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Fantasy

La Lame et la Pierre Auteur: elane Vue: 3208
[Publiée le: 2010-09-28]    [Mise à Jour: 2012-08-27]
G  Signaler Action-Aventure/Surnaturel Commentaires : 44
Description:
Paris, un Paris à la fois différent et semblable où magie et technologies se côtoient, où intrigues et complots se jouent presque au grand jour.
Dans ce monde empli d’intrigues et de faux-semblants venez suivre les vies croisées d’un frère et d’une sœur séparés par un évènement tragique.
Entre haine et obsession, sacrifice et amour, ils se sépareront, se croiseront, se retrouveront. Car comme l’ombre et lumière, leurs chemins seront opposés et comme la vie et la matière, leurs destins sont liés.

Prologue
Partie un : Etincelle (du chapitre 2 au chapitre 14)
Partie deux : Lame (du chapitre 15 au chapitre 28)
Partie trois : Apocalypse
Crédits:
Tout à moi :-)
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Une nuit dans le quartier des Autres

[4942 mots]
Publié le: 2011-11-18Format imprimable  
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Une nuit dans le quartier des Autres

 

 

 

Jonas balaya d’un geste les runes gravées sur le sol. C’était presque ça, presque parfait. Presque. Soudain, il fut tiré de ses pensées par un léger bruissement. Son regard scruta les ténèbres naissantes. Depuis quand était-il dans ce parc en train de s’entraîner ? Il avait perdu le fil du temps.

Elle sortit. La jeune fille. Lame. Encore une fois, il ressenti cet étrange sentiment qu’il éprouvait lorsqu’elle se trouvait près de lui. Ça n’était ni vraiment agréable, ni même désagréable. C’était indescriptible.

Un frisson lui parcouru l’échine quand elle prit l’allée qui menait à la sortie de la propriété des Malya. Sans même y réfléchir, il décida de lui emboîter le pas.

Il fit un pas et soudain tout fut clair dans son esprit. Il venait de comprendre ce qui manquait à son sort d’invisibilité. La solution lui parut tellement simple, qu’il rougît des difficultés qu’il avait éprouvé pour maîtriser ce sort.

Il acheva d’un geste les inscriptions du sort et se confondit parfaitement dans la nuit tombante. Son maître lui avait demandé de ne même pas essayer de la suivre. Mais c’était plus fort que lui. Il sentait qu’il pouvait y arriver, comme si le fait d’être invisible le rendait infaillible.

Lame ne semblait pas avoir pris conscience de sa présence. Avec une extrême prudence, il calqua sa démarche sur la sienne, ne faisant un pas que lorsqu’elle en faisant un pour masquer le bruit de ses pas. Mais curieusement, elle ne faisait aucun bruit, absolument aucun. Du coup, ses pas, bien que lents et mesurés semblaient résonner bruyamment dans la nuit froide. Il avait beau tendre l’oreille, il n’entendait pas le moindre souffle, le moindre son venant de Lame. Quel que soit le sortilège mis en jeu par la jeune fille, il ne le connaissait pas, et n’en avait même encore jamais entendu parler. Il devrait s’en entretenir avec son maître, un tel sort pourrait s’avérer des plus utiles…

Lame poussa le portail principal qui ouvrait la résidence des Malya sur la rue. Le crissement des gonds rouillés était presque intolérable. Jonas en profita pour accélérer le pas et se faufiler entre le portail se refermant et la rue.

Elle prit la petite allée sur la gauche. La lune et quelques lampadaires tressautant dispensaient une lueur blafarde aux reflets mordorés. Le cœur de Jonas fit un bond dans sa poitrine. L’avait-elle repéré et l’entraînait-elle exprès dans cette ruelle sans issue? Un chat famélique passa, les yeux luisants, sans leur prêter la moindre attention.

Jonas fixa son attention sur Lame, le cœur battant. Elle était tellement absorbée par ce qu’elle faisait qu’il se sentit rassuré. Elle ne l’avait pas repéré. Pas encore, aurait sûrement  ajouté sournoisement son maître.

