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Victor Sierra : financement participatif pour leur 5ème album
 par   - 156 lectures  - Aucun commentaire

Victor Sierra est un groupe français de musique steampunk.

Jje les suis depuis plusieurs années et nous sommes devenu amis.
Ils lancent un financement participatif pour leur cinquième album sur indiegogo :
Victor Sierra's 5th album

Ils chantent dans plusieurs langues : français, anglais, un peu d'espagnol et de yiddish dans certains titres.

Vous pouvez écouter des morceaux et voir des vidéos sur leur sites https://victorsierra.net/ ainsi que sur youtube, itunes, spotify...

 

Problème d'alimentation
 par   - 98 lectures  - Aucun commentaire

Bonjour à toutes et à tous.

Désolé pour les interruptions réccurentes. Il y a un gros problème avec l'alimentation des serveurs. L'onduleur à laché.
Je les ai momentanément branché directement, mais ça eut dire qu'en cas de coupure de courant il faudra attendre que celui-ci revienne.

 


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La ligue des mangoustes recherche de nouveaux héros
 par   - 1717 lectures  - 1 commentaire [30 mai 2020 à 12:42:02]

Fan de manga et/ou de comics et écrivain dans l'âme, cette annonce s'adresse à vous !


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Animes-Mangas

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Naruto

Entre ça, ça, et toi, mon coeur balance
[Histoire En réécriture]
Auteur: Kokonut Vue: 60729
[Publiée le: 2007-08-20]    [Mise à Jour: 2009-04-25]
13+  Signaler Romance/Humour/School-Fic/Amitié Commentaires : 327
Description:
[Chapitre 7 en ligne]

On leur a toujours rêvassé que le lycée, c'est le Paradis sur Terre.

Quoi de mieux que d'avoir seize ans tout rond, de faire ce que l'envie dicte sans trop y réfléchir, de vivre la vie à cinq cent à l'heure et d'enchaîner délires et amourettes ?

Si jamais vous rencontrez une de ces cinq jeunes filles, pourtant complètement différentes les unes des autres, elle vous dira tout le contraire. Et oui, dur, dur d'être une adolescente.

Entre familles plus ou moins bizarres, amitiés naissantes, aversions marquées, problèmes personnels, elles en verront de toutes les couleurs !

Et en plus, si le coeur vient s'en mêler, bonjour la pétaudière...

*

Hinata est une jeune fille "pâle" et "effacée", comme le disent ses proches. Incontestable timide au grand coeur, elle cherchera à s'affirmer, à se découvrir, et surtout, à se faire remarquer autrement que par amitié par une certaine personne. Et elle apprendra ce qu'est la vie.

Comme la nuit et le jour, Ino est tout son opposé. Blonde jusqu'au bout des os, elle n'a pas sa langue dans sa poche et ne fait rien pour y remédier. Superficielle et vaniteuse, elle aime se prendre pour le nombril du monde. Et si elle apprenait à se taire davantage et à écouter ?

Tout dans ce Monde possède un juste milieu. Sakura n'est ni blanc ni noir. Sakura est multicolore. Toujours la parole juste, la remarque pertinente, l'analyse complète. Si une fille parfaite devait exister, ça serait elle. Mais comme on dit, la "Perfection" n'existe pas, et elle va se découvrir des facettes qu'elle n'aurait jamais suspectées...

Tenten débarque tout juste en ville, entraînée avec toute sa famille par un père absent et camouflé derrière ses feuilles de journal. Elle s'est toujours considérée comme quelqu'un de passe-partout. Pas trop ci, pas assez ça... Des défauts, pleins, des qualités... Laissez-moi chercher. Encore enfant, gaffeuse, entêtée, c'est normal d'être aussi enfantine à 17 ans ? Entre toutes ces questions, elle cherchera une réponse. Qui pourtant est sous son nez.

