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La ligue des mangoustes recherche de nouveaux héros
 par   - 976 lectures  - 1 commentaire [30 mai 2020 à 12:42:02]

Fan de manga et/ou de comics et écrivain dans l'âme, cette annonce s'adresse à vous !


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Animes-Mangas

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Naruto

 [Grimoire Tinckled pink
[Histoire En réécriture]
Auteur: Flo' Vue: 13637
[Publiée le: 2010-12-26]    [Mise à Jour: 2014-04-18]
13+  Signaler Général/Romance/Amitié Commentaires : 45
Description:
On était bien. On avait rien demandé à personne. Et puis, on a grandi. Là, ça a changé la donne. Et peut-être que c'était mieux comme ça. Peut-être qu'il fallait qu'on se quitte pour devenir adultes. Peut-être que c'est ça la vie : tant de coups à prendre dans la figure à force d'aimer avec un pied dans le présent et l'autre dans le passé. Alors, oui, c'est clair, ça me rend triste. Bien sûr que je suis dégoûtée. Evidemment que je ne comprends pas comment on a pu se perdre sans même s'être dit au revoir.

Et ce qui est terrible sur cette Terre, c'est que tout le monde a ses raisons.

REECRITURE
CHAPITRE 2 REECRIT
Crédits:
Les personnages appartiennent à Masashi Kishimoto.
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Chapitre 2

[6669 mots]
Publié le: 2011-01-03
Mis à Jour: 2014-04-18
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Taille du Texte: (+) : (-)
Commentaire de l'auteur Un chapitre un tout petit peu plus long qui s'est fait attendre.
Presque la barre des 5000 mots. Pfiou... J'ai pas l'habitude.

Chapitre 2 : Sasuke

 

            Sans Naruto, sans Sasuke, j’étais l’ombre de moi-même. Je traversais la vie en traînant des pieds, abrutie par la solitude qui me collait sournoisement aux basques. Au fond de mon cœur, le malheur s’imprégnait bien plus profondément que ce qu’il aurait dû. Ce mal-être constant sonnait, dans mon cas, un peu trop clairement avec « dépendance » car les garçons ne me manquaient pas par à-coups, non. Ils me manquaient en permanence. Au travers de chaque pas. Dans chacun de mes gestes quotidiens : quand je me brossais les dents et que je voyais la brosse de Sasuke contre le dentifrice, quand je prenais le bus et que le siège à côté de moi était vide, quand je n’avais aucun message sur mon portable.

            Naruto et Sasuke me hantaient. Le fantôme de leur compagnie stagnait dans chaque coin de bitume sur lequel je posais le pied, forcé par l’habitude qu’on avait eue d’arpenter notre petit quartier.

            Je nous revoyais assis à la pizzeria ou allongés au milieu du terrain de football à minuit en train d’observer les étoiles. Je me rappelais de cette sensation que laissait le goudron chaud sous mes fesses pendant les après-midi d’été et du bruit du ventilateur qui déraillait légèrement chez Naruto. J’étais presque capable de saluer personnellement chaque gravier qui jonchait l’entrée de la maison de Sasuke, intimement persuadée que j’avais au moins une fois shooté dedans.

            Les souvenirs qui tiraillaient ma mémoire étaient douloureux et sans se le cacher, mes tentatives d’oubli foiraient les unes après les autres.

-

            Personnellement, je n’avais pas connu le garçonnet au sourire facile. Cette facette-là de Sasuke s’était éteinte avant même que je n’entre dans sa vie et la seule preuve de son existence avait été scellée dans un vieux carton, abandonné à l’intérieur d’un des placards de la chambre d’Itachi qu’on ne m’avait jamais proposé d’ouvrir.

            Cependant, il arrivait parfois que j’entrevois les éclats de rire de cet enfant qu’avait été Sasuke sous les blagues sarcastiques et les regards incendiaires. Parfois, il me semblait l’entendre sangloter quand je me rapprochais de lui la nuit mais dès que j’ouvrais les yeux pour m’en assurer, la lumière blafarde de la lune dévoilait un visage pas plus tourmenté qu’à l’ordinaire : Sasuke n’avait plus jamais été en paix avec lui-même depuis le décès de sa mère, tellement que c’en était devenu son état normal.

            Et plus je sondais ses silences persistants, plus son cœur s’imperméabilisait à mes tentatives.

            « Sakura ? »

            Je relevai la tête et me retournai vers Itachi et Sasuke qui m’observaient depuis le canapé. Ils me scrutaient attentivement, aussi taciturnes l’un que l’autre, sans un seul mot. Reprenant mes esprits, je fermai doucement la porte du réfrigérateur sans m’être servie. D’un pas amorphe, je rejoignis la chambre de Sasuke et me laissai tomber sur une chaise, tête la première contre le bureau.

            En bas des escaliers, j’entendis Sasuke se lever et déclarer avec consternation :

            « Qu’est-ce qu’elle a encore ? »

            Dans un murmure, alors que les larmes glissaient le long de l’arête de mon nez, je répondis à sa question tout en sachant qu’il ne m’entendrait pas :

            « Suis-je la seule à être malheureuse pour toi, le jour de la fête des mères ? »

-

            Si les fantômes des garçons me poursuivaient autant, c’était sûrement parce que je n’avais pas pris le temps de faire le deuil de notre amitié. J’étais malheureusement bien consciente que l’éternité ne m’aurait, de toute manière, pas suffi. Malgré tout, je n’avais pas versé de torrents de larmes pour me débarrasser de mon désespoir. J’avais simplement arrêté de prononcer leurs noms à voix haute, croyant que ça suffirait à me libérer de leur souvenir.