Elle s’accroupit sur le sol et traça un cercle sur le sol. D’un geste, elle inscrivit quelques symboles sur le pourtour du cercle. Une porte, une magna operta. Un des sorts les plus complexes de son art, une porte capable de relier deux endroits de l’espace et ce qu’elle que soit la distance qui les sépare.

Une lueur bleutée donna naissance à la porte illuminant la ruelle sombre. D’un pas, Lame passa le porche. Sans y réfléchir plus d’un quart de seconde, il franchit à son tour le cercle de runes. Un instant, l’idée que cette porte pouvait l’amener aux confins de ce monde l’effleura. Mais il savait que s’il ne l’avait pas fait, il s’en serait voulu longtemps. Très longtemps… Le temps se figea et il eut une impression violente et nauséeuse. Son corps et son esprit étaient comme dissolus dans cette seconde d’éternité, dissociés puis réarrangés dans l’instant. Un bourdonnement et le mal de tête le plus terrible qu’il eut jamais ressenti le terrassa avant de disparaître dans un souffle laissant place à une sensation de vide vertigineuse.

Il tomba sur le sol en se réceptionnant. Non… Il n’était pas à terre, il était encore debout sur ses deux jambes, il avait juste eu l’impression de se précipiter dans un puits noir sans fond quand ses jambes avaient repris douloureusement contact avec la réalité. Le sol lui sembla anormalement dur et présent sous ses pieds, comme s’il prenait conscience de sa réelle consistance pour la première fois de sa vie. Il releva la tête à l’aide d’un effort peu commun, ses muscles tendus étaient douloureux et sa vision pas vraiment encore rétablie au vue des papillons miroitant qui dansaient devant ses yeux.

Lame ne semblait visiblement pas le moins du monde affectée par les mêmes troubles que lui. Elle avança d’un pas rapide vers une grande arche. Jonas la reconnut tout de suite. Cet entremêlas complexe, brouillon d’un premier coup d’œil, et qui se révélait après un examen plus complet complexe et méthodiquement désorganisé de signes, de symboles, de mots dans tous les sens n’était autre que la porte principale du quartier des Autres du Taelys. Cette fille avait accompli sous ses yeux un des sorts les plus difficiles qu’il connaissait pour pouvoir parcourir quelques kilomètres à peine. De plus, elle ne semblait nullement affectée par la désorientation qu’il expérimentait sur le moment, ni souffrir de la débauche d’énergie nécessaire pour accomplir un tel rituel.

Jonas ne put maintenir plus longtemps le sort d’invisibilité et se terra tant bien que mal dans les ombres changeantes du quartier des Autres. Allait-il continuer à la suivre ainsi ? Se posait-il vraiment la question ? Il n’avait pas fait « tout » ce chemin pour renoncer maintenant. Il devrait redoubler de prudence, mais à l’évidence Lame ne faisait aucune attention à lui.

Que faisait-elle à cette heure dans l’un des quartiers les plus mystérieux et mal famés de la capitale ? La curiosité a toujours été ton point faible, se sermonna Jonas, sachant pertinemment qu’il ne pourrait y résister.

Cette fois, la tâche fut plus aisée que dans la petite ruelle déserte. De nombreux passants à l’allure pressée, perdus sous des couches de tissus colorés, ou engoncés dans des costumes de mauvaises factures passaient dans l’une des rues principales du quartier. Il n’eut aucun mal à se faufiler parmi cette foule bigarrée et bruyante. Nombre de marchands peu avenant dans des échoppes ambulantes peu recommandées à cette heure tentèrent d’attirer son regard en lui proposant des charmes et des potions aux pouvoirs extravagants. La discrétion n’était pas de mise ici, les brouhahas et l’agitation étaient la norme. Il suivit Lame à une distance raisonnable.

