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(Consulter tous les articles)

Victor Sierra : financement participatif pour leur 5ème album
 par   - 175 lectures  - Aucun commentaire

Victor Sierra est un groupe français de musique steampunk.

Jje les suis depuis plusieurs années et nous sommes devenu amis.
Ils lancent un financement participatif pour leur cinquième album sur indiegogo :
Victor Sierra's 5th album

Ils chantent dans plusieurs langues : français, anglais, un peu d'espagnol et de yiddish dans certains titres.

Vous pouvez écouter des morceaux et voir des vidéos sur leur sites https://victorsierra.net/ ainsi que sur youtube, itunes, spotify...

 

Problème d'alimentation
 par   - 107 lectures  - Aucun commentaire

Bonjour à toutes et à tous.

Désolé pour les interruptions réccurentes. Il y a un gros problème avec l'alimentation des serveurs. L'onduleur à laché.
Je les ai momentanément branché directement, mais ça eut dire qu'en cas de coupure de courant il faudra attendre que celui-ci revienne.

 


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La ligue des mangoustes recherche de nouveaux héros
 par   - 1721 lectures  - 1 commentaire [30 mai 2020 à 12:42:02]

Fan de manga et/ou de comics et écrivain dans l'âme, cette annonce s'adresse à vous !


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Naruto

Entre ça, ça, et toi, mon coeur balance
[Histoire En réécriture]
Auteur: Kokonut Vue: 60733
[Publiée le: 2007-08-20]    [Mise à Jour: 2009-04-25]
13+  Signaler Romance/Humour/School-Fic/Amitié Commentaires : 327
Description:
[Chapitre 7 en ligne]

On leur a toujours rêvassé que le lycée, c'est le Paradis sur Terre.

Quoi de mieux que d'avoir seize ans tout rond, de faire ce que l'envie dicte sans trop y réfléchir, de vivre la vie à cinq cent à l'heure et d'enchaîner délires et amourettes ?

Si jamais vous rencontrez une de ces cinq jeunes filles, pourtant complètement différentes les unes des autres, elle vous dira tout le contraire. Et oui, dur, dur d'être une adolescente.

Entre familles plus ou moins bizarres, amitiés naissantes, aversions marquées, problèmes personnels, elles en verront de toutes les couleurs !

Et en plus, si le coeur vient s'en mêler, bonjour la pétaudière...

*

Hinata est une jeune fille "pâle" et "effacée", comme le disent ses proches. Incontestable timide au grand coeur, elle cherchera à s'affirmer, à se découvrir, et surtout, à se faire remarquer autrement que par amitié par une certaine personne. Et elle apprendra ce qu'est la vie.

Comme la nuit et le jour, Ino est tout son opposé. Blonde jusqu'au bout des os, elle n'a pas sa langue dans sa poche et ne fait rien pour y remédier. Superficielle et vaniteuse, elle aime se prendre pour le nombril du monde. Et si elle apprenait à se taire davantage et à écouter ?

Tout dans ce Monde possède un juste milieu. Sakura n'est ni blanc ni noir. Sakura est multicolore. Toujours la parole juste, la remarque pertinente, l'analyse complète. Si une fille parfaite devait exister, ça serait elle. Mais comme on dit, la "Perfection" n'existe pas, et elle va se découvrir des facettes qu'elle n'aurait jamais suspectées...

Tenten débarque tout juste en ville, entraînée avec toute sa famille par un père absent et camouflé derrière ses feuilles de journal. Elle s'est toujours considérée comme quelqu'un de passe-partout. Pas trop ci, pas assez ça... Des défauts, pleins, des qualités... Laissez-moi chercher. Encore enfant, gaffeuse, entêtée, c'est normal d'être aussi enfantine à 17 ans ? Entre toutes ces questions, elle cherchera une réponse. Qui pourtant est sous son nez.

Temari, grande soeur attentionnée et force de caractère, n'a pas changé d'un pouce, n'a besoin de personne, personne n'a besoin d'elle, et elle se plait à penser qu'elle ne changera jamais. "Carpe Diem" comme le disait si bien ses potes les Anciens. Peut-être bien. Mais au final, elle comprendra que savoir faire des choix pour le lendemain n'est pas aussi facile que ça en a l'air.

[OOC & UA]
Crédits:
Tous les personnages de Naruto sont à Masashi Kishimoto sauf ceux que vous ne connaissez pas.
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Chapitre 3 : Le fossé me séparant de ce "moi" du miroir...

[14545 mots]
Publié le: 2007-09-23
Mis à Jour: 2010-05-24
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Chapitre 3 : Le fossé me séparant de ce « moi » du miroir...


Derrière Hinata, la portière claquait sèchement et à peine s'asseyait-elle sur le siège en cuir rembourré que le moteur rugissait et les roues s'emballaient. S'engageant hors de l'espace de stationnement, le véhicule démarrait, véhément, et s'éloignait du lycée par la rue agitée par quelques lycéens bavards qui n'optaient pas pour le trottoir. A contre-cœur, ils se poussaient de la voie de circulation mais ne manquaient pas de lorgner de leurs yeux torves la somptueuse voiture, une lueur noire et jalouse noyée au fond de leurs pupilles.

Comme à son habitude, elle recourbait son dos afin que son doux visage ne fût pas aperçu. Malgré les teintes obscures des vitres fumées, elle savait que des regards brûlants soulignaient, acerbes, la ligne féline de la carrosserie scintillante et en tiraient de sardoniques sourires. Comment son cousin, installé sur la place à côté, faisait-il pour encaisser tout ce mépris pour les riches et pour garder le dos fièrement relevé, le menton mollement appuyé contre la paume de sa main ? Il était taillé pour les devants de la scène et les feux de la rampe. Supporter les autres n'était pas un problème.

L'exact contraire de sa personne, craquelée et vulnérable.

Cependant, elle entendait Sakura lui héler des « au revoir » gais au dehors. La Hyûga hésita longuement, fixant le bouton qui actionnerait le mécanisme de la fenêtre. Une profonde méditation la saisit et au prix d'un grand effort, Hinata abaissa le verre grisâtre et extirpa sa tête aux courts cheveux de nuit quelques centimètres hors du véhicule.

L'air qui pénétrait dans l'automobile provoquait un bruit comparable aux hélices d'un hélicoptère tourbillonnantes, et il fouettait son visage malgré la faible vitesse. Quelques mèches raccourcies venaient frapper sa nuque, sa frange ballottée dévoilait son petit front discret. Une sensation enivrante de plénitude s'empara de sa poitrine et sembla la libérer d'un joug serré jusqu'à l'étouffement. Haletante, elle respira l'air volubile de l'automne, piétiné des feuilles humides et des courants aériens opposés. Ses yeux parcoururent la rue et avant de disparaître à nouveau dans la voiture, elle balança sa main à l'intention de cette rose, souriante.

Puis, lorsque le verre reprit sa place d'origine, son cousin cessa de la regarder, et le silence reprit ses droits.

Et Hinata crut mourir, à côté de la fenêtre par laquelle elle aurait aisément pu s'échapper.

Le paysage changeait progressivement de décor tandis qu'ils cheminaient vers l'Ouest et ses quartiers plus qu'aisés. Les silhouettes d'un beige sali des quelques appartements, aux toits toujours plus hauts, fondaient et se transformaient en ombres massives de maisons mignonnes et spacieuses, qui abritaient les familles aux honnêtes revenus. Puis le caractère convivial et vivant cédait place à un repos morne qu'aucun son ne troublait, et de longues grilles de fer noir se hérissaient contre l'horizon, quasi spectrales. Hinata revoyait des paysages de vieux romans anglais, où le tonnerre zébrait le ciel et où le vent grondait, insatiable. Comme les grilles encerclant une immense demeure austère ouvraient leur mâchoire et que la voiture s'engageait sur une longue avenue pavée, semblable à la langue d'un reptile, un frisson quotidien, connu, mais toujours éprouvé, courut le long de son échine.

Hinata soupira.

De retour chez elle.

Avant de retourner dans le ventre d'un garage, la voiture laissa descendre ses deux passagers. Empoignant son sac, le Hyûga aux cheveux longs commença sa marche sur cette route privée. Sans trop tarder, craignant de rester seule dans l'habitacle, Hinata lui emboîta le pas, ne lâchant pas le sol de ses yeux d'argent, en comptant chaque dalle, chaque rainure, chaque dénivelé, se demandant où donc était sa place parmi tout ce luxe suintant. Entre l'intersection du marbre hongrois et du pavé rococo ?

Elle avait depuis longtemps abandonné le comptage des pierres lorsque finalement la façade de sa « maison » la surplomba. Les larges fenêtres étincelantes du rez-de-chaussée, d'où il était possible de voir de stylisés rideaux d'un blanc cassé, lui renvoyaient son image, déformée par la vitre. La jeune fille s'y aperçut et aurait pu émettre une grimace, si elle n'était pas conformée à cette exhibition de moyens.

En effet, sa famille était riche.

Hinata serrait entre ses doigts aux ongles rongés son pull gris, trop large, au niveau d'un cœur, caché sous une poitrine débordante mais refoulée sous des vêtements vilains.

Mais elle, si pauvre...

