Ne pas suivre ce lien !

Fanfic Fr

Publiez et gérez vos fanfics en ligne

 Créer un compte | S'identifier.

Sommaire

Version mobile



Accueil


FANFICTIONS


Lecture


Entre Vous


Édition


Internet & Liens



Derniers Blogs Modifiés


Derniers liens


Appels à Textes

Consulter tous les AT
  • Insurrections
    ImaJn'ère
    Nb de signes : 22 500 - 27 500 sec
    Genre : policier - science-fiction - fantastique - fantasy
    Délai de soumission : 31/10/2019
  • Fantasy humoristique
    Fantasy Art and Studies
    Nb de signes : < 30 000 sec
    Genre : humour - fantasy
    Délai de soumission : 20/12/2019
  • Livres Oubliés
    Aeternam AS Éditions
    Nb de signes : 200 000 - 800 000 sec
    Genre : fantasy - fantastique
    Délai de soumission : 31/12/2019
  • Premier catalogue
    Edition Fictum
    Nb de signes :
    Genre : fantasy - fantastique - science-fiction
    Délai de soumission : 09/09/2019
  • L'effondrement
    Réticule
    Nb de signes : < 30 000 sec
    Genre : libre
    Délai de soumission : 31/08/2019
  • Nouvelles imaginaires
    L'Arlésienne
    Nb de signes : 6 000 - 45 000 sec
    Genre : fantasy - fantastique - science-fiction - horreur - policier - thriller - anticipation - humour - imaginaire - parodie
    Délai de soumission : 31/07/2019
  • Nouvelles ères
    Livr'S Éditions
    Nb de signes : 60 000 - 210 000 sec
    Genre : science-fiction - dystopie
    Délai de soumission : 01/12/2019
  • Entrez dans la cour de l'imaginaire
    Rroyzz Editions
    Nb de signes : 300 000 - 700 000 sec
    Genre : fantasy - fantastique - science-fiction
    Délai de soumission : 28/02/2020
  • Un verre de Vin Jaune
    Editions Aréopage
    Nb de signes : 4 500 - 10 000 sec
    Genre : libre
    Délai de soumission : 31/08/2019
  • Banquet
    Nutty Sheep
    Nb de signes : 1 000 - 30 000 sec
    Genre : fantasy
    Délai de soumission : 18/09/2019

Studio Infinite


Publicité


Publicité

Votre campagne ici

Accueil des Fanfics Liste par Auteurs/Date Recherche Coup de cœur Hasard...

Fics Originales

 > 

Heroic Fantasy

La Larme noire
[Histoire Terminée]
Auteur: elane Vue: 1532
[Publiée le: 2011-03-02]    [Mise à Jour: 2011-09-29]
G  Signaler Action-Aventure/Mystère Commentaires : 13
Description:
Une ancienne prophétie, un monde mystérieux empli de magie, d’intrigues et de mystères et une bande d’aventuriers perdus dans une quête qui les dépasse et dont les enjeux sont bien plus importants que tout ce qu’ils pourraient imaginer…
Venez-vous perdre avec eux dans cette étrange aventure qui poussera nos héros à se dépasser, à affronter leurs peurs et se dévoiler aux yeux de tous.
Crédits:
A moi! Tout à moi...
<< ( Préc ) ( Suiv ) >>
  Commenter ce chapitre 

Le lystka

[6209 mots]
Publié le: 2011-03-06
Mis à Jour: 2011-03-06
Format imprimable  
Taille du Texte: (+) : (-)

Le lystska

 

Soudain, un rire retentit. Un rire sans joie, le rire cruel d'un homme qui se moque des craintes irraisonnées d'un enfant. Le rire d'une personne qui n'avait pas eu de raisons de se réjouir depuis trop longtemps. Une silhouette se détacha des ombres, un homme grand et mince, à l'allure presque sauvage, primitive. Il portait une veste sans manches, taillée dans la peau sombre d'un animal inconnu que peu aurait pu identifier et des tatouages en forme de glyphe entouraient son poignet gauche et le haut de son bras droit. Mais ce qui déconcertait le plus, c'était ses lunettes, ni plus, ni moins une version plus masculine de celle de Kassiopée et ils ne purent s'empêcher de faire le rapprochement.

Il s'avança d'un pas sûr vers Kassiopée, mit son poignet gauche contre son bras d'un geste d'une solennité presque dérangeante en ce lieu et s'inclina avec douceur.

         - Je te souhaite le bonsoir ma sœur, dit-il en elnaeve.

Kassiopée s'inclina de même :

         - Je te souhaite le bonsoir mon frère.

 

L’homme parla. Il s'exprimait dans la langue de Goln, la langue qu'ils parlaient habituellement entre eux car Skalan n'avait jamais été vraiment intéressé par d'autres langages. Son accent était indéfinissable, différent de tout ce qu'ils avaient pu entendre.

         - J'attendais de savoir si vous aviez trouvé la raison de ma présence. Je dois avouer que je suis impressionné, ma sœur a fait un choix judicieux.

Il insista sur ces derniers mots.

         - Mais je n'ai pas encore fait le mien.