Lame pénétra dans un petit magasin qui n’aurait même pas eu le droit d’avoir pignon sur rue dans la pire ruelle du quartier du feu. Jonas s’accroupit contre l’un des murs sales du vieux bâtiment fatigué. Il posa ses mains à plat devant ses yeux, emboîtant un à un ses doigts en récitant la formule appropriée. Entre ses paumes, une vague enfumée se forma révélant l’intérieur du magasin. Le vieux propriétaire dit quelques mots dans une langue slave qu’il ne reconnut pas. Il sourit à la jeune fille, ils se connaissaient déjà. Le propriétaire affichait un air débonnaire et un sourire franc qui contrastait grandement avec sa boutique où régnait un capharnaüm digne des plus grands bazars du quartier des écritures. Des monticules de boîtes, de corbeilles et d’étalages de choses étonnantes dont il n’aurait pu en nommer le quart rivalisaient d’adresse et d’audace dans la recherche des hauteurs du plafond irrégulier.

 La jeune fille examina les tours penchées d’un œil expert et fit rapidement son choix sur une corbeille de fruits à la peau charnue. Elle repartit bien vite dans la ruelle sous le regard chaleureux du vieil homme. Jonas s’aplati contre le mur de la boutique en la voyant passer la double porte d’un pas décidé et lui emboîta le pas. En quelques minutes, le quartier commerçant faisait place à une succession de modestes maisons aux murs nus, encadrées dans un semblant de verdure peu avenant. La foule bigarrée disparut progressivement Jonas dut faire preuve d’une grande vigilance pour continuer à la suivre. Un instant, il se demanda s’il n’aurait pas été préférable de s’arrêter là…. Nooooon, pensa-t-il en secouant la tête instinctivement, se fendant d’un sourire narquois.

A mesure qu’il avançait, une chose se mit à retenir son intention. Non pas une chose, mais une intuition, un sentiment. A chaque pas, les regards s’assombrissaient, les passants, de plus en plus rares pressaient le pas, longeaient les murs. Une tension peu commune s’était répandue dans ce quartier des Autres, une peur suintante et nauséabonde avait envahie les rues. La pression était si forte qu’une chape de plomb semblait s’attacher à chacun de ses pas.

 

Lame s’engagea dans une minuscule ruelle pavée encastrée entre deux pans de murs sombres. Jonas ne pouvait la suivre, il se cala contre le mur. Il était hors d’halène, la tension de cette filature avait dû lui faire oublier quelques bouffées d’air.

Une maisonnée au toit vacillant, aux murs décrépis se dressait au fond de la ruelle. Lame frappa doucement au battant. Le son lourd contre la porte de bois raisonna lugubrement dans la ruelle déserte. Les gonds grincèrent et un jeune homme se tenait sur le seuil de l’entrée. Pendant une seconde, Lame vit une lueur de panique dans le regard de son ami qui fit rapidement place à un sourire franc. Il la fit entrer en hâte non sans jeter un coup d’œil qu’il aurait souhaité plus discret dans la ruelle. Jonas ne se risqua pas à espionner l’intérieur de la maisonnée. Le sang battait douloureusement dans ses veines, il ressentait avec une clarté rare les vagues de tension oppressantes qui le submergeaient.

Soudain un bruit le fit sursauter. Il n’avait pas besoin de se retourner pour savoir qu’elle était là, juste derrière lui. Il tourna la tête lentement, arborant son plus beau sourire comme un masque.

-          Je…

Il n’eut pas le loisir de dire un mot de plus, Lame lui intima de se taire et de la suivre. Il s’exécuta en silence et ils se terrèrent au plus profond de la ruelle.

-          Cela fait des semaines que la peur règne dans le quartier, elle imprègne tout de son odeur fétide. Quelque chose ou quelqu’un terrorise le quartier des Autres et je veux savoir ce qui se passe ici. Je veux savoir ce qui effraie tant mes amis.