            Belle hérésie. Solution radicale.

            Effacer tous les texto conservés. Briser de mes propres mains la brosse à dent de Sasuke en trois pour qu’elle cesse enfin de me narguer matin, midi et soir. Ouvrir un sac-poubelle, y fourrer tous les babioles qu’ils m’avaient offertes et mettre le sac dans la poubelle.

            Souffler un bon coup. Souffler encore un coup. Souffler, souffler… Et réaliser à quel point j’étais stupide. C’était malin. Je me sentais encore plus mal.

            Ma petite crise dépassée, j’étais allée, incognito, fouiller la poubelle au beau milieu de la nuit en jurant, afin de récupérer mon sac-poubelle de souvenirs. Le moral au-dessous de la barre du zéro, j’avais réalisé pleinement à quel point je tenais à Naruto et Sasuke.

            J’étais extraordinairement abîmée.

-

            A cette époque-là, je dépassais encore Naruto de quatre ou cinq centimètres. C’était également l’époque où tomber ne me faisait pas trembler, tant que c’était avec les garçons. C’était bien avant que je ne commence à douter d’eux avant de douter de moi-même, quand rien d’autre que créer des souvenirs n’avait d’importance. A cette époque-là, on chevauchait un monstre bien plus impitoyable que les 50 centimètres-cube aux pots d’échappement troués.

            Assis sur le guidon du vélo, Sasuke jeta un œil derrière lui en avisant Naruto qui s’installait sur la selle.

            « Vas-y Sakura. »

            Je hochai la tête et grimpai sur les deux cylindres métalliques qu’on avait fixés de part et d’autre de la roue arrière du vélo, en utilisant les épaules de Naruto comme point d’appui.

             J’avais à peine fini de m’installer que le vélo s’élançait du haut de la colline, avec nos trois corps de gamins tremblant d’excitation. Tout à l’avant, coincé sur le guidon, Sasuke grognait à chaque changement de direction qui menaçait de l’éjecter. Debout au niveau de la roue arrière, je m’agrippais au t-shirt de Naruto, les cheveux en-travers du visage et la vie plaquée contre mes joues rafraîchies par la force du vent. Entre nous deux, Naruto pédalait comme un dératé pour accentuer la vitesse que la pente abrupte nous avait déjà fait gagner. 

            Ces petites expériences de bonheur à trois sur le même vélo avaient laissé des marques éternelles sur mes genoux. Un peu comme sur ma vie toute entière. 

-

            Mon amitié avec Naruto, l’amour que je portais à Sasuke résonnaient désormais comme des relations malsaines. Encore plus douloureuses à oublier qu’à vivre au quotidien. Parce que quand on est accro, même si ça fait mal… Parfois, ça fait encore plus mal de décrocher [1].

            A mesure que les jours défilaient sans qu’ils émettent un signe de vie, l’impression d’avoir gâché cinq longues années de mon existence se renforçait. Ce qui n’avait été au début qu’une simple détermination souvent ébranlée de ne plus retourner vers eux, était devenue une haine violente et un dégoût profond à l’encontre de ceux qui n’avaient même pas tenté de me retenir, qui tenaient donc si peu à moi en définitive.

            Aimer Naruto avait toujours été d’un naturel inné chez moi et alors que le souvenir de son bras autour de mes épaules devenait insupportable, j’entrais doucement en guerre contre moi-même. Entre la Sakura orgueilleuse qui se devait le respect et l’autre fille plus docile, moins apte à supporter la vie sans son meilleur ami, sans son petit ami.

            J’avais grandi d’un seul coup, forcée par les évènements que je ne maîtrisais pas. Parce que je ne comprenais plus les autres et qu’au milieu de ces gestes dont je ne décryptais plus le sens profond, la personne que je cernais le moins c’était moi-même.

            J’avais mûri, sculptée par les années où j’avais fréquenté Naruto et Sasuke en observant leur dos alors qu’ils avançaient devant moi, traçant la voie à suivre, écartant les obstacles. Et maintenant que je n’avais plus personne sur qui compter, plus personne pour prendre ma défense ; maintenant qu’il fallait se débrouiller seule, se battre pour ce que je voulais et ce en quoi je croyais ; je réalisais pleinement cette angoisse qui me tenait le cœur. L’angoisse de se sentir faible alors que j’aurais dû être plus forte que jamais mais quelque chose comme de la colère grondait également : je ne tolérerais plus d’être maltraitée par qui que ce soit.

            J’étais dans la gadoue, certes, mais je me débattais pour réapprendre à vivre. Mon cœur entier avait envie de crier que j’étais courageuse, moi aussi.

            Et comme pour me venger de l’abandon des garçons, tous les jours, je souriais de toutes mes dents.

-

            Ne rien faire, c’est différent de ne faire aucun choix.

            Choisir de se laisser porter par la vie, c’est faire le choix d’être inactif. C’est donc pouvoir être considéré comme étant responsable d’avoir laissé s’empirer les choses. Mais aussi, et c’est ce qu’il y a de génial dans cette idée, c’est présupposer que la vie va continuer de s’écouler même si l’on ne fait rien et donc que patiemment, chaque peine va s’adoucir puis disparaître. Je m’accrochais à ça et j’attendais. J’attendais que les douleurs se tassent avec le temps. J’attendais que Naruto quitte ma mémoire, que le parfum de Sasuke cesse d’embaumer mon écharpe qui avait traîné chez lui trop longtemps. J’attendais d’oublier la voix, les intonations particulières et les grimaces de mon meilleur ami. J’attendais que mon ex-petit ami prenne ses cliques et ses claques et disparaisse de mes nuits.