Temari, grande soeur attentionnée et force de caractère, n'a pas changé d'un pouce, n'a besoin de personne, personne n'a besoin d'elle, et elle se plait à penser qu'elle ne changera jamais. "Carpe Diem" comme le disait si bien ses potes les Anciens. Peut-être bien. Mais au final, elle comprendra que savoir faire des choix pour le lendemain n'est pas aussi facile que ça en a l'air.

[OOC & UA]
Crédits:
Tous les personnages de Naruto sont à Masashi Kishimoto sauf ceux que vous ne connaissez pas.
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Chapitre 1 : La rentrée ou comment on n'amène pas à l'abreuvoir le mulet qui n'a pas soif

[14086 mots]
Publié le: 2007-08-22
Mis à Jour: 2010-04-17
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Chapitre 1 : La rentrée ou comment on n'amène pas à l'abreuvoir le mulet qui n'a pas soif.


Les feuilles n'avaient pas encore commencé à tomber des arbres, toujours bien fournis, verdoyants. La fin de l'été s'étirait, alanguie, comme les rayons de soleil matinaux qui eux, venaient frapper contre une fenêtre et des volets clos. Rien ne laissait présager que cette journée d'apparence radieuse ferait pivoter le cours naturel des choses établi depuis deux mois, largement dépassés à cette date.

Le cadran digital posé sur la commode affichait sept heures moins une. Il n’était pas encore tout à fait l’heure de se lever pour la jeune fille emmitouflée sous les couettes.

Soudainement, l’alarme stridente du réveil-matin explosa dans la pièce, sonnant le début d’une magnifique journée. Vivement, une main s’abattit avec lourdeur sur la commode, trifouillant les peu nombreux espaces libres, étant donné l'impressionnante accumulation de livres et de CD. Le membre mouvant, semblant sortir des draps à la manière d'un cadavre s'arrachant de son tombeau. Une panoplie d'objets dégringolèrent, bruyamment, quelques recueils de poèmes égarés, de vieilles chansons, un album-photo qui ne s'ouvrit pas lors de sa chute, puisqu'il désirait encore garder ses secrets, jusqu'à ce qu'un doigt plus malin que les autres ne déniche finalement le bouton d’arrêt. L’appareil se tut automatiquement, cette explosion de voix cessa. Le silence régna à nouveau dans la pièce mais l'ambiance, alourdie, ne se prêtait plus aux rêveries enfantines.

Une série de grommellements, de bâillements et de soupirs plus tard, la tête de Tenten Wang Zu émergea des couettes. Elle bailla longuement et s'étira avec lassitude, prenant plaisir à entendre ses articulations craquer, avant de se décider à se lever d'un pas qui ne trahissait certainement pas un fol entrain. Au passage, elle repêcha Kuro-Kuro, dégringolé en bas de son lit. Ses yeux bruns s'attardèrent sur le bordel qu'elle avait provoqué, sans montrer d'expression, sauf peut-être une lancinante douleur, camouflée par des nuances de noisette qui se voulaient courageuses. Elle finit par attraper l'album, d'un joli jaune poussin qui dégageait une énergie frivole et affirmée, et sans oser tourner la première page, gribouillée de mots, de dessins, de souvenirs, elle le reposa sur la table de nuit. Puis, nonchalamment, elle partit déjeuner, laissant derrière elle ces fantômes qui la hantaient toujours.

Le cadran affichait maintenant huit heures moins cinq lorsqu’elle remonta dans sa chambre pour se préparer, toujours dans cet état semi-cadavérique de jeune demoiselle au réveil, qui ne percevait pas encore la différence fondamentale séparant la chaussette et du chapeau. Ce fut uniquement lorsqu'elle posa des yeux brouillés sur son horloge et y distingua des petits chiffres étrangement alarmants qu’elle se réveilla, et pour de bon.

Tenten poussa un cri horrifié et permit à sa grâce naturelle de librement s'exprimer.

