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Concours Fan-Fiction Univers J.R.R. Tolkien
 par   - 1519 lectures  - Aucun commentaire

Cet automne le service Médiathèques et Bibliothèque de Grasse organise un concours de fan-fiction sur le thème de l’univers de Tolkien.
Si vous souhaitez participer sachez que votre production ainsi que votre fiche d’inscription sont à remettre par voie postale ou électronique (communication.bibliotheque@ville-grasse.fr) à la médiathèque de Grasse avant le 31 décembre et qu’il faudra vous limiter à 8000 mots maximum. Vous retrouverez toutes les informations dont vous aurez besoin dans le règlement du concours disponible sur le site de la médiathèque https://www.mediatheques.grasse.fr


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BD-Comics-DA

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W.i.t.c.h

Du Serpent et du Félin Auteur: Chae-yun Vue: 1774
[Publiée le: 2011-10-27]    [Mise à Jour: 2014-06-08]
13+  Signaler Romance/Action-Aventure/Heroic Fantasy Commentaires : 35
Description:
Les WITCH et derrière elles la forteresse de Kandrakar ont remporté une victoire définitive suite au long affrontement qui les opposait à l'Alchimiste Ludmoore. Dans la paix illusoire et précaire précédent le prochain combat,il demeure une ombre de mélancolie: la guerrière Orube.
Unique dépositaire du regret quant à la perte de leur allié contre son gré, le libraire maudit Lord Cédric, magicien reptilien entouré d'ouvrages, et trahit par le monde fantasque que recelait un de ses livres.
Quand l'espoir qui subsiste encore menace de la détruire, Orube est hantée par une interrogation dont la réponse est hors d'atteinte: peut-on parler de mort dans un monde de mots? Mort à force de chercher une issue, à force de tourner les cartes du possible.
Mort d'avoir voulu renaître.

Crédits:
Les personnages appartiennent... à qui déjà? Ah mais oui, c'est à Disney, j'avais oublié^^ Le nom de la scénariste italienne de la BD? Laissez tombez^^
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Un souvenir indicible

[3474 mots]
Publié le: 2012-12-26Format imprimable  
Taille du Texte: (+) : (-)
Commentaire de l'auteur Yo !De retour après un long intermède.
Comme je l'ai dit dans les commentaires, je suis très occupée. Sinon là, c'est THE chapitre sur Cédric. Mon histoire étant automatiquement remontée à [13+] du fait de la suppression du [AP] (moi perso je voyais moins bien la différence entre [R] et [18+] qu'entre [AP] et [13+] mais passons), du coup j'ai essayé d'adapter, mais ça reste niveau [AP] à mon avis.
Voici quelques musiques de fond:

https://www.youtube.com/watch?v=tutakEU6yME

https://www.youtube.com/watch?v=7BC5-IerQZ4

https://www.youtube.com/watch?v=t3pilDSF_mI

Bonne lecture.

   A l’abri des tumultes du dehors, dans les souterrains cachés, oubliés, du palais de Méridian. Silence. Pénombre. Les couloirs tortueux, froids et humides comme les boyaux d’une créature agonisante, ne recelaient rien d’autre que quelques passages de gardes au pas lourd, pressés de s’en retourner vers la lumière du jour, et les ombres muettes des prisonniers au fond de leur cellules. Tout au fond du recoin le plus désert du conduit le plus profond, au bout d’une interminable enfilade de cellules vides et identiques, une silhouette immobile, toute entière recouverte de sa grande cape noire, était assise derrière les barreaux, immobile.

Cédric attendait.

 

Il attendait le verdict, mains jointes au-dessus des genoux, tête baissée, le visage à demi-recouvert par sa capuche, les mèches de ses cheveux effleurant le sol. Il avait les yeux fermés et l’on aurait pu croire qu’il dormait. Il était simplement parti  dans une réflexion si profonde qu’il donnait l’impression de s’être retiré à l’intérieur de lui-même. Sa rêverie, touchant presque à la somnolence, l’avait emporté peu à peu. Son esprit voguait autour de pensées, d’anciens souvenirs, mêlés aux mots d’anciens livres dont il avait presque du mal à distinguer la réminiscence  de sa propre vie tant ils en avaient été le cœur. Il avait toujours préféré la compagnie des livres à celle des gens.