            Est-ce que ça marchait ? Sincèrement, non. Pas trop. Mais au point où j’en étais…

-

            Vingt décembre. Fête de l’abolition de l’esclavage.

            Après avoir regardé les chars décorés descendre la route principale de notre quartier, nous nous étions joints au cortège bruyant lorsqu’il avait dépassé l’allée de Sasuke. Ce dernier n’avait fait aucune remarque sur le changement de programme inattendu que je lui imposais, face à ce nouveau caprice sorti de nulle part comme une envie de pisser soudaine.

            Mêlée à la foule qui marchait au beau milieu des voies de circulation juste éclairées par les lampadaires, j’étais émerveillée par les ballons colorés et le nombre de gens qui, attirés par le bruit, étaient postés sur les trottoirs à admirer le cortège et qui finissaient par le rejoindre, tout comme nous l’avions fait Sasuke et moi. Mon cœur mis en fête par l’écho des tambours qui résonnait sous mes pieds semblait battre au même rythme que le séga qu’on entendait.

            Puis il y avait eu la pluie.

            Le bruit sourd des tambours mélangé aux sons des vuvuzelas s’éloignait, signe que le cortège continuait d’avancer malgré la pluie battante et la nuit qui était tombée.

            Réfugiés sous un arbre, Sasuke m’enlaçait et son corps me protégeait des gouttelettes qui traversaient régulièrement le feuillage au-dessus de nos têtes. Tremblotante de froid entre ses bras et gênée par les feuilles qui s’emmêlaient à mes cheveux mouillés, je respirais calmement contre son torse, savourant le fait que le mauvais temps n’ait pas réussi à gâcher ma soirée. Le déluge que j’avais pris sur la tête pendant que nous courions à la recherche d’un abri avait pleinement éveillé mes sens : je relevais plus que d’ordinaire la chaleur des mains de Sasuke dans mon dos, sûrement parce que j’étais frigorifiée, et son parfum enivrant qui se différenciait de l’odeur de la pluie. Est-ce que la pluie a réellement une senteur particulière ou est-ce que je suis shootée au bonheur ?

            Au milieu du clapotis des gouttes d’eau, je passai silencieusement mes bras autour de sa nuque, effleurant sa bouche avec mon nez puis avec mes lèvres.

            L’averse s’était calmée peu après, nous laissant trempés et nous avions repris notre marche afin de rattraper le cortège, main dans la main. Sasuke m’avait lancé, d’un ton détaché :

            « Tu es bleue.

            — Tu vois des schtroumpfs maintenant ? Il faut vraiment que tu arrêtes les pétards. »

            Sa main lâcha la mienne et moqueusement, je lui rétorquai :

            « Vexé mon petit canard en sucre ? »

            Concentrée sur les bruits que faisaient mes Converses remplies d’eau à chacun de mes pas, je ne pus que me ramasser dans la tronche le t-shirt que Sasuke m’avait négligemment lancé, me signifiant qu’il avait compris que je me foutais de sa gueule et qu’il appréciait moyennement le surnom débile.

            Enfilant le vêtement noir uni sur mon haut à manches longues, je remarquais ce genre de détail qui fait sourire n’importe quelle fille – mêmes les moins cruches, si, si – pendant que Sasuke se rhabillait. Et non, sa beauté et sa musculature n’étaient pas ce que je considérais comme des détails. Sasuke se promenait toujours avec deux t-shirts sur lui mais ça, je le savais déjà. Ce que j’avais noté, c’est qu’il m’avait passé – brutalement, certes – le deuxième. Celui du dessous. Le moins trempé.

            Le terrain-vague où allaient se dérouler les animations était noir de monde ce soir-là. Appuyée contre la barrière de protection du gigantesque feu de joie, mes cheveux gouttaient et j’appréciais le contact de l’air chaud alors que Sasuke était allé à la recherche de Naruto. Les garçons n’étaient toujours pas revenus lorsque le discours d’un monsieur visiblement important débuta.

            « Nou veu troc’ l’amour contre la guèr. Cett’ nou ‘vé c’est viv’ en harmonie. Toute band’ raciste ou mètt’ à la poubelle. Nou ‘vé viv’ avec un mental blindé de spirituel etnou lé fatigué ek zot division que lé même pas officielle. Stoppé zot peu pas, arrété zot peu pas. Largue pas nout’ culture, nout’ zistoir. A coz’ band’ problème racial, bana lapri a nou’ z’esclaves. Mainténan lé pi kom’ avant mai i fau zamé oublié. Pou’ nout’ marmailles. Nou ‘vé zanze toute cett’ lé inutil. Nou nou ‘vé un monde san manigances, sandifférences. Un sèl moun’ tou sèl y gègnera pa ‘fé rien. Par cont’ si nout’ toute mett’ ensemb’… »

            « On veut échanger la guerre contre l’amour. Ce qu’on veut, c’est vivre en harmonie, qu’il n’y ait plus de racistes. Vivre avec une mentalité blindée de spirituel. On est fatigués par cette division qui n’est même pas officielle. Personne peut nous stopper, personne peut nous arrêter. Il ne faut pas abandonner notre culture, notre histoire. A cause de notre couleur de peau, ils nous ont pris pour esclaves. C’est fini maintenant mais il ne faut pas l’oublier pour autant. Pour nos enfants. On veut changer tout ce qui est inutile. Nous, on veut un monde sans manigances, sans différences. Une seule personne ne changera rien. Par contre, tous ensemble… »

            Silence dans la foule. Chacun, ici, se sentait concerné, héritier du poids de l’esclavage. Voilà ce que ça donnait des siècles de conneries humaines justifiées par les interprétations bibliques de croyants du dimanche : une île traumatisée par son propre passé et qui, paradoxalement, s’en foutait de l’occupation allemande et de la Seconde Guerre mondiale.