         - Êtes-vous là pour nous évaluer ? demanda Morgan.

Il acquiesça silencieusement.

         - Pourquoi ? interrogea à nouveau Morgan.

L'homme afficha un rictus énigmatique.

         - Avant toute chose, je dois avouer que je suis curieux de savoir comment vous avez résolu l'énigme de Scythe, dit-il au jeune homme.

Flatté, Morgan s'apprêta à répondre, sans pour autant oublier que ce n'était qu'une diversion, car il savait.

         - Vous nous suivez depuis l'entrée de la forêt, commença-t-il.

Un sourire grandissant lui fit comprendre qu'il les suivait depuis plus longtemps encore.

         - Or, depuis trois jours, à la mi-journée, vous vous êtes retrouvé par trois fois, non derrière mais devant nous. Et cela même, alors que vous nous suiviez. Je pense donc, qu'à la moitié du jour, Scythe, par je ne sais quel moyen, parvenait à altérer notre sens de l'orientation de telle façon que nous revenions sur nos pas, de nous-même, sans nous en rendre compte. C'est ainsi que vous vous retrouviez devant et non plus derrière.

Il s'arrêta, scrutant le visage impassible de son interlocuteur.

         - Vous le saviez ? demanda Morgan

         - Oui, dit simplement.

Il se leva et se retira à l'écart du groupe pour passer la nuit. Kassiopée, encore sous le choc, l'interpella :

         - N'utilise plus la magie.

Il se retourna, l'air sibyllin :

         - Aurais-tu peur de quelque chose ?

         - Je le crains, répondit-elle simplement.

         - Tu sais cependant que tout ce que le monde peut contenir de choses horribles et malsaines ne pourrait jamais atteindre la mesure de ce qui se passe là-bas !

         - Tu te trompes.

         - Oserais-tu insinuer que… dit-il dans un souffle, le regard enflammé d'une colère profonde.

Elle ne laissa pas terminer :

         - Non bien sûr. Mais cette chose, qui dort en ces lieux, appartient à ton monde.

Pour la première fois, une réelle surprise se peignit sur le visage tanné par le soleil de l'homme.

         - Impossible !

         - C'est un lystka, dit Kassiopée, le visage fermé.

Ce n'était plus de la surprise mais de la peur qui se lisait à présent sur ses traits.

         - Comment ?

         - Je ne sais trop, mais je crois qu'il a trouvé la porte. Je l'ai combattu jadis et la seule chose que j'ai réussi, c'est à lui échapper. Je sais que je n'aurais pas la force de lui survivre une seconde fois.

         - Tu l'as combattu et tu t'es échappée, dit-il en pouvant retenir un sourire de contentement et de fierté. Tu dois être encore plus redoutable que je ne le croyais. Mais si tu dis vrai, il faut se dépêcher de sortir d'ici au plus vite. C'est trop dangereux.

Il s'assit de nouveau près du feu.

         - Combien de temps faut-il pour sortir de cette forêt à ton avis ? demanda-t-il.

         - Maintenant que Morgan a résolu l'énigme, je dirais trois jours, peut-être moins.

         - Bien, je pense que nous nous passerons de dormir pendant ce temps, dit-il en s'adressant qu'à Kassiopée, comme si les autres n'existaient pas. Nous seuls pouvons y faire face, ajouta-t-il. Et si je n'ai pas encore fait mon choix, je ne tiens pas à ce que l'une des deux possibilités disparaisse prématurément.

Skalan qui n'appréciait guère ces apartés demanda :

         - Qu'est-ce qu'un lystka ?

L'homme se retourna, le visage plus pâle encore.

         - La créature la plus effroyable et impitoyable que je connaisse, dit-il d'un ton calme.

Ce fut peut-être la façon dont il en parla qui épouvanta le plus les membres du groupe. Regardant les flammes du feu crépiter, il se mit à leur raconter son histoire, telle qu'il l'avait déjà plusieurs fois dans son monde.

         - J'étais bien plus jeune et inexpérimenté à cette époque. A peine trois solstices avaient passé depuis mon épreuve et je voyageais seul, comme il me semble l'avoir toujours fait. J'avais affronté trois versins qui m'avaient beaucoup affaiblis et je fus recueilli pas des hommes du clan des Saures.

Personne, excepté peut-être Kassiopée, ne connaissait ni les Saures, ni les versins, mais rien au monde ne les auraient décidé à interrompre le récit. L'homme avait une présence si forte, un regard aux reflets si hypnotisant, que tous avaient l'impression d'assister à la scène. Ils étaient tellement pendus aux lèvres de ce singulier personnage que le fait de n'avoir aucune idée du lieu ou de l'époque où se déroulait cette histoire, leur semblait plus que secondaire sur le moment.

         - Ils me ramenèrent à leur camp et me soignèrent. Je suis ainsi resté chez eux. Quelques jours après mon arrivée, un lystka apparu, à la lisière de la forêt. Les sentinelles l'avaient vu mais c'était déjà trop tard. Le lystka avait déjà pris sa proie. Les anciens réunirent tout le clan et je fus moi-même convié à la réunion.