« Vous venez ? lui intima son cousin, d'un ton usuel, celui qu'elle lui connaissait, avec ses intonations polies mais impérieuses, son vouvoiement approprié mais dénaturé. »

Il l'attendait devant l'entrée, les pieds positionnés sur deux marches différentes, l'air las. Sans pouvoir s'en empêcher, elle l'enviait et l'admirait. Hinata trouvait le costume de fortuné héritier plus approprié à celui-ci qu'à elle-même, mais elle ne le jalousait pas, loin de ces bassesses de caractère. En effet, les épaules rentrées, le dos courbé jusqu'à la scoliose et le visage bicolore, tantôt blanc de peur, tantôt rouge de honte, comment assurerait-elle ce métier déjà imposé ?

Descendante de fils de banquiers ayant bâti petit à petit leur colossale fortune puis survécu aux siècles depuis le Moyen-Âge, il était effectivement aussi ardu que hardi pour la petite Hinata de seulement imaginer s'évincer des filets du poste de future directrice de cette gigantesque firme. Et ses goûts, là-dedans, étaient noyés. Tout comme son cousin, qui n'appartenait pas aux élus, une stupide question de généalogie dont Hinata n'avait jamais saisi les abracadabrantes nuances. Malgré l'évidente tendance népotique de l'entreprise, il ne grimperait jamais les échelons, et qu'importe tout le talent du monde qu'il déploierait. Toujours des pieds assassins écraseraient ses mains et briseraient ses doigts.

Était-ce pour cela, cette distance qu'il s'appliquait à creuser entre eux ? Ce fossé béant qu'il entretenait et qu'elle franchirait, si elle le pouvait ? Mais elle ne se sentait pas prête à l'oser...

« J'arrive, répondit la jeune fille fluette. »

Aussitôt à l'intérieur, il la lâcha parmi les sinueux couloirs à peine éclairés par quelques lampes, qui diffusaient une lumière tamisée. Le plancher était si propre que son reflet revenait à ses yeux argentés lorsqu'elle les baissait. Un visage profondément triste la regardait, parfois coupé par un pied, mais l'image, tenace, revenait en force, la tambourinant sans cesse, un ostinato diabolique. Comme son ventre criait famine, elle songea à emprunter le chemin des cuisines, mais un coup d'œil sur les chaînes de montagnes de ses hanches la dissuada vite fait. Cette graisse féminine, à la hauteur des marbres grecs, qui ondulaient autour de son bassin, constituait une de ses plus grandes hontes, une parmi tant d'autres. A côté des menues adolescentes en pantalons moulants, aux fines jambes de criquets et aux longues pattes de girafe, elle se sentait ballonnée. Un bonhomme Michelin au cœur de participantes au concours des Miss.

Hinata Hyûga. Simple personnage. Quinze ans et neuf mois, native des flocons de décembre et prénommé selon la prairie de l'été, un mètre cinquante-huit, soixante-trois kilogrammes, enfilait du quarante, chaussait du trente-sept et tentait d'arrêter la croissance de son 105C par tous les moyens.

Hinata était entièrement bâtie sur un complexe d'infériorité. Envers tous un chacun. Elle n'ignorait pas qu'elle manquait de confiance en elle et pourtant n'entamait aucune procédure de guérison, comme si ce statut la contentait, alors qu'il la détruisait.

Vertige. Angoisse. Misérable. Décousue.

Peur du vide. Peur de sauter dans ce gouffre noir. Peur de l'inconnu.

La peur de l'oisillon blanc qui ne s'approchait pas du bord de son nid.

On disait que secrètement, la marmotte, effrayée par les véhéments rayons du soleil, aimait l'astre brûlant dans ce ciel inaccessible. Elle se terrait pour ne pas le voir et souffrir de cette pénible séparation, inflexible.

Tandis que la marmotte s'installait, studieuse, devant son bureau afin de résoudre avec soin quelques équations, son esprit s'égarait vers de plus hauts espaces. Quelque part, elle frôlait l'infini en rêvant de quelque sourire éblouissant et de brins de paille dorés, enrobés de bleu ultramarin...

Alors sa main, tendrement, de son écriture calligraphiée, ne put se dérober à rédiger son nom. Une fois, deux fois, jusqu'à ce qu'il recouvre la page de sa présence envahissante. Un nuage de qualités fleurit à côté. La description du prince charmant fut lisible ; Gentil, souriant, drôle, aimable, mignon, compréhensif, attentionné, fidèle, serviable...

Contes de fées, auxquels croyait encore Hinata Hyûga. Simple et naïf personnage. Quinze ans et neuf mois, native des flocons de décembre et prénommé selon la prairie de l'été, un mètre cinquante-huit, soixante-trois kilogrammes, enfilait du quarante, chaussait du trente-sept et tentait d'arrêter la croissance de son 105C par tous les moyens.

Victime d'un amour à sens unique.

¤O¤

La couleur insipide du gris souris que commençaient à amener les nuages découragea la tendre et croquante Sakura, dont les vertes et impatientes chaussures explosaient sur le pavé. Elle avait la vague intention de bifurquer vers le parc, ce fameux parc de toute leur enfance, afin d'y faire un tour et ainsi s'aérer les idées, mais ces moutons grisâtres qui planaient au-dessus de sa tête menaçaient de vider leur sac à tout moment. Connaissant son degré de chance, la Haruno préféra abattre la carte de la sagesse, pour une fois. Ce fut avec un lent soupir qu'elle bifurqua, seule, vers le supermarché.

Quelle idée de choisir autant d'options ! Elle terminait tard, si tard que personne ne restait au lycée. Après tout, Ino et Naruto n'étaient pas des plus studieux, la première ayant abandonné le latin dès qu'elle avait constaté que la conjugaison se multipliait par six. (nominatif, accusatif, datif, vocatif, gérondif, ablatif, trop de « if » tue le « if », avait-elle proclamé). Quant au second... Plus il passait de temps hors du lycée, mieux il se portait.

Mais désormais, il y avait Hinata, et ses timides embrassades. Sakura sentait que cette année, les choses mueraient. Non pas à la manière d'un vil serpent perdant sa peau écailleuse mais plutôt ainsi qu'une lourde chenille empêtrée dans ses pattes, qui après un sommeil réparateur dans un cocon, se relevait en papillon aux ailes couleur du rêve.

Les étalages de commerçants avaient l'habitude de voir passer cette jolie fleur aux cheveux roses si peu communs dans le coin, qui empruntait systématiquement le même parcours à travers les allées, de manière à ordonner ses achats, dont la liste lui était connue par cœur. Après tout, sa mère croulait sous les obligations professionnelles et Sakura était de nature serviable. Donc, elle chargeait sa fille de prendre part aux menues tâches de la famille ; cuisiner de temps en temps, ranger l'appartement, sortir les poubelles, faire les courses, et celle-ci exécutait généreusement ce qu'on lui demandait. On ne certainement pas pouvait espérer vivre avec une fille plus adorable que Sakura, qui ne refusait rien à sa mère, tant qu'elle pouvait y voir un sourire ensuite.

Pour clôturer son excursion au coeur de la ville, son panier de course rebondi, Sakura passait devant le marchand de légumes. A travers le verre de la vitrine, elle l'aperçut et lui adressa un sourire lorsque leur regard se croisa. L'homme lui fit signe de la main et l'invita à s'approcher. Comme elle avait un peu de temps devant elle, la fleur de cerisier accepta avec plaisir et immédiatement, elle s'engouffra par la porte laissée ouverte, accueillante. Il finissait de mettre en sachet des tomates d'un rouge vif avec ses mains massives d'homme de la campagne, couvertes de corne à force de travail assidu.

Elle attendit patiemment qu'il finissât de servir sa clientèle, humant les odeurs musquées des épices soigneusement rangées et les effluves sucrées des fruits, et admirant les rondeurs des légumes de saison. Puis, après avoir distribué ses produits à la dernière dame, qui le remercia avec chaleur, puisque dans le quartier, tous se connaissaient, le commerçant se tourna vers elle, son visage bourru étiré d'un sourire chaleureux. Rien à voir avec les masques grimaçants du lycée. Du naturel dans ce monde de brute.

« Alors, ma petite Sakura ! Ça fait un moment qu'on ne t'a pas vue dans le coin, lui dit-il de sa grosse voix.

-Je sais, maman était en vacances, donc je n'ai pas eu besoin de venir ici. Moi aussi je suis contente de revenir ici, Monsieur Hota.

-Ah, ta charmante mère ! Comment se porte-t-elle, d'ailleurs ? s'enquit-il. »

Depuis qu'elle le fréquentait, elle avait noté qu'Arashi Hota avait toujours été d'une curiosité maladive pour un homme, et de surcroît pour une personne de son âge, chez qui parfois la mémoire tanguait. Or, il n'était pas de ceux-là. D'autant plus qu'il jouissait d'une mémoire étonnante. Cette capacité lui permettait d'enregistrer les moindres informations distillées par les êtres humains qui entraient un jour dans cet endroit, pour finir comme Sakura, drogués à la bonne humeur et à la joie de vivre de ce personnage peu commun.

En effet, il connaissait le nom de chacun de ses clients sur le bout des doigts, ainsi que celui des membres de leur famille et même de leur animal de compagnie. Leurs problèmes n'avaient pas de secret pour lui, si clairvoyant. Dès qu'un muscle du visage de son interlocuteur se crispait d'une manière étrange, il s'en apercevait, à travers le verre à double-vitrage de ses lunettes d'une époque lointaine. Du fond de son coeur noble, il les comprenait, ces petits malmenés par le temps, comme un grand-père universel. Mais s'il était une oreille attentive, il ne répétait pas ce qu'on lui confiait avec confiance. Hota mettait un point d'honneur à amasser précieusement les joies et pleurs des habitants de Letiville, sans pour autant les jeter ensuite au premier venu, comme une vulgaire ménagère aurait pu faire. C'était une qualité qu'on lui appréciait.

Sakura ne faisait pas exception à la règle et elle allait même jusqu'à penser qu'elle était sa cliente préférée, sans qu'elle ne sût pourquoi.

« Bien. Enfin, mieux, précisa-t-elle en voyant le regard inquisiteur du vendeur de primeurs. Maintenant qu'elle prend ses antidépresseurs, elle...

-Oui, je comprends, la coupa-t-il pour éviter de s'aventure trop loin dans sa vie privée. En attendant, je suis ravi de te revoir, ma p'tite. J'espère que tu as passé une bonne rentrée. »

Sakura revisita la semaine qui s'était écoulée, la percevant comme un siècle, sans parvenir à pointer les paroles qui la résumerait le mieux. Il lui semblait qu'entre révélations et découvertes, tout glissait entre ses doigts. Des grains de sable fin, brillants comme une poudre d'étoiles.

Naruto, Ino. Temari, Tenten, Hinata.

Sasuke.

« Spéciale, conclut-elle après réflexion. »

Monsieur Hota parut comprendre son silence comme porteur de sens, et en soit, il ne se mouillait pas.

« Et le grand amour, ça arrive ? demanda-t-il avec un clin d'oeil.

-Monsieur Hota ! s'écria Sakura en rougissant.

-Ha ha, je plaisante ! rugit-il de rire. Une fille aussi belle que toi doit avoir des centaines de prétendants, je ne me trompe pas ? »

La Haruno fixa ses pieds et s'attela à retirer une plaque d'herbe mêlée de terre agglutinée sous la semelle de ses chaussures, et il s'arrêtait de plaisanter. Néanmoins, à sa surprise, elle affronta sa soudaine gêne avec effronterie, relevant le nez, telle une impératrice coquette et taquine.

« Vous savez, personne ne me plaît vraiment, mentit Sakura en insistant sur ses mots, pour davantage les peser et leur communiquer un relief qu'ils ne possédaient pas. J'attends le véritable amour, moi, continua-t-elle, avec justesse. Je ne suis pas comme ces filles qui jonglent avec tous les garçons pour s'amuser. En attendant, je me concentre sur l'essentiel : les notes, les amis, la danse, ma mère... »

Or, si elle ne racontait pas ses nuits solitaires, à se demander pourquoi sa vie se résumait à ça, elle y pensait, ardemment, et ce mensonge la hantait. Cet essentiel qui, finalement, ne suffisait pas à remplir la coupe insatiable de l'adolescente, elle avait beau se figurer qu'elle l'avait atteint, sa gorge irritée ne s'hydratait pas. Et pourtant, et pourtant, cela ne suffisait pas. La vorace Sakura, assoiffée de bonheur, demandait plus en son for intérieur, qu'elle s'efforçait de taire et assouvissait dans les livres, purgatoires des passions.

« Bah, tous des idiots, c'est l'âge ! la rassura Hota. Toi au moins tu as la tête sur les épaules. Bon, je te lâche avant que ta mère ne s'inquiète.

-Au revoir, Monsieur Hota, le salua Sakura en s'éloignant.

-Tiens, prends ça ! »

Il lui tendit un sac de légumes variés qu'elle hésitait à prendre, mitigée devant ce traitement de faveur. Sous son regard insistant, elle finit par le prendre, encore une fois, se sentant coupable de fraude, de tricherie, d'injustice, et à la fois éclairée d'un rayon divin en sachant qu'il existait sur Terre des héros. Non pas de ceux qui ne vivaient que de nuit, éclairés par une pleine lune mystique, la cape remuée par un parfait vent horizontal, super-héros dits séduisants et irrésistibles. De ceux-là, des autres, des braves, des justes, des vrais, qui œuvraient nuit et jour dans la pénombre totale, sans confettis et médailles, et qui guérissaient les cœurs malades, par de petites actions, brique par brique.

« Cadeau de la maison ! s'exclama le vendeur. Mais ça reste entre nous, hein ?

-Pas de fuite, promit-elle »

Elle l'aurait épousé sur le champ, lui, cette âme de preux, malgré ses rides et son gros nez en patate. Parce qu'il était... Ineffable.

Sans plus tarder, la rose fila acheter les médicaments de sa mère et sur place, elle parvint à amadouer le pharmacien davantage à l'aide de ses yeux irrésistibles qu'avec son discours hachuré par son souffle de mauvaise sprinteuse, afin qu'il la laissât se procurer ses cachets, même si ce n'était pas son ordonnance et qu'elle n'était pas majeure. Heureusement pour sa pomme, elle était arrivée juste après la fermeture, alors que le vendeur fermait les portes à clés. Une minute plus tard, les carottes étaient cuites, une seconde plus tard, elle rentrait bredouille.

Sakura la magicienne avait plus d'un tour dans son chapeau pour attirer les faveurs des gens. Comme quoi dans certains univers, la couleur était paria, dominée par le noir, et dans d'autres, elle vainquait.

*

Désormais, la jeune fille se hâtait dans les rues de la ville où les lampadaires un à un s'allumaient, les mains occupées par les multiples sacs qu'elle trimballait en plus de son sac d'école rempli par son classeur et ses livres. L'heure avançait et si jamais sa mère ne la voyait pas à la porte à dix neuf heures tapantes, elle appellerait la police, prise d'une panique terrible. Une fois, au collège, sa fille avait eu le malheur de rester chez une copine un peu trop longtemps au goût de sa maternelle, sans l'avertir, et les policiers avaient déboulé dans la chambre, croyant avoir affaire à un kidnapping, alors que Sakura et son amie étaient tranquillement en train de papoter.

Sakura rit doucement au souvenir de cet après-midi mémorable. La fille ne lui avait plus jamais parlé par la suite, sa mère lui interdisant quelque contact que ce fût avec la fille aux cheveux roses, croyant que Madame Haruno était diablement cinglée et que la folie était contagieuse.

Soudainement, les yeux de la jeune fille s'assombrirent, passant d'un vert exotique à une teinte regrettable. Son poing se serrait et le plastique qui contenait les capsules se froissait. Non, Madame Haruno n'était pas cinglée, et le premier qui osait ne serait-ce que taquiner Sakura à ce sujet devrait prévoir une commande pour la petite souris. Enflammer Sakura Haruno ne relevait pas de l'exploit, mais il était dangereux de jouer avec le feu, surtout si la mèche était courte.

Sa mère prenait des antidépresseurs, certes, arrêtait tout juste son suivi par un psychologue, après une période de six mois à la suite d'une rechute, en effet, mais tout cela n'avait absolument rien à voir avec sa santé mentale. Pas du tout. Et les ignares qui prenaient l'attention forcenée qu'elle lui portait pour de la paranoïa ne saisissaient rien aux routes sinueuses de la vie.

Sakura se mordit la lèvre. Pas la peine d'en rajouter, songeait-elle tout en empruntant l'ascenseur, qui la conduisait au cinquième étage, d'où elle marchait ensuite jusqu'à la cinquième porte, décorée de pétales de cerisiers en tissu. Un tantinet enfantin mais sa génitrice adorait ces fleurs, d'où elle tirait son élégant prénom, tout en accord avec ses cheveux.

Le hall était silencieux et seule la lumière du salon brillait.

Sa mère, étendue de côté sur le sofa, un verre de vin à la main, tournait la tête vers le téléviseur d'où aucun son ne partait, absente. Ses cheveux roses, qui auraient besoin d'être lavés, tombaient en folie devant ses paupières closes que froissaient l'âge et l'angoisse, mais elle n'avait apparemment manifesté aucun effort pour dégager sa vue. Sa tenue était un peu débraillée ; sa chemise blanche sortait de son tailleur noir acheté à bon marché et sa jupe se plissait dans tous les sens. De sa main tombée loin de son corps, frôlant le plancher, se tenait une coupe, en équilibre.

Sakura se précipita vers sa maternel, folle d'inquiétude. Elle n'aurait quand même pas recommencé à cuver ses malheurs passagers dans l'alcool... !

« Maman ? Maman ? Ça va ? chuchota-t-elle, le fond de la voix tirant vers l'aigu. »

Pas de réponse. Sakura paniqua un instant, les mains parcourues de tremblements frénétiques, jusqu'à ce qu'un ronflement sourd sorte de la bouche de Madame Haruno et la soulage jusque dans ses entrailles nouées par la peur. Une décharge d'allègement s'empara de la fleur, qui soupira en s'adossant contre un mur. Très bien. Elle dormait. Au moins, elle ne se perdait pas dans le coma, ou quelque chose de sympathique dans ce genre.

Mais comme le doute persistait, la fleur de cerisier renifla avec circonspection le tailleur de sa mère. Elle n'y perçut pas l'odeur aigre du vin, ce qui signifiait qu'elle n'avait pas bu comme un trou. Un filet d'air s'échappa à nouveau de ses lèvres. Sa mère avait réussi à ne pas abuser. Elle ne retomberait pas.

La jeune fille retira avec précaution le verre à pied de sa main à moitié ouverte et scruta avec découragement la tache rougeâtre sur le tapis, qui annonçait du ménage en vue pour sa personne. Habituée à voir se renouveler ses tâches quotidiennes, Sakura s'attela sans motivation mais sans furie aussi à la préparation du repas du soir.

L'eau des patates bouillonnait tout juste quand un frottement de tissu et des hésitations sonores venant de la salle d'à côté l'avertirent que sa mère venait à peine de revenir parmi les éveillés. Avec douceur, Sakura sourit et continua à épelucher ses dernières pommes de terre du jardin, généreusement offertes par Hota. Heureusement qu'il était là, lui entre autre, sinon la famille Haruno aurait... Comment formuler la chose de manière gracieuse et efficace ? De légers soucis au niveau du porte-monnaie.

Madame Haruno entra dans la pièce, la tignasse ébouriffée. Elle émit un sourire à la vue de sa fille, son adorée. Elle vint derrière elle et la prit tendrement dans ses bras. C'était une véritable emprise d'oiseau, faible mais douce, comme elle seule, sa maman, savait le faire. Au creux de son cou, la Haruno respirait les effluves de son enfance, et paisiblement, elle sentit qu'elle pouvait fermer les yeux sans crainte. Elle se sentait en sécurité, ici, dans ce monde à part, cette bulle de tranquillité.

« Coucou, mon trésor, murmura-t-elle.

-Bonsoir, maman. Bien dormi ?

-Ça va...

-Tu n'as pas trop bu ? la questionna Sakura, un sourcil haussé.

-Non... un verre.

-Super. Je suis allée chercher les cachets aujourd'hui, lui raconta sa fille. Quand tu iras mieux, tu n'oublieras pas d'en prendre un. »

Takara Haruno éclata de rire et lâcha sa fille. Cette jeune maman d'à peine trente-deux ans fila s'asseoir sur le comptoir, à proximité des sacs de provisions, qu'elle fouilla avec la curiosité d'un chaton joueur.

« Pas la peine de me le rappeler, je ne suis plus une gamine, dit-elle, amusée, sans détourner ses yeux des emplettes. Mais par moment, j'ai l'impression que c'est toi qui dois prendre soin de moi. Comme un bébé.

-Tu trouves ? s'enquit Sakura, l'air faussement étonné. »

Soudainement, les traits de Takara se crispèrent et elle parut un instant chargée de tous les malheurs du monde sur ses épaules pointues. Lâchant les courses, elle redescendit de son perchoir. Ses doux pas étouffés par le moelleux de ses chaussons bruissaient dans l'appartement. Sakura déposait les patates finalement dénudées dans la casserole et s'apprêtait à saisir le couteau mais sa mère s'en empara avant elle et commença son travail de coupe. Sur la plaque de bois striée par le tranchant de la lame, l'instrument pointu frappait. Durement. Les sons, secs, résonnaient. Des guillotines. Autant de têtes coupées.

Frissonnante, Sakura la regarda, nota sa mâchoire serrée, qui durcissait ses traits et la vieillissait considérablement, et son cœur se couvrait de glace devant le théâtre tragique de cette femme malheureuse et poursuivie par le démon de l'accablement.

Takara Haruno avait été, sans conteste, une belle fille, auparavant. Seulement, à présent ses traits s'étaient étirés sous le poids de la fatigue, et ce malgré son jeune âge. Quelque chose l'avait profondément meurtrie et l'éclat de ses yeux était alors resté terni par un voile opaque.

La mère de Sakura enleva sa prise sur son outil, la main tremblante. Sakura se pencha vers elle, alarmée.

« Maman ?

-Sakura, je ne suis qu'un poids, je suis une mauvaise mère ! éclata la mère de famille. C'est moi qui devrais m'occuper de toi, et pas le contraire ! »

Des larmes cascadèrent éparses sur les joues de Madame Haruno.

« On devrait m'enfermer et te confier à une famille digne de tes talents ! continua-t-elle. Tu es une perle, Sakura ! Mais moi... Je suis tellement inutile ! Un boulet !

-Maman, ne dis pas ça ! Je ne veux pas partir ailleurs, je veux rester avec toi ! lui dit autoritairement la fleur. J'ai besoin de toi, tu n'es pas un poids et... et tu es ma mère. »

Et cela suffisait à Sakura pour lui insuffler une bourrasque de détermination, qui se lut sur son grand et plat front. Ce lien, plus fort que tout. A ce moment, elle n'accordait plus d'intérêt à quoi que ce fût d'autre que la silhouette chétive qui se tenait tant bien que mal en face d'elle. Les tracas perdaient de leur volume et ses instants d'égoïsme et de soif d'intérêts personnels à satisfaire disparaissaient au profit de l'éternel et insondable amour qu'elle portait à sa seule famille.

« Ça me fait plaisir de prendre soin de toi, acheva-t-elle, dans un éclat de sincérité simple mais d'autant plus percutant.

-Sakura... Merci. »

Leurs bras se rejoignirent et elles se serrèrent contre leur coeur. Sakura tapota docuement le dos de sa mère, sacadé par les larmes. Entre femmes abandonnées, elles se comprenaient. Et prenaient soin de l'autre. Car elles ne pouvaient finalement compter que sur elles.

Tel était le quotidien de Sakura Haruno.

¤O¤

Cette année, il l'avait médité l'été durant, Naruto se décidait fermement à ne rien entamer de ridicule, de risqué, de contre-règlementaire ou quoi que ce soit qui aurait pu ajouter un malencontreux déboire à sa liste de bêtises soigneusement conservée dans son épais dossier scolaire.

Il avait passé de justesse en Première en dépit des grognements du corps enseignant, chaudement soutenu par la Proviseur alors qu'il lui en avait fait voir de toutes les couleurs depuis qu'elle le suivait, au collège. Mais si Naruto lui lançait dans une révérence toute la reconnaissance du monde, avec étonnement certes, il savait que son bouclier ne durerait pas éternellement. S'il poursuivait sur la même route, amusante, il le concevait, plusieurs portes claqueraient sur son nez. Jusqu'à ce qu'il se retrouve à errer dans une pièce close, sans fenêtres, sans issues, isolé et destiné à crever, abandonné de toute lumière. Dans ce monde, seuls les résultats importaient. Et voilà ce qui lui manquait pour les obtenir ; de la rigueur, de la rigueur !

Sur la route du lycée, Naruto Uzumaki leva la tête au ciel en bâillant aux corneilles. Les bras déployés, il se délectait du contraste offert par les vibrations chaudes du soleil et le souffle acéré d'une bise. Il se disait que mener sa résolution à bien ne se ferait qu'au prix d'immenses efforts, et bien qu'il possédât en lui une motivation inébranlable, il suffisait de peu pour le détourner de son objectif. Le peu, dans ce cas, comprenait la présence de la totalité de ses amis.

Ah, la prédiction d'une année mouvementée...

¤O¤

« C'est toujours bondé ici ? questionna Tenten en se frayant un passage derrière Temari et Ino. »

Ce qui, décidément, ne consistait pas uniquement à slalomer avec aisance entre les quelques tables et chaises occupées, en tâchant de ne pas renverser le contenu de son plateau. Car la maturité atteignait des pics ici-bas. La règle à suivre en cas de rembarrée des aliments : applaudir et mugir.

Tenten promenait ses yeux sur la salle, qu'elle avait déjà eue l'occasion de scruter. La cantine se cantonnait à un bâtiment minuscule, qui devait pourvoir à la fois aux collégiens affamés, bruyants, braillards et batailleurs, et aux lycéens blasés qui mouraient d'envie d'écraser ces insupportables moucherons. La confrontation de ces tranches d'âge ne s'effectuait pas sans anicroches. On ne pouvait pas décemment qualifier de « rare » une prise de tête mêlant un cinquième arrogant de sa deuxième année chez les « grands » et un Terminale dans sa dernière ligne droite, qui supportait ces monstres depuis trop longtemps et qui n'avait plus rien à perdre à, rien qu'une fois dans sa vie, en balancer un par-dessus bord.

La plupart du temps, ils oubliaient qu'un jour, eux aussi, avaient grimacé aux « vieux » du lycée en rampant entre les files pour les couper, pour ensuite saluer tous les paumés de l'arrière qui subissaient magistralement ce dépassement par la droite.

Ainsi, la brune bataillait, plateau en main, pour ne rien renverser. A cause de sa maladresse maladive, elle prenait attentivement cure à l'environnement mouvementé des alentours et, pupilles rivées sur ses gestes, elle ne suivait que partiellement le dos violet, bariolé de résille, de Temari, son guide parmi la foule. Entre ses harasses intérieures « Vas-y, tu peux le faire ! Yes, you can ! », ce fut à peine si elle entendit la réponse de cette dernière :

« Toujours, grinça-t-elle en chipant une pomme dans le plateau d'un distrait.

-Dans ce cas, qui est partant pour manger par terre ? claironna Tenten sans gêne, sous le regard stupéfait de quelques filles derrière elles.

-A moins que je grogne et fasse dégager quelques mioches, proposa la blonde en tirant un sourire qui en effrayerait plus d'un.

-Un instant, intervint Hinata. On p...peut toujours parlementer... »

Quelques sourires naquirent sur les trois paires de lèvres roses, dessinées avec un charme certain, mais loin de la perfection. Les différents caractères se dotaient d'un relief précis et se distinguaient avec une netteté limpide, dans ces banales situations d'un quotidien morose. L'aventurière sans tabous, la guerrière monumentale et fantastique, l'humaniste pour qui la parole était comme de l'or...

L'amitié ne reposait pas sur une pyramide, assemblage mécanique de sosies ; au contraire, la diversité grandissait les âmes en quête d'elles-mêmes.

« J'ai trouvé ! éclata soudainement Ino, qui n'avait, curieusement, pas encore pris parti. »

Habituée au zigzag permanent de la cantine, elle fila, telle un oiseau léger, entre les rangées de chaises. Sa fine taille ne heurta aucun dossier et personne n'eut à se déranger, et malgré ce fait, les œillades se soulevaient systématiquement à son passage, attirées vers elle par la fascination incroyable que provoquaient ses yeux majestueux et coquins et sa silhouette de naïade. Un sourire flatté effleurait son visage, elle baissait les cils, elle feignait ignorer d'occuper la place tant prisée d'étoile sous les projecteurs aveuglants.

Tout ce qu'elle vint chercher fut un pincement de joue taquin mais amical.

« Aïe ! s'exclama-t-il, nasillard. Ça va pas, Ino ? »

La main plaquée sur sa joue victime des ongles vernis, Shikamaru se tourna, avec le moins de déplacement épuisant possible. Sa tête uniquement parvint à rouler aux environs des quatre-vingt dix degrés, appuyée sur son épaule, et il observait avec lassitude, les paupières tirées, le sourire étincelant d'Ino.

Même en contre-plongée et à l'envers, il déchiffrait sous ce joli minois cette attitude électrique de petite fille excitée, qui ne la quittait pas, à son plus grand damne, qu'importe son statut de diva, physiquement ensorcelante. A bien y penser, mentalement parlant, il ne remarquait aucun changement depuis l'époque où elle le forçait à jouer aux poneys en lui promettant par la suite qu'il déciderait du prochain jeu. Habile mensonge. Ino se graverait dans sa mémoire en tant que somptueuse dictatrice. Enfin, il concédait que s'il avait démontré un peu moins de laxisme à cette époque, les choses auraient viré autrement.

Quoique. La Yamanaka se targuait peut-être de gentillesse et de générosité ensoleillées, mais l'évidence pointait premièrement son nombrilisme effarant.

Sans même en prendre conscience, il soupira profondément lorsqu'elle déposa sur plateau sur les emplacements libres à sa gauche et invita ses amies à suivre son exemple.

Nonobstant, si Ino polarisait tout l'intérêt public par son gracieux déhanché, destiné à la fois à aguicher et à se faufiler, Temari, quant à elle, ne se gênait pas pour un sou pour se les réapproprier. Certainement pas de manière similaire.

Le plateau à peine hissé afin de ne heurter aucune tête, la jeune femme se souciait peu des êtres humains dont le crâne éventuellement valdinguerait sous le coup d'un impact. Elle se coupait un chemin parmi ces meubles, comme un explorateur sectionnait les envahissantes plantes tropicales sur son passage.

« Pardon, pardon, excusez-moi, excusez-moi ! balançait-elle sans se tourmenter d'employer un ton plus crédible pour proférer de si piteuses excuses. »

Immédiatement, cette fille déplut à Shikamaru. Et ce n'était pas simplement dû à la formidable giboulée qu'il se prit lorsqu'elle passa et qui lui laissa un bossu souvenir durant une courte semaine.

*

Terré contre le mur, dans l'ombre d'un pilier, Sasuke, en mouvant à peine ses iris, observait en catimini ces cinq filles prendre place sur les chaises vacantes. Ils sélectionnaient cet emplacement chaque midi, lorsque personne ne s'en emparait, car il offrait le double avantage de tout voir et de ne pas être vu en retour. En effet, peu de personne appréciait de sentir brûler en permanence sur son corps le poids d'innombrables œillades agaçantes à chaque repas, et, tout Sasuke qu'il était, il n'échappait pas à cette loi universelle. Ainsi, personne ne l'enquiquinait visuellement. Si la plainte pour harcèlement névrosé par les yeux existait, pas un lycéen, ou presque, n'égalerait l'Everest que déposerait l'Uchiwa.

Au milieu de cette soudaine et, il osait le formuler, intempestive, intrusion féminine, il se retenait d'émettre un grognement suffisant à exprimer le fond de sa pensée. Si jamais ils autorisaient un débordement, une unique fois, l'explosion ne tarderait pas, ensuite. Cependant, le brun vit derrière sa mèche que seul lui dénichait un inconvénient à leur arrivée, en bon bougon.

Shikamaru retrouvait les joies de l'assoupissement durant les monologues d'Ino, et Kiba semblait presque aussi intéressé par son jacassement que par les parcelles de peau que montrait son frivole décolleté pigeonnant. Quant à Naruto, il était peu dire que ce débarquement l'enchantait. Il adorait le monde, la foule, les brouhahas, ne supportant pas la solitude rachitique qui trop souvent, dans sa tendre jeunesse, dans ce qui aurait dû former la plus merveilleuse partie de son existence, l'avait suivi comme une ombre vampirique, affamée de son sang chaud.

Ses copines, bien qu'aussi tonitruantes que la blonde, ne causaient d'autre mal que ce bruit incessant de conversation. D'un autre côté, Sasuke ne se plaignait pas, puisque rien n'égalerait le boucan que déclenchait Naruto, dans ses grands moments d'errance caractérielle. Il jeta un œil sur son plateau, en déduisant qu'il finirait d'ici peu, de toute façon, et qu'il pourrait s'isoler avant de retourner en cours.

Sakura, entre deux bouchées, s'inquiétait de cette pénombre grimpante, qui envahissait ses traits et menaçait de l'engloutir. Il fuyait encore. Il refusait de tisser des liens avec les « intrus ». L'image d'un Sasuke recroquevillé, exclu de son propre chef au cœur d'une cellule poisseuse, provoqua un pincement sur son cœur noble.

Elle aurait voulu remplacer Naruto, par intermittence, afin de lui procurer l'oxygène que ses poumons ne parvenaient pas à aspirer, de lui donner, bras tendus, des morceaux d'étoiles, et de lui transmettre par un éclat de rire l'envie d'achever une pénible journée. Mais elle n'était pas Naruto.

N'écoutant plus ce que lui racontait l'Uzumaki, elle le suivait s'apprêter à se dérober. Il leva et se couvrit de sa veste noire mais avant qu'il n'eût le temps de prendre son plateau repas, un appel se hissa par-dessus la masse incognoscible des dialogues variés.

« A tous les élèves de Première ! »

Irrévocablement concerné, Sasuke ne bénéficiait d'aucune autre alternative, excepté celle de se rasseoir. Dans son humeur, on percevait qu'il ronchonnait de devoir stagner là. Automatiquement, il croisa les bras sur son torse et s'arrangea pour que la pointe de son nez uniquement ressorte par-dessous ses mèches corbeau, en signe de déni. Toutefois, il tendit l'oreille.

« Étant donné les calamiteux résultats des dernières années au Baccalauréat, Madame la Proviseur a déclaré que cette année sera instauré... »

Sous les vociférations de plusieurs d'entre eux, le malheureux surveillant sur qui l'épineuse mission était tombée, tâche ingrate sans doute tirée à la courte paille dans leur bureau, farfouillait dans ses poches pour retrouver l'exacte formulation de la missive. Il courbait la tête afin de moins se sentir hué mais il lut tout de même la suite, avec une voix, qui ne résonnait pas de teintes plus assurées, mais une voix amplifiée, dans l'espoir de couvrir le vacarme provoqué par l'annonce sous-entendant « Vous êtes une bande de nuls ! ».

« ... Seront instaurés des cours de préparation à la philosophie dans chaque classe de Première, termina-t-il.

-Et mince, se plaignit Naruto dans une mimique mécontente. A peine rentrés et déjà écroulés sous les devoirs... Hey ! Hey ! cria soudainement l'adolescent, attirant ainsi l'attention sur lui de ses bras ballants. C'est légal, ça ?

-Naruto... souffla Sakura entre ses dents pour qu'il se taise, gênée pour lui.

-C'est légitime, lui rétorqua alors Madame la Proviseur en personne, sortant tout juste du réfectoire des enseignants. Et vous êtes de ceux qui en auront grandement besoin, Uzumaki. »

« Discrimination ! » marmonnait Naruto sous la pluie de moqueries qui dégringola aussitôt la phrase assénée, tandis que Tsunade, ricanant de son effet, sortait de la cantine.

A présent, comme les lycéens savaient qu'il ne s'agissait que de préparation et que ni ne comptait dans la moyenne, ni décidait de leur sort, ils considéraient ces deux heures par semaine comme des récréations. Elles remplaçaient deux heures de cours traditionnels, afin de ne pas empiéter sur les horaires normaux. L'enjeu étant moindre, les colères montantes se calmèrent rapidement.

Tsunade affirma qu'elle ferait un tour dans les classes afin de propager la nouvelle aux éventuels externes et absents. Le calme revint dans la pièce, les discussions reprirent, à peine dérangée. Le surveillant, soulagé de n'avoir reçu aucune tomate, retourna à son poste de surveillance. Autrement formulé, il replongea bouquiner son magazine.

Naruto boudait, doublé par Shikamaru, qui jugeait ce cirque comme inutile et infertile. Qui donc serait mieux préparé face à l'année de Terminale ? Pour la majorité des adolescents présents ici, ce supplément ne porterait pas de fruits. La cause ? Ils étaient tous une bande de branleurs.

Et si Shikamaru le disait, alors c'était vrai.

Ou alors était-ce l'hôpital qui se foutait de la charité ? Le pain aux raisins qui se moquait du bourgeois ?

« Ça servira à rien, lâcha Temari, une cuillère fourrée dans la bouche. »

Elle s'acharnait à détacher l'opercule du pot de yaourt qu'elle serait trop fort entre ses doigts. La délicatesse ayant raison de tout, Hinata s'en chargea et le miracle s'opéra. Pour autant, la blonde n'enfournait pas son instrument dans la substance blanche et la toisait plutôt avec hauteur. Combien d'agents chimiques là-dedans perpétuaient-ils cette couleur livide ? La No Sabaku osa se renseigner à propos de la date de péremption plaquée sur le papier.

Shikamaru daigna hausser son regard sur la pessimiste installée en face de lui qui partageait son point de vue.

« Et pourquoi ? s'enquit Sakura. Je suis sûre que ça peut être très intéressant.

-Parle pour toi, Sakura, intervint Ino. Ça doit être rasant...

-Je dis pas que c'est chiant, rectifia Temari. Au contraire, ça peut peut-être servir. Mais faut se faire à l'idée, on est au lycée. Qui bosserait sur un truc sans récompenses ? Sans pression ? Qui se soucie du futur ? »

La jeune femme posa son interrogation à la cantonade, retenant son exclamation « Moi je m'en branle. ». Elle avait tout espéré, sans rien en retour. Les évènements avortés, elle connaissait, et trop bien.

Temari patientait, attendant qu'un courageux se prononçât. Ce que ne tarda pas à effectuer la pimpante Tenten, qui poussait les soyeux nuages dans lesquelles elle s'égarait depuis le début du repas. Elle clignait les paupières sur ses larges mirettes, allumant un à un les feux qui les éclairaient de l'intérieur.

« Moi, sourit Tenten. Si on aime quelque chose, je vois pas pourquoi on aurait besoin d'obtenir autre chose en retour pour motivation.

-Je suis d... d'accord, la soutint la Hyûga.

-Et moi aussi ! scanda le blond en tapant familièrement sur le dos de la jeune fille, qui sursauta moins par le choc que par le contact, infime, néanmoins existant. »

Redressée sur son séant, Hinata se métamorphosa littéralement en torche humaine. La couleur de sa peau fluctua anormalement, ses oreilles sifflèrent, donc pour s'amuser, Ino les toucha et sentit bouillonner sous sa peau les cinquante degrés en ébullition. Elle bredouilla de plus belle, des phrases saugrenues dénuées de sujet, et si l'évidence sautait à la figure de tous les adolescents présents et leur tirait des mimiques espiègles, ce dérapage si flagrant loupa les neurones de Naruto.

Il continua à sourire béatement, rassembla ses paumes derrière sa tête, nouant ses doigts.

Temari, dubitative, soupira.

« Vous êtes presque mignons, tous les trois, aspira-t-elle, sardonique. M'enfin, ça me rassure que tout le monde soit pas réduit à l'état de larve... Comme lui, désigna-t-elle en secouant sa cuillère dans la direction du Nara. »

Il ouvrit un œil torve. Qui parlait ? Qui l'attaquait ? La fille, celle-là, encore ?

Il la reconnaissait. Elle parlait toujours plus fort que les autres en cours, lorsqu'elle posait une question. Son bras se levait de manière atypique ; au lieu de se dresser nonchalamment, il décollait de son corps avec énergie et se maintenait suspendu à cette hauteur, rigide. Si jamais l'enseignant simulait ne pas l'apercevoir, alors que le « i » parfaitement droit que formait son membre ne passait pas inaperçu, elle soufflait et fixait de ses iris sombres le parleur. Embarrassé par cette détermination sans failles, il finissait par lui laisser la parole. Elle s'intéressait moyennement aux leçons et n'était pas bête, même plutôt futée, mais sa façon de tempêter lors des débats l'irritait...

« Pardon ? croassa-t-il.

-Ouais, toi. Avec l'entrain que tu montres en cours pour corriger un exercice, normal que je parle de toi. A croire que tu fous rien.

-C'est pas que je les fais pas, c'est qu'ils veulent pas que je les fasse, riposta le garçon pour sa défense. »

S'ils esquissaient au moins l'effort de s'extirper de leur sac sans son aide... Car le plus dur résidait en rassembler la motivation nécessaire afin de soulever les cahiers de cours, partiellement remplis dans le cas de Shikamaru. En effet, il notait par période, selon ses élans d'envie.

Il possédait la capacité de les résoudre et il en était informé. Et pour cette raison, il vivait selon la loi du moindre effort. Et cela n'avait jamais perturbé quelqu'un à ce jour, à peine quelques piques sans conséquences. De quoi se mêlait-elle ?

« Ouais, c'est ça... En plus, tu bulles en cours. Les gens comme toi, qui foutent rien et montrent aucune motivation, ça m'énerve, grinça Temari, prête à clore ainsi la conversation et à déguster en dernier lieu son yaourt modifié.

-Écoutez donc la fille blonde qui a trois ans de retard disserter à propos de la motivation, railla le Nara. Ça ferait un bon sujet de philosophie. J'imagine que tu vas hurler pour t'faire entendre, comme d'habitude. 'Tain, les hystériques, ça m'énerve... »

Sous ses commentaires acides, il avait jugé légitime de se défendre par le même genre d'attaques, suffisamment acidulées pour les rendre piquantes, désagréables et aveuglantes. Du citron dans les yeux.

Kiba trouvait que la scène empruntait un sentier comique et tendit l'oreille. Shikamaru ne déplaçait pas sa langue pour des broutilles. Un sourire crispa ses lèvres, il toisait discrètement les deux acteurs échauffés.

Plutôt satisfait de son trait d'esprit, le Nara retourna terrer son menton dans sa paume, inattentif à nouveau à ce qui l'entourait, les bruits, les odeurs, les sensations.

Grossière erreur.

Il ne prévit donc pas que son adversaire ne listait dans son dictionnaire ni les mots « délicatesse », « cagnardise », ni l'expression « Réfléchir avant d'agir ».

Animée par son exacerbation poussée dans ses derniers retranchements, Temari traversa la table et d'un unique appui, elle compressa son pot de yaourt comme on tordait des boyaux, et ce par-dessus la coiffure en ananas du garçon. Dans un bruit de digestion infect, le contenu s'écrasa sur sa chevelure et dégoulina le long de son crâne jusqu'à son visage, infectant ses paupières écloses de stupeur et sa bouche légèrement décollée. Finalement, le liquide semi-solide mollement termina sa coulée sur le pantalon du jeune homme.

Dans la cantine, phénomène exceptionnel, plus un bruit ne perçait.

Abasourdi, Shikamaru voyait entre les traînées gluantes le visage ricanant de Temari, qui le toisait, du haut de ses dix-neuf ans de maturité. La main encore serrée sur son laitage, l'autre caressant doucement la courbe gracieuse de sa joue et de son menton, elle apparaissait comme un tigre ronronnant, rassasié. Il entendait à sa droite le sifflement que provoquait Kiba. L'air sortait de sa bouche à travers les mains qui bloquaient sa bouche, alors qu'il se retenait d'exploser de rire.

La situation était cocasse, il l'avouait. Il n'appréciait pas ces yeux rivés vers eux, vers lui, plus particulièrement, en attente de sa réponse. Qui ne se fit pas attendre.

Non pas qu'il se souciât de ces affamés d'action et de bagarres, mais là, il avait une réputation à maintenir.

« Pas mauvais... Pour une fille ! »

Comble de l'incompréhension pour le Nara, il sentit son corps déborder contre les dictats de son cerveau. Son bras s'élança, saisit son assiette où gisaient des restes de spaghettis et la balança en guise de riposte. Temari, heureusement pour elle, bourrée de réflexes, se pencha à temps, et le projectile termina sa course sur le derrière de la tête du voisin de la table suivante.

Mécontent d'être couvert de sauce bolognaise huileuse, il ne comptait pas se laisser marcher sur les pieds. Croyant que son agresseur était celle qui riait, tordue sur sa chaise, les larmes aux yeux, celui-ci riposta sans hésiter. La seconde suivante, un torrent de sauce brunâtre coulait abondamment sur la tête de Tenten, qui avait eu le malheur de rigoler.

Les yeux écarquillés semblaient être de mises ce jour-là. La Wang Zu tirait une tête de réveillée du tombeau et bientôt, elle poussa un cri de guerre en sombrant dans le maelström indissociable de la folie des classes de maternelle. A l'aide d'une de ses prises fétiches, elle le plaqua au sol et attrapa le gâteau au citron entamé que lui tendait Temari, sifflotant et innocente comme le démon, et l'abattit.

Ce ne fut pas à ce moment que le surveillant résolut de se mêler du bouillon qui menaçait de déborder de la casserole, trop apeuré et fasciné. Qui n'avait jamais voulu déclencher une guerre alimentaire dans ses rêves de stupidité les plus azimutés ?

Mais ce fut à ce moment que Naruto choisit d'ajouter son grain de sel, après une intense lutte contre son moi intérieur, la partie raisonnable de son cerveau. Voilà pourquoi le combat ne se présenta pas comme rude.

Ses bonnes résolutions au placard, il hurla, tandis que Sasuke, à ses côtés, blasé, affichant une tronche d'où dégoulinait la lassitude de ces conneries puériles, se bouchait les oreilles.

« Bataille de bouffe ! »

Il n'en fallut pas plus pour déclencher la Troisième guerre.

¤O¤

Chôji hésitait. Devait-il immédiatement savourer les arômes artificielles du pénultième chip ou serait-il plus judicieux de patienter encore un peu, afin que grossissent le désir et le plaisir ?

Ni une ni deux, son dilemme ne dura que l'espace d'être songé, et il croqua à pleines dents le morceau de patate grillée et salée. Les saveurs lui procuraient à chaque dégustation de nouvelles voluptés.

Cependant, à cet instant, il n'aurait pas dû jouer le fin gourmet, à proximité de la grille de sortie de son lycée, ignoré des autres. En temps normal, il aurait dû être d'ores et déjà dans le bus, en chemin vers son domicile. Chôji regarda sa montre. Et ce depuis dix minutes.

Il croquait les ultimes brisures qui se logeaient dans son palais et entre ses dents afin de se délecter des grains de sel, tout en regardant le ciel et son camaïeu de bleu, qui devenait sombre à l'ouest.

Il savait bien que lorsqu'il attendait Shikamaru, le moment d'attente ne s'évitait pas. Lui seul pouvait se vanter de connaître son meilleur ami sur le bout des doigts, même si l'idée ne le traverserait pas, bon modeste. Le Nara prenait son temps pour ranger ses affaires et pour circuler dans les couloirs, patientant quelques minutes supplémentaires, de manière à éviter les minutes de pointe, où avancer s'effectuait à pas de souris. Mais l'Akimichi n'avait jamais jusqu'à ce jour pas poireauté aussi longtemps.

Ni une ni deux, il haussa les épaules et tout en suçant les traces de gras sur ses doigts, il s'éloigna des grilles, où des traînards sortaient et où les futurs cancéreux se délectaient de plaisirs éphémères et destructeurs. Il allait d'un pas lent mais certain là où l'ombre commençait, au contour du bâtiment, près d'un mur désert...

¤O¤

« Je savais que j'allais te trouver ici. »

Installé en tailleur sur le carré de gazon qui grandissait sous le mur, Chôji tapotait ses cuisses de ses paumes, en attendant que Shikamaru finassât d'extirper sa molle carcasse de la fenêtre des toilettes pour hommes du lycée.

« Argh ! couina le Nara, sur le point de sortir son bassin de la fenêtre étroite. »

Encore heureux qu'il fût mince, rachitique même, car dans le cas contraire, cette évasion n'aurait pas vu le jour.

« Franchement, tu aurais pu sortir par la porte principale, lui fit remarquer Chôji, qui ne bronchait pas devant le mal que se donnait Shikamaru. »

Shikamaru ne répondit pas instantanément, cherchant à ce que sa jambe gauche passât, mais il ne réussit qu'à la bloquer entre le mur et son corps, la rendant de ce fait gênante et impraticable.

« Ah oui, les cheveux pleins de sauce tomate, de yaourt, de tout ce que tu veux... Après cette scène, pas question de me faire remarquer.

-Comme tu veux, Shikamaru, dit Chôji en haussant les épaules. »

De loin, la scène provoquerait un rire tonitruant. Le garçon, visible à demi, mais dont les cheveux luisaient d'une intrigante pellicule blanchâtre et poudreuse, bataillait en appuyant de toutes ses malingres forces, et son ami se reposait tranquillement. La bouche de Shikamaru se tordit alors qu'il fournissait un intense effort, mais ses bras filiformes lâchèrent rapidement, claqués. Haletant, il se regardait, se trouvant totalement ridicule, puis il en vint à la conclusion qu'il avait besoin de l'aide précieuse des costauds membres de Chôji.

Shikamaru poussa un long soupir.

« Et aide-moi plutôt à sortir de là, au lieu de m'faire la morale, grimaça le brun.

-Compris ! »

L'adolescent serviable mit la main à la tâche et en moins de deux secondes, il dégagea le Nara de la force de ses bras, avec une facilité déconcertante. Extrait de la fenêtre d'un coup brusque, donc victime de la force de la pesanteur, Shikamaru termina sa course par une chute sur l'herbe d'un vert de vieille chemise trop souvent passée à la machine. Son menton heurta le sol, une marque couleur martien s'imprima alors sur sa peau. Il eut beau frotter avec l'énergie d'un gastéropode, la tache persistait. Pour garder contenance, il époussetait son T-shirt bariolé de couleurs d'aliments.

Il se contenta de se tourner vers son ami, la mine lasse et découragé.

« Merci beaucoup, le remercia-t-il, et Chôji percevait le ton chaleureux qu'il lui adressait, mais de manière cachée, car les démonstrations d'émotions chez lui ne se vendaient pas à bas prix et se cachaient plutôt.

-De rien. On y va ? ajouta-t-il.

-C'est parti. »

Au bout d'une dizaine de pas, la curiosité maladive gagnait la bataille. Chôji ne put s'empêcher de poser la question qu'il avait soigneusement contenue dans sa bouche tout du long, sachant que le Nara s'en hérisserait.

« Comment ça s'est passé ? »

¤O¤

« Entrez ! tonna une voix puissante, par-delà la porte fermée du bureau. »

Terrorisé, un élève de Seconde se tortilla jusqu'à la porte et entra, la mine peu sereine. Le battant de bois claqua derrière lui.

Cela signifiait pour les trois personnages restants dans la salle que leur heure sonnait bientôt. Ils étaient les suivants sur la liste.

Tenten tentait vainement de décoller les pâtes collantes agglutinées entre ses mèches brunes, tandis que Temari étalait sans le savoir la sauce rouge sur son pull violet, trop débordée à jeter des regards colériques au garçon qui ne se trouvait pas dans un état enviable, assis sur la chaise la plus éloignée de la blonde. Celui-ci évitait soigneusement ces déclarations ouvertes de guerre, sans même se soucier des morceaux alimentaires qui jonchaient sa tenue. Il n'eut pas l'idée de faire meilleure figure devant la Proviseur en évinçant la chantilly et les coulées grumeleuses.

« Bravo, t'as réussi ton coup, marmonna-t-il après un « Galère ! » parfaitement audible.

-Tu m'as cherchée, rétorqua-t-elle pour justifier son excès.

-Les gens civilisés résolvent pas leurs différents avec des pots de yaourt ! fit Shikamaru.

-Alors considère que je suis pas une « gens civilisée », riposta la blonde.

-Non, en effet, t'es plutôt du style « Tyrannosaure hystérique », ironisa Shikamaru, rajoutant de l'huile sur le feu. »

Temari flambait et si Tenten n'avait pas été là, intervenant sur le ring pour éteindre les débuts d'incendie, il ne donnait pas cher de sa peau. Qu'avait-elle, celle-là, à tout prendre au premier degré ? Il avait eu vent de la réputation de Temari No Sabaku, véritable bombe, au sens premier du terme, mais comme toutes les rumeurs, il la croyait infondée. Voilà où il se trouvait, le pourcent de marge d'erreur...

Leurs caractères étaient incompatibles.

Sans qu'il n'eût le temps de réfléchir correctement face à cette affirmation, qui, dans le futur, risquait hautement d'appartenir également au pourcentage infime de marge d'erreur, la porte éclata à nouveau, le Seconde gicla, son papier signé et tamponné, et un ordre qui ne tolérait aucune objection explosa :

« Aux suivants ! »

Et Tenten entendit leurs trois gorges déglutir.

Lorsqu'ils entrèrent, une tamisée mais forte odeur aigre d'alcool japonais effleura les narines de Tenten, qui ne trouvait pas cela très professionnel. Sakura et Ino l'avaient informée des addictions de Tsunade, qui travaillait comme un bolide de course. A cet effet, il lui fallait de l'essence suffisamment puissante pour soulever d'aussi pharaoniques efforts de titan. Comme présumé, elle découvrait une petite coupe renversée au sol, cachée par l'ombre du bureau.

Mais peut-être le temps de trembler était-il venu.

Une fois devant la stature monumentale et respectable de cette belle femme de prestige, qui avait accompli de grandes choses dans sa jeunesse, Tenten frémit sensiblement. Les narines dilatées qui frétillaient de Tsunade ne lui prédisaient rien d'heureux.

Ses deux poings percutèrent son bureau d'un seul impact. Le bruit les fit sursauter.

« Mais que vient-on de m'apprendre ? A peine ai-je le dos tourné que vous provoquez une bataille de bouffe ?! Où vous croyez-vous ? En maternelle, dans le bas à sable ?! Et encore ! En maternelle, ils sont mieux élevés ! rugit-elle. Est-ce que je travaille dans un lycée pour avoir ce genre de cas à traiter ?

-Mais Madame, on a rien fait, se justifia Tenten, qui ignorait que quand la Madame parlait, on se taisait. C'est Shikamaru qui...

-Silence, Wang Zu ! aboya-t-elle. D'après ce qu'on m'a dit, vous avez amplement participé à la dégénérescence des festivités ! »

La jeune fille offrit un silence éloquent à cet argument. En effet, un câble avait lâché au cours de l'histoire, elle n'était pas toute blanche...

Après que Naruto, déluré, eut hurlé, Tenten, exaspérée, avait empoigné la pomme de Temari et l'avait lancée sur sa tête. Comme prévu, elle fit mouche, et elle en avait profité pour lui ordonner de se taire, prétextant que les choses tournaient suffisamment mal sans qu'il n'eût besoin de son intervention. Avant qu'elle n'eût le temps de se joindre à Sakura la diplomate dans le but de calmer les foudres des uns et des autres, dans son champ de vision, une forme rouge et vive apparaissait.

Quelqu'un avait dû prendre son lancer de pomme comme un défi, car de la droite fusait le même fruit. Comme au ralenti, elle avait vu l'objet volant se diriger vers elle, traçant une trajectoire aisément reconnaissable. L'adrénaline avait grimpé le long de ses doigts, jusqu'à son bras, chatouillant ses muscles, et elle avait reconnu la sensation d'ivresse qui la prenait lorsqu'elle visait une cible à l'aide d'une arme.

Alors, entraînée, elle avait saisi le premier couteau qui lui tomba entre les mains et l'avait envoyé sans une once d'hésitation au cœur de la pomme. L'arme blanche avait décollé, à grande vitesse, filant dans l'air, et au passage, elle avait happé le fruit croquant et leur course s'était achevée sur le mur opposé. La fine pointe de la lame s'était fichée dans le plaqué, conservant la pomme nettement tranchée.

Décontractée, Tenten s'était félicité, avant de constater que l'auditoire ne gardait pas son calme dans tout genre de situations. Hinata avait poussé un cri étouffé, les mains devant sa bouche, et Kiba avait sifflé, de ce qui pouvait se qualifier d'admiratif.

Ayant compris le système, elle avait repris un couteau au hasard. Agilement, il dansa entre ses mains, tournoya le long de ses doigts fins, et tous avaient regardé, hypnotisés, la blancheur de la lame, éclairée par les néons.

« Le prochain qui tente quoi que ce soit... »

Un regard et un geste appelants avaient suffi.

Mais apparemment pas suffisamment, puisque la seconde suivante, on avait scandé de plus belle, et pour la voir renouveler son exploit, les projectiles avaient fusé, plus nombreux que jamais.

Si elle se souvenait bien, Tenten pensait que ce fût à ce moment-là précisément qu'elle avait rejoint Temari dans sa lutte acharnée.

« Avec un couteau ! rajouta Tsunade, sur le bord de la crise de nerfs, en frappant une seconde fois le bois de son meuble, ce qui provoqua leur étonnement pour une deuxième fois consécutive. Vous rendez-vous compte du danger que cela aurait pu représenter ? Vous pourriez être renvoyée !

-Je ne rate jamais ma cible, répondit calmement la jeune fille, avec des yeux ouverts, comme si les armes blanches avaient un jour pu « représenter un danger ». Si j'avais voulu les tuer, ils seraient déjà morts... remarqua-t-elle, un doigt sous le menton.

-Ça suffit. Je ne veux plus rien savoir. Plus rien, affirma-t-elle plus fortement en voyant que Temari s'apprêtait à entrer dans la danse. Est-ce compris ? »

Son regard suffit à décourager leurs potentiels élans de témérité.

Elle se rassit, soufflant.

« Nara, No Sabaku, Wang Zu. Vous serez tous les trois de corvée de ménage de la cantine jusqu'à Noël.

-Quoi ?!

-Avec lui ?

-Avec elle ? »

Synchronisation parfaite.

Le bureau fut massacré pour la troisième fois. Tenten crut y apercevoir la formation d'une fissure qui ne se trouvait pas là auparavant.

En réponse à ce bruit, Temari le foudroya, démonstration à laquelle il répondit par un bâillement écœuré.

« Et une heure de retenue, ensemble, précisa-t-elle, le mardi après-midi, après vos cours. Chaque semaine, pour la même durée, dans la salle des latinistes, A-203.

-Galère, osa le brun.

-Quoi ? Me coltiner cette andouille macho pendant trois mois en colle ? enragea la jeune femme.

-Silence, taisez-vous ! leur intima-t-elle. Je ne reçois aucune protestation; il fallait réfléchir avant de vous lancer dans d'abominables conneries. Quant à vous, Wang Zu, glissa-t-elle ensuite, lui lançant un regard effrayant, vous serez seule, pour prendre le temps de méditer sur toute l'étendue du risque de jouer avec des couteaux le jeudi matin, en première heure, dans la salle d'espagnol A-101. Jusqu'à Noël.

-Je ne comprends pas. Pourquoi pas en permanence ? fit Tenten, sachant qu'il était inutile de lutter.

-Pour vous ridiculiser devant des élèves plus âgés que vous, répondit fermement la Proviseur. »

Sans s'attarder, elle leur fit signe de déguerpir, puis se plongea avec un dégoût visible dans l'administration de l'établissement. Ils exécutèrent un demi-tour et tandis qu'ils marchaient vers le salut, lourds de leurs punitions, Tenten posa une question :

« C'est permis, ça ? chuchota la brune à l'adresse de ses comparses. Ça s'appelle pas « Tentative d'intimidation d'élèves innocents » ou quelque chose du genre ?

-Non, j'crois pas, soupira Shikamaru.

-De toute façon, moi je suis plus âgée que tout le monde, grommela Temari, certainement trop fort, car Tsunade cessa de se préoccuper de ses dossiers pour leur adresser une œillade meurtrière.

-Plus vieille mais pas plus maligne, piqua-t-il.

-Tu peux te la boucler !

-Taisez-vous ! explosa Tsunade en s'arrachant presque les cheveux. Si vous continuez, je vous suivrais jusqu'à la dernière minute de votre vie lycéenne, et même écroulés sous vos révisions, vous gratterez à la pince à épiler les poussières au plancher ! Vous commencez vos colles dès demain et maintenant, déguerpissez ! Je ne veux plus vous voir ! »

De mémoire d'homme, Shikamaru garantissait qu'il n'avait jamais couru aussi vite.

¤O¤

Reçu le : 7 septembre

A : 19:41

De : Tayuya


« Cool. C'mment ça, cool ? Genre c'mot fait parti d'ton vocabulaire : tu détestes l'mot « cool ». C'est là qu'j'dis qu'tu m'caches des choses et qu'ici, sans toi, on s'fait chier... »


Envoyé le : 7 septembre

A : 20:57


« Non, je t'assure, il ne se passe absolument rien de palpitant. Tu crois vraiment que j'oserais te cacher quelque chose ? »

Reçu le : 7 septembre

A : 20:58

De : Tayuya


« Ouais. »


Sèchement, Tenten fermait son portable de la manière la plus saugrenue qui fût, soit en l'expédiant quelque part dans les profondeurs houleuses de son linge entassé à côté de sa commode alors qu'un maigre effort supplémentaire aurait épargné ce bordel, la mâchoire serrée et les sourcils froncées, embêtée qu'un si petit montant de confiance lui fût accordé. Cependant, Tayuya l'avait maintes fois devinée avant elle-même. Pourquoi se tromperait-elle, cette fois-ci exceptionnellement ?

Parmi ses interminables défauts, la jeune fille comptait en tête de liste une méconnaissance d'elle-même sans limites, qui la poussait à se questionner incessamment. Dans un coin de son esprit, elle matérialisait, au cœur des moments de doute les plus cornéliens, un double de sa propre personne, un double raisonnable et réfléchi, avec lequel elle entretenait une argumentation féroce. Qui, malheureusement, devenait infertile, car son sosie disparaît toujours, assailli, vaincu.

Honnêtement, était-ce là un comportement digne d'une adolescent de son âge ? Ou Alice, héroïne frivole et tête en l'air de Lewis Carroll, se réincarnait-elle en elle ? « Tenten in Wonderland », ça ne sonnait pas mal.

Il lui semblait que rien ne partait de travers.

Avachie dos sur son lit, la tête ballotée dans le vide, elle laissait le sang lui monter au visage et exercer une pression étouffante sur ses oreilles. En face d'elle, le miroir, à peine éclairé, dans cette chambre entretenue dans une lumière tamisée de clair-obscur, lui renvoyait son reflet. Une mèche courut barrer l'écran de se yeux. A l'étage inférieur, elle entendait les bruits de la cuisine et en-dessous de sa porte close s'infiltraient les odeurs familières de riz et de côtelettes. Bientôt, un vacarme couvrit la sérénité des marmites, elle soupira en devinant les actions imminentes. Ses paupières se fermèrent, et le noir dégringola, comme une nuit sur l'existence. Ses frères s'amusaient dans le salon et couraient d'étage en étage, comme l'indiquaient les lourds martèlements au sol et les cris esclaffés des enfants. Jusque là, rien ne divergeait des autres familles, peut-être encore cette place vide sur le sofa, cette absence, ce fantôme derrière le dos de la cuisinière, abandonnée. Mais rapidement, Kino, emporté par son caractère hyperactif, irait trop loin et emporterait son frère dans ses courses folles jusqu'à l'épuisement. Dès que Benjiro subissait une altération brusque de son état, une surprise, une colère, une fatigue, par exemple, il en devenait malade, et rendait ses tripes. Une maladie bénigne de l'estomac, fragile et sensible, qui se guérissait à coup de petites pilules multicolores. Rien de grave, seulement un peu d'encombrement supplémentaire, et leur mère n'en avait pas viscéralement besoin, au contraire. L'un dopé aux calmants, l'autre à l'infusion. Et elle, l'aînée, c'était donc cette curieuse attirance pour la lune qui la caractérisait ?

Un brouhaha plus conséquent se fit entendre. La voix aiguë de Kino résonnait par-dessous les plaintes de sa mère, qui les exhortait au calme, sans succès.

Ça y était, Benjiro avait vomi, et on appelait la Tenten pour qu'elle ramassât les dégâts.

¤O¤

A peine entrée dans sa chambre, Ino ne prenait pas garde à son agenda et l'envoyait balader en même temps que le contenu de son sac à main sur son lit, où il rebondissait et s'oubliait. L'idée qu'une séance d'intense révision en histoire s'imposait ne l'effleura plus, elle alluma son poste de radio et enchaîna sur le dernier tube de Lady Gaga, battant des hanches au rythme impulsif de la percussion. Elle secouait sa longue chevelure blond platine en bénissant toutes les formes divines imaginées par les hommes d'avoir exaucé ce miracle ; rien ne gâchait l'ondulation gracile de ses mèches.

Un clin adressé à son reflet dans le miroir, et elle retournait vaquer à ses occupations, de plus en plus illusoires, aussi vaines et creuses que les paroles de la musique qui tournait en boucle dans la pièce.

¤O¤








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