Il revit soudain les vers d’un vieux poème métamondien, qu’il aurait pu écrire lui-même :

« Et le miroir intime d’une enfance bâclée

Pour y graver l’espoir d’un futur désiré… »

Voilà qui lui ressemblait. Il avait instantanément réalisé la traduction mentale en langage terrien, et cela le contraria : c’était une mauvaise habitude. Il esquissa un sourire désabusé. Les mots perdaient presque toute leur force dans l’idiome terrien, si faible et anémié qu’il ôtait aux plus grandes phrases ce qu’elles avaient de fort, de beau et d’unique jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’une enveloppe vide et dépourvue de sens. Le langage des humains se réduisait à poser des étiquettes utilitaires sur les choses qu’il désignait afin d’atteindre sans encombre la conscience de celui qui prononçait, sans provoquer aucune interférence qui aurait pu éveiller son âme.

Et qu’il puisse au plus vite à passer à autre chose.

Trop de fréquentation humaine. Il était resté dans ce longtemps dans ce monde pourri, maudit soit-il. Heureusement, tout cela était bien fini. Même s’il devait mourir demain, au moins mourrait-il chez lui.

une enfance bâclée pour y graver l’espoir d’un futur désiré…

l’espoir d’un futur désiré…

Oui, c’était bien ça. Il rumina encore quelques instants cette phrase dans sa tête ; elle tournait, insaisissable. Toute sa vie, il avait tout sacrifié, tout donné pour un but… Quel but ? Un signe, une reconnaissance quelconque ? Il ne savait plus. Il n’avait reçu que des déceptions, des remords et de l’amertume.

Lorsque Phobos, il y avait bien des années, avait repéré ce jeune officier, brillant, impitoyable, et doté de pouvoirs exceptionnels, il n’avait pas hésité à l’élever jusqu’au plus haut grade de l’armée, et à en faire son premier lieutenant. Parmi tous ces incapables de galahots, il en trouvait enfin un sur lequel il puisse s’appuyer pour réaliser son œuvre, maintenir sa tyrannie.  Un second qui ne serait pas immunisé contre le processus qu’il avait déclenché, bien sûr. Ce ne serait pas amusant, sinon.

Pour Cédric, cette occasion était inespérée, et bientôt il avait engagé toute son énergie, la moindre parcelle de sa vie dans le service du royaume du Métamonde et de son souverain. Il était remarquablement intelligent, mais son discernement était aveuglé par le respect qu’il ressentait envers son seigneur, qui touchait presque à la vénération. Cela l’empêchait de voir ce qui n’aurait pas dû échapper à sa perspicacité : Phobos se moquait éperdument de lui et n’en avait, au fond, rien à faire. Cédric avait subi toutes les humiliations sans broncher, persuadé qu’un jour Phobos le respecterait, reconnaîtrait sa valeur, le récompenserait… De toute façon, le rang du prince justifiait tout. Avec les années pourtant, il avait cherché, sans vraiment se l’admettre, à échapper à cette influence, surtout dans les derniers temps ; poussé par sa propre volonté de pouvoir, il cherchait à dépasser son maître. Sa rancune n’étais toutefois pas assez grande pour qu’il tente de se soustraire à ce rapport de domination, instauré depuis si longtemps qu’il faisait quasiment partie intégrante de sa conception des choses. Il faudrait la trahison finale de Phobos et sa disparition pour qu’il soit enfin libéré, sans même le vouloir réellement au fond de lu, il le savait. L’Oracle l’ayant exilé au loin, dans ce monde haï, il ne put réaliser ses projets. Il devait sans doute être maudit, car fatalement, incompréhensiblement mais néanmoins d’une certaine manière naturellement, il était tombé sous le joug de Ludmoore.

N’était-il pas capable de vivre libre, débarrassé de toute entrave et de toute influence ?  Etait-ce une sorte de fatalité, ou y avait-t-il autre chose ?

Quelque chose en lui qui refusait cette liberté, qui en avait peur ?

 

Quelque chose en lui qui aimait cette souffrance, qui aimait cette humiliation. Qui la savourait.

 

Ses mèches lui chatouillaient le nez, il voulut les repousser d’un mouvement impatient. Il s’arrêta au milieu de son geste. Il contempla la mèche qu’il tenait entre ses doigts, puis le reste de ses longs cheveux soyeux qui lorsqu’il était assis sur ce petit banc taillé dans la pierre, touchaient presque le sol, puis sa main, sa main pâle aux doigts fins, aux ongles impeccables. Il ôta sa capuche, se leva et observa l’ombre de sa haute silhouette, il leva le bras et effleura du bout des doigts les traits élégants de son visage. Il y avait si longtemps…

Cédric était un galahot, sa véritable apparence, sous laquelle il était née, était son corps de serpent ; cette apparence humaine distinguée, à laquelle il était tant habitué, ne lui était pas naturelle, et ne venait pas non plus de ses talents de magicien.