« Et, bouse de lama ! »

Ainsi Tenten saisit les premiers chemisier, pull, sous-vêtements, pantalon et chaussettes, dépareillées, cela allait de soi, qui lui tombèrent sous la main et gicla vers la salle de bain, hurla, tambourina, tempêta et y éjecta son plus jeune frère qui achevait de se brosser les dents et ne comprenait pas l'urgence de la situation, esquissa une toilette improvisée mais de base (tout de même, ce n'était pas la peine d'asphyxier tout le monde avec un sourire dès son arrivée), ne prit même pas le temps de lutter contre sa toison brune emberlificotée dans une coiffure des plus douteuses, saisit son sac, déboula l’étage, hurla un « au revoir ! » à sa mère et à ses frères et courut comme une dératée sur le trottoir qui menait à son lycée. Et malheureusement pour elle, ce dernier se situait assez loin, et ses parents étaient trop radins pour gaspiller de l’essence afin de l’amener.

*

Tout en courant sur l’allée, l’adolescente, saisie d'un ultime découragement quant à sa chevelure, tenta de sauver ce qui pouvait être sauvé et attrapa ses cheveux flottant qu'elle enroula et attacha à l'aide d'un solide élastique. Comme sa frange, selon les rebonds de sa course, couvrait ses yeux, la jeune fille se mit à songer à la cascade d’évènements qui avait coulé en l’espace de deux mois, en prenant un tout petit peu de recul.

Alors qu'elle avait organisé un « été de rêve » avec des amis, c'est-à-dire des choses mentalement infertiles, soirées interminables, monopolisation de piscine, nuits passées sous un sac de couchage, soleil de plomb et rires incessants, juste avant les grandes vacances d'été, son père leur avait annoncé leur déménagement imminent, avec pour excellente et surtout indémontable raison, son éternel travail. En tout et pour tout, ils avaient deux jours pour emballer leurs effets personnels, ce qui, d'après l'autorité paternelle, était même trop, car la compagnie avait engagé et payé des déménageurs pour eux, comble de la gentillesse. Quelle surprise l'avait saisie lorsqu'après avoir hurlé et refusé net cette déclaration à propos de laquelle personne, sauf sa mère toute obéissante, n'avait été concerté, elle croisa en sortant en trombes de sa maison dans une minable tentative de fugue et de pression sentimentale, les braves gars, prêts à empaqueter le tout.

Aucun plaidoyer. Les dés, déjà lancés, non pas de sa main, roulaient lamentablement, n'attendant que le rebord de la table pour se jeter à terre et se fracasser contre le sol. Ils allaient se rendre, lui et sa famille, dans une autre ville, à des centaines de milliers de kilomètres du petit monde qu'elle avait toujours connu.

En réalité, ce n'était sans doute même pas un petit millier, mais séparer un adolescent de son cocon, surtout Tenten, équivalait à trancher au couteau un innocent.

Ensuite, en plus de l'entièreté de sa vie sociale, elle avait douloureusement dit adieu à ses projets. Dans son ancien lycée, elle avait prévu de passer son bac et de faire des études qui avaient un lien, soit avec le sport, soit avec les maths, deux matières ne se reliant d'aucune manière mais qui lui plaisaient plus que toute autre chose, mais lorsqu'elle avait changé d’établissement, les autorités de l'éducation l’avaient poussée au redoublement, en raison d’une soi-disant différence trop importante des méthodes d’enseignements chez les différentes institutions. En s'arrachant les cheveux, Tenten s'était mordue les lèvres pour ne pas hurler de rage.

Oh, et pour terminer, elle devait être à l’entrée de son école pour huit heures sans faute. Et il était justement huit heures.

*

La jeune fille piqua un pénultième sprint jusqu’à ce qu’elle aperçoive une foule compacte d’étudiants qui râlaient en chœur. Elle sourit, légèrement, évinçant quelques mèches échappées de derrière ses oreilles. Elle n’était pas si en retard que ça en fin de compte. Grâce à ses douze années d’arts martiaux et de lancers d'objets en tout genre, elle s'était essayé au tir à l'arc durant trois ans, puis au lancer de boulets, avait expérimenté la jonglerie, pour finir par tâter des armes blanches, l’adolescente était devenue endurante.

