De la grande salle où s’étalait la glace, des rires et des cris s’échappaient, étouffés par la musique. Instinctivement, Samuel se rapprocha du corps de Johann qui l’attrapa par les épaules.

« Attention, il y a une marche juste là. Voilà, assied-toi. »

Samuel se laissa tomber dans le siège dès qu’il le sentit sous ses bras. Il entendit des voix et sut qu’ils n’étaient pas seuls. C’était Thierry, le bavard.

« Ah, salut Samuel. Tu viens tenir compagnie à Johann ? Bon ça va me permettre de rentrer chez moi. T’es en avance en plus, Johann.

-Eh oui ! Bon allez à demain !

-A demain, gars ! »

Samuel entendit deux mains se frapper puis une autre se poser sur son épaule en signe d’au revoir et quelques secondes plus tard, Thierry avait disparut, ne laissant derrière lui qu’une porte battante et un silence soulagé.

« Il me stresse, il parle trop.

-Qui ? Thierry ? » demanda Johann en s’asseyant non loin de lui.

« Oui.

-Ne t’en fais pas, il est gentil. Il paraît rasoir et lourd mais en réalité, c’est un ami comme on en fait rarement. D’ailleurs toute l’équipe a un petit quelque chose qui le rend unique, je trouve.

-Oui, ça se sent… »

Ils discutèrent ainsi durant la dernière demi-heure, coupés par les personnes qui sortaient de la patinoire et rentraient chez eux ou par celles qui désiraient entrer et que Johann mettait dehors ; il était beaucoup trop tard, bientôt les cours commenceraient.

Enfin, une voix joyeuse et légèrement enfantine se fit entendre. Samuel reconnut aussitôt la sœur de Johann et ils discutèrent tous deux avec animations, tandis que Johann disparaissait quelques minutes. Samuel tenta alors sa chance :

« Dis, Hélène, il n’y a personne n’est-ce pas ?

-Non, on est seul. Pourquoi ?

-Je voudrais que tu répondes à une question. Mais ce sera notre secret, d’accord ?

-Promis ! Qu’est-ce que tu veux ?

-Tu pourrais me décrire un peu ton frère, Hélène ? S’il te plaît ?

-Oh oui ! Pas de problème ! Jo, il est très beau ! Il a des cheveux châtain très clair, comme moi, ça ressemble à du miel, je trouve. Il a des yeux qui changent de couleur avec le temps. Ils sont marrons clair en hiver et ils deviennent vert en été. Il est très grand, plus grand que toi et il est plus fort aussi, je crois. »

Samuel se sentit légèrement rougir et espéra que la petite n’avait pas remarqué l’accélération subite de son souffle. Ce gars, c’était Dieu ? Dieu réincarné ? C’était impossible ! Il avait tout pour lui ! Où était le point faible, la faille de ce puzzle irréel ?

« Jo est vraiment beau ! Mais je n’aime pas du tout ses goûts !

-Quels goûts ? » demanda Samuel, la gorge soudain serrée.

-Ils ramènent parfois ses amis à la maison. Je les entends et…

-De quoi vous parlez tous les deux ? » les coupa une voix interrogative, suspicieuse. Samuel se retint de sursauter et seuls ses yeux se fermant avec crispation témoignèrent quelques secondes à peine de la peur qu’il avait eue.

« Hey, t’es de la police ? » s’amusa-t-il, espérant détourner l’attention du châtain.

« T’as de la chance que non ! Sinon j’aurais eu des soupçons énormes sur ta personne, pour ces messes basses !

-Allons, monsieur nous la fait à la Navarro !

-Personnellement, je préfère l’inspecteur Barnaby. Son nom est sexy ! »

Un moment de silence et enfin ils pouffèrent de rire. La ruse avait marché et ils se lâchaient gaiement devant l’air peut-être ahurie d’Hélène.

« Je vous laisse, je vais me préparer ! » leur dit Hélène. Samuel sentait son sourire sur ses lèvres. Au moins n’était-elle pas vexée.