Elle avait été la seule récompense qui lui avait jamais été accordée.

Il avait cru pouvoir se permettre de l’oublier, mais ce souvenir demeurait au fond de lui.

Avec quelque chose comme de l’accablement, il vit le souvenir apparaître dans son cœur, désespérément clair. Aussi clair qu’au premier jour, mais portant des ombres si noires qu’il ne voulait plus s’y pencher. Il ne voulait pas savoir ce qu’elles cachaient, soigneusement dissimulé au fond de sa mémoire comme une araignée au fond de sa toile. Le masque derrière tous les masques. Néanmoins résigné, il le laissa venir.

 

Ce jour-là, quelques années à peine après la prise de pouvoir de Phobos, le jeune officier avait pénétré dans le palais, le cœur plein d’une allégresse inhabituelle. Ils venaient après une bataille féroce d’anéantir l’un des derniers bastions de résistance, parmi les plus dangereux. Cédric, sous sa forme de serpent qui était toujours la sienne en ce temps-là, sentait encore son corps puissant vibrer d’énergie magique, le goût du sang de ses ennemis.

Il avait beau être un intellectuel accompli, il trouvait toujours ces combats plaisants.

Cette victoire de l’armée lui vaudrait sûrement la reconnaissance du prince.

Il entra dans la pièce. Les silhouettes filiformes des Murmurants s’agitaient dans la pénombre, et le bruissement discret de leurs paroles était celui d’une foule qui raconte de terribles secrets. Parmi ces ombres colorées, il apercevait parfois l’éclat d’une paire d’yeux noirs de scarabée, étincelant fugitivement dans le noir comme des têtes d’épingles.

Au centre de cette étrange cour chatoyante se tenait Phobos, son souverain. Il portait une immense robe bleue, couleur de la royauté. Sa chevelure cendrée, certaines mèches nouées en tresses compliquées, tombait jusqu’au sol. La couronne de lumière illuminait son visage à la peau mate, ses yeux bleu gris, les marques écarlates le long de ses arcades sourcilières. D’ordinaire, la vue du prince, de ses traits taillés à la serpe, de sa fureur, faisait frémir Cédric. Pourtant, cette fois, il s’approcha de lui plein d’espoir.

« Je me félicite de ce que tu m’annonces, mon fidèle Cédric. Ainsi, il ne reste plus rien d’eux ?

-      Non, mon prince. Nous les avons totalement exterminés.

-      Parfait…

Phobos laissa planer un silence. Il paraissait songeur. Le contentement repu laissa peu à peu la place sur son visage à une autre expression. Cynique. Il y avait toujours de la satisfaction, mais elle était teintée d’une sorte de sinistre amusement.

Il tourna la tête en direction de Cédric pour l’observer, la tête penchée sur le côté, comme un enfant qui se demande ce qui se passera s’il pousse les choses plus loin.

Cédric se sentit déconcerté par cette attitude nouvelle, dont il ne parvenait pas à déterminer si elle était menaçante ou pas.

Ses yeux brillaient d’un éclat singulier, avec toujours ce côté enfantin, les yeux d’un gamin qui a trouvé l’idée d’une bonne farce à faire à ses voisins, et qui en savoure à l’avance l’effet.

Comme torturer leur chat. Ou, pour se distraire, arracher les ailes d’une mouche.  

Oh oui, c’était des yeux amusés, rieurs… et cruels.

Pourtant, les paroles que prononça Phobos ne furent rien de tel :

-      La situation ne saurait être meilleure. Il n’y a à présent plus aucun risque que nous rencontrions une opposition conséquente. Notre armée s’est montrée très efficace.

Cédric ne répondit rien ; Phobos faisait rarement l’éloge de ses subordonnés.

-      C’est, poursuivit le souverain, pour exprimer ma satisfaction que j’ai décidé de te récompenser de cette victoire.

Si Cédric n’avait pas vu les lèvres de l’escanor bouger, il n’aurait pas cru avoir entendu une chose pareille. Il fut si surpris que cela se remarqua même sur son faciès de serpent. Phobos remarqua son trouble.

-      Que se passe-t-il ? As-tu quelque chose à redire ? demanda-t-il d’un ton menaçant.

-      Non, mon prince.

Phobos avait une expression aussi sérieuse que possible ; mais ses yeux étaient toujours animés de cet éclat malicieux, malveillant.

-      Suis-moi, ordonna-t-il.

Le grand reptile s’engagea à la suite de l’homme à la robe bleue. Ils laissèrent les Murmurants pour passer dans le palais. Ils grimpèrent une interminable série d’escalier en précieux marbre blanc, tous plus vertigineux les uns que les autres.

Cette marche silencieuse sur les degrés de pierres blanches, entourés par les murs si blancs qu’ils renvoyaient par moment la lumière et que les torches s’y reflétaient, fut un instant étrange pour Cédric.

Phobos lui avait dit qu’il méritait d’être récompensé.

Pour lui, la plus grande des récompenses résidait déjà dans ce simple geste.

Il savait bien que c’était impossible. Que lui arrivait-il ? Il éprouvait un sentiment de complète irréalité, tandis qu’il digérait le choc de cette révélation.

Avant qu’il n’ait pu bien réaliser ce qui se passait, ils se retrouvèrent sur un grand palier, lui aussi en marbre blanc. Ils étaient au dernier étage de la plus haute tour du palais de Méridian. Une porte haute se dressait devant eux, de forme longue et étroite. Blanche, elle ne se détachait du mur que par son contour rouge sang.

Phobos entra le premier et Cédric le suivit, se contorsionnant pour glisser sa masse reptilienne dans l’ouverture. La porte se ferma derrière lui.

 

Il se figea en comprenant qu’il se trouvait dans les appartements du prince, lesquels étaient aussi vastes et luxueux qu’on pouvait l’imaginer.

-      Te voilà prêt à recevoir ta récompense, mon cher Cédric ! lança Phobos.

Il ne voyait sa silhouette qu’à contre-jour, car la pièce était puissamment illuminée par les rayons du soleil, à travers les immenses baies vitrées. On avait l’impression de voir toute l’étendue du royaume.

La lumière… Jamais il ne pourrait oublier la lumière…  Et même à présent, lorsqu’il tentait de se remémorer ce souvenir, la seule chose qui lui venait était un sentiment confus d’étrangeté, ainsi que la sensation de beaucoup, beaucoup trop de lumière…

Il s’y replongea pourtant.

La lumière l’éblouissait… Phobos continuait de parler, mais il ne parvenait plus à saisir les mots. Le ton de sa voix se voulait solennel, mais Cédric y percevait une terrible inflexion railleuse, comme la sourde menace tapie sous les eaux calmes de la mer. 

Enfin, quand Phobos se tourna vers lui, la lueur émise par la couronne de Lumière sur sa tête éclata, flamboya, rattrapa en puissance celle du ciel puis la dépassa. Le prince leva un bras vers lui.  Cédric disparut dans un cocon de lumière aveuglant. Durant l’infime seconde avant que les rayons ne le frappe, il sentit quelque chose de très profondément enfouit au fond de lui-même, une voix d’enfant :

-      Non…

Puis le silence.

 

La douleur. La douleur éclatait partout dans son corps. Comme si l’on lui rabotait les os à la scie, que des pierres brisaient ses membres. Il hurla. Au loin, Phobos riait.

 

Tout avait disparu dans le nuage pourpre de la souffrance. Il ne sentait plus son corps à proprement parler, il ne voyait plus rien, n’entendait quasiment plus ses hurlements. Il ne sentait que cette douleur, plus atroce chaque seconde et

 

-      Non !

Le souvenir s’interrompit en plein élan. Cédric se redressa, haletant. Il ne voulait pas revivre ça. Il ne voulait pas se souvenir. Quoi qu’il se soit passé ensuite, se le remémorer pourrait faire remonter ce traumatisme à surface. Cela pourrait l’anéantir.

Il se rejeta contre le mur, tentant de se calmer. Il espérait que personne ne l’avait entendu crier.

Il remarqua que ses mains tremblaient. Il comprima violemment ses phalanges et serra les dents. Il fallait qu’il reparte vers cet instant crucial. Il le fallait.

Pour savoir.

 

Douleur.

