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Animes-Mangas

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Naruto

Portsall
[Histoire Terminée]
Auteur: NaN Vue: 16975
[Publiée le: 2008-03-30]    [Mise à Jour: 2013-12-25]
G  Signaler Romance/Action-Aventure/Amitié Commentaires : 87
Description:
Il y a trois choses que Tayuya déteste par-dessus tout : le froid, le bruit, les gens. Lorsqu'elle se retrouve contrainte de s'ajouter à un groupe d'ados à problèmes pour un stage de voile, c'est donc un peu comme si on lui avançait son apocalypse personnelle sur un plateau d'argent.

Mais il faut croire que galérer ensemble pour gréer une voile ou gagner une régate finit par créer des liens... Et c'est un long combat inégal qui commence entre tous ces stagiaires hétéroclites.

Tu me fais mal, je te fais mal, celui qui fait pleurer l'autre a gagné. Allez, à ton tour.
Crédits:
Tous les personnages sont issus du manga Naruto de Musashi Kishimoto.
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Et soudain le silence

[6803 mots]
Publié le: 2008-05-04
Mis à Jour: 2013-10-18
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PORTSALL

C. 7 : et soudain le silence

 

Elle était venue le rejoindre alors qu'il était sorti s'asseoir sur les marches qui menaient à l'esplanade, laissant les autres achever de faire la vaisselle du dîner. Puis elle s'était installée à côté de lui, et elle avait demandé :

 — Neji, pourquoi t'es venu dans ce stage ?

Il lui avait jeté un regard méfiant : c'était la deuxième fois qu'on lui posait la question ce jour-ci. Mais elle proposait déjà une réponse :

 — Est-ce que c'est parce que Hinata s'y est inscrite ?

L'erreur d'interprétation l'avait poussé à rectifier :

 — Non. Non, c'est moi qui me suis inscrit. Et c'est elle qui m'a suivi.

 — Oh. Pourquoi ?

 — Je ne sais pas. Peut-être parce qu'elle aussi, elle avait besoin de s'enfuir.

 — Et peut-être aussi parce qu'elle savait que tu ne reviendrais pas si elle ne venait pas, avait doucement ajouté Tenten.

Sans répondre, il l'avait laissée poser sa tête sur son épaule. Il n'était pas quelqu'un d'aussi tactile qu'elle, mais son contact ne la dérangeait pas.

Il lui faisait même du bien. Une chaleur humaine, tout près de lui, tout contre lui.

 — Tu sais, je sais ce que ça fait de ne pas avoir de famille, avait rêveusement dit Tenten.

Neji avait été si surpris qu'elle ait cerné son état d'esprit qu'il avait eu un mouvement de recul. Tenten s'était redressée en le fixant de ses yeux pétillants.

 — Tu as beau avoir des dizaines d'oncles, de tantes, de cousins, de cousines et des centaines d'autres liens du sang, tu es tout seul, avait-elle dit alors. C'est ce que tu cherches en Hinata, pas vrai ? Une vraie famille.

 — Comment tu…

 — Je sais ce que ça fait, avait répété Tenten avec un sourire.  

 

 

Kiba fut réveillé par le bras d'Ino qui s'abattit en travers de son ventre alors qu'il n'était même pas sept heures du matin. Il repoussa le corps endormi pour respirer et se redressa : il avait totalement oublié qu'ils s'étaient tous couchés les uns sur les autres.

La vision de ce grand tas de matelas et de stagiaires assoupis le fit rigoler. Enfin, l'impulsion des meneurs énergiques du groupe parvenait à entraîner avec elle les éléments récalcitrants du stage.

Du moins, presque, rectifia-t-il lorsque son regard tomba sur le matelas isolé de Tayuya, un peu plus loin. Mais elle, c'était encore autre chose.

Il se leva et faillit marcher sur Tenten et Neji en voulant regagner la terre ferme. Après un certain nombre d'acrobaties, il parvint à s'habiller et à sortir en marchant au passage sur le lit vide de Tayuya. Décidément, cette fille était une lève-tôt.

Il la retrouva attablée devant une tasse de café, face à un Gaara tout aussi silencieux. Désireux de ne pas reprendre si vite les hostilités, Kiba sortit les céréales sans dire autre chose qu'un "salut" sans grand espoir de réponse. Les dernières paroles qu'on lui avait craché au visage lui pesaient encore trop pour qu'il se remette à faire comme si de rien n'était.

Je suis pas ton père, gueule de clown, je le serais jamais. Il voulait pas de toi, ton père, il voulais pas de toi.

 Il se sentait humilié d'avoir été cerné si vite et si profondément par cette fille qui paraissait pourtant se foutre royalement du monde et des gens qui le peuplaient. L'idée d'être ainsi analysé et jugé lui était insupportable.

Avait-il été jugé, en fait ? se demanda-t-il soudain en revenant sur sa dernière pensée.

 — Bon…bonjour, fit la voix fragile d'Hinata dans son dos.

Il sursauta et lui envoya un sourire alors qu'elle s'asseyait, inévitablement accompagnée de son cousin. Shikamaru vint bientôt se joindre à leur petit groupe silencieux d'un air grognon, sans doute lui aussi réveillé par un geste intempestif d'Ino. Cette fille devrait dormir avec une camisole de force.

— Eh bien, les amis, vous êtes bien peu nombreux ! claironna une voix très reconnaissable sur le seuil de la porte.

