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(Consulter tous les articles)

Victor Sierra : financement participatif pour leur 5ème album
 par   - 156 lectures  - Aucun commentaire

Victor Sierra est un groupe français de musique steampunk.

Jje les suis depuis plusieurs années et nous sommes devenu amis.
Ils lancent un financement participatif pour leur cinquième album sur indiegogo :
Victor Sierra's 5th album

Ils chantent dans plusieurs langues : français, anglais, un peu d'espagnol et de yiddish dans certains titres.

Vous pouvez écouter des morceaux et voir des vidéos sur leur sites https://victorsierra.net/ ainsi que sur youtube, itunes, spotify...

 

Problème d'alimentation
 par   - 98 lectures  - Aucun commentaire

Bonjour à toutes et à tous.

Désolé pour les interruptions réccurentes. Il y a un gros problème avec l'alimentation des serveurs. L'onduleur à laché.
Je les ai momentanément branché directement, mais ça eut dire qu'en cas de coupure de courant il faudra attendre que celui-ci revienne.

 


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La ligue des mangoustes recherche de nouveaux héros
 par   - 1717 lectures  - 1 commentaire [30 mai 2020 à 12:42:02]

Fan de manga et/ou de comics et écrivain dans l'âme, cette annonce s'adresse à vous !


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Naruto

Entre ça, ça, et toi, mon coeur balance
[Histoire En réécriture]
Auteur: Kokonut Vue: 60730
[Publiée le: 2007-08-20]    [Mise à Jour: 2009-04-25]
13+  Signaler Romance/Humour/School-Fic/Amitié Commentaires : 327
Description:
[Chapitre 7 en ligne]

On leur a toujours rêvassé que le lycée, c'est le Paradis sur Terre.

Quoi de mieux que d'avoir seize ans tout rond, de faire ce que l'envie dicte sans trop y réfléchir, de vivre la vie à cinq cent à l'heure et d'enchaîner délires et amourettes ?

Si jamais vous rencontrez une de ces cinq jeunes filles, pourtant complètement différentes les unes des autres, elle vous dira tout le contraire. Et oui, dur, dur d'être une adolescente.

Entre familles plus ou moins bizarres, amitiés naissantes, aversions marquées, problèmes personnels, elles en verront de toutes les couleurs !

Et en plus, si le coeur vient s'en mêler, bonjour la pétaudière...

*

Hinata est une jeune fille "pâle" et "effacée", comme le disent ses proches. Incontestable timide au grand coeur, elle cherchera à s'affirmer, à se découvrir, et surtout, à se faire remarquer autrement que par amitié par une certaine personne. Et elle apprendra ce qu'est la vie.

Comme la nuit et le jour, Ino est tout son opposé. Blonde jusqu'au bout des os, elle n'a pas sa langue dans sa poche et ne fait rien pour y remédier. Superficielle et vaniteuse, elle aime se prendre pour le nombril du monde. Et si elle apprenait à se taire davantage et à écouter ?

Tout dans ce Monde possède un juste milieu. Sakura n'est ni blanc ni noir. Sakura est multicolore. Toujours la parole juste, la remarque pertinente, l'analyse complète. Si une fille parfaite devait exister, ça serait elle. Mais comme on dit, la "Perfection" n'existe pas, et elle va se découvrir des facettes qu'elle n'aurait jamais suspectées...

Tenten débarque tout juste en ville, entraînée avec toute sa famille par un père absent et camouflé derrière ses feuilles de journal. Elle s'est toujours considérée comme quelqu'un de passe-partout. Pas trop ci, pas assez ça... Des défauts, pleins, des qualités... Laissez-moi chercher. Encore enfant, gaffeuse, entêtée, c'est normal d'être aussi enfantine à 17 ans ? Entre toutes ces questions, elle cherchera une réponse. Qui pourtant est sous son nez.

Temari, grande soeur attentionnée et force de caractère, n'a pas changé d'un pouce, n'a besoin de personne, personne n'a besoin d'elle, et elle se plait à penser qu'elle ne changera jamais. "Carpe Diem" comme le disait si bien ses potes les Anciens. Peut-être bien. Mais au final, elle comprendra que savoir faire des choix pour le lendemain n'est pas aussi facile que ça en a l'air.

[OOC & UA]
Crédits:
Tous les personnages de Naruto sont à Masashi Kishimoto sauf ceux que vous ne connaissez pas.
<< ( Préc )
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Chapitre 7 : Les jeux sont faits, plus rien ne va plus

[14051 mots]
Publié le: 2007-10-31
Mis à Jour: 2009-04-25
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Chapitre 7 : Les jeux sont faits, plus rien ne va plus.


Longtemps, Temari avait considéré Ino comme une fille aussi bête que ces magazines fuchsias qui garnissaient les étalages des supermarchés et qui, dans des annonces tape à l'œil, promettaient de dévoiler des secrets inédits et totalement glamours sur des célébrités dont le nom la mystifiait complètement. Si la jeune femme n'appréciait guère commettre des erreurs parce qu'elle savait qu'elle détenait un potentiel intellectuel et analytique conséquent, il lui avait été étonnant et plaisant, malgré cette pointe de déception ridicule dont elle ne pouvait se défaire car elle appartenait intégralement à sa personnalité de matrone, de constater que cette fille qui diffusait tout autour d'elle des ondes de gaieté était loin d'être la chétive et pâlotte ébauche que les langues de vipère construisaient de leurs sales et fourbes ragots.

Certes, Ino Yamanaka se dotait réellement d'un caractère volatile et naturellement curieux, propice au développement d'une personnalité insipide. Néanmoins, les gens oubliaient bien trop souvent de préciser que sous ses paillettes et son apparence très soignée s'établissait la véritable charpente imparfaite et humaine d'Ino. Un cœur généreux et débordant malgré sa rancune facile et quelques aversions pour celles qui attiraient son courroux, une aisance pour donner et recevoir malgré sa passion pour le cumul et son nombrilisme de jolie fille, un amour-propre véritable et une force de caractère que peu de demoiselles de son âge pouvaient se vanter de posséder. Et c'était en la côtoyant par le hasard de ce début d'année singulier qu'elle avait pu détruire les briques du mur qui la séparait du monde extérieur sur lequel, malgré ses convictions, elle regorgeait de préjugés.

Tout en suivant le trio que formaient Hinata, Ino et Tenten devant Sakura et elle, lassées d'ouïr une énième fois la conversation qui tournait en boucle sur les lèvres avides et intéressées d'Ino, cet inattendu et surprenant moment qu'avait partagé le binôme quatre, Temari ralentit son pas et dit vaguement « au revoir » à Sakura qui empruntait à la suite des filles un autre couloir. L'adolescente aux yeux mentholés lui adressa en retour un resplendissant sourire qui la déstabilisait encore car elle ne parvenait pas à abandonner sa méfiance coutumière. Toutefois, une mince ligne apparut sur son visage, timide, les lèvres pincées, et elle laissa aller sa main mollement, tandis que la chevelure rose et le gilet en laine tricoté main disparaissaient avec hâte par l'escalier pour rejoindre les commères déjà loin. Désormais totalement seule, car ces lycéens inconnus qui désertaient l'établissement ne présentaient à ses yeux aucun intérêt, elle regarda sa montre et lâcha un énorme soupir.

Mardi, dix-sept heures. Pour un lycéen lambda de la classe de Première B, cette cloche bénéfique qui retentissait alors dans les couloirs signifiait que leur journée s'achevait enfin et qu'il était permis de courir dehors pour profiter des ultimes heures de soleil de la saison. Mais Temari, apparemment, n'était pas lambda, et pour une fois, elle aurait souhaité l'être. Ne pas avoir débité des inepties devant la proviseure, ne pas s'être adonné à un lancer de pâtes ou de yaourts, elle ne s'en souvenait déjà plus, ne pas s'être stupidement emportée pour des broutilles qu'elle aurait pu snober en montrant sa supériorité par une ignorance hautaine.

Derrière elle, elle perçut le bruissement disgracieux d'un soupir étouffé par un bâillement las, et ses dents grincèrent d'irritation. Grâce à ce signe distinctif, la No Sabaku devina aisément l'identité de la personne qui la suivait, qui n'était nulle autre que le déclencheur de son hystérie avec lequel elle partagerait une heure de calvaire.

Et soudainement, à bien y penser, elle eut envie de se tirer une balle entre les deux yeux, histoire de ne pas se louper et d'abréger ses souffrances à venir. En effet, le temps paradisiaque de deux secondes, elle imagina que le pari et la semaine des faveurs ne tourbillonnaient plus parmi ses vagues de pensées. Rien que le fait de le voir là, planté devant elle dans ses pantalons trop larges et ses pulls qui manquaient de fraîcheur et dénotaient son côté nonchalant, elle se sentait désagréablement horripilée de cette perspective. En colère, davantage contre elle-même que contre Shikamaru, parce qu'elle goûtait le goût âcre et bilieux de la défaite, elle avait décidé de reporter son courroux sur l'adolescent qui de toute façon apprendrait à faire avec ses aléas de caractère. Dans le cas contraire, elle les lui imposerait. Point.

Néanmoins, bien qu'agacée, elle se tourna vers le garçon qui paraissait aussi désemparé qu'elle, si ce n'était plus, et lui asséna ces quelques paroles :

« Rappelle-toi toujours que c'était d'ta faute. »

¤O¤

Hinata, constatant en silence qu'Ino, alors que l'eau avait coulé sous les ponts après deux jours, ne tarissait pas de suppositions taquines à propos de ce samedi qu'avait passé Tenten en compagnie du cousin, décidait fermement de ne pas piper mot de ses propres embarras à ses nouvelles amies, bien trop effrayée que la rumeur qu'elle, le petit laideron, était courtisée par un charmant admirateur secret, ne se propageât et déclenchât des émules. Naturellement peu discrète, la blonde risquait d'exploser de joie à l'entente de cette nouvelle saisissante, et cette joie serait peut-être davantage portée vers le jeu sucré de la recherche du mystérieux anonyme qu'en direction de cette malheureuse Hyûga qui resterait les bras ballants, ignorante de la marche à suivre. Si toutefois Hinata sentait le désir d'en informer Sakura qui, sous ses airs plus sages, attirait sa confiance, elle ne doutait pas une seconde qu'aussitôt l'affaire révélée, la douce rose se métamorphoserait en terrifiante harpie avare et partagerait son butin, une croustillante déclaration, avec sa sbire blonde. Elle choisit donc de coudre finement ses lèvres.

La Hyûga se contentait de feindre d'écouter les divagations de son amie qui provoquaient sur la peau basanée des joues de Tenten la déflagration d'un arc-en-ciel pimpant. Parce que la voix d'Ino portait, qu'on le voulût ou non, il était impossible d'occulter ses dires et Hinata se vit reporter son attention sur les mots malgré elle.

« Moi, je te le dis, il n'est pas insensible à ton charme dévastateur ! gazouillait Ino sans interruption. »

Pour empêcher de gêner Tenten qui n'en menait pas large, la cousine du concerné haussa discrètement sa main en face de sa bouche, camouflant un début de sourire. Insensible, le mot pouvait par moment s'accoler avec une justesse terrifiante au jeune Hyûga, mais dans le cas présent, il était joliment hors contexte.

Bien qu'elle trouvait cette affirmation grotesque et presque risible, elle se laissa aller à aviser les faits. Elle avoua alors qu'une part de vérité résidait enfouie sous le masque hilare. Effectivement, à en croire la narration qu'avait effectuée la Wang Zu de sa voix rêveuse, quelque chose de différent s'opérait chez son cousin en compagnie de Tenten, mais n'importe qui, face à une personnalité imprévisible, réagirait d'une manière qui n'entrait pas dans les normes sociales et convenables, même le plus austère des personnages, Neji en l'occurence. Et puis, connaissait-elle suffisamment son cousin pour dire la manière dont il réagirait ? Pour faire la liste de ce qui lui plaisait réellement ?

Hinata ressentait une honte prononcée devant le fait accompli : elle ignorait beaucoup de choses sur sa vie et le déplorait sincèrement, rêvant d'une famille soudée et complice. Mais comment se comporter devant le manque d'enthousiasme et d'expansivité de Neji ? Rien qu'à l'idée de commettre un faux pas qui le froisserait, elle s'effrayait et imaginait déjà les décombres de leur relation instable et étrange, dévastée.

« Je vois pas de quoi tu parles, coupa alors Tenten en détournant soigneusement le visage, tentant par sa voix ferme de faire oublier sa gêne.

-C'est ça, fais l'innocente. Ça commence comme ça et on sait où ça finit... ricana Ino, malicieusement.

-Ah ouais ? fit Tenten, l'air soudainement plus mutin encore. Je te dirai ça lundi prochain.

-Quoi ?

-Comme je montre aucun progrès et risque même de récidiver, l'aventure se poursuit la semaine prochaine... annonça-t-elle, un brin amusée par les trois visages qui affichaient des mines ahuries. Mais, reprit la jeune fille avec une hausse de ton significative, la paume dressée devant elle, l'autre main sur le front, dans une posture caricaturée de tragédienne, Télé-Tenten ferme ses antennes pour le moment, la connexion semble parasitée et elle voudrait pas satisfaire ta curiosité tout de suite... A la semaine prochaine pour un nouvel épisode de « J'adore voir mes amies s'exciter pour rien ». »

Cela étant dit, elle prit ses jambes à son cou et se rua vers son domicile. Dans un coup de vent, elle fit une bise à sa mère, laquelle fut passablement étonnée de recevoir une marque d'affection de la part de son adolescente de fille, puis grimpa quatre à quatre les escaliers pour terminer sur le lit de sa chambre. Tandis qu'elle rebondissait sur le matelas par contrecoup à la force de sa chute, puissamment entraînée par une impulsion joyeuse, elle fut l'unique témoin de son immense éclat de rire.

Le temps qu'elle reprît son souffle, Tenten se laissa tomber en bas de son lit, roula sur le plancher, peu effrayée par la fine couche de poussière qui témoignait d'un passage rare de l'aspirateur, jusqu'à buter sur un mur. Il s'avéra qu'il s'agissait de la porte coulissante de son garde-robe, lequel ferait hurler d'effroi Ino, recouverte du miroir devant lequel elle s'interrogeait souvent, comme si son reflet, une division abstraite de son être, chuchoterait des réponses fantômes à son oreille.

Surprise de rencontrer cet obstacle, la brune se retourna et son nez toucha accidentellement sa surface froide et polie. Le temps de lâcher un petit « Aïe » pour la route car elle ne souffrait pas plus que sous les coups d'un mille-pattes boxeur, et ses paupières se fermèrent. Lorsqu'elle les rouvrit et recouvra par le même temps la vue, sa main, venue par réflexe au niveau de l'endroit touché, glissa lentement vers sa joue, de la lenteur coutumière d'une hésitation d'étonnement auquel se mêlait l'incompréhension.

Tout ce rouge, décidément, cela ne lui allait pas.

¤O¤

Temari n'aurait jamais pensé créer une aussi étroite et intense connexion visuelle en si peu de temps. Car en effet, dix-sept minutes, ce n'était pas long à proprement parler mais la chose qui accaparait toute son attention et qu'elle fixait avec la ferveur la plus soutenue depuis le début de l'heure, lui annonçait dix-sept minutes (et désormais trente et une secondes), elle ne pouvait le croire, et à ses yeux et à son avis, c'était déjà amplement trop.

Sincèrement, elle n'avait rien contre le latin en particulier, ni contre cette enseignante dévouée, ni contre cette classe insignifiante qui ressemblait à toutes les autres avec son lot de bavards, de bons participants et de blasés, la jeune femme ne souhaitait plus qu'une seule chose au monde, se lever et partir. Il en allait de sa santé mentale.

Prestement, elle déporta son regard vers la droite, s'apprêtant à formuler une remarque froide et cynique.

Le stylo Bic un peu mâchonné de son voisin frémissait entre les doigts de son propriétaire qui essayait avec peu d'intérêt de lui impulser un mouvement circulaire comme certains savaient le faire avec adresse. Malheureusement, le peu de conviction apporté à la tâche ne donnait guère de motivation au crayon qui s'affaissait sempiternellement et tombait sur le bureau de faux bois dans un cliquetis agaçant. Pour rajouter au tableau, à la fin de chaque essai, un « Galère, on s'fait chier. » essoufflé et las, à peine articulé, passait entre ses lèvres dans un filet d'air, créant un écho filandreux au cliquètement. A l'entente de cet énième murmure, le dos de Temari s'arqua violemment, et prise d'une irrésistible envie d'empoigner son stylo et de le rompre en deux, elle émit une grimace.

Lorsque ce voisin avisa le coup d'œil insistant et brûlant de la blonde, il se contenta de la fixer un court instant et de lâcher un « Quoi ? » qui ne paraissait pas du tout concerné avant de se replonger dans son activité qui lui permettait de tuer le temps, au détriment du bien-être de l'autre collée.

En somme, ces détails frisaient le néant intersidéral, et s'ils n'avaient pas bercé son enfer depuis dix-sept minutes, Temari ne les aurait pas remarqués. Cependant, accumulé, petit bout par petit bout, ces détails la tuaient, cette boucle infernale irritante n'en tarissait pas. Et jamais au grand jamais Temari No Sabaku n'avait brandi en étendard l'insigne de la patience, au contraire. Et ce jour-là, quelle rude épreuve connaissait-elle...

Après avoir entendu sa réplique, elle cessa de porter son regard sur lui pour démontrer qu'elle n'était pas aussi impulsive qu'il le croyait, puisqu'il se référait à l'épisode cuisant de la cantine. Les yeux clos, elle fronça les sourcils et tandis que la peau de son front se plissait furieusement, elle tentait d'oublier les bruits avoisinants, imperceptibles et anodins pour les autres mais qui avaient le don d'exciter ses cellules agressives. Sous son épiderme, elle les sentait clairement s'agiter et envoyer à son cerveau des signaux nerveux de liquidation mais elle s'évertuait à les passer sous silence, peu désireuse d'être victime de son manque de clémence envers les petits détails.

Cependant, un élément perturbateur vint corser son calvaire. L'enseignante, semblant excédée de constater que le taux de participation stagnait à deux élèves sur trente et un, s'adressa à sa classe d'une voix autoritaire. L'ordre « Interrogation surprise ! » qu'elle leur asséna froidement déclencha une vague de protestations mais cela aboutit fatalement à la victoire du professeur qui voyait les feuilles se sortir et qui, déjà, préparait son arme de destruction massive, le stylo rouge. Petit à petit, un silence frustré se couchait sur la salle, quelquefois percé par le crissement d'une plume sur une feuille ou le bourdonnement d'une tête en état de surchauffe imminente.

Se sentant à découvert, Shikamaru reposa le crayon qui avait mené à mal les nerfs de la blonde et alors qu'elle bénissait le ciel d'avoir écouté ses prières, le Nara, embêté de ne plus rien avoir pour s'occuper, s'empara vaguement de la chaîne argentée qu'il portait autour de son poignet gauche. Les orbites de la jeune femme prirent une ampleur phénoménale pendant que les doigts de l'adolescent amorçaient un jeu hasardeux avec la chaîne. Et comme par hasard, tout cela tintait joyeusement.

Au grand dam de la demoiselle en détresse.

En effet, dans un tel état de paix, le moindre son résonnait, amplifié par l'absence d'autres divertissements auditifs. Il n'en fallut pas plus à Temari pour qu'elle ne décidât d'agir avant qu'on ne lui ouvrît les portes d'un hôpital psychiatrique.

« Mais ouille ! s'écria tout à coup Shikamaru, frottant son bras, surpris par la frappe brève mais violente de sa voisine. C'était pour quoi, ça ?

-Parle moins fort, 'spèce d'artichaut ! persifla-t-elle. Ça, c'était pour éviter de te parler et te faire taire en même temps !

-Bah bravo génie, ça a pas fonctionné, mais pas du tout, regarde, tu parles, là, lui fit-il remarquer d'un ton mou, massant encore son membre endolori. Barbare ! Et j'arrive même pas à dormir en plus, tu bouges tout l'temps... se plaignit-il.

-La faute à qui ? Tu m'stresses avec tes clics-galère-clics-galère-clics-galère... rouspéta Temari, répétant inlassablement le même refrain par provocation pour lui montrer à quel point cette ritournelle provoquait des envies de meurtre.

-Parle moins fort ! reprit-il en jetant une œillade vers la professeur qui, le nez dans des copies, ne paraissait pas alertée par leur discussion à découvert. Et arrête de ressasser les mêmes histoires. C'qui est fait est fait, t'avais qu'à réfléchir pour une fois... Et il est quelle heure ? rajouta le garçon pour l'empêcher de réagir aux mots « pour une fois ». »

Un regard meurtrier lui fut lancé par les deux orbes étincelants de Temari et pendant un instant, déglutissant, il songea à déguerpir tant la foudre contenu dans ce regard l'inquiéta. Un peu lâche sur les bords, en garçon qui n'appréciait pas se heurter aux chocs, il eut le réflexe de reculer un tantinet sur sa chaise, s'éloignant de la zone potentiellement dangereuse qui entourait sa partenaire de binôme. Il craignait un second coup qu'il méritait peut-être, Shikamaru avait du mal à distinguer l'étendue de ses remarques pointues mais rien ne vint comme il s'y attendait. Comme une antilope qui ne percevait plus la présence de la lionne tapie derrière un bosquet, il se détendit.

« Plus que quarante minutes en ta compagnie, grommela la No Sabaku, les iris encore scintillants. »

Shikamaru s'apprêtait à lancer une répartie qui signalerait à la demoiselle que leur cohabitation ne l'enchantait pas non plus mais avant qu'un seul mot ne déliât sa langue, de sa bouche ouverte grinça une clameur qu'il étrangla tant bien que mal. Le coup était parti sans qu'il ne pût le voir et encore moins l'esquiver.

Temari, semblant particulièrement fière d'elle, posa avec une grâce exagérée son menton sur sa main coupable et ravie.

« Tu vois, Shika ? J'ai réfléchi, là. Avoue que tu t'y attendais pas, se moqua-t-elle en lui adressant un clin d'œil railleur.

-T'es insupportable ! J'm'en fous, de toute façon, j'aurais ma revanche, maugréa-t-il en tapotant furieusement du pied.

-Quand ça ? susurra Temari en s'affaissant sur la table. La semaine des faveurs ? On y est pas encore. »

Elle s'apprêtait à lui porter un troisième coup, un pincement sur sa peau, pour rire, parce qu'elle trouvait amusant d'assister à son sursaut de fillette effarouchée mais son poignet lancé n'atteignit pas la chair de son bras malingre, arrêté par l'étau de sa main qui l'enserrait avec une force à laquelle elle ne s'attendait pas. Comme un ver de terre, elle gigota pour s'extraire de cette prison, si bien que le professeur et quelques curieux déconcentrés par le fourmillement provenant de l'arrière de la classe soulevaient leurs yeux de leur travail pour leur jeter un regard inquisiteur.

Aussitôt, Temari se figea et Shikamaru s'empressa de dissimuler sa prise en-dessous du bureau, tous les deux affichant un sourire grandiloquent qui en disait long sur leur manque d'innocence dans cette affaire. Néanmoins, ils surent se faire oublier et dès que plus une prunelle ne fut plus braquée dans leur direction, la lutte reprit de plus belle.

« Tu arrêtes ça, Tema, lui intima Shikamaru dans un chuchotement. »

Ne voulant ni se laisser faire, ni obéir aux ordres, contradictoire, Temari gigota avec le plus de discrétion que lui permettait leur agencement. Toutefois, si elle ne doutait pas de son avantage physique sur le garçon malingre car dans n'importe quelle autre situation, un duel les opposant se serait conclu sur sa victoire, la table et l'angle dans lequel il coinçait son membre plaçaient le Nara dans une inéluctable position de force qu'il usait à son avantage. Finalement, elle mit son entêtement de côté pour une unique fois, et soupira, lui montrant ainsi sa résignation. Satisfait et soulagé de ne pas avoir eu à se montrer plus vigoureux, le brun relâcha sa prise.

Temari, à première vue, se distinguait par son excentricité et son absence d'unicité dans ses goûts vestimentaires. Si un penchant pour les teintes de violet et les résilles se retrouvaient dans la plupart de ses tenues, il était fréquent de la voir débarquer au lycée le matin complètement transformée par rapport à la veille. Elle ne refusait pas de porter des jupes affriolantes qui soulignaient ses hanches en les accompagnant de vieilles bottes et d'une veste en faux cuir, puis de se retrouver le lendemain accoutrée de baskets trouées, d'un jean délavé et d'un T-shirt qui affirmait « Jesus was gay ». Grande amatrice de brocantes, elle furetait en quête du style absolu ; l'absence de style qui, elle le clamait, la rendait différente des individus qui s'affirmaient uniquement par des habits pré-sélectionnés. Il n'existait dans sa manière d'être aucune norme, seulement des idées qui s'exprimaient à leur guise, sans platitude et répétition, un univers libéré de conventions et surtout, un espace encore en mouvement, en chantier, un monde ouvert.

Ce fut par un hasard des plus basiques que ce jour-là, aussi grognonne que toutes les autres matinées, elle avait opté devant sa panoplie de bijoux clinquants achetés pour des miettes de pain par-ci par-là, pour un épineux bracelet orné de pics métalliques qui lui donnait un petit côté indomptable.

Si elle avait cru possible qu'un de ces piquants pût s'accrocher pile poil sur la fermeture qui jouait également le rôle d'ouverture du bracelet qui avait tant échauffé ses nerfs peu auparavant, elle l'aurait balancé dans une corbeille sur le champ, sans état d'âme. Mais ce genre d'étrange coïncidence qui matérialisait les liens difficiles et qui relevait quasiment du miracle de malchance ne survenait jamais, sauf lorsque l'on s'y attendait le moins, entre deux personnes pour qui être reliés, connectés, liés, n'était ni imaginable, ni, pour le moment, désirable.

Dans un premier temps, le sourcil froncé de Shikamaru alerta un tantinet la No Sabaku, qui oublia rapidement l'inquiétude de son visage. Néanmoins, elle dut immédiatement se retourner vers lui après avoir s'être aperçu qu'aucun éloignement n'était possible. Leur deux figures, mi-décomposées, mi-éberluées, pâlissaient comme ils constataient d'un même regard médusé qu'ils étaient imbriqués.

Le premier réflexe de la jeune femme fut de n'en croire ses yeux et, d'un mouvement saccadé, elle secoua son bras, frétillant comme un poisson prisonnier d'un filet, en danger de mort. Malheureusement, la liaison s'avéra être solide car au lieu de rompre l'union des bracelets, elle emporta avec elle Shikamaru qui, ballotté par la frénésie de sa voisine, heurta la table de son coude, glapissant.

« Arrête Tema ! lui intima-t-il aussitôt, alors qu'elle s'apprêtait à réitérer le processus, empressée de regagner sa liberté et peu soucieuse du bien-être de son camarade. Tu vois, là on a un problème et c'est pas avec tes gros sabots qu'on va s'tirer d'là.

-Très bien, j'veux bien mais t'es pas obligée de me faire une réflexion dès que t'ouvres la bouche, répliqua-t-elle, faisant cesser ses embardées. Comment on fait pour se tirer de ce merdier ?! jura-t-elle, crispée, en plantant leur poignet respectif devant ses yeux. »

Entre ses dents, elle continua de maugréer, détestant le scénario qu'elle envisageait s'ils ne parvenaient pas à se défaire de cette entrave. Ni une ni deux, elle décida d'un commun accord avec elle-même qu'elle préférait lui trancher la main avec le coupe-ongles qu'elle trimballait dans son sac plutôt que de traîner ce boulet pour une éternité de supplices.

« Au cas où tu le saurais pas, je suis pas sourd, lui fit remarquer Shikamaru.

-Au lieu d'prendre la mouche, aide-moi, lui somma la blonde, tentant tant bien que mal de déplacer ce qui bloquait le mécanisme d'ouverture. »

Sa pataude main gauche, après bien des démarches, luttait comme une forcenée, mais la droitière qu'elle était ne réussissait pas à démontrer suffisamment d'habilité pour les libérer. Avec un râle d'exaspération, elle grimaça de fureur avant de repartir à l'assaut, en vain, mais si elle abandonnait, leurs chances de sortie passeraient de « maigre » à « nulle ».

D'un ton courroucé, à cran, poursuivie par la très désagréable sensation d'empirer les choses, la demoiselle s'adressa à son partenaire de galère, qui se contentait de fixer le nébuleux vide, l'air tiré, las, sans bouger le petit doigt.

« Shika, tu peux pas m'aider ?! J'veux pas rester comme ça toute ma vie, ajouta-t-elle lourdement.

-Moi non plus mais pour information, j'suis gaucher, soupira le Nara. A deux, on va plus se gêner qu'autre chose, alors j'préfère être celui qui fout rien plutôt que celui qui se démène pour rien. »

Temari le foudroya avec tant de froideur que Shikamaru se douta qu'à cet instant précis elle bannissait tous les gauchers de la planète comme s'ils étaient coupables de crime contre l'humanité.

« J'te jure, t'es vraiment inutile comme mec, houspilla-t-elle. T'aurais pas pu être droitier, comme tout l'monde ? Mais non, monsieur fait l'malin, le rarissime, le différent en crise existentielle, monsieur est gaucher... !

-T'exagères pas un tout petit peu, Tema ?

-Pas du tout ! »

Dans un élan d'horripilation, exaspérée par la tournure des évènements, chauffée depuis le début de l'heure de retenue, la jeune femme s'échappa en jurons muets et laissa aller ses pulsions d'agressivité jusqu'alors retenues, et d'une seule secousse de son bras prisonnier, elle renversa Shikamaru, entraîné par l'impulsion virulente, et par le même temps, comme des dominos, ils s'effondrèrent au sol dans un même tohu-bohu vrombissant, victimes de son manque de tempérance. A terre, tous deux crurent venue leur dernière heure, s'effarant devant les heures de colle qui menaçaient de se multiplier à grande vitesse aux vues des catastrophes en chaîne qu'ils provoquaient mais dans leur affliction, une lueur de fortune les éclaira de son oscillation bienveillante. Quelqu'un de particulièrement bruyant, plus disgracieux encore que leur dégringolade, éternua au moment où Temari et Shikamaru rencontraient le sol, si bien que ce cataclysme passa inaperçu aux oreilles de la gardienne des lieux. Leurs muscles se détendirent, un soupir profondément soulagé agita leur poitrine d'un seul tenant et, comme s'ils regrettaient de fournir les mêmes réactions en symbiose, ils stoppèrent immédiatement cette marque d'apaisement.

Massant son nez qui avait reçu le choc, Shikamaru adressa un rictus à celle qui avait amorti le vol plané de ses fesses et qui, la tête entre les deux chaises vides, désespérait de se soustraire à cette étreinte.

« Alors là, Tema, franchement, je dis « Bravo ! ». C'est la meilleure que t'aies jamais faite, ironisa le Nara, incapable de faire davantage dans l'état des choses puisque se relever semblait impossible à cause de leur manque de cohérence et d'entraide.

-Tais-toi, grinça-t-elle, je réfléchis.

-Ah bon, t'es capable de faire ça ? piqua-t-il, rancunier.

-T'sais que si j'étais pas coincée comme ça, je t'aurais mis en pièces ?

-Je sais. »

Se convainquant d'afficher sa supériorité écrasante sur ce microbe, elle solutionna de ne pas rétorquer parce que s'ils tombaient dans le gouffre sans fond d'une joute verbale, ils risquaient de poursuivre leur escarmouche jusqu'à l'ouverture du lycée le lendemain, tous les deux dotés d'une intelligence qui leur autorisait les sarcasmes. Sans plus attendre, elle fourra sa maladroite main vacante dans la pochette de son sac à dos afin d'y attraper sa trousse et d'y dénicher sa paire de ciseaux dans expectative de trancher le mal à sa racine. Le bracelet finirait découpé et fichu dans une poubelle mais entre cela et se coltiner Shikamaru Nara durant une période de temps indéterminée, le choix était rapidement fait.

Sa peau rencontra de nombreux objets qu'elle reconnut comme étant respectivement une page d'agenda froissée, un rouge à lèvres pour les journées folles, un tampon pour les incidents féminins, mais aucune trace de sa trousse. Ce fut après ces fouilles qu'elle se souvint l'avoir oubliée chez elle après avoir fait ses devoirs hier soir, elle aurait dû se rappeler ce détail étant donné qu'elle avait passé sa journée à embêter Sakura pour obtenir de quoi gribouiller quelques notes.

Si elle avait pu, elle se serait frappée le front. Quelle abrutie. Au lieu de cela, elle se résolut à demander l'appui du garçon et pour réaliser cet exploit, il lui fallait exécuter un demi-tour, se rapprocher suffisamment afin de pouvoir communiquer sans être repéré. Ligotée, cette rotation simpliste relevait du tour de force.

« Toi, Shika, l'apostropha-t-elle après qu'elle avait démontré des talents de contorsionniste. File-moi un truc tranchant.

-Si t'as l'intention de t'en sortir en m'assassinant, j't'arrête tout de suite.

-On s'demande parfois si t'as quelque chose entre les deux oreilles. Je vais nous sortir de là en coupant mon bracelet.

-On voit que t'es pas Ino, tu divinises pas tes fringues.

-Arrête de parler, agis !

-Minute ! »

Dans l'agitation, Shikamaru, pourtant doté de cette réputée intelligence sur laquelle on le rabrouait dès qu'il n'émettait pas de brillantes suggestions, n'avait nullement songé à sectionner le bracelet épineux de Temari, sans doute hanté par le spectre de la Yamanaka férue de mode. Une fille qui ne tenait pas plus à ses accessoires qu'à sa santé mentale, cela ne se croisait pas tous les jours, pensait-il en se trémoussant pour atteindre l'objet de sa quête. Après quelques déambulations, il l'attrapa enfin, sentant une vague de soulagement l'envahir. Temari n'était ni bête ni commune et sans doute pour ces raisons, elle le menait à bout, trouvant une feinte pour lui tailler un coup d'estoc dans le dos. Rester à proximité d'elle trop longtemps l'épuisait et la pensée que la semaine risquait d'être rude pour lui s'imposait chaque jour un peu plus au sein de son esprit.

Mais ne se sentant pas d'humeur à concocter des prévisions qui lui tireraient des migraines, il traitait un seul problème à la fois. Il extirpa ses ciseaux de son sac, souriant. Cependant, la No Sabaku, qui partageait son enthousiasme dans de bien plus démesurées mesures, s'empara joyeusement de l'outil. Dans un cafouillis de poignées de mains gourdes et malhabiles, les ciseaux se perdirent et ricochèrent contre les doigts, valsant à quelques mètres de l'endroit où ils stagnaient sous leurs yeux exorbités et leur bouche entrouverte de stupeur. Dès qu'ils le purent, ils s'arrosèrent mutuellement du regard de reproches contenus mais palpables, aucun ne désirant porter le chapeau.

Cependant, Temari, en dépit du fait qu'elle se persuadât du manque de teneur dans la manière dont Shikamaru tenait les objets qui l'innocentait, ne supporterait bientôt plus cette ambiance coléreuse et lourde qui planait au-dessus de leurs esprits. Une semaine ainsi et elle se tirait littéralement une balle ! Il fallait à tout prix apprendre à se supporter, à défaut de s'apprécier réellement, ce qui semblait particulièrement mal parti. Prenant une respiration destinée à refouler la salve d'insultes qu'elle lui destinait, elle se calma, étirant les doigts de sa main droite engourdie.

« Shika, annonça-t-elle, soudainement devenue sérieuse. On peut pas continuer comme ça. Faut qu'on se calme. Au moins pendant les heures de colle et la semaine des faveurs.

-C'est pas tout de le dire, faut aussi y arriver...

-C'est quoi cet état d'esprit ? Parti comme ça, c'est sûr que t'arriveras à rien ! se récria la jeune femme. On collabore pour se tirer de cette merde. A trois, on avance.

-Galère... »

Bien entendu, il avait fallu que Temari partît à « deux » au lieu de « trois » et que Shikamaru, surpris par sa course, ne traînât derrière comme un poids mort, créant un amalgame indistinguable. Mais petit à petit, ils se rapprochaient du but, malgré les bosses du chemin et l'imperfection de leur démarche bringuebalante, et les nombreuses remarques acerbes de Temari contre les mains de son comparse qu'elle jugeait trop baladeuses, alors qu'il se démenait pour s'éloigner le plus possible d'elle, car en tant qu'adolescent qui se respectait, il avait des hormones à tenir en laisse.

Lorsque finalement, essoufflés, ils croupissaient face aux ciseaux, ils ne s'étaient pas rendus compte de l'effervescence qu'ils avaient déclenchée au sein de la classe de Terminale, qui les zieutait avec un mélange de surprise et d'humour, se moquant de ce binôme de bras cassés qui rampait telle la limace baveuse qui traçait son chemin.

« Cette fois, ça y est. Vas-y, prends-le, comme ça, si ça part en couilles, ça sera d'ta faute et tu pourras pas tout me mettre sur l'dos, lui chuchota Shikamaru.

-Hors de question. C'est tes ciseaux. Vas-y, toi.

-Toi.

-Non, toi.

-Moi. Et bien. A moins d'être capable d'expliquer ça, je crois que c'est reparti pour une brochette d'heures de colle, vous deux, intervint l'enseignante. »

Une goutte de sueur perla sur la tempe des deux adolescents qui voyaient déjà leurs moindres parcelles de temps libre fondre comme neige au soleil, remplacées par des punitions grandissantes. Et dire qu'il s'agissait d'un incident ! L'œil de Temari glissa subtilement vers la droite pour aller à la rencontre de son partenaire prisonnier, et dans son regard, elle reconnut la même volonté d'éviter d'écoper une punition pour laquelle ils clamaient leur totale innocence, à quelques exceptions près. Constatant enfin une motivation chez le garçon, elle redressa le cou au prix d'un grand effort de souplesse et d'un bond, elle força ses jambes à la soutenir, entraînant dans son élan Shikamaru, lequel ne se fit pas prier pour se lever à son tour. Leur application commune payait, ils n'eurent aucun mal à se retrouver debout sur leurs pieds, prêts à affronter les remontrances qui menaçaient de leur tomber dessus.

« En fait... commença Temari, gesticulant de sa main libre, la voix empressée.

-On peut tout vous expliquer, lui succéda le Nara.

-C'est une histoire incroyable mais on peut vous promettre que c'est vrai ! Regardez ! »

Pour exhiber la preuve incontestable de la hasardeuse façon dont ils s'étaient retrouvés là, la No Sabaku agitait son poignet devant elle, rencontrant néanmoins beaucoup moins de résistance à sa droite, comme si le ligoté également s'évertuait à tout mettre en œuvre pour ne pas devenir prisonnier du lycéen. Elle ne put retenir un sourire en coin narquois de s'immiscer sur le bord de ses lèvres tandis qu'elle songeait qu'il lui suffisait d'un électrochoc et d'un moyen de pression non négligeable pour éveiller en lui l'énergie nécessaire pour accomplir des miracles.

Toutefois, après avoir montré la raison de leur parcours, Temari en déduisit qu'il leur faudrait narrer le motif de leur altercation qui les avait liés. Sur le coup, une vague de stress l'envahit, puisqu'elle ouvrait la bouche sans qu'aucun son n'en sortît, paralysée, incapable de formuler un mensonge concret, convaincant et péremptoire qui les acquitterait, la seule énonciation qui tournait dans sa tête étant « C'est lui qui a commencé ! ». Elle doutait de la validité de cet argument et cherchait déjà à remplacer cette pensée lorsque Shikamaru sauva la mise, avec un aplomb et une crédibilité qu'elle ne lui soupçonnait pas :

« C'est très bête, elle avait échappé son stylo, j'ai voulu le ramasser, elle aussi, en même temps, et on s'est accrochés. Puis on a essayé de couper le bracelet pour se défaire mais c'était pas les bonnes mains, alors on a cafouillé, il est tombé et on a rampé pour... »

En plein dans son élan, il s'arrêta, la gorge sèche, les doigts de la paume qu'il avait enfournée dans sa poche tremblaient sous les phrases qu'il inventait au fur et à mesure. Qu'il détestait mentir ! Il n'avait jamais démontré un seul talent dans ce domaine et il s'étonnait que la professeur prêtait encore une oreille attentive à son récit.

« Pour ne pas déranger la classe qui travaillait ! conclut Temari, secourant son partenaire, un large sourire affiché sur ses traits. »

Retenant leur respiration tandis qu'ils souriaient au mieux, les lycéens magouilleurs attendaient le verdict, leurs yeux fouillaient le visage de l'enseignante en quête d'un indice qui attesterait sa croyance en leurs salades mais celui-ci demeurait impassible comme les prunelles noires les englobaient. Finalement, avant qu'elle ne pût parler, la cloche retentit fortement, la plus belle musique qui fût pour eux deux dont les épaules se détendaient pour automatiquement se raidir pendant que la professeur lançait un « Déposez vos copies sur mon bureau, le contrôle est terminé ! » tiré de nulle part et totalement inattendu.

Par la suite, dès que sa classe fût entièrement passée par l'encadrement de la porte, elle se retourna vers le duo immobile. Après une séance d'inspection, la sentence tomba en même temps qu'elle leur rendait la paire de ciseaux.

« Ça va pour cette fois. Soit vous dites la vérité, ce que je veux bien croire, soit vous êtes deux menteurs chevronnés au travail d'équipe. Apparemment, on dit de vous que vous ne vous entendez pas bien et c'est davantage grâce à cela que j'accorde plus de crédits à la première proposition. Maintenant, partez, le couple d'enfer, allez faire autre chose de plus intéressant de votre temps, déclara-t-elle. »

Sans demander leur reste, ils s'en saisirent. Une fois le bracelet en imitation de cuir sectionné, jeté à la poubelle, la porte de la classe franchie, le couloir traversé d'une démarche pressée mais noble, histoire de conserver un brin de dignité, ils franchirent les grilles ouvertes du lycée dont les lumières s'éteignaient une à une, sous un ciel couvert d'octobre où le soleil n'était plus qu'une ligne orangée à l'Ouest, dissimulée derrière la pénombre de duveteux nuages, bientôt résorbée par une nuit fraîche.

Temari, bonne joueuse, décida de célébrer cette collaboration fructueuse en levant sa main, attendant de sa part qu'il la frappât à son tour. Légèrement perplexe, se demandant si rien ne se tramait dans son dos sous cette démonstration d'amitié, hésita tout d'abord puis se laissa aller à un sourire tout en tapant la paume ouverte de sa partenaire de binôme. Pour la forme, après avoir claqué des doigts avec un clin d'œil, la blonde appuya son poing contre l'épaule du Nara sans trop le causer de dégâts et s'éloigna ensuite, s'écriant :

« N'empêche, on est pas un couple, mets-toi ça dans le crâne, Shika ! Et à demain ! »

Hilare, le Nara s'autorisa à se moquer de la remarque, ironique.

« Ah ça, elle peut rêver, ça risque pas. Plutôt mourir, fit-il tandis qu'il jetait lestement son sac sur son épaule, enfilait ses mains dans ses poches et partait à son tour. »

¤O¤

Depuis qu'elle avait refermé la porte derrière Neji, renvoyé ses frères turbulents d'où ils venaient et sa mère qui se prenait d'amitié pour le jeune homme qu'elle trouvait décidément charmant, Tenten ne cessait de tourner distraitement les pages des cahiers de sa propre année de Première qu'il lui avait apportés pour lui montrer qu'il était possible de noter toutes les informations proprement, sans griffonner sur tous les emplacements libres. Le contenu lui importait peu à vrai dire, elle observait sans les lire les floraisons de ses lignes, avisant sa calligraphie droite et régulière, sans fioritures, dans laquelle elle reconnaissait ce qu'elle entrevoyait de sa personnalité qui frisait une perfection qu'elle mourait d'envie d'égratigner afin d'admirer la véritable âme qui se cachait derrière l'écran de cristal verni mais opaque, beau mais mystifiant.

Lorsqu'elle se rendit compte que ses iris s'égaraient sans plus aviser quoi que ce fût et qu'elle se contentait d'effleurer de l'index le papier où son encre bleue s'était imprégnée, Tenten secoua vivement sa frimousse, replaça nerveusement une mèche de cheveux rebelles derrière son oreille, ballotta sa frange et ferma les cahiers impeccables avant de foncer à l'étage pour aller réviser au calme, les cahiers sous le bras. En passant devant la cuisine qu'astiquait sa mère, elle ne put s'empêcher de lâcher un retentissant « Déjà ?! » devant le calendrier comme elle constatait qu'ils affrontaient la dernière semaine de cours avant de quitter le lycée pour leurs dix jours de vacances amplement mérités, ce qui signifiait pour elle et quatre autres demoiselles que les sept jours pariés et perdus s'approchaient à grands pas.

Un frisson d'excitation parcourut l'épiderme de la Wang Zu qui, comme devant tout événement insolite et inhabituel, s'émerveillait et piétinait d'impatience comme une enfant qui découvrait les saveurs d'une pomme croquante. Malgré la contrainte de son esclavage, une curiosité aiguë s'emparait d'elle à l'idée de s'immiscer durant sept jours complets, cent soixante-huit heures, dix mille quatre-vingt minutes, et un bon paquet de secondes, dans l'environnement du garçon qui chaque samedi depuis cette fameuse répartition était témoin d'une tranche de sa vie hors du lycée. Et il avait enduré bien des tortures qu'elle n'aurait jamais supporté si elle avait été à sa place ; les turbulences de Benjiro, le vomi de Kino dégobillé sur ses pantalons, et même les biscuits cramés de sa mère, un peu honteuse, mais enchantée de voir que sa chérie se liait d'amitié alors qu'elle avait été si triste de quitter les siens à cause du déménagement.. Et puis, surtout, sa propre présence, elle, la rêveuse, l'élève dissipée, qui questionnait davantage qu'elle n'écoutait les réponses, dont les yeux se baladaient vers les fenêtres ouvertes et dont les fous rires impromptus devaient l'énerver.

Au fond d'elle, embarrassée, Tenten ignorait de quelle façon il percevait cette apnée dans son cocon personnel et craignait qu'il ne trouvât cela étrange d'être attendu et reçu comme un ami de longue date, alors qu'au lycée, ils ne s'adressaient que peu la parole, uniquement pour s'échanger de banaux propos d'usage qui la laissaient de marbre et frôlaient de l'ennuyer, si cela n'avait pas été sa voix qui les prononçait de cette tessiture démarquée. Leur regard avait beau se croiser au dédale d'un couloir bondé, s'accrocher parmi une foule mouvante, parfois même se fixer jusqu'à ce que l'un disparût, elle ne lisait ni dans ses pensées insaisissables, ni dans ses yeux neigeux, inexpressifs. Et elle mourait d'envie de dissiper cette attraction ; l'approcher, le connaître, le sentir, le toucher, découvrir...

Gourmande, elle sentit soudainement les effluves délicieuses d'un fumet qui fit s'évaporer ses nébuleuses méditations et les macarons frais que sa mère sortaient du four suffirent à la détourner du droit chemin des études. Voracement, la brune tournoya autour de sa mère en imitant le bruit d'un avion de chasse et happa la friandise, les yeux brillants d'allégresse, tandis que la maîtresse de maison lui tapait sur les doigts pour la forme, souriant quand même en coin.

La Wang Zu, la bouche pleine, se préparait à chiper un second macaron à la vanille lorsque ses prunelles bondirent sur la page du calendrier où sa maman indiquait tout, scrupuleusement, et l'énorme et expansif cercle rouge qu'elle, Tenten, avait tracé, lui sauta au visage.

« M'man, fit-elle tout à coup, échappant des miettes de sa bouche en lâchant un « Oups ! » qui ne fit qu'aggraver l'avalanche de détritus.

-Ne parle pas la bouche pleine, s'exclama la mère de famille qui accourut avec son chiffon.

-'Scuse. En fait, j'voulais te demander un truc... amorça-t-elle, cherchant dans sa mémoire le plan parfait qu'avait concocté Ino pour obtenir la totalité des accords parentaux malgré eux.

-Tu as déjà eu ton argent de poche en avance pour le mois de novembre Tenten, n'essaie pas d'avoir autre chose, la coupa-t-elle.

-Mais maman, c'est même pas à propos de ça ! s'insurgea la dénommée Tenten. C'est pour le TPE, t'sais, l'épreuve en groupe pour le Bac que j'ai dû faire l'année dernière et que j'ai foirée... Bah en fait, cette année, j'ai un bon trio et on veut avoir une bonne note alors euh, est-ce que j'pourrais pendant une semaine aller chez Hinata, avec Temari, une pote, pour bosser à fond ? S'te plaît ! supplia-t-elle.

-Ça m'étonne que tu mettes autant d'énergie au travail, mon poussin, souligna la dame.

-Ouais, mais, euh, t'sais, avoir eu neuf l'année dernière, ça m'a appris pleins de trucs, genre ne pas se mettre au boulot une semaine avant la date limite... inventa la Wang Zu que les TPE n'enthousiasmaient pas davantage mais qui devait jouer le tout pour le tout pour satisfaire sa curiosité.

-Très bien. C'est bien que tu prennes conscience de l'importance de toutes les épreuves, pas uniquement celles qui te plaisent, sourit-elle, tandis que la brune sautillait intérieurement, épatée que ses piètres qualités de menteuse eussent fonctionné. En plus, c'est bien la cousine de ton ami, comment s'appelle-t-il déjà ?

-Neji ?

-Oui, ce charmant jeune garçon ! pépia-t-elle. Sa cousine doit être adorable elle aussi ! L'un ou l'autre, je te laisserais aller chez eux n'importe quand ! Bon, allez, assez discuter, mets la table mon poussin, il est déjà sept heures et demi ! »

Sous le regard sidéré de sa fille qui se disait que cela avait bien valu la peine de fabriquer un argument en béton, madame Wang Zu retourna à sa salade de pâtes, le visage plus fermé que lors de leur conversation, comme absente, vide de l'instant de joie qui l'avait habitée.

Alors que Tenten sortait cinq assiettes de leur armoire, la grisaille de ses traits s'assombrit, la pluie se manifesta non pas dans ses yeux mais parmi son cœur entier qui vibrait de l'absence et battait avec moins de force, délaissé.

« Mets seulement quatre assiettes. Ton père travaille tard ce soir.

-Le contraire m'aurait étonnée, ironisa Tenten, aigre, en reposant bruyamment le couvert.

-Ne sois pas désobligeante. S'il te plaît. Il fait tout pour nous rendre heureux.

-Drôle de manière, marmonna l'adolescente entre ses dents. »

Avec sécheresse, elle déposa le verre et la carafe d'eau sur la longue table de la salle à manger et monta rapidement dans sa chambre avant que sa mère ne l'apostrophât, si elle avait ouï l'ultime remarque qu'elle s'était autorisée, amère et sarcastique, envers son géniteur sempiternellement perdu au loin, à peine une ombre parmi sa famille, qu'elle détestait, qu'elle se souvenait avoir toujours détesté. Tout chez lui la poussait à cette répulsion. La façon dont il tenait son journal le matin pour camoufler sa figure entière, de telle sorte qu'il n'assistait pas au spectacle vivant de ses enfants bavards mais ignorés. Le claquement de la porte lorsqu'il rentrait, tard le soir, si bien qu'il ne réveillait personne, ni les bambins déjà bordés sous leurs draps, ni la femme allongée sur le divan, encore habillée et maquillée, assoupie devant le téléviseur allumé, avec encore sur le recoin de ses lèvres entrouvertes l'espoir d'un retour anticipé. Ses pas sur le plancher, inaudibles, la démarche feutrée d'un lâche, d'un habitué de la fuite en douce. Et puis, la manière dont il embrassait sa mère au départ, plus pressé d'enfiler ses chaussures italiennes en cuir et d'empoigner sa mallette pour filer dans sa voiture, que d'accorder une once de tendresse dans le geste.

La porte de sa chambre, à son reflet, claqua quand elle la ferma, et la Wang Zu se jeta sur sa boîte mail, toujours vide.

Déçue, elle mordit sa lèvre inférieure. Les messages qu'elle avait envoyés à ses amis de sa ville natale n'obtenaient pas de réponse. Après deux ou trois courriels enthousiastes qui lui rendaient compte des potins croustillants, de leur train de vie, des études, des rencontres, de l'été auquel elle n'avait pas pu assister, leurs échanges s'étaient peu à peu distendus pour se montrer identique à des lacets défaits que personne ne rattachait. Comme elle avait d'ores et déjà renvoyé un deuxième mail après le premier, la brune se résignait à réitérer cette démarche, peu désireuse de passer pour une harceleuse, mais le sentiment de disparaître de l'existence de personnes avec lesquelles elle avait grandi lui laissait sur le palais un âcre goût qui minait son humeur d'ordinaire joyeuse. Qui avait cru que quatre mois suffisaient à estomper des amitiés ?

Heureusement, il lui restait Tayuya et ses textos. Et finalement, heureusement qu'ils étaient là. Ceux qu'elle avait rencontrés et qui partageaient désormais les moments privilégiés et inoubliables d'une adolescence éphémère.

¤O¤

Ce qu'elle faisait présentement n'était absolument pas dans ses habitudes et dans d'autres circonstances, Hinata aurait ressenti une honte cuisante. Toutefois, tandis qu'elle collait son oreille contre la porte de la pièce principale de la demeure, un large salon à la décoration lourde et pompeuse, rien d'autre ne s'agitait en elle que l'anticipation, que son cœur débridé accentuait par sa course folle. A l'intérieur de ces quatre murs qui, à l'instar du célèbre proverbe, possédaient réellement une paire d'oreilles, se trouvait Neji, en pleine discussion avec son père, à propos justement de cette fameuse semaine.

Les yeux de Hinata rencontrèrent ses pantoufles, ses joues s'empourprèrent. Selon son cousin, il était hors de question de révéler l'identité de celui chez qui elle passerait une entière semaine, le turbulent Uzumaki, dont la réputation de farceur entêté et de tornade imprévisible perçait les murs de l'établissement. Si par miracle aucun commentaire ne s'était répandu jusqu'à Hiashi Hyûga, le seul fait que sa fille dût s'y rendre déclencherait en lui l'envie de s'informer. Indubitablement, la conclusion se transformerait en une véritable catastrophe, un refus pur et dur, semblable à une gifle, sans réplique possible.

L'aîné des deux cousins avait donc arrangé sous le contrôle d'Ino, grande stratège et toujours prête à fourrer son nez dans les affaires des autres, et Tenten, le mensonge selon lequel la Hyûga se rendrait chez la brune pour préparer leur TPE avec Temari. L'excuse était redoutable, basée sur une réalité, le fameux TPE, hantise des élèves de Première, lui-même pouvait affirmer que chez cette connaissance, l'enfant ne risquait rien, si on oubliait le fait que Tenten se trouverait précisément chez la famille Hyûga. Hinata soupira, mi-soulagée, mi-triste, en songeant que survenait alors l'unique avantage d'un père au rôle primordial au sein d'une société ; il partait en voyage d'affaires en Allemagne pour deux semaines et les gardiennes qu'il engageait parlaient trois mots de français.

Ignorant tout des manigances de la petite souris qui tentait de grappiller la moindre parcelle de leur conversation, Neji exposait les mêmes arguments auxquels Hinata réfléchissait au moment même. Le visage impassible, il plaçait le plus de sérieux et de conviction dans ses intonations et sa gestuelle afin qu'aucune parcelle de fausseté ne fût perceptible aux iris avisés de son tuteur légal. A cause de ce regard d'aigle qui déshabillait son interlocuteur et déstabilisait par tant de hauteur, sa propre fille n'avait pas osé l'affronter, trop fragile, trop soucieuse de son image de fillette incapable et indigne, sa vision dégradée qui la poursuivait et l'empêchait de s'affirmer. Riant nerveusement pour cacher sa honte, elle l'avait quasiment poussé pour qu'il la remplaçât en lui affirmant qu'il accepterait mieux s'il lui exposait les faits. Il possédait tant d'assurance, tant de pouvoir de conviction, tant de rigueur, tant de qualités qu'elle n'avait pas et vers lesquelles elle espérait aspirer !

Neji soupira intérieurement devant la pâle estime que Hinata avait d'elle-même avant de revenir au problème présent. Il n'appréciait pas de déverser autant de mensonges en face de son tuteur mais il avait promis à Hinata de l'aider à s'ouvrir au monde qui jusqu'alors, à force de la mordre violemment, de la pincer sauvagement, de la repousser méchamment, ne s'était jamais proposé avec autant de vitalité que cette année-là, grâce à ce pied écrasé, ce détail saugrenu, cet accrochage impromptu. Peut-être que grâce à cette expérience inusitée, elle arrêterait de se cacher derrière ses propres frayeurs de l'échec et de la déception car il savait qu'en réalité, la seule entrave à son envol se trouvait être elle-même.

« Je n'y vois aucune objection, dit finalement Hiashi. Si tu affirmes qu'elles ont besoin de travailler chez cette demoiselle, je donne mon accord. Hinata a besoin de davantage de motivation pour obtenir son diplôme. Je me demande même si elle réussira ses oraux, timide et effacée comme elle est. Regard Neji, elle t'a même délégué cette tâche au lieu de venir elle-même !

-Je vais me retirer, si vous me le permettez, souffla Neji, peu désireux d'entendre jusqu'où il irait.

-Je t'ai déjà dit de me tutoyer, Neji, lui lança l'homme d'âge mûr alors que le Hyûga posait sa main sur la poignée de la porte, prêt à partir. Tu sais très bien que même si tu es le fils de mon frère, je te considère comme mon propre fils.

-Mais je ne le suis pas, murmura le garçon. »

Sans un bruit, il quitta la pièce en refermant la porte derrière lui sur un homme dont le regard changea alors, d'une dureté de façade, la rondeur de ses iris prit des teintes plus humaines, et le blanc laiteux et imperturbable sembla démontrer une compassion attristée. Son regard d'ordinaire terre-à-terre s'éloigna de cette rigidité d'usage et, comme ses épaules se pliaient et son menton se levait, il fixait le vague ciel caché par le plafond et une pensée pour son feu-frère lui échappa, passa ses lèvres dans un soupir.

« Après tout ce temps, il ne s'est toujours pas remis de ton départ précipité, Hizashi. Qui sait s'il le pourra un jour ? »

Cependant, ces paroles jetées dans l'air ne furent qu'un murmure imperceptible.

Neji ne fut pas plus surpris de trouver Hinata juste là que de voir qu'au coin de ses yeux perlaient de grosses gouttes étincelantes, signe que tout ce qui s'était dit était tombé en elle et s'était enfoncé telle la lame malsain et aiguisée d'un coutelas. Il ouvrit la bouche pour dire quelque chose, n'importe quoi, mais la jeune fille se remettait déjà debout, essuyant d'un geste vif ses émotions, enragée d'être aussi sensible, le remerciait d'une voix que les octaves traversés amoindrissaient et étranglaient. Certaine d'être une fille indésirable devant le rêve de son paternel, un héritier mâle et probe, son cousin qu'elle ne jalousait pas, incapable de ressentir cette haine versatile et perverse à son égard, Hinata désirait fuir loin de tout, dévastée par le pouvoir dévastateur de quelques mots.

Néanmoins, avant qu'elle n'eût le temps de disparaître, le garçon attrapa son poignet fin, l'empêchant de filer à l'anglaise, l'obligeant à lui faire face.

« Hinata, l'appela Neji, les yeux rivés dans les siens. Je n'accorde pas d'importance à ce que votre père dit mais vous, apparemment, si. Vous n'arriverez à rien en continuant de pleurer, alors arrêtez et montrez-lui que vous êtes sa fille. Je veux que ce mensonge, cette semaine, cette liberté, vous permettent de revenir ici et de lui dire. »

Et, ayant dit ce qu'il avait à dire, avare de paroles, de précieuses paroles, il s'en alla le long du couloir, sans se détourner une seule fois, dur, sec, intransigeant comme toujours, mais espérant que cette bourrasque produirait les retombées escomptées.

Hinata, reniflant, lui promit.

¤O¤

Installée sur le bureau encombrée d'Ino, Sakura ajoutait un point final au long et éprouvant exercice de physique à rendre le lendemain sans faute, et quand elle redressa enfin le nez de son brouillon, elle s'autorisa à relaxer. Le soupir de délectation qui s'échappa de ses lèvres et qui signalait sa fierté d'avoir terrassé des diverses questions tordus du devoir indiqua aussitôt à son amie blonde qu'elle pouvait désormais dérober le travail sans crainte. Ce qu'elle fit sans gêne, bondissant de son matelas pour attraper les feuilles avant que la rose ne se récriât.

Souplement, son butin en main, la Yamanaka se répandit en rires tandis qu'elle admirait la mine interloquée de son amie qui ne tarda pas à se remettre de ce choc et à la prendre en charge, fumant comme un taureau excité par la vue du devoir qui remplaçait le drapeau rouge. Les vieux ressorts de son lit grinçaient comme la fine demoiselle sautait dessus, bientôt rejointe par une deuxième fille, le tout dans une lutte de bras tendus, de gloussements contre des glapissements.

« Voyons voir... singea Ino en glissant un œil vers les formules.

-Ino, lâche ça ! J'ai bossé dessus comme une dingue ! Si tu veux, je t'aide mais arrête de copier, ça n'aide ni toi, ni moi ! s'étrangla Sakura comme elle tournait autour de son amie pour récupérer son bien.

-Tu dis ça mais tu veux juste pas que quelqu'un ait une aussi bonne note que toi.

-Surtout s'il copie sur moi !

-Tiens, je te la rends ta feuille. Si tu es capable de le faire, je le suis également, et même mieux, se vanta la blonde en donnant le papier à la rose essoufflée.

-C'est ça, c'est ça, ricana la Haruno en descendant de leur perchoir, n'accordant que très peu de confiance aux gémissements inquiétants que poussaient les ressorts.

-Ose dire que je suis bête ! se scandalisa-t-elle tout en s'approchant dangereusement de la jeune fille, une lueur maligne dans les yeux.

-Jamais j'oserais... Mais dire que tu l'es plus que moi, ça, c'est sûr ! »

Un duo de cri fendit la chambre, le premier furieux mais amusé, un feulement de lionne, le second de terreur mais hilare, l'étranglement de quelqu'un qui désirait rire à gorge déployée mais qu'on limitait.

Ino, n'attendant que cette remarque, s'était jetée sur Sakura avec une arme redoutable, ses mains expertes, lesquelles torturaient son amie de guili-guili irrésistibles. Les silhouettes des filles atterrirent sur le lit défait désormais, écroulées, la provocatrice comme la provoquée, dans un joyeux désordre dont elles seules possédaient le secret. Un silence assourdissant de significations suivait souvent ces envolées d'amitié imprévisibles et elles le savouraient, les yeux un peu perdus, confinées dans leur monde.

La tête enfoncée dans un oreille douillet, le dos de Sakura se relevait encore à un rythme irrégulier lorsqu'Ino se redressa en ajustant sa coiffure ébouriffée par leur accrochage. Un sourire narquois courba sa bouche comme elle avisait le corps de son amie et d'une claque ferme et bien placée, elle la força à sortir de son début de léthargie.

« Allez, debout la grosse ! tonna-t-elle. Au cas où tu le saurais pas, tu écrases ton précieux devoir, idiote !

-Non ! gémit-elle.

-Je plaisante. Il n'y avait que ça qui pouvait te faire lever.

-T'es vraiment pas drôle, ronchonna Sakura en reprenant la feuille qu'Ino s'amusait à faire défiler devant ses yeux. »

Une fois son travail récupéré, comme elle regardait si tout était en ordre, les iris verts de la Haruno s'accrochèrent sur un détail que son esprit avait occulté et qui, désormais qu'elle l'avait sous le nez, en évidence, lui fit l'effet d'une claque.

La date, la date...

« Ino, on est bien mercredi ?

-Ouais, pourquoi ? »

Samedi soir, samedi soir... Elle pénètrerait dans la demeure de Sasuke pour une durée conséquente. Et sa mère n'en savait encore rien car, même si Takara Haruno connaissait l'Uchiwa pour être un vieil ami de sa fille, Sakura n'en craignait pas moins un brutal refus de sa maternel qui la couvait littéralement d'une couche de mousse afin que nul ne la brutalisât.

Elle déglutit. Septembre s'en était allé avec l'allégresse et la légèreté d'une brise qu'à peine l'épiderme sentait passer. Octobre s'achevait bientôt, se refermant sur des cieux de plus en plus nuageux et pluvieux, que la nuit recouvrait tôt, ce qu'elle constatait lorsqu'elle rêvassait et que son regard s'évadait au-delà de la vitre de verre de sa fenêtre. Et pendant que le temps suivait son cours, qu'advenait-il de sa relation avec le garçon qui l'hébergerait et recevrait ses services de ménagère ?

Sakura ne croyait pas mentir en disant que l'éloignement qu'ils avaient connu durant une période se refermait, à force de se côtoyer, ce qu'apportait le simple fait de se retrouver dans une même classe et d'être liés par une amitié commune, l'affection qu'ils portaient tous deux à Naruto. Cependant, toujours honnête, elle avouait qu'il subsistait un effacement, un vide, une distance, entre eux que ses tentatives de démontrer de la sympathie envers lui ne comblaient pas. Une gêne serpentait derrière ses chaleureux sourires et un espoir ne mourait pas derrière les fenêtres de son âme qu'il paraissait lire aisément quand il l'englobait d'un de ces regards impassible mais pénétrant. Les racines de son amour d'enfant ne retournaient pas se décomposer sous terre et désiraient secrètement libérer de jeunes pousses qui effleuraient l'envie de se métamorphoser en fleurs comblées, aux pétales épanouies. Hélas, les plants gelaient dès que Sakura posait un œil sur le visage dégarni d'émotions de Sasuke, se rappelant à elle-même qu'elle ne l'atteindrait jamais de cette manière, arrachant ainsi les douceurs idylliques qui parsemaient son esprit.

« Hé ho, je te parle, la réveilla Ino, la secouant comme un prunier. A quoi tu penses pour tirer cette tête ?

-Tu as prévenu tes parents pour la semaine ? lui demanda Sakura pour éviter de répondre à sa dernière interrogation soulevée.

-Non mais ils vont dire oui, fit-elle négligemment. Et toi ?

-Non, avoua la rose, et j'ai peur que ma mère refuse.

-Mais c'est Sasuke ! Sasuke Uchiwa ! Elle le connaît, il est où le problème ? Fais comme pendant un débat, expose-lui tes arguments, montre qu'elle peut te faire confiance ! la ragaillardit son amie, animée. En plus, tu meurs d'envie d'y aller, être seule avec Sasuke, espèce de sale veinarde, la taquina Ino.

-Il ne m'intéresse plus, Ino, c'est du passé, bredouilla-t-elle, les joues rouges.

-Non, c'est faux, la rabroua-t-elle. C'est du passé pour moi, corrigea ensuite la Yamanaka, depuis que j'ai compris qu'un pot de fleurs est plus éloquent que lui, et tout aussi joli. Même si, c'est vrai, des mecs beaux comme ça, on se damnerait pour... Enfin, je délire ! On parle de ton petit cœur qui réclame l'amour, pas du mien. Ça crève les yeux que tu en pinces pour lui, ma pauvre. A chaque fois que tu lui parles, on dirait que t'as un ressort entre les fesses.

-C'est pas drôle !

-Mais c'est tellement vrai, soupira Ino. Enfin, après, tu fais ce que tu veux, hein, mais viens pas te plaindre, je t'aurais prévenue. Au fait, je t'ai parlé de mon plan anti-persécutions pour cette semaine ?

-Je pense pas mais ça doit être débile. »

Avant que son amie n'eût le temps de rétorquer, la jeune fille avisa sa montre et s'exclama :

« Ino, il est super tard, il faut que je rentre ! A demain ! »

Sans attendre de réponse de la part de la blonde, elle s'esquiva hâtivement jusqu'à la porte du coquet appartement qui lui était si familier, à force d'y venir régulièrement. Derrière elle, Ino, qui ne comprenait pas ce soudain décollage et le percevait comme une fuite et un aveu, haussa les épaules et lui hurla « A demain ! ». D'un air mauvais, elle reluqua ensuite son agenda, qui lui indiquait toujours qu'il lui faudrait nécessairement entamer ce fichu devoir, sur lequel elle n'avait pas posé les yeux. Possédée du démon communément appelé « Flemme », elle songea à déranger Shikamaru dans une de ses parties d'échec en ligne mais elle se rabroua, un sourire qui ne cessait de s'élargir plaqué sur les lèvres.

L'empressement de Sakura avait parfois du bon, et mélangée avec une touche de perturbation émotionnelle qu'elle-même avait engrangée, il accomplissait des miracles qui lui donnaient presque envie de croire en une entité supérieure.

Sakura Haruno, forte tête, dotée de capacités intellectuelles conséquentes, avait tout bonnement oublié ses précieuses feuilles de physique.

La main élégante de la Yamanaka recueillit les divins brouillons, sources de toute sagesse, l'air enchanté. Elle se promit de ne pas recopier intégralement son contenu et même d'y incorporer quelques inepties scientifiques de son crû pour que la méfiance du professeur restât assoupie. Par contre, elle ne s'interdisait pas d'y jeter un œil, en guise d'inspiration, bien sûr.

L'affaire rondement menée, sa copie achevée, propre et pimpante, certaine d'obtenir une note dont elle pourrait être fière, elle s'empara d'une nouvelle fournée de copies doubles et s'attela à nouveau à la tâche, recopiant cette fois fidèlement les formules et les déductions du brouillon de Sakura, mais sous une calligraphie qui n'était pas sienne, pour un destinataire qui n'était pas elle.

La deuxième séance d'écriture lui prit beaucoup plus de temps et lorsqu'elle l'acheva, plus un rayon de soleil n'englobait la ville, perdu derrière l'horizon. Ino se massa le poignet, terriblement fatiguée, et bâillant à s'en rompre la mâchoire, elle ferma le volet, avant d'attraper un tout petit papier à coeurs, où elle inscrivit avec humour quelques mots.

« Alors comme ça, gros front, on est plus maline que moi ? Mais à part pour la physique, t'as un cerveau ? La prochaine fois, je me contenterai de recopier MON devoir, et le tien, j'en ferai des confettis. (Tu sais le temps que ça m'a pris pour imiter ta vieille écriture d'enfant sage ?!)

Bisous, sale bête.

Signée, la meilleure amie du monde. »

Satisfaite de sa journée, Ino s'étira comme un chat assoupi depuis longtemps avant de quitter sa chambre, un petit creux ayant éveillé son appétit. Dans le réfrigérateur, elle bouda devant le manque de choix et finit par opter pour un yaourt allégé au melon. Elle léchait l'opercule lorsque son frère,vingt-deux ans, du salon où il monopolisait l'écran avec sa console, l'interpella :

« Hé, Ino ! Au fait, p'pa m'a dit de te dire qu'il avait retrouvé des photos qu'il aimerait que tu ranges !

-Tu peux pas le faire toi-même ?! se plaignit la Yamanaka.

-Non, il te l'a demandé à toi ! Et quand il est pas là, l'autorité, c'est moi. Je suis le plus âgé. »

« Et le plus paresseux », grinça Ino entre ses dents en engloutissant néanmoins son casse-croûte pour s'exécuter. Maugréant contre son frère qui s'accaparait tous les privilèges du fait de sa primauté dans l'ordre des naissances, elle traversa le couloir et se rendit dans le salon, où elle s'empara des dites photos, non sans assassiner du regard la tignasse blonde et en pagailles de son aîné. Trop absorbé par son circuit et sa Ferrari mugissante, il ne lui prêta aucune attention lorsqu'elle sortit en lui tirant la langue, et pour se venger de cette corvée et de ce manque d'activité, Ino se promit d'éteindre l'alimentation dès qu'elle en aurait l'occasion et de se délecter de la vue dépitée du jeune homme.

Dans une étagère, elle se mit en quête de l'album photo. En l'ouvrant, elle découvrit qu'elle tenait entre ses mains les clichés de son année de troisième, ses quatorze ans. Un sourire illumina son visage comme elle les redécouvrait avec un brin de nostalgie et d'amusement face à son portrait d'il y avait deux ans déjà, sa mine enjouée, et photogénique, Ino ne put s'empêcher de se trouver adorable malgré ces atroces chandails à fleurs et ces ridicules pantalons de toutes les couleurs.

Cependant, plus elle avançait dans le temps, tournant les représentations une à une, son sourire perdit de son éclat. Septembre, resplendissant, retour de vacances, un brin halée, lunettes de soleil. Octobre, novembre, décembre, écharpes, toujours le même entrain. Janvier, février, mars, on ne le voyait pas sur ces images mais la gorge d'Ino se serrait en souvenir de ce sentiment d'abandon, et les manteaux ne laissaient pas apercevoir les vêtements trop larges sur cette adolescente qui maigrissait. Avril, mai, juin, joues creuses, yeux ternes, sourire forcé, manque d'énergie, épaules affaissées, côtes cachées sous des débardeurs, écrasement, minceur affolante, maigreur d'enfant soucieux.

Maman, tu es formidable. Tu travailles fort pour devenir quelqu'un de respecté.

Mais maman, tu n'es sur aucune photo cette année et tu me manques.

Ino, le regard fuyant, s'empressa de ranger ces photographies et de ne les ressortir que lorsqu'elle aurait le courage de regarder son passé en face.

¤O¤

Sa valise éventrée et débordante encore déposée sur son lit, Temari volait d'un bout à l'autre de sa chambre comme une tornade déchaînée, en quête de ses derniers effets personnels à emballer avant de partir pour l'Enfer. Il était déjà dix-neuf heures trente, elle n'avait ni terminé ses préparatifs, ni mangé, ni même averti son père de son départ, ce dernier détail étant le cadet de ses soucis. Cependant, sachant que le rendez-vous fixé pour la fatidique rencontre des binômes chez le membre masculin se trouvait être vingt heures, elle pensait être un peu en retard et si servir de femme de ménage à Shikamaru ne lui disait rien, elle ne tenait pas à lui prouver qu'elle n'était pas irréprochable, alors que Temari tenait sincèrement à respecter les horaires.

Alors qu'elle se demandait si cela valait la peine d'emporter son maquillage car de toute façon, il n'y aurait strictement rien à séduire là où elle irait, elle zippait la fermeture éclair et envoyait valser la trousse en guise de réponse. Le contenu peinait à s'immiscer dans la valise mais avec un coup de main, la No Sabaku permit à ses habits de se frayer une place.

Lâchant un profond soupir, Temari ne souffla pas pour autant, lança son paquet dans les escaliers et les déboula immédiatement à sa suite. A leurs pieds, Gaara observait silencieusement la pauvre valise malmenée qui avait manqué de le percuter de peu, puis ses yeux couleur aigue-marine bifurquèrent sur la silhouette de sa sœur essoufflée qui arrivait à son tour et qui ne montrait aucun signe d'inquiétude à la pensée qu'il eût pu se retrouver écrasé. L'idée qu'elle pût ne pas ralentir et lui foncer dessus en guise d'amortisseur l'effleura mais celle-ci s'évapora rapidement lorsqu'il la suivit du regard tandis qu'elle sautait les trois dernières marches, hurlait parce qu'elle manquait de se prendre les pieds dans son propre bagage et courait jusqu'à la cuisine s'enfiler une collation.

« Gaara, s'égosilla-t-elle avec des miettes de brioche dans la bouche. J'pars, là, maintenant, tu t'souviens, le pari avec Shika, enfin Nara, alors j'ai pas le temps de cuisiner pour ce soir mais y'a des restes de jeudi dans l'frigo, et j'ai fait les courses pour que tu crèves pas de faim jusqu'à mon retour et au pire, laisse-moi la vaisselle, et si tu pouvais t'assurer que le pied d'la table soit droit, ça s'rait bien, j'ai essayé de le réparer mais je suis pas sûre que ça tienne, et surtout n'oublie pas de faire tous tes devoirs pour la rentrée, et de prendre tes médicaments tous les soirs, oh, si p'pa te demande où je suis, si jamais il remarque que je suis pas là sinon dis rien, dis-lui que je reviens bientôt, et s'il fait semblant de s'inquiéter, rajoute que j'suis avec des copines et... Et que je bosse très fort, et...

-Temari ? L'interrompit le rouquin.

-Quoi ? fit-elle.

-Respire.

-Ah. Oui.

-Je suis grand, tu sais. Je peux me débrouiller. Vas-y. Tu es en retard. »

Le souffle coupé par son interminable tirade de grande sœur concernée et obnubilée par les affaires familiales, la jeune femme obéit docilement à son cadet, se rendant compte qu'en effet, elle avait parlé en apnée durant une bonne minute. Une fois son pouls calmé, elle entreprit de tirer son paquetage jusqu'à la sortie, avec une lenteur qui détonnait de l'énergie époustouflante qu'elle avait déployée quelques secondes auparavant, comme saisie d'une doute.

Presque arrêtée, elle se mordillait la lèvre en se retournant et en avisant son jeune frère qu'elle laissait, une pointe de culpabilité au fond des yeux que Gaara parvenait sans difficulté à décrypter, encore cette préoccupation incessante de sœur pour qui le frère qui lui restait comptait atrocement. Il s'apprêtait à prononcer quelques mots pour la pousser à franchir cette porte et retrouver ces étranges personnes qui l'avaient peu à peu changée lorsque, contre toute attente, alors que c'était lui habituellement qui se chargeait de couper les liens, Temari lui offrit un chaleureux et rassérénant sourire.

« Je sais, Gaara, je sais. Allez, à dans une semaine, si je survis. »

« A nous deux, Shika ! » entendit-il résonner une fois qu'elle eût fermé la porte après elle, suivi d'un machiavélique éclat de rire qui secoua sans doute toute la rue et effraya les pigeons retardataires qui n'avaient pas encore migré.

¤O¤

« A quoi tu penses ? » m'a dit un jour un de mes amis.

« A rien. »

J'ai menti. Toutes les fois qu'il me reposait cette question en m'apercevant le regard vague, fixé sur un ciel aussi changeant que les ombres de mes yeux, je mentais.. Je ne pense jamais à rien. Ce n'est pas parce que je suis quelqu'un de très songeur, de très pensif, pas d'outre-mesure, me semble-t-il. Il est juste que, devant l'immensité, devant un horizon qui respire et qui je ne cesse de penser à toi.

Je regarde par la fenêtre de ma chambre le paysage immuable, toujours le même, au rythme des saisons qui ponctuent les métamorphoses passagères. Le ciel et ses doux reflets gris d'automne rayonnent. Les nuages même semblent peindre ton visage. Le temps défile, la nuit tombe, et la lune pointe ses rondeurs argentées. Viens alors le spectacle de la Dame d'ivoire, reposant paresseusement dans la toile bleue du firmament. Cette sphère lumineuse brille autant que tes yeux. Non. Son éclat est trop blême. Rien ne peut égaler tes perles, pas même la lueur de mille diamants. Cent colombes ne pourraient prétendre refléter la pureté à côté de tes iris. Tu es incomparable. Les images sont faibles et perdent de leur couleur face à toi. Tout fond en un monochrome de blanc, ton essence, qui semble dépeindre l'univers même à travers des nuances que nul ne peut percevoir, puisque nul ne prend le temps de se plonger au cœur de l'absence merveilleuse du blanc, de ton âme...

« ... Tu rêves encore ? » me taquine un autre.

« ... Encore. »

Je rêve. Je poétise des bêtises. Un peu. Souvent, tout le temps. De toi, de tes yeux, de ton rire si unique, d'un regard que tu ne m'as jamais adressé, de mots qui n'ont jamais franchi tes lèvres. J'ai lu quelque part que les rêves étaient une représentation de nos désirs les plus secrets. J'y crois, je n'y crois pas, je ne cherche pas à savoir.

En attendant, il ne me reste qu'une chose à faire.

Croire aux rêves prémonitoires.

¤O¤

Les mains dans les poches de son blouson, Naruto piétinait sur le trottoir à peine humidifié par les mauvais temps, ne pouvant plus contenir son excitation qui n'avait cessé de croître depuis la sonnerie fatidique de la fin des cours où il n'avait pu se contenir de joie et avait lancé le contenu de son classeur dans les airs jusqu'à cette heure précise. Bouillonnant, il hésitait à demander une énième fois l'heure à Sasuke, immobile à quelques mètres de lui, dont la silhouette figée contrastait grandement avec la figure de Naruto pareille à un électron libre. Sachant que le brun l'avait menacé d'une mort lente et douloureuse s'il lui quémandait encore cette information alors qu'il savait pertinemment que seulement trente secondes s'étaient écoulées depuis, Naruto se tâtait. Mais son caractère insouciant et empressé l'emporta, plus tenace que la potentielle peur de représailles, et il ouvrit la bouche :

« Tu crois qu'elles vont bientôt arriver ? varia-t-il en allant devant l'Uchiwa pour se dandiner d'une jambe sur l'autre pour réchauffer ses muscles. »

Sasuke l'entoura d'un long regard indifférent qui en disait long sur ce à quoi il pensait.

« Comment veux-tu que je le sache ? Je ne suis pas dans leur tête. »

En effet, il ne pouvait savoir que les deux filles dont il était question n'étaient guère loin du coin de rue où se postaient les garçons, arrêtées depuis dix bonnes minutes, et en pleine séance de motivation. Sakura, ayant perçu l'angoisse palpable de Hinata qui lui bloquait la gorge jusqu'à l'empêcher de respirer sans tirer d'abominables et sifflants chuintements extirpés du plus profond de ses poumons, avait jugé bon de ragaillardir son amie qui croyait déjà mal faire alors que rien ne commençait encore.

Mais cet aspect de l'histoire était caché derrière des murs matériels, dissimulé derrière une vision incomplète et toujours inachevée du monde, enfoui sous le secret éternel, celui que personne ne percerait, parce que nul ne parviendrait jamais à se hisser hors de lui-même pour récolter la connaissance finale de son histoire.

« Je me demande pourquoi Sakura a insisté pour qu'on se rejoigne et qu'on se sépare ensuite, souleva Naruto en rentrant son cou dans ses épaules, parcouru par un frisson.

-Je ne suis pas dans sa tête, répéta Sasuke, grinçant, parce qu'il trouvait que son ami posait trop de questions inutiles.

-Ça va, sale rabat-joie, j'arrête d'essayer de faire en sorte que tu t'intéresses aux gens, abandonna Naruto, qui avait perdu une bataille mais pas la guerre. Pour le moment. »

La baisse de température qui survenait inévitablement à ce temps-là de l'année avait le don de rendre le brun encore plus maussade que d'ordinaire. Bien qu'on lui prêtât les qualités de ne rien aimer sur cette Terre, Naruto lui n'ignorait pas que le retour des matins doux d'avril apaisait l'âme tourmentée et triste de Sasuke et qu'il lui arrivait parfois de se lever aux aurores pour enfiler des vêtements légers et savourer sans le montrer, le soleil qui se tirait lentement des pénombres, la rosée qui renvoyait des arcs-en-ciel miniatures sur sa rétine et l'air frais, pour aller se percher sur le toit d'une cabane dans un parc.

« Pendant cette semaine, essaie quand même de pas trop être... »

La voix de Naruto qui perçait le silence retomba presque aussi subitement qu'elle s'était élevée, et l'Uchiwa y décela une hésitation mêlée d'une once de moquerie sarcastique et taquine qui ne lui plaisait déjà pas. Il leva les yeux sur le blond derrière ses mèches corbeau.

« Pas trop toi, quoi, termina-t-il avec un sourire rayonnant pour mieux faire passer la pilule. »

Sasuke lui jeta un regard assassin.

« Non, c'est vrai, je plaisante pas ! Sakura est gentille. Vraiment. Là, tu vois, je suis sûre qu'elle est avec Hinata qui doit avoir super peur d'aller avec moi parce qu'elle me connaît pas trop. T'as intérêt à prendre soin d'elle, t'sais, sinon je vais t'en vouloir. »

L'énergie négative concentrée dans ses yeux se résorba et un sentiment d'indifférence à nouveau recouvrit son être. Il haussa les épaules.

« Je n'ai pas l'intention d'être méchant. Mais je n'ai pas l'intention d'être quelqu'un d'autre non plus.

-Si jamais t'essaies de placer un sens profond là-dedans, laisse tomber, j'ai pas envie d'essayer de chercher, l'avertit-il en plaçant ses deux paumes derrière son crâne, détendu. »

Comme s'il y parviendrait, ne put s'empêcher de rétorquer la part odieuse qui ne sommeillait jamais tout à fait en Sasuke. Toutefois, une interrogation naissait petit à petit en lui, celle de savoir si finalement, les mots portaient tous en leur sein un sens volontairement injecté par l'esprit qui fabriquait leur articulation, ou si, au contraire, ils échappaient au contrôle des mains qui les échappaient, volages, lourds de significations que déchiffraient les oreilles.

Alors qu'avait-il voulu dire malgré lui ?

« J'te demande pas d'être gentil, c'est au-delà de tes forces. Juste de pas être méchant, continua l'Uzumaki, inconscient de la chaîne de questions qui s'allongeait chez son ami. Quoique, non, j'ai rien dit, fais-le, comme ça Sakura aura pas le choix, elle se rendra compte que t'es qu'un plouc et viendra pleurer dans mes bras de super-héros, gloussa le blond, la scène se jouant déjà dans son esprit.

-Rêve encore, super-zéro, oui, grommela Sasuke. Tu ferais mieux de t'attarder un peu sur Hinata au lieu de...

-Quoi Hinata ? babilla son interlocuteur aussi peu perspicace que distrait. Oh, ajouta-t-il dans un petit cri, regarde, elles arrivent ! »

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