            Alors que les murmures émus s’étouffaient, la musique reprit de l’ampleur et je me mêlai aux autres riverains. Pieds nus dans la poussière du terrain-vague éclairé par le feu de joie, au milieu du ballet des jupes fleuries et colorées qui traînaient par terre, je dansais un séga* au rythme des caïambs* et des djembés avec de parfaites inconnues.

            Les absences et les silences de Sasuke n’ont pas toujours été lourds et pesants. Cette soirée en était un parfait exemple. En admiration devant les danseurs de moringue*, je n’avais même pas remarqué qu’il s’était éclipsé pour aller fumer un peu plus loin.

-

            J’ai rencontré Sasuke un quatorze février. Un mercredi. Jour de Saint-Valentin.

            Mauvais tour du destin ? Chance ? Hasard.

            Poussant le paradoxe à son paroxysme, Sasuke était discret et silencieux mais on ne pouvait que le remarquer. Moi, j’avais évidemment une raison de poser mes yeux sur lui : par sa simple présence, il foutait en l’air mon après-midi en tête-à-tête avec mon meilleur ami. Pas de coup de foudre. Je l’avais même plutôt pris en grippe sur le moment.

            Si Naruto et moi avions énormément grandi, évolué – et pas forcément dans le bon sens, je le reconnais –, Sasuke semblait être resté le même. Il avait toujours eu cette aura envoûtante, ce contact avec les gens qui le rendait important aux yeux de tout le monde. Sasuke était celui qu’on réclamait. Il n’écrivait jamais à personne, on lui courrait après. On le harcelait, que ce soit pour n’importe quelle raison. Il n’avait de temps pour personne tellement il y avait de gens autour de lui à le solliciter et j’en avais souvent fait les frais.

            Le passé troublant de Sasuke avait éveillé ma curiosité. Son style avait eu raison de mes airs désintéressés. Ses souffrances résonnaient à l’exact opposé des miennes. Son regard toujours légèrement ailleurs m’avait captivée, blessée, consolée, attristée.

            Sasuke était quelqu’un que la vie avait détruit et pour moi, ça avait été assez cruel de réaliser que rien ne pourrait jamais le reconstruire. Que moi non plus, je ne suffisais et ne suffirai pas.

            Le cancer qui avait emporté sa mère quelques mois avant que je ne fasse sa connaissance avait cisaillé son existence. Depuis, ses iris noirs se perdaient constamment au loin, dans un quelque part inaccessible à ceux qui n’ont pas côtoyé la mort d’assez près. Et même quand il me fixait, je sentais son cœur s’égarer ailleurs, dans une faille qui ne se refermait pas. Il refusait de mourir, il refusait de vivre. Il était bloqué là, entre deux choix qu’il était incapable de faire, sans troisième option, sans personne d’autre qu’un grand frère aussi instable que lui pour lui donner l’exemple de ce qu’il ne fallait surtout pas faire.

            Dans le capharnaüm de tous ses non-dits et de ses silences, j’étais simplement la main qui recouvrait la sienne quand le nombre de gouttes de Rivotril qu’il versait dans un verre de Fanta excédait ce qui était indiqué dans la notice d’utilisation. J’étais cette adolescente paumée qui scrutait à genoux les photos d’une femme avec de longs cheveux noirs, coupés en dégradé, dont le sourire semblait souvent fatigué. J’étais celle qui avait peur pour lui.

-

            Pas démonstratif. Pas bavard. Pas spécialement attentionné. Pas forcément drôle quand il se moquait de moi. Sasuke avait une mentalité de merde et le besoin ou l’obsession d’avoir toujours raison était gravé en lui. Il était un tout qui avait une personnalité souvent désagréable. Mais Sasuke était sincère. D’une sincérité que je ne connaissais pas avant et que je ne connaîtrai sûrement jamais après lui.

            Il ne disait pas des mots d’amour par dizaines, ne me donnait pas dix mille surnoms un peu trop romantiques. C’est sûrement pour ça qu’il était plus crédible que n’importe qui. Le peu qui sortait de sa bouche, il le pensait. D’aussi loin que je me souvienne, ses « je t’aime » ne pleuvaient pas mais touchaient mon cœur bien plus profondément que s’il m’en avait inondée.

            Il nous arrivait de ne pas nous croiser pendant des semaines entières sans que ça nous gêne et, à l’inverse, de passer un mois non-stop l’un avec l’autre.

            Sasuke était comme ça : un paradoxe sur pattes. Et égal à lui-même, face à la sincérité touchante qu’il était capable de dégager, Sasuke était également un menteur accompli et expérimenté. Il m’avait maintes fois démontré à quel point il excellait dans l’art d’embobiner les gens. De m’embobiner moi.

-

            13h27.

            « Je vais pas en cours cet aprèm. On peut se voir plus tôt que prévu ? »

            Je pinçai mon téléphone portable entre mes lèvres pendant que je sortais clandestinement du lycée, m’agrippant aux barreaux d’une grille pour me hisser. Au sommet, la sensation désagréable du choc du vibreur contre mes dents dura à peine une seconde : accusé de réception. L’équilibre précaire et ne tenant qu’à un morceau de fesse lorsque je passai mes deux pieds de l’autre côté de la grille, je reçus la réponse de Sasuke.