Gai fit son entrée, sourire étincelant aux lèvres et pouce en avant. Le point positif dans le fait de se lever avant l'heure, c'était qu'ils échappaient à la sérénade au clairon.

 — Enfin, tant mieux pour vous ! J’ai une grande annonce à faire ! Et quand vous l’aurez entendue, vous n’en reviendrez pas ! Devinez un peu le merveilleux programme que nous vous avons réservé pour cette semaine ! Vous voulez savoir, hein ? Vous voulez savoir ?

 — Shut up, gémit Kiba en enfonçant ses doigts dans ses cheveux.

Asuma entra à son tour, suivi de Kurenai, et Gaï arrêta de hurler un instant pour les saluer avec effusion. Asuma évita habilement une accolade et parcourut du regard les stagiaires attablés :

 — Quatre, cinq, six… C’est parfait.

____

Un quart d’heure plus tard, Tayuya, Kiba, Shikamaru et les Hyûga patientaient devant le cagibi du hangar à bateau pendant qu’Asuma cherchait ils ne savaient quoi sous les sacs de voiles. Gaara avait mystérieusement disparu pendant le trajet.

 — On va partir sur des Sunfast ? répéta Kiba qui n’était pas bien sûr de ce qui l’attendait. C’est quoi, d’abord ?

 — Des voiliers, dit la voix d’Asuma derrière un tas de cordages. Les nôtres font trente-deux pieds de longs, idéal pour les trajets comme ceux qu’on va faire… Tiens, prends ça…

Il réapparut et lui fourra un amas de toile imperméable dans les bras avant de repartir dans les profondeurs du cagibi.

 — Euh… Qu’est-ce que c’est ? se risqua à demander Kiba en soulevant un pan de ce qui se révéla la jambe d'un pantalon.

 — Des combinaisons, répondit Kurenai en arrivant, un seau dans une main, des gilets de sauvetage dans l’autre. Mais d'un autre type que celles qu'on porte en voile légère.

Kiba extirpa un vêtement du tas et le déplia : c’était une sorte de salopette en ciré bleu renforcée de rectangles rouges aux genoux. Elle était très large et équipée d’une demi-douzaine de boucles placées aux endroits les plus incongrus.

 — Et voici les vestes, annonça Asuma en leur jetant une brassée de coupe-vents assortis.

Tayuya se les reçus en pleine face et grommela.

 — Pourquoi est-ce qu’on n’attend pas les autres ? demanda Hinata en prenant le seau que lui tendait Kurenai.

 — Parce que le bateau sur lequel on va aller – celui de trente-deux pieds – est actuellement amarré dans une cale à Porspoder, plus loin sur la côte. On va aller le chercher.

 — Le deuxième voilier qu’on utilisera est déjà ici, poursuivit Asuma en jetant des paires de bottes bleu marine sur le seuil de la porte. Comme il est plus grand – il fait trente-sept pieds –, il peut accueillir plus de monde. Bon, je crois qu’on a tout…

Il émergea du local, en claqua la porte et sourit à Kurenai.

 — Venez, on va mettre tout ça dans la Jeep.

____

 — Ah, vous avez les toutes dernières combinaisons Pro Yachting Defender !

 — Qu’est-ce qu’elles ont de spécial ? s’étonna Hinata.

Gai lui envoya un clin d’œil :

 — Elles sont taillées dans un tissu respirant quatre couches à membrane hydrophile et enduction microporeuse. Avec une poche spéciale flash-light sur le bras gauche.

 — Qu’est-ce qu’il raconte ? s’inquiéta Shikamaru à voix basse.

 — Laisse-le déballer ses conn… ses impressions de professionnel, dit Kakashi d'un ton las en portant une boîte à outils à bout de bras.

 — Par contre, poursuivit Gaï qui n’avait rien entendu, c’est vraiment dommage qu’ils ne les fassent pas en vert…   

Ils rangèrent les combinaisons Pro Yatching Defender dans de grands sacs de toile et entassèrent le tout sur le plancher de la Jeep avant de grimper à bord. Kakashi et Gai leur mirent une demi-douzaine de boîtes étanches dans les pieds et refermèrent la porte arrière.

 — Vous ne venez pas ? dit Neji en voyant que les deux moniteurs ne montaient pas avec eux.

 — Non, nous restons pour nous occuper des autres ! Eux aussi vont avoir leur premier contact avec leur Sunfast aujourd’hui. Pas de jaloux !

 — Bon, on peux y aller, annonça Kurenai en fermant la porte passager.

Elle boucla sa ceinture et rangea les cartes nautiques qu’elle venait d’apporter dans la pochette avant. Asuma démarra et ils quittèrent le parking dans un nuage de poussière.

 — Amusez-vous bien ! leur cria Gai avec de grands signes de la main alors qu’ils s’éloignaient. A demain !

 — A demain ? répéta Tayuya en regardant l’école de voile disparaître derrière un virage. Comment ça, à demain ?

 — On passe la nuit à bord, lui rappela Shikamaru en s’accrochant comme il pouvait au banc de métal.

 — Hein ?! Quand est-ce qu’ils ont dit ça ?

 — Pendant la vaisselle du p'tit dèj…

Résignée, Tayuya se renfrogna et croisa les bras. Un nuit à bord d’un bateau, pouvait-elle rêver mieux ? Espérons qu’il n’y ait pas de risques de fuite ou d’attaques de calmars géants.

 — On va si loin pour devoir y passer deux jours ? demanda-t-elle avec contrariété sans même remarquer le ricanement moqueur de Kiba sur sa droite.

 — Il y a pas mal d’heures de navigation entre Portsall et Porspoder, répondit Kurenai. On va donc faire le trajet en deux temps. De toute façon, il faut qu’on reste une nuit à bord histoire de vérifier que la pompe automatique fonctionne bien et qu'on ne va pas se retrouver au fond de l'eau au milieu de la nuit.

  — Okay, arrêtez-vous, je veux descendre, réclama Shikamaru en s'attaquant à la portière arrière.

 — Mais qu'est-ce que tu fous ? s'exclama Kiba qui écrasa le pied de Tayuya en s'interposant.

 — Ils viennent de nous dire qu'on va servir de cobaye dans un bateau qui fuit !

 — Ne t'en fais pas, tout va bien se passer ! assura Asuma depuis le volant.

 — Et vous croyez vraiment qu'on va vous croire ? Désolé, mais on a eu Gai comme moniteur pendant dix jours, on se laisse plus avoir !

 — On vient d'être comparés à Gai, fit remarquer Asuma à Kurenai qui hocha la tête avec résignation.

 — Sérieusement, stop ! Je veux rentrer.

Et soudain, un son léger comme le tintement d'une clochette se fit entendre au milieu des cris et tout le monde se tourna vers Hinata : elle riait. Lorsqu'elle vit qu'elle avait été repérée, elle se tut brusquement et rougit comme une tomate.

 — Dé… désolée, je…

Mais Kiba avait éclaté de rire à son tour devant une gêne si infondée et Asuma en profita pour accélérer. Une demi-heure plus tard, il manoeuvrait la Jeep pour se garer directement sur la cale.

Tayuya écarta une mèche de cheveux pour regarder les alentours : ils étaient devant un petit port plein à craquer de bateaux de plaisance. Derrière eux s’alignaient les façades des maisons de Porspoder et l’air résonnait du cri des mouettes.

 — Tout le monde descend ! lança joyeusement Asuma en mettant le frein à main.

Ils sautèrent sur le sol en granit de la cale et se massèrent le dos. Les voyages en Jeep étaient toujours aussi peu confortables. Asuma les pressait déjà de décharger la voiture et ils se retrouvèrent bientôt à longer le quai, les bras chargés de sacs.

A la traîne, comme à son habitude, Tayuya détailla les bateaux qu’ils croisaient. Un deux-mâts en bois, une vielle vedette éraflée, un canot pneumatique, encore un voilier, de la peinture écaillée, des hublots oxydés, des amarres usées. Et partout, ces algues bizarres, comme de la mousse verte et visqueuse…

 — Beurk…

 — Qu’est-ce que tu dis ? demanda Kiba en se retournant.

 — J't'ai sonné ?

 — Non, c'est le son mélodieux de ta voix qui a retenu mon attention…

 — J’espère que j’aurais jamais l’occasion de faire connaissance avec la flore maritime, dit alors Tayuya d’un air sombre.

Il jeta un œil à l’eau huilée du port et comprit.

 — Les japonais mangent des algues, dit-il en souriant.

 — Les leurs sont pas nourries au kérosène, répliqua Tayuya.

 — On y est !

Tayuya et Kiba tournèrent brusquement la tête pour apercevoir le bateau sur lequel ils allaient passer le reste du stage : c’était un grand voilier à la coque en plastique blanc et au mât métallique. Il était percé de hublots rectangulaires aux vitres occultés par des rideaux et un nombre impressionnant de taquets et de poulies recouvrait le pont entouré d'un garde-corps en câbles d'aciers.

 — Très bien, petit rappel de vocabulaire, annonça Asuma en jetant ses sacs dans un creux à l'arrière. Cet espace dans lequel je viens de mettre les voiles s'appelle le cockpit. C'est là qu'on s'installe lorsqu'on est en mer. La surélévation formée par la partie habitable s'appelle le roof. Sur le roof, vous voyez ce qu'on nomme un piano : c'est un ensemble de taquets dans lesquels on ramènera les écoutes des voiles pour éviter d'avoir à aller les chercher sur le pont.

 — L'avant du bateau est la proue, l'arrière la poupe, enchaîna Kurenai. Les marches qui mènent à l'intérieur sont la descente. Tout autour du pont, il y a un garde-corps monté sur des chandeliers, ces barres verticales qui relient les câbles. Et très important, la sangle que vous voyez là, qui fait tout le tour du roof, s'appelle la ligne de vie.

 — Et ça sert à quoi ? interroga Shikamaru en cherchant du regard la sangle en question.

 — A vous harnacher lorsque vous sortirez manœuvrer. Mais on fera un point sécurité plus tard, pour l'instant, embarquons et quittons le port avant que la marée ne soit trop basse.

La petite leçon informative avait eu le don de rassurer les stagiaires. Neji fut le premier à suivre les moniteurs à bord, aussitôt imité par Hinata puis par Kiba et Shikamaru. Un peu plus méfiante que les autres, Tayuya descendit prudemment les échelons fixés sur le quai et posa un pied prudent sur le pont.

Le voilier gîta doucement sous son poids, faisant cliqueter les drisses contre le mât, puis se rétablit tranquillement. Sa stabilité était surprenante et Tayuya s'étonna s'y sentir plus rapidement à l'aise que sur leurs catamarans bancals.

 — Je préviens le port et on y va, disait Asuma qui était occupé à forcer la serrure des doubles portes. On peut commencer à faire chauffer le moteur…

Quand les portes s’ouvrirent enfin, les stagiaires se penchèrent aussitôt dans l'encadrement de la descente.

 — Wouahou, fit Kiba.

L’intérieur était tout en bois et étonnamment spacieux. La zone centrale réunissait un coin cuisine avec plaques de cuisson et évier, une table principale repliable et deux banquettes ; à l’avant du bateau et de part et d’autre de l’escalier qui descendait à l’intérieur, d’étroites portes donnaient accès à, Tayuya le supposait, trois cabines.

Asuma était déjà descendu et allumait un post de TSF.

 — Je vous laisse visiter, dit-il par-dessus son épaule. Oui, ici le Big Red Boat IV… Nous allons quitter le port, retour prévu dans dix jours environ…

 — Pourquoi "environ" ? grommela Shikamaru alors que Neji descendait à l'intérieur.

Il fut suivi par Hinata et Kiba et ensemble, commencèrent à explorer les moindres recoins du bateau avec curiosité.

 — Ouah, les couchettes arrières sont immenses ! s’exclama Kiba en ouvrant l'une des portes.

 — Oh, il y a une salle de bain ici ! dit Hinata.

 — Tiens, on a même un frigo…

 — Où ça ?

 — La trappe dans le plan de travail.

Shikamaru finit pas les suivre et explora l'un des nombreux équipets qui occupaient les parois, sous les hublots. Il en sortit un épais cahier à la couverture cartonnée et l’ouvrit à la première page.

 — Journal de bord du Big Red Boat IV, lut-il. C’est quoi ce nom ? Pourquoi IV ? Qu'est-ce qui est arrivé aux trois d'avant ?

 — Wouah, il y a des coffres sous les banquettes !

 — Et un espace pour ranger les bouteilles dans le centre de la table !

Tayuya s’approcha du coin cuisine : de petites étagères étaient installées un peu partout, affublées d'un rebord sans doute destiné à empêcher les objets entreposés là de tomber. Elle jeta alors un œil à l’évier métallique : il était monté sur un axe de façon à bouger avec les mouvements du bateau. Elle s’amusa quelques instants à le faire gîter, puis s’intéressa à la table à carte, surmontée d’un GPS et de la radio. En relevant le panneau de la petite table, elle trouva un compas, une boussole et une drôle de règle striée de mensurations inconnues à son répertoire.

Ils étaient occupés à soulever les banquettes pour voir les coffres cachés en dessous lorsqu'un sifflement strident les fit sursauter. Le son dura quelques secondes avant d'être suivi d'une pétarade puis d'une vibration qui fit trembler le parquet : Kurenai avait allumé le moteur.

 — Ok, tout le monde sur le pont ! cria-t-elle. Je vais vous expliquer la manœuvre de départ !

Ils se rassemblèrent dans le cockpit et enfilèrent les gilets de sauvetage avant de se répartir les tâches. Neji partit à l'avant défaire de son taquet l'une des amarres tandis que Kiba s'occupait de celle reliée à l'arrière ; au signal que leur envoya Kurenai, ils laissèrent filer les cordages qui glissèrent des anneaux d'amarrage et claquèrent dans l'eau.

Le voilier se détacha du quai et accéléra en direction des portes du port. Kiba et Neji ramenèrent les amarres à bord avant de revenir dans le cockpit où Asuma lançait déjà les ordres pour la suite des opérations :

 — Très bien, Tayuya, reste au pied du mât et enlève la drisse rouge et blanche de son taquet ! Hinata, parée à border ! Les autres, assis dans le cockpit !

Il se mit à genoux sur le capot du roof et entreprit d’enlever la bâche qui recouvrait la grand-voile enroulée autour de la bôme pendant que les stagiaires se mettaient en place. L'exactitude des indications était bien différente de celles qu'on leur avait données au cours des jours précédents et ça avait quelque chose de perturbant.

 — Ok, Tayuya ! Prête ?

Asuma jeta la housse de protection dans le cockpit et bondit pour allez lui prêter main-forte. Ensemble, ils hissèrent la grand-voile le long du mât et elle claqua soudain dans le bleu du ciel, immense et immaculée.

 — Shikamaru, libère l’écoute de grand-voile ! Hinata, borde à bâbord !

Shikamaru relâcha la corde qui retenait la voile à droite et alla aider Hinata à resserrer celle de gauche. Le bateau gîta, la voile battit l’air, puis tout se stabilisa brusquement. Le vent gonfla la toile et le Big Red Boat IV prit de la vitesse. Kurenai coupa le moteur et puis soudain...

Silence.

Rien que le silence.

Le mât grinça doucement, le bateau s'inclina un peu plus et le frémissement de l'eau sous la coque chantonna jusqu'à eux. Ils filaient sans bruit sous la puissante poussée de la grand-voile, étonnamment légers, avec le vent dans leurs cheveux et l'air salé du large en plein visage.

Ils étaient partis, réalisa Tayuya. Il n'y avait rien devant eux et ils étaient partis.

Un frisson d'excitation la secoua alors des pieds à la tête.

____

Au coucher du soleil, ils avaient jeté l’ancre près d'une pointe rocheuse et affalé les voiles. Le ciel se colorait d’un rose soutenu et se reflétait à l’infini sur l’étendue d’eau qui les cernait de toutes parts. Assise sur le roof, Tayuya contemplait les lueurs lointaines de la côte en se délectant du calme.

Normalement, elle aurait dû être inquiète : elle était sur un bateau à l’étanchéité douteuse, à deux miles de la moindre habitation et pire que tout, sans pyjama. Pourtant, pouvoir contempler le paysage depuis l'avant d’un bateau ancré au milieu de nulle part lui procurait une sensation de paix qu'elle n'avait encore jamais éprouvée.

Un goéland vint voleter près du bastingage puis se posa sur l’eau. Son plumage d’un blanc éclatant ressortait avec force sur la surface émeraude de la mer. Ici, tout était si différent de son univers habituel, à mille lieues des murs éboulés de sa zone, de l'odeur du macadam et de la froideur du ciel citadin. Il n'y avait plus de cris, plus de pétarades ni de hurlements, plus de ricanements ni de provocations. Ici, on n'avait pas besoin de se battre pour survivre.

 — Tu rêves ? fit la voix de Kiba derrière elle.

Il avait fait exprès de ménager son volume sonore afin de ne pas la faire sursauter. Il commençait à comprendre comment éviter ses coups.

 — Fous le camp.

 — Ok, joue-la cow-boy solitaire si ça t’éclate, railla-t-il en repartant. Espèce d’asociale.

 — La sociabilité est complètement relative, clébard de merde.

Kiba ne put retenir un sourire et se retourna pour mieux enchaîner :

 — Arrête de faire semblant, lança-t-il par provocation pure et simple. Je sais bien que t’es pas aussi dure que ce que tu veux laisser croire.

Tayuya fronça les sourcils et se détourna du paysage pour le regarder.

 — Tu te prends pour qui pour dire ça, gueule de clown ? répliqua-t-elle d’une voix où perçait déjà la colère. Tu t’imagines que tu vois au travers des autres comme un dieu ? J'croyais t'avoir déjà fait comprendre que tu pédalais dans les nuages. Tu crois vraiment m’avoir cernée en à peine deux semaines ?

 — T’es pas aussi inaccessible que tu le prétends, chérie, assena Kiba en s’adossant négligemment au mât, les bras croisés.

Une vraie dispute, ça faisait longtemps. Il avait oublié à quel point c’était énergisant. Elle ne répondit pas pourtant ; au lieu de cela, sa bouche se fendit en un sourire carnassier auquel il ne s'attendait pas et sa belle assurance vacilla. Derrière deux mèches de cheveux, les yeux de Tayuya s’étaient étirés jusqu'à se réduire à deux fentes desquelles perça une lueur métallique.

Sans cesser de sourire, elle détourna la tête pour reprendre sa contemplation et Kiba sut qu’il avait perdu. Une fois de plus. Qu’est-ce qu’il y avait, avec cette fille ? s’énerva-t-il en fixant le dos de son éternel pull bleu. Avant elle, il n’avait jamais rencontré quelqu’un qui ait réussi à lui procurer un tel sentiment d’infériorité. Il avait horreur de ça.

Il s'assit pourtant sur le roof au lieu de partir, assez près pour pouvoir dire qu'il était à côté d'elle et assez loin pour rester hors de portée.

Il aurait aimé pouvoir la toucher, la toucher dans un autre contexte que celui d'un affrontement, quand elle était tendue comme une corde, poings serrés et sens en alerte. La toucher juste pour le geste, pour sentir sa chaleur sous ses doigts, pour percevoir son corps qui ne se déroberait pas. La toucher pour se sentir accepté.

Si seulement. Si seulement elle se laissait approcher.

Tayuya… Est-ce que je peux frapper à ta porte ?

Laisse-moi entrer.

____

Dîner à bord d’un voilier lorsqu’on avait jeté l’ancre à des kilomètres de la côte et que le soleil se couchait sur les îles environnantes avait des airs d’aventure. De dînette aussi, car tout était petit et bancal.

Les pâtes de Kurenai étaient parfaitement cuites, les mouettes piaillaient sur l’eau en se disputant les morceaux de pain que leur envoyait Neji et Shikamaru avait déjà élu domicile sur le recoin de pont qui séparait la rambarde de la poupe. Tayuya se disait que passer deux semaines à ce rythme allait peut-être finir par faire ressembler ce stage à de vraies vacances.

 — Bon, demain, départ à l’aube, annonça Asuma histoire de détruire ses belles illusions. Il faut qu’on arrive avant la marée basse. Je vous laisse faire la vaisselle ?

Tayuya soupira et commença à empiler les assiettes. A l’intérieur, Neji et Hinata faisaient chauffer de l’eau pour une tisane.

 — Attends, il faut ouvrir la pompe à eau, dit Neji en voyant Tayuya entasser la vaisselle sale dans l’évier et tourner le robinet dans le vide. La manette est dans le placard sous l’évier.

Tayuya ouvrit la pompe, se cogna la tête contre le montant du placard en se relevant et trébucha contre un coffre alors qu’elle se tenait le front entre les mains.

 — Aow, geignit-elle tandis que les Hyûga la regardaient avec perplexité.

 — Euh… Tu devrais t’asseoir une minute, conseilla Neji en la poussant sur une banquette. On s’occupe de la vaisselle.

____

Shikamaru lui avait prêté son haut de pyjama. Il était si grand qu’elle pouvait le porter comme une chemise de nuit. Elle était au chaud dans un sac de couchage, à côté d’Hinata déjà endormie ; le clapotis des vagues contre la coque la berçait doucement et de temps en temps, une bourrasque venait faire claquer les drisses contre le mât. Peu à peu, elle sombra dans le sommeil.

Et elle rêva.

Tout était sombre et immobile. Un éclat métallique attira son regard vers le fond de la ruelle et elle sursauta quand la haute silhouette d'un jeune homme surgit de l'obscurité.

 — Tayuya, c'est toi ? Qu'est-ce que tu fais encore ici ? Fous le camp, vite… Ils arrivent.

Il y eut des bruits, des interjections, le mouvement flou d'un manteau noir… puis elle se réveilla en sursaut.

Pantelante sur son matelas dur comme de la pierre, Tayuya fixa le plafond plongé dans l'ombre tandis que le reflet de la lune sur les vagues ondoyait à travers le hublot. Le murmure régulier de la respiration d'Hinata la ramena peu à peu au calme, mais elle mit de longues minutes à reprendre son souffle.

Le gouffre était revenu au creux de sa poitrine et les cris qui hantaient son rêve venaient lui rappeler qu'il ne partirait jamais vraiment.

Elle avait peur.

____

 — YAOOH !

 — Kiba, ne reste pas debout au milieu du pont !

 — Vague ! continua de beugler celui-ci, accroché au mât, son harnais battant l’écoutille avant.

Le voilier s’éleva soudainement, sembla flotter dans les airs un instant puis replongea dans une gerbe d’écume. Hinata poussa un cri qui se transforma en éclat de rire.

Ils voguaient depuis maintenant deux heures sous un ciel d’un bleu immaculé et ils ne sentaient pas le temps passer. Les voiles étaient gonflées d’un vent vigoureux et le bateau semblait sortir avec enthousiasme de la torpeur dans lequel il avait été plongé pendant une année entière.

 — Woaah ! hurla encore Kiba alors qu’ils passaient sur la crête d’une vague.

Debout à l’avant du pont, il jubilait. Tout ce mouvement, tout ce vent, toute cet espace… C’était si excitant ! C’était si enivrant ! C'était… vivant. 

A la barre, Shikamaru laissa échapper un rire bien involontaire. Lui aussi se surprenait à adorer cette sensation d’être au cœur des éléments, ainsi ballotté par des vagues si peu hostiles en dépit de leur taille. A côté de lui, Hinata se cramponnait comme elle pouvait, le visage enfoui dans le col de son imperméable, et Neji réglait sans arrêt le foc au gré des coups de vent.

Sur le banc d’en face, Tayuya regardait l’horizon en silence. Elle était la seule à ne pas s’être emmitouflée dans son ciré pour se protéger des gerbes d’eau salées qui les éclaboussaient sans arrêt : col défait, cheveux au vent, elle inspirait chaque bouffée d’air en gardant les yeux grands ouverts.

Sous la poussée d'une bourrasque, le bateau gîta considérablement et ils crièrent tous de surprise pour les uns, d’exaltation pour les autres. Kiba comprenait à présent à quoi les moniteurs faisaient référence quand ils parlaient de sensations à bord d’un voilier.

Shikamaru avait beau pousser la barre, il ne parvenait pas à redresser le voilier qui filait sur l’eau ainsi penché sur tribord, à tel point que Tayuya et Asuma quittèrent leur banc qui rasait l’eau pour rejoindre celui d'en face. A l’intérieur, ils entendirent le bruit d’un objet qui se fracassait sur le sol et Kurenai jurer.

 — Dans ces cas-là, il faut équilibrer le navire comme on peut, lança Asuma en élevant la voix pour être entendu de tous. Allez faire du rappel, je prends la barre.

 — Du quoi ?

 — Oh, je vois, fit Shikamaru tandis que le moniteur prenait sa place.

 — Et harnachez-vous !

Shikamaru passa sur le pont du côté opposé à la gîte, celui qui était le plus loin de l’eau, fixa son mousqueton sur la ligne de vie et alla s’asseoir face à la mer en passant ses jambes sous les câbles du garde-corps. Comprenant la manœuvre, Kiba sauta à son tour sur le pont et s’installa à côté de lui, bientôt imité par les deux cousins.

 — Ce n’est pas tout à fait du rappel, en fait, dit Asuma à l’adresse de Tayuya qui enfilait son harnais. Mais c’est une très bonne façon de stabiliser l’assiette du bateau, c’est-à-dire son équilibre sur l’eau.

 — Ouais, je vois, fit Tayuya en resserrant les sangles du harnais autour de son gilet de sauvetage.

 — Et puis, ajouta Asuma avec un sourire, c’est un truc sympa à faire.

Tayuya eut un instant d’hésitation, puis haussa les épaules. Abandonnant le moniteur dans son cockpit, elle grimpa sur le pont, passa derrière la brochette de stagiaires et enclencha le mousqueton de son harnais derrière celui de Neji. Elle venait juste de glisser ses jambes par-dessus bord quand un coup de gîte plus fort que les autres fit pencher le bateau.

 — Woaaaaah… fit Kiba en voyant la mer s’éloigner sous ses pieds.

Ils s’accrochaient aux chandeliers pour ne pas basculer en arrière et Tayuya fut interloquée quand elle s’aperçut qu’à sa gauche, Neji lui-même souriait en regardant les vagues rouler devant eux.

____

Ils filaient au large de la côte, assis les uns contre les autres le long de la coque, l’eau effleurant par instant les semelles de leurs bottes. Le temps était magnifique, la brume annoncée plus tôt ne venait qu’à peine estomper l’horizon et la sensation de vitesse les prenait aux tripes.

 — Sept nœuds ! cria Asuma avec satisfaction. Le Big Red Boat avait vraiment envie de naviguer !

 — Hé ! s’écria soudain Hinata en pointant un doigt vers l’avant. Regardez !

Ils se penchèrent par-dessus le garde-corps : quelques centaines de mètres devant eux, un voilier blanc faisait voile dans leur direction, son foc bleu tendu à l’extrême. Tayuya fixa la grand-voile : une inscription était cousue en noir sur le tissu blanc.

 — "EV Portsall", lut Shikamaru. Ce sont les autres.

Tayuya regarda le voilier voguer vers eux et vit des silhouettes se dresser à son bord. Quelques instants plus tard, ils étaient déjà à portée de voix.

 — Ohé, du bateau ! hurla joyeusement quelqu’un.

Les deux voiliers se croisèrent alors.

Temari, Sasuke, Naruto, Sakura, Kankurô, Ino et Tenten : ils étaient tous là, leur adressant de grands signes de la main, vêtus comme eux de cirés bleus. A la barre, Gai levait le pouce dans leur direction.

Les visages défilèrent dans un fracas d'écume et de cris. Une rafale fit claquer leur foc et déjà ils les avaient dépassés ; ils purent alors lire le nom inscrit sur la poupe : HMS Adventure.

 — Leur nom est moins ridicule que le notre, fit remarquer Kiba.

Personne ne vit le contredire. Ils regardèrent le HMS Adventure effectuer un magnifique virage de bord et revenir vers eux en fendant la mer. Il était plus grand que le Big Red Boat, et c’était sans doute l’importance de l’effectif de l’équipage qui le stabilisait autant sur l’eau.

 — Salut ! leur cria Tenten qui s'était gaiement penchée par-dessus les chandeliers lorsqu'ils les eurent suffisamment rattrapés pour pouvoir s'entendre. Vous avez bien dormi ?

 — Mieux que dans une baraque prête à s’effondrer ! répondit Kiba de sa voix de gueulard.

 — Ha ha, super !

 — Hé, on vous retiens, bande de traîtres ! brailla Naruto tandis que les deux voiliers voguaient vers Portsall à dix brasses de distance. Vous nous avez laissés avec Gai !

 — Ouais, c’est pas sympa ! approuva Sakura. On a eu double ration de salade d’algues ce matin !

 — Tayu ! Kiba ! lança Ino qui ne suivait pas la conversation. Vous savez quoi ? C’est moi qui ai hissé la grand-voile !

 — Bravo, blondasse, s’esclaffa Kiba. Tu t’es pas cassé d’ongle ?

 — Non, mais j’ai perdu un faux cil, rigola Ino.

Les rires se répercutèrent d’un bateau à l’autre. En levant le regard, Tayuya vit un essaim de goélands planer au-dessus d’eux ; plus loin sur l’eau, la tête noire d’un cormoran émergea, aussitôt dissimulée par un remous.

 — Les premiers au port font pas la vaisselle aujourd’hui !

 — Tenu ! 

____

Naruto ronchonnait encore quand ils se réunirent tous dans le salon après le déjeuner.

 — T’avais qu’à fermer ta grande gueule, lui balança Sasuke qui lui avait fait faire toute la vaisselle pour le punir d’avoir lancé un pari aussi stupide alors que leur bateau était aussi chargé.

 — Faut savoir prendre des risques, dans la vie, marmonna Naruto en s’enfonçant dans son fauteuil.

 — Ok, un peu de silence, les jeunes ! réclama Anko qui vint se planter au milieu d'eux. Voilà le programme : on va former les équipages, puis deux personnes de chaque bateau iront avec Kakashi faire des courses pour la semaine tandis que les autres feront l’inventaire des voiliers. Ensuite, vous avez jusqu’à ce soir pour ranger vos affaires, je veux un hangar nickel !

Les stagiaires se regardèrent avec inquiétude. Leur dortoir était en sens dessus dessous, tout remettre en ordre allait prendre du temps.

 — Ce soir, vous dormez à bord. Nous naviguerons pendant une dizaine de jours en allant de port en port, poursuivit Anko. Vous ne reviendrez donc pas ici avant la fin du stage. Des questions ? Non ? Parfait.

Elle sortit un carnet à spirales corné et un stylo Bic qu'elle brandit comme une arme.

 — Pour le Big Red Boat IV, je veux six personnes à ma droite, les autres à ma gauche. Plus vite que ça !

Il y eut un instant d’hésitation, puis les stagiaires bondirent sur leurs pieds et commencèrent à tourner en rond en se questionnant mutuellement.

 — Tu vas sur lequel ?

 — On reste ensemble ?

 — Qui va sur le…

Anko commençait à perdre patience. Indifférente, Tayuya alla se mettre à sa droite et attendit que les autres se décident. Puis soudain, quelqu'un s'étonna :

 — Mais où est Gaara ?

Le bruit des conversations s'éteignit un instant, des regards furent échangés. Puis la réponse se fit enfin entendre :

 — On ne sait pas.

____

Ils firent les courses, dressèrent l'inventaire de leur matériel, rangèrent le hangar. Gaara n'était pas revenu.

Les moniteurs se rassemblèrent en conciliabule sur le quai lorsqu'ils furent tous occupés à s'installer dans leurs bateaux respectifs et Kankurô ne quittait pas Temari, comme si leur angoisse naissante serait plus facile à dissimuler s'ils étaient deux pour s'y mettre.

 — Il a déjà fait des fugues, assurait Temari aux filles qui lui posaient des questions. Il reviendra au camp d'ici quelques jours.

Mais Kiba voyait bien qu'elle n'y croyait qu'à moitié. Il rejoignit son bateau en passant par les pontons et contourna Sasuke, Naruto et Sakura occupés à plier des voiles dans le cockpit pour atteindre la descente.

Il était amusant de constater que ces trois-là avaient fini par se retrouver dans le même équipage alors que cette deuxième partie de stage leur offrait l'occasion rêvée pour enfin se séparer. Comme quoi…

A l'intérieur, Ino s'était attelée à la confection du dîner en discutant joyeusement avec Shikamaru qui aidait Tayuya à ranger les courses dans les coffres des banquettes. En dépit du peu de retour qu'elle obtenait, elle enchaînait commentaire sur commentaire et Kiba s'étonna que personne ne lui ait encore dit de la fermer.

Il se glissa vers Tayuya qui traversait l'habitacle en direction du coffre opposé, un sac de conserves dans les mains.

 — Dis, Tayuya… Tu t'en fous vraiment, de tes parents ? J'veux dire, même s'ils te manquent pas, tu penses pas que tu devrais leur donner des nouvelles ?

Elle le regarda bizarrement. Pour la première fois, ce qu'il disait provoquait plus de surprise que de colère. Puis elle sembla se reprendre et s'arma d'un rictus ironique :

 — Pour quoi faire ? On n'est pas tous aussi dépendants que toi.

 — S'agit pas d'être dépendant, répliqua Kiba sans se laisser démonter. Juste de faire un peu gaffe. Après tous, on n'a que deux parents. Parfois même qu'un seul.

 — Tu veux que j'te joue du violon, aussi ? Arrête ta complainte de l'orphelin deux minutes. Tu me gaves.

 — Sérieusement, Tayu.

Son insistance l'accula enfin. Elle sembla rassembler ses pensées, chercher quoi répondre pour l'envoyer bouler, puis ce fut finalement autre chose qui sortit de sa bouche :

 — Sérieusement, j'viens du ventre d'une fille de seize ans qui a essayé de tuer son fœtus à coups de poings. Et tu voudrais que j'appelle ça pour lui raconter mes vacances ?

Elle n'avait même pas crié, elle ne s'était même pas énervée, et pourtant la phrase percuta Kiba avec plus d'impact que toutes celles qu'elle lui avait déjà jetées à la figure. Comme il restait planté là comme un imbécile, elle le contourna et retourna au rangement des coffres sans rien ajouter.

Ino le tira de son immobilité en l'appelant en renfort pour la préparation du dîner et il s'ébroua, mais il eut beau s'impliquer dans sa tâche, quelque chose de froid coulait en lui et l'empêchait de se concentrer.

Je viens du ventre d'une fille de seize ans qui a essayé de tuer son fœtus à coups de poings. Est-ce que c'était vrai ? Il devait absolument savoir si c'était vrai. Et si c'était vrai ?

Il n'aurait su dire pourquoi c'était cette phrase parmi toutes les autres qui avait fait mouche. Peut-être parce que c'était la seule qui dévoilait la silhouette d'un passé dont il ignorait tout. Jusqu'à présent, il s'était contenté de la provoquer pour observer ses réactions, amusé et attiré par cette fille imprévisible qu'il n'arrivait pas à cerner. Mais désormais… Désormais, il aurait aimé qu'elle ne lui soit plus étrangère.

 — Kiba ? dit la voix lointaine d'Ino. Si tu continues à t'acharner sur cette patate, il n'en restera bientôt plus rien.

Il baissa les yeux vers le tubercule et le posa pour en prendre un autre. Ino lui jeta un coup d'œil intrigué mais il n'y fit pas attention. En fait, se dit-il en reprenant le fil de ses pensées, ce qu'il désirait maintenant par rapport à Tayuya, c'était arriver à écarter cette écorce dure et rugueuse qu'elle dressait entre elle et le reste du monde pour enfin comprendre de quoi était faite cette lueur suffocante qui habitait ses yeux sombres et qu'il avait remarquée dès l'instant de leur première rencontre.

 — Kiba, celle-ci est déjà épluchée…

Il jeta un œil à la pomme de terre qu'il avait dans la main. Il se demanda comment Tayuya se comportait, chez elle ou au lycée. Existait-il quelqu'un avec qui elle souriait vraiment, pas de ce sourire insupportable de sphinx, à la fois narquois et méprisant ? Existait-il quelqu'un avec qui elle riait ? Pour une raison incernable, il était incapable d'imaginer que ce fût le cas.

 — C'est mon téléphone portable, ça, Kiba, soupira Ino en lui retirant l'appareil des mains. Et il ne va pas aimer la lame de ton épluche-légumes.

C'était terminé, se dit Kiba. Il ne voulait plus la regarder sans la voir.

 — Ino, désolé mais je vais te lâcher, déclara-t-il en se levant soudain. J'ai un truc à faire.

 — Vas-y, de toute façon tu aurais fini par te couper un doigt à force de penser à autre chose…

Il lui donna une tape sur l'épaule et s'extirpa hors du coin cuisine. 

 

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