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Heroic Fantasy

La Larme noire
[Histoire Terminée]
Auteur: elane Vue: 1591
[Publiée le: 2011-03-02]    [Mise à Jour: 2011-09-29]
G  Signaler Action-Aventure/Mystère Commentaires : 13
Description:
Une ancienne prophétie, un monde mystérieux empli de magie, d’intrigues et de mystères et une bande d’aventuriers perdus dans une quête qui les dépasse et dont les enjeux sont bien plus importants que tout ce qu’ils pourraient imaginer…
Venez-vous perdre avec eux dans cette étrange aventure qui poussera nos héros à se dépasser, à affronter leurs peurs et se dévoiler aux yeux de tous.
Crédits:
A moi! Tout à moi...
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Le siège

[12739 mots]
Publié le: 2011-03-06
Mis à Jour: 2011-09-29
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CHAPITRE DEUX 

 

Guaskana, propriété de Skalan

Environs de Gaena       

 

 

Enfin, les bâtiments massifs de la ferme familiale se dressèrent devant eux. Les autres étaient déjà tous là, Skalan bien sûr, mais aussi Kassiopée et Helyo.

            - J'avais peur que vous ne vous soyez perdus en chemin, leur dit Skalan, d’un ton ironique.

Mais soudain, son expression changea, et il mit la main sur la garde de son épée en apercevant une personne qui lui était inconnue.

            - Qui est-ce ? demanda-t-il, méfiant.

Massilia soupira :

            - Ne crains rien. C'est un ami.

            - Un ami ? dit Helyo, incrédule.

Kassiopée, qui venait de sortir, s'avança vers le nouveau venu :

            - Bonjour Morgan. J'avoue être plutôt surprise de vous voir ici.

            - On s'absente quelque temps et tout change ! Massi a des « amis » et tout le monde semble au courant sauf moi, s'insurgea Gansim.

            - Rentrons, dit Massilia d'un ton assassin, nous ne sommes pas là bavasser sur son cas ou sur le mien.

Ils se retrouvèrent tous dans la vaste et spacieuse salle à manger, qui aurait pu accueillir encore une vingtaine de convives supplémentaires. Chacun pris sa place habituelle, et Morgan observa attentivement le rituel. Il fut convié à rester sous certaines conditions.

            - Morgan, dit Massilia d'une voix quasiment neutre, je vous fais confiance, un mot que je n'utilise pas à la légère. Cela signifie que si vous faites quoi que ce soit qui puisse nous nuire par la suite, je vous le ferais amèrement regretter. Est-ce bien clair ?

Pourquoi lui faisait-elle confiance aussi vite, pourquoi l’avait-elle désigné comme un ami alors que ce n’était qu’un de ses élèves. Massilia n’aurait su le dire.

            - Parfaitement, répondit le jeune homme qui ne prit nullement la menace à la légère.

Les membres de l'assemblée acquiescèrent silencieusement : ce n'est pas une plaisanterie, loin de là. Il faut bien avouer que les ussiens ont une conception bien à eux de la confiance, pensa Gansim.

Kassiopée se mit à leur expliquer rapidement la situation actuelle en quelques mots concis mais elle passa sous silence les événements de l'île d'Attalante. Ils n'avaient pas besoin de savoir, du moins pour le moment. En l'écoutant, ses amis hésitaient entre l'incrédulité et la frayeur.

         - Mais voyons, dit Gansim, cette histoire de la larme d'Anaëlle, ce n'est qu'une… légende.

         - Il y a bien des choses dont on préfère croire qu'elles ne sont que des fables, plutôt que de les affronter, ou simplement de les voir en face, dit Morgan.

         - De plus, dit Helyo, la situation est encore plus urgente que nous le pensions.

Il se leva d'un air grave. Du moins plus que d'ordinaire, pensa Gansim, qui ne se rappelait pas l'avoir jamais vu autrement que sérieux.

         - Nous avons croisé des lancatas sur notre chemin, à la frontière de Goln, poursuivi Helyo.

         - Impossible, dit faiblement Massilia, en serrant sa tasse de thé.

         - Je les ai vus, dit Helyo. Mais ce n'est pas tout, ils étaient accompagnés de chevaliers de la guilde de la Lame noire !

Ce fut comme si Massilia avait reçu un coup. Elle crispa un peu plus sa main sur sa tasse.

         - Mais c'est une histoire à dormir debout, dit Skalan. La guilde de la Lame noire...

Helyo qui s'attendait à de telles objections, sortit une cape noire portant un sigle discret à l'emplacement du cœur : une Lame noire.

         - Voici une preuve de son existence ! Et je crains que la guilde ne soit encore plus puissante qu'on ne le dit.

Morgan regarda Massilia, puis ses amis, et il ne put s'empêcher de dévisager incrédule la jeune femme avec un regard des plus éloquents.

-          Vous ne leur avez jamais rien dit…

La jeune femme prit la cape d'un air absent. C’était peut-être la raison pour laquelle elle lui avait si aisément fait confiance. Ses amis, étonnés, la regardaient avec appréhension. Elle plaqua le masque froid du parfait petit espion ussien sur son visage, seul le léger tremblement de ses mains démentait son calme apparent

         - La guilde de la Lame noire est bien réelle. J’ai été moi-même embrigadée dans leur rang à l’âge de huit ans, et m’en suis évadée sept ans plus tard.

         - Pourquoi ne nous as-tu jamais rien dit ? demanda Kassiopée, bouleversée.

A ces mots, Massilia se retourna et affronta le regard de son amie, la colère palpitant dans ses yeux et dit d’une voix glaciale :

         - Cette information était aussi personnelle que confidentielle et inutile pour la réussite de nos missions. Du moins jusqu’à aujourd’hui.

Massilia avait toujours eu sa façon bien à elle de clore un sujet. Tous les regards convergèrent vers Morgan qui se sentait terriblement honteux de ne pas avoir su se taire. Ce fut Helyo demanda :

         - Qui êtes-vous exactement ?

         Gansim connaissait déjà la réponse à cette question : c'était cette tension, qu'il avait senti dans l'attitude de Morgan et celle de Massilia, qui la lui avait donnée.

         - J'étais moi aussi dans la guilde, répondit Morgan. Je m’en suis échappé il y a un an à peine.

         - Et vous vous êtes inscrit dans le cours de Massilia pour la retrouver, dit Kassiopée.

Il acquiesça. Gansim remarqua une lueur qu'il n'appréciait guère dans les yeux du jeune homme.

         - Et vous avez décidé de la suivre, dit-il.

         - Il faut avouer qu'elle m'a facilité la tâche, dit-il à Kassiopée, en faisant allusion aux cours de Massilia.

         - Qu'avons-nous à craindre de la guilde ? demanda Helyo.

Massilia prit la parole d'un ton sec :

         - A un contre un, la fuite me paraît une bonne option.

Tous les regards convergèrent vers elle. Ils ne l'avaient jamais vu baisser les bras devant quoi que ce soit, encore moins s'avouer vaincue d'avance, et cela quelles que soient les circonstances.

         - Tu penses que nous n'avons aucune chance contre eux ? dit Skalan, prenant d'un coup conscience qu'il avait en face de lui deux personnes qui avaient fait partie du "eux", qui paraissait du coup beaucoup moins impersonnel.

         - Voilà qui est très rassurant, reprit-il.

         - Je n'ai pas dit que c’était sans espoir. Nous avons un avantage… la magie. Même s'ils maîtrisent quelques sorts rudimentaires, ils sont loin d'avoir vos connaissances et votre expérience, dit-elle en s'adressant à Helyo et Kassiopée.

         - Malheureusement, ajouta Morgan, ils sont accompagnés par des lancatas.

         - Et quand ils auront trouvé la larme d'Anaëlle, cela risque de poser un sérieux problème, ajouta Helyo.

         - C'est pour cela que nous sommes là, dit Kassiopée. Nous devons nous rendre à Gaena, dans les sous-sols de la forteresse royale pour réactiver le sort de protection d'Anaëlle.

         - Mais Kassiopée, intervint Helyo, pour réactiver le sort d'Anaëlle il faut…

         - Je connais d'autres moyens qui pourraient peut-être marcher, Helyo. Je ne suis pas encore sûre, mais bien évidemment, si vous avez d'autres suggestions, je suis prête à les écouter.

 Helyo garda le silence, inquiet.

         - Vous pouvez décrypter, dit Skalan d'un ton sarcastique, ou c'est réservé aux seules personnes qui pratiquent la magie ?

         - Le sort de protection est capable de retarder d'un mois, soit trente et un jours, l'utilisation de la larme d'Anaëlle à partir du moment de sa découverte. Mais ce sortilège n'est censé être réactivé que par la magie des glyphes. Or cette magie a été perdue depuis des siècles. Et même, en supposant que ce soit possible, cela demanderait une telle débauche d’énergie que cela serait rien de moins que mortellement dangereux pour celui qui le lance.

Helyo et Kassiopée se retournèrent surpris vers Morgan qui venait de prendre la parôle.

         - Nous avions des cours de magie à la guilde, s’excusa Massilia d’une petite voix.

Kassiopée regarda son amie avec un certain effroi. Ainsi, elle devait comprendre sûrement beaucoup plus de choses qu'elle ne l'avait toujours laissé paraître.

         - Si vous dites qu'il existe d'autres moyens, je vous crois, continua Morgan, mais personnellement, j'en doute.

         - Alors je suis impatiente d'entendre vos propositions, rétorqua Kassiopée, d’une voix blanche où perçait la colère.

Morgan se tut, gêné. Encore une fois, il en avait trop dit.

         - Bien, nous partons demain matin, finit-elle, ou plutôt dans quelques heures, devrais-je dire.

Trente et un jours… c'était court mais plus que nécessaire pour espérer trouver une solution, du moins s'il en existait une…

 

Tous quittèrent la table, excepté Massilia et Morgan.