            « Où t’es ? »

            Sarcastiquement, je tapai sur le clavier :

            « En ce moment ? Je fais une expérience pour voir si le SAMU réagit rapidement. »

            Alors que je serrais de nouveau mon portable dans ma bouche, des voix se rapprochèrent dans les couloirs de l’établissement. Avec un dernier regard en arrière, je sautais en manquant de me vautrer. Comme d’habitude.

            Réception passable cinq mètres plus bas. Perte d’une Converse en vol.

            Je sautillais à cloche-pied à la recherche de ma chaussure quand mon téléphone vibra de nouveau.

            « Tu t’es encore cassé la gueule en sautant la grille ? Ça commence à devenir de mauvaises habitudes. J’arrive. Tu m’attends ? »

            Malgré moi, une expression dédaigneuse couvrit mon visage alors que je grommelai pour moi-même en continuant de chercher ma chaussure en clopinant sur un pied :

            « Mauvaise habitude ? Comment ça, mauvaise habitude ? »

            Frénétiquement, mes doigts coururent sur le clavier de mon téléphone et je répondis à Sasuke sur le même ton railleur qu’il avait employé.

            « Crétin. Depuis quand tu trouves que sécher est une mauvaise habitude, toi ? Oui, je t’attends et ça aussi, c’est une mauvaise habitude si tu veux mon avis. »

            Je relevai la tête et considérai ma Converse égarée désormais en vue, dans un buisson à proximité avant de la récupérer.

            Assise sur un rebord de trottoir où mes fesses tenaient étroitement, je défiais ma chaussure en duel. Je ne voulais pas défaire mes lacets. Elle refusait catégoriquement de laisser mon talon passer. Comment avait-elle pu tomber si j’avais autant de mal à la remettre ? Quand dans un dernier effort, je réussis à faire rentrer mon pied, ça faisait déjà une bonne minute que l’écran de mon portable affichait la réponse de Sasuke. Lassée, je jetais un œil au message.

            « Je trouve toujours ça mal que t’ailles pas en cours, sauf que tu m’écoutes jamais. »

            « Si tu le dis. »

            Je rangeais mon téléphone dans ma poche, sachant pertinnement que Sasuke ne répondrait plus. Pas à un texto pareil. Il n’y avait rien à espérer de plus.

            14h35. Je poireautais.

            15h05. Enième coup d’œil à l’heure. Il commençait à sérieusement m’énerver et je lui envoyai :

            « Mais qu’est-ce que tu fous ? »

            15h55. Aucune réponse. Injoignable.

            17h23.

            « Sakura ! Attends !

            — Je t’ai déjà attendu tout l’après-midi. »

            L’espoir abrutissait. J’étais toujours assez conne pour ne pas rentrer chez moi. Je patientais, assise sur un muret de pierres, avec l’espoir bête de le voir apparaître au coin de la rue, avec la patience que me conféraient ses « Tu m’attends ? » habituels et quand Sasuke était enfin là, la colère s’évacuait d’elle-même.

            « Je sais. Je suis désolé.

            — Pourquoi est-ce que t’es désolé précisément Sasuke ? »

            Question piège.

            Il me regarda droit dans les yeux et prit un temps avant de rétorquer :

            « De pas être venu cet après-midi. »

            Mauvaise réponse.

            « Et pour toutes les autres fois, Sasuke ?, demandai-je hargneusement.

            — J’étais désolé aussi.

            — Tu ne sais faire que ça ! T’excuser ! »

            A ce moment, la situation avait déjà bien dégénéré. Arrivés à un point de non-retour, on s’engueulait plus qu’on ne discutait. On ne se comprenait plus. Comme un dialogue de sourds, on s’entendait mais on ne s’écoutait plus. Sasuke était toujours aussi sincère lorsqu’il exprimait ses sentiments mais son comportement devenait de plus en plus louche. Il oubliait nos rendez-vous, me zappait pour ses copains. Il mentait.

            Et je ne supportais plus. Quoi qu’en ait été la cause, je ne supportais plus ses absences.

-

            Insaisissable. Inébranlable dans ses convictions contradictoires. Sasuke était comme un problème de mathématiques que je n’avais jamais réussi à résoudre. De ce genre qui vous donne un mal de tête effroyable tellement vous vous y êtes acharné. Sauf que rien ne payait avec Sasuke. Ni les efforts, ni l’abandon. Lorsque j’acceptais sans concession sa nature lunatique et le laissais vivre sa vie, il me reprochait de ne pas tenir à lui. Lorsque je me battais contre ses vices et pour qu’il reste avec moi, j’étais la petite amie qui débloquait. Ce rôle me fatiguait. Je ne trouvais pas le juste milieu. Ses absences me tuaient. Ses silences m’achevaient.

            Je lâchais prise. Je dérapais.

            Je n’avais pas réussi à sauver Naruto et il était clair que je ne pourrais rien non plus pour Sasuke.

            L’entaille au fond de son âme était inaccessible et j’étais incapable de concevoir l’idée de le laisser vivre tel quel. Je m’étais battue de toutes mes forces et mon énergie s’était épuisée avec le temps, les guérillas contre ses silences, les sanglots compulsifs ; me laissant vide et insensible aux moments heureux qu’on partageait entre les crises de larmes et les hurlements désespérés.

-

            « J’ai faim. »

            Un silence pour seule réponse.

            J’étais en pyjama dans le lit de Sasuke, mourant de faim, pendant qu’il se préparait à partir. Il se pencha, récupéra sa boîte d’allumettes sur la table de chevet et m’embrassa le front.

            « Je vais acheter deux-trois trucs pour Itachi. Tu m’attends ?

            — Où veux-tu que j’aille ? »

            Il haussa les épaules et passa la porte de sa chambre sans un mot. 