D…

douleur et

 

Maintenant, la pénombre. Un corps sur un lit, immobile. Des heures passent, tout aussi immobiles. L’obscurité envahit tout. La lumière revient. Les heures deviennent des jours.

Toujours aucun mouvement. L’esprit, lui, émerge pendant ce temps. Lentement. Il a perdu conscience si brutalement, plongé si vite dans un néant si sombre, qu’il ne s’en est même pas rendu compte. Arrêt net. Comme un film que l’on met en pause.

A présent, il se souvenait, où croyait se souvenir, qu’il avait fait des rêves dans cette longue obscurité. Quels rêves ?

Il fixait le plafond, les pensées immobiles, pendant qu’ombres et lumières se succédaient autour de lui.

 

Enfin, au bout du deuxième jour, son esprit fut suffisamment remis pour qu’il envisage l’idée de se mouvoir. Il ouvrit les yeux. C’était un début. Les choses lui paraissaient trop grandes. Il tenta de se redresser. Son corps ne répondit pas à ses ordres et il ne bougea pas.

-      Tu es conscient ? demanda près de lui une voix qu’il connaissait bien.

Il réussit à tourner la tête. Phobos.

-      Alors lève-toi.

-      Je ne peux pas.

Une violente décharge de pouvoir blanche le fit tressaillir et crier. Il retrouva l’usage de ses membres. Mais… son corps… semblait différent.

C’était impossible.

-      Qu’est-ce que tu m’as fait ?

Cédric ne sut jamais comment il parvint jusque dans une grande pièce, incroyablement luxueuse et carrelée, mais le fait était qu’il y était. Devant lui, il y avait une vitre de la taille d’un mur. Derrière se tenait un escanor, un humanoïde à la peau blanche qui le regardait fixement.  Cédric leva le bras et l’humain fit de même. Leurs doigts effleurèrent en même temps le verre froid. C’était un miroir.

-      C’est impossible…

-      Ton vœu le plus cher n’est-il pas dépassé ?

-      Que veux-tu dire ? demanda Cédric à bout de souffle, à bout de parole, à bout de pensées.

-      Tu voulais devenir un murmurant, un membre de ma cour. Ne t’offrais-je pas cent fois mieux ?

Phobos apparut dans le miroir derrière lui, sa haute silhouette surmontée par la Couronne de Lumière, ses yeux brillants de satisfaction.

Cédric comprenait enfin. Il était devenu un escanor, un membre de la lignée royale, à l’apparence humaine. C’est en se contemplant le verre lisse qu’il vit qu’il ressemblait au prince. Comme lui, il avait de long cheveux soyeux, mais les siens s’arrêtaient à sa taille et non à ses pieds. Ils étaient blonds aussi, mais plus clairs que ceux de Phobos qui étaient cendrés. Pareillement, ses yeux à lui étincelaient d’un bleu saphir plus franc que les yeux bleu gris du prince. Son teint étaient plus pâle, son visage assez différent. Mais, sur le fond, ils possédaient la même haute silhouette élégante, les traits fins, ciselés, empreint d’une beauté aristocratique. Il portait une large tunique bleue qui lui tombait jusqu’aux pieds, appartenant visiblement au prince.

-      J’espère que tu mesures l’honneur qui t’est fait, continua Phobos en se rapprochant dans son dos.

Cédric ne répondit rien, envahit par un flot de sentiments contradictoires. Horreur d’avoir été transformé contre son gré, comme un vulgaire jouet. Etrangeté de ce nouveau corps. Allégresse d’avoir une apparence si proche de celle du prince. Stupeur face à un tel acte. Reconnaissance et honte, douleur et gloire, mélangées.

Puis l’effondrement. Il réalisa que sa vraie nature était perdue à jamais.

-      De quel droit as-tu fait ceci ? demanda-t-il d’une voix basse.

C’était la première fois qu’il se retournait contre Phobos. Celui-ci haussa un sourcil.

-      Tu as l’air de penser que je t’ai transformé en vulgaire humain. C’est ce qui t’inquiète ? Tu ne souffriras ni maladies, ni émotions, ni aucune des faiblesses de ces corps humanoïde débiles. Tes pouvoirs ne sont pas altérés. Nous sommes des escanors.

-      Ce n’est pas ce que je te demande.

Le visage de Phobos s’assombrit.

-      Tu pourrais te montrer un peu plus reconnaissant face à l’insigne honneur que je te fais. Tu n’aurais même pas dû être en droit de l’espérer.