Jonas acquiesça et enregistra l’information. Ses gens du quartier des Autres étaient ses amis. Décidément cette fille était de plus en plus intéressante. Elle traça un glyphe sur le sol et ils disparurent dans les ombres du mur, invisibles. Jonas ressentait une sensation terriblement enivrante à passer ainsi d’une ombre à l’autre, plus légers qu’un courant d’air  dans les ruelles les plus sordides du quartier des Autres. Rapidement, les rues se vidèrent jusqu’à devenir complètement désertes. La tension était oppressante et portes et volets se refermaient bien vite à mesure que le soleil déclinait. Les habitants se barricadaient derrière leurs murs, la peur au ventre.

L’attente ne fut pas longue. Quelques minutes après le coucher du soleil, un groupe de cinq personnes se mit à descendre l’avenue centrale des « Autres ». Au centre du petit groupe, un homme tiré à quatre épingles, petit costume bien coupé tenait un petit carnet précieusement entre ces deux mains. Tout autour de lui, des colosses à l’allure peu engageante l’accompagnaient. L’homme consulta ses notes, l’air affairé et ils commencèrent leur « tournée ».

Maison après maison, conformément à leur petit agenda, ils pénétrèrent dans les foyers du quartier. Ce n’était ni plus ni moins qu’un racket organisé et planifié froidement par l’homme au complet veston. Les armoires à glace qui l’accompagnaient n’hésitaient pas à enfoncer les portes, menacer et frapper. Mais au final, ils ne rencontrèrent que peu de résistance, la peur avait déjà son office depuis longtemps. Ils les suivirent en silence. Mais minute après minute, ce spectacle devint de plus en plus insoutenable. Lorsque le petit groupe s’arrêta devant la maisonnée des M’Ba, Lame dissipa le sort de l’ombre. Jonas retint difficilement Lame d’agir en interposant son bras. Il fallait attendre, ne pas agir tout de suite, pas à découvert, pas sans savoir ce dont les quatre hommes de main étaient capables. Il leur fallait un plan. En un seul regard, Lame comprit mais ils se rapprochèrent suffisamment pour écouter ce qu’il se passait à l’intérieur.

L’homme au carnet s’avança dans le salon après que ses hommes de main aient occupé le petit salon. Il examina la pièce d’un air hautain et prit d’un air détaché un des fruits qui se trouvaient dans la corbeille qu’elle avait déposé sur la table.

-          Mr M’Ba, vous êtes, si je ne m’abuse en retard sur vos dernières échéances.

Jonas sentit sa peau se hérisser en entendant ce ton dégoulinant de condescendance et d’arrogance de l’homme au carnet.

-          Vous n’êtes pas sans savoir Mr M’Ba que nous sommes les seuls à pouvoir assurer votre protection et que sans celle-ci…

Jonas ne pouvait sereinement écouter les menaces sous-jacentes de cet homme et Lame rongeait son frein. Les familles du quartier des Autres étaient parmi les plus pauvres du Taelys, beaucoup étaient là en situation irrégulière, sans papiers, sans recours ni personne vers qui se tourner.

Ils les suivirent une bonne partie de la nuit dans leur poursuite méthodique de leur objectif. Puis, ils retournèrent sur leur pas et entrèrent dans une grande bâtisse aux abords du quartier des Autres. C’était là leur point de chute.

Lame se cala contre les murs du bâtiment. Une lueur de rage et de puissance flamboyait dans ses yeux. Jonas n’avait pas besoin de se regarder dans un miroir pour savoir que la même flamme brillait dans son regard…. Du moins pour ce qui est de la rage, se corrigea-t-il mentalement. Il doutait que quiconque puisse dégager une telle aura d’énergie pure. La sombre pantomime à laquelle ils avaient été témoin était de loin le plus injuste et révoltant acte qu’il lui avait été donné de voir dans sa vie.

