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Travail scientifique: L´auteur fanfiction
 par   - 875 lectures  - 4 commentaires [16 décembre 2021 à 19:07:21]

Karl Helbig, un étudiant allemand, entreprend un travail scientific sur la fanfiction francaise comme genre litteraire. Quels sont vos opinions sur ses questions?


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Animes-Mangas

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Naruto

Sous la lune jaune
[Histoire Terminée]
Auteur: tookuni Vue: 391
[Publiée le: 2021-03-26]    [Mise à Jour: 2021-04-30]
13+  Signaler Drame/Action-Aventure/Yaoi (HxH)/Amitié/Tranche de viePas de commentaire
Description:
Naruto, comprenant qu’il n’atteindra jamais son rival s’il reste éloigné de lui, décide d’agir en conséquence : il va le rejoindre. Il vivra des moments forts et tragiques pour atteindre sa némésis, mais Sasuke est-il prêt à l’accepter à ses côtés, et à quel prix ?

TW : Violence, dépression, PTSD
Crédits:
L'univers et les personnages de Naruto appartiennent à Kishimoto Masashi.
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Chapitre 6 – Au clair de lune

[5378 mots]
Publié le: 2021-04-30Format imprimable  
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Commentaire de l'auteur

Naruto avait beau avoir l’esprit lent, à présent que le mur de glace s’était fait transparent et qu’il était le privilégié spectateur de la pièce qui se jouait au-delà, il saisissait parfaitement le sens des paroles de son unique acteur. Défait, il voulut lancer une pique mais ne trouva rien de plus drôle que la peau morte sur le nez de son compère. Toutefois, conscient de l’inquiétude égocentrique de son pair et de sa propre déconfiture, il fixa les prunelles adverses et grogna :

« Laisse tomber, je partirai pas sans toi. »

Sasuke soupira. Il se doutait que le blond en viendrait à ces bassesses, omettant l’idée que son état psychique ne dépendait plus de son lieu de séjour.

« Et si je te dis que partir, c’est me sauver, comme tu rêves de le faire depuis tout ce temps ? »

Piégé par l’affirmation, le garçon écarquilla les yeux, frustré de ne pouvoir trouver d’argument plus valable. S’il avait bien compris ce que le déserteur lui avait signifié, survivre à cet endroit, s’en écarter et y abandonner son ami pour perdurer lui-même, permettrait à ce dernier de conserver la clairvoyance qu’il avait recouvrée grâce à sa présence. En revanche, il ne pouvait être certain qu’une fois éloigné, sa némésis ne sombrerait pas à nouveau dans les ténèbres, isolée de ce prétendu soleil. S’il n’avait été si étincelant au-dessus de son crâne, il n’y aurait pas même cru et aurait vu en la démarche de son frère une nouvelle tentative de le fuir. Le concerné devait avoir perçu les mouvements des rouages dans l’esprit tourmenté du garçon car il ajouta :

« Écoute, j’ai juré de me venger, et je le ferai, mais je peux aussi jurer de survivre à ma vengeance, si ça peut te faire partir. »

Le genin en jinbei, ayant baissé la tête dans le but de se concentrer, la releva immédiatement, stupéfait. Il avait donc convaincu Sasuke de vivre, à tel point que celui-ci lui exprimait ce besoin par une promesse d’une envergure égale à son désir de vengeance ? L’Uchiha voulait donc continuer, subsister, faire son devoir et, enfin, leur revenir, épanoui, sain d’esprit, heureux ? Trop enchanté pour masquer son émoi, Naruto scanda :

« C’est vrai ? Tu reviendras, alors ? »

De mauvaise grâce, l’interpellé donna un léger coup de menton vers le bas. Oui, il reviendrait, peut-être pas de son plein gré, peut-être dans quelques millénaires. Peut-être désirerait-il ardemment revenir sans jamais en avoir la possibilité. Peut-être serait-il tué bien avant cela, mais on ne lui demandait pas des faits. On lui réclamait une promesse. Possédé par l’astre, il n’aspirait déjà plus qu’à se gorger de sa lumière et ne pouvait qu’acquiescer.


*


Shikamaru courait, bondissait, filait plus vite qu’il ne l’avait jamais fait. Lorsque Sakura avait réuni les membres les plus discrets de leur promotion dans un lieu plus que suspect en prétextant une mission spéciale, il avait été saisi d’abominables doutes quant à la nature d’une telle aventure. Lorsqu’elle avait expliqué à ses camarades qu’il s’agissait de guetter le retour d’un ermite pervers, il avait souhaité fuir aussi loin que possible de ces futurs ennuis. Cependant, comme elle avait prononcé les noms de Sasuke et de Naruto, il lui avait accordé son attention.

Hinata avait accepté la tâche en toute confiance, rougissant à l’évocation de l’écervelé vêtu de orange, tandis que Neji et Shino avaient froncé les sourcils. La jeune fille ne daignant pourtant donner plus amples détails, ils avaient dû s’en contenter mais, fidèles à eux-mêmes, avaient accepé d’y prendre garde. Les trois recrues disparues, portrait-robot en main, le chûnin avait grogné puis, après un sourire inquiet de sa camarade, s’était à son tour résigné.

Ce jour-là, comme il dormait sereinement en haut des cascades alimentant les sources chaudes, des cris stridents avaient alerté ses sens. Un « pervers » perturbait le bain habituellement si calme de son œil lubrique. Aussi, observant une sorte de crapaud déguerpir des lieux du crime, il avait sans mal reconnu leur cible et s’en allait prévenir Sakura, séquestrée à l’hôpital pour sa formation. Cette femme, Shizune, semblait plus féroce encore que la Hokage en personne.

Il était conscient de l’urgence de la situation : la kunoichi avait menti à sa mentore, affirmant que ce Jiraiya entraînait Naruto loin de Konoha, tandis que celui-ci avait déserté à la poursuite de Sasuke. Il était donc impératif, évidemment, que cet homme ne rencontre pas Tsunade avant qu’eux-mêmes ne l’aient intercepté et mis au fait des événements. Fort heureusement, ce curieux personnage profitait premièrement des formes charmantes des habitantes du village avant quelque visite officielle. Trouvant ainsi l’emplacement idéal, le génie avait adopté la cascade comme lieu de sieste attitré. En quelques mois, il s’était vu satisfait de l’endroit et concédait qu’un seul réveil violent en tant de temps valait son pesant d’active compensation. Ainsi filait-il, concoctant déjà quelques plans dans le but d’arrêter le sannin avant qu’il n’entre par la fenêtre de la maîtresse du village.


*


« D’accord. »

Naruto savait bien que, malgré la promesse, il en douterait à tel point qu’il ne pourrait se construire sainement à Konoha. Il retournerait sans doute parfois sur la petite place d’où l’on pouvait observer l’appartement vide. Il grandirait, obtiendrait puissance et expérience tout en étouffant en son for intérieur le sentiment de manque qui se ferait cuisant. Rassuré par les déclarations de son antagoniste, il pourrait vivre plus paisiblement, rongé par le moindre mal que constituait la crainte d’une nouvelle trahison.

Sasuke, pourtant, n’avait jamais rien promis. Cette situation, et le parallèle qu’il avait osé faire avec son terrible dessein, le rendaient assez crédible pour que le garçon soit convaincu. Attendant fébrilement le retour du déserteur, il aurait pour but d’être à sa hauteur lors de leur rencontre prochaine.

« Ah, mais, ajouta malgré tout l’adolescent, si j’ai l’occasion de te croiser avant que tu aies envie de revenir, m’en veux pas, hein. On choisit pas forcément toujours à qui on vient faire un petit coucou ! »

À compter du moment où il avait saisi l’impact complet des paroles de Sasuke, le visage du garçon s’était illuminé. À présent, orné d’un malicieux rictus, le faciès blafard réfléchissait de toute sa splendeur l’astre à qui il tournait pourtant le dos.

Apaisé par l’image que renvoyait son pair, le brun laissa échapper une expression proche de l’attendrissement. Son vis-à-vis, incapable d’interpréter tel épanchement, ressentit l’impression de plein fouet, abasourdi. Depuis quand Sasuke était-il capable de dégager des ondes aussi neutres ? Ne l’avait-il simplement jamais remarqué ? Sa prétendue haine l’avait-elle tant aveuglé qu’il n’eût jamais perçu de telles qualités ? Enfants, leurs grimaces cachaient-elles également de si magnifiques sourires ?

Extatique à l’idée que l’air revêche de son ami masque autant de bienveillance, Naruto se leva tranquillement et s’étira longuement, observant Sasuke du coin de son œil fermé par l’effort. Comme il ne daignait bouger, profitant visiblement de la chaleur ambiante, le garçon décida qu’il lui faudrait sortir par ses propres moyens de cette torpeur.

Plissant les yeux, il composa un signe afin de se concentrer et dégagea fermement un peu de son inépuisable chakra. En un clin d’œil, il revint dans l’infirmerie glaciale. Le brun, face à lui, releva la tête, ses sourcils froncés par le doute. Quelle preuve avait-il que Naruto, après s’être ainsi vu ouvrir les portes de son âme, allait encore le respecter, l’accepter, lui obéir ?

Les shinobi avaient pour coutume de considérer que tout ce qui était dit ou fait dans un genjutsu appartenait à un monde à part, loin de toute réalité. L’on s’y permettait parfois de tels écarts qu’il était impossible de s’en souvenir sans en frissonner. Si l’on était pris de court par la technique, on pouvait même laisser échapper sur place ses plus lourds secrets, revivre en rêve ses plus traumatisantes expériences. Tout cela devait être scellé profondément, dans une dimension différente qui ne pouvait s’associer à la réalité. Toutes ces choses trop difficiles à accepter ou à garder en mémoire, toutes ces paroles prononcées dans le vide à un ennemi dominant la psyché, n’avaient pas leur place dans le quotidien des ninjas. Si elles ne pouvaient être éradiquées de fait, elles étaient isolées dans un subconscient qui n’était suscité que dans un genjutsu. Ceux qui y sombraient achevaient sans pitié leur adversaire ou se laissaient tuer par lui. Il ne fallait laisser aucune trace de ces anéantissements.

Aussi Sasuke soupçonnait-il un revirement de dernière minute. Pourtant, les pupilles bleues n’avaient pas lui d’une telle détermination depuis des mois. L’expression était immuable, les traits fixes, le poing serré. Tout portait à croire que l’ombre avait retrouvé son propriétaire. Il semblait absolu.

Au ralenti, pour de vrai, cette fois, le déserteur perçut un regain de vie sur les pommettes. Les mâchoires creusées se déformèrent, les lèvres scellées par l’habitude s’animèrent. Délicatement, comme si l’exercice avait été dernièrement si rare qu’il déclenchât quelque douleur, les chairs se dessoudèrent l’une de l’autre, les extrémités remontant doucement, entraînées par les muscles des joues. La peau malade s’étira, permettant à toute la sincérité et l’indulgence de son compagnon de jaillir de l’image, illuminant l’atmosphère viciée. Naruto souriait.

Trop rasséréné pour trouver le geste indécent, Sasuke toléra la main sur son épaule saine, profita du gouffre d’espoir s’étendant sous ses pupilles. Libérées des sombres voiles, elles discernaient enfin l’univers, nimbé d’une clarté limpide.

« Tu me jettes dehors toi-même ? »

Il apprécia le ricanement stupide, siffla hautainement en guise de réponse, et donna un imperceptible coup de tête en direction de la sortie. Les maîtres des lieux, certains de l’emprise qu’avait la vengeance sur les convictions de leur protégé, planifiaient de temps à autre de rares sorties. Ils laissaient la cache sous la garde de quelques sous-fifres, confiants dans leur manœuvre. Sasuke ne menacerait jamais de fuir.

Naruto, cobaye irremplaçable dans l’unique mesure où aucune expérience ne l’avait jusqu’alors occis, ne présentait pas suffisamment d’intérêt pour que l’on s’inquiétât de ses activités. La conjecture était telle quelle. Sasuke avait parfaitement calculé le coup.


*


Le premier chakra de confiance que Shikamaru repéra fut celui de Shino. Celui-ci rentrait d’un entraînement. L’odeur de chien mouillé et les traces de pattes sur son manteau en disaient long sur la présence d’un Akamaru trop enjoué pour autre chose qu’un peu de pratique. Il remarqua bien vite que le mystérieux garçon était plutôt contrarié et se demanda s’il avait déjà pensé à donner des puces au gros chien fou pour se venger de ses excès. Il se demanda si donner des puces à Kiba par la même occasion était possible. La situation serait diablement comique.

Ses tribulations stoppèrent net lorsqu’il atterrit auprès de son compère. Sans prendre le temps d’évaluer plus avant les dégâts canins, il scanda, moins calme que d’ordinaire :

« Il est ici ! Le sannin. Tu peux chercher les autres, le repérer et veiller à ce qu’il ne voie pas la Hokage ? Je me charge de Sakura. »

Shino avait pris l’habitude d’accepter les requêtes de Shikamaru avec le flegme qui le caractérisait. C’était cependant toujours plus compréhensible lorsque l’ordre venait du stratège. Les missions qu’ils avaient effectuées ensemble, leurs fréquentations, tout leur avait permis de constater les qualités et capacités de l’autre. Malgré le fait que Shino ait une fâcheuse tendance à parler pour ne rien dire, Shikamaru appréciait son intelligence, son efficacité et surtout, sa discrétion. Ils se faisaient confiance.


*


Ils se tenaient face à face, à la sortie de la cache, au beau milieu du désert. La chaleur à cette heure du jour se faisait insupportable, l’oxygène brûlait les poumons à chaque bouffée, Naruto était comblé.

Debout, camouflé par l’ombre d’une colonne sur le point de s’écrouler, son acolyte souffrait. Il aurait encore ri s’il n’avait su que l’heure des adieux était arrivée. Mais comme Sasuke était son rival et qu’il se trouvait plus sensible que lui à telle canicule, il lui fit signe d’avancer. Le brun secoua la tête, grognant et fulminant.

Il aurait dû partir sans regarder derrière lui, sans montrer de regrets ou d’intérêt. Peut-être, alors, l’Uchiha l’aurait-il suivi. Il aurait dû respecter davantage sa distance et oublier de l’observer, omettre sa présence étouffante pour aller de l’avant, comme il l’avait toujours fait. Il n’avait pu s’empêcher de se retourner, de vérifier si l’ombre blafarde le suivait bien au moins sur quelques mètres, de s’assurer qu’elle ne mentait pas.

S’il avait fait nuit, froid, sec, peut-être serait-il parvenu à ses fins. Peut-être même son frère aurait-il consenti à le suivre plus longtemps. Assez longtemps pour qu’ils rentrent ensemble. Assez longtemps pour lui faire oublier qu’il avait une revanche à accomplir. Assez pour lui prouver qu’il n’avait pas besoin de cette obsession pour vivre l’âme en paix, entouré de tiédeur amicale, d’amour fraternel, de ce miséricordieux soleil qui l’avait sauvé. Hélas, il faisait jour.

La peur tenaillait son ventre. Que valaient les promesses de Sasuke en comparaison de ses actes ? Traître, déserteur, il l’avait même laissé pour mort afin de suivre son credo. Serait-il capable de le tromper pour se débarrasser de lui ? Il n’avait certes jamais menti que par omission, répondant évasivement, il n’avait jamais rompu de promesse. Il n’en faisait pas. Peut-être était-ce parce qu’il avait un sens assez accru de l’honneur pour ne point les briser. Et après tout, quelle importance tout cela avait-il ? Il avait déjà pris sa décision, et son éternel adversaire n’était pas assez hypocrite pour lui jouer un tour aussi répugnant. Il allait le croire. Jusqu’au bout.

Le garçon pouvait bien le percevoir comme une sorte de sauveur, de saint, d’astre vague sans conséquence. Il pouvait bien continuer à errer dans l’enfer noir et dégoulinant s’il le souhaitait. Il pouvait garder cette image divine de lui. Il savait que plus le temps passerait, plus cette impression disparaîtrait. De sa part comme de celle de Sasuke, tout serait différent. La chaleur se ferait distante dans les entrailles du brun, sa propre aura diminuerait avec l’absence de son fuel habituel. Les fins s’éloignant, les esprits se transformeraient. Son frère pourrait l’effacer totalement de sa mémoire, une fois de plus. Lui-même pourrait se laisser entraîner vers les mêmes pandémoniums tant se ferait insupportable l’attente, l’angoisse, la carence. Quelle garantie avait-il qu’aux prochaines retrouvailles, ils se reconnaîtraient ?

« Tu sais pas réfléchir, arrête ça. »

La remarque cinglante stoppa tout cheminement de pensée.

« Casse-toi vite, ou tu ne m’arriveras jamais qu’à la cheville. »

L’ombre de la petite colonne se raréfiait. La sueur dégoulinait du front pâle, les mèches collaient aux tempes, le haut de kimono commençait à se tâcher d’eau salée. Sasuke transpirait. La perfection qu’il incarnait faiblissait sous les rayons de l’astre diurne. Il devenait un être terrestre. Naruto ne sut résister à l’envie saisissant ses tripes.

Il bondit vers l’autre, rapide malgré la pression de l’air, saisit le cou de son avant-bras et serra de toutes ses forces la masse bouillonnante contre lui. Une seconde. Une minuscule et sublime seconde. Le temps de s’assurer que son antagoniste n’était pas une illusion, qu’il ne le rejetait pas, qu’il brûlait, lui aussi, de la même étincelle vivace qui imprégnait de douleur la poitrine des mortels.

Si tel élancement s’y trouvait, l’inévitable équilibre imposait qu’à part égale règne une forme de bonheur. Calmé, remarquant avec sadisme que Sasuke réagissait de façon fort négative à l’intrusion de son espace vital par une telle chaleur, Naruto s’écarta, pouffant. Il fut fusillé du regard, mais considéra l’acte comme une réponse positive à son écart de conduite. La situation semblait si normale... Il eut l’intime conviction qu’il reverrait son pair, aussi vif qu’à cette heure, aussi empli d’intentions et de volonté, aussi puissamment borné. Il serait le même, éternellement. S’il advenait qu’ils ne puissent se revoir avant une autre vie, l’un comme l’autre demeureraient inchangés. Leur lien également.


*


Shikamaru était parvenu sans encombre à repérer la touffe de cheveux roses affairée dans le bâtiment. Considérant ses occupations principales, il avait déjà mis au point toutes les stratégies possibles afin de l’enlever de force s’il le fallait, même au vu et au su de la Hokage en personne. Il s’était présentement fait passer pour l’équipier d’un des convalescents et s’était arrangé pour se trouver à portée de la jeune fille. Profitant d’un bref instant de répit, il avait activé sa technique d’ombres. Il l’avait saisie sans mal, l’avait forcée à attraper le stylo fuyant dans la poche de sa blouse de médecin et lui avait fait rédiger un simple mot au creux de sa main : Sennin.

Il se garantissait ainsi que même un avisé lecteur ne puisse comprendre le message. Professionnelle, Sakura n’avait pas même cherché à savoir d’où venait l’agression et avait fermé son poing en signe d’assentiment. Il avait déserté l’hôpital sur le champ et rejoint Shino et Neji. Tous trois avaient débattu quelque temps sur la façon de retenir le cinquantenaire, indiscipliné certes, mais trop expérimenté pour se laisser surprendre par des chûnin. Enfin, tandis que Sakura atterrissait près d’eux, le Hyûga avait eu l’idée la plus saugrenue, la plus stupide et la plus efficace possible. Devenait-il trop sérieux pour ne pas y avoir songé plus tôt ? Ses tactiques militaires embrumaient visiblement trop son cerveau malmené. Qui aurait cru que Hyûga Neji, pourtant réputé si prude, suggère une sexy-méta ?

La technique avait fonctionné à merveille. Shino ayant refusé de se prêter au jeu, lui-même peu sûr de l’efficacité d’une telle manœuvre effectuée par sa nonchalante personne, Sakura avait désigné l’instigateur du plan comme son seul acteur. Neji avait donc utilisé la sexy-méta. Shikamaru pouvait bien se l’avouer, il aurait aveuglément suivi cette brune sculpturale à travers tout le Pays du Vent s’il l’avait pu.

Jiraiya, sans grande surprise bien plus aguiché que lui-même, s’était laissé entraîner par la séductrice jusque dans un lieu reculé du village. Là, elle s’était tournée vers lui, l’air sérieux, et avait annulé la transformation. Mortifié, le sannin avait manqué agresser le pauvre garçon. Le génie, qui se contentait fort bien d’admirer telle splendeur à distance, en aurait fait autant de déception. Heureusement, Sakura était intervenue. Elle avait tout expliqué à l’ermite. Rapidement, succinctement, justifiant sans trop d’emphase les tenants et les aboutissants. Elle avait achevé son discours, croisant ses bras sur sa petite poitrine, d’un ton acerbe :

« Et de toute façon, c’est de votre faute s’il a eu le temps de partir, vous n’aviez qu’à venir le chercher plus tôt ! »

De ce qu’il savait, l’ermite appréciait assez le garçon pour ne penser qu’à s’inquiéter de son sort. Il ne se mit pas même en colère, ne jura pas tous ses grands dieux, ne culpabilisa qu’imperceptiblement. Il s’abstint de tout commentaire, affronta Tsunade avec bravoure, ne les vendit point. Il joua le jeu parfaitement, se présenta à eux plus régulièrement qu’à la maîtresse du village, espérant avoir des nouvelles de son protégé.

Hinata, en mission, avait dû être mise au courant des événements. Elle avait protesté avec une avidité toute relative quant à cette métamorphose qu’elle n’avait pu voir de ses propres yeux. Neji avait rougi, et refusé catégoriquement de réitérer. Elle en semblait encore déçue. Shikamaru trouvait la situation hilarante et ne manquait jamais une occasion de le faire remarquer. Si ces complicités nouvelles lui convenaient, il ne pouvait s’empêcher de souhaiter ardemment le retour du ninja blond. Les deux jeunes filles, le vieil homme, Neji, également, tous avaient besoin de le savoir en vie.


*


Naruto redoutait deux choses. La première était Sakura. La deuxième, en ce moment, était de se trouver face à une équipée d’éclaireurs de Konoha parfaitement informée qu’il n’avait rien à faire, seul, sale et débraillé aux abords de son village natal. Évidemment, comme il avait une fâcheuse tendance à jouer de malchance, c’était exactement ce qu’il était en train d’avenir.

Il fallait qu’ils soient quatre, qu’ils le connaissent tous et que, pour ne rien arranger, l’un d’entre eux soit un Hyûga. La forêt était assez vaste comme cela, pourquoi fallait-il qu’il tombe sur eux ? Pressé, il avait toutefois pris garde à n’éveiller les sens de personne, il avait guetté les intrus, alliés ou ennemis, avait esquivé quelques troupes d’autres contrées, et se voyait à présent bloqué par ses propres amis. Il y avait là Chôji, Lee, Hinata et Gai. En un sens, il était bien heureux que la troupe ne soit composée que d’excités distraits et d’éloquents discrets.

Il s’était stoppé net en repérant leur présence, mais il savait que Hinata, toujours concentrée, percevait chaque mouvement à plusieurs mètres à la ronde. Il était trop près. Le geste qu’il fit pour quitter la branche haute décida de son sort. Elle avait capté son mouvement. Déglutissant, il décréta que ne plus bouger était la meilleure solution. Peut-être ne fixerait-elle pas la zone avec autant de parcimonie si plus rien ne s’y déplaçait...

Hinata, pour sa part, avait sursauté. S’immobilisant tout net sur l’herbe humide, elle fit signe a ses camarades. Quelque chose d’étrange s’était approché. Elle scanna longuement les troncs, à la recherche d’une présence, de ces étincelles de chakra qu’elle percevait si clairement. Enfin, elle trouva l’intrus, camouflé dans les feuillages. Elle fronça les sourcils, il tressaillit. Il avait dû sentir sur sa nuque le regard scrutateur. Elle eut tout juste le temps d’accommoder encore son fantastique télescope qu’il lui faisait face, à cheval sur la ramée, et gesticulait, croisant ses avant-bras pour former des signes négatifs, mimant, la bouche en cœur, des « chut » exagérés, et perdant l’équilibre sous l’effort. Elle gloussa, trop amusée par ces grimaces pour se contenir.

Les autres l’observaient, l’air interrogateur.

« Oh, dit-elle simplement, c’est un énorme écureuil ! »

Naruto l’entendit et tomba tout à fait de son perchoir. Le ventre de Chôji gargouilla, Lee scanda quelque chose à propos de l’extraordinaire faune printanière du Pays du Feu et ils repartirent. Naruto se demanda si Sakura avait confié son secret à quelque tiers. Même une kunoichi telle que Hinata ne pouvait réagir de façon si naturelle au vu de la situation. Ou avait-elle simplement compris et suivi ses instructions, sans réticence aucune ? Il avait certes confiance en elle. Il l’avait déjà trouvé gentille, bizarre, puis « super balèze ». Il l’avait même admirée. Cependant, obtenir de sa part un comportement si conciliant lui paraissait suspect. N’importe qui d’autre aurait crié, bondit de stupeur et annoncé la nouvelle à ses collègues. Il bénissait son étoile d’avoir choisi cette raisonnable jeune fille comme seul témoin de son retour clandestin.


*


Naruto se demandait encore comment rentrer par la porte sans se faire remarquer. Il était évident que sauter le mur déclencherait une petite panique chez les guetteurs et, s’il tenait à rester incognito, la solution ne résidait pas en ces termes. Tout à coup, une masse grouillante le bâillonna et le souleva de terre, l’emportant au creux d’un arbre mort. Il crut mourir mais, rassurant, un rire cristallin empêcha la panique de déclencher ses réflexes guerriers. L’entente de ce son léger était toute fraîche. La vue de la jeune fille acheva de calmer le garçon.

« Ça déserte, mais ça ne sait même pas revenir discrètement... »

L’expression du jeune homme brun se tenant à côté de la petite kunoichi était indéchiffrable. Pourtant, il comprit sans mal que Neji avait appris à manier l’ironie et lui adressa un immense sourire. Shino, vexé du peu d’attention qu’il lui portait, toussota avant de déclamer :

« J’existe également, te ferai-je remarquer, et c’est extrêmement impoli de ta part de m’ignorer de la sorte. Je suis, de plus, celui qui détient des informations dont tu as besoin. À savoir : Sakura est en mission et ne pourra pas te recevoir de suite. Nous sommes en contact avec le sannin avec qui tu es censé être. Une fois en lieu sûr, nous le ferons venir et tu t’arrangeras avec lui. Nous nous chargerons de te cacher en attendant que tout cela soit mis en place. »

Le piètre déserteur n’avait retenu que ce qui l’arrangeait : Sakura était absente, il aurait quelques moments de répit avant la confrontation. Quelques-uns de ses amis étaient au courant de sa situation et étaient prêts à l’aider. Personne d’autre qu’eux et Jiraiya ne connaissait la nature de son éloignement. Ignorant exprès de répondre directement au discours, il se tourna vers Hinata et lui adressa un clin d’œil :

« Merci pour tout à l’heure. Il y en a d’autres au courant ?

— Shikamaru, en mission. Avec Sakura, sûrement, d’ailleurs, répondit Neji.

— Oh ! D’accord, m’étonne pas... marmonna-t-il. Alors, vous savez comment me faire passer ? »

La réponse fut catégorique : Naruto ne rentrerait pas. Il protesta vigoureusement, refusant de donner des raisons à son insistance. Neji lui boucherait à coup sûr les canaux de l’estomac s’il découvrait qu’il ne rêvait que d’une chose : un bol de nouilles bien chaud à son échoppe fétiche. Hinata pouffait encore. Elle avait dû deviner.

Ils le menèrent sans encombre dans une petite caverne plutôt bien aménagée. On lui expliqua que l’ermite s’y terrait parfois, soit pour écrire ses livres, soit pour se mettre à l’abri de l’ire de quelques donzelles dénudées.

« Ça alors ! Une grotte ! C’est bien, on n’est pas dépaysé, ici ! »

Deux paires d’yeux le fusillèrent et il s’abstint de toute autre remarque. Neji recommanda que Hinata passe chez elle donner quelques nouvelles. Hyûga Hiashi lui conférait un intérêt tout particulier et elle devait fréquemment lui faire des rapports. Il s’inquiétait vite et un retard lors d’un retour de mission irait jusqu’à lui paraître suspect. Lui, en revanche, avait bien plus de libertés. Aussi, tandis que Shino partait à la recherche du sennin, le chûnin lui tint-il compagnie.

Naruto trouvait la situation étrange. Il lui avait suffi d’un combat et de quelques mots pour se faire un ami de Neji. Il avait réussi avec ce shinobi tout ce qu’il n’avait pu obtenir de Sasuke. La relation était différente. Ils ne se connaissaient pas, mais cet aîné si distant semblait pourtant le traiter avec humeur et bienveillance, comme s’il voulait le pousser toujours plus avant. Peut-être était-ce une façon de l’encourager ? De lui montrer son soutien ? Il renonça à se poser trop de questions. Neji était là, cela signifiait bien assez.

« Tu as le droit de ne pas répondre, mais je suis curieux de savoir ce qu’il s’est passé. Tu as l’air plutôt en forme, j’en déduis que tout ne va pas si mal ? »

Ils s’étaient étalés avec désinvolture dans les canapés défoncés meublant la pièce. Il faisait doux, Naruto soupira sereinement.

« Je vais pas tout te raconter mais, en gros, tout va bien. J’ai pu voir Sasuke, je me suis battu et entraîné avec lui, et je crois qu’il a fini par entendre raison...

— Tu crois ? questionna le brun. Qu’est-ce qu’il t’a dit pour que tu reviennes, sans lui, avec cette certitude ? »

Le blond observa son acolyte quelques instants. Il se demanda un bref moment jusqu’où les pensées macabres de Neji l’avaient poussé, à quel point il avait pu souffrir, à quel point il avait désiré mourir plutôt que de continuer à subir ce destin qui le malmenait. Il s’interrogea sur la part de noirceur teintant son âme et considéra qu’elle était suffisante pour comprendre Sasuke. Il grimaça. La douleur de ses pairs lui était toujours pénible.

« Il m’a dit... Ah, merde, comment expliquer ça ? »

Le Hyûga se permit un microscopique sourire. L’écervelé n’avait point changé. Devant ses difficultés, il haussa également les sourcils, soupçonnant une fourbe manœuvre de cet autre brun auquel son sauveur tenait tant.

« Ah, bien sûr ! » s’exclama enfin celui-ci, frappant du poing dans la paume de sa main.

Le talentueux garçon eut à peine le temps de ricaner qu’il dut s’arrêter net. Son vis-à-vis s’était penché vers l’avant, ses coudes appuyés sur ses genoux, débordant d’assurance. Ses traits tout entiers, ses yeux, son sourire, le figèrent de stupeur. Il dégageait une aura intense, palpable, comparable à celle des plus éminents combattants. L’irréfléchi petit garçon qu’il avait connu il y avait de cela un an avait laissé place au futur Hokage. Au plus profond de lui-même, il crut percevoir ce que serait l’avenir si le blond menait ses quêtes à bien. Ce jeune homme avait inévitablement sauvé le vengeur.

Plus éclatante affirmation que ce visage volontaire n’aurait d’ailleurs su exister, mais sa logique l’éconduisait encore car, ému, la voix tremblant faiblement sous l’aveu, Naruto articula :

« Il a dit qu’il voulait vivre. »


*


Jiraiya était apparu à peine quelques heures plus tard. Ils avaient également attendu le retour de Sakura. Ni lui ni l’ermite, ne tenaient à se faire éviscérer pour cause de fuite inopinée sans avoir salué la jeune fille. Ils étaient sur le départ, dans un endroit assez reculé pour que tout puisse se dérouler sans mal. Le garçon ne quitterait pas Konoha par la grande porte avant plusieurs années.

Il dut raconter en détail à sa coéquipière tout ce qu’il avait fait et vu. Il dut lui donner des détails sur les techniques de Sasuke, sur sa santé physique et mentale, sur ses nouveaux buts. Il dut concéder leur lien, il dut partager avec elle ce que Sasuke lui avait exprimé. Il n’omit que la façon dont il le lui avait fait comprendre. C’était trop fort, trop intime, trop incroyable pour qu’il puisse le décrire.

Sakura n’avait aucun droit de voir ce qu’il avait vu. Il en était conscient. Il le savait pertinemment. C’était à lui qu’il s’était ouvert, qu’il s’était confié. C’était en lui qu’il avait mis toute sa confiance, à tel point qu’il avait osé lui montrer une image de son cœur dévasté. Sakura aurait peur de la vision s’il la décrivait. Elle s’inquiéterait, elle poserait davantage de questions, et il ne voulait pas gâcher le nouveau lien créé avec son frère en laissant échapper si intime secret. Il oublia l’égoïsme de Sasuke et l’exclusivité de son bonheur pour expliquer que leur amitié, recréée, avait suffi. Il éluda adroitement lorsqu’elle exigea qu’il lui dise si Sasuke la mentionnait. Il ne voulait pas la blesser lors qu’elle paraissait si ravie du revirement de leur troisième tiers. Un jour, avec la permission du concerné, il lui avouerait. Ce jour-là, elle ferait peut-être partie, elle aussi, de cet univers sombre, et le brun accepterait de l’y conduire.

Voilà qu’il hésitait, qu’il espérait qu’elle ne lui en voudrait pas. Elle lui souriait, radieuse. Elle l’avait déjà remercié plusieurs fois, lui avait dit à quel point elle était fière, à quel point elle lui était reconnaissante. Elle avait les larmes aux yeux. Il aurait aimé que ce soit un peu pour lui.

Constatant son regard sombre, la kunoichi fit la moue :

« Si tu fais cette tête, personne ne te regrettera ! »

La pique aurait fonctionné si Naruto n’était pas persuadé qu’en dépit de tous ses sourires, ce serait le cas. Il singea un rictus et fit un léger signe de la main, exprimant sa gratitude aux membres du petit comité de départ d’un simple coup d’œil affectueux. Shikamaru émit un long soupir, Shino resta de marbre, Neji hocha la tête paisiblement. Hinata rougit. Sakura, elle, fit claquer sa langue entre ses dents alors qu’il commençait à se retourner pour partir.

« Hé, minute, Uzumaki Naruto ! »

Quelque chose de chaud l’étouffa alors. Des cheveux roses chatouillèrent son front et son oreille, deux bras menus enserrèrent puissamment son cou, un souffle erratique et humide glissa sur son épaule.

« Tu vas me manquer aussi. Mais on a intérêt à être à niveau pour quand Sasuke sera là, alors reviens en forme, d’accord ? »

Tétanisé, Naruto ne sut profiter de l’étreinte. Il entendit les paroles comme une maxime, un credo qu’il prendrait soin de suivre durant sa nouvelle épopée. Il réalisa ce qu’elle visait, ce qu’elle comprenait, ce qu’elle devinait. Il partit sur la même pensée à laquelle elle se cramponnerait, unique garantie de leur triple alliance : que les trois tiers étaient chacun saufs, qu’ils subsisteraient à distance en ne songeant qu’à leur prochaine réunion. Que Sasuke non plus, à présent, n’était plus vraiment seul.



Sous la lune jaune – Fin

Commentaire de l'auteur J'ai une grande tendresse pour ce dernier chapitre. Je crois que j'avais la scène du départ en tête depuis longtemps, mais mon passage préféré reste la confrontation entre Naruto et Neji.
J'espère que cette histoire, très « essai de style », vous a plu ! :)
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