         - Je tenais à m'excuser, dit celui-ci. Je n'aurais jamais dû…

         - C'est vrai, tu n'aurais jamais dû, le coupa-t-elle, d'une voix sans appel. Mais de mon côté, j'aurais mieux fait de leur en parler avant. C'était à moi de le faire.

Elle le regarda avec plus d'attention.

         - Je te reconnais seulement maintenant. Tu as tellement changé.

         - Vous aussi.

         - Comment t’es-tu enfui ?

         - J’ai utilisé les cordes que vous aviez laissées près du gouffre "insondable". C’était ma deuxième tentative.

         - Tu as été bien plus efficace que moi.

Morgan était plus que gêné qu'il n'aurait su le dire par ce compliment.

         - Je suis contente que mes cordes aient servi à quelqu'un, reprit Massilia. Mais tu peux me tutoyer, après tout, on se connaît depuis longtemps.

         - Je voulais vous… te remercier, dit-il timidement.

         - Me remercier mais pour quoi ? Pour les cordes ?

         - Je ne voulais pas parler des cordes, mais de l’exemple que vous m’avez donné.

         - Je ne comprends pas…

Morgan fut abasourdi, il s’attendait à un refus polis et modeste de la part de Massilia, mais pas à cette interrogation.

         - Avant vos tentatives, l’idée même de s’évader était inconcevable. Le fait d’avoir essayé plusieurs fois m’a permis de croire que moi aussi je pouvais tenter ma chance.

         - Je crois plutôt que la seule chose que je t’ai montré c’est à quoi t’attendre si tu tentais de t’échapper, répondit-elle calmement. Je ne suis pas sûre que ça ait soulevé un grand enthousiasme dans les rangs, ajouta-t-elle d’un ton qu’elle aurait aimé beaucoup plus détaché. Si tu as pris la décision de t’évader, continua-t-elle, c’est parce qu’au fond de toi, tu savais que c’était possible, pas parce que quelqu’un l’avait tenté et réussis avant toi. La seule et unique personne à qui tu dois quelque chose c’est toi et personne d’autre.

Elle se leva en silence :

         - Tu ferais bien de te reposer quelques heures car demain sera une rude journée.

Elle sortit avant qu’il pût ajouter quoi que ce soit. Vous avez tort, pensa-t-il. Pourquoi vous auraient-ils laissée en vie après quatre tentatives d’évasion ? C’est parce que vous donniez l’exemple de quelqu’un qui leur résistait. Ils devaient prouver, nous prouver qu’ils pouvaient vous faire plier : s’ils vous avaient tuée, ils auraient montré qu’ils n’étaient pas infaillibles. Alors qu’en vous prenant sur le fait à chaque nouvelle tentative, ils espéraient faire croire que s’échapper était impossible.

 

Kassiopée s’était retirée dans un petit salon exigu qui se trouvait à l’écart. Une cheminée envahissait littéralement la petite pièce, les braises rougeoyantes jetaient une lumière faible dans l’obscurité. Helyo arriva doucement sans un bruit et vint prendre place près du foyer. Contemplant les braises, il semblait comme hypnotisé :

         - Quelle est cette autre solution ?

         - Le sort de Maèl, répondit-elle.

Elle n’essaya pas de dissimuler ses intentions plus longtemps, Helyo étant l’une des rares personnes devant lesquelles elle ne pouvait mentir.

Maèl était un magicien des temps anciens. Il était parvenu à contourner l’impossibilité d’user du pouvoir des glyphes. Il avait trouvé le moyen d’utiliser son propre glyphe fondamental. Chaque être vivant créé sur cette terre avait été façonné par les glyphes, magie primaire redoutablement efficace. Et lors de la disparition du pouvoir des glyphes, seuls ceux qui avaient été à l’origine même de toutes les créatures vivantes n’avaient pu être démis de leur pouvoir.

C’est ainsi que Maèl, au péril de sa propre vie, de sa propre essence, réussi à utiliser l’énergie de son propre glyphe. Il était le plus grand mage de son époque car il avait pu utiliser ce subterfuge plusieurs fois. Nombreux furent les sorciers et magiciens qui tentèrent de l’imiter, tant le pouvoir des glyphes était incroyable. Mais bien peu y parvinrent et ceux qui échouaient succombaient pendant le sort. Si bien que Maèl décida de détruire les incantations qu’il avait inscrites sur ses parchemins et que l’on crut perdus à jamais. Du moins jusqu’à maintenant…

         - Mais c’est beaucoup trop dangereux, s’exclama Helyo. Tu vas y laisser ta peau !

         - Il n’y a pas d’autre solution et tu le sais bien.

Il se leva, les poings crispés, le visage tendu.

         - Es-tu certaine qu’il n’y a pas une autre solution ?

Il s’en alla, laissant Kassiopée interdite. Que savait-il exactement ?

 

 

Le siège de Goln

 

Le lendemain, Skalan réveilla toute la troupe pour le départ. Les premiers rayons pâles du soleil annonçaient une journée claire et chaude. Ils étaient tous encore un peu endormis quand ils prirent la direction de la capitale, les paroles échangées étaient brèves. Gansim était en tête et Morgan fermait la marche. Il ne disait rien, se contentant de suivre le mouvement, jetant de fréquents coups d’œil vers Massilia. Kassiopée devina qu’il devait se sentir terriblement coupable de ce qu’il avait fait. Elle se promit de ne jamais laisser paraître un changement d’attitude envers Massilia, même si le fait de penser à ce qu’elle avait subi la faisait frissonner. Il semblait évident que tous avaient la même impression. Mais cela s’estomperait avec le temps, elle en était certaine.

Au bout de trois quarts d’heure, les murs de la cité se dessinèrent dans le lointain, de plus en plus précis à chaque minute. Soudain, une chose parut étrange et inhabituelle. Il n’y avait aucun va et vient aux portes de Gaena, il n’y avait même plus de gardes aux abords de la cité et du porche de l’entrée nord.

Ils s’interrogèrent du regard, ne sachant que penser. Ils pénétrèrent dans la ville désertée avec maintes précautions, assurant mutuellement leurs arrières. Là où un jour auparavant se bousculaient passants et vendeurs, voleurs et mendiants, gentilshommes et escrocs de toutes sortes, il n’y avait plus rien si ce n’est le vent soufflant dans les ruelles vides. Gansim et Skalan prirent la tête de l’expédition. Ils se dirigèrent vers les bas-fonds peu fréquentables pour tenter de chercher des informations. Tout à coup, Morgan s’arrêta, leur fit signe de se taire et de stopper leur progression. Dressant l’oreille, ils entendirent des bruits de pas dans la ruelle d’à côté. Ils se faufilèrent dans une petite rue perpendiculaire, assez sombre et étroite pour leur permettre d’observer sans être vus. Les pas se rapprochaient de plus en plus. Bien que discrets, ils semblaient résonner avec fracas dans le lourd silence.

Puis ils furent visibles, une faction armée et entraînée sillonnant la rue. Ils portaient tous une longue cape noire et à la ceinture, une Lame noire qui brillait d’un éclat mat au soleil. Morgan et Massilia faillirent sursauter. Des soldats de la guilde de la Lame noire. Ils portaient ses insignes au niveau du cœur. Il valait mieux les laisser passer sans se faire remarquer. Ils n’étaient pas sûrs de faire le poids face à une dizaine de leurs anciens "camarades" surentraînés qui eux avaient fini leur formation. Ils firent signe à leurs compagnons de se retirer immédiatement. Ceux-ci ne firent pas prier. Ils trouvèrent un endroit tranquille à l'abri des regards indiscrets pour parler. L'auberge de la rose noire était en effet suffisamment camouflée pour leur servir de refuge temporaire.

         - Quelqu'un à une idée de ce qui se passe ? demanda Gansim.

         - Je pense comprendre, dit Kassiopée. Les forces de Blamon assiègent la forteresse du palais pour que personne ne puisse réactiver le sortilège d'Anaëlle le temps qu'ils retrouvent la pierre.

         - Les soldats que nous avons croisés, dit Skalan, ce sont des ceux de la guilde ?

Massilia et Morgan acquiescèrent silencieusement. Le choc les avait ébranlés aussi bien l'un que l'autre.

         - Bien, maintenant je suppose que nous devons trouver un moyen de pénétrer dans le château en évitant une confrontation directe, ajouta Helyo.

         - Exactement, approuva Massilia.

Je n'ai jamais vu Massi se sentir aussi mal, pensa Skalan, et pourtant on en a vu, des choses…

Il se tourna vers ses amis et à leur regard, il devina qu'ils devaient sûrement penser la même chose.

         - J'ai peut-être la solution, dit Gansim.

         - Mais bien sûr ! dit Skalan.

         - Les souterrains, s'écrièrent-ils en cœur.

         - On les connaît comme notre poche, reprit Gansim. Il y a certaines portes que l'on peut franchir si on sait leur parler, dit-il en se retournant vers Kassiopée et Helyo. Un peu de magie et le tour est joué.

         - De plus, enchaîna Skalan, il y a un accès qui commence ici même.

Ce plan fut vite adopté par tous, c'était le meilleur et… le seul. Ils passèrent derrière le comptoir et descendirent à la cave de la taverne sombre et humide qui menait aux ténèbres des tunnels qui truffaient la ville.

 

 

Au même moment, à l'autre bout de la ville, le chef de la guilde s'entretenait avec un de ses seconds.

         - Vous êtes sûr qu'ils viennent juste d'entrer ?

         - Oui Monsieur.

         - Il s'agit de ces deux-là ? demanda-t-il en tendant deux parchemins qui représentaient de façon très réaliste les portraits de Massilia et Morgan.

         - Oui, Monsieur. Et ils étaient accompagnés de quatre autres personnes. Je n'ai eu le temps d'apercevoir que la sorcière, mais l'identité des trois autres n'est pas trop difficile à deviner.

         - Bien, vous pouvez disposer.

L'espion se retira sans un bruit, laissant Taelon méditer.

         - Ainsi, vous êtes là, Massilia et Morgan. Enfin deux adversaires à ma hauteur. Tout ce que vous connaissez, c'est moi qui vous l'ai appris. Règle un : analyser la situation. Une attaque frontale est suicidaire, et vous le savez. Il doit donc y avoir une autre solution. Règle deux : contourner les obstacles si on ne peut faire autrement.

Il réfléchit quelques secondes.

         - Les souterrains, j’aurais dû y penser plus tôt.

Comment avait-il pu oublier une chose aussi évidente ? Il fit quelques pas, demandant qu'on lui apporte sur-le-champ les plans des souterrains de la ville. Il avait annexé la grande bibliothèque de Gaena qui contenait tout le cadastre ainsi que les plans de la ville. Après une étude rapide, il trouva un souterrain qui menait à la forteresse et qui passait justement sous la taverne où ils s'étaient réfugiés.

Il fallait faire vite, le temps était compté. Il prit seulement quatre hommes et deux lancatas avec lui. De toute façon, c'était tout ce qu'il pouvait obtenir en si peu de temps, et c'était des hommes de valeur.

         - Notre mission sera uniquement d'affaiblir les deux sorciers. Autant vous dire que nous ne les intercepterons pas.

         - Nous sommes pourtant à un contre un, ils ne sont que six, dit l'un des chevaliers d'un air mauvais. Nous avons déjà vu de pires situations.

         - Peut-être, mais dans ses six comme vous dites, il y a Massilia et Morgan, les deux meilleurs  recrues que je n'ai jamais eus. Ils vous battraient tous même avec les yeux bandés. Et je sais de quoi je parle, dit Taelon d'une voix calme.

Ce fut ce ton posé qui impressionna le plus ses hommes. Leur chef n'était pas prompt à dispenser des compliments, et voilà qu'il parlait de ces deux renégats presque avec admiration, pour autant qu'il fût capable d'un tel sentiment.

         - Nous les aurons plus tard, ne vous inquiétez pas. Et là…

Il se contenta d'un rictus qui aurait glacé le sang des plus braves.

         - Nous allons les enfermer dans la cité. Quand nous aurons retrouvé la pierre et mis hors d'état de nuire les deux sorciers nous n'aurons plus qu'à les cueillir.

Il se tourna vers les lancatas.

         - Je veux que vous lanciez le sort de Noblawi.

         - Mais Monsieur, il est extrêmement difficile de le réaliser dans de telles circonstances. Nous ne…

         - Je sais tout cela, dit-il en balayant l'objection d'un revers de la main. Je n'aurais pas fait appel à vous sinon.

Coupant court à toute discussion, il prit la tête de l'expédition et commença à les mener à travers les souterrains sombres et humides. La terre boueuse rendait la progression bruyante et lente. Le tunnel principal était cependant large et haut, et on pouvait deviner des gravures sur les parois. Au bout d'une petite demi-heure de marche à vive allure, ils entendirent des bruits et distinguèrent des éclats de lumière dans un des couloirs secondaires. Pas de doute possible, c'était eux : la partie allait être serrée.

 

Une fois dans le passage sombre, Kassiopée, ôtant ses lunettes, s'approcha de la paroi et en chercha les aspérités en touchant la roche. Elle prononça une courte incantation et les murs se mirent à luire d'une lumière bleutée. Celle-ci était constituée de milliers d'inscriptions luminescentes qui éclairaient le chemin. Après qu'elle eut remis ses lunettes d'un geste rapide, Kassiopée s'effaça devant Gansim, qui les guidait.

Ils progressaient avec prudence. Au bout de quelques minutes, il s'arrêta brusquement, désignant de la main une paroi qui leur barrait la route.

         - C'est là, dit-il.

Skalan acquiesça.

         - C'est le passage. Il suffit de lire l'inscription plusieurs fois et nous pourrons passer.

Il laissa Helyo passer pour qu'il examine la paroi.

         - Aucun problème. Ça ne devrait pas prendre plus de quelques minutes.

Il s'assit, une main contre la roche comme s'il prenait le pouls de la pierre, puis se mit à psalmodier en basculant légèrement la tête d'avant en arrière, les yeux fermés. Un rai de lumière oscillait doucement sur le mur, formant un cercle qui se mouvait au rythme de la voix d'Helyo.

Soudain un bruit attira l'attention de Morgan. Des pas ...

Scrutant les alentours, il vit six silhouettes se détacher des ombres. Avançant à pas de loup, elles évoluaient comme des fantômes menaçants dans cet univers fermé. Taelon, le chef de la guilde de la Lame noire, leur ancien instructeur se tenait là, accompagné de quatre hommes et deux lancatas.

Skalan et Gansim étaient déjà prêts à combattre mais Massilia les arrêta d'un geste.

         - Combien de temps ? demanda-t-elle.

         - Encore un peu, je ne peux pas faire plus vite, répondit Helyo.

         - Ecoutez-moi, je vais tenter de gagner du temps avec Morgan. Si nous les affrontons de face, j'ai peur que peu d'entre nous ne s'en sortent.

Taelon s'avança.

         - Mais que vois-je ? Que le monde est petit… Massilia et Morgan. Quel plaisir de vous retrouver dans un tel endroit.

 Sa voix suintait de malveillance et de condescendance.

         - Plaisir non partagé, je vous rassure, dit Morgan.

         - Ça fait si longtemps. Ca fait quoi… Sept ans pour toi, Massilia, et un an pour toi, Morgan. Tant de temps et pas un seul petit bonjour. Quelle déception pour moi qui vous ais pratiquement élevés. Quel manque de savoir-vivre envers votre vieux professeur !

Il avait pris l'air chagriné du maître qui gronde ses meilleurs élèves pris en faute.

         - Mes meilleurs disciples, s'enfuir comme des voleurs! Voyons !

Il les examina de son regard froid et calculateur.

         - Qu'est-ce que vous avez changé ! Surtout toi, Massilia. D'une fillette échevelée et maigrichonne, tu es devenue une grande et belle femme.

D'un geste ferme, Morgan retint Massilia qui s'apprêtait à bondir.

         - Vous me dégoûtez, dit-elle, taisez-vous !

         -Quelle insolence envers celui qui vous a tout appris…

         - Appris à tuer, mentir, voler, tromper. Appris la terreur et la faim. Oui, vous nous avez appris beaucoup de choses qu'un enfant de huit ans ne devrait jamais connaître. Un jour, je vous remercierai comme vous le méritez, dit Morgan. Ne soyez pas si impatient, ce jour viendra.

Les deux lancatas se mirent à lancer des incantations. Un voile de lumière intense s'enroula autour d'eux puis se dirigea vers Helyo. Kassiopée s'interposa entre cette étrange et ondulante fumée et son ami. Elle l'arrêta d'un geste assuré.

         - Alea Tes Manyo

Et le serpent vivant sembla se disperser dans les airs comme des volutes de fumée.

         - Dépêche-toi, Helyo, je ne pourrai pas le retenir trop longtemps.

Les chevaliers de la guilde semblaient rester en retrait, observant le combat entre les sorciers. Mais Taelon envoya une dague noire en direction de la jeune femme qui, en l'évitant, se blessa la main. Le charme de protection se rompit dans l’instant et la bête rampante reprit sa forme sous les injonctions sifflantes des lancatas. Elle commença à s'enrouler autour de la main de Kassiopée, puis de son poignet. Il grossit insidieusement de seconde en seconde, allant jusqu'à l'entourer entièrement. Elle se débattit et, au prix d'un effort intense, parvint à s'en débarrasser.

         - Oynam Set Aela… Oynam Set Aela… Oynam Set Aela

Le serpent se reconstitua et se dirigea vers les lancatas affolés. Ils unirent leurs efforts pour lui échapper, mais rien n'y fit. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, le sort s'était retourné contre eux. Bientôt ils furent complètement engloutis par l'animal, et on percevait à peine leurs cris étouffés. Epuisée, Kassiopée mit un genou à terre pour reprendre son souffle.

Ni Taelon, ni les chevaliers n'avaient esquissé le moindre geste pour tenter d'aider les deux sorciers. Mais Morgan  remarqua que Taelon avait au coin des lèvres un petit sourire qui ne lui plaisait guère. Il était satisfait de lui, comme s'il avait fait exactement ce qu'il avait voulu. Ce fut à ce moment qu'Helyo se retourna.

         - Maintenant !

Ils se précipitèrent vers la porte qu'il venait de créer et refermèrent le passage de façon à ce qu'il ne puisse plus s'ouvrir avant une bonne vingtaine de jours. Skalan aida Kassiopée à franchir le passage car elle tenait à peine sur ses jambes.

Taelon les regarda partir sans même essayer de les suivre. Ses hommes ne comprenaient pas son attitude, ils avaient l'impression d'avoir échoué. Mais lui savait qu'il avait gagné cette manche. Le fait que les deux sorciers, Kassiopée et Helyo, se soient sortis du sort de Noblawi ne l'avait pas étonné.

Il ne daigna même pas jeter un regard sur les restes des deux lancatas. Ce qu'il n'avait pas prévu, en revanche, c'est que Kassiopée s'en soit sortie seule. Elle était plus douée qu'il ne le pensait.

Mais aussi puissante qu'elle fût, elle ne pouvait pas lancer le sort d'Anaëlle dans cet état. Et Helyo ne pouvait le faire seul.

 

Les compagnons parvinrent devant une des portes menant au château. Ils la franchirent sans hésiter et se heurtèrent aux gardes.

         - On ne passe pas !

Puis les gardes reconnurent Gansim et s'excusèrent platement.

         - Voilà ce que c'est ! Si on ne vient plus régulièrement chez soi, on vous traite comme un étranger. Conduisez-nous rapidement auprès du roi et j'oublie ceci.

Ils ne se firent pas prier et les menèrent devant les appartements de sa majesté. Le roi de Goln était un grand homme, aussi bien par la stature que par la sagesse. Il accueillit Gansim et toute la troupe avec chaleur. Malgré son air détaché, la situation avait creusé ses marques sur son visage grave. La situation était désespérée et la forteresse assiégée ne tiendrait plus très longtemps.

         - Vous êtes passés par les souterrains, Gansim, comme lorsque vous étiez enfant. Pour être honnête, je vous attendais.

         - Toujours aussi clairvoyant, votre Majesté.

         - Simple bon sens, Gansim. Mais cette fois, je crains qu'il n'y ait pas grand-chose à faire. C'est pour cela que j'aurais une dernière mission à vous confier.

         - Tout n'est pas encore perdu, votre Majesté, dit Massilia. Nous aimerions tenter quelque chose. Nous voulons essayer de lancer le sort de protection d'Anaëlle.

         - A situation désespérée, solution désespérée. Après tout, nous n'avons rien à perdre… Je vous laisserai accéder à la Salle. Mais avant, j'aimerais m'entretenir avec vous, Gansim, en privé.

Un peu inquiet, celui-ci hocha la tête. Ils se retirèrent dans une pièce plus petite mais moins encombrée. C'était l'endroit où le roi aimait se retirer seul pour réfléchir, travailler, une pièce bien éloignée des fastes des salles d'apparat et de la salle du trône. Le monarque invita Gansim à s'asseoir. Il prit un parchemin portant le sceau royal de Sissal et le lui tendit.

         - C'est arrivé pour vous, et je crois que ce n'est pas à prendre à la légère.

Gansim prit la missive d'une main tremblante. Sans avoir besoin de la lire ni même de la regarder, il savait ce qu'elle contenait. Il décacheta le tampon de cire rouge et lut en silence. Puis, indigné et en colère, il jeta la lettre.

         - Est-ce le moment de penser à pareille chose ?

         - Je crains qu'il y ait peu de moment plus propice. Nous devons unir nos forces contre celles de Blamon. La situation est plus que critique.

Il effleura du doigt une carte étalée sur un petit secrétaire.

         - Sissal est prêt à mettre son armée et son service d'espionnage à notre disposition. Notre union avec Sissal dans cette guerre passe par la vôtre.

Cet événement, auquel il avait toujours cru pouvoir échapper d'une façon ou d'une autre, le frappait de plein fouet.

         - La révélation a eu lieu il y a peu de temps. Je ferai tout ce que je pourrai pour retarder l'échéance le plus longtemps possible. Je suis désolé, Gansim, mais c'est vous que le sort a désigné, et cela depuis toujours. Je ne puis rien y changer. Si vous refusez, les Ussiens le considèreront comme une insulte, et nous ne pouvons-nous le permettre par les temps qui courent.

La révélation était un événement tout particulier en Ussi. A une époque pas si éloignée, les rapts et le chantage exercés envers les membres de la famille royale étaient monnaie courante. A tel point que la situation ussienne était devenue instable et dangereuse. Le pays était au bord du gouffre. C'est alors que le Roi Sael prit une décision étonnante. Il ne garda au palais que sa proche famille et expédia de façon anonyme tous ses cousins mener une vie "normale" au milieu de ses sujets. Il ne les rappelait à leurs obligations que lorsque les circonstances l'y obligeaient.

La famille royale vivait ainsi parmi le peuple, ignorant jusqu’à leur appartenance à la royauté. Aussi le fait d'être noble était-il considéré moins comme un honneur que comme un devoir. Si l'on faisait appel à vous, c'était uniquement parce que l'on avait besoin de vous. Il fallait alors tout abandonner, sa vie, ses amis, sa famille proche. Ainsi, à la mort du roi Rosh, qui ne laissait pas d'héritier direct, un jeune professeur de vingt-cinq ans se retrouva à la tête du royaume.

C'était il y a dix ans, et il était devenu l'un des plus sages dirigeants qu'eût jamais connu Ussi. Le fait d'avoir vécu pendant vingt-cinq années au milieu du peuple, sans avoir la plus petite idée de ce qu'il allait devenir, l'avait rendu plus proche et compréhensif des problèmes de son peuple qu'aucun de ses prédécesseurs.

Lorsqu’une nouvelle alliance se scellait, on annonçait à un ou une jeune noble que son destin était déjà lié. C'était la révélation.

         Le roi regarda partir son ami avec peine. Il savait, bien que Gansim semblait ne pas encore s'en être rendu compte, que son attachement à Massilia était tel que l'idée même de son mariage arrangé lui était insupportable. Une idée avait commencé à germer dans son esprit. Il prit un parchemin et commença à écrire au roi Syls. C'était un jeune roi sage qui comprendrait sûrement sa requête. Il avait dit à Gansim qu'il ne pouvait rien faire. Mais au moins essaierait-il quelque chose. Qui sait, avec un peu de chance, les choses ne tourneraient pas si mal.

Il se permit un sourire, chose si rare ces derniers temps, et se remit à écrire.

 

 

Kassiopée avait été conduite dans l'une des immenses suites du palais. La confrontation avec les lancatas l'avait épuisée. Elle devait reprendre des forces et Helyo veilla à ce qu'elle se repose. Il se sentait responsable. Il aurait dû l'aider à combattre, elle avait risqué sa vie pour sauver la sienne. Elle était si épuisée qu'elle s'était effondrée sur le lit dès qu'ils étaient arrivés. Assis sur une chaise, il la regardait dormir quand Morgan entra silencieusement.

         - Je sais maintenant pourquoi Taelon avait l'air aussi content de lui, dit-il.

         - Je crois que je comprends aussi, répondit Helyo. Dans cet état, Kassiopée ne pourrait accomplir le rituel.

Morgan le regarda avec attention et murmura :

         - Pouvez-vous la remplacer pour ce sort ?

         - Non. Je ne connais pas les incantations et je n'ai pas la résistance nécessaire pour un tel sort. Mais je peux l'aider.

         - Cessez de parler de moi comme si je n'étais pas dans la pièce, dit Kassiopée qui venait de s'éveiller.

Elle se redressa et les regarda.

         - Pourquoi m'avez-vous laissée dormir aussi longtemps ! Nous n'avons pas une minute à perdre !

Elle se leva, tenta de faire quelques pas et se rattrapa de justesse au rebord du lit. Helyo et Morgan se précipitèrent mais elle repoussa leur aide.

         - Laissez-moi me préparer ! A moins que vous ne vouliez m'aider à me préparer !

Elle était en colère surtout contre elle-même. Ces deux lancatas étaient plus forts qu’elle ne l’avait soupçonné et elle s'était faite piégée comme une débutante. Elle examina sa main et vit l'entaille que la Lame y avait faite, puis elle se prépara. Elle fit quelques pas mal assurés. Ses jambes semblaient se dérober sous elle. Elle se força à marcher jusqu'à ce que sa démarche soit moins hésitante. Il fallait qu'elle fasse illusion, au moins jusqu'à la salle du sortilège. Elle sortit de la suite. Ils étaient tous là, inquiets mais visiblement soulagés qu'elle aille mieux. Pourvu que je ne m'écroule pas comme tout à l'heure, pensa-t-elle. Elle demanda d'un ton assuré :

         - Où se trouve la salle ?

         - Je ne te laisserai pas y aller! dit Helyo.

         - Et qui le fera à ma place ? Toi ? … Tu ne connais pas ce sort.

         - C'est vrai ! Mais je peux t'aider. J'ai étudié la vie de Maèl. Quand il devint trop âgé pour lancer le sort, il réussit à le partager en deux. Il lisait les incantations pendant qu'un autre mage lui donnait sa force vitale. Nous pouvons faire la même chose.

         - Te rends-tu compte de ce que tu dis ! Comment espères-tu sortir vivant d'une telle épreuve. Tu n'as que bien peu de chance d'y arriver, tu es fou !

         - Non, ce qui est fou c'est de tenter le sortilège de Maèl dans ton état.

         - Tu as peut-être raison, admit-elle.

Elle vit qu'il était plus déterminé que jamais.

         - Nous le ferons ensemble, dit-elle d'un air résigné.

         - Dis-moi ce qu'il faut préparer, je m'en occupe. Repose-toi en attendant.

         - J'ai déjà presque tout ce dont j'ai besoin dans mes affaires. Je suppose que vous les avez mises dans ma chambre. Helyo, apporte-les dans la salle. Gansim, introduit moi auprès de sa majesté, je dois lui parler.

Celui-ci acquiesça d'un hochement de tête et la mena devant le Roi. Kassiopée remarqua qu'il paraissait préoccupé, mais elle le connaissait suffisamment pour savoir qu'il valait mieux ne rien dire, du moins pour le moment.

Une fois arrivés devant les appartements royaux, le jeune homme s'éclipsa. Pour une raison obscure, Kassiopée remarqua qu'il ne tenait pas à se trouver en sa présence.

         - Votre Majesté, dit-elle en s'inclinant gracieusement.

         - Kassiopée, voyons, quel formalisme entre deux vieux amis !

         - J'ai besoin de votre aide. Cela vous semblera peut-être étrange mais… il me faut quelques gouttes de votre sang pour accomplir le rituel.

Elle tendit respectueusement une petite fiole, accompagnée d'une petite Lame, finement ornementée de glyphes et incrustée d'or et d'argent. Le Roi accepta et enfonça la Lame dans sa paume sans trahir la moindre émotion. Il recueillit le sang qui s'écoulait et lui tendit la fiole. A peine Kassiopée avait-elle récupérée la fiole que la coupure dans la main du Roi disparut sous ses yeux. Il n'avait pas rendu la Lame et l'examina avec grande attention.

         - C'est un Pryan 'Nya, dit-il.

Ce n'était pas une interrogation mais une affirmation. Kassiopée le regarda attentivement.

         - Oui, votre Majesté. C'est un des couteaux qu'utilisaient les Elnaeves lors de certains rituels magiques.

         - Impressionnant !

Il soupesait la Lame qui malgré son extrême dureté, ne pesait pas plus qu'une feuille d'or.

         - Je ne pensais pas qu'il en existait encore.

Et moi, pensa Kassiopée, je ne pensais pas que quelqu'un d'autre que moi en connaissait l'existence. Il doit connaître beaucoup plus de choses que ne le laisse supposer son air jovial et chaleureux voire faussement naïf.

         - Je pensais, reprit-il, que seul un Elnaeve pouvait réactiver le sort d'Anaëlle. Mais si vous détenez un tel objet peut-être réussirez-vous.

         - Je l'espère sincèrement, votre Majesté.

Une fois qu'elle eut pris congé du Roi, elle retourna dans sa suite, seule. Ses affaires avaient déjà été déménagées. S'assurant que personne n'allait faire irruption à l'improviste, elle ressortit la Lame elnaeve et une seconde fiole, identique à celle qu'elle avait donnée au Roi, mais vide. Elle s'entailla lentement la paume gauche et remplit la seconde fiole. Maintenant elle était prête. Tout en appelant Gansim, elle se demandait si elle allait réussir à réactiver le sortilège.

Gansim l'accompagna en silence dans la salle. Celle-ci était située dans le sous-sol du château. On y accédait en descendant un interminable escalier de granite sans âge. La pièce était grande, les murs blancs couverts de glyphes lumineux éclairaient la salle d'une douce et pâle lumière. Au centre, un siège de pierre majestueux semblait attendre, depuis des siècles, une personne digne de lui. Une lumière bleutée émanait de cet immense trône et l'entourait d'une aura presque palpable. Devant la solennité d'un tel endroit, Kassiopée sentit son courage vaciller. Elle sentait au plus profond d'elle-même qu'elle était trop faible pour tenter seule une telle expérience.

Si tu commences à penser que tu ne peux pas y arriver, c'est sûr que tu ne pourras jamais le faire, se sermonna-t-elle intérieurement.

Elle fouilla dans ses affaires et en tira une craie blanche et des bougies de cire. Sous l'œil mi- interrogateur, mi- impressionné de ses amis qui l'avaient rejointe, elle traça un cercle parfait autour du siège, ainsi qu'un immense pentacle. Le trône se trouvait exactement en son centre. Après avoir terminé, elle scruta la salle et remarqua qu'il n'y avait qu'une seule entrée.

Fermant les yeux, elle respira profondément. L'énergie qui régnait dans cet endroit était incroyablement intense. Même Skalan qui avait toujours été réfractaire à toute manifestation surnaturelle le ressentait.

         - Nous accomplirons le rituel demain, dit Kassiopée.

Ils approuvèrent tous cette sage décision et allèrent se reposer. Chacun regagna ses appartements, les jours à venir ne seraient pas de tout repos. Ils le savaient et une bonne nuit dans un lit moelleux allait devenir un luxe rare. Avant de se coucher, Kassiopée prit une petite perle d'argent, prononça une rapide incantation et la mit dans un verre d'eau. La perle se mit à se dissoudre en tourbillonnant.

Puis la jeune femme se dirigea vers la suite d'Helyo. Celui-ci était assis face à la fenêtre, contemplant le ciel étoilé.

         - Helyo.

Il se retourna, intrigué par cette intrusion, comme si elle avait surpris ses pensées. Il remarqua le verre qu'elle tenait.

         - Si tu veux subir le sort de Maèl, il faut que tu boives ceci, dit-elle en le lui tendant.

         - Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-il.

         - Simplement un filtre qui te permettra de reposer ton âme et ton corps comme il se doit pour que tu aies une chance de survivre.

Il la regarda, soupçonneux, poser le verre sur une petite table.

         - Fais ce que tu veux, ajouta-t-elle, mais je te conseille de le boire, si tu tiens à la vie.

Elle ne mentait pas, il en était sûr. Mais elle lui cachait quelque chose, il le savait. En silence, elle s'éclipsa. Helyo contemplait le verre avec appréhension.

         - Tu ne devrais pas le boire.

C'était Massilia. Il n'avait pas remarqué sa présence.

         -Tu es là depuis combien de temps ?

         - Suffisamment pour savoir ce que mijote Kassiopée. Je la connais bien.

         - Il est vrai que vous êtes semblables, toutes les deux.

         - Je ne vois pas où tu veux en venir, dit-elle, sur la défensive.

         - Toutes les deux vous pensez savoir ce qui est mieux pour les autres. Surtout pour vos amis. Et vous avez l'impression que cela vous donne le droit de leur mentir.

         - Tu n'as pas le droit de nous juger ainsi, Helyo. Kassiopée, nous parlera quand elle se sentira prête. Et c'est parce que nous sommes ses amis que nous devons l'accepter.

Elle s'arrêta une seconde pour reprendre son calme.

         - Je pense qu’elle va tenter de réactiver le sort ce soir, seule.

         - Et que ceci, dit Helyo en désignant le verre du regard, est une sorte de somnifère. J'y ai pensé moi aussi. C'est pour cela qu'elle m'a dit que je devais le boire si je voulais sauver ma vie.

         - Exactement. Il y a longtemps que j’ai remarqué qu’elle est absolument incapable de te mentir. C'est pour cela que je propose que nous passions la nuit dans la salle. Tu dormiras pour te reposer et moi, je veillerais, pour être sûre qu'elle ne vienne pas à l'improviste.

Il accepta ce plan et ils se rendirent furtivement à la salle. Elle était déserte. Helyo s'installa dans un coin et tenta de dormir. Il ne parvint qu'à se plonger dans un sommeil agité, tandis que Massilia, tapie dans l'ombre, attendait.

Au milieu de la nuit, Massilia entendit un bruit de pas venant de l'escalier. L'œil aux aguets elle observa l'entrée. Kassiopée, vêtue d'une robe bleue couverte de Glyphes, pénétra dans la Salle sans un bruit. Au premier pas qu'elle fit dans la pièce, les glyphes couvrant les murs s'illuminèrent de la douce lueur qu'ils avaient émise quelques heures auparavant. C'était comme si elle les commandait, comme si la pierre la reconnaissait. Il n'était plus nécessaire de se cacher, les ténèbres de la pièce ayant disparu.

         - Helyo, Massilia, je m'en doutais.

         - Je te renvoie le compliment, dit Helyo qui s'était réveillé en sursaut.

Il remarqua qu'elle ne portait pas ses lunettes. Un frisson lui parcourra l’échine devant son regard si perçant qu’il n’avait encore jamais affronté. C’était comme si ce n’était pas Kassiopée qui se tenait là devant Massilia et devant lui, comme s’il ne la reconnaissait pas.

         - Tu ne pensais pas te débarrasser de nous aussi facilement, ajouta-t-il d'un air accusateur.

Kassiopée n'était ni en colère, ni même surprise. Des reflets sombres semblaient se tordre dans ses yeux.

         - Je suis désolée, j'avais prévu cette éventualité. J'espère sincèrement que vous allez me pardonner ce que je vais faire.

Levant la main d'un geste souple, elle murmura quelques mots et à leur grand étonnement, ils s'élevèrent de quelques centimètres dans les airs.

         - Kassiopée, s'écria Massilia, que fais-tu ?!

Elle se débattit dans le vide.

         - Je suis désolée, dit Kassiopée.

Helyo, lui, ne se débattait pas, sachant que c'était inutile. Elle abaissa sa main et ils furent transportés hors de la pièce par une force prodigieuse.

         - Kassiopée, arrête ça tout de suite !

Une fois hors de la salle, un champ de force en scella l'entrée. Ils ne pouvaient le traverser mais percevaient ce qui se passait dans la pièce, comme à travers un fin rideau d'eau. L'énergie du champ de force semblait onduler d'un bout à l'autre de la pièce. La magicienne s'approcha de la porte translucide, regardant ses amis d'un air triste.

         - Kassiopée, ne fait pas ça seule, dit Helyo. Tu n'es pas en état de subir un tel sort !

         - Tu ne comprends pas, Helyo. J'étais destinée à accomplir le rituel. C'est moi et moi seule qui dois le faire.

         - S'il t'arrive la moindre chose, je ne pourrais jamais plus me regarder en face.

Elle s'approcha le plus près possible de son visage. Helyo la regardait dans les yeux pour la première fois. Elle avait des yeux vert émeraude si clairs que pendant une seconde il fut comme hypnotisé.

         - Alors tu comprends pourquoi j'ai fait ça.

Elle sourit et son regard se teinta de bleu.

         - Attends, dit Massilia. Promets-nous de te reposer avant de commencer le sort.

Kassiopée se retourna vers Massilia en souriant.

         - Toujours la même, mon amie. Tu essaies de gagner du temps pour trouver le moyen d'ouvrir la porte. Je t'avoue que si tu n'avais rien tenté, j'aurais été un peu déçue. Mais cette porte est une Ondullie, une porte que seules deux choses peuvent ouvrir : ma volonté ou ma mort.

         - Alors tu peux te reposer sans prendre de risques.

         - Non c’est le moment je le sens.

Kassiopée se tourna et prit les deux fioles dans sa main. Elle versa quelques gouttes de la première dans sa main gauche et traça un glyphe complexe sur le sol. Puis elle prit la seconde et la lança sur le trône de pierre. Le verre se brisa et s'évapora dans les airs, arrosant de gouttelettes sombres l'immense siège de granit. La lumière qui en émanait s'intensifia et Kassiopée commença les incantations

.

         - Par la terre, l'eau, le vent et le feu, traduisit le scribe du roi.

Celui-ci observait la scène par un système ingénieux de miroirs et de magie rudimentaire. Il avait fait venir son traducteur, qui était versé dans l'art des langues comme celle des Elnaeves. Il était très excité car d'après lui, personne n'avait jamais parlé en Elneae, les Elnaeves ayant disparus depuis trop longtemps. Les prononciations étaient incertaines, certaines sonorités disparues. Et là, cette jeune femme semblait savoir exactement ce qu'elle faisait, c’était incroyable !

         - O forces depuis si longtemps enfermées dans ce carcan de pierre, libère-toi et vas prévenir ma Déesse. O Anaëlle, sors des limbes de ton sommeil et réponds à mon appel. J'ai versé le sang de ton peuple et tracé le glyphe du maître de ces lieux.

Le traducteur se tourna vers son monarque.

         - Je ne comprends pas, il doit y avoir une erreur. Elle a dit "je verse le sang de ton peuple". Mais le peuple d'Anaëlle a disparu depuis des siècles !

         - Contentez-vous de traduire, dit le Roi d'un ton sans appel.

La jeune femme, sous les regards inquiets de tous, s'avança lentement vers le trône et y prit place avec de plus de majesté que bien des rois. On pouvait lire sur son visage une détermination et une concentration sans failles. Elle continuait à psalmodier d'un rythme quasi hypnotique.

         - Réveille-toi ô Anaëlle et réponds à mon appel.

Soudain le siège sembla animé d'une volonté propre. Des lianes de granit s'enroulèrent doucement, insidieusement autour de ses chevilles, de ses jambes, remontant sur sa taille, ses bras puis bloquant son cou contre la pierre froide. La respiration oppressée, Kassiopée continua les incantations de plus en plus vite et de façon plus saccadée. Puis la lumière entourant la salle sembla s'affaiblir et pendant quelques secondes, le champ d'énergie qui barrait l'entrée diminua.

Massilia et Helyo savaient que si la porte s'ouvrait, cela ne pouvait signifier qu'une seule chose. Kassiopée avait cessé de parler et semblait reposer inerte au milieu de la salle. N'osant plus regarder leur amie, ils fixaient la porte avec frayeur. Puis un glyphe flamboyant se traça sur le cœur de Kassiopée. Il émettait une lumière intense qui se déplaçait de façon étrange, comme une fumée, ondulait dans la pièce, passant sur chaque glyphe des murs et du trône. Les inscriptions se teintaient au fur et à mesure du rougeoiement incandescent de l'étrange fumée qui était puisée à même le glyphe fondamental de Kassiopée. Une fois que tous les glyphes gravés dans la pierre se furent mis à luire de cette  éclatante lumière, le glyphe iridescent regagna le cœur de la magicienne. La douleur était si forte que Kassiopée se crispa sur le siège de granit et ne put retenir un cri.

Au moins, elle est vivante pensa Massilia, en remarquant la barrière invisible de la porte qui faiblissait à nouveau. Puis elle se tût et les liens qui la maintenaient se retirèrent avec douceur, laissant sur ses chevilles, ses poignets, sa taille et son cou, des traces sanglantes. Sa tête, qui n'était plus retenue, tomba lourdement sur le côté et elle s'affaissa sur le siège, la respiration haletante. Elle était incapable de se lever, ni de faire le moindre geste. Dans un dernier effort, elle regarda la porte, se concentra et l'ouvrit.

Morgan et Massilia furent les premiers à se précipiter vers la jeune femme. Voyant Kassiopée inerte et la porte ouverte Helyo, affolé les suivit. Il la prit rapidement dans ses bras et vérifia son pouls. Elle était vivante. Une vague de soulagement intense l'envahit mais elle était très faible. Il la transporta dans ses appartements et l'allongea sur son lit. Son visage était serein, Morgan s'approcha.

         - Il faut faire quelque chose et vite, sinon elle ne passera pas la nuit.

         - Je dois effectuer un transfert, dit Helyo. C'est la seule solution.

Un transfert permettait de faire passer l'énergie vitale d'un corps à un autre. Cette technique était qu'elle n'était utilisée qu'en ultime recours. Elle nécessitait d'établir un lien si étroit entre les deux personnes qu'il s'opérait entre elles des échanges de souvenir et de pensées, incontrôlables.

         - Attendez, intervint Morgan. Avez-vous déjà pratiqué un transfert ?

         - A vrai dire, non, jamais, admit Helyo.

         - Alors laissez-moi faire, dit-il d'une voix ferme.

Il regarda Massilia et ajouta :

         - Nous avons eu ce que l'on pourrait appeler un entraînement intensif sur cette technique.

Massilia détourna son regard nerveusement, en proie à ses souvenirs.

         - Il a raison, dit-elle à Helyo.

Morgan s'approcha de Kassiopée prenant ses deux mains dans les siennes et ferma les yeux. Respirant lentement, il sentit son cœur battre dans sa poitrine, le sang affluer dans ses veines, ses poumons se remplir et se vider. Il était fixé sur sa propre respiration, son propre rythme.

Puis, il entendit celui de Kassiopée. Il était faible et filant. Dans un souffle, il imposa petit à petit son rythme, sa vitalité. L'opération demandait une telle concentration qu'il se sentait perdre pied, un bourdonnement de plus en plus cassant lui martelait la tête. Des images lui traversèrent l'esprit, des souvenirs, des envies, des pensées de la jeune femme. Les flashs étaient brefs mais d'une clarté incroyable. Il vit un endroit, au milieu de nulle part, à la croisée de plusieurs chemins, à la fois début et fin qui semblaient mener aux confins du néant. Une porte de l'enfer serait moins désolée et moins effrayante, pensa-t-il.

Qu'était-ce ? Un souvenir ou une pensée ? Ni l'un ni l'autre n'étaient très réconfortant, car si ses pensées étaient aussi sombres, ce n'était pas rassurant et si cet endroit existait, il espérait ne jamais le voir.

Puis une autre vision apparut, tout aussi fugace, mais qui devait le marquer à jamais. Une jeune femme, grande, mince, fragile, aux traits délicats. Elle avait l'expression la plus triste qu'il n'avait jamais vu. Il semblait émaner d'elle une aura de puissance, mais également un désespoir si grand, si profond qu'il aurait pu s'arracher le cœur et le déposer aux pieds de cette femme, si cela avait pu faire naître, ne serait-ce qu'un sourire sur son visage si parfait.

Toute sa vie, il garderait en tête ce regard si troublé. Qui était-elle ? Pourquoi ce désespoir si sombre ?

Pendant une seconde, il se demanda ce qu'il pouvait bien, de son côté, dévoiler.

 

Kassiopée assistait à la scène comme un spectateur, mais ressentait les émotions du garçon avec une grande acuité

                    Faim… Froid… PEUR

Il se cachait d'EUX; elle suivait sans comprendre. Elle comprenait sans savoir. Une part d'elle savait qui ILS étaient, l'autre se le demandait.

Il était caché ou peut-être ils étaient cachés dans un arbre immense et effrayant.

                    NE PAS FAIRE DE BRUIT

Il ne fallait pas faire de bruit et surtout ne pas se faire remarquer. Une question revenait sans cesse : l'avaient-ils vu ? Un bruit. Quasi imperceptible, mais l'enfant l'avait entendu. Les chiens. Quand Kassiopée les vit, elle prit peur. Des monstres plutôt que des chiens, mais elle savait que l'enfant n'en avait jamais vu d'autres.

                    PEUR

Ce sentiment la glaça. Il la sentait couler dans ses veines et le submerger. C'était elle qui l'avait fait tenir, depuis deux jours et deux nuits, qui le maintenait éveillé et en alerte, permettant à ses membres engourdis de tenir le choc, même s'il ne pouvait pas toujours réprimer les tremblements. Elle lui faisait oublier sa faim mordante et ses bras déchirés par l'écorce tranchante de l'arbre. Ils allaient le retrouver. Soudain, un froissement dans les feuilles. L'enfant a l'œil et l'oreille exercés de ceux qui savent écouter et chercher. Il la repéra tout de suite. Une jeune fille nerveuse et tendue. Elle aussi l'avait vu et avait compris la situation. Elle le regarda, lui faisant un signe et se mit à courir dans le sens opposé, en faisant suffisamment de bruit pour que les molosses la repèrent et le laisse tranquille. Il était surpris. C'est la première fois que quelqu'un faisait une telle chose pour lui sans rien attendre en retour. Un sentiment qu'il n'avait encore jamais éprouvé ou qu'il ne souvient pas d'avoir jamais ressenti, l'envahit. La reconnaissance. Une reconnaissance à la mesure de sa haine, de sa colère et de sa peur, une reconnaissance sans limite.

C'est à ce moment-là que Kassiopée comprit.

 

                    Morgan et Massilia

 

Helyo observait Morgan avec crainte. Celui-ci semblait comme absent, perdu dans ses pensées; mais ce n'était pas les siennes, c'était celles de Kassiopée. Il semblait plongé dans une torpeur effroyablement triste. Ses mains étaient crispées sur celle de Kassiopée, laissant des marques rouges sur les mains de la jeune femme et ses bras tremblaient sous l'effort. Kassiopée haletait et parlait de façon presque incompréhensible, en proie à des souvenirs terribles qui lui étaient étrangers. Helyo ne perçut que quelques bribes décousues de ce flot de paroles :

         "… Peur…"

         "… Ne pas faire de bruit…"

         - ça aurait dû être moi, dit-il.

         - Non, dit Massilia.

Il se retourna. Il ne pensait pas avoir parlé assez fort pour que quelqu'un puisse l'entendre.

         - Pourquoi non ?

 Si ça avait été toi, tu n'aurais pas simplement cherché à la sauver. Tu…

          - Tu crois que je n'aurais pas pu la sauver !

         - Non, bien sûr. Tu tiens tellement à elle que tu pourrais donner ta vie pour elle.

         - C'est si visible ?

Massilia se contenta de sourire à sa réflexion, sans répondre.

         - Le problème, c'est que tu ne supportes pas le fait qu'elle te cache des choses. Tu aurais essayé de glaner la moindre information sur son passé. Il vaut mieux que tu sois patient. Un jour elle nous le dira, elle te le dira, je le sais.

         - Quoiqu'elle cache, dit-il en montrant Morgan, ça doit être terrifiant.

Massilia les regarda tous les deux.

         - Les pensées de Morgan elles aussi.

Elle s'éloigna. Ses derniers mots valaient autant pour Morgan que pour elle. Helyo et Gansim, qui écoutaient la conversation sans le laisser paraître, le savaient.

 

 Au début de l’après-midi, Gansim organisa une réunion pour tenter de définir ce qu'ils devaient faire. Par le passé, il avait toujours eu des tas d'idées pour se sortir de chaque situation périlleuse qu’ils avaient traversés. Mais là, comme tous, il attendait que Kassiopée leur dise quoi faire. Ils prirent tous place en silence à une table ovale et massive qui occupait une très grande place dans la pièce. Cette dernière était tapissée d'étagères regorgeant de livres, de parchemins et d'écrits de toutes sortes.

Kassiopée avait pris place en face de Gansim. Elle avait l'air exténuée et affaiblie. Elle portait des bandages ses mains, ses poignets et ses chevilles, ainsi qu'un élégant collier de jade et d’argent autour de son cou pour dissimuler ses blessures. Pour mettre fin au silence qui c'était installé, Gansim prit la parole :

         - La situation est sans commune mesure avec celles que nous avons connues jusque-là, je dois bien l'avouer. Je n'ai pas la moindre idée de la marche à suivre.

         - La pierre d'Anaëlle, dit Kassiopée. est sur le point d'être retrouvée, c'est l'affaire de quelques jours, cela nous le savons. Mais grâce au sort de protection, nous disposons maintenant de trente jours pour organiser une riposte et rallier tous les pays de Telesea contre les forces de Blamon. Il faut constituer des alliances solides, c'est peu mais c'est nécessaire.

         - C'est le travail des ambassadeurs, dit Gansim. Mais nous, qu'allons-nous faire?

         - Nous allons tenter de récupérer la pierre avant qu'elle soit utilisable. Pour déjouer le sort que nous venons de lancer…

         - Que tu viens de lancer, dit Helyo amèrement.

         - Helyo, je t'en prie, ce n'est pas le moment. Pour le déjouer, ils doivent se rendre dans les environs de la capitale de Kalam, en un endroit perdus dans les montagnes nommé Hel' Kyo. Nous les y attendrons et récupérerons la pierre.

         - Bien sûr, dit Skalan, ironique, six vaillants écervelés contre toutes les forces de Blamon… Je ne miserai pas un sou sur nos chances de réussites, et encore moins sur nos chances de survie.

         - Seule la personne qui a découvert la pierre et celui qui l'utilisera peuvent aller à Hel' Kyo, sinon le sort ne peut être annulé, dit Kassiopée.

         - Ils vont donc tout faire pour nous empêcher d'y arriver, dit Massilia.

Elle prit un parchemin poussiéreux et le déroula sur la table. C'était une carte de la Telesea.

         - Ils vont mettre des barrages sur toutes les routes et les frontières. Nous sommes coincés, à moins que… elle hésita.

         - Nous ne passions par la forêt de Casan, dit Gansim.

Kassiopée pâlit. Seul Helyo le remarqua car il la connaissait trop bien pour laisser passer une telle chose.

         - C'est impossible, dit Skalan. Jamais personne n'en est sorti vivant.

Helyo se tourna vers Kassiopée qui avait déjà reprit toute son assurance habituelle.

         - Je pense avoir l'air bien vivante pour une personne qui s'est déjà rendu dans cette forêt. Honnêtement, c'est un lieu dangereux, mais ce qu'on raconte est très exagéré. La seule difficulté réelle est que l'on ne peut y utiliser la magie. Certaines créatures peu amènes y sont très sensibles. Une chose que j'ai très vite compris.

         - Quand y es-tu allée ? demanda Massilia, curieuse.

         - Il y a longtemps, dit-elle d'un air sombre.

Il est inutile d'insister, pensa Helyo, qui n'avait pas oublié l'expression première de Kassiopée.

         - Pourras-tu nous guider jusqu'à Kalam ? demanda Skalan.

Elle réfléchit pendant quelques secondes.

         - Oui, répondit-elle simplement.

Helyo remarqua chez Kassiopée certains mouvements involontaires traduisant son anxiété. Quoiqu'il se cache dans cette forêt, c'était sûrement moins anodin qu'elle ne voulait le leur faire croire.

         - Nous avons un problème plus immédiat, dit Gansim. Comment sortir de Gaena sans ameuter toutes les troupes de la ville ?

         - J'ai déjà bien réfléchi, dit Morgan. Apparemment, sortir de la forteresse ne pose pas de problèmes. Les sorties des souterrains sont si nombreuses que tous les soldats de Blamon seraient en nombre insuffisant pour les garder toutes. Le véritable problème se situe à la sortie de la ville et à la façon d'y arriver sans encombre.

Il sortit une seconde carte de Gaena.

         - Il y a quatre sorties officielles, continua-t-il, Est, Ouest, Nord et Sud, et deux officieuses, soit seulement six possibilités, ce qui en simplifie grandement la surveillance pour nos ennemis.

         - Cependant, nous avons un avantage de taille, dit Massilia, voyant où Morgan voulait en venir.

         - Nous connaissons exactement la procédure standard de la guilde, enchaîna Morgan. Les entrées sont gardées par des soldats, et les patrouilles assurées par des groupes de trois chevaliers de la guilde. Il sortit un grand sac de toile brune et en sortit des tuniques noires de la guilde. Massilia tendit une main hésitante et en saisit une.

         - Une par personne, continua Morgan. Nous formerons des groupes de trois. Massilia prendra la direction du premier et moi du second. Les chevaliers de la guilde sont tout puissants et on ne leur pose que rarement des questions. Nous pourrons donc facilement franchir les sorties qui ne sont gardées que par de simples soldats. Par contre, arriver jusqu'aux sorties, c'est une autre histoire. Si nous nous faisons arrêter par des chevaliers de la guilde, l'affrontement sera inévitable. C'est pour cela qu'il faudra un magicien par groupe, ainsi qu'une personne qui connaît parfaitement la ville.

Il sortit deux feuilles de papier, blanches.

         - Il suffira que chaque groupe se présente au même moment aux deux portes les plus éloignées, celles de l'ouest et de l'est.

Massilia l'examina, impressionnée, en prononçant deux mots. Les deux feuilles se couvrirent d'une écriture cryptée.

         - Un ordre de mission de la guilde remarquablement imité.

Le plan fut vite accepté et les groupes constitués : Morgan, Kassiopée et Skalan dans l'un, Massilia, Gansim et Helyo dans l'autre.

 

Pendant ce temps, Taelon réunissait tous les chefs de section des chevaliers de la guilde de façon presque improvisée. Il se trouvait près de l'entrée est de la ville, où il avait établi le gros des troupes.

         - Malgré tous nos efforts, le sortilège d'Anaëlle a été réactivé. Mais il n'est plus temps de se lamenter sur cet échec. Il faut réagir et vite. Ils vont tenter de sortir de la ville et ils connaissent les modes d'action de la guilde. Ils savent que nos chevaliers se déplacent par trois. Ils savent aussi que les portes ne sont gardées que par des soldats. Nous allons donc réorganiser le système de surveillance. Je veux des groupes de sept chevaliers. Chaque groupe de trois sera arrêté et ne sera relâché qu'après vérification de l'identité de chacun de ses membres. Chaque personne arrêtée devra passer devant moi. Est-ce clair ?

Ils s'inclinèrent tous en signe d'accord.

         - Je veux qu'un chevalier surveille chaque sortie et qu'un groupe de chevaliers reste à proximité de chacune d'elle, au cas où.

Il s'arrêta une seconde pour tenter de garder tout son calme.

         - Ils sont là, quelque part, dans cette ville, dit-il en parlant de Morgan et de Massilia. Ils vont tenter de sortir et nous le savons. Cette fois nous ne les manquerons pas ! Je les veux vivants. Si j'apprends que l'un d'entre vous est responsable de leur fuite ou pire, de leur mort, je me ferai un plaisir de m'occuper personnellement de son cas. Par contre si l'un d'entre vous me les ramène, pieds et poings liés, je lui accorderai tout ce qu'il voudra. Des questions ?

Bien entendu, il n'y en avait aucune, comme toujours. C'était une simple formalité. On ne posait pas de questions à Taelon, même si le fait d'affecter un chevalier à la simple surveillance d'une porte était une insulte et que les groupes de sept ne leur plaisaient guère.

         - Une dernière chose, dit Taelon. Je préférerais les savoir en fuite que morts. Vous pouvez disposer.

 

 

Le soir venu, les deux groupes formés prirent la direction des souterrains en sens opposé. Massilia se sentait encore un peu mal à l'aise, les années n'avaient pas effacé tout ce qu'elle avait subi, ni ce qu'elle en avait retiré. Après toutes ces années, elle parlait, marchait et se comportait toujours comme on le lui avait appris. Mais le pire était que c'était grâce à tout ce qu'on lui avait appris qu'elle était devenue quelqu'un d'important et de respecté. Indirectement, c'était la guilde qui lui avait permis d'être ce qu'elle était, car c'était sa résistance à leurs règles, leurs injustices, leurs embrigadements qui l'avaient fait se dépasser pour survivre et s'évader. Elle ne pouvait supporter de se sentir comme redevable envers ce qu'elle avait toujours profondément haï.

 

Ils se suivirent dans un tunnel sombre où les flammes des torches dansaient au rythme de leurs pas. Les deux groupes se séparèrent pour prendre deux directions opposées. Ils s'étaient donné rendez-vous, dans un endroit, proche de la forêt, où Gansim et Skalan aimaient se retrouver étant enfants. Massilia menait la marche d'un pas martial. Il valait mieux s'habituer le plus tôt possible à prendre l'allure martiale de la guilde. Elle donnait quelques brefs coups d'œil en arrière. Leur démarche était convenable mais si l'on y prêtait un peu d'attention, on sentait bien qu'il y avait imposture. Elle pria intérieurement pour ne pas rencontrer de patrouille de la guilde. Les souterrains qu'ils empruntaient prirent fin. Les rayons du soleil de la surface se disputaient les ténèbres des couloirs sombres.

Massilia fit signe à tous de ne plus faire de bruit. Elle alla vérifier les alentours empoignant  à deux mains une longue Lame noire. Elle n'avait jamais pu trouver un moyen de s'en affranchir, elle la gardait comme on garde une cicatrice d'une ancienne blessure. C'était la première fois qu'elle la montrait à qui que ce soit hors de la guilde.

La Lame noire était l'emblème de la guilde mais c'était avant tout une arme très puissante. Elle était forgée et maudite dans le sang de son propriétaire. L'arme, intimement liée à son détenteur, avait une vie propre. Elle était le reflet de l'esprit de son possesseur et pouvait receler des pouvoirs magiques insoupçonnés. Cette Lame ne pouvait se briser qu'avec la mort de son propriétaire. Massilia l'avait toujours rejetée avec force et ne l'avait utilisée que contrainte et forcée. Mais la haine qu'elle lui vouait ne la rendait que plus puissante. Ainsi, la Lame s'animait parfois, luisant légèrement d'une couleur rouge malsaine s'alimentant de sa haine.

Lorsque Massilia la prit d'une main habile, elle se mit à luire comme jamais auparavant dans la semi obscurité du tunnel. La jeune femme sortit en silence, reprenant tous ses instincts, les sens aiguisés. Elle n'avait plus à contrôler sans cesse son aspect, ni sa démarche qui aurait pu paraître suspecte aux yeux de ses amis. Telle un félin, elle évolua dans la rue déserte. La lune était pleine et jetait sa pâle clarté dans la ruelle. Ils sortirent tous et se dirigèrent vers la sortie Ouest, avec une prudence extrême. Ils optèrent pour les ruelles les plus étroites, mal famées, et les moins fréquentées.

Au bout d'environ une demi-heure, Massilia stoppa la progression. Un bruit, indistinct dans la nuit. Un groupe. Ils se camouflèrent dans une des maisons de la ruelle et observèrent. Massilia ne put s'empêcher de pester silencieusement. Ils n'étaient pas trois mais sept. Taelon avait changé les règles du jeu, de façon à ce qu'ils soient non seulement hors-jeu, mais aussi hors catégorie. Ils n'auraient jamais pu constituer un groupe de sept, n'étant que six. De plus, à trois contre sept, les chances étaient plus qu'inégales. Une vague de panique la submergea. Il fallait trouver une solution au plus vite, ils ne pouvaient rester éternellement dans cet abri précaire. Le groupe qui était dans la ruelle ne passait pas par hasard. Ils avaient entendu quelque chose et cherchaient, les cherchaient. Gansim eut une idée.

         - Les égouts ! Nous pouvons passer par-là. Ils parcourent toute la ville et débouchent un peu partout à l'extérieur. Il y en a qui mènent à l'orée de la forêt. On peut les rejoindre non loin de l'endroit où nous sommes, en passant derrière cette maison.

Il réfléchit quelques instants :

         - Huit cents mètres, c'est à environ huit cents mètres.

Un des chevaliers allait pénétrer dans la maison. Il avait dû remarquer le carreau cassé qui leur avait permis d'entrer. Il fallait faire vite. Ils passèrent par derrière et se précipitèrent, non sans précaution, vers l'entrée des égouts.

 

Le groupe de Morgan, quant à lui, eut plus de chance et ne rencontra aucun groupe de sept chevaliers avant d'avoir atteint la porte Est. Ils se présentèrent devant les soldats avec l'ordre de mission. Ils ne se furent pas arrêtés par les soldats, mais au moment de passer le barrage, Morgan sentit une Lame aiguisée entre ses omoplates. Son adversaire lui fit face, déplaçant la Lame contre son cou.

         - Bonsoir, Morgan.

         - Sonya !

Elle avait été élève en même temps que lui. Il lui avait sauvé la vie une fois et elle lui en avait toujours gardé rancune.

         - Quand je vais dire à Taelon ce que j'ai déniché, dit-elle d'un air cruellement joyeux, je crois qu'il sautera de joie.

Elle rit doucement.

         - Tu imagines, Morgan, Taelon rire. Je pense que ce serait le plus effrayant de tous les spectacles.

Morgan mit la main sur la garde de son épée.

         - Si j'étais toi, je m'abstiendrais, dit-elle en pressant un peu plus la Lame contre sa gorge. Un seul cri de ma part et un groupe de chevaliers rappliquerait avant même que j'ai émis le moindre son.

Morgan ne put que capituler.

         - Tu as gagné, Sonya. Tu peux enfin prendre ta revanche. Mais épargne-les. Car après tout, c'est surtout moi que vous recherchez. C'est à moi que tu en veux.

Elle éclata d'un rire amer.

         - J'ai toujours trouvé que tu ramenais un peu trop les choses à toi, Morgan. Mais pour une fois tu n'as pas complètement tort.

Elle desserra sa garde.

         - Je n'oublie pas que je te dois la vie. Je te laisse partir, ainsi nous serons quittes. Je ne te dois plus rien désormais. Mais la prochaine fois, je ne te manquerais pas.

Il fut totalement désemparé par cette attitude, mais il n'attendit pas qu'elle répète sa proposition une seconde fois pour s'enfuir. Sonya se tourna vers les sentinelles qui avaient assisté, muettes, à la scène, un sourire carnassier sur les lèvres.

         - Vous n'avez rien vu, ni rien entendu. Est-ce clair ?

De manière, ils n'auraient jamais contredit un chevalier de la guilde. Ils n'étaient pas assez suicidaires pour la mettre en colère.

 

Les égouts de Gaena étaient constitués d'une multitude de tunnels infects et poisseux qui pouvaient ne laisser passer un homme courbé. Des centaines de créatures dont Gansim préférait ignorer le nom grouillaient dans les environs. Ils réussirent à y accéder sans se faire repérer. Du moins l'espéraient-ils.

         - Pourvu que les gens de la guilde n'ait pas l'idée de nous poursuivre jusque-là ! dit Helyo.

         - Même Taelon hésiterait avant de s'engager dans un tel endroit, dit Massilia.

         - Les égouts ne sont pas sur les plans du cadastre, dit Gansim, ni sur aucun plan de la bibliothèque. Ils sont trop anciens et leurs plans ont été détruits il y a longtemps. Peu de gens savent s'y orienter, c'est un véritable labyrinthe.

         - Vu les odeurs et la faune, dit Helyo, je veux bien le croire.

         - Je parie que les gens qui s'y sont égarés, sont morts d'asphyxie avant de mourir de soif et de faim, dit Massilia. Mais dis-moi, comment se fait-il que tu les connaisses si bien ?

         - ça c'est une trop longue et trop vieille histoire pour le moment, dit-il d'un air espiègle.

Au bout d'un temps qui leur avait paru beaucoup trop long, ils n'étaient toujours pas parvenus à la sortie. Ils en étaient pourtant proches au départ.

         - Gansim, demanda Helyo, es-tu bien sûr de connaître le trajet.

         - Ne vous inquiétez pas. J'ai juste emprunté un chemin un peu plus long. Nous nous dirigeons vers la porte Est et non la porte Ouest.

         - Si je comprends bien, on va devoir traverser toute la ville dans les égouts, dit Massilia.

         - Exact, répondit Gansim d'un air narquois.

         - Rappelle-moi de ne pas t'écouter la prochaine fois que tu auras une idée, dit-elle.

Ils avaient mis leurs chaussures et leurs affaires dans un sac, ne portant que leurs habits de la guilde. Ils progressèrent dans une eau putride qui aurait donné la nausée à bon nombre.

         - J'espère que les autres ne se sont pas fait surprendre, dit Gansim.

Massilia acquiesça avec inquiétude.

         - Je n'ose imaginer ce qu'ils leur feraient si jamais ils les attrapaient vivants. Mais je les connais assez bien pour savoir qu'ils peuvent s'en sortir.

         - Dis-moi Massilia, une question me trotte dans la tête depuis quelques temps. Comment Morgan a-t-il pu se procurer six tuniques de la guilde aussi rapidement ? demanda Helyo. Et en quelle matière sont-elles faites, on dirait que rien ne les traverse, ni ne les imprègne. Même les eaux des égouts semblent inefficaces, si j'ose dire.

         - En fait, elles ne sont pas faites de tissu. C'est une sorte de sortilège qui a l'aspect d'une tunique. Je ne saurais le décrire autrement. Il suffit de lancer le sort approprié pour obtenir un tel habit. Mais c'est un sort très dangereux et il vaut mieux le maîtriser parfaitement avant de le lancer.

Ils accélérèrent encore le pas, plus pour pouvoir échapper plus rapidement aux odeurs que pour échapper à la guilde.

         - Nous sommes bientôt au bout, dit Gansim.

Massilia se mit à rire nerveusement.

         - Nous sommes poursuivis par la guilde, la situation pour toute la Telesea est plus que désespérée et la seule chose sur laquelle j'arrive à fixer mon esprit, c'est un bon bain chaud pour me débarrasser de toute cette puanteur insupportable.

Ils rièrent à leur tour de bon cœur, évacuant ainsi un peu leur tension et leur stress. Un large sourire sur les lèvres, Gansim pensa que l'idée était assez intéressante pour s'y attarder quelques instants.

 

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