Ils restèrent donc tous deux à discuter en accueillant les débutants qui venaient pour leur entraînement, sous le regard amusé de Johann, et l’air conspirateur de Samuel.

« Tu verrais leur têtes quand ils entrent ! Quand je suis là, quelques uns me regardent avec des yeux ronds. J’ai finis par m’habituer, Hélène m’a dit qu’ils me trouvaient beau. C’est étrange, tu ne trouves pas ! Moi, ça me met mal à l’aise… Mais quand ils nous voient tous les deux, c’est à peine si leur mâchoire ne se décroche pas ! Tu fais de l’effet aux gars comme aux filles !

-Hey ! Désolé, la crèche, ce n’est pas mon truc !

-Tu viens d’en vexer un : Alexis a un an de moins que toi !

-Et il est chez les débutants ?

-C’est sa première année, normal. En tout cas, tu l’allumes comme les autres !

-Hey, je ne suis pas un allumeur comme toi !

-Moi ? Je n’allume qu’une seule personne ces temps-ci et ce n’est sûrement pas les maternelles, comme tu dis.

-Je parlais de crèche, toi tu vises plus haut… »

Ils repartirent dans un rire défouloir, mêlé à de l’indécision. Ils avaient effleuré le sujet de la sexualité et aucun d’eux ne s’y était laissé tomber, tournant autour du pot, naviguant entre les courants.

L’heure et demi du cours de la petite Hélène passa ainsi. Ils allèrent deux ou trois fois voir comment cela se passait et revinrent à l’entrée de la patinoire, continuant de discuter. Plus le temps passait et plus Samuel tombait amoureux. Il en était sûr à présent, et il ne savait que faire ! Il avait eut tant d’histoires, mais pourtant Johann restait l’inconnue de ses équations. Jamais il n’avait eu de relation aussi poussée avec un ami, c’était presque comme si ils formaient un couple mais que le sexe en était rejeté. C’était dérangeant et l’abstinence était dure. Pas qu’il avait besoin de grand-chose : un baiser, des caresses, et il était satisfait. Il n’avait d’ailleurs jamais passé le pas. Pourquoi ? C’était une excellente question. Samuel n’avait jamais trouvé un partenaire qui le mette assez à l’aise pour cela. Même cet enfoiré de Mathieu !

« Dis, Sam, ça n’a pas été trop dur de quitter tes amis, quand tu es parti ? » lui demanda Johann.

« Moins difficile que tu ne le penses. Je ne pouvais plus supporter l’attention malsaine qu’ils me portaient. J’avais l’impression d’être épié à chaque instant, de ne pouvoir rien faire sans que l’un de mes amis ne me viennent en aide. J’avais l’impression d’être devenu complètement infirme ! Je détestais cette sensation… Mes amis me manquent, c’est certain ! Mais je ne regrette pas d’être parti… Je t’ai rencontré et ça m’a fait un bien fou. Mes parents sont heureux de me retrouver à peu près tel que j’étais avant…

-Oh ! Je dois me sentir flatté ?

-Je pense que oui, crétin !

-Ah, moi aussi je t’aime, imbécile ! »

Au moins étaient-ils deux à apprécier le lien qui les unissait. Johann était plus qu’adorable. Samuel ne savait pas quoi faire dans sa situation. Il voulait plus mais craignait de tout perdre en faisant un faux pas. Et ça, il voulait l’éviter à tout prix !

« Jo ! Je peux rentrer avec Cindy, s’il te plaît ? Elle veut bien me ramener ! » les interrompit finalement Hélène, déboulant sans prévenir.

-Hey Hélène, tu sais bien que…

-S’il te plaît grand frère !

-Mais…

-Allez ! Je demanderai à maman si elle peut rester à la maison comme ça ?

-Allez, Jo ! » s’amusa à répéter Samuel, en un élan de sympathie pour la petite sœur. Il sentit une petite main venir prendre la sienne.

« S’il te plaît ! » finit-elle. Samuel imaginait les yeux de cocker de la petite fille, un visage ressemblant de très près à celui du « chat potté ». Il eut un sourire.

« Bon très bien, jeune fille !

-Merci !!

-Mais parle bien à maman, ne fais pas comme avec moi, sinon elle te dira non !

-Promis ! »

Samuel eut le droit à un énorme bisou sur le joue suivit d’un « merci » et il entendit faire de même la jeune fille à son grand frère, avant de disparaitre pour de bon.

« Eh bien on dirait qu’on va pouvoir être tranquille. Leur professeur, Ilan, est mon ancien entraîneur. Il a décrété qu’il resterait à l’entrée ici, pendant qu’on serait sur la glace. Tu viens ? On va se préparer. »

Samuel hocha la tête. Son anxiété avait quasiment disparût. Il se sentait prêt à glisser sur la glace. La seule angoisse qui persistait était la peur qu’il ne puisse retrouver ses marques.

Il suivit Johann, son bras sur le sien, jusque dans la salle où séjournaient les patins.

« Tiens, voilà pour toi. Et les miens sont… là ! »

Samuel attrapa ce qu’on lui mettait dans les bras et passa ses mains sur les patins. Il sentit la marque sous ses doigts, légèrement rebondit, et le lacet défait, coupé en deux sur le bout. Son cœur rata un battement lorsqu’il palpa des entailles sur la chaussure formant un nom.

« Johann…

-Tu as remarqué, alors ?

-Ce… Ce sont les miens…

-Exactement. Tes parents me les ont passés la dernière fois que je suis venu. On a pensé que ce serait une bonne idée… »

Il y a quelques temps, il aurait poussé un cri de rage et aurait envoyé les patins valdinguer loin de lui. Aujourd’hui il hésitait quant à la conduite à suivre. Il finit par sourire et chercher le corps du châtain.

« Merci », lui dit-il.

« Mais de rien, beau blond ! Allez ! Amène-toi ! Tu t’assieds là. »

Samuel se laissa entraîner, et posa ses fesses là où on le lui disait. Il ne discutait plus les ordres de Johann, c’était épuisant à force ! Il se mit plutôt en devoir de dénouer les lacets, histoire d’oublier les « beau blond » que lançait ce crétin, sans penser à rien !

Samuel n’eut aucun mal à enfiler ses patins. Il pouvait le faire les yeux fermés, au moins, il en était sûr à présent ! Quand Johann lui prit le bras pour le mener à la glace, il suivit le mouvement, un peu réticent. Johann lui posa sa main sur le tour de la patinoire. Ils enlevèrent les protections des lames, puis Samuel se redressa, ses mains longeant la barrière de bois, rencontrant un vide sur sa gauche.

« Tu es devant une entrée », l’entendit-il dire, alors que le son de leurs pas changeait : Johann, s’était posé sur la glace. Samuel, lui, tâtonna pour se reconnaître et hésita longuement avant d’enfin tenter sa chance. Il posa un pied sur la glace, le deuxième, et tendit ses bras vers l’endroit où était censé se trouver son ami. Ne rencontrant rien, il dit sèchement :

« Prends ma main, s’il te plaît.

-Du calme, Sam. Voilà. On fait un tour ? »

Et ils s’élancèrent. D’abord doucement, puis de plus en plus vite. Johann le tira plusieurs fois sur le côté pour le prévenir des barrières et finalement n’eut bientôt plus besoin de le faire : Samuel avait à peu près repéré les dimensions de celle-ci. Ils changèrent de direction, patinèrent en croisé, en arrière. Samuel ne ressentait aucune difficulté. C’était grisant ! Il avait l’impression de faire un retour de plusieurs mois en arrière. Il imaginait qu’il avait les yeux fermés pour mieux ressentir la vitesse, le vent froid claquant ses joues et son front. Puis il essaya d’ouvrir les yeux et, comme toujours, cela lui fut impossible. Il ne voyait pas. Les yeux ouverts ou fermés, c’était la même chose pour lui. Il se rembrunit légèrement, ses traits se durcissant.

« Emmène-moi à un bout, au milieu.

-C’est à dire ? » demanda Johann. Samuel concéda que sa proposition n’était pas très claire.

« La glace est ovale. Emmène-moi au bout, au fond, devant la plus grande ligne droite de la glace.

-Ah d’accord… Voilà, on s’arrête ici. »

Samuel lui lâcha la main et s’arrêta parfaitement. Pas de quoi se vanter, mais il appréciait d’être sûr de ses membres.

-Quand je serai aux trois quart de la ligne, dis-mois stop, ok ?

-D’accord. Que veux-tu faire ?

-Je vais faire un aller retour pour me repérer puis j’essayerai un tour de valse, des pirouettes et ainsi de suite.

-… Tu es sûr ?

-Totalement ! »

Et Samuel s’élança. Il prit de la vitesse rapidement. Il imagina la glace et, quand il pensa avoir atteint les trois quart de la piste, il entendit en écho le « stop » de Johann. C’était du tout bon.

Il fit le retour plus lentement et enchaîna plusieurs pirouettes. La première fût exécrable et il se demanda comment il était parvenu à rester sur ses patins. La seconde fût pire et il se retrouva à glisser les fesses sur la glace. La troisième fût très lente mais réussi, malgré quelques déséquilibres. Il recommença une nouvelle longueur et ses pirouettes se firent de plus en plus assurées. Il trouvait cela fascinant ! Quand on voyait, on avait tendance à perdre l’équilibre en fermant les yeux. Quand on perdait la vue, tout se déroulait dans le noir, on prenait alors l’habitude de garder un point de repère invisible. C’était un plus ! Et il avait réussi à trouver ce repère ! Du moins pour ce mouvement.

« Tu as retrouvé de bonnes bases », lui dit Johann, enchanté.

« Oui, pas de soucis. J’essaie une pirouette plus longue alors. Je ne le fais qu’en revenant, comme ça tu es là pour me réceptionner si besoin.

-D’accord. »

Et Samuel repartit. Il pirouetta avec facilité, trouvant cela même déconcertant de pouvoir compter ses propres tours alors qu’il n’avait aucun point de repère, si ce n’est son cerveau. Il changea de position, tentant de se cambrer en continuant de tourner et s’étala de tout son long sur la glace. Il accusa le coup et recommença tout de suite derrière. Il allait finir par s’énerver, il devait continuer, s’acharner ! Utiliser sa rage pour parvenir à ses fins !

Il se relança et les pirouettes s’enchaînèrent. D’abord avec lenteur mais assurance puis de plus en plus vite. Il tenta à nouveau de cambrer son corps et perdit l’équilibre. Il reprit sa pose de départ. Il essaya ainsi plusieurs fois ; il ne les compta pas. Quand enfin il parvint à prendre la position adéquate qu’il avait cherché à trouver, il n’eut aucune difficulté à retrouver ses repères. Puis enfin il changea à nouveau et se baissa, s’accroupissant.

Il se releva aussitôt, pataugeant sur la glace, trébuchant. Le visage fermé, il était en colère. Il recommença à tourner et se baissa à nouveau. Il tomba sur la glace. La tête lui tournait et il savait qu’il avait perdu tout sens de l’équilibre. C’était humiliant !

« Samuel ? », demanda Johann, non loin de lui, des bruits de patins glissants l’accompagnant.

« N’approche pas ! Je veux me débrouiller seul ! »

Il était en colère contre lui-même. Ses difficultés étaient énormes, il se sentait gauche là où il avait connu la perfection. Il se rappelait l’aisance qu’il avait eu auparavant, son corps qui lui répondait parfaitement, ses yeux qui l’aidaient dans ses mouvements, dans la perception qu’il avait du terrain… Il avait tout perdu…

Rageur, il se remit debout et attendit que son tournis passe pour recommencer quelques pirouettes. Etrangement, après cette petite pause, la pirouette debout passa sans aucune difficulté et celle cambré, après un léger déséquilibre, s’effectua de même. Il avait l’impression de réapprendre à faire du vélo. On savait toujours comment était le mouvement et il suffisait de quelques secondes pour réussir à s’y retrouver tout à fait. C’était exactement ça, sauf que le temps de réadaptation était un peu plus long. Il y arriverait !

Du côté des tours, avec un peu d’exercice, il n’aurait aucun mal à retrouver la grâce qu’il avait auparavant. Il en était persuadé. Mais pour ce soir, il allait s’arrêter là.

Il passa alors aux sauts. Il tenta à nouveau la valse qui finit par trois fois sur la glace avant d’enfin se réceptionner sur les patins, malgré encore de légères pertes d’équilibre. Quand il se sentit assez à l’aise, il tenta un « camel ». Aucun ne finit par une chute mais de gros déséquilibres, à nouveau, lui arrachèrent des grimaces de colère et de désespoir. Pourtant, Johann ne tarissait pas d’éloge, heureux pour lui. Il lui répéta cent fois qu’il était étonné de la vitesse à laquelle il regagnait tous ses mouvements. D’après lui, après autant de temps d’arrêt et la perte de sa vue, il n’avait rien imaginé de plus que quelques tours, des pirouettes et basta !

Samuel respira profondément plusieurs fois et recommença du début. Des pirouettes debout, cambré, accroupi… Un léger déséquilibre, rien de plus. Il s’arrêta, étonné. Il tenta alors, après une grande anticipation et un souffle de détermination, un axel. Jamais, depuis le début de cette soirée, il n’avait connu une chute pareille ! Sans voir il ne savait pas toujours où il tombait, nni comment, ni de quel côté ! Il était déposséder de tout ce qu’il avait connu. Et la chut de l’axel raté fût dure et déplaisante ! Samuel ne toucha la glace que du bout d’un patin avant de s’effondrer de tout son long, glissant, se laissant faire, et allant à la rencontre d’un des murs de bois entourant la patinoire. Il n’avait pas pensé jusque-là qu’il pourrait en être ainsi et il percuta la barrière de plein fouet. Son coude et son genou droit lui arrachèrent un petit cri de douleur et sa tête, désorientée et meurtrie au front, se contorsionna, laissant apparaître une étrange grimace de souffrance. Les larmes aux yeux, il se releva et cria à Johann de ne pas s’approcher. Il lui demanda de le guider par la voix sur un bout de la patinoire pour qu’il recommence. Le deuxième axel, privé de hauteur, de vitesse et de sûreté fût pire que le premier mais la chute moins dangereuse : Johann le réceptionna du mieux qu’il pût.

Samuel finit par se rendre compte qu’il avait peur. Oui, vraiment, les axels le glaçaient à présent. Pétrifié mais retrouvant sa rage de se voir ainsi déposséder de ce qu’il aimait, il repartit pour un nouvel axel qui faillit réussir. Mais son déséquilibre fût beaucoup trop fort pour lui permettre de rester debout et il tomba.

Il en enchaîna plusieurs dizaines avant d’enfin se réceptionner sans mal. Il imaginait très bien la hauteur qu’il prenait au fur et à mesure, la sûreté qu’il regagnait, la confiance. Le double axel passa lui aussi, après de longs essais infructueux, douloureux et éreintants. Mais il termina par deux dont la réception sur les pieds fût plus ou moins réussie, sans chute. Même le flip et le Lutz passèrent entre ses patins effilés, malgré toutes les difficultés du monde qu’il avait.

Après un pareil acharnement il était en nage, respirant difficilement. Il passa un bras sur son visage pour en essuyer les gouttes de transpiration. Son souffle était chaud et rapide. Mais il était fier de ce qu’il avait accompli. Il ne savait combien de temps tout cela lui avait pris, mais il était parvenu à refaire ses difficulté. Il lui manquait de l’assurance et de la grâce, mais tout passait.

« Tu as déjà fait du duo ?

-Non jamais », répondit Samuel étonné, après un instant de silence. Il avait presque oublié la présence de son ami. « Pourquoi ?

-Tu veux essayer ?

-Pourquoi pas ? »

Johann commença alors à lui apprendre le mouvement qu’il avait avec une patineuse de son groupe pour une compétition. Johann le guidait, le prévenait quand il était trop proche des barrières et ils enchainèrent ainsi les difficultés. Samuel trouva cette façon de patiner plus simple. Peut-être par ce que la présence et les encouragements de Johann le poussait à faire de son mieux, le calmait quand la colère pointait et le soulageait en faisant attention à ce qu’il reste loin des barrières sans qu’il ait besoin d’y réfléchir.

« C’était génial ! » s’extasia Samuel, un sourire conquit flottant sur ses lèvres, qu’il ne pouvait faire disparaître malgré son énorme lassitude. « Si je n’étais pas autant fatigué, je retournerais sur la glace !

-Je suis content que tu ais retrouvé ton élément. Et tu as regagné très vite tes réflexes et tes bases !

-Non ! J’ai encore énormément à faire, je ne suis pas du tout satisfait de ce que j’ai fait ce soir ! Mon niveau s’est fait la malle mais je suis bien décidé à le retrouver ! »

Ils étaient animés d’une même félicité, extatique de leurs exploits et de leur joie. Ils parlaient vite, respirant fortement entre deux phrases, buvant de grande goulées d’eau de leur bouteille. Samuel sentait ses larges vêtements de patinage lui coller à la peau. C’était désagréable et en même temps, il était heureux de retrouver cette sensation. Cela voulait dire qu’il s’était donné à fond, qu’il avait arraché chaque difficulté à son corps et son esprit. Oui, il était tout de même content de ce qui avait été accomplis ce soir.

« Hey les gars, on peut vous parler ? »

Johann et Samuel sursautèrent. Johann attrapa l’épaule de son ami avant de répondre, un brin étonné :

« Euh… Julien ? Qu’est-ce que tu fais là ? »

Samuel discerna sans mal des pas se rapprocher. Deux personnes. Julien n’était-il pas le nom de l’entraineur de Johann ? Et la deuxième paire de pas, ce devait être l’entraineur qui était resté à l’entrée, Ilan.

« On vous a vu patiner. Ilan m’a tout de suite appelé, alors je suis venu. Je n’ai pas été déçu ! Tu patines très bien, Samuel.

-M… Merci…

-Tu avais un bon niveau, tout le monde a entendu parler de toi dans l’équipe. Et tu as plutôt gardé tes difficultés, on dirait. Tu as eu du mal ?

-Enormément ! Ca faisait longtemps que je n’avais pas patiné, mais je me suis sentit aussi libéré qu’autrefois ! C’était pareil ! Enfin…

-Oui, je comprends… Avec Ilan on vient de discuter. On voudrait vous proposer quelque chose… »

Samuel se tendit et poussa instinctivement son corps vers celui de Johann. Une main vint se poser sur sa cuisse, calme et chaude.

« Ca vous plairait de faire un duo, tous les deux ? Les féminins / masculins sont obligatoires, bien sûr, mais il y a toujours une représentation avant chaque compétition. Vous patinez à merveille tous les deux, vous ne voudriez pas essayer ? »

La bouche de Samuel s’ouvrit de surprise. Il sentait ses yeux s’écarquiller. Qu’avait-il dit ? Qu’avait-il entendu, lui-même ?

La main sur sa cuisse se fit plus dur, plus serrée autour de son membre. S’il n’avait pas été autant hébété, cette situation lui aurait monté le rouge aux joues sans attendre !

« Je ne dirais pas non », répondit Johann, doucement, semblant peser ses mots. « Mais c’est à Sam de décider.

-Si… Si tu es d’accord, je veux bien essayer…

-Mais c’est parfait !

-Mais à une condition ! » s’entendit s’exclamer Samuel.

« Laquelle ? » lui demanda Julien.

« Je ne veux pas m’entrainer avec le groupe de Johann. Vous êtes trop nombreux et…

-Je n’en avais pas l’intention. Ce serait dangereux pour toi comme pour les autres. Vous rentrez dedans serait trop simple ! J’avais pensé enlever un cours à Johann et vous placer tous deux seuls le lundi soir, comme maintenant. Ca irait ?

-Oui, pour moi.

-Aucun problème, Ju’ !

-Ah ces jeunes ! Je suis content de t’avoir revu, Samuel. Je vais vous laisser. Au fait ! Je m’appelle Julien Guillon. Je suis entraîneur des patineurs à finalité national.

-Enchanté. Moi c’est…

-Samuel Mariet, champion de France des moins de 18 ans et des majeurs. Difficile de t’oublier, quand on t’a vu patiner, bonhomme. Bonne soirée !

-Au revoir, vous deux. »

Et les pas s’éloignèrent. Quand les deux entraîneurs eurent disparut et que la conscience de Samuel lui revint, celui-ci s’aperçut alors de la poigne de Johann sur sa cuisse. Sa respiration se coupa un instant et il s’obligea au calme !

Non mais c’est pas vrai !

« Samuel Mariet… Premier au championnat de France en 2000… Putain, tu m’avais battu ! Je me souviens bien de toi, maintenant !

-Ah… »

Samuel ne savait trop que dire. Il n’osait même pas parler de cette main beaucoup trop près de sa partie intime d’où d’ailleurs s’échappait une chaleur toujours plus forte…

« Je suis fier de patiner avec toi ! Tu ne peux pas savoir !

-M… Merci… »

Un silence s’installa quelques instants et la main sur la cuisse du blond se fit moins crispée, presque caressante.

« Sam…

-Oui ?...

-Je voudrais t’avouer quelque chose avant qu’on ne patine ensemble.

-Qu… Quoi ? »

Ca y est ! Il va me dire qu’il a remarqué mon manège et qu’il veut qu’on reste juste amis ! Que sinon, il disparaîtra… Oh bordel !

« Samuel… Je voulais juste t’avouer que... que tu me plais…

-Que je te plais ? » répéta Samuel, juste capable de reformuler les mots avec ses lèvres. Non, il ne voulait pas dire... Impossible !

« Ne le prends pas mal, s’il te plaît, d’accord ?... Je… Ca fait quatre ans que je sais que je suis gay…

-Tu es gay ?! »

Samuel se sentait presque transporté par cet aveu ! C’était un rêve, un magnifique et inimaginable rêve !

« Oui… Je suis désolé si cela te gêne, ok ? Je veux bien disparaître de ta vie si tu ne veux plus me voir…

-Te voir, j’en suis incapable, abruti !

-Excuse-moi, je m’exprime mal…

-Va jusqu’au bout alors !

-Samuel… Tu me plais vraiment ! Comme un mec pourrait plaire à un gay !

-Tu veux dire… Exprime-toi mieux ! » rétorqua Samuel, furieux de ne pouvoir s’évader dans les yeux de son ami.

Un silence de quelques secondes s’abattit, et Samuel crut qu’il avait tout perdu de la partie et que Johann allait finir par se lever et partir. Mais rien de tout cela ne se passa. A la place, deux lèvres vinrent se poser sur les siennes. D’abord surpris, il ne répondit pas au baiser. Puis quand Johann voulut s’écarter, le blond lui attrapa le cou et l’attira à lui pour sceller à nouveau leurs lèvres. Et ce baiser dura infiniment plus longtemps.

Samuel pouvait sentir l’odeur du châtain qui l’entourait, un mélange de déodorant, parfum et de transpiration après ce cours. Les douces lèvres qu’il portait à son visage étaient agréables, bienfaitrices. Elles laissaient des traînés de feu sur lui. La chaleur montait, sans pouvoir disparaître, s’accumulant dans son corps qui n’avait pas l’habitude d’en concentrer autant.

Quand ils cessèrent de s’embrasser, ils écartèrent leurs bouches, lentement, remplaçant leurs lèvres par leurs mains. Et Samuel fit ce qu’il avait tant envie depuis si longtemps : Il parcourut le visage de son ami de ses doigts pour essayer de deviner à quoi celui-ci pouvait bien ressembler.

« Qu’est-ce que tu… » commença Johann. Mais Sam le coupa :

« Chut. Je te découvre à ma façon… Toi, tu ne peux pas comprendre. Tu me vois avec tes yeux chaque jour ! Moi je n’ai pas ce plaisir… »

Et il traça des lignes du bout de ses doigts. Il sentit des restes de puberté mais pas grand-chose. Les yeux de Johann, de toutes les couleurs d’après Hélène, ne ressortaient pas beaucoup de son visage, son nez était droit, mais pas aussi fin qu’il ne l’imaginait. Ses joues étaient presque creuses, saillantes. Pourtant, il savait que Johann était bien fait de sa personne, musclé. Enfin, ses lèvres étaient plus minces que les siennes, embrassant la main qui passait devant elle, sans demander une quelconque autorisation. Ses cheveux, qu’il savait châtain clair, étaient légèrement bouclés.

« Maintenant, je peux un peu t’imaginer. Je n’ai pas l’habitude de faire ça », chuchota Samuel, légèrement mal à l’aise, « j’ai même du mal à savoir exactement ce à quoi tu ressembles…

-Ne t’en fais pas ! Moi je me trouve bien tel que je suis…

-Narcissique !

-Réaliste, cher ami. Bien que je te trouve bien plus beau que ma personne. Même Hélène a craqué pour toi ! Elle n’arrête pas de parler de toi à la maison !

-Vraiment ?

-Mes parents en sont venus à se demander si ce n’était pas son ami, plutôt que le mien... »

Samuel émit un rire entre l’amusement et la gêne. La main de Johann avait pris la sienne et la caressait de son pouce.

« Allez, debout, il faut qu’on y aille.

-Ok. »

Ils se levèrent après avoir protégé les lames de leurs patins et retournèrent dans le local qui leur était dû. Là, ils délacèrent les lacets des patins et Johann alla les ranger, ramenant leurs baskets.

« J’ai mis tes patins avec les miens, ok ?

-D’accord. C’est bien s’ils restent ici. Comme ça, si l’envie m’en prend, je pourrai… les enfiler… Eh ! Qu’est-ce que tu fais ?!

-Je te mets tes chaussures.

-Jo, je ne suis pas infirme !

-Je sais. Et je ne le fais pas à cause de tes yeux. Je le fais par ce que j’en ai envie, c’est tout. »

Samuel rougit et teint fermement l’épaule de son ami pendant que celui-ci s’occupait de ses pieds.

Puis, dans un curieux silence, ils se levèrent à nouveau et se dirigèrent vers la sortie.

« Bonne soirée, » lança Johann.

« Bonne soirée vous deux », lui répondirent deux autres voix. Et Samuel lança la même réplique, un peu gêné. Quand ils furent enfin dehors, le vent gifla leurs visages et, instinctivement, Samuel se rapprocha du corps de Johann. Le châtain en profita pour lui entourer les épaules.

« J’ai hâte de voir ce que va donner notre duo, pas toi ?

-Si… Mais j’ai très peur…

-Ne t’inquiètes pas, on sera ensemble à ce moment-là. »

Johann lui embrassa tranquillement le front tout en marchant avant de lui chuchoter à l’oreille :

« Moi qui te pensais fier… Au fond, tu es mort de trouille. Mais je suis là, maintenant, ok ? »

Le blond répondit par un léger gémissement, un peu plaintif, et se resserra contre le corps de son ami, incapable de parler. Ils s’engouffrèrent dans la voiture.

 

 

Ima.

 

 

Fin du premier chapitre !

Au fait, pour vous mettre dans la confidence : Il y aura deux parties de deux chapitres chacune. Pourquoi deux parties ? Vous verrez ^^

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