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Travail scientifique: L´auteur fanfiction
 par   - 159 lectures  - 1 commentaire [21 novembre 2021 à 14:54:06]

Karl Helbig, un étudiant allemand, entreprend un travail scientific sur la fanfiction francaise comme genre litteraire. Quels sont vos opinions sur ses questions?


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Animes-Mangas

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Naruto

Kage
[Histoire Terminée]
Auteur: jainas Vue: 1494
[Publiée le: 2007-03-31]    [Mise à Jour: 2008-08-07]
G  Signaler Général Commentaires : 11
Description:
Un pas, deux pas... Comment un enfant psychopate peut il devenir Kage ? Comment changer, alors que tout ce que l'on a jamais su faire, c'est tuer ?
Gaara, ou comment devenir Kazekage alors qu'on est un démon unanimement détesté. Exploration du personnage de Gaara, ou "bienvenu chez les humains..."
Crédits:
Gaar et tout l'univers de Naruto ne m'appartiennet pas. Je ne fais que les emprunter.
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Premier pas

[4798 mots]
Publié le: 2007-03-31Format imprimable  
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Kage

 

Premier pas

 

Durant les semaines -ou peut-être bien les mois, à ce moment là aucun d’entre eux ne faisait plus attention à la date- qui suivirent la mort de leur père, Gaara eut treize ans.

Au milieu des troubles politiques qui agitaient Suna et de l'isolement plus complet que jamais des descendants du Quatrième Kazekage, la date passa tout à fait inaperçue, et le serait restée si Temari n'avait décidé de marquer l'occasion en faisant un cadeau à son petit frère.

En silence elle lui a tendu la gourde de toile brune, dotée d'un système anti-évaporation et d'une attache sur la ceinture. Le regard de Gaara est allé plusieurs fois de la gourde que lui présentait sa sœur aînée au visage de celle-ci, comme si une seconde tête venait soudainement de lui pousser. Il a finalement froncé le front, et les yeux turquoise cerclés de noir se sont posés sur elle, interrogatifs.

"C'est pour toi," l'a t-elle encouragé, "C'est un cadeau. Pour ton anniversaire."

Les prunelles de Gaara se sont un instant dilatées, puis il a saisi la gourde avec précaution, presque méfiance, comme si elle risquait de se désagréger entre ses doigts, ou peut-être de lui exploser à la figure…

Temari n'espérait pas que son frangin perçoive le symbolisme de l'objet –la gourde de sable portait la mort, alors que la simple gourde était la vie, dans un pays où la moindre goutte de liquide était un trésor. Mais de toute manière l'attention seule avait déjà une signification énorme, comme le prouva la question teintée –non, peinte en trois épaisseurs- d'incompréhension.

"… Pourquoi ?"

"… C'est un cadeau pour marquer tes treize ans. Il n'y a pas besoin de raison."

"Pourtant tu ne l'a jamais fait avant…" Puis, avec une expression songeuse, un peu perplexe : "C'est la première fois qu'on m'offre quelque chose."

Comme toujours avec Gaara, le ton était totalement neutre, rendant impossible de savoir ce qu'il pensait vraiment. Mais il n'y avait pas eu non plus de sang versé, ce qui était au final une réaction plutôt positive, selon les standards de Gaara du Désert.

"Heu… Elle est renforcée, elle ne risque pas de se rompre en combat… Elle sera bien mieux que la vieille outre que tu trimballes." Elle risqua un léger sourire. "Aller viens, il faut se dépêcher, ou le Conseil va attendre."

"Temari ?"

"Oui ?"

"Merci."

 

---

 

Depuis leur retour de la seconde mission au Pays du Feu, Gaara avait changé.

Au début il avait arpenté le désert seul, en silence ou laissant parfois échapper des mots incohérents lorsque les choses dans sa tête devenaient trop complexes, que la pression menaçait de le faire exploser et que le sable autour de lui commençait à s'agiter en vagues sporadiques.

Il réfléchissait beaucoup, assimilait, et en trois mois il n'avait tué personne.

Un net progrès.

 

C'est durant ces heures longues, en observant de loin la silhouette fragile de son petit frère, surmontée sans même qu'il n'y accorde plus la moindre attention d'une gourde de sable qui pesait sans doute deux fois plus lourd que lui, que Temari réalisa à quel point Gaara avait dû souffrir. Mais il n'en disait rien, n'en laissait rien paraître en dehors des nuits où il s'enfonçait seul au plus profond du désert, et elle songeait parfois qu'en fait il ne devait probablement même pas identifier l'émotion 'solitude'. Comment il parvenait à garder le contrôle, cela elle l'ignorait. Parce qu'il était Gaara, fragile, mais en même temps fort et obstiné.

Il pouvait rester de longues heures silencieux à leurs côtés, cela n'avait pas changé, mais la qualité même de ce silence était différente. Ce n'était plus le silence létal qui proclamait plus sûrement que n'importe quel cri "un pas de plus dans ma direction et tu es de l'engrais pour cactus", mais un silence intense, concentré, durant lequel qu'il observait les gens interagir et tentait de comprendre.

Il s'entraînait beaucoup plus, seul, toujours. Parfois il parlait avec eux, et ses mots étaient alors mesurés et prudents, comme s'il avait peur de casser quelque chose.

Il les traitait différemment, aussi.

 

La première fois qu'ils étaient retournés en mission ensemble, quelques mois après "l'évènement" –l'examen chuunin au Pays de la Pluie ne comptait pas vraiment, parce qu'ils l'avaient passé en un temps recors sans jamais se trouver vraiment en danger-, il les avait stupéfié.

 Après la fin de la mission, alors qu'ils avaient établi leur campement auprès d'un maigre point d'eau, il avait demandé une bonne demi-douzaine de fois à Temari si elle allait bien. Et il n'avait consenti à la croire quand elle lui affirmait que sa blessure était bénigne que lorsqu'elle avait menacé d'assommer Kankuro à coups d'éventail s'il ne cessait pas immédiatement de marmonner des trucs inintelligibles à propos de poules et de dents.

Et au plus fort du combat, il avait carrément immobilisé ce dernier dans une prison de sable, après avoir bloqué Temari un peu plus loin, pendant qu'il se chargeait seul de neutraliser les jounins déserteurs.

Tout comme sa sœur, Kankuro a pesté et juré entre ses dents, mais s'est contenté d'un regard courroucé envers son petit frère. Parce que vocaliser ces pensées aurait été du suicide avec l'Ancien Gaara, et que ni l'un ni l'autre ne sont vraiment sûr de la solidité du Nouveau.

Ils ont attendu quelques heures, que l'adrénaline du combat soit retombée, et que Gaara ne risque plus de les tuer par réflexe s'ils élevaient un peu la voix, puis Temari a –poliment- traîné leur benjamin auprès du feu pour mettre les choses au point.

Elle et Kankuro étaient des chuunin de haut niveau, ce qui signifiait qu'ils étaient tout à fait capable de prendre soin d'eux même. Et ils étaient des ninjas, ce qui signifiait que le danger les accompagnait comme la vérole le bas clergé.

Ils appréciaient l'intention, vraiment, mais ils n'avaient pas besoin qu'on les materne. Ni lui ni personne ne pouvait espérer les tenir loin du combat. Et puis depuis quand Gaara se souciait-il de ça, d'abord ?

Pelotonné en boule face au feu, les bras refermés sur les genoux et la gourde toujours au dos, Gaara les a longuement examinés de son regard minéral.

 

"Tu es en colère," a-t-il fini par analyser sans que sa voix ne laisse filtrer quoi que ce soit. Temari réalisa soudainement qu’elle avait haussé le ton, et déglutit discrètement.

"Oui ! Enfin non… Je suis… mal à l'aise."

"…" Le regard était toujours aussi fixe, mais un minuscule plissement interrogatif la força à élaborer.

"Parce que tu changes… Et c'est bien, mais… nous ne savons pas très bien comment réagir… Que tu te mettes à vouloir nous protéger, c'est… nouveau. Et complètement différent de tout ce que nous connaissons de toi."

Gaara ne répondit rien, mais une fraction de seconde son expression se durcit imperceptiblement avant de se figer, et Temari réalisa que le masque de l'Ancien Gaara venait de se remettre en place, qu'elle venait de perdre du terrain –sur quel champ de bataille elle l'ignorait, mais c'était important, elle le sentait.

"Je comprends."

"Gaara attend !"

Dans un geste instinctif de réconfort elle tendit la main vers l'épaule de son frère, mais avant qu'elle soit au milieu du mouvement une gerbe de sable jaillit avec violence devant sa paume, écorchant le bout de ses doigts. Elle se figea. Les pupilles de Gaara étaient impossiblement dilatées, et ses narines palpitaient alors qu'il luttait pour garder le contrôle.

Avec une lenteur délibérée elle laissa retomber sa main à quelques centimètres du genou de son frère.

"Je suis désolée," murmura-t-elle en supprimant toute trace de peur et en rivant son regard à celui de son cadet. Gaara possédait un instinct infaillible pour sentir la peur –laquelle était d'ailleurs toujours dirigée vers lui. "J'aurais dû me rappeler que tu n'aimes pas être touché. Que tu n'as pas l'habitude  qu'on te touche. Mais ce lien… il n'est peut-être basé que sur la chair et le sang… mais c'est déjà important, et…" Bon sang… elle s'empêtrait dans son propre raisonnement sous le regard sans faille de Gaara. Pourvu qu'elle ne fasse pas de bourde. " Et situasbesoindenousonélà."

Voilà, c'était dit, et de la manière la plus stupide qu'on puisse imaginer.

 

Au regard perplexe et un peu méprisant de Gaara elle réalisa qu'il avait dû prendre la chose de manière totalement littérale, et qu'il s'apprêtait probablement à objecter que d'eux trois il était le plus fort : il n'avait pas une seule seconde besoin d'eux pour gagner un combat. Cela n'avait aucun sens.

- Pas comme ça! Je sais très bien que tu pourrais nous écraser tous les deux sans même le vou-" oh merde, bourde. "-loir. Heu…"

"Mais ce que Temari veux dire, c'est qu'il n'est pas seulement question de surveiller tes arrières –et ça nous le ferons de toute façon, pas seulement à cause du lien, mais parce ce que nous sommes des ninjas-, c'est… Si tu veux discuter, ou t'entraîner, ou n'importe quoi d'autre, nous sommes là, ok ?"

Merci Kankuro. Je te revaudrais ça.

Le silence s'étira quelques minutes, le temps que Gaara ait fini de disséquer l'étrange notion. Lorsqu'il hocha finalement la tête d'un microscopique mouvement, le sable avait commencé à glisser hors de la gourde et touchait terre dans un crissement discret, tandis que de minuscules vaguelettes agitaient le sol du désert autour d'eux.

" Lui… il a dit… que les liens rendaient les gens plus fort. Mais… je ne veux pas… qu'il vous arrive quelque chose. Quand… quand ce jounin a blessé Temari… et s'est dirigé vers toi… c'était bizarre. Ça a appuyé là…" Il posa sa main sur sa poitrine. "Pourquoi ça fait mal ?"
Soudain, ce n'était plus le tueur expérimenté avec au moins autant de morts à son actif que n'importe quel jounin d'élite qui les fixait depuis le corps d'un gamin de treize ans, mais un petit garçon perdu, effrayé et vulnérable.

Kankuro se racla la gorge, et détourna avec application le regard. Malgré son superbe rattrapage de tout à l'heure et le fait qu'il comprenne aussi bien que Temari, il n'en restait pas moins un adolescent mâle de quatorze ans et demi : la situation devait bien trop commencer à ressemble à… à un truc de fille pour le goût de son fragile ego macho.

 

D'une main, Temari fourragea dans la masse blonde qui lui tenait office de chevelure –Gaara l'avait harcelée jusqu'à ce qu'elle consente à les détacher pour soigner la bénigne blessure à la tête qu'elle avait reçu durant son début de combat, argumentant que mal nettoyée ce genre d'égratignure pouvait s'infecter, et que si elle attrapait la rouille des sables la blessure ne se refermerait pas… Et il avait embrayé sur un exposé tout à fait scientifique des divers symptômes et séquelles de la rouille de sable, bien que Temari les connaisse tout aussi bien que lui –voir peut être mieux. Parce que la rouille se mettait dans les plaies causées par certaines blessures de Vent, et surtout dans celles que certaines techniques du Sable pouvaient provoquer, et que le plus fort taux de blessures touchées par la rouille à Suna était le fait de Gaara du Désert. Temari avait depuis longtemps appris à nettoyer ses plaies même les plus infimes.

Recentrant ses pensées sur la situation actuelle, elle se racla les méninges à la recherche des mots adéquats pour apaiser son petit frère. Autour d'eux le sable s'agitait en vaguelettes anarchiques, signe que Gaara commençait à perdre son calme.

"Écoute Gaara, je ne peux pas te garantir que ça va cesser de… faire mal. Parce qu'aucun ninja ne peut promettre qu'il reviendra entier d'une mission.

Mais c'est normal, et en contrepartie tu es plus fort… Parce que tu as des gens à protéger… et… c'est difficile à expliquer." Sa voix mourut. "Mais… nous ressentons la même chose. Peut-être pas aussi fort, parce que nous avons appris à filtrer, mais… Enfin ce que je veux dire, c'est que même si c'est un imbécile les trois quarts du temps, je m'inquiète pour Kankuro quand il part seul en mission !" Un grognement quelque part derrière elle indiqua que ledit Kankuro avait parfaitement entendu. Mais à quoi s'attendait-il aussi ? Temari était une kunoïchi, bordel. Les discours débordants de bons sentiments n'entraient absolument pas dans ses attributions.  "Et… je m'inquiète aussi pour toi, depuis que tu as commencé à changer. Parce que maintenant il n'y a plus que nous trois, nous n'avons rien d'autre, et tu es -… "

Elle s'arrêta la bouche entrouverte. Elle avait failli dire "important", et ça aurait été vrai. Mais elle avait vu les enregistrements du matériel de surveillance de la nurserie. Et Yashamaru avait employé exactement ce mot, "important". Et il avait essayé de tuer Gaara.

Elle ne savait pas comment son frère réagirait si elle lui disait qu'il était "important" pour eux. Mal, probablement. Et de manière vraisemblablement violente impliquant du sang et du sable, même si l'explosion n'était pas spécifiquement dirigée contre eux.

Que dire quand chaque mot était une mine potentielle susceptible de déclancher chez Gaara une véritable réaction en chaîne ?

 

Mal à l'aise elle fixa les grains de sable qui flottaient tout autour d'eux et accrochaient par intermittence la lumière du feu, formant un kaléidoscope miniature aux reflets minéraux.

"Tu as de nouveau peur," fit remarquer Gaara d'un ton plat que démentait toujours la danse du sable.

Elle opta finalement pour une semi-vérité. Mentir à Gaara était un moyen sûr -et beaucoup plus économique que de payer les pompes funèbres- de s'assurer que l'on serait inhumé dans le désert. Bon, évidemment il y avait le risque que l'inhumation se fasse avant la mort…

"Oui. J'ai peur." À sa droite Kankuro s'agita inconfortablement. "Mais pas de toi. J'ai peur de te faire du mal… Que mes mots te blessent." Et j'ai peur de ta réaction.

Gaara la fixa comme si ses cheveux étaient soudainement devenus fluorescents.

"… Les mots sont des ondes sonores. Ils ne peuvent pas blesser."

Temari prit une brève inspiration. Le calme qu'elle s'était promis de maintenir s'effritait et son caractère impétueux menaçait de reprendre le dessus.

À cause de son calme olympien et de la maturité bien trop précoce au fond de ses yeux, il était parfois facile d'oublier que les interactions humaines de Gaara se comptaient depuis sa plus tendre enfance sur les doigts d'une seule main –deux si on était généreux.

Et sa compréhension de notions basiques pour n'importe qui d'autre était lacunaire voir inexistante. Gaara était tout à fait imperméable aux concepts d'humour, de pudeur ou de tact (quel intérêt pour lui de les maîtriser, puisque de toute manière, nul n'aurait jamais osé le reprendre là-dessus ?) et son manque d'expérience dans tout ce qui touchait la communication faisait qu'il avait une tendance marquée à tout prendre au pied de la lettre avec le même sérieux inébranlable.

"Bien sûr que si les mots peuvent faire mal. Mais pas au même endroit, pas de la même façon."

"… Yashamaru… m'a parlé de ça. Est-ce que c'est semblable aux… aux blessures émotionnelles ?"

Terrain miné !!!!

"… Heu… Certaines paroles peuvent… provoquer de telles blessures. Mais certains actes aussi. Et de même d'autres paroles ou d'autres actes peuvent aider à les refermer.

Ça… fait aussi parti du lien, tu comprends ? Avoir peur de blesser l'autre, ou craindre que l'autre soit blessé… "

"… Alors la réponse est oui ?"

"Heu… oui."

"Oh."

"…"

"…", fit Gaara.

"…", renchérit Kankuro.

"Heu… On est d'accord alors ? Tu ne nous empêches pas de combattre, et en échange je te promets que nous serons prudent. Ça te va ?"

"…"

"Ok. Je vais finir d'installer le campement alors."

 

Alors qu'elle était déjà à quelques pas de son frère, la voix de Gaara la stoppa net. Elle était si faible qu'elle dû attendre le second appel pour être sûre que son ouïe ne lui jouait pas des tours.

"Temari?"

"Oui ?"

"Tu as raison. Je n’ai pas l’habitude qu’on me touche. Personne n’a jamais…" Pour la première fois depuis qu’elle connaissait Gaara, Temari eut l’impression qu’il hésitait. Que peut-être il avait peur, mais que la curiosité était plus forte.

- Temari. Est-ce que… tu peux me prendre dans tes bras ? "

La kunoïchi fit volte face, lentement, et sans écouter les signaux d'alarme frénétiques que son cerveau lui envoyait, revint s'agenouiller face à son frère.

Le sable tout autour s'agitait, trahissant la fébrilité de Gaara, et Temari se fit la réflexion qu'elle ne l'avait pas vu perdre le contrôle à ce point depuis longtemps. Depuis son combat avec le gamin en orange en fait.

Quand elle passa un bras derrière son cou et que son autre main vint s'appuyer sur son épaule, à la frontière entre le cuir épais du baudrier de la gourde et le tissu rugueux des vêtements de désert, elle le sentit se raidir, se tendre jusqu'à la rupture.

Le changement était discret, mais perceptible dans la soudaine contraction des muscles de son cou. Et sous ses doigts, c'était le sable de l'armure qu'elle sentait.

"Hé, ça va aller, garde ton calme, Gaara. Je ne vais pas te faire de mal…"

Le sable autour d'eux trois tournoyait à présent follement, et Temari sentait les grains voltiger autour d'elle, s'abattant et mordant la peau. Elle avait l'impression de se trouver prise dans la brise du désert, quand le vent rapide dévalait les dunes et venait vous fouetter les membres avec le sable de traîne.

Dans ces cas-là, le premier instinct était de fuir, le plus vite et le plus loin possible. Sauf qu'elle avait vu des ninjas avec des saisons et des saisons d'expérience de plus qu'elle tenter cette tactique, et que si chaque pas vous éloignait effectivement de Gaara, dans le désert le sable était partout. La fuite ne faisait qu'attiser les instincts prédateurs du Shukaku.

L'autre solution était de rester à bonne distance, de faire le gros dos et d'éviter les gestes brusques en priant pour que Gaara se sente suffisamment "existant" pour ne pas avoir besoin de tuer une personne de plus. (D'après l'expérience considérable et durement acquise de Temari et Kankuro dans ce domaine, la distance de sécurité minimum était d'une quinzaine de mètres, et Kankuro gardait sur la hanche gauche un "souvenir" de la seule fois ou il s'était trompé dans son appréciation et approché trop près pendant que Gaara était en "crise d'existence".)

Mais ça c'était l'ancien Gaara.

Très semblable au Nouveau sous certains aspects, mais très différent aussi. À présent il était bien plus contrôlé. Bien plus humain.

Et pour la première fois il y avait peut-être une troisième option que fuir ou rentrer la tête dans les épaules, s'il voulait bien.

 

Lentement elle attira Gaara vers elle, augmentant la surface de contact jusqu'à ce que la tête de son frère repose sur son épaule à elle.

Tout autour la tourmente augmenta, et elle entendit le crépitement familier que produisaient les roches sédimentaires du désert lorsqu'elles rompaient parfois sans raison apparente -sauf que cette fois ci la raison était évidente, et les maintenait inconsciemment dans l'œil de la tornade.

Un éclat de roche venu de nulle part rencontra son bras avec violence, ouvrant une large plaie juste au-dessus du poignet, et elle sentit un autre la heurter au flanc avec suffisamment de force pour lui couper le souffle. Elle remercia silencieusement les Dieux de n'avoir pas retiré son plastron de protection…

Serrant les dents et priant pour ne pas exsuder la peur par tous les pores de sa peau, elle calla à son tour sa tête dans le creux de l'épaule de son petit frère, protégeant tant bien que mal son visage du vent et du sable mordant. Gaara était toujours aussi raide qu'une planche, mais si le sable ne l'avait pas broyée à la seconde ou elle avait posé la main sur son frère, il y avait peu de chance pour qu'il s'en prenne spécifiquement à elle à présent.

"Garde le contrôle Gaara. Nous ne te ferons pas de mal. Nous avons confiance en toi…"

La voix de Kankuro était à peine perceptible dans le hurlement de la tempête, mais quand il s'agenouilla contre eux, un bras autour des épaules de Temari et l'autre prudemment posé contre celles de leur frère, elle sentit Gaara tressaillir.

Rien d'autre dans sa posture n'indiqua qu'il avait entendu, mais au bout de très longues minutes ses muscles se relâchèrent imperceptiblement, et la tempête de sable commença à retomber.

 

Quand Gaara se dégagea finalement de l'étreinte avec raideur, le vent était tout à fait apaisé, et la quantité de poussière de sable flottant dans l'air était somme toute minime.

Ce qui avait été auparavant une discrète oasis était maintenant un coquet cratère labouré par le sable : dix ans d'érosion en une demi-heure.

La maigre végétation n'avait pas supporté le choc, et les cendres du feu étaient éparpillées aux quatre coins du campement. Temari échangea un regard avec Kankuro, puis se redressa avec précaution avant d'entreprendre de déloger le sable des plis de ses vêtements.

"Hm… Gaara, ça va ?"

Il tourna son regard turquoise vers eux.

"Je vous ai fait mal." Il avait l'air complètement perdu.

Après un coup d'œil rapide en direction de son autre frère, Temari constata que Kankuro aussi arborait quelques écorchures significatives, il était anormalement pâle, et ses peintures kabuki étaient étalées et à moitié effacées, découvrant son visage ; mais ses vêtements beaucoup plus couvrants que les siens l'avaient d'avantage protégé.

"Ne t'inquiète pas. Ce ne sont que quelques égratignures, nous avons connu pire. Et puis ce n'était pas volontaire."

Le regard de Gaara s'assombri, et son ton se fit mordant.

"La prochaine fois je risque de vous tuer. Et ce ne sera pas non plus volontaire. Pourquoi faites-vous cela?  Pourquoi? Jusqu'ici le lien n'a jamais rien signifié, et vous n'avez AUCUNE raison de risquer vos vies pour lui… À essayer de vous comporter comme s'il signifiait quelque chose pour vous… C'est dangereux… JE suis dangereux."

Temari retint avec peine l'impulsion de faire trois pas en arrière tant la colère et la détresse de Gaara étaient palpables.

"Gaara…"

"Que faut-il pour que vous compreniez ? Je ne veux pas qu'il vous arrive quelque chose. Je suis dangereux."

"Gaara, attends…"

"Faudra-t-il que l'un de vous perde un bras ? Ou se retrouve défiguré ? Faudra-t-il que tu perdes un œil comme Baki-sensei pour comprendre ? "

"Gaara, STOP ! "

Il s'immobilisa là ou il se trouvait, au milieu des ruines du camp, ses cheveux roux ébouriffés par la tempête, le sable dansant de nouveau autour de lui et le regard pétrifiant de dureté et de confusion contenues.

- Je… Nous faisons cela parce que tu es notre frère. Il n'y a plus que nous trois maintenant. Juste nous trois, personne d'autre.

Nous… nous ne sommes utiles au village que tant que nous servirons le Conseil. Peu leur importe que nous nous battions pour protéger les habitants! Nous sommes les enfants du Quatrième, et nous pouvons représenter un danger politique pour eux. Tu peux représenter un danger. Tu es le ninja le plus puissant du village Gaara… la faction à laquelle tu choisiras d'obéir obtiendra le pouvoir et pourra présenter qui elle veut comme nouveau Kazekage. C'est pour ça que nous devons rester ensemble. Parce que personne d'autre ne nous protègera. " Elle força son regard à se fixer sur un relief de roche juste derrière Gaara et à y rester.

"Et depuis que tu as commencé à changer, tu as fait preuve tous les jours d'une force et d'une maîtrise hors du commun. Je ne sais pas ce que ce gamin de Konoha t'a dit, mais… ça a modifié quelque chose en toi. Avant… Tu nous aurais déjà tué dix fois… Maintenant, tu es plus concentré, plus fort. Et si tu as décidé que tu ne nous ferais pas de mal, que tu nous protègerais… Je… Nous te faisons confiance. C'est peut-être dangereux, mais pas plus que de nous séparer maintenant…"

Elle se risqua à chercher son regard, et se força à afficher une confiance en elle-même qu’elle ne ressentait pas tout à fait.

- C'est normal que tu ais réagi comme ça Gaara, c'est la première fois que... que quelqu'un te prenait dans ses bras, que tu laisses autant tomber ta garde. Et si tu ne l'avais pas voulu, ça aurait été bien pire que quelques écorchures dues aux pierres... Mais si tu ne nous as pas tué à ce moment-là, quand le feras-tu ? "

Le sable était un peu retombé, et la barrière se contentait de flotter mollement autour de son petit frère qui la fixait de son regard  acéré. Puis il tourna la tête en direction de leur cadet.

"Et toi Kankuro ?"

Le marionnettiste se racla la gorge et haussa les épaules.

"Tu as entendu Temari. Et je suis encore là."

Pour faire bonne mesure Gaara les toisa encore un instant, puis il pencha la tête sur le côté, et l'ombre accentua ses cernes, lui donnant de nouveau l'air perdu.

"Je comprend, mais je ne suis pas d'accord. Faites comme vous voulez."

 

Cette nuit-là, il ne disparu pas au fin fond du désert comme il en avait l'habitude lorsqu'il était troublé.

 Après avoir réveillé Kankuro pour qu'il prenne son tour de garde, alors qu'elle faisait quelques pas dans l'ombre afin de délasser ses muscles ankylosés par l'immobilité de la veille, Temari vit se découper à la pâle lumière des étoiles la silhouette de Gaara du Désert. Assis au sommet d'un pic rocheux comme une sentinelle de pierre, il observait le sable à perte de vue.

Et pour la première fois depuis treize ans, il n’était pas seulement éveillé, il veillait.

Sur eux.

 

***

 

 

TBC

 

J’ai commencé à écrire Kage il y a un bout de temps en réponse à une fic-cadeau de Lebibou. Echange de bon procédés en quelque sorte.

Ma vision de Gaara est aussi profondément influencée par la fic Diplomatic Relation  de Maldoror-gw, mon autrice de fic préférée de tous les temps. : )

 

C’est une fic courte, destinée à étudier la manière dont un monstre peut changer au point de devenir Kazekage. J’aime écrire Gaara. :D

 

Le quatrième (et dernier ?) chapitre est en attente depuis un bout de temps, mais je le finirais un jour ou l’autre, dès que je pourrais penser à mon BTS au passé…^^

 

En attendant n’hésitez pas à reviewer mes fics, l’inspiration et la motivation viennent souvent des commentaires des lecteurs… :D

 

Jainas

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