            Lorsque Sasuke revint, je m’étais rendormie. Il s’était allongé à mes côtés sans vraiment se soucier qu’il puisse me réveiller et soufflait doucement sur mon nez, m’énervant, pendant que je tentais de retrouver le sommeil. Ça sentait le sucré, comme un bonbon au goût de caramel mélangé à l’odeur de tabac.

            J’ouvris un œil et tombai sur son visage qui faisait face au mien, avec son regard malicieux et sa bouche encore entrouverte. Comme dans un rêve, comme un moment de complicité. Je m’étirai et il agita un petit paquet transparent de friandises.

            Appuyé sur son coude, Sasuke m’avait regardé manger mes cochonneries en souriant. On discutait légèrement sur tout et rien – surtout sur rien.

            Pas de réglisse. Je détestais ça. Pas de Créma. Pas de sucette à l’orange ou au citron. Plein de Tagada. Des Carambar au caramel, des bonbons au miel. Sasuke connaissait mes manies, mes obsessions, ma peur bleue du feu, mes tiques, mes grimaces, mon passé fatiguant et paradoxalement, il était incapable de dire quelle couleur j’aimais, si je préférais la glace à la vanille ou au chocolat, quel était mon plat favori, si j’étais droitière ou gauchère, si je m’épilais. Je savais à quel point la mort de sa mère l’avait bouleversé, qu’il aimait le bleu, son goût pour les mélanges culinaires bizarres, quel genre de musique il écoutait, qu’il aimait le chocolat, qu’il exécrait le punch – première expérience traumatisante -, qu’il avait fait du football petit. Je ne savais pas combien il chaussait, ni ce qu’il voulait faire plus tard, quels légumes il détestait, quel était son animal favori en admettant qu’il ait un jour réfléchi à cette question, s’il appréciait son frère.

            On ne se connaissait pas. On ne parlait pas assez pour ça. Et en même temps, j’avais l’impression qu’on se savait par cœur.

-

            Sasuke se prenait pas le chou. Il vivait. Mal ou bien, peu lui importait, il vivait. De temps en temps, il se posait quelque part et il attendait. Il attendait rien de spécial, il attendait juste. Un besoin de ne rien faire que je ne saisissais pas. Et quand je l’interrogeais, il me citait Raymond Queneau.

            « La vie… Un rien l’amène, un rien l’anime, un rien la mine, un rien l’emmène. Alors, je la supporte. »          

-

            Assise sur une chaise-haute en face du Mac Donald’s où travaillait Itachi, j’attendais qu’il prenne sa pause depuis déjà un quart d’heure. Debout derrière sa caisse enregistreuse, il me fixait, disparaissait en cuisine, revenait, servait les clients et recommençait à me fixer. C’était le bordel. Les serveurs hurlaient les commandes, les gens se pressaient, discutaient bruyamment. Et dans toute cette agitation, Itachi agissait mécaniquement et moi, je baillais.

            Dehors, il faisait nuit noire. J’étais fatiguée. Je crevais la dalle. Et j’étais là.

            Itachi vint enfin vers moi, portant des plateaux chargés et l’odeur de friture me fit rêver un instant.

            « Tu veux un truc ? »

            Je le regardai sans trop comprendre et répondis :

            « J’ai rien pour payer. »

            Il me sourit et demanda d’un ton espiègle :

            « Pourquoi tu me parles d’argent ? »

            J’étais sur le cul. Itachi me surprenait agréablement à chacune de nos altercations. Il était tout aussi impressionnant que Sasuke, si ce n’est plus, et ses réponses me prenaient toujours de court.

            « Une grande frite avec plein de mayonnaise alors. »

            Il me fit un clin d’œil complice et repartit en direction des cuisines après avoir déposé les commandes.

            Quelques dizaines de minutes plus tard, alors que je croquais dans mon hamburger, je sentais également le poids du regard d’Itachi s’attardant sur moi. Je mâchais énergiquement ma bouchée un peu trop ambitieuse en comparaison à la taille de ma bouche et me contentais de fixer les six sauces pommes-frites entassées à la hâte près de ma frite grand-format.

            Accouche, bordel. Qu’est-ce que t’as à dire ?

            J’avalai bruyamment en manquant de m’étrangler. Finalement plus agacée et moins encline à supporter son manège aussi longtemps que ce que je croyais, je lançai :

            « Quoi ?

            — Je te regarde manger le menu que j’ai eu la gentillesse de t’offrir, voyons.

            — Rectification : le menu que tu as eu la gentillesse de voler sur ton lieu de travail. »

            Itachi haussa les épaules et répondit comme si c’était une évidence :

            « Ça reste tout de même de la gentillesse. »

            Dans un grognement, je défis l’emballage-papier de ma paille, la plantai dans le gobelet et commençai à boire. La logique des Uchiwa m’avait dépassée depuis belle lurette et je ne m’en formalisais plus. Plus maintenant.

            « Sasuke a été traumatisé par la mort de Maman. »

            Je manquai de m’étouffer avec mon Coca, surprise par sa phrase aux allures anodines, par le ton descriptif et neutre qu’il employait pour me balancer un des pires calvaires de sa vie à la tronche. Après une petite quinte de toux, je rouvris les paupières et fixai Itachi sérieusement, cherchant ce qu’il essayait de me dire à l’intérieur de ses prunelles inexpressives. Méfiante, je répliquai :

            « Ça n’excuse pas tout.

            — C’est vrai. Mais il n’est pas bien depuis que tu l’as quitté et tu n’as pas l’air mieux non plus à errer dans ta vie comme ça.

            — J’ai la tête de quelqu’un qui vit mal une rupture ?, répliquai-je sur un ton acerbe.

            — Non, Sakura. Mais que tu aies été mal avec Sasuke ne veut pas forcément dire que tu es bien sans lui. »

            J’accusais le coup. Ça sonnait comme une vérité générale. Sakura ne pouvait pas vivre sans Sasuke.

             « Ça, ça me regarde. »

            Je recommençai à engloutir mon hamburger rageusement.

            « Tu sais quoi ? »

            Je le regardai de nouveau, la bouche pleine. C’était quoi cette question complètement débile qu’il me posait là ? L’instant de consternation passée, je vis qu’Itachi attendait réellement une réponse de ma part avant de poursuivre.

            « Je suis pas sûre de vouloir savoir, répondis-je avec honnêteté. »

            M’ignorant royalement, il reprit :

            « Sasuke t’attend parfois au panneau de stop, comme vous le faisiez avant. Quand je lui ai dit « elle ne reviendra pas toute seule », il m’a répondu « on sait jamais ». »

            Bordel de merde. Crotte de bique. Bouse de vache.

            J’avais envie de jurer, de m’arracher les cheveux à la pince à épiler pour faire taire cette douleur qui s’était de nouveau réveillée dans ma poitrine. Les larmes qui commençaient à me monter aux yeux me trahissaient. J’étais sur le point de craquer, et Itachi, ce chameau, le savait et en profitait. Le sale traître.

            Comme s’il devinait mes pensées à son égard, il rajouta comme une excuse :

            « Je peux pas m’empêcher de vouloir que tu retournes avec mon frère.

            — Je vois ça, dis-je, sarcastique. »

            Itachi soupira, réfléchit un instant et reprit comme s’il s’adressait à une gamine :

            « Sakura, c’est difficile pour toi mais Sasuke a de la chance que tu sois là, que tu sois toi-même. Même s’il est con, même si je t’adore et que je sais que tu mériterais mieux, c’est mon rôle de grand frère de passer derrière pour rattraper ses bêtises. La famille avant tout. »

-          

            Je n’avais pas pleuré devant Itachi ce jour-là. Trop fière ? Moins fragile ? Je ne sais pas mais à croire que de me faire malmener la vie par les garçons avait au moins servi à m’endurcir, à me faire estimer cette fierté que je laissais se faire bafouer auparavant. J’avais tenu in extremis et à peine après lui avoir tourné le dos, des hoquets irrépressibles m’avaient saisie. Arrivée à l’extérieur, j’avais éclaté en sanglots devant l’enseigne illuminée de Mac Donald’s.

            Le souvenir encore ardent de Sasuke était revenu, déchirant mon cœur en mille morceaux.

            Un coup de poignard dans le dos, en plein cœur. Voilà ce qu’Itachi avait sciemment fait. Déguisé sous ses airs chaleureux et sa bouffe gratuite, il voulait juste que je lui reprenne son frère. Pas parce que mon état d’errance le préoccupait, pas pour mon bien-être et mon confort affectif mais bel et bien parce que Sasuke était pire sans moi.

            Une balle dans le moral, j’étais rentrée sans pouvoir m’empêcher de pleurer. Sasuke venait de réapparaître dans ma vie pour le moins douloureusement et je tentais, les idées divagantes, de me souvenir de ce qui m’avait poussée à partir, de ce qui m’empêchait de revenir.

            Ma rupture avec Sasuke avait été réfléchie. J’avais pesé le pour et le contre au moins dix mille fois sans jamais arriver à choisir. Et en même temps, j’avais tout décidé sur un coup de tête.

            Une dispute un peu plus poussée, un peu plus grave. Une de trop sûrement. Et c’était sorti tout seul.

-

            Dispute. Dispute. Dispute. Dispute. J’en ai marre. J’ai mal. Au cœur. Aux yeux. A la gorge. De trop pleurer. De trop hurler. De trop désespérer. Dispute. Absence. Silence. J’en ai marre. Des disputes. Des larmes. Je t’aime ? Est-ce que je t’aime moi aussi ? Est-ce que toi, tu m’as aimée ? Est-ce que tu m’aimeras ? Est-ce que c’est possible que j’ai tellement mal au quotidien que ça en occulte totalement le reste ? Dispute. De ta faute. De ma faute. A qui la faute ? J’en ai marre. Des mensonges. De Naruto. Naruto, ça me fait du mal aussi. Et j’en ai marre. Pourquoi on se dispute ?

            « Je veux que ça s’arrête, toi et moi. »

            Bouché, Sasuke s’était muré dans un silence encore plus malsain que d’ordinaire.

-

            J’étais consciente que je ne me lèverais plus jamais dans son lit, qu’il ne me ferait plus ses pâtes sauce tomate-lardons-œufs brouillés-sauce d’huître à la fois horriblement salées et sucrées, qu’il ne gagnerait plus de peluches pour moi à la fête foraine comme chaque année, qu’il ne me masserait plus les pieds, qu’il ne m’embrasserait plus, qu’on n’irait plus manger de kebab. Tout ça avait été clair dans ma tête. Et pourtant, je n’avais même pas su imaginer le vide qu’il laisserait dans mon quotidien. Dans mes récréations, mes trajets de bus, mes vacances.

            De son côté, Sasuke avait cherché une raison sans que je puisse lui en fournir et m’avait laissée sans plus de cérémonie.

            Pourtant, des raisons, j’en avais.  

-

            Je cachais mon visage entre mes mains et recroquevillée sur moi-même, tournée vers le mur, je sanglotais silencieusement. Je faisais difficilement face aux « pourquoi ? » de Sasuke. Un rien déstabilisé, il semblait prêt à s’énerver face à mon incapacité à le regarder, à lui répondre. Comment j’aurais pu lui expliquer ma décision si je ne savais pas moi-même si c’était ce que je souhaitais réellement ?

            Il répétait depuis vingt minutes la même question et moi, je pleurais depuis vingt minutes.

            « Tu es sûre ? »

            C’était la foire dans ma cervelle. Mes veines m’élançaient tellement que j’aurais pu croire qu’un deuxième cœur battait au creux de mon crâne. J’étais fatiguée par la vie, par Sasuke. Naruto me manquait. Ma vie allait dépendre de trois petites lettres assemblées. Jouer la carte de la sécurité et continuer. Ou tout abandonner dans l’espoir de tout recommencer ailleurs. D’aller enfin mieux que mal constamment.

            « Sakura, tu es sûre ? »

            Je ne voulais plus attendre. Je ne voulais plus pleurer.

            « Sakura. »

            Je vivais sans Naruto. Est-ce que ça serait pire sans Sasuke ? Est-ce que je voulais vraiment qu’il s’en aille ? Est-ce que ça rimait encore à quelque chose qu’on s’oppresse mutuellement ? Qu’on s’emmerde ? Qu’on se fasse la gueule ?

            « Oui. »

            Le silence avait été le seul écho à ma décision. Et face à cette absence de réaction, je trouvai enfin la force de dégager mes mains de mon visage et de me retourner vers lui. Le regard dans le vide, Sasuke réfléchissait. De mon côté, j’étais terrorisée par ce que je venais de dire, par ce que ça impliquait.

            Il se leva du canapé, attrapa sa sacoche et se prépara à partir. Je n’étais pas suicidaire, et pourtant, j’aurais voulu mourir tellement j’avais mal de ne pas le retenir. Qu’il ne me retienne pas non plus. Il allait partir et il ne reviendrait plus jamais. L’image de Naruto que j’avais déjà perdu se superposa sur le dos de Sasuke. Il allait s’éloigner et j’allais finir par le perdre, lui aussi. Il se pencha vers moi et ses lèvres se pressèrent fort sur mon front. Ça sentait l’adieu. Comme s’il s’imprégnait une dernière fois d’une habitude qu’il ne pourrait plus jamais réitérer.

            « Je t’aime. Tu m’attends ?

            — Non Sasuke, pas cette fois. Je t’attends pas. Je rentre chez moi. »

-

            La fin de presque trois ans de relation s’était résumée dans les yeux de Sasuke en une larme. J’avais mérité une seule larme. Une. Pas plus, pas moins. Il était parti sans se retourner. Alors qu’il affrontait les coups durs par habitude et que celui-ci semblait s’ajouter tout bêtement à une longue liste, moi, je me demandais déjà comment j’allais faire pour survivre.

            Trois heures plus tard, j’étais sortie de chez lui les yeux rouges d’avoir pleuré, emportant les boucles d’oreille que j’oubliais fréquemment, mon Labello à la cerise et mes quelques vêtements qui traînaient dans son armoire.

            Le pire dans cette histoire, c’est sûrement que je continuais de le croiser dans le bus, dehors, partout. Sasuke habitait la rue en face de chez moi et même en l’évitant, je finissais toujours par tomber sur lui. Inévitablement. On fréquentait les mêmes personnes, les mêmes endroits, les mêmes fêtes, on descendait au même arrêt de bus. Et chaque fois que je le revoyais, j’étais tentée d’aller le supplier de se remettre avec moi. Et chaque fois après l’avoir aperçu, j’enterrais ma bonne humeur six pieds sous terre et rentrais m’écrouler dans mon lit.

            Il m’arrivait alors de repenser à Mikoto Uchiwa, la mère décédée de Sasuke et lors de ces introspections, je m’excusais. Je m’excusais d’être égoïste et de ne vouloir de lui que quand j’allais mal. Je m’excusais de ne pas avoir su trouver les mots pour le sortir de ses dépendances. Je m’excusais de n’avoir jamais su lui prendre la main assez fort pour le guider jusqu’à sa tombe. Je m’excusais d’avoir essayé sans avoir jamais eu le courage d’aller jusqu’au bout de mon geste.

            Je m’excusais d’abandonner son fils à son sort.

-

            Sasuke et Naruto avaient continué d’avancer ensemble, sans moi. Plus forte que le manque d’une épaule sur laquelle se reposait, la douleur de les regarder évoluer de loin écorchait mon cœur à vif. Et dans ces moments, je m’accrochais désespérément à Ino qui était encore plus dépressive que moi.

 

 

 

Notes : 
Séga : Danse réunionnaise proche de la biguine. Le séga était la danse des esclaves. On peut le danser seul ou en couple, de manière rapprochée (comme la valse) ou simplement face-à-face. Le secret réside dans le déhanchement. 
Caïamb : Caisson de bois recouvert de tiges de cannes à sucre qui contient des graines sèches. Le caïamb est une percussion. Tenu à deux mains, il suffit de l’agiter en rythme. 
Les tenues traditionnelles sont composées d’une longue jupe à motifs (généralement des fleurs d’hibiscus) et d’un haut laissant le ventre à l’air.
Moringue : Le moringue est une danse guerrière simulant des combats avec toutes sortes d’acrobaties telles que des sauts périlleux.

 



[1] Citation de Grey’s Anatomy

Commentaire de l'auteur Objectif : un prochain chapitre plus long et que je mettrais pas une semaine à écrire.

Bisous-bisous.
FLO' ♥
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