Il était arrivé juste derrière Cédric.

-      Je ne l’espérais pas.

Le jeune officier ne vit pas le coup venir. Il fut projeté sur le miroir qui explosa en mille morceaux tranchants. Mais le sang ne coula pas, car son corps ne pouvait être blessé de façon à saigner. Affalé par terre, il entendit la voix de Phobos. La terrible réminiscence de cet instant lui reviendrait des années plus tard, face à Elyon.

Je me serais attendu à davantage de reconnaissance de ta part, susurra le souverain du Métamonde.

Il l’attrapa par les cheveux pour le relever. Il le maintint à genoux et mis les mains sur ses épaules pour s’assurer de son immobilité.

-      Après tout, je n’avais encore jamais offert un tel présent à l’un de mes officiers. Tu devrais être fier et me remercier.

A ce stade, Cédric se sentait pris, écartelé entre sa loyauté pour le prince et la considération pour sa propre personne. Mais ne s’était-il pas juré que la première passerait toujours avant tout ?

En voyant son visage, Phobos éclata de rire et mit à sa hauteur, le visage à quelques centimètres du sien.

-      Qu’est-ce que tu croyais ? Que la faveur d’être proche de moi était gratuite ?

Soudain, Cédric sursauta.

-      Qu’est-ce que tu fais ?

Pour toute réponse, le rire de Phobos retentit de nouveau, pourvu d’un amusement cruel mais absolument dépourvu de joie…

Durant quelques secondes, Cédric crut, il sentit réellement que sa raison lui échappait peu à peu. Il la sentait partir, par petits bouts. C’était une sensation très concrète.

-      Qu’est-ce que tu vas faire de moi ? cria-t-il à Phobos, presque fou.

Ce dernier lui répondit lorsqu’il eut fini de s’esclaffer.

-      On verra ensuite. Pour le moment… tu vas rester ici.

 

Cédric alternait les périodes de prostration totale avec les moments où il apprenait à maîtriser son nouveaux corps. Avec, bien sûr, les nuits.

Les nuits où, sursautant, il se réveillait, allongé sur le drap froissé, scrutant la pénombre.

Il finissait souvent par apercevoir la silhouette, l’esquisse du buste à la peau nue, recouvert par les longs cheveux comme des serpents, visage indistinct où seul brillait l’éclat pervers des yeux qui reflétaient fugitivement les lumières d’en bas, lumière de la ville dont parvenait de vagues lueurs, qui traversaient lentement l’atmosphère comme des eaux noires, semblable à des rayons de lumière distordus par l’élément liquide, effleurant parfois brièvement une peau d’albâtre blanc, un corps ou un visage.

Il ne savait pas si le voir le rassurait ou l’accablait davantage.

 

Un bruit retentit. Cédric releva la tête, tiré de ses pensées dont l’horreur s’était transformée, d’elle-même, en mélancolie. Etrange comme tout devenait nostalgie, même le pire. Il n’aurait su dire s’il en tirait plaisir ou pas, finalement.

Il n’avait su que plus tard que cette apparence humaine n’était pas définitive et qu’il pourrait revenir à sa nature reptilienne à volonté. Comme tout le reste, cela avait apparemment été pur sadisme de la part de Phobos.

Cédric soupira. Son désespoir et son indignation avaient été depuis longtemps remplacé par un sentiment de résignation, de triste lucidité. Il se demandait en quoi tout cela résultait d’une fatalité des choses, ou de sa propre faiblesse silencieuse.

 

Le bruit se fit plus insistant, l’arrachant à ses souvenirs et à ses questionnements. Des pas, qui résonnaient le long de l’interminable couloir.

Lorsqu’il vit les visages grossiers des galahots, il comprit que c’était les gardes qui venaient le chercher.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Commentaire de l'auteur Voilà! C'était le léger de soupçon de yaoi dont je parlais au début. Vous trouvez que j'en fais beaucoup trop sur le côté maso de la relation Phobos/Cédric? Je vous renvoie aux livres WITCH de la BR. Relisez certains passages, je vous jure que j'ai à peine exagéré (oui Phobos est mégalo à ce point, c'est l'un de ses principaux traits de personnalité - le seul en fait).
Ça vous a plu? Dites-moi votre avis.
Au prochain chapitre on repart dans le cours de l'histoire.
Merci de votre lecture!

* Parole de H.F. Thiefaine, "Infinitives Voiles", au début.
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