Tenten apprenait l'art ancestral du karaté depuis ses cinq ans, une lubie qui l'avait prise depuis qu'elle avait assisté à une époustouflante démonstration d'un « kata » particulièrement harmonieux et à la fois puissant qui ne l'avait pas lâchée. De plus, elle savait lancer des couteaux comme personne. Dans toute la liste des essais, ce domaine semblait cousu pour elle. Elle y excellait particulièrement et prenait un intense plaisir à se concentrer sans ciller sur une cible, jusqu'à sentir la perfection et la gestuelle précise de son bras filant. Elle était largement moins douée en karaté, bien qu'elle fût, et Tenten l'était fièrement, l'élite de son ancien cours.

*

Soulagée de ne pas devoir passer chercher un billet de retard et démarrer en fanfare sur une entrée remarquable dans le sens néfaste du terme, la jeune fille arrêta sa marche avant l'océan de têtes inconnues, sur la chaussée, le temps de souffler un peu et de dévisager quelque peu ce nouvel établissement. Tenten avait refusé jusqu'alors de s'y rendre, par esprit de contradiction et pour prouver à son père que tout cela n'était effectué que par nécessité et à contre-cœur, et elle constatait avec ironie qu'elle avait bien fait.

La bâtisse grise se hérissait du sol derrière une grille de fer l'encerclant, à l'entrée pittoresque piquée du nom « Lycée Général Jean de La Fontaine »* symbolisait tout sauf la motivation et le pétillement d'une intelligence bouillonnante, mais plutôt la sévérité coutumière des lycées. Le bloc de béton de trois étages, avec un plafond désespérément plat, possédait des murs glacés de grandes fenêtres lavées durant l'été, et celles-ci ne tarderaient pas à devenir aussi sales que le reste d'ici maximum un mois. Le lycée s'étendait si loin vers l'arrière qu'il était impossible de face, comme elle était actuellement placée, de le contempler dans sa totalité. En glissant son œil à gauche, pesant la foule, elle en déduisit qu'une masse encore plus importante d'adolescents étudiait là.

D'avance découragée par cette vision peu alléchante, elle se retrouva poussée par une nouvelle vague de lycéens qui s'approchaient et se pressaient, car les grilles venaient de s'ouvrir, dans un grincement perçant. Prise dans la cohue, elle n'eut d'autre choix que d'être emportée, les dents serrées pour ne pas autoriser sa mauvaise humeur à lui dicter ses aléas.

Comme elle, une petite forme courbée sur elle-même semblait débordée par les évènements. Accidentellement, Tenten, ballottée tantôt à droite, tantôt à gauche, sentit son pied écrasé par une pression si infime qu'elle n'aurait pas soulevé l'incident si une excuse étranglée ne s'était pas élevée parmi le mur de sons confus.

« Euh…d…désolée, bredouilla une douce voix féminine. »

Celle-ci tourna la tête comme elle put vers Tenten et se tortilla maladroitement, oppressée par la foule de plus en plus nombreuse maintenant qu'ils pouvaient entrer. La Wang Zu s'étonna de son intervention timide. N'importe qui n'aurait pas pris la peine, dans un tel attroupement, de demander le pardon de quelqu'un pour un si minuscule détail. Il semblait quasiment naturel qu'on ne puisse s'extirper de l'amas sans une blessure ou deux. Les deux jeunes filles se regardèrent dans les yeux mais leur contact visuel ne dura qu'une fraction de secondes car on les entraîna loin l'une de l'autre, et il leur fut impossible de se retrouver.

Elle avait de splendides yeux gris. Non, non, Tenten se rabroua. Pas gris. D'un blanc immaculé, étonnant, peut-être pénétré par des miroitements caressants de lavande fraîchement cueillie, dénudés de pupilles, comme les malheureux iris d'un aveugle. Mais elle ne doutait pas de la perfection de son acuité visuelle ; son regard n'en était que plus impénétrable et déboussolant.

Tenten avait ouvert des yeux.

