Ne pas suivre ce lien !

Fanfic Fr

Publiez et gérez vos fanfics en ligne

 Créer un compte | S'identifier.

Sommaire

Version mobile



Accueil


FANFICTIONS


Lecture


Entre Vous


Édition


Internet & Liens



Derniers Blogs Modifiés


Derniers liens


Appels à Textes

Consulter tous les AT
  • Permanent et athématique
    Club Présences d'Esprits
    Nb de signes : < 50 000 sec
    Genre : fantasy - fantastique - science-fiction - imaginaire
    Délai de soumission : 06/11/2020
  • Summer Party
    Éditions Plumes de Marmotte
    Nb de signes : 240 000 - 360 000 sec
    Genre : romance contemporaine
    Délai de soumission : 31/01/2020
  • Crappy Princesses
    Nutty Sheep
    Nb de signes : < 15 000 sec
    Genre : fantasy - fantastique - science-fiction - humour
    Délai de soumission : 01/02/2020
  • L’horizon perpétuel
    Flatland éditeur
    Nb de signes : 15 000 - 150 000 sec
    Genre : libre
    Délai de soumission : 31/03/2020
  • Les créatures de l'espace
    L'Imagin'arium et Livresque
    Nb de signes : < 10 000 sec
    Genre : science-fiction
    Délai de soumission : 21/12/2019
  • La revue Ornata n°7
    Eurydema Ornata Éditions
    Nb de signes : < 3 000 sec
    Genre : libre
    Délai de soumission : 07/12/2019
  • Pôle emploi
    Réticule
    Nb de signes : < 21 000 sec
    Genre : libre
    Délai de soumission : 06/12/2019
  • Carnets de voyages
    l'Aquilon Editions
    Nb de signes : > 20 000 sec
    Genre : récit de vie - témoignage
    Délai de soumission : 15/11/2019
  • Les meutes
    animal DEBOUT
    Nb de signes : 6 000 - 25 000 sec
    Genre : libre
    Délai de soumission : 31/01/2020
  • Demain
    Revue de La Grenouille à Grande Bouche
    Nb de signes : 4 500 - 7 500 sec
    Genre : libre
    Délai de soumission : 14/10/2019

Studio Infinite

  • ATELIER D’ÉCRITURE : écrire le côté obscur au Comics Corner (10 PLACES) [ Le 01/12/2019]
    Participez à un atelier d'écriture créative au Comics Corner dimanche 1er décembre 2019 pour créer votre personnage avec notre studio infinite !
  •  [ Le Atelier d’écriture : écrire de l’imaginaire à la librairie Le Nuage Vert (COMPLET)]
    Venez écrire sur l'univers de votre roman et échangez avec d'autres auteurs de littératures de l'imaginaire mardi 15 octobre à la librairie Le Nuage Vert avec Caroline Viphakone-Lamache du studio infinite !

Publicité


Publicité

Votre campagne ici

Accueil des Fanfics Liste par Auteurs/Date Recherche Coup de cœur Hasard...

Animes-Mangas

 > 

Naruto

 [Grimoire Konoha Gaiden Auteur: jainas Vue: 11199
[Publiée le: 2007-02-26]    [Mise à Jour: 2008-02-09]
13+  Signaler Général/Action-Aventure/Suspense Commentaires : 33
Description:
Mission prioritaire : ramener Sasuke. Mission 2 : survivre à la mission 1.
Il est des combats qui ne se gagnent pas kunai en main.
Ils peuvent ramener Sasuke de force. Mais peuvent-ils le faire revenir, alors que l'echo du tocsin résonne sur Konoha ?
Crédits:
Ni les personnages ni l'univers de Naruto ne m'appartiennent.
Si c'était le cas les méchants passeraient effectivement l'arme a gauche quand on leur enfonce un kunaï dans le ventre, et les fillers n'existeraient certainement pas. Ou du moins les personnages s'y commporteraient de manière IC et non comme des caricatures d'eux même.
<< ( Préc ) ( Suiv ) >>
  Commenter ce chapitre 

Le Foyer

[9813 mots]
Publié le: 2007-04-18Format imprimable  
Taille du Texte: (+) : (-)

Chapitre 8 : Le Foyer

 

 

Naruto s’éveilla la première fois avec un mal de tête mordant, qui voila de flou les bords de sa vision lorsqu’il parvint finalement à se convaincre de la nécessité d’ouvrir les yeux.

Il y avait au-dessus de lui un plafond blanc ainsi que probablement écaillé –les plafonds blancs au-dessus de vous quand vous repreniez douloureusement conscience étaient invariablement écaillés. Ce devait être une sorte de règle cosmique-  et Naruto s’était réveillé suffisamment de fois à l’hôpital pour savoir où il se trouvait. Il ignora les mouvements vagues dans sa vision périphérique et referma les yeux, accueillant avec soulagement l’obscurité réparatrice.

 

La seconde fois, ce fut la fraîcheur d’un linge contre la chaleur de son front qui le tira de son sommeil. Il garda les yeux clos un instant, le temps de savourer la sensation qui repoussait l’étau enserrant son crâne.

Puis tout lui revint, et il s’assit brutalement sur son lit, chassant dans le mouvement le linge ainsi que la main qui le tenait, et ouvrit les yeux.

L’éblouissement brutal et l’augmentation significative du martèlement entre ses tempes lui firent immédiatement regretter cette option. Mais pas suffisamment pour qu’il referme tout à fait les yeux.

 

Sakura déposa le gant de toilette sur le bord de la bassine, et avant qu’il ait eu le temps d’esquisser le moindre son un mince faisceau lumineux était braqué dans un œil, puis dans l’autre.

Il avait à peine marmonné un râle indistinct que la lumière avait disparue et qu’à la place une main gantée de blanc s’agitait devant ses yeux.

« Combien de doigts ? »

« Qu- quatre, Sakura, mais… »

« Bien, donnes moi la date, ton nom et le nom du Kage du pays du Vent.»

 « Saku -»

« Après. Réponds-moi s’il te plait. »

 

Il connaissait suffisamment Sakura pour savoir qu’obtempérer était la seule option viable, aussi répondit-il docilement, de même qu’il fit “haa… ” lorsqu’elle décida qu’il était judicieux d’examiner sa bouche, et se plia sans protester aux différents tests de motricité qu’elle lui imposa.

À vrai dire, la migraine plongeait tout dans un brouillard de sons et de couleurs un peu indistincts qu’il n’était pas certain de vouloir quitter. La tâche vive des cheveux de Sakura ravivait la douleur rémanente dans son esprit, et il se força à simplement obéir, sans chercher à réfléchir ni analyser.

Il avait les yeux mi-clos lorsque Sakura acheva de gribouiller quelque chose sur le papier qu’elle remplissait depuis qu’il s’était réveillé, et il fut pris par surprise lorsqu’elle se pencha vers lui pour le serrer dans ses bras.

« Je suis contente que tu ailles bien Naruto. »

Avec un spasme instinctif il la repoussa et battit en retraite vers le bord opposé de son lit, ne devant qu’au garde fou métallique levé de ce côté là de ne pas passer par dessus bord. 

Sakura esquissa un geste pour le retenir, puis ramena promptement sa main, l’air perdu.

« Naruto ? Je… Je suis désolée. Qu’est-ce qui ne va pas ? J’ai fais quelque chose ? »

 

Il ouvrit la bouche pour répondre, et découvrit dans le processus que sa gorge était incroyablement sèche.

« Non… Je… Désolé, tu m’as surpris, » croassa-t-il.

Elle lui jeta un bref coup d’œil et se mordit la lèvre, puis sembla prendre une décision.

Avec une lenteur calculée, elle attrapa la carafe sur la table et versa un verre d’eau qu’elle lui tendit d’un geste prudent.

« Tiens. Je vais aller prévenir les infirmières et Shizune que tu es réveillé, d’accord ? Je reviens tout de suite. »

 

-

 

Elle revint effectivement une poignée de minutes plus tard, en compagnie de Shizune qui consulta attentivement ce que la jeune médic avait écrit, puis le toisa de haut en bas avant de sourire doucement, et de sortir un paquet de pilules d’une de ses longues manches. Elle en détacha trois et les déposa dans la paume de Naruto.

« Pour ta tête. »

Puis son expression s’assombrit, et elle s’adressa à la jeune médic.

- Je suis occupée pour le moment, je viendrais faire les tests complémentaires plus tard. Naruto, je vais prévenir Tsunade-sama que tu es réveillé et que tu vas bien. Elle viendra sans doute te parler quand elle aura fini. Sakura, tu pourrais rester avec lui en attendant ? Mais laisse le se reposer. »

L’expression discrètement scandalisée de Sakura indiqua clairement qu’elle avait bien compté monter la garde auprès de son équipier, mais Shizune l’ignora.

Avec un sourire un peu triste elle ébouriffa les cheveux de Naruto.

«Je suis contente de te revoir parmi nous. N’en fait pas trop si tu ne veux pas que je sois obligée de t’attacher à ton lit comme les fois précédentes. Oh, et Sakura, j’avertirais l’anbu de garde que Naruto est réveillé, pas la peine de te déranger. C’est sur mon chemin de toute manière.»

Puis elle passa de nouveau la porte, laissant Naruto et Sakura seuls dans la pièce.

 

-

 

Le silence dura longtemps avant que Naruto ne se risque à le briser. Sakura avait pris une chaise et était assise au pied du lit, cherchant visiblement quelque chose à dire et ne sachant par où commencer.

« A- Alors ? Que s’est-il passé ? »

Le regard de Sakura croisa le sien, et elle haussa les épaules.

« De quoi te souviens-tu ? »

Naruto hésita un instant, et passa distraitement sa langue sur ses lèvres desséchées.

« De… Du combat dans la neige, à Mailhoe. Il y avait ceux du Son, et… et il y avait Sa-Sasuke. On s’est battu. »

« Et après ? »

« Je… me souviens mal. Je… Il y avait… l’Akatsuki ? Oui, l’Akatsuki, et Itachi… » Il tressaillit, et une trace de douleur passa dans les yeux bleus étrangement assombris. « Et j’ai laissé sortir le Kyuubi, n’est-ce pas ? Et maintenant on est de retour à Konoha… » Il ne la regardait même pas, les yeux étaient fixés sur un pli du drap qu’il malmenait entre ses doigts. Sa voix était rauque et vacillante d’avoir trop crié puis de n’avoir pas servie pendant plus d’une semaine. « Ça veut dire… que Sasuke… »

« Itachi Uchiha t’as soumis au Tsuyokomi Naruto. Tu es resté dans le coma près d’une semaine. Quand à Sasuke… S’il te plait Naruto, promets-moi d’écouter tout ce que je vais te dire jusqu’au bout avant de t’emballer… »

Cette fois Naruto releva la tête, et son regard croisa celui de la jeune femme. Il déglutit.

« D’accord. Je promet. »

 

« On a ramené Sasuke Naruto. On ne sait pas exactement ce qui s’est passé, mais après que tu ais été plongé

dans le Tsukoyomi, Sasuke est parvenu à blesser son frère, mais se faisant il a intercepté une attaque qui t’était destinée… » Avant que Naruto n’ai fini d’ouvrir la bouche elle leva la main pour le faire taire. « Nous ne sommes arrivés qu’après, on ne sait pas s’il… s’il l’a fait exprès ou pas. »

Naruto écouta en silence Sakura résumer pour lui la fin du combat. En fait non. Il entendait, mais la signification des paroles ne le pénétrait pas vraiment. 

Sasuke.

Ils avaient ramené Sasuke.

Et Dieu que ça faisait mal. Il n’avait jamais imaginé que le moment venu le nœud permanent qui occupait sa poitrine depuis trois ans se desserrerait en laissant un tel vide et une telle peur.

 

« Ou… où est-il ? »

« Naruto, laisses moi finir, tu as promis… Sasuke… s’est réveillé il y a une poignée d’heures. Sa chambre est à l’autre bout du couloir, mais je n’ai pas pu avoir l’autorisation d’aller le voi-… »

Naruto était à demi sortit du lit quand elle attrapa son poignet droit au vol, et l’immobilisa avec plus de force que son état médical ne l’autorisait probablement. 

« ECOUTES MOI ! Je… excuses moi Naruto. » Elle fit face bravement. « Tu ne pourras pas aller le voir maintenant. Même si le Gardien te laissait entrer dans sa chambre, il n’y est pas pour le moment. Son visage normalement expressif était inhabituellement impassible. «  L’Hokage a décrété que son état était suffisamment stable, et… et Ibikki-sama et elle sont en train de l’interroger. »

« Je… Oh. » Naruto absorba l’information avec une contraction infime des muscles du dos, comme s’il venait de l’encaisser physiquement. « ‘Interroger’, comme dans Section Torture & Interrogation ? »

« Peut-être. Tsu… Tsunade-sama a dit que ça dépendrait de sa coopération. » Sakura pressa une main contre son front, et ses épaules se courbèrent. « Je l’ai suppliée, mais… »

 

Naruto se laissa aller en arrière contre l’oreiller que Sakura avait redressé, et ferma à demi les yeux.

« Je comprend. »

« Quoi ? Comment peux-tu dire ça ? »

« C’est… normal. Il a déserté, et il sait probablement des choses sur le Son. La vieille gargouille est Hokage, c’est sa… responsabilité de  faire passer le village avant tout. »

Sakura le regarda en silence. L’étonnement et une inquiétude aigue étaient visibles sur son visage.

« Vraiment ? Je… Je ne pensais pas que tu réagirais comme ça, Naruto. »

« Ah ? » Naruto ferma les yeux, puis les rouvrit et tourna la tête jusqu’à ce que Sakura soit dans son champ de vision. Le Tsukoyomi ne laissait pas de séquelle physique à ceux dont l’esprit lui survivait, mais le contrecoup était encore visible sur le visage tiré du jeune homme. « Moi non plus. Je ne pensais pas que je réagirais comme ça. »

« … »

«  Je suis fatigué. »

 

« Naruto ? »

« … Oui ? »

« Tu… te souviens du Tsukoyomi ? »

Le jeune homme expira doucement, et détourna le regard.

« Je n’ai pas envi d’en parler. »

« Naruto… »

« S’il te plait Sakura… pas maintenant. »

« Bien. »

Sakura se pencha au-dessus de lui et passa une main fraîche sur son front.

- Reposes-toi Naruto. Je ne serais pas loin. On en parlera une autre fois. »

Son pas léger s’éloigna, et s’arrêta à ce qui devait être le seuil.

- Naruto… Je voulais juste que tu saches… Tu es mon ami, et je ne te laisserais jamais tomber, ni à cause… ni à cause du Kyuubi, ni de quoi que ce soit d’autre. Tu le sais n’est-ce pas ? Et si on a réussi à ramener Sasuke… C’est grâce à toi. Merci. » 

 

---

 

Tout était blanc. Les nuages plâtreux bouchaient le ciel, baignant le paysage dans une luminosité grisâtre uniquement rompue à intervalles irréguliers par les formes découpées des arbres ou la masse sombre d’un rocher affleurant. A chaque expiration la vapeur s’échappaient de leurs lèvres en un nuage chaud qui venait presque immédiatement se cristalliser sur le rebord de leur col. Le tissu noir était raide et gelé, couvert d’une gangue de glace blanche.

 

« Je crois que je hais le Boss, » soupira Kisame en faisant jouer des doigts dans ses mitaines. Il jeta un coup d’œil à la ronde, et soupira de nouveau. « Ok, c’est un plan d’une rouerie digne de lui, mais il n’aurait pas pu envoyer quelqu’un d’autre ? À ce niveau-là ça tient de l’erreur d’affectation… »

À sa droite Itachi lui jeta un bref coup d’œil, avant de poursuivre sa marche vers le village frontalier du pays de l’Eau qu’ils apercevaient par intermittence entre les pins blanchis par la neige.

« Kisame, tais-toi. »

Le déserteur de la Brume l’ignora et découvrit des dents acérées.

« Ce n’est pas la peine de jouer à ça Itachi, je sais que tu as aussi froid que moi. Merde quoi, mon truc c’est l’eau et le vent, pas cette putain de neige !»

Itachi ravala un commentaire acerbe et se contenta de se concentrer sur leur but. Le village aurait une auberge dans laquelle ils pourraient s’abriter quelques jours, et avec un peu de chance Kisame se tairait dès qu’ils seraient au chaud.

L’ex-ninja de la Brume n’était pas habituellement aussi loquace ni râleur, mais Itachi avait découvert au cours des années que lorsqu’il était particulièrement énervé il avait parfois besoin de pester à voix haute. C’était de l’avis d’Itachi un comportement particulièrement puéril, mais étant donné qu’il aurait pu se retrouver affecté avec –au hasard- Deidara ou Hidan, ce n’était tout considéré pas si terrible que ça. Quand il n’était pas lui-même de mauvaise humeur, il faisait la plupart du temps l’effort d’endurer stoïquement les plaintes de son partenaire.

« Je sais pas moi, il aurait pu envoyer Hidan, je suis sure que ce taré adorerait attraper des engelures, ou crever un coup de froid. Ça le ferait probablement bander… -ce mec est malsain. »

Itachi s’abstint de faire remarque que venant d’un déserteur dont la plus proche compagne et la possession la plus précieuse était une épée géante en dents de requin, c’était un peu ironique. Mais il était vrai que même selon ses propres critères en la matière, -qui étaient pourtant exceptionnellement élevés puisqu’il se considérait lui même comme décemment sain d’esprit-, Hidan était quelqu’un de particulièrement déséquilibré.

« Ou même… je sais pas moi, Deidara, il trouverait toute cette neige blanche super artistique, j’en suis certain… il ne se tiendrait plus… Et je suis sur que ce grippe-sous de Kakuzu trouverait un moyen de la vendre  à quelqu’un…»

« Kisame… »

« Ok, ok. »

 

Le village n’était plus très loin à présent, et Itachi s’autorisa un soupir de soulagement intérieur. Le détour pour rejoindre le pays de l’Eau s’était avéré plus éprouvant que ce qu’il avait prévu… Ils auraient évidemment pu s’abriter plus près, mais les Akatsuki n’étaient pas précisément persona grata au pays du Riz, et maintenant qu’Orochimaru venait de voir son frère lui glisser entre les doigts, ils le seraient probablement encore moins. Le sannin avait toujours eu la rancune tenace et une persévérance à toute épreuve, ainsi qu’un syndrome aigu de mauvais perdant.

Le problème était qu’il savait exactement ce qu’ils voulaient, et que depuis qu’il n’était plus avec eux, il était naturellement passé dans le camp des ennemis. Et leur mettait autant de bâtons qu’il le pouvait dans les roues.

De l’humble avis d’Itachi, le Boss ne se méfiait pas assez d’Orochimaru.

 

L’homme était un combattant redoutable, mais plus que ses capacités martiales, c’était de son intelligence et de sa capacité hors norme avec les mots dont Itachi se défiait. Après tout il était parvenu à convaincre le Daiymo du pays du Riz de le laisser installer le village caché du Son sur ses terres, de le financer, et de couvrir sa vendetta personnelle contre Konoha le tout en échange de sa loyauté -quelle blague, les Dayimos étaient vraiment d’une naïveté atterrante... Sans compter qu’il était celui qui avait abattu seul le Quatrième Kazekage de Suna et le Troisième Hokage de Konoha, même s’il y avait laissé des plumes. Et plus important –ou impardonnable- aux yeux d’Itachi, il avait détourné son petit frère.

En silence il fit jouer sa main blessée, goûtant la douleur familière. Malgré les soins de fortune qu’il s’était administré il souffrait d’une légère fièvre, et l’arrêt à l’auberge serait s’occasion appréciable de nettoyer la plaie en profondeur à l’eau chaude et de changer les bandages.

Pour la première fois depuis longtemps il était perplexe.

 

Il avait été a la fois satisfait et déçu d’apprendre que Sasuke avait déserté Konoha pour s’offrir à Orochimaru.

Satisfait parce que son frère avait finalement compris qu’il ne pouvait progresser qu’en se débarrassant du carcan restrictif que le village ne pouvait manquer d’imposer à sa force et à sa haine.

Déçu parce que bien qu’Orochimaru soit probablement un excellent professeur sous la cruelle tutelle duquel les capacités de Sasuke ne pourrait manquer de se développer, ce dernier n’avait visiblement pas compris. Il haïssait avec l’intensité du premier jour, une douleur totale et brouillonne, au lieu de convertir la haine en acier froid et acéré au fond de son cœur.

Et se livrer entre les mains d’Orochimaru était vraiment faire preuve d’un manque de vue à long terme… Entrer au service du Sannin n’était jamais gratuit. Aucune interaction avec le Sannin n’était jamais gratuite, Itachi lui-même l’avait suffisamment côtoyé pour le savoir, et ce même si Orochimaru le craignait.

Il avait fait un cadeau inestimable à Sasuke en le débarrassant de l’assujettissement du Clan, mais ce dernier ne le comprenait pas. Itachi s’était attendu à la haine, l’avait volontairement attisée, sachant qu’elle permettrait à Sasuke de mettre à jour son immense potentiel.

Mais non, son frère ne comprenait pas, il avait échoué en ne parvenant pas à apprivoiser sa haine. Malgré ses énormes progrès il restait encore pathétiquement faible.

 

Itachi referma sa main, et la contempla pensivement. Il était faible.

Et pourtant…

Pourtant dans les dernières flammes d’énergie attisée par sa colère –il avait visiblement été bien au delà de ses limites- il avait réussit à le toucher.

Pire, il aurait même probablement faire plus de dégâts encore s’il n’avait pas visé sa main.

Il avait protégé le jinchuriki ?

Itachi ne comprenait pas.

 

Il laissa Kisame passer devant lui, et suivit son équipier lorsque celui ci poussa la porte basse et pénétra dans l’auberge désertée.

Plongé dans ses pensées, Itachi laissa le déserteur de la Brume négocier une chambre, deux bains et deux repas chauds tandis qu’il examinait la salle principale avec automatisme, notant les issues, le nombre de personnes présentes, le comportement de la jeune femme discutant avec Kisame –comme cela se produisait la plupart du temps elle était un peu déstabilisée par l’apparence physique de son équipier, mais jetait des regard plutôt insistants dans sa direction. S’il voulait de la compagnie cette nuit il aurait à peine besoin d’ouvrir la bouche, et ça ne lui coûterait probablement rien… La manière dont les civils et plus particulièrement les femelles manquaient totalement d’instinct de conservation dans le choix de leurs partenaires sexuels laissait toujours vaguement atterré.

N’importe quel shinobi aurait à peine eu besoin d’un coup d’œil pour le mettre tout en haut de leur liste rouge de ‘Danger Immédiat’ –et éventuellement tenter leur chance en connaissance de cause s’ils étaient du genre aventureux. Mais les civiles étaient pathétiquement faibles, des chairs fragiles qu’il pouvait traverser d’une main s’il ne faisait pas attention à sa propre force. Et pourtant elles se jetaient au cou de n’importe quel ninja mâle un peu attractif ou mystérieux sans paraître percevoir quoi que ce soit, sans avoir la moindre idée des risques qu’elles prenaient.

Bon, c’était parfois utile. Mais pathétique malgré tout.

Et ce n’était pas pire que tous ces imbéciles qui pénétraient sans cesse votre espace vital avec un aveuglement inconscient et joyeux. Ces crétins avaient de la chance que la plupart des shinobis parviennent à juguler leur hyper-réactivité… S’il avait du supprimer par simple réflexe chaque personne ayant inconsciemment empiété sur son espace personnel, il aurait été un tueur de masse…

Pathétique, vraiment.

Avec indifférence il termina d’examiner les lieux. Même si quelqu’un ici en savait assez pour reconnaître les capes de l’Akatsuki, l’avant poste ninja le plus proche était à plusieurs heures de marches, et quand bien même, Kisame avait été frustré de son combat et accueillerait sans doute avec plaisir n’importe qui serait à même de lui faire un peu passer le temps en attendant la suite de la mission.

 

Ils pénétrèrent dans la chambre simple mais confortable dont la jeune fille leur avait donné la clé, et Itachi se débarrassa posément de sa cape avant l’incendier le bois entreposé dans la cheminée d’un katon parfaitement ajusté.

« Combien de temps avons nous ? »

Kisame était avachi en travers de l’un des deux lits, l’air soudainement beaucoup plus satisfait de son existence. La perspective d’un bain chaud lui faisait toujours cet effet là. C’était triste à dire, mais le ninja déserteur se serait probablement prostitué pour une bassine d’eau chaude.

Itachi réfléchit un instant tout en se débarrassant posément de ses guêtres raidies par la glace.

« Une  journée et demi je pense. Il faut prendre en compte le temps nécessaire pour le retour, et le Boss a bien précisé qu’il fallait laisser le temps à l’information d’arriver à Konoha avant d’agir de nouveau. »

Kisame croisa ses bras derrière sa tête.

« Haa… Je dois avouer que le commanditaire est un sacré tordu… »

Itachi fit quelques pas pieds nus, et se rapprocha du feu jusqu’à ce que la lumière jaune jette des ombres nettement découpées sur son visage impassible. Il ferma les yeux, appréciant la chaleur, et passa machinalement la main sur le collier qui reposait contre la naissance de sa gorge. C’était la seule chose qu’il ait conservé de Konoha, le cadeau de Shuishi pour sa nomination au rang de jounin.

Il ne ressentait pas grand chose envers son village d’origine, mais s’il respectait la duplicité et l’audace de leur commanditaire il ne pouvait s’empêcher d’éprouver une vague inimité pour l’homme. C’était assez illogique, et Itachi ne tenait pas en haute estime les choses échappant à la logique. Froidement il se demanda quel serait le sort réservé à Sasuke lorsque leur… partenaire aurait obtenu ce qu’il voulait.

Puis, plus narquoisement, il se demanda quelle serait la réaction de l’homme lorsqu’il apprendrait que c’était lui en personne qui avait mené la mission, sachant la sainte aversion qu’il avait des déserteurs, surtout de son propre village d’ailleurs. L’ironie de la chose ne lui échappait pas, et il eut un sourire intérieur teinté de glace.

 

 

Les trois coups discrètement frappés à la porte ne le surprirent pas le moins du monde, et il continua à fixer le feu lorsque la servante s’inclina et murmura que les bains étaient prêts s’ils voulaient bien se donner la peine.

« Si vous avez besoin de quoique ce soit d’autre n’hésitez pas à faire appel à moi », ajouta-t-elle, et Itachi sentit son regard s’attarder une fraction de trop sur son dos.

« J’y vais, » annonça Kisame d’un air ravi en prenant sous son bras le yukata étendu sur le lit et en chargeant la Shamehada sur son épaule –tsss. « Si tu ne te dépêches pas l’eau va être froide. »

En silence Itachi se détourna du feu, et après avoir récupéré son propre yukata et glissé ses pieds dans les sandales défraîchies fournies par l’auberge, il referma doucement la porte derrière lui.

 

---

 

Sai s’immobilisa près de la porte, et attendit. Danzou-sama savait qu’il était là, et le ferait entrer lorsqu’il le jugerait bon.

En attendant il se plongea dans la contemplation du paravent peint qu’il pouvait apercevoir depuis sa position. L’objet était nouveau, et d’une perfection technique à couper le souffle, un paysage lacustre dans les tons de bruns et d’ocre, habité par de minuscules oiseaux blanc, et un héron qui semblait prêt à quitter le panneau. Le raffinement dans les dégradés lui faisait penser aux travaux du peintre Yuutaro du pays des Vagues, sauf que ces couleurs bistres n’appartenaient pas à la palette habituelle de l’artiste. C’était des plus intrigant…

Il savait que Danzou-sama ne s’intéressait pas spécialement à l’art et à la beauté des choses. Il n’avait du faire l’acquisition du paravent que pour des raisons sociales, comme preuve de son raffinement et de son pouvoir… Et pour ce faire il n’avait certainement pas lésiné sur le prix.

Dans ce cas se pouvait-il que ce soit un véritable Yuutaro ?

Sai sentit une excitation assez peu caractéristique l’envahir, et il du se faire violence pour ne pas s’approcher et examiner le paravent sous toutes les coutures. Ce n’était pas vraiment le genre de comportement que l’on attendait de l’anbu qu’il était. Il poserait la question à Danzou-sama une fois qu’il aurait fait son rapport.

 

Il n’était pas certain que l’homme serait heureux des nouvelles qu’il rapportait. Les choses que Danzou-sama avait désirées s’étaient certes produites exactement comme prévu, mais il y avait aussi eu une surprise de taille en la personne de Sasuke Uchiha et l’intervention de Son.

Les ninjas n’aimaient pas vraiment les surprises.

 

Et même si ce bouleversement important n’avait pas entravé le reste de sa mission, il semblait à Sai qu’il ne plairait pas à Danzou-sama. Et lui même avait fait une erreur durant le combat à Mailhoe, et à présent le Ninja Copieur lui ferait moins confiance que jamais.

Non pas qu’il lui ai réellement fait confiance avant, mais désormais Sai savait que ses mouvement seraient observés de plus près encore qu’ils ne l’avaient été. A moins d’une confrontation ouverte il ne pourrait plus faire grand chose, et-… Non. Danzou-sama ne serait probablement pas satisfait par la tournure des évènements.

 

Le murmure de conversations qui provenait de l’étude de Danzou-sama s’interrompit, et la porte s’ouvrit sur son maître escortant un notable du village. Depuis son poste à l’entrée de l’antichambre Sai se raidit, et salua quand l’homme passa devant lui. A sa démarche énergique et aux tissages de son pardessus qui formaient la silhouette d’un oiseau d’or, Sai reconnu Jigishi-san, le fils aîné commerçant opulent très proche de la cour du Dayimo du pays du Feu. Il avait été chargé de le surveiller son père –à présent fort âgé- durant une poignée de semaines il y avait quelques années de cela, alors que Danzou-sama venait tout juste de le prendre à son service.

Danzou-sama raccompagna l’homme à la porte ou ils échangèrent encore quelques mots que Sai ne chercha pas à saisir.

Lorsqu’il revint vers lui, son langage corporel avait changé du tout au tout. Ce n’était plus le sourire mondain et le dos très légèrement voûté tandis qu’il s’appuyait sur sa canne, mais une expression de commandement, et une raideur dans la posture qui indiquaient qu’il avait toute son attention.

« Sai. Te voilà revenu bien tôt… »

 

Il s’inclina de nouveau, et hocha la tête.

« Il y a eu des incidents qui ont nécessité notre retour, Danzou-sama, » expliqua t-il au profit des éventuelles oreilles indiscrètes tout en suivant son maître dans l’étude.

Une fois la porte refermée, Danzou-sama plaça un sceau tracé sur une note en papier à cheval sur le cadre et le battant, et articula posément trois signes. Au premier l’encre du sceau étincela, au second deux fines lignes jaillirent de part et d’autre pour faire le tour de la pièce, et au dernier les sceaux relais placés à intervalle régulier sur les murs s’illuminèrent à leur tour. La ligne d’encre rayonna brièvement avant de se stabiliser et retrouva son immobilité.

Le vieil homme se tourna, et alla s’installer dans le fauteuil derrière son bureau tandis que Sai restait immobile face à lui.

« Bien, nous voilà tranquille. Tout s’est-il bien passé ? »

 

-

 

« Je vois. »

Il ne s’était pas trompé, réalisa-t-il avec une petite pointe de satisfaction devant l’acuité de son raisonnement. Danzou-sama le cachait bien, mais il n’était pas vraiment satisfait. Il était rare qu’il parvienne à prévoir les réactions d’autres êtres humains dans des conditions qui n’impliquaient pas de les tuer ou de les faire bouillir de rage avec le moins de mots possible.

 « Tu dis que le Copieur soupçonne que cette attaque que tu as lancé dans la tempête lui était destinée, et non un hasard malheureux… »

« Oui. Il m’a confronté avant que nous quittions Mailhoe. Il n’a aucune certitude, mais à partir de maintenant mon champ d’action va être encore plus restreint. » Il inclina la tête d’un mouvement infime et fixa le tapis. « Pardonnez-moi pour mon échec.»

« Hum… C’est fâcheux. » Le regard d’aigle ne le lâchait pas. « C’était également fort maladroit de ta part Sai, je suis déçu. Je pensais t’avoir enseigné mieux que ça : ne commence rien que tu ne puisses finir… »

« Je l’aurais achevé si je l’avais pu, Danzou-sama. La tempête était une bonne couverture mais Hitomochi-san s’est révélée très difficile à semer, et j’ai dû me concentrer contre l’un des jounin du Son. »

Il se demanda si ses excuses semblaient aussi futiles aux oreilles de son maître qu’aux siennes. Probablement oui, s’il pouvait se fier à l’expression à la fois songeuse et perçante qui marquait le visage de Danzou visible sous les bandages.

Le vieil homme croisa son bras unique sur sa poitrine maigre et balaya lentement la pièce du regard, examinant les étagères couvertes de rouleau, le rouleau de calligraphie pendu à un mur et le râtelier sur lequel reposaient trois katanas anciens, aux poignées usées par l’usage. Finalement son regard s’arrêta une nouvelle fois sur Sai, et le jeune homme ne pu retenir un sourire automatique en réponse à l’intensité de l’observation.

 « J’aurais dû le savoir, tu n’es pas fait pour les missions d’infiltration. Que tu mentes ou non tu as le chic pour te rendre antipathique et suspect…. » Il eut un sourire mordant. « Mais c’est aussi pour ça que j’ai pensé que ça aurait pu marcher… Personne n’aurait pu croire que j’ai été assez stupide pour utiliser un si piètre espion… »

Sai inclina la tête sans se départir de son sourire, acceptant les réprimandes de bonne grâce. Il avait donc échoué aux yeux de son maître. Il n’était pas vraiment surpris, mais vaguement déçu par lui-même. Il avait pourtant fait de son mieux.

« Mais au final que tu ais réussi ou non la mission secondaire que je t’avais confiée n’est pas bien grave. La mort du Copieur aurait été un atout non négligeable, étant donné ses relations avec le gosse Uzumaki et Jiraya-sama, mais la nouvelle donne est intéressante également.. L’important est que la position de la Princesse aux limaces soit déstabilisée. Même en tant qu’Hokage elle ne peut pas braver le Conseil indéfiniment après tout… Tant pis pour le Copieur, à partir de maintenant je veux que tu fasses profil bas... Tu n’arriveras plus à le prendre par surprise à présent, et sans cela tu n’as aucune chance de l’abattre discrètement.…De plus toute tentative d’ingérence maintenant risque de fragiliser ma position quand le moment sera venu. »

Sai hocha la tête docilement. Il ferait tel qu’on le lui ordonnait.

« Seigneur Danzou, puis-je vous poser une question ? » L’interrogation tournait dans sa tête depuis cette nuit sans fin dans le blanc de Mailhoe… « Je comprend que le Sharingan Kakashi est un partisan de Godaïme-sama, mais il est avant tout fidèle à Konoha non ? C’est… c’est un combattant formidable, et sa mort ne serait qu’un gâchis pour le village… Du moins c’est ce qu’il me semble. »

Il su que les paroles étaient une erreur avant qu’elles aient fini de franchir ses lèvres. La réponse à cette question coulait de source, il était censé le savoir, et il n’était en aucun cas sensé questionner les plans de son maître. Il outrepassait gravement ses prérogatives, s’il se fiait au regard du vieil homme…

Il n’aurait aucune hésitation à tenter de tuer le ninja au sharingan si c’était ce qu’on lui ordonnait, sa question était purement d’ordre… pratique. En tant que ninja de Konoha la perte de ressources de valeur le perturbait d’un simple point de vue stratégique. Mais ce n’était visiblement pas ce à quoi Danzou-sama pensait quand il se renfonça silencieusement dans son fauteuil.

 

« Tu doutes de mes ordres Sai ? »

Le sourire de Sai se figea sur son visage. Bien sur que non qu’il ne doutait pas les ordres. C’était les ordres de Danzou-sama, il les exécuterait les yeux fermés si c’était ce que son maître souhaitait… Il obéissait aux ordres comme le bon ninja qu’il était, sans sentiment ni lien. Comment aurait-il pu douter ?

« Jamais Danzou-sama. Je m’efforce simplement de comprendre votre volonté pour vous servir au mieux, et je me posais la question… »

« Je l’espère Sai. J’ose espérer que je t’ai suffisamment bien formé pour cela… »

« Pardonnez ma curiosité maître, elle était déplacée… » Autant sans doute que l’étrange fascination qu’il éprouvait en observant l’acharnement désespéré que Naruto investissait pour retrouver et garder un traître. C’était un acte d’une inanité profonde, et pourtant il ne pouvait s’empêcher d’examiner l’obstination du blond avec une curiosité vaguement perplexe, comme s’il y avait là quelque chose qu’il n’arrivait pas à voir.

Danzou-sama hocha la tête, le visage sévère.

« Je vais te répondre quand même Sai. Nous servons tous le village. Mais la Godaïme ne fait que l’affaiblir, comme le Sandaïme avant elle… Le Quatrième nous a laissé une arme formidable en scellant le Kyuubi, et regarde ce qu’ils en on fait. Ils l’ont gâché, sa puissance est inutilisable, il est trop incontrôlable, tu l’as vu toi même… » Sa voix montait au fur et à mesure qu’il parlait. « Hatake est exactement pareil… C’est peut-être un bon ninja, mais quand il s’agira d’agir pour le bien du village il se dressera contre nous, sans comprendre les enjeux, sans voir que nous nous battons pour l’intégrité de Konoha, sa force. Il risque de se révéler un obstacle un jour ou l’autre… C’est inévitable et c’est pour cela que sa mort aurait été utile. » Il soupira et lissa distraitement le tissu de sa tunique. « Enfin nous verrons. L’attaque de l’Akatsuki et le retour de l’Uchiha vont sans doute beaucoup leur donner à penser… »

Il feuilleta quelques parchemins avant de relever les yeux vers le jeune homme brun qui était toujours immobile de l’autre côté du bureau et agita une main.

« Rompez… »

L’anbu s’inclina, et disparu en silence.

 

Ce n’est que lorsqu’il fut déjà loin de chez son maître, en équilibre sur le faîte glissant d’un toit qua Sai réalisa qu’il avait oublié de s’enquérir de la provenance du paravent.

 

---

 

Lorsque Tsunade avait émergé de la chambre de Sasuke, Ibikki sur les talons, elle avait toute sa prestance habituelle, et son sourire était aussi froid que posé.

Il ne les avait pas vu passer dans le couloir, aussi déduisit-il qu’ils avaient dû se téléporter directement dans la chambre. L’Hokage avait les moyens de court-circuiter les jutsus de sécurité, et la T.I préférait la plupart du temps ne pas balader les… prisonniers  sous sa juridiction au vu et au sus de tous. Et puis bon, les traînées de sang par terre faisaient désordre.

 

Sakura n’avait pas réussi à lui faire abandonner l’idée de camper dans le couloir en attendant le retour de la Godaïme –chose qu’elle avait été prête à faire seule-, aussi était-elle affalée à ses côtés le long du mur lorsque la porte s’ouvrit.

Naruto avait été un poil plus rapide à bondir sur ses deux pieds et à fondre sur l’Hokage, mais pour sa peine il n’avait reçu qu’une taloche sur le haut de la tête, et un « J’avais dit repos » exaspéré.

Puis, anticipant le flot roulant de question elle avait soupiré.

« Pas d’inquiétude, il est entier. »

« Il s’est montré étonnamment coopératif, » avait confirmé Morino immobile derrière elle. « Quoique inutilement sarcastique. »

Tsunade avait sans doute perçu l’expression de doute sur les visages des deux jeunes gens, car elle avait arrêté toute question soupçonneuse d’un geste de la main.

« J’ai dit qu’il était entier, pas qu’il était indemne. Mais ce n’est rien de radical ni de définitif. Il devrait être sur pied d’ici une journée ou deux au plus. Et avant que vous posiez la question, non, son statut n’a pas encore été déterminé, bien que je ne doute pas un instant que le conseil veuille sa peau. » Naruto avait ouvert la bouche pour protester. « Toutefois d’autres options sont envisageables. Les informations qu’il nous a donné sur le Son et les activités d’Orochimaru –elle avait prononcé le nom comme si elle venait de mordre dans un fruit particulièrement amer ou pourri- seront précieuses si elles sont vraies. Et maintenant du vent, j’ai à faire. Le retour de ce fichu gosse a généré une foule de paperasse supplémentaire, et les Anciens sont au bord de la crise d’apoplexie. »

« Hokage-sama ! »

« HE, vieille bique ! »

Tsunade avait pivoté sur ses talons pour faire de nouveau face tandis que Morino lançait un regard noir au genin blond.

« Naruto, respect ! » avait-elle aboyé, provoquant un mouvement de recul instinctif. « Vous pouvez le voir si vous le souhaitez. Un à la fois, un quart d’heure maximum et l’anbu reste. Ce n’est pas négociable. Et Naruto tu me feras le plaisir de rejoindre ton lit et de plus en bouger jusqu’à ce que j’ai ordonné le contraire, tu es toujours sous observation. »

 

-

 

Naruto passa sa langue sur ses lèvres sèches, et toqua deux fois à la porte avant d’enfoncer avec détermination ses mains au plus profond ses poches. Depuis sa position assise contre le mur, Sakura lui adressa un sourire d’encouragement quand l’anbu ouvrit et d’un mouvement infime de tête lui fit signe d’entrer.

Tandis que l’anbu au masque de reptile le fouillait avec une efficacité qui en disait long, Naruto se força à rester impassible, et à n’examiner ouvertement ni l’occupant du lit qui lui faisait face, ni même ses alentours immédiats. A la place il examina avec une ferveur tout à  fait inutile la pièce étroite.

Il n’y avait pas grand chose à examiner d’ailleurs… Quatre murs blancs, pas de fenêtre, un lit métallique et un tabouret  boulonnés au sol. Contre un des murs, également fixée, une desserte supportant un broc en plastique probablement incassable et une pile de gobelets en carton. Un rideau translucide délimitait une salle d’eau des plus sommaires.

 

« C’est bon. »

L’anbu fit un pas en arrière et se fondit dans l’ombre.

Alors seulement Naruto s’autorisa à lever les yeux, et à croiser le regard sombre de Sasuke.

 

Il était à demi assis, appuyé contre un oreiller aussi blanc que lui était blême, et les contentions qui maintenaient ses poignets étaient grotesquement visible, presque incongrues si on considérait la défiance de son regard malgré les cernes rougies sous ses yeux et les bleus marbrant ses bras et ce que Naruto pouvait voir de son visage et de son cou.

Il avait l’air d’avoir été tout juste déterré, et le toisait avec une impassibilité qui provoqua des démangeaisons dans les phalanges de Naruto.

 

 Il laissa malgré tout celles-ci au fond de ses poches, et fit un pas de plus vers le lit. Soutint le regard noir en silence tout en essayant de paraître parfaitement détaché et sûr de lui, et non pas le nœud d’incertitude fluctuante et d’anticipation pétrifiée qu’il était réellement. La présence de l’anbu presque invisible dans son coin ne le gênait pas, mais...

Qu’est ce qu’il était censé dire ?

Les choses auraient été plus simples s’il avait pu frapper Sasuke, mais celui-ci ne pouvait pas se défendre, et de toute façon l’anbu ne le laisserait certainement pas faire. Hum. Ca voulait dire qu’ils allaient être obligé de parler.

Les mots de Sasuke étaient coupants comme le fil d’une lame. Ils blessaient plus efficacement encore que ses poings, qu’un Chidori dans sa poitrine.

Le silence et les coups étaient préférables, mais alors il ne pourrait pas le retenir.

 

« Sasuke. »

« Naruto. »

« T’as une sale tronche. On dirait que tu t’es fait piétiner par un troupeau de… de trucs. »

Ho, joli.

Sasuke releva un peu le menton, et toute son expression corporelle gagna un mépris qui n’avait pas était là quelques secondes auparavant. S’il n’avait pas été si occupé à échanger des insultes par le regard, Naruto aurait sans doute remarqué que ses poings étaient crispés sur le drap.

« Si tu n’as rien de plus intéressant à dire, tire toi. »

« Je t’emmerde connard. Je t’ai ramené, alors tu écoutes ce que j’ai à dire. »

Ha, dans ta gueule ! Ce qui ne laissait qu’un seul problème : qu’avait-il à dire ?

Au frémissement avorté du bras de Sasuke, il devint évident que celui-ci avait tout autant envi de lui en mettre une. Au lieu de quoi il sourit froidement.

Reste calme, reste calme… On ne se jette pas à la gorge d’un prisonnier attaché…

« Tu vas encore me sortir ces pathétiques non-sens sur l’amitié et les liens ? Arrête de rêver Naruto, je te l’ai dit, tu peux me ramener, mais je ne peux pas revenir. Seul un faible comme toi s’obstine à croire le contraire. »

« Qu’est ce que tu as dit à la Vieille ? »

« Je t’emmerde Naruto. »

« Est-ce que ça valait le coup ? »

Sasuke détourna imperceptiblement la tête et eut une grimace irritée.

« Quoi ? »

« Trahir. Partir, nous laisser. Blesser Sakura et essayer de me tuer. Est-ce que ça valait le coup ? »

 

Un frémissement traversa le corps de Sasuke et la douleur submergea un instant la colère. Ha, Morino n’y était peut-être pas allé de main morte finalement. Mais les yeux de Sasuke étaient tournés vers l’intérieur, comme s’il examinait quelque chose de lui seul pouvait voir. Quand il redressa la tête la douleur était toujours là en arrière plan, mais au-dessus dansait la colère, la même rage désespérée qu’a la vallée de la fin.

« Tu n’en as aucune idée, n’est ce pas ? »

Les ongles de Naruto étaient fermement enfoncés dans ses paumes au fond de ses poches.

« Je sais ce qu’Itachi a fait Sasuke, » gronda-t-il. « Je le sais. Mais en trahissant c’est lui qui gagne.»

« Non, tu n’as aucune idée. » Les mots sortaient, lacés de ce vide mordant, presque indicible. «  Tu n’as aucune idée de ce que c’est… lorsque la moitié la plus importante de ta vie détruit l’autre moitié… Détruit tout le reste. Qu’il ne reste rien. Tu n’as aucune idée de ce que c’est !  »  Il s’était redressé, tendant de toutes ses forces les contentions à leur maximum sans même le réaliser, et son regard  avait retrouvé le chemin de celui de Naruto. Le cuir mordait la chair à vif, mais il ne sembla pas s’en rendre compte.

- Je le referais si c’était à refaire. Encore et encore. Il faut que je devienne fort pour pouvoir le tuer. N’importe quelle once de pouvoir vaut le prix à payer pour l’obtenir. Pour le tuer. Mais tu ne peux pas comprendre.»

 

Naruto détourna le regard un instant. Il ne pouvait pas, pas lorsque les yeux de Sasuke brûlaient de ce défit et de cette rage absolue qui irradiaient, semblaient le transpercer. Il mordit l’intérieur de sa bouche jusqu’à ce que le goût de sang recouvre le reste, que ses mains arrêtent de trembler de colère et de rage impuissante, jusqu’à ce qu’il puisse le regarder sans avoir envi de hurler et de le frapper de toutes ses forces.

Itachi avait tout pris. Et ce que Sasuke avait gagné après, lui, Sakura, l’équipe sept… ce n’était pas suffisant face à cette moitié brisée.

« Tu as raison. » Sasuke se figea, comme s’il l’avait effectivement frappé. « Tu as raison tu sais, je sais pas ce que ça fait, de tout perdre. Je peux pas, parce que quand tu es parti tu n’as pas tué Sakura et Iruka-sensei, tu n’as pas tué Kakashi-sensei… Tu n’as pas détruit l’autre moitié. » 

 

Les pupilles de Sasuke étaient dilatées, et une étincelle rouge palpitait au fond de ses prunelles, mais s’il fallait en croire Sakura il n’avait probablement pas assez de chakra pour activer le sharingan. Ses épaules tremblaient de rage contenue.

« Moi non plus je n’ai pas le choix. Tant que tu partiras, peu importe le prix à payer, je te ramènerais. C’est comme ça. »

Sasuke ouvrit la bouche pour répondre puis la referma, incapable de formuler quoi que ce soit. Naruto ferma les yeux, contrôla sa respiration tandis que Sasuke expirait par souffles brefs, presque haletants. Il fallait qu’il reste calme. Il y avait une chance. Juste une, et une infinité de possibilités de tout gâcher, de briser définitivement le reste.

Calme, tu peux le faire. Tu peux le faire rester. Tu n’as pas le choix. Fais le, oublie le reste, ta fierté. Ça n’a pas d’importance, tant qu’il reste.

« Alors tu veux Itachi. Mais tu sais quoi ? Itachi me veut moi… Enfin plutôt ce qui est à l’intérieur de moi. Tu as déjà rencontré le Kyuubi je crois ? »

Face à lui Sasuke se raidit encore plus et ses mâchoires se contractèrent. Naruto releva le menton avec défit et le toisa, les épaules roides.

« Tout seul tu n’y arriveras jamais tu sais… Tu n’y arriveras pas parce que tu es seul et qu’Itachi ne l’est pas… Même si tu deviens suffisamment fort pour le battre, est-ce que tu penses pouvoir d’abord tuer son partenaire ? Seul contre deux tu n’auras aucune chance. »

 C’était la stricte vérité, et il savait que Sasuke le savait, qu’il voyait ou menait le raisonnement et qu’il haïssait cela.

« Si tu veux pouvoir le tuer tu as besoin de nous, Sasuke. Il continuera à me pourchasser, et alors tu le trouveras. Et nous pouvons te débarrasser des interférences. »

Il se sentait étrange, comme ivre tandis que les paroles glissaient hors de ses lèvres.

- Si tu restes, tu pourras trouver Itachi. Et nous t’aiderons. »

 

-

 

La tête de Sasuke tournait, il était épuisé, et il avait mal.

Les vrilles de douleur rémanentes, souvenir de son tête à tête avec l’Hokage et le chef de la section Torture et Interrogation, s’attachaient à chacun de ses membres comme des animaux microscopiques qui auraient tracés leur chemin dans son système nerveux, qui auraient colonisé chaque membre.

La réputation de Morino n’était pas usurpée.

Mais ce n’était que de la douleur au final. Il la connaissait intimement, ce n’était pas réellement un problème. On pouvait apprivoiser la douleur, la compartimenter ou la maîtriser, l’ignorer même, si la volonté était suffisamment forte. La douleur était une compagne ancienne, tout autant que la haine.

Mais contrairement à la douleur, la morsure de la colère était aussi vive à chaque fois, comme si c’était la première. Et la surprise…

La surprise, il ne s’y était pas attendue, pas plus qu’à l’incrédulité.

 

Il avait su à la seconde ou il s’était éveillé, à la seconde ou il avait réalisé où il était, qu’il aurait à faire face à la torture et à Naruto. Il n’avait pas encore tout à fait décidé lequel serait le pire.

Il était un déserteur, un ennemi déclaré. Ne pas le torturer pour lui arracher la moindre bribe d’information en sa possession aurait été vraiment stupide de leur part. Et ils ne l’auraient probablement pas cru si Morino n’avait utilisé ses propres méthodes pour s’assurer qu’il disait la vérité. Même à présent d’ailleurs ils ne le croyaient pas.

Et ils avaient bien raison. Après tout qu’il dise la vérité ou non il restait leur ennemi potentiel, un traître auquel on ne pouvait faire confiance. Ils n’avaient aucune raison de le croire, de lui donner une chance.

Il le savait et l’acceptait, c’était comme ça et tout autre comportement aurait été inconscient et stupide de leur part.

Il avait enduré la douleur malgré sa gorge à vif à force de crier, s’était préparé à la colère, à l’amertume de l’humiliation, à la haine.

Mais il n’avait pas prévu cela. Ce Naruto contenu et analytique.

 

Il n’avait pas prévu ces arguments étonnamment intuitifs, qui touchaient si près de la cible…

Il s’était résolu à ne pas perdre son calme, à rester aussi maître du jeu que la situation le permettait, malgré le souvenir encore trop frais de l’interrogatoire et les mots de l’Hokage… Mais ça avait été peine perdue.

Il avait échoué c’était douloureusement évident, ou il n’aurait pas perdu son calme face à Naruto, n’aurait pas lâchées les seules paroles qui aient de l’importance, montré sa faiblesse.

Malgré la douleur et la confusion il n’avait pas perdu un seul instant ce qui était vraiment important de vue lors du face à face avec l’Hokage. Il avait su au plus profond de lui que peu importe l’humiliation, la douleur ou le désarroi rien n’importait plus que sa survie. Pour tuer Itachi il devait vivre. Et pour vivre… Peu importait le prix.

Il haïssait Orochimaru, révéler ce qu’il savait du Son ne lui avait posé aucun problème de conscience. Si l’ennemi de son ennemi n’était pas forcément son ami, il n’en restait pas moins… hé bien l’ennemi de son ennemi justement. Orochimaru méritait amplement la moindre opposition qui pouvait se dresser contre lui.

 

Mais Naruto… Il aurait dû être rageur et perdu, désarçonné. Alors il aurait été facile de balayer le moindre mot comme le fruit de sa faiblesse, facile de ne pas écouter les mots, les promesses.  L’autre moitié

Les mensonges.

Mais ce n’était pas le cas.

Ce Naruto était étranger, ce n’était pas celui auquel il avait fait face à Mailhoe. Le Naruto qu’il connaissait, celui dont il se souvenait n’aurait pas su apprivoiser la rage, la masquer derrière ces arguments rationnels.

Il avait changé, et pourtant il était exactement le même.

Cela n’en rendait son propre échec que plus cruel.

 

Parce qu’une part de lui craignait de se laisser convaincre, d’y croire. Haïssait Naruto pour son obstination, comme s’il en valait la peine. Comme s’il avait besoin de lui.

 

« Tu es ridicule Naruto. J’espère que tu t’en rends compte… »

« Je t’emmerde connard. J’ai raison et tu le sais. Les Akatsuki se déplacent toujours par deux et tant que tu seras seul tu n’auras aucune chance. Ce qui s’est passé à Mailhoe devrait t’avoir convaincu. »

Naruto tira ses mains de ses poches et croisa les bras avec défiance. C’était un argument… douloureux. Qui donnait en plein dans la cible.

Le sourire narquois de Kisame. Les paroles désintéressées d’Itachi.

Tu es encore bien trop faible. Je ne suis pas venu pour toi. 

 

Jusque là il n’avait pas réalisé que le désespoir pouvait être encore plus profond. Il avait échoué, il s’était fait capturer –et c’était à peine mieux que de vendre son corps à Orochimaru. Il allait probablement passer les prochaines années au fond d’une cellule s’il ne se faisait pas d’abord énucléer pour trahison… Aucune chance d’évasion. Il avait eu Itachi à sa porté, si proche… Si proche et il avait échoué…

Et Naruto… Naruto venait retourner le kunaï dans la plaie, faisant miroiter des solutions impossibles. Des solutions qui lui faisaient presque regretter, mais il ne pouvait pas, il n’avait pas pu se tromper autant, c’était Itachi l’important. S’il était resté ça aurait été pour eux, et il serait resté faible, l’entraînement de Kakashi n’avait rien eu à voir avec celui d’Orochimaru. Le lien que Naruto proposait… Il était impossible. Malgré le miroir déformant de la fatigue c’était au moins une chose dont il était certain.

Il pouvait blâmer l’épuisement pour son manque lamentable de maîtrise, il pouvait même avec une certitude acceptable lui inculper le sentiment soudain de dépression et de perte… Mais il était hors de question de… de… 

Qu’une part de lui même, tout au fond, veuille que ce soit vrai, l’autre moitié, qu’il y ait une simple chance… C’était une telle faiblesse…

 

« Tu t’emballes Naruto. Ce genre de décision n’est pas de ton ressort. Alors retourne faire joujou avec tes crapauds et ne me fait pas perdre mon temps. »

Le sourire de Naruto se fit dérisif, mordant malgré la colère et la détresse perceptibles.

« Ton temps ? Tu n’as pas beaucoup d’options Sasuke, et tu es un putain de crétin si tu laisses ton putain d’ego et ta foutu fierté te masquer ta meilleur chance d’avoir Itachi. Quoi que tu fasses t’arriveras pas à te débarrasser de nous si facilement, il est temps que tu t’y fasses. »

 

Et sur ces mots il fit volte face, sans attendre de réponse. Par la porte encore entrouverte Sasuke le vit parler à quelqu’un dans le couloir, secouer la tête, la rentrer dans ses épaules, amorcer le geste de partir avant de claquer la porte derrière lui.

 

Il resta un instant à fixer la porte close, trop assommé pour réaliser qu’il avait probablement l’air stupide, et trop fatigué pour s’en soucier de toute façon. Il esquissa le geste de presser ses tempes douloureuses dans un geste dérisoire pour soulager la douleur, avant de réaliser presque immédiatement qu’il ne pouvait pas pour cause de contentions.

En silence il se laissa tomber en arrière sur l’oreiller. Frustration et désespoir amer se mêlaient au doute et à la colère, à l’impuissance.

Il n’y avait rien qu’il puisse faire, et il haïssait cela plus que tout.

 

Il rouvrit les yeux quand la poignée de la porte s’abaissa de nouveau, et que Sakura entra dans la chambre. Bien, ne manquait plus que Kakashi et cette journée serait officiellement la pire depuis le Massacre…

Il la fixa impassiblement tandis qu’elle laissait l’anbu la fouiller, et n’eut pas le moindre signe de reconnaissance lorsqu’elle s’avança de quelques pas jusqu’au pied du lit.

Elle avait l’air plus en forme que Naruto, si on oubliait les cernes bleutées sous ses yeux et l’air de fatigue général qu’elle dégageait. Mais c’était peut-être parce qu’elle se tenait très droite et que tout son langage corporel annonçait la détermination alors que celui de Naruto avait oscillé entre la plus déconcertante neutralité et la colère retenue.

Il ne dit rien, et se prépara mentalement à écourter au maximum la désagréable conversation qui s’annonçait. Naruto avait raison. Tous les deux, pire que du chiendent, voilà ce qu’ils étaient.

 

Au bout d’une minute, quand il devint évident qu’il ne dirait rien et qu’il ne détournerait pas le regard froid qu’il braquait sur elle, elle arrêta de l’examiner sous toutes les coutures et de frotter nerveusement ses gants noirs l’un contre l’autre pour croiser son regard. Il ressentit une étincelle de satisfaction aussi brève que sauvage quand leurs yeux se rencontrèrent et qu’elle ne pu masquer totalement un frémissement de recul.

« Salut, Sasuke, » fit elle finalement.

Il ne répondit pas, et les gants noirs se refermèrent en poings le long de ses flancs.

- D’après Tsunade-sama tu devrais être sur pied d’ici deux ou trois jours. »

Pour ce qu’il en ferait… Sur pied et enchaîné à un lit. Pas d’exercice, rien.

« … »

«  Sasuke, je… »

« Qu’est ce que tu fais là Sakura ? »

 

Elle s’immobilisa, la bouche entrouverte. Elle ne s’était probablement pas attendu à la moindre réponse, et la question la prit par surprise. Bien.

« Qu’est-ce que je-… C’est évident non ? » Elle redressa la tête avec défit. « Je suis venu voir mon ancien équipier qu’on vient tout juste de récupérer. »

Réponse maladroite, il l’avait réellement déstabilisée alors. Tant mieux.

La colère douloureuse un instant étouffée par le face à face avec Naruto brûlait de nouveau, plus fort encore qu’avant, attisée par le désarroi.

« C’est le mot, ancien. Qu’est ce que tu cherches au juste ? »

« Tu-… Crétin. On t’a cherché toi, et on t’a trouvé… Je ne cherche pas à ce que tu me tombes dans les bras, Sasuke, je… » elle rougit légèrement. « J’étais une gamine, et j’étais stupide. Mais… Je veux que tu reviennes.  Pour nous. Tu n’as aucune idée de ce qu’a fait Naruto pour te retrouver, de ce que nous-»

« … Tu veux que je revienne ? Pourquoi ? »

« Parce que- »

« Après ce que j’ai fais. Tu veux que je revienne. Vous… » Il secoua la tête, légèrement. Le ton était froid, coupant. Presque moqueur. « J’ai essayé de tuer Naruto tu sais ? »

Elle ouvrit la bouche, la referma.

« Ho… Il ne te l’a pas dit ? C’est typique. » Il pencha la tête et sourit, à peine. « Je lui ai enfoncé un chidori dans la poitrine. En travers du corps, littéralement. N’importe qui d’humain serait mort sur le coup. »

Sakura fit un pas en arrière, les mains tremblantes.

- Il a survécu, mais il n’aurait pas dû. Il devrait être mort. Et tu veux que je revienne ? »

 

Il y eut une cascade de mouvements flous, une douleur brutale dans son visage, puis plus diffuse tandis que son corps déjà abusé encaissait le choc.

Quand il rouvrit les yeux l’anbu était derrière Sakura et maintenait ses bras dans son dos d’une clef ferme et probablement très inconfortable.

« Mademoiselle… » souffla la voix déformée par le masque.

Le visage de Sakura était parfaitement calme, et elle n’avait pas esquissé le moindre geste même instinctif pour se dégager.

 

Toute la partie gauche du visage de Sasuke le brûlait, et il détourna la tête pour cracher du sang hors du lit avant de faire de nouveau face.

Elle…

Sakura l’avait frappé.

Pas un coup déclanché par une vague de colère irrépressible, non. Un coup de poing parfaitement armé, parfaitement mesuré –il avait vu ce qu’elle était capable de faire, et si elle l’avait voulu elle aurait pu lui pulvériser la tête.

Elle l’avait frappé.

 

En silence il goûta le sang dans sa bouche, et maudit intérieurement les connards qui avaient inventé les contentions : il n’était même pas capable d’essuyer lui-même le sang qui coulait sur son visage.

 Il… Il ne s’était pas attendu à ça non plus. Et pourtant en même temps que la stupeur il y avait une espèce de vague satisfaction malsaine à la voir réagir enfin, à se voir épargner les gémissements sans fin. Mais- ok, principalement une stupeur sans borne.

 

L’anbu l’avait entraînée à l’autre bout de la pièce.

« C’est bon, juste un. Tu le méritais tu sais, Sasuke. »

« Oh, tu as changé d’avis finalement ? »

Bon, au moins, sa mâchoire n’était pas cassée. Il se remettait de la surprise causée par l’attaque. Rester calme était à présent étrangement facile, étrangement satisfaisant, comme si toute la colère avait cristallisé au fond, comme s’il observait un intéressant cas d’école –s’il pensait ça c’est qu’il était probablement plus crevé qu’il ne l’avait cru. Drogué ? Il était à peu près certain qu’ils ne lui avaient rien fait prendre, mais peut-être…

« Quoi ? Non. »

« Mademoiselle, je vais vous demander de sortir, et cet incident sera reporté à l’Hokage… »

« Hum ? Oui, une minute. » Une étincelle de colère passa dans ses yeux verts. « Tu as raison Sasuke, Naruto ne m’avait rien dit. Mais s’il t’a pardonné je peux le faire aussi. Par contre… Si tu oses… ne serait-ce qu’insinuer… encore une fois qu’il n’est pas humain, ce n’est pas ta tête que je viserais. »

Elle se laissa docilement mener jusqu’à la porte mais s’immobilisa avant de la passer.

- Sasuke, tu demandes pourquoi, mais… tu devrais savoir, toi qui es fidèle au passé. »

 

---

 

 

TBC

 

Encore une fois, commentaire ?

  Commenter ce chapitre 
<< ( Préc ) ( Suiv ) >>



© Fanfic Fr 2003 - 2019 / Mentions légales