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Animes-Mangas

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Naruto

Holler
[Histoire Terminée]
Auteur: NaN Vue: 1846
[Publiée le: 2014-01-06]    [Mise à Jour: 2016-08-12]
13+  Signaler Policier/Thriller/Univers alternatif Commentaires : 9
Description:
Son poignet émet un son très pur lorsqu'il se casse sous mes doigts. C'est net et propre, un beau claquement aussitôt suivi d'un beuglement animal. Le type se tord de douleur, la sueur ruisselle sur ses tempes et ses jambes tremblent tellement qu'il ne contrôle plus rien. Je ne l'ai pas lâché.

– Un nom, je réitère calmement.

Je sais pas s'il a compris que ça ne fait que commencer. J'aimerais bien que oui, qu'on en finisse au plus vite.
Crédits:
Les personnages sont de Masashi Kishimoto.
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Comme des rats

[6174 mots]
Publié le: 2016-08-12Format imprimable  
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Sakura jure entre ses dents et ouvre la fenêtre de communication à toute volée pour hurler aux conducteurs :

 – Mais ouvrez le passage ! On est prioritaires ou merde ?

 – Le gyrophare est à fond, Sakura, y'à trop de monde !

 – Putain !

C'est extrêmement rare que Sakura soit aussi vulgaire. En temps normal, elle est la première à surveiller son langage. Mais les choses sont différentes à l'instant : elle a basculé dans un état de rage à la détermination assourdissante et le reste n'a plus d'importance. Ce type sur le brancard, il est hors de question qu'elle le laisse mourir comme ça, simplement à cause d'un embouteillage à la con.

Elle passe la tête à travers la fenêtre pour voir la route et constate qu'effectivement, si les premières voitures se sont décalées comme elles ont pu, ça ne les avance pas à grand-chose compte tenu de la densité du trafic. Soudain, un reflet dans le rétroviseur attire son attention et elle fait volte-face pour se précipiter vers les vitres arrière : quelques centaines de mètres plus loin, une moto de police slalome à toute allure entre les rangées de véhicules à l'arrêt. 

Ni une ni deux, elle ouvre les portières en grand et bondit sur la chaussée. Le trajet de la moto est assez aléatoire, mais elle anticipe en quelques secondes le côté par lequel elle arrivera à sa hauteur et se jette au milieu du passage en écartant les bras ; le conducteur sursaute, dévie sa course en catastrophe, l'évite de justesse et finit par s'immobiliser en travers de la bande blanche dans un crissement de pneus insoutenable. Il relève alors brusquement la visière de son casque, dévoilant deux yeux noirs et furieux, et s'exclame :

 – Non mais ça va pas ?!

 – Restez où vous êtes, ordonne Sakura en pointant sur lui un index impérieux.

Sasuke secoue la tête avec une incrédulité colérique, c'est quoi ce bordel ? Mais la fille est déjà retournée à l'intérieur de l'ambulance et il n'a pas le temps de lui faire remarquer que c'est lui le flic dans l'histoire qu'elle en ressort en traînant un type en combinaison ignifuge. Sa collègue l'aide à le porter jusqu'à la moto et elles l'installent sur le siège arrière sans lui demander son avis.

Inutile, Sasuke a compris la démarche. Il laisse les deux infirmières caler le gars contre son dos, puis la folle suicidaire enfourche le siège à son tour. Sasuke remet les gaz pendant qu'elle s'agrippe puissamment à son blouson, enfermant le blessé dans le garde-corps de ses bras, et il a déjà le pied sur la pédale de vitesse lorsqu'elle clame par-dessus son épaule :

 – A l'hôpital !

 – J'avais deviné, crache Sasuke en rabaissant sa visière.

Et voilà. C'est comme ça qu'ils se sont connus, tous les trois : le pompier, l'urgentiste et le policier.

Seven.

Mes parents.  

 

 

 

† On se réveille instinctivement dix minutes après le coucher du soleil, comme chaque jour.

La lumière a déjà quitté ce studio minuscule et dégueulasse pour n’en laisser voir que le vide. Nos yeux sont habitués. On n’allume pas le plafonnier. On remballe nos affaires, et puis on se casse.

 

¦ Parfois, je me réveille au milieu de nos nuits. J’entrouvre les yeux, puis je les plisse. Le soleil perce à travers les jointures des volets. Il trace une raie dorée sur le plafond. C’est un peu comme un rêve. J’oublie souvent sa couleur, et j’ai déjà oublié sa chaleur. Je me dis que j’aimerais bien me lever, sortir et marcher dans la rue en plein jour, pour me souvenir. Puis je me rendors.

La ville est calme lorsque nous sortons. Nous sommes dans un quartier tranquille. Nous marchons côte à côte, épaule contre épaule, longeant les devantures fermées et les portes closes. Nous nous sentons bien. La nuit est notre royaume.

La silhouette massive d’une ancienne entrée de parking se dessine au loin. Je respire ma dernière bouffée d’air frais, puis nous plongeons. L’Apex a établi ses quartiers dans les sous-sols, comme un réseau de galeries creusées par des rats. Kakashi a employé cette image un jour : des rats. Nous sommes des rats, tapis dans l’ombre, les crocs aiguisés et le germe mortel. Nous grouillons sous la surface, et lorsque nous sortons, nous semons notre fléau.

J’ai vu un rat un jour. Il était gros comme mon pied, recouvert de fourrure noire et ses oreilles étaient tailladées. Il m’a vue, hésité, puis il a filé en trottinant dans une bouche d’égout, sa longue queue luisante ondulant dans son sillage.

J’ai failli lui crier : « Attend-moi ! »

 

‡ J’éprouve toujours une étrange sensation en revenant à l’Apex, une émotion que le temps ne parvient pas à altérer. C’est à la fois l’impression de rentrer à la maison, et à la fois l’amère conscience qu’il s’agit d’un mensonge.

Sasuke et Sakura marchent devant, leurs sacs pesant sur leurs épaules musclées. La galerie s’éternise, vide et morne, puante, luisante d’humidité. Il n’y a pas un bruit, et pourtant je sais que notre avancée est déjà suivie du regard par six personnes et que quelqu’un, quelque part sous nos pieds, est en train d’annoncer notre retour au Point.

La première porte s’ouvre sans difficulté. Nous déverrouillons la seconde, nos doigts posés sur le capteur installé en son centre. Puis l’ascenseur est là, et les panneaux coulissants se referment dans un glissement feutré.

 

† Lorsque nous émergeons à la lumière, le couloir principal grouille déjà de monde. Les gens nous jettent à peine un regard. Ils ont été prévenus de notre arrivée à l’instant où nous étions en vue du parking. Sans nous concerter, nous nous dirigeons vers le bureau de notre formateur. Nous avons un rapport à lui faire. Puis nous irons au stock récupérer de nouveaux  uniformes, de nouvelles chaussures, de nouveaux sacs. Plus rien ne restera de l’équipement qui fut le nôtre pour la durée de notre mission. Tout sera brûlé, effacé, et nous repartirons à zéro. Comme toujours.

Les ombres ne gardent rien de ce qu’elles ont vécu, sinon encore plus d’ombre.

 

¦ Rentrer à la base me fait un peu bizarre. Je n’ai pas vraiment l’impression d’en être partie : l’Apex est avec nous où que nous soyons.

L’Apex.

La première fois que j’ai entendu ce nom, j’ai cru qu’il s’agissait d’un médicament ou d’un produit pour déboucher les chiottes. Depuis, je me suis renseignée. Il y a une encyclopédie dans l’une des salles de formation. Je connais les définitions par cœur.

En astronomie, l'apex est un point imaginaire de la sphère céleste vers lequel se déplace le système solaire.

En anatomie humaine, l'apex est l'extrémité conique d'un organe, le sommet du poumon en particulier.

En sport automobile, cela désigne le point de corde d'un virage.

Et en géométrie, apex est le nom donné à certains sommets remarquables, ceux qui sont opposés à la base d’un triangle.

J’ai vite compris que notre Apex était celui-ci : un sommet opposé à la base d’un triangle. Et je sais parfaitement qui est le triangle.

Par contre, je ne suis pas sûre de savoir qui est le sommet, ni ce qui nous y relie.

Je ne suis pas sûre non plus de comment je me suis retrouvée dans le triangle.

 

‡ L'Apex ne recrute pas ses agents sur présentation d'un CV. Il ne leur demande pas leur avis non plus : il les choisit, et une fois qu'il a décidé que vous rentrerez dans ses rangs, vous ne pouvez plus faire grand-chose contre eux.

Je ne sais pas trop comment il procède pour les repérer. Il doit avoir un nombre de taupes énorme à la recherche de la perle rare, des taupes avec un putain d'instinct. Parce que franchement, autant Sasuke était déjà plus ou moins le profil parfait, autant fallait voir profond pour imaginer Sakura et moi passer d'un métier dans lequel on sauve les gens à un autre où on les tue.

Bon, comme je disais, on n'a pas trop eu le choix. Mais là où l'Apex est très fort, c'est qu'il s'arrange toujours pour qu'on ait l'impression d'avoir décidé de le rejoindre nous-mêmes. La liberté du choix, c'est comme beaucoup d'autres jolies idées dans ce monde : une connerie.

Si les parents de Sakura sont morts, c'est parce que les orphelins font les meilleures recrues.

L'Apex ne recrute pas ses agents sur présentation d'un CV. Il les fabrique.

 

¦ C’est Sasuke qui parle, comme toujours, et Kakashi écoute. Il sait déjà tout, il a récupéré les enregistrements de notre mission, la vidéo de notre interrogatoire. Il a simplement besoin de notre version pour vérifier qu’on sait toujours répéter ce qui importe. Ce serait embêtant qu’un Numéro raconte quelque chose qui dévie de ce qu’il a vécu en tant que Numéro.

Sasuke est très bon dans cet exercice. Son esprit trie automatiquement ce qui a trait à son travail et ce qui renvoie à un ressenti personnel. Kakashi le sait. Il sait aussi ce que nous ne disons pas, la fatigue, l’odeur de pétrole, le bruit des os qui craquent. De toute façon, y’a-t-il encore une chose que Kakashi ne sache pas à notre sujet ?

Debout à côté de moi, Naruto pense à autre chose.

 

‡ Leur principe, c'est le cube. Pas le truc à base carrée et à six faces, non : l'exponentielle. Sasuke, Sakura et moi, on est chacun une part de cette exponentielle. J'vais prendre l'exemple qu'ils nous avaient donnés en début de formation : prenez un sac de graines. Gageons qu'il y en a environ une centaine à l'intérieur. Maintenant, passez cette centaine au carré : on grimpe direct à dix mille graines. Puis passez ce carré au cube…

Nous, on est pareils : une exponentielle. Seven, c'est Sasuke fois Sakura fois Naruto. Cent millions de graines. De quoi replanter le Japon après une guerre atomique.

Mais moi, j'arrête pas de me dire qu'à l'origine, on parle d'un sac. On est des êtres humains après tout, des gens, des corps, n'importe quoi mais on est "un". Un quelque chose au cube.

Et un au cube, ça ne fait toujours qu'un.

 

† Kakashi appuie sur le bouton de son dictaphone et hoche la tête. C’est bon, vous pouvez y aller. La suite ne dépend plus de nous.

Je tourne les talons, Sakura et Naruto sont déjà à leurs places de part et d’autre de mes flancs. On passe la porte, nos pas nous portent vers les vestiaires. On laisse nos sacs dans le sas sans même les défaire. Quelqu’un viendra les prendre dans un instant, et on ne les reverra plus. L’eau de la douche nous brûle les épaules. On reste longtemps sous le jet, le visage levé.

L’eau ruisselle sur notre front, notre cou, sur nos épaules puis sur notre dos. C’est là qu’ils sont gravés. Nos blasons. Je vois celui de Sakura, sombre sur sa peau blanche, et je devine celui de Naruto, pour l’instant recouvert de mousse bleuâtre. Sous mes doigts, le mien est une boursouflure de plus.

 

‡ On pourrait penser que notre emblème serait identique pour tous les trois – après tout, on se partage le même nom. Et c'est le cas, d'une certaine manière : c'est bien le même sept qui a été marqué sur notre omoplate. Mais on a quand même un signe pour se différencier vraiment, lorsque la situation n'autorise pas de confusion. Sasuke, c'est une croix romaine. Sakura, elle a eu deux traits verticaux, l'un au-dessus de l'autre, et moi, c'est une ligne barrée de deux branches transversales.

On ne nous a jamais expliqué le sens de ces symboles, mais ça fait partie des choses qu'on cherche soi-même durant toute une vie parce qu'on sait au fond que c'est important. Comme si ces signes nous représentaient vraiment, comme si les comprendre signifierait qu'on se comprendrait aussi nous-même.

Je crois que Sakura a compris le sien. Je crois aussi qu'elle n'aime pas trop ce qu'elle en a déduit. Sasuke, lui, donne toujours l'impression qu'il s'en fout comme de son premier mort, mais je sais qu'il y pense parfois et qu'il s'énerve de l'ironie de la chose. C'est vrai que la croix, c'est la représentation du lien entre Dieu et les hommes, et que c'est pas vraiment le symbole qu'on lui aurait instinctivement attribué.

Ces signes sont à peine officiels. Ils ne sont marqués que sur nos armes, pour ne pas qu'on les confonde à cause des réglages qui nous sont propres, ou sur nos cartouches d'adrénaline histoire que Sakura ne s'injecte pas la dose d'un Sasuke – ça la tuerait je crois.

Notre vrai sigle d'identification, c'est ce sept qui nous poursuit où qu'on aille. Au début, je me disais que s'il y avait bien une utilité à apposer un blason à un agent, c'était pour être sûr de le reconnaître lorsqu'il était mort : pourquoi ne pas plutôt tatouer nos croix alors ? Mais enfin bon, j'ai aussi rapidement compris que ça n'aurait rien changé. Quand l'un des Seven est mort, les autres le sont aussi. L'identité précise du cadavre ne change rien.

Nous n'avons plus d'individualité. A la place, nous avons une identité, une identité à trois faces qui n'aurait plus aucun sens si l'un de nous disparaissait.

Tant que nous sommes ensemble, nous avons encore toutes les raisons d'exister.

 

† Seven, c'est ce qui fait qu'on se retourne toujours d'un même ensemble lorsque quelqu'un nous appelle. "Hé, Seven !" Et hop, trois visages d'un coup. Lequel ? Aucune importance, puisque Seven, c'est un ensemble indissociable, une espèce de créature à six jambes et percée d'autant d'yeux. Alors quand on en appelle un, c'est forcément le groupe entier qui est concerné.

Même entre nous, on ne fait plus de différence. Dans nos têtes peut-être, encore, mais à l'oral c'est toujours : "Où est passé Seven ? Dis à Seven que… Et au fait, Seven a…" Logique, dans un sens : s'il en manque un, on sait parfaitement de qui on parle.

 

¦ C'est rare qu'on prononce nos prénoms. Quand ça arrive, c'est généralement mauvais signe, parce que ça veut dire que la situation a entaillé notre concentration et qu'on se laisse dominer par une pulsion instinctive, un réflexe venu d'un autre temps.

Moi, j'en suis venue à oublier mon nom parfois. Alors je me le répète de temps en temps, quand je suis seule : Haruno Sakura… Je me dis que c'est pour me rassurer, mais je sais bien au fond que ce qui est véritablement rassurant est cette appartenance à un numéro. Seven, c'est une place, une équipe, la certitude de ne pas être seule, jamais, et je sais que les autres le vivent comme ça aussi. Qu'on le veuille ou nom, Seven est devenu notre véritable identité.

Jusqu'à complètement gommer notre individualité…

 

† Parce que dans le fond, on s'en fout de savoir lequel du Numéro on a en face de soi. L'important, c'est de connaître son blason pour être sûr de ne pas parler à Eight ou à Ten quand on a un truc à dire à Nine.

Nos individualités, elles n'ont plus aucune valeur.

La mienne en a eu une, longtemps. Poussée d'ailleurs, le genre qui ne passe jamais inaperçue. "Alors tu es un Uchiha…" Ouais, j'étais. Maintenant, je ne suis plus que Seven. Un tiers de Seven.

Et inexplicablement, ce numéro est devenu infiniment plus précieux que le nom de mon clan d'origine.

 

‡ Le réfectoire a toujours cette odeur indescriptible de bouffe lyophilisée et de vitamines concentrées. Les longues tables métalliques sont à moitié pleines seulement, la première équipe de maintenance vient de partir et il ne reste que les membres permanents. On est le seul Numéro dans la pièce, et comme d’habitude, les gens s’écartent à la vue de nos combinaisons noires pour nous laisser le passage ouvert vers la table en chrome qui nous est attribuée.

Les plateaux émettent un cliquetis familier lorsqu’on les pose devant nous. Sakura commence toujours par de la soupe. Sasuke et moi, on préfère avaler nos pilules avant de manger. Pour une fois qu’elles ne nous torpilleront pas l’estomac.

Les couverts en acier tintent contre les compartiments intégrés des plateaux. La nourriture glisse dans ma gorge sans y laisser de goût. Les repas à l’Apex ont de particulier qu’on a le temps de les avaler. Ça ne change pas le fait que leur contenu est sensiblement identique à celui qu’on mange au quotidien.

Mes papilles se sont désensibilisées. Le sens du goût a été le premier à s’effacer chez moi, longtemps avant les autres. Pour Sakura, ç’a été le toucher. Sasuke, lui, dit que c’est l’odorat. Maintenant, on est tous au même plan. Notre nez, nos yeux, nos oreilles, notre langue et notre peau ne sont plus que des instruments à l’usage de nos missions. Je ne pensais pas qu’on pouvait ainsi formater nos sens pour les forcer à ne retenir que ce qui nous intéresse. Je pose ma cuillère pour finir mes pastilles énergisantes.

Je crois me souvenir qu’il y avait un aliment que j’aimais bien, avant.

 

† Et puis la rumeur du réfectoire s’atténue, comme une vague qui meurt. Les corps ralentissent, les têtes se tournent, les gens s’écartent. Les portes battantes viennent de s’ouvrir et un second Numéro entre d’un pas synchronisé. Parfois, je me dis que même sans nos uniformes, on nous reconnaîtrait dans une foule. A notre façon de marcher.

Ensemble.

Toujours.

 

‡ Je le reconnais de loin : c’est Nine. C’est rare qu’il soit à l’Apex en même temps que nous. Ça fait un bail que je ne l’ai pas vu. Il n’a pas changé.

Le personnel le suit du regard. Il traverse la salle, puis ses trois paires de pieds obliquent vers une table. L’atmosphère est toujours lourde quand il est là, et ça dure, jusqu’à ce que les gens se remettent à parler, d’abord en sourdine, puis reprenant peu à peu leur volume normal.

J’ai recommencé à manger mes pastilles. Je le verrai plus tard. Peut-être. Je ne sais même plus ce que j’ai à lui dire.

 

¦ Moi, Nine, il me met mal à l'aise. Par sa composition d'abord : une puissance glaciale, un bloc de dynamite et un assemblage rigoureux d'acier brillant. Est-ce qu'on peut imaginer plus dévastateur ? Il y a son ancienneté ensuite : Nine a un an de plus. Ce n'est peut-être pas grand-chose, mais on sait tous à quel point ça peut faire la différence ici. Et enfin, il y a cette espèce de connivence entre eux, cette façon qu'ils ont de se comprendre d'un regard, de bouger ensemble, de respirer d'un seul souffle. Je sais que c'est aussi le cas chez nous et je me demande parfois à quel point c'est développé – difficile de s'en rendre compte de l'intérieur – mais chez Nine, c'est particulièrement visible et ça me glace.

Ils n'ont rien en commun, pourtant. De la glace, du feu et de l'acier, comme je disais. Alors je réfléchis à ce qui a pu les fondre autant les uns dans les autres et plus j'y pense, plus je me dis que je préfère ne pas savoir. C'est irrésistible malgré tout : Nine est la projection de notre propre équipe, notre reflet dans le miroir du futur et il est difficile de ne pas s'en rappeler lorsqu'on se retrouve soudain en face d'eux. C'est pour cette raison que tous les Numéros de notre génération suivent attentivement l'évolution de leur parcours, comme si ça pouvait nous donner une idée de ce à quoi on ressemblera dans un an.

 

† On le voit pas souvent, Nine. Il est toujours en mission à perpète. Plus expérimenté, plus efficace, plus cohérent : c'est ce qu'on nous sort pour expliquer son absentéisme.  Moi, je m'en fous, il peut aller se faire tuer où il veut, ça me concerne pas. Le seul qui m'intéresse dans Nine, c'est Neji Hyûga, et lui, je sais qu'il reviendra toujours. Ce type est un prodige incontesté. On nous a souvent comparés tous les deux, mais je sais parfaitement que le gouffre qui nous sépare m'est difficilement traversable pour le moment.

Ce que Neji a de plus que moi ?

Le calme.

 

‡ Je me demande souvent ce que Nine a de plus que nous, l'ancienneté mise à part. Puis je me dis que c'est justement ça : l'ancienneté. Nine appartient à une promotion, comme nous ; la différence, c'est que de la sienne il ne reste plus que lui. Personne ne parle jamais de Six, de Five ou de Twelve.

Nine est toujours là. C'est ce qui fait sa supériorité et il est impossible de ne pas s'en souvenir lorsqu'on se retrouve soudain face à lui, comme ça, et qu'on voit son regard profond comme une abîme.

Ces types-là sont des survivants.

 

¦ Une voix nous interpelle lorsqu’on sort du réfectoire :

 — Hé, Seven !

On se retourne : c'est Eight.

 — Vous êtes déjà de retour, dit Kiba.

Il marche au centre, toujours. A sa droite, Shino se tait, et à sa gauche, Hinata est encore vivante. Je la regarde, comme pour en profiter. Je sais qu’elle sera la première à ne pas revenir.

 — On est là depuis douze heures, précise Kiba.

Il a sur le visage les marques de son passage en salle de maintenance. On va devoir y aller dès que la conversation sera terminée. Je n’éprouve qu’une froide indifférence à l’idée de revoir Ibiki.

Je sais bien que sans lui, on serait déjà morts depuis longtemps.

 — Trois Numéros à l’Apex, commente Naruto. C’est bientôt Noël ou quoi ?

 — Quatre, rectifie Kiba.

Il n’a pas besoin de lever le regard derrière notre épaule pour qu’on le sente : Ten remonte le couloir dans notre direction. Je laisse Ino se placer entre nous. Ses cheveux sont toujours aussi blonds. Elle n’a pas voulu les couper.

 — Il paraît que vous avez failli merder, lance-t-elle, moqueuse.

Son sourire me procure toujours une étrange sensation dans l’estomac. C’est une expression faciale que je ne vois plus tous les jours. J’en viens à oublier quels muscles il faut étirer pour la fabriquer. J’admire sa capacité à le produire comme ça, à volonté, puis je me dis : de toute façon, à quoi ça sert ?

 — On est là depuis vingt-huit heures, précise Ino.

 — Encore un peu et on aura l’impression d’être en vacances, ajoute Chôji.

Le mot nous arrache à tous un rictus vide de sens.

 

‡ A ma droite, Shikamaru soupire. La peau de son front s’est tendue depuis la dernière fois que je l’ai vu.

 — Combien ? finit par demander Kiba, l’œil brillant.

On relève tous la tête.

 — Douze, déclare Ino en premier.

 — Neuf, fait Kiba, battu.

 — Quatorze, achève Sasuke.

Les visages se plissent, impressionnés. Chôji regarde Sakura. Il sait qu’elle y est pour quelque chose.

 — Trente-cinq à nous trois, résume inutilement Shikamaru.

On ne sait pas trop quoi penser de ce chiffre. Ce n’est qu’une ligne de plus à ajouter au tableau de nos morts. On l’oublie sitôt révélée, mission après mission. Je sais que quelqu’un tient le compte, quelque part dans l’Apex, et je me suis déjà dit que je ne veux jamais voir le bilan total. Ça ne me regarde pas.

 — Et à nous quatre ? dit Ino en levant les yeux.

On se tait pour regarder passer Nine. Il hoche la tête, s’arrête une seconde.

 — Alors ? demande Ino.

 — Trente-six, répond Neji.

Son regard effleure Hinata, puis déjà ils repartent. Nous n’avons pas grand-chose à partager entre Numéros, si ce n’est ce genre de dialogue stérile :

 — A ton avis, qui saute qui ? demande Kiba, le regard fixé sur le dos de Tenten.

 — Oh, les trois à la fois je pense. Comme tout le monde.

 — Je ne sais pas comment vous faites pour encore arriver à avoir des pulsions sexuelles. Nous, on est complètement anesthésiés. Sans parler du fait qu'on aurait l'impression de coucher avec soi-même.

 — Vous êtes trop spirituels, Eight. Ça vous perdra.

 

¦ Je ne sais pas trop ce que veut dire Shikamaru avec son histoire de spiritualité.

Au début, j'étais amoureuse de Sasuke. Je suis tombée sous le charme directement, clac, comme on tombe du haut d'un immeuble. Naruto aussi était amoureux, de moi.

Puis les missions se sont enchaînées, les mois ont passés, nos âmes se sont vitrifiées, et aujourd'hui je serais incapable de dire si oui ou non je sais encore aimer.

Même ça, ils nous l'ont enlevé.

 

† C'est un mot trop beau, un concept trop pur. C'est quelque chose qui ne nous appartient plus et qui ne nous concerne pas.

Nous ne méritons plus d'aimer ou d'être aimés.

 

‡ Je n’ai pas besoin de regarder Sasuke et Sakura pour savoir à quoi ils pensent. Je sais que nos avis divergent sur ce point. Je n’arrive pas à adhérer à leur positionnement. Pour moi, la capacité d’aimer n’est pas comme le sens de l’ouïe ou la synchronisation d’une démarche. On ne peut pas la formater de la même façon.

On peut la modifier, pour ça je suis d’accord. On peut la transformer jusqu’au point où le terme exact est « mutation », on peut la défaire pour la reconstruire sous une forme très loin de ce qu’on aurait pu imaginer auparavant. Mais elle est toujours là.

Pour moi, ce qui nous lie si bien, tous les trois, c’est cette capacité à aimer. Nous nous aimons ; Sasuke, Sakura et moi, nous nous aimons d’un amour désincarné, celui qui ne retient que les os et le sang.

A la réflexion, peut-être que le mot « rage » est plus juste. Mais il faudrait lui enlever son attribution passionnée. Nous ne sommes pas des amants. Nous sommes des Numéros.

Nous sommes « un ».

Nous sommes Seven… jusqu’à notre dernier souffle.

 

¦ Parfois, on se pose et on imagine ce qui se passerait si on décidait de tout arrêter, là, maintenant, de reprendre nos boulots d'avant et de recommencer à vivre. Avoir une maison, une boîte aux lettres à son nom, des fringues normales et un frigo plein de ce qu'on veut. Sortir le soir, voir des gens, boire des verres. Visiter ses amis. Avoir un chien. Partir en week-end. Fonder une famille.

Puis on se regarde, et on continue de se taire. Parce qu'on sait.

 

† On sait que rien ne sera jamais plus comme avant. On sait qu'on ne retrouvera jamais notre place dans la roue du monde, qu'on ne regardera plus de la même façon, qu'on ne respirera plus pareil, qu'on ne rira plus du fond de l'âme. On sait que notre quotidien nous sera à jamais étranger, qu'on aura l'impression d'être des imposteurs, qu'on cherchera sans jamais le trouver le sens de notre nouvelle existence.

Nous sommes institutionnalisés maintenant, formatés, refondés. Définitivement, irrévocablement désocialisés.

Nous sommes déjà morts aux yeux du monde, et à nos propres yeux.

Inutile de se mentir : c'est aussi ce qui fait notre invulnérabilité. Ça et notre numéro commun.

 

¦ Enlevez-moi Seven, et c'est mon cœur que vous massacrez. Touchez à Naruto et ce sont mes tripes que vous arrachez, posez la main sur Sasuke et c'est ma gorge que vous entaillez. Je crois que je n'ai jamais su me protéger moi-même. Mais j'ai appris à protéger les autres, ces deux autres, ces parts de moi qui me sont plus précieuses que ma propre vie.

Il fonctionne comme ça, Seven. Comme un monstre à six bras qui veillent chacun sur ses membres voisins. Un seul cœur et un même cerveau.

Vous connaissez l'expression "tomber de Charybde en Scylla" ? Ça veut dire aller de mal en pis, et ça prend son image de la mythologie grecque. Charybde et Scylla, ce sont deux monstres qui gardent un détroit quelque part dans l'océan. L’une est l’enfant de deux dieux, et l’autre est une nymphe trahie. Dans les deux cas, rien ne les prédisposaient à devenir des monstres. Ce sont les interventions des Dieux qui les ont métamorphosées. Elles rugissent depuis, gardiennent d’un gouffre que Poséidon lui-même ne peut franchir, et Ulysse les a fuies en y laissant six de ses marins. La magicienne Circé les a décrites comme « un mal éternel, terrible fléau, réalité sauvage et qu'on ne peut combattre. »

Alors voilà.

Nous sommes un mal éternel, un terrible fléau, une réalité sauvage qu'on ne peut combattre. Et je me suis toujours demandée pourquoi l’Apex prenait le risque d’être Poséidon, dans cette histoire.

 

† Il est forcément au courant, l’Apex. Il sait que nous sommes plus puissants que lui. C’est bien pour ça qu’il est rare qu’on soit autant de Numéros en arrêt en même temps, et c’est aussi pour ça qu’il nous est interdit de s’entraîner ensemble.

L’Apex dit que c’est pour préserver les spécificités de nos Numéros. C’est de la connerie. Il serait bien emmerdé si on commençait à développer quelque chose qui ressemble à de la relation entre collègues.

En attendant, cette interdiction me fait chier. Je donnerais mon rein gauche pour avoir l’occasion de prendre Neji au corps-à-corps.

 

‡ Nos entraînements se déroulent toujours en présence d’inconnus. On ignore les noms, on ne voit rien des visages dissimulés. On se reconnaît dans celui d’Ibiki, toujours là, toujours droit, et sa voix qui claque :

 — Recommence !

 

¦ On obéit, sans réfléchir, surtout sans réfléchir. Les silhouettes anonymes tombent les unes après les autres, elles sont armées, nous n’avons que nos poings. L’exercice nous vide jusqu’à la dernière goutte d’énergie. Puis quand on en est là, pantelants, suants, blessés, prêts à s’écrouler d’épuisement, Ibiki fait un geste de la main et six autres personnes montent sur le tatami.

Et je ne sais pas comment, mais on tient encore le coup.

 

† Parfois, je me dis que le boulot d’Ibiki est de nous remodeler après chaque mission. A coups de masse, à coups de latte, il nous fait reprendre forme en martelant nos corps jusqu’à atteindre nos âmes. Il nous rappelle que nous ne sommes que des armes douées de réflexes. Il nous rappelle que ce sont nos muscles qui nous sauveront. Il nous rappelle ce que ça fait, d’avoir mal. Mal à en chialer.

A côté de moi, Sakura se répète la même phrase, en boucle, dans sa tête. Naruto a le regard vide. Son esprit ne cogite plus. Les uns après les autres, nous entrons dans la dernière strate de notre conscience, celle qui se situe un pas au-delà de nous. Celle que nous ne maîtrisons qu’à moitié. Celle qui fait de nous des bêtes.

C’est la dernière strate.

Dans moins d’une minute, mon esprit à moi aussi déconnectera. Je ne serais plus qu’un pantin obéissant à des réflexes animaux, et mon cerveau égrènera en continu, sur une fréquence morne et répétitive, des séries de chiffres sans queue ni tête.

Chacun son truc pour tenir le coup.

C’est la dernière strate.

 

‡ Sakura, elle se répète la même phrase, encore et encore, jusqu’à ne plus en avoir conscience. « Le vent dans les feuilles ». Elle m’a dit qu’elle ne savait pas pourquoi cette phrase en particulier. Ça fait partie des choses qu’on ne contrôle pas.

Sasuke, lui, c’est des chiffres. Pareil, aucun de nous ne sait pourquoi. Des chiffres. Même pas des nombres. Dans son crâne, ça doit être quelque chose du style : « Quatre deux trois zéro neuf huit sept deux neuf zéro six », et ainsi de suite.

Et moi, ce sont les mots.

Comme s’ils se défoulaient, comme s’ils se vengeaient du silence auquel je les soumets le reste du temps.

Les mots.

 

¦ De nous trois, Naruto est le seul à avoir encore à moitié conscience de ce qu’il se passe dans cette strate bien particulière de notre état d’éveil. Sasuke et moi, on a tous les deux complètement passé les commandes à nos instincts. Pas Naruto. Il dit que non, que c’est comme nous, des mots à la suite, que ça veut rien dire. Mais je l’ai entendu un jour, il les laissait échapper à mi-voix, et j’ai bien vu qu’au lieu d’une liste décousue, il encaissait mot après mot tout ce qui était en train de se passer.

C’est là que j’ai su que de nous trois, c’est lui le plus fort.

 

† Il nous faut toujours du temps, après l’entraînement, après le plongeon dans la dernière strate. Pour se réveiller. Pour se souvenir. Puis la douleur se charge de nous rendre à nous-mêmes. Et nous sommes là. De retour. A hurler de l’intérieur. Chaque fois un peu plus près de la perfection. Chaque fois de retour.

Et si un jour on ne revenait pas ?

 

¦ Sasuke regarde sa montre, premier réflexe. Les mots fusent d’entre ses lèvres, deux quarante-sept, c’est pas mal, c’est mieux, c’est moins qu’en situation réelle. Mais c’est encore beaucoup pour se rappeler qu’on a une conscience.

Deux minutes et quarante-sept secondes.

Mes jambes ne sont plus qu’un océan de souffrance.

 

‡ Sakura se relève, je sens qu’elle a mal, je devine les bleus et je vois les coupures. Je stoppe mon vertige d’une claque. Debout à mon tour. Sasuke s’éponge le visage. Rouge. Ibiki replie sa baguette d’entraînement. C’est fini pour aujourd’hui.

On peut aller saigner ailleurs.

 

† C’est reparti pour la douche. Puis la cellule médicale. La routine. Bon retour à l’Apex, les merdeux.

Le pire, c’est qu’au fond de nous, je sais qu’on apprécie ces séances.

 

‡ On reste à l’Apex un temps fou. Douze heures, puis vingt-quatre, trente-six, quarante-huit, soixante-deux. Un temps fou, à attendre sans que personne ne nous renvoie dehors. Les autres Numéros partent, les uns après les autres. Nine a décollé en premier. Eight a suivi. J’ai dit au revoir à Hinata. On ne sait jamais si on la reverra. Puis c’est le tour de Ten. Cette fois, c’est lui qui nous dit au revoir.

 — Faut croire que les choses bougent enfin, commente Shikamaru.

Je ne sais pas ce qu’il entend par « les choses ».

 

† L’attente me rend dingue. Les jours se succèdent et on est encore là, sous terre, comme des zincs au rebut dans la cale d’un porte-avion. La routine de l’Apex me fortifie mais me rend malade. C’est voulu. Il serait bien emmerdé si ses Numéros ne voulaient plus partir.

J’en peux plus. Besoin d’air. D’obscurité. D’être seul avec les miens.

Je quitte ma couchette, descend dans celle de Sakura. Elle se pousse pour me laisser la place. On se vautre ensemble. Et on pense à ce qu’on fout là.

Demain, ou après-demain, on viendra nous dire que ça y est, on ressort. On ressortira. On traquera. On fera ce pour quoi on a été formés. Puis on reviendra, dans un mois, quatre, douze. Et tout recommencera.

 

¦ On la connaît, la fin de l'histoire.

Quelqu'un finira bien par nous avoir. Ou alors ce sera d'épuisement. Ou par l'un d'entre nous. Quel que soit le moyen, on s'en ira, dans deux jours, dans deux ans, dans dix ans. On s'en ira, dans le sang et la sueur, dans le noir et le silence. Parce qu'on n'aura jamais rien mérité de plus, et parce que notre monde n'aura jamais rien d'autre à nous offrir.

La peau de Sasuke est chaude contre la mienne. C’est le seul moment où je ressens encore quelque chose. Ça, et quand nos souffles se mêlent.

 

‡ Sasuke et Sakura sont étendus l’un contre l’autre quand j’entre dans le dortoir. Je me glisse avec eux, puis j’annonce :

 — On part demain.

Je sens la même inspiration soulever nos poitrines. A la fois un espoir et une résignation. Peut-être que quelque part au fond de nous, on espère tous que nous avons achevé notre dernière mission.

On sait tous que c’est absurde. Quand notre dernière mission sera achevée, nous serons morts.

 

 

 

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