*

Hinata avait écrasé un pied.

Hinata avait cru entrapercevoir se dessiner sur ses lèvres d'un rose farouche et bombées les prémices des mots « Ce n'est rien » au moment où une houle plus insistante les avait séparées. Curieusement, elle s'en voulait terriblement d'avoir démarré, sans intention de créer un jeu de mots éminemment mauvais, leur relation sur le mauvais pied. Elles ne se connaissaient ni d'Eve ni d'Adam et pourtant, la Hyûga aurait voulu lui plaire. Était-ce à cause des chaudes nuances de ses yeux qui contrastaient avec la rigidité de sa posture ? Il lui semblait que jamais elle ne l'avait croisée auparavant... Mais d'un autre côté, Hinata circulait si souvent dans les couloirs le nez figé au plancher que peu de figures parsemaient ses souvenirs...

Encore là, un frisson indescriptible la parcourut et elle n'osa plus soulever l'ovale de sa figure du sol de béton grisâtre. En inspirant une minuscule bouffée d'air, elle avait respiré un parfum jusqu'à ce jour inimitable, et le souffle lui manqua soudainement, oppressée par une indicible douleur à la poitrine...

A des mètres d'elle, loin, des mèches d'un blond si éclatant qu'ils captaient les rayons du soleil et les enfermaient en leur coeur, décimèrent la foule d'inconnus et marcha droit devant. Son sourire décocha plusieurs flèches qui toutes se fichèrent en plein coeur de la Hyûga soudainement réduite à l'état de lamentable cloporte. En le fixant se glisser parmi tous ces corps serrés, hilare, elle aurait tout donné pour qu'il daigne la remarquer et lui offre, rien qu'une fois, un sourire aussi irréfléchi qu'un clin d'œil mais emportant avec lui les mêmes espérances. Paradoxalement, elle ne souhaitait qu'une chose ; l'admirer. Qu'importe si, pour assister au spectacle de sa luminescence, elle se draperait éternellement de la cape de l'ombre.

Hinata avait écrasé un pied, avait suivi un soleil et désirait décrocher la lune.

*

La marée humaine s'agrandissait à vue d'œil et toujours personne à l'horizon.

Sakura se hissa sur la pointe de ses bottes turquoises pour tenter d'observer une étendue plus large et porta sa main en porte-vue au milieu de son imposant front lisse, dégagé des mèches par l'emploi malin d'une barrette. Plissant les yeux, elle scruta attentivement la rue, sans succès, jusqu'à ce qu'un audacieux coup porté sur son épaule provoque chez elle un sursaut. Sakura chancela et aurait pu tomber à la renverse si une paire de bras maigrelets ne l'avait pas de justesse agrippée et soulevée avec difficulté.

« Ma parole, t'as grossi Sakura ! hoqueta une voix haut placée qui trahissait l'effort considérable dont elle usait pour la remettre droite. »

En temps normal, la Haruno n'aurait pas digéré aussi aisément la remarque, même si le ton indiquait clairement une moquerie sans conséquences, mais après deux mois d'éloignement, la propriétaire de ces paroles aurait très bien pu la comparer à un mammouth obèse que Sakura n'aurait pas pris la mouche.

Avec un sourire qui lui décrocha quasiment la mâchoire, Sakura pivota de cent quatre-vingt degrés comme une rocambolesque toupie multicolore et dans un élan d'affection débordant, elle enserra le corps parfait de sa meilleure amie et le pressa contre elle à lui en briser les os.

« Tu m'étouffes ! gémit-elle, avec tout de même un brin d'émotion furtivement dérobé dans sa voix. »

A son tour, elle rendit son étreinte à Sakura, emportée. Les deux jeunes filles se balancèrent sur leurs deux pieds, ce qui attira des regards inquisiteurs, parfois carrément dédaigneux, mais rien ne brisait leur cocon de bien-être.