Il s'arrêta une seconde fermant les yeux :

         - Le lystka avait pris un enfant du clan et les anciens disaient qu'il était perdu. Ils ajoutèrent que la bête tenterait d'attirer les membres du clan par tous les moyens et qu'il fallait partir sans plus attendre.

"Cette créature n'est attirée que par la peur, la souffrance et la mort, et tous les guerriers du clan ne pourrait en venir à bout", dit-il en imitant le parler hésitant et rauque des anciens du clan des Saures.

Ces mots étaient restés gravés dans sa mémoire après toutes ces années.

         - Le soir même, on entendit les cris de l'enfant. Le monstre l'avait emmené à la lisière de la forêt pour que tout le clan puisse entendre ses cris de souffrance et de terreur. Ses parents, aveuglés par leur peine, se précipitèrent à son secours.

Il s'interrompit une nouvelle fois, comme si les mots ne pouvaient sortir de sa bouche.

         - Le lendemain, les cris de l'enfant s'accompagnaient de ceux de ses parents.

Tous furent horrifiés par la vision qui naquit dans leur esprit.

         - Le clan décida de partir immédiatement, laissant l'enfant et ses parents à leur sort terrifiant. Cette décision ne fut pas facilement prise, mais c'était la seule possible pour le clan. Moi, je ne pouvais accepter une telle chose ! Je les ai laissés s'en aller, puis je me suis rendu dans la forêt. Trouver la grotte du lystka ne fut pas compliqué, les cris m'y amenèrent plus sûrement qu'un plan détaillé. Lorsque je fus arrivé à l'entrée de l'antre du monstre, je me suis tapi dans les ombres et j'ai attendu. Après des heures d'une patience terrible, où chaque cri me donnait envie de me précipiter pour les aider, la bête sortit enfin. Elle était immonde, imposante, d'un aspect étrangement flasque, visqueux et possédait de nombreuses tentacules qui s’agitaient dans tous les sens. Elle se mouvait comme un énorme reptile en ondulant sur le sol de façon saccadée et rapide et son regard brillait d'une intelligence malsaine, maladive. La vue d'une telle créature était insoutenable. Une fois qu'elle fut hors de vue, je m'aventurais dans son antre. Les cris étaient devenus gémissements semblables à ceux de bêtes apeurées. La peur et la souffrance semblaient imprégner chaque parcelle de cet endroit maudit par les Dieux.

Ils étaient là, l'enfant et ses parents, enchaînés à la paroi, le corps meurtri et ensanglanté. Quand ils me virent, leur première réaction fut de me demander d'abréger leur souffrance. Les parents me supplièrent de tuer leur enfant.

Sa voix était devenue presque distante, mais son regard semblait éclaircir.

         - Ils préféraient être sûrs de mourir, plutôt que de se faire reprendre par le monstre. Je ne pouvais accepter une telle chose et les libérais le plus rapidement possible. Mais à peine, avais-je prononcé les incantations que la bête immonde surgie dans sa grotte. La terreur la plus absolue se peignit sur les visages des prisonniers. Je fis alors la chose la plus stupide et la plus irréfléchie de ma vie. J'attirais l'attention de cette chose pour laisser les autres s'échapper. Le lystka, sûrement surpris par un tel comportement, eut une seconde d'étonnement qui permit à ses victimes de fuir. Mais j'étais coincé et c'est moi qui me retrouva enchaîné aux murs froids et humides de la caverne. Je compris alors que le lystka se nourrissait littéralement tel un vampire de la souffrance et de la peur, en l'occurrence, de ma souffrance et de ma peur. Là, je su pourquoi les parents m'avais supplié de tuer leur enfant. J'ai tenté moi-même plusieurs fois de mettre fin à mes souffrances, mais la bête était vigilante et guérissait toutes mes blessures sérieuses. Cependant, un jour, elle sortit comme à son habitude, en fin de soirée… si vous saviez comme j'attendais ce moment-là… et ne revint pas. Quelques heures ou peut-être beaucoup plus passèrent et des hommes virent me délivrer. Parmi eux, il y avait les parents de l'enfant. Ils avaient rassemblé plusieurs clans pour venir à bout de cette abomination. Ils ne m'avaient pas oublié.

Le récit se termina avec les premières lueurs de l'aube. Tous étaient sans voix, ne pouvant détacher les yeux de cet étranger. Comme s'il le sentait, il remit ses lunettes d'un geste vif qui leur parut familier. Kassiopée faisait de même.

         - Vous comprenez donc pourquoi nous devons partir tout de suite, dit-il d'un ton neutre.

Il leur parla d'une façon si naturelle que l'on aurait pu douter qu'il venait de raconter une des pires choses qu'ils leur avaient été donnée d'entendre quelques minutes auparavant. Mais pour lui, de telles situations n'étaient pas extraordinaires, dans son monde. Et autour des feux de camp, les soirs, chacun racontait son histoire comme pour exorciser ses démons personnels, et ne pas sombrer un peu plus dans la folie, après avoir vécu de tels tourments.

Ils se remirent en route, le plus vite possible. L'étranger prit la tête de la compagnie presque naturellement. Gansim et Massilia le suivaient, l'observant avec attention. Il avançait sans bruit, les muscles tendus. Il sentait qu'ils le regardaient, mais ils ne représentaient pas une menace et il les laissa à leur curiosité. Son corps tout entier semblait réagir et sentir ce qu'il se passait autour de lui. Rien ne lui échappait et il progressait avec une grande aisance, sans fatigue.

A la moitié du jour, ils firent une pause pour se restaurer. Quand ils reprirent leur chemin, ils se dirigeaient vers l'endroit d'où ils avaient l'impression de venir. Tous leur sens leurs criaient qu'ils faisaient fausse route, mais ils savaient à présent que ce n'était qu'une illusion. A la fin de la journée, ils purent enfin constater, par eux-même, qu'ils avaient progressé dans la bonne direction. L'épreuve avait été passée avec succès. Cependant, tout n'était pas encore gagné. Le soir même, autour du feu, Kassiopée leur parla :

         - Speí et moi montons la garde seul ce soir. Il faut que vous vous reposiez. Nous allons encore accélérer l'allure demain.

Elle sortit son pendentif qui luisait à présent d'une sombre couleur bleu nuit.

         - Il est sur le point de se réveiller, il va falloir faire vite !

Speí porta un vif intérêt au pendentif.

         - Je n'en avais plus vu depuis au moins cent solstices !

Gansim le regarda intrigué. Il n'avait pas l'air d'avoir plus de trente ans, ce n'était peut-être qu'une simple expression.

 

La nuit tomba soudainement et un vent glacé se mit à souffler sur la forêt. Kassiopée et Speí veillaient, l'œil attentif fixé sur les ombres menaçantes qui les environnaient.

         - Depuis combien de temps nous suis-tu ? demanda Kassiopée.

         - Assez longtemps pour savoir que la situation est plus qu'incertaine. Assez pour savoir que tu as déjà fait ton choix et que par la même une des choses les plus stupides que j’ai jamais vu.

Kassiopée sourit en se rappelant que s'était ainsi qu'il avait qualifié ses actes dans l'antre du lystka. Elle ôta ses lunettes.

         - Je n'ai pas choisi.

          -Impossible ! En utilisant tes pouvoirs pour le sortilège, tu as fait ton choix.

Mais ses yeux prouvaient qu'elle ne mentait pas. Speí comprit alors.

         - Le glyphe fondamental ! Je rectifie ce que je viens de dire, ce n'était pas l'une mais la chose la plus stupide que je n'ai jamais vu.

         - Je ne pouvais m'engager dans un choix sans toi et tu le sais. Je n'avais pas d'autres solutions.

Il le savait mais quelle folie !

         - Il va falloir faire vite pour détruire la pierre, sinon…

Ni l'un, ni l'autre n'eurent le cœur de finir cette phrase. Helyo, qui faisait semblant de dormir, ne s'était pas trop éloigné d'eux, pour pouvoir suivre la conversation. Il n'en avait pas perdu une miette car il comprenait à peu près l'elnaeve. Bien qu'il ne l'ait pas dit clairement, Helyo savait que Speí était celui dont parlait la prophétie. Il était "l'Espoir" et venait de ce monde que l'on nommait Dédale, un enfer crée de toute pièce par Blamon en personne. Il était là pour le choix, se battre contre Blamon et risquer d'enfermer à jamais son peuple dans sa prison infernale ou se ranger du côté de son ennemi, lui apporter son aide et libérer son peuple.

Si se mettre aux côtés de Blamon paraissait absurde, pour quelqu'un qui avait passé sa vie dans le Dédale, l'évidence était loin d'être aussi certaine. Helyo repensa à l'histoire du lystka, les parents suppliant de tuer leur fils, de les tuer, plutôt que de se battre et d'essayer de s'en sortir. Qui sait ce que Speí pourrait accepter pour libérer son peuple. Il n'osait imaginer ce qu'il se passerait si les Elnaeves combattaient aux côtés de leurs ennemis.

 

A l'aube, ils levèrent le camp en toute hâte. Bien que Kassiopée et Speí n'aient pas fermé l'œil de la nuit, ils semblaient en plus grande forme que les autres membres de la compagnie. Ils forcèrent l'allure, à tel point que même Morgan et Gansim eurent bientôt du mal à suivre le rythme. Ils pouvaient constater, non sans une certaine pointe d'envie, que Speí ne paraissait pas même s'essouffler. Pendant le déjeuner, Kassiopée regarda de nouveau son pendentif. La lumière de celui-ci était plus intense encore et la jeune femme était de plus en plus préoccupée.

         - Je crois que nous n’allons pas encore assez vite, dit-elle.

Speí était pensif.

         - Tu penses que nous devrions continuer à marcher durant la nuit ?

         - Sans la magie nous sommes vulnérables.

Speí acquiesça silencieusement. La peur se lisait sur son visage, mais sa voix ne trahissait aucune émotion.

         - Allons-y, dit-il.

Ils s'étaient à peine arrêter une dizaine de minutes et tous n'avaient pas pu reprendre leur souffle. Cependant, ils ne protestèrent pas et même Skalan se remit en route de bonne grâce. Après une bonne heure de marche, Kassiopée s'arrêta brusquement. Une vague de douleur intense l'a traversa pendant un bref mais intense instant. Elle ne put faire un pas de plus et s'écroula, recroquevillée sur elle-même. Speí et Helyo se précipitèrent, affolés. Speí l'allongea sur le sol, la maintenant avec une poigne de fer, car elle était parcourue de spasmes violents. Une lueur rouge émanait de son cou. Elle se calma progressivement, puis Speí l'aida doucement à se relever, en la tenant par les épaules.

         - Ils l'ont, lui dit-elle.

Puis se tournant vers le reste du groupe :

         - Ils viennent de trouver la pierre. Je l'ai senti.

         - Si tu appelles ça sentir, répondit Skalan, je suis content de ne pas l'avoir senti aussi !

         - Ils sont sur le chemin de Hel 'Kyo, reprit-elle.

Speí la regarda, s'apprêtant à protester, mais il se ravisa. Le décompte était lancé : trente et un jours et pas un de plus. Ils ne pouvaient se permettre de perdre une minute et Kassiopée le savait. Il commençait à ressentir la fatigue de la nuit dernière, passée à veiller, mais il en avait l'habitude. Kassiopée avait plus de mal que lui à dissimuler son manque de sommeil, mais tenait bon.

Ils continuèrent à avancer en silence, sans toutefois accélérer. Le soir venu, tous furent soulager de pouvoir s'arrêter. Leurs muscles se faisaient un peu plus douloureux à chaque pas et la marche semblait ne jamais finir. Kassiopée s'apprêta à passer une nouvelle nuit de garde, quand Speí lui dit :

         - Non pas cette nuit. Tu te reposeras pendant que je veillerais avec Helyo. J'espère que nous n'aurons pas l'occasion de vérifier s'il est aussi doué que je le pense, ajouta-t-il d'un air sombre.

Helyo qui n'avait pas été concerté à l'avance ne fut pas spécialement ravi à l'idée de devoir passer une nuit à veiller. Mais Kassiopée avait vraiment l'air exténuée. Assis face à face, séparés par le feu, Helyo et Speí s'évaluèrent mutuellement. Ce fut Speí qui parla le premier.

         - Qui êtes-vous réellement, demanda-t-il en elnaeve, et comment connaissez-vous aussi bien notre langue.

Helyo remarqua qu'il avait dit "notre langue" et non "cette langue".

         - J'ai comme l'impression que vous me volez ma réplique, répondit-il.

         - Vous savez très bien qui je suis.

Voilà qui élude parfaitement la question pensa Helyo.

         - Moi par contre, je n'en ai pas la moindre idée, continua Speí.

         - Considérez-moi comme un ami, et peut-être comme un futur allié.

         - Peut-être, répéta Speí.

Un bruit attira son attention. Il fit signe à Helyo de se taire et se leva en scrutant les ténèbres alentour. Il s'engouffra dans les bois et revint quelques minutes plus tard, le visage décomposé. Kassiopée s'était levée, le visage livide. Elle tenait dans sa main son pendentif qui brillait d'une lueur couleur sang dans la nuit.

         - Il s'est réveillé ! dit-elle.

         - Helyo, réveille les autres, nous partons immédiatement, ordonna Speí.

         - Il nous observe, dit Speí. Je l'ai entraperçu dans la forêt à l'instant. Il se prépare à choisir sa proie.

         - Si nous arrivons à sortir de la forêt, nous serons sauvé, expliqua Kassiopée. Il ne peut pas franchir la limite des bois.

En moins de temps qu'il ne faudrait pour le dire, ils reprirent la route, éclairés par des torches rudimentaires, faute de magie. Les premiers rayons du soleil firent leur apparition découvrant leurs visages fatigués et terrifiés.

         - Je reconnais cette partie du chemin, dit Kassiopée. Nous sommes presque arrivés…

A peine eut-elle prononcé ces paroles que la créature se manifesta et leur barra la route de sa masse imposante. Speí s'interposa entre elle et le groupe pour attirer le monstre, tirant de sa veste une épée couverte de glyphes flamboyants. Kassiopée arrêta son geste :

         - Non, je ne te laisserai pas faire ça !

Il repoussa son bras:

         - Ne t'inquiète pas, je vous rejoindrai plus tard. Je vais l'attirer pour que vous puissiez passer.

         - Si tu fais cela, tu détermineras ton choix ! Réfléchis ! Sans compter que tu risques ta vie.

         - Tu n'as pas compris que j'ai déjà fait mon choix depuis longtemps ! lui dit-il en ôtant ses lunettes.

Ses yeux étaient d'un vert si clair qu'elle ne put soutenir son regard. Elle prit son bras.

         - Mène-les pour moi et je m'occupe du lystka. De toute façon je suis déjà condamnée.

         - Ne dis pas ça ! Si nous, et je dis bien nous, détruisons la pierre avant la fin du sortilège d'Anaëlle, tu survivras. Je vous retrouverai le plus tôt possible.

Il essayait d'être convainquant mais y parvint à peine.

         - Ecoute-moi, dit Kassiopée en se penchant à son oreille, j'ai réussi à m'échapper de son emprise quand j'ai compris qu'il était aveugle. Le seul moyen qu'il a pour se diriger vers ses proies, c'est sa capacité à sentir nos peurs et la magie. Si tu arrives à faire abstraction de tes peurs et que tu n'utilises aucune magie, il ne pourra plus te voir.

Il la fixa avec intensité, comme s'il voulait graver son visage dans sa mémoire, comme s'il était sûr qu'il ne la reverrait plus jamais.

         - Je m'en souviendrai, dit-il.

Et il se retourna vers la bête pour tenter de l'attirer dans sa direction. Mais celle-ci semblait plus intéressée par le groupe que par lui. Kassiopée se débarrassa d'un geste, de sa longue veste et fit un signe ample dans les airs. Un glyphe de fumée d'or pâle se dessina et Kassiopée cria l’incantation avec toute sa force. La bête fut maintenue hors de portée quelques secondes, le temps suffisant pour qu'ils puissent passer et s'enfuir. Mais le monstre était rapide et dès qu'il ne fut plus retenu, il se précipita sur eux. Speí le prit à revers et le blessa avec son épée étincelante. La créature se retourna en poussant un cri déchirant. Speí recula devant le lystka menaçant. Il avait réussi, Kassiopée pouvait sortir de la forêt. Il s'élança dans les bois à une vitesse folle, mais le lystka était déjà sur ses talons. Comment une chose aussi énorme parvenait-elle donc à se mouvoir si vite ? Il ne pourrait plus lui échapper longtemps. Il décida de tenter sa chance en faisant ce qu'avait conseillé Kassiopée. Avait-il un autre choix ? Il s'arrêta, testant immobile le visage fermé.

 

                    Ne plus penser à rien. Ne plus penser à rien.

 

Le monstre arriva rapidement et stoppa sa progression à quelques mètres de Speí, comme désorienté. Speí, les yeux fermés, se mit à penser au monde qu'il venait à peine de découvrir, ce monde où tout était si facile, où la vie était si simple. Un monde où lorsque deux personnes se rencontraient, elles ne se saluaient pas d'un mot intraduisible qui voulait dire à peu près "puissiez-vous survivre pour voir la pâle lumière de la lune", mais par un simple « bon jour ». Il revit les villes. Il n'en avait jamais vu car dans le Dédale, on ne pouvait rester à peine plus d'un jour au même endroit, alors construire une ville ! Il revit Kassiopée évoluant d'une façon si naturelle au milieu de cet endroit, qu'il en était autant déconcerté qu’émerveillé.

La première fois qu'il l'avait aperçu, c'était comme si elle était sortie des illustrations qu'il avait vu, représentant des Elnaeves "d'avant". Elle portait le même genre de vêtement que ces derniers et avait le même visage aux traits fins et délicats, si caractéristique des figures de légende et des icônes de son monde. Beaucoup dans le dédale en venait à douter qu'il y avait eu un "avant". Elle avait l'apparence d'une rescapée de quelque paradis depuis trop longtemps perdu. Elle représentait une part de l'imaginaire de tout Elnaeve, elle symbolisait, dans ses traits, ses gestes et son attitude, la petite part de rêve que le Dédale n'avait pas réussie à totalement briser. C'est en grande partie pour cela qu'il l'avait suivi sans se manifester, utilisant la magie pour se camoufler. Lui qui avait affronté plus de dangers qu'il ne pouvait en compter et frôlé la mort plus de fois qu’il n’était raisonnable, il n'avait pas osé l'aborder.

La bête s'immobilisa. Speí pouvait presque sentir son odeur fétide. Elle passa en le frôlant presque, sans le voir, ni le sentir.

Rouvrant à demi les yeux, il s'aperçut que ses nombreux tentacules s’agitaient sans but. Elle était aveugle! Il se trouvait à quelques centimètres à peine de la créature et décida de se reculer prudemment, les deux mains solidement ancrées sur la garde de son épée.

Mais une brindille le trahit dans un craquement sinistre… Aveugle peut-être, mais la créature était loin d’être sourde. En un battement de cœur, elle fut sur lui et déjà une de ses tentacules, immonde et visqueuse entourait son épée.

Il sentit une peur grandissante l’envahir à mesure qu’une des tentacules s’enroula le long de ses bras et jambes. Le lystka se préparait déjà à le ramener dans son refuge. Avec l’énergie du désespoir, il se débattit de toutes ses forces et parvint à se libérer de l’étreinte de la créature. Roulant sur le côté, il récupéra son épée que la créature avait délaissée.  Des traînées sanglantes zébraient son corps, la bête venait de laisser ses marques.

De nouveau aveugle, la bête sondait sans résultat le vide et l’espace qui les séparaient. Regardant son épée inerte et dont il avait éteint toute magie, il s’avança toute peur l’ayant quittée. Les rôles étaient inversés, il était devenu le chasseur et sa proie était là à moins d’un mètre.

Il frappa avec force, mais la créature para le premier coup. Cependant, le coup avait été asséné avec tant de force que la tentacule fut tranchée net et qu’il enfonça son épée jusqu’à la garde dans la tête du monstre.

Il émit une plainte si terrifiante et insupportable où se mêlait la douleur mais aussi la surprise, que Spei tomba à terre sous le choc en tentant de protéger ses oreilles. Mais en reniant sa peur qui menaçait à tout moment de le submerger et son essence même, la magie il s’avança d’un pas déterminé vers la bête blessée d’où s’écoulait de ses plaies purulentes un liquide verdâtre nauséabond.

 

Un soldat se présenta devant Taelon, le visage impassible.

         - La pierre a été retrouvée, monsieur.

Une brève lueur d'excitation traversa, à la vitesse de l'éclair, le regard du chef de la guilde de la lame noire.

         - Par qui ?

         - Neria, monsieur.

Il l'aurait parié. Neria appartenait à la guilde et avait toujours été dans l'ombre de Massilia. Toujours première mais uniquement parce que Massilia l'avait décidé ainsi et elle ne pouvait supporter l'idée de devoir sa première place à quelqu'un d'autre qu'à elle-même. Elle en avait gardé une rancune et une haine plus grande encore pour Massilia. Elle savait que celui qui trouverait la pierre devrait se rendre au lieu de purification et que Massilia s'y trouverait également. Taelon était sûr qu'elle serait prête à l'attendre si celle-ci n'était pas au rendez-vous, uniquement pour lui prouver que c'était elle la plus forte. Il aurait donné très cher pour assister à l'affrontement, le combat serait rude, il le sentait.

         - Ils sont partis quand ? demanda-t-il.

         - Il y a presque une journée, monsieur. Ils devraient être sur place dans peu de temps.

Il se retourna en silence et partit, lançant Taelon à ses réflexions.

 

Le groupe, mené par Kassiopée et Helyo, courrait vers la sortie des bois. Haletant, ils le franchirent à une vitesse telle qu'ils leur semblaient qu'ils survolaient littéralement l'étroit chemin jonché de pierres et de bois mort. Ils traversèrent une arche archaïque en ruine, semblable à celle de l'entrée. Tentant de retrouver son souffle, Kassiopée dit à ses amis :

         - Nous sommes hors d'atteinte.

Elle se baissa et traça un glyphe dans la terre, d'un geste ample.

         - Il nous retrouvera, j'en suis sûr, dit Helyo en scrutant la forêt hostile.

         - Je l'espère, répondit Kassiopée, sans lui nous n’avons plus d’espoir.

Les premiers rayons du soleil se frayaient un chemin dans le petit matin morne et glacé. Kassiopée frissonna, ses bras nus tremblaient dans la brise matinale. Fermant les yeux, elle prononça un mot à mi-voix et des dizaines de glyphes lui parcoururent les bras tels un serpent animé, chatoyant et protecteur. Puis ses habits se parèrent également de ces mêmes atours. A présent, elle n'avait plus à cacher ni qui elle était, ni ce dont elle était capable. Elle scruta le visage de ses compagnons d'un regard soutenu qui ne souffrait aucune question et repris la marche sans un commentaire. Avec la levée du jour, ils tracèrent leur chemin à vive allure, à travers les douces collines verdoyantes du Kalam, préludes aux hautes et rudes montagnes aux neiges éternelles. La pluie se mit soudain à marteler le paysage avec force, semblant les traverser jusqu'à la moelle.

Vers le début de l'après-midi, Kassiopée décida d'une pause et tous furent ravis de pouvoir s'étendre et d'allonger leurs membres endoloris dans un endroit sec. Ils s'étaient installés dans une vieille grange, depuis longtemps abandonnée, mais qui leur fournissait un bon abri pour la nuit et contre cette pluie dont le crépitement faisait trembler la frêle toiture de l'édifice.

Kassiopée prit alors la parole, déposant ses lunettes à côté du feu. Massilia remarqua avec étonnement que les yeux de son amie n'étaient plus verts mais d'un mélange de violet éclatant et de vert émeraude.

         - Il me semble que je vous doive quelques explications, même si je suis sûre que vous avez compris ce qu'il se passe mieux que je ne saurais l'expliquer.

Elle se leva lentement comme pour se donner un peu de courage.

         - Mon véritable nom est Kaly 'Ann même si je n’ai plus porté ce nom depuis des siècles. Je suis née au moment même où Blamon prononça sa malédiction contre mon peuple et je n'avais pas encore reçu le glyphe du baptême. Cela fit que je n'étais pas encore véritablement une Elnaeve. Je ne fus donc pas soumise à l'horrible destinée de ce peuple. Je fus recueillie par Anaëlle en personne qui m'apposa elle-même le glyphe du baptême et elle devint ainsi ma seconde mère. Elle m'éleva comme seule une mère aurait pu le faire et avant son départ, elle me chargea d'une mission. Je devais préparer la venue de celui qui trouverait la porte que nous avions créé ensemble. Dès lors Anaëlle me fit partager la malédiction de cet espoir : une vie sans fin et un regard reflet de mon âme. J'ai œuvré au fil du temps, pour assurer la meilleure cohésion possible entre les peuples de la Telesea, afin qu'ils s'entraident le jour où Blamon et ses prêtres reviendraient. J'ai créé l'académie d'où vous sortez tous et où, à chaque génération, les plus doués des pays de cette Terre ont été réunis. Car je suis persuadée que s'il y a une solution pour contrer Blamon, elle passe par l'union des meilleurs éléments de chaque partie de la Telesea. Vous apportez chacun des caractéristiques qui vous sont propres et qui combinées ont déjà fait leur preuves, plus d'une fois. Si je ne vous ai jamais dit la vérité jusqu'à aujourd'hui, c'est que je n'en avais pas le droit tant que le CHOIX n'avait pas été accompli. Maintenant, je n'ai plus aucune raison de vous cacher quoi que ce soit. Enfin presque, ajouta-t-elle en remettant ses lunettes…

 

Désorienté, Speí scrutait les alentours, cherchant son chemin. Rien ne lui semblait ni reconnaissable, ni familier. Ses membres étaient engourdis, et il était plus épuisé qu'il n'aurait su le dire. La fatigue qu'il avait accumulée ces derniers jours lui pesait sur les épaules de façon surprenante.

Où aller, et dans quelle direction ? Il avança, un peu au hasard, pour tenter de raccrocher son regard à un détail, quelque chose qui lui indiquerait sa route. Soudain, un objet attira son attention. Comme échouée au milieu de la verdure, la veste de Kassiopée semblait l'attendre. Il la ramassa avec les précautions et l'attention que l'on pourrait porter à une relique sacrée. Elle lui indiquait la sortie, aussi sûrement que si elle avait été marquée par des glyphes scintillants. Il se remit en route, conscient qu'il avait beaucoup de retard sur le groupe, et franchit la sortie rapidement. La pluie n'avait pas effacé le glyphe tracé par Kassiopée et il lui fut reconnaissant de lui avoir laissé un signe.

Chaque pas était une torture qui se répercutait dans tous les membres, mais il avait encore assez de force pour suivre les signes quasi imperceptibles laissés par Kassiopée. Il s'étonnait de son état, lui qui pouvait marcher des lieues sans s'arrêter, ni même boire ou manger, il ne pouvait plus faire trois pas sans manquer de trébucher. Au bout d'un temps qui lui parut interminable, il parvint à la petite grange où s'était réfugié le reste de la compagnie. Ses vêtements trempés lui collaient à la peau et le vent glacé le transperçait jusqu'aux os. Il entra et les vit tous assemblés autour d'un feu. A demi-inconscient, il fit encore quelques pas, puis il lui sembla tomber dans un puits sans fond, obscure et froid.

 

Kassiopée eut à peine le temps de faire un mouvement qu'Helyo s'était déjà précipité vers Speí. Celui-ci s'était effondré à quelque mètre du foyer et tenait encore dans sa main sa propre veste miraculeusement sèche. Helyo le transporta près du feu et lui ôta ses vêtements trempés. Il découvrit que son dos était couvert de glyphes, dont un émettait une faible lueur rouge. Kassiopée s'approcha en désignant le glyphe du cœur.

         - Pour échapper au lystka, il faut non seulement ne pas utiliser la magie mais aussi la rejeter. Or les Elaeves ne peuvent survivre sans elle, elle fait partie de notre être, de notre essence même. Nier ce que nous sommes peut nous faire basculer dans l'ombre. Elle lui donna une petite bourse en cuir contenant de petites perles d'argents comme elle lui en avait déjà montré à Gaena.

         - Dès que sa lumière de vie faiblira, tu devras lui donner une de ces perles diluées dans cette eau.

Elle tendit une petite fiole et s'assit en tailleur en face de Speí. Fermant les yeux, elle se mit à tracer des glyphes dans l'air qui se matérialisèrent en fumées d'or pâle et d'argent, ondulant autour de Speí. Kassiopée psalmodia en elaeve des formules de guérison si ancienne qu'Helyo n’en avait même jamais entendu parler. Au bout d'une heure ou peut-être beaucoup plus, elle s'arrêta, épuisée et s'écroula de fatigue à même le sol. Helyo lui apporta une couverture et veilla toute la nuit sur elle et Speí.

Quand Kassiopée se réveilla au petit matin, elle s'assura immédiatement que Speí allait mieux.

         - Tu ferais mieux d'aller dormir, dit-elle à Helyo.    

         - Tu as raison…

Il allait partir mais il se retourna une seconde.

         - Ces perles, dit-il, ce sont les mêmes que…

         - A Gaena, oui, répondit-elle.

         - Ce n'était donc pas un moyen de m'endormir, dit-il. Si je les avais prises, tu aurais accompli le rituel avec moi.

         - Je savais que tu ne les prendrais pas…

Et elle ajouta pour elle-même, diluée dans l'eau que j'avais utilisée, tu aurais dormi comme un bébé.

 

  Commenter ce chapitre 
<< ( Préc ) ( Suiv ) >>



© Fanfic Fr 2003 - 2019 / Mentions légales