Qu’allaient-ils faire maintenant ? Quel plan adopter ? Il était évident que Lame allait agir lorsqu’un homme attira leur attention. Perdu dans les ombres changeantes de la ruelle, ils l’observèrent avancer seul, d’un pas régulier dans la nuit. La silhouette qui se dirigeait vers la bâtisse était tellement emmitouflée sous les couches de vêtement qu’on ne pouvait en distinguer son réel aspect.

Etait-il seulement humain, Jonas n’en était plus si certain tout d’un coup. Il s’avança sans ralentir son pas et les portes imposantes de l’entrée du bâtiment s’ouvrirent dans un grincement sinistre. Il s’engouffra dans le bâtiment et sans même y réfléchir, Jonas et Lame lui emboîtèrent le pas. La créature repoussa son ample capuche qui lui recouvrait à moitié le visage et aucun doute n’était possible. Un masque chatoyant et mouvant recouvrait un visage qui n’avait rien d’humain. Il prit d’un pas lent et mesuré l’escalier en double hélice qui se dressait devant lui. Jonas remarqua une marque d’argent brodée sur le revers de son vêtement, discrète, presque camouflée.

 Un frisson le fit trembler lorsqu’il reconnut le v stylisé de la Voylna. C’était évident. L’Organisation était derrière cette sordide opération. Kouriakov lui avait de nombreuses fois parlée de la Voylna, mais c’était la première fois qu’il s’y trouvait confronté lui-même. Il ne pouvait s’empêcher de grimacer en pensant au savon qu’allait lui passer son maître quand il devrait lui raconter tout ce qu’il lui était arrivé cette nuit. Et la nuit était loin d’être terminée…

Lame prononça rapidement un enchantement qui les rendit invisibles. Ce sort n’avait pas l’air si compliqué lorsqu’elle le prononçait elle et ils purent continuer à suivre la créature. Ils pénètrent dans une pièce richement décorée et meublée où les cinq hommes se prélassaient après une nuit de travail bien remplie. L’homme au costume était occupé à ranger les gains de la nuit dans un coffre et n’avait même pas remarqué l’entrée de la créature.

-          Bonsoir Messieurs.

Le seul son de la voix de l’intrus suffit à faire tomber brutalement la température de la pièce. Tous se retournèrent vers lui, incapable d’esquisser le moindre geste. Aleur réaction, Jonas su que la venue de cet individu n’était pas au programme de la nuit des cinq acolytes. Voilà qui promettait un spectacle des plus intéressants, il semblait que la tension et la peur avait changé de camp. Les cinq hommes exhalaient une terreur peu commune.

-          J’ai un nouveau message de la part de mon maître à vous transmettre, directement.

Les cinq hommes eurent un mouvement de recul lorsque le rituel commença. La créature se mit à marmonner des mots dans une langue inconnue. Un souffle balaya la pièce, portant et déformant les phrases aux accents étranges de la créature et l’entoura avec une force prodigieuse.

 

Jonas sursauta lorsque Lame lui prit le bras pour l’entraîner vers le fond de la pièce. Son  cœur pulsait dans sa poitrine, rarement il ne s’était senti aussi vivant et aussi effrayé. Bien qu’invisibles, ils se terrèrent derrière la double porte d’une grande armoire remplie de manteaux des plus encombrants. Il se sentit oppressé une minute avant de retrouver un souffle normal, afin des plus normaux étant donné les circonstances. C’était étrange de sentir la présence de la jeune fille alors qu’il ne pouvait la voir. Il fut surpris de constater qu’elle n’avait toujours pas lâché son bras. Lame ouvrit doucement la porte de l’armoire et ils purent assister à toute la scène.

Le visage de la créature se métamorphosa en un visage quasi humain. Son regard s’anima à la façon d’un automate que l’on aurait soudain activé.

 

-          Messieurs, je crois qu’il n’est nullement nécessaire de faire les présentations, je constate, vu votre attitude, que vous savez exactement qui je suis.

Les cinq hommes se mirent à paniquer sans aucune retenue et l’homme au carnet tenta même d’atteindre la porte de sortie. Mais la créature leva la main et la porte se referma sur l’homme d’un fracassement des plus théâtrales.

-          Vous ne voudriez tout de même pas nous faussez compagnie, Mr Mercier.

L’homme se retourna, tremblant, le visage en sueur.

-          Je vous ai envoyé mon serviteur car vous avez utilisez frauduleusement le nom de notre organisation pour une opération que non seulement je n’ai pas cautionné, mais qui est indigne même de la Voylna, Messieurs. Notre organisation n’est certes pas des plus respectables, mais ce que vous avez fait dans à cet endroit n’est pas digne de figurer parmi nos activités. Vous avez utilisez le nom de la Voylna pour instaurer la peur dans le quartier des Autres et cela nous ne pouvons l’approuver. 

Les quatre hommes qui n’avaient pas tentés de fuir tentèrent un manœuvre désespérée en envoyant conjointement un sort de leur art pour attaquer la créature. Mais elle balaya d’un geste la tentative.

-          Vous comprenez, continua la créature au visage humain, une telle action ne peut pas rester impunie.

La créature leva les bras et ses nombreuses couches de vêtements s’éparpillèrent sur le sol pour ne laisser plus qu’un tourbillon bourdonnant de particules fines et scintillantes que dominait son visage qui n’avait plus grand-chose de reconnaissable. Les grains envahirent la pièce dans un courant d’air glacial, s’infiltrant partout jusque dans l’armoire où s’étaient cachés Jonas et Lame. Lame murmura un simple mot que Jonas ne put comprendre et tout cette poussière d’or qui avait infiltré leur cachette se réunit en une petite boule de la taille d’un poing et tomba dans le fond de l’armoire.

Sous leurs yeux, cette impitoyable entité mouvante pétrifia les hommes apeurés et les recouvrit entièrement, aspirant toute substance, toute vie hors de leur corps. En quelques secondes, ils furent transformés en monticules poussiéreux inertes que le premier courant d’air balaya sans efforts.

Les mains de Jonas se mirent à trembler devant cette exécution sommaire. Ces hommes n’étaient certes pas des saints, mais avaient-ils mérités pareil traitement? Que serait-il arrivé si Lame n’avait pas fait sortir cette chose de cette armoire. Il sentit la pression du bras de Lame se raffermir sur son bras quand soudain la double porte s’ouvrit dans un fracas des plus assourdissants.

Jonas sursauta et mit une bonne seconde à se rendre compte que le sortilège d’invisibilité n’était absolument plus efficace. Il concentra une seconde son regard sur la main de Lame qui tenait toujours aussi fermement son bras. Il ne tremblait pas et il n’y avait aucune émotion dans le regard de la jeune fille. A cet instant, il n’aurait su dire si cela rendait la situation plus réconfortante ou encore plus terrifiante.

-          Sortez.

La voix était des plus impératives. Ils s’extirpèrent tant bien que mal de leur cache et Jonas fut reconnaissant à Lame de ne pas lui avoir lâché le bras. Il n’avait qu’une confiance toute relative dans la capacité  de ses jambes à le supporter sans flageoler.

La créature s’avança vers eux à une distance des plus respectables, bien que Jonas aurait donné cher pour pouvoir prendre ses jambes à son cou. Mais il avait bien vu que prendre la fuite n’avait pas aidé celui que la créature avait appelé Mr Mercier.

-          Mlle Solys, vous êtes bien la dernière personne que je m’attendais à voir ici. Je dois bien avouer que vous nous donnez beaucoup de fil à retordre ces derniers temps, dit-il sur le ton d’une simple conversation anodine.

Lame se raidît en entendant prononcer son ancien nom.

-          Je ne m’appelle plus ainsi, dit-elle d’une voix rauque.

Pour la première fois, Jonas vit une lueur des plus vives traverser ses yeux clairs. Mais ce n’était pas la peur, c’était la colère qui irradiait ses yeux bleus. En une seconde toute sa physionomie changeât, elle était prête à combattre. 

-          Pardonnez-moi Mlle Lame, je ne souhaitais ni vous offensez, ni vous combattre, ajoute-t-il d’un ton presque aimable. Je ne voudrais pas que votre ami que vous avez si bien cherché à protéger jusqu’à présent fasse les frais d’une quelconque querelle entre nous.

Le sourire de la créature était des plus détestables. Lame aurait plus que tout souhaité effacer ce petit air odieux et supérieur du visage de la créature. Mais elle était obligée d’admettre qu’il avait raison sur ce point. Si elle combattait cette créature, nul doute que le karai prendrait à nouveau le dessus et qu’elle ne pourrait protéger Jonas dans cet état.

-          Je vous dis à bientôt Mlle Lame, car nous nous reverrons sûrement bien plus tôt que vous le croyez.

Un vent glacial se mit à parcourir la pièce et la créature disparut dans un souffle.

 

Dans la tête de Jonas des dizaines de questions se bousculaient. Qui était cette créature ? Quel lien avait-elle avec Lame ? Comment la connaissait-il alors qu’il était évident que Lame ne l’avait encore jamais vu ? Solys était-il le vrai nom de Lame et pourquoi avait-elle réagit ainsi à son nom ? D’ailleurs ce nom lui évoquait vaguement quelque chose, il l’avait déjà entendu. Mais où ?

De toutes ces questions aucunes ne traversèrent ces lèvres lorsqu’il s’aperçut que Lame n’avait toujours pas desserré son étreinte. Je vais finir par avoir sa main incrustée dans le bras si elle continue ainsi, pensa-t-il ironiquement, mais il n’osait pas briser le silence de cette pièce vide.

Avec son départ, la créature avait fait disparaître presque toute trace des cinq hommes avec lui. Mais, lorsqu’il se retourna vers l’armoire et constata avec surprise que la petite boule de sable que Lame avait extrait de leur cachette était cependant toujours là, comme une preuve qu’il n’avait pas complètement cauchemardé cette scène.

Soudain Lame desserra brusquement sa main de son bras, comme si elle venait tout juste de se rappeler sa présence.

-          Pardon, je ne pensais pas t’entraîner dans une telle histoire.

-          Et moi, je ne pensais pas que tu m’aurais repéré aussi vite…

-          Ton sort d’invisibilité n’est pas encore très au point… Mais il ne te manque vraiment pas grand-chose pour qu’il soit parfait, répliqua-t-elle sans aucune trace d’ironie.

Jonas préféra ne pas rétorquer tout de suite mais de façon assez surprenante, il ne sentait pas offensé par cette réplique. Venant de n’importe qui d’autre, il aurait difficilement supporté un tel commentaire. Mais la seule chose qu’il en retint était qu’elle savait qu’il la suivait et elle l’avait laissé faire. Pourquoi ? Encore une nouvelle question qu’il préférait laisser sans réponse, du moins pour le moment.

-          Il nous reste encore une chose à faire ici, dit-il.

Jonas ramassa le petit carnet qui se trouvait près de l’endroit où était tombé le corps sans vie de Mr Mercier et leva les yeux vers Lame. Celle-ci se trouvait déjà à côté du coffre où était entassé l’argent accumulé lors du racket des habitants du quartier des Autres. Il constata que toutes les sommes, tous les noms, toutes les dates avaient été scrupuleusement inscrits dans le petit carnet. Il retrouva assez facilement le nom des M’Ba dans la liste sans fin des noms des personnes qui avaient subi ce racket pendant des mois.

En moins de temps qu’il en faut pour le dire, Lame avait forcé la serrure du coffre et étalé tout l’argent dans un cercle et Jonas disposa le petit carnet en son centre.

Ce n’était pas un sort des plus simples, mais Jonas savait qu’il était à sa portée et Lame s’écarta pour le laisser opérer maintenant que tout était prêt.

Jonas s’assit en tailleur à l’extrémité sud du cercle et commença l’incantation. La douce litanie commença et Lame se surprit à penser que la voix de Jonas était comme transformée, différente. Une lueur verte entoura et anima le cercle d’une vague mouvante de lumière intense. Puis tout l’argent se volatilisa retournant à leurs anciens propriétaires. Grâce au carnet chaque cents avait pu être rendu à la bonne personne. Seule une petite somme resta au centre du cercle.

C’était la somme qui avait été soutirée à la famille M’Ba, Jonas supposa que Lame aurait aimé la rendre en personne à ses amis. Il la mit dans une petite bourse en cuir et la donna à la jeune fille qui la prit d’une main peu assurée. Elle sortit de la pièce et lui fit signe de le suivre. Ils traversèrent de nouveau le quartier des Autres et il fût surpris de constater que le jour ne s’était pas encore levé. Le sort et l’adrénaline qui avait coulé à flot dans ses veines l’avait affaiblit plus qu’il n’aurait cru et la suivre dans les ruelles le mettait hors d’haleine. Mais pour rien au monde il ne l’aurait admis et Lame était trop préoccupée par ses propres pensées pour lui prêter la moindre attention. Une fois arrivés devant le porche de la petite maison des M’Ba, Lame hésita un instant.

Jonas constata avec étonnement qu’elle affichait plus de peur devant la porte de ses amis qu’elle n’en avait affichée devant la créature. Elle prit une longue inspiration et toqua bruyamment à la porte avant de « bravement » prendre la poudre d’escampette dans la ruelle. Un moment interdit, Jonas la regarda s’enfuir avant de la rejoindre à son tour. Ils se cachèrent à l’endroit même où il s’était caché la première fois.

Ce ne devait pas être une si bonne cachette car elle n’avait pas mis longtemps à le trouver, pensa Jonas… 

Ils n’attendirent pas longtemps avant de voir Mr M’Ba, les cheveux en bataille ouvrir prudemment la porte. Incrédule, il jeta plusieurs regards inquiets dans la ruelle sans y voir personne. Puis il vit la petite bourse en cuir noir et l’ouvrit avec beaucoup de précaution. La surprise, la joie et une certaine dose d’incrédulité se peignit sur le visage de Mr M’Ba et en voyant son expression Lame sourit.

Jonas pensa que c’était la première fois qu’il la voyait réellement sourire et une part de lui se sentit rassurée. Lame lui fit un signe, il était temps qu’ils partent. Elle l’entraîna dans un petit cul de sac et s’apprêta à nouveau les signes d’une magna operta. Jonas la regarda estomaqué. Il avait à peine l’énergie pour mettre un pied devant l’autre et elle était encore assez en forme pour créer une telle chose ! Il était trop fatigué pour subir à nouveau le passage par une de ces portes, il préférait encore faire le trajet à pied ! C’était une épreuve qu’il n’était pas prêt à subir de nouveau.

Lame comprît et effaça d’un geste les signes qu’elle avait tracés sur le sol. Elle décida de faire le trajet aux côtés de Jonas. Elle lui aurait bien proposé son bras, car il était évident que chaque pas lui coûtait, mais elle savait qu’il ne l’aurait jamais accepté. Elle hésita même à prononcer une petite incantation pour l’aider un peu. Mais elle savait qu’il l’aurait su et qu’il ne lui aurait certainement pas pardonné un tel geste. Elle le regardait grimacer à chaque pas et en souffrait presque autant que lui.

Au bout d’un temps qui leur parût interminable aussi bien à l’un qu’à l’autre, ils arrivèrent à la demeure des Malya et s’affalèrent sur le petit banc du jardin. L’aube naissante faisait chatoyer ses couleurs chaudes et ils regardèrent en silence le soleil se lever. Jonas épuisé s’effondra dans un demi-sommeil.

-          C’était une nuit assez hors du commun, dit Lame.

-          La plus incroyable que j’ai jamais vécu, rétorqua d’un ton ensommeillé Jonas.

 



 

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