« Tu m'as tellement manqué ! soupira Sakura en la lâchant finalement, après deux minutes d'intense câlin. »

Elle s'apprêta à enchaîner lorsqu'elle nota l'absence du jean moulant à strass, du débardeur lilas légèrement bouffant en ses franges, au déshabillé pigeonnant, et des bottes en faux-cuir marron, pour constater avec un mélange d'étonnement stupéfait et de plaisir rougissant que pour ce jour spécial marquant le début d'une nouvelle année, presque une nouvelle vie, enfin, une renaissance, elle avait enfilé une jupe plissée léchant les articulations de ses genoux d'un bordeaux hypnotisant, dont la couleur était renforcée par une chemise blanche aux quatre premiers boutons ouverts sur un débardeur de la même couleur des nuages, finement dentelé. Une bague rouge assortie aux boucles d'oreilles pendantes réfléchissaient la lumière du soleil et certainement avec elle le pétillement surpris des yeux verts de Sakura, qui trouvait que son conseil suivi par Ino était du meilleur effet.

Ino Yamanaka, la tête de mule, lui plaqua un sonore baiser sur la joue, lui adressa ensuite un clin d'œil complice que rendaient alangui ses cils noircis par une couche de mascara, et de son bras longiligne attrapa celui de Sakura. D'un pas parfaitement synchronisé, les deux jeunes filles s'engagèrent côte à côte en direction de la jungle qu'était le lycée.

Sakura et Ino n'avaient pas fini de marcher ensemble.

*

« Sasuke ! On est encore dans la même classe ! »

Ce cri passa par-dessous toutes les autres conversations et personne ne put se contraindre à empêcher la naissance d'un fin sourire sur ses lèvres.

A nouveau, le même événement se produisait et il n'étonna cette année-là pas grand-monde, contrairement à ce qui s'était déroulé lors de la rentrée précédent, au temps où il entrait à peine dans la cour des grands.

Un petit surexcité bousculait l'ensemble des élèves, qu'ils soient grands ou gros, qu'importe, ce dernier s'obstinait à arriver le premier devant les doubles panneaux sur lesquels on affichait les listes des classes formées. Le nez à quelques millimètres des noms alignés les uns en dessous des autres, il détaillait ceux-ci avec agitation, sautillant sur place, jusqu'à ce qu'un sourire ne fende son visage.

A la recherche de sa classe et donc postée à côté de la même liste, Tenten aurait pu le trouver, à un certain niveau, mignon, s'il n'avait pas, par la suite, hélé son ami à gorge déployée, perçant ainsi ses tympans, et agité ses bras qu'elle dut esquiver pour ne pas se retrouver amputée d'une dent. Avant qu'elle n'ait le temps de repérer de lui autre chose qu'un fluide éclair orange et blond, il détala. Ce qui n'était pas plus mal pour la jeune demoiselle qui put enfin se pencher sur le tableau qu'avait monopolisé le garçon, pour y découvrir son nom, à la fin de la liste.

Wang Zu Tenten, Première B. Professeur principal, pas capital, elle zappa et s'éloigna rapidement, en retenant dans un coin de sa tête la salle de réunion, C-102, avant d'entamer une solitaire errance dans les couloirs. Elle prenait son temps, comme son nez se levait au plafond, attirée par la lumière des néons à la manière d'un insecte. Elle s'éblouissait jusqu'à ne plus voir que des points blancs et en sentir le brûlant contre sa rétine. De toute façon, comme elle se perdrait...

Comme elle ne dénichait toujours pas, la cloche sonna. La totalité des élèves se crispa. Ils étaient de retour en enfer.

*

Temari avait les lacets détachés.

Elle ne mettait que rarement des baskets, de vieilles Converses classiques, simplement noires, et ce présage lui laissait une sensation étrange sur le palais. La jeune femme se dépêcha de les nouer et se replaça à hauteur normale.

« T'as trouvé ta classe, Gaara ? chuchota Temari à l'oreille de son frère, parce que le bruit ambiant combiné à la stridulante sonnerie ne permettait à aucune conversation de s'élever. »

Le dénommé Gaara opina tranquillement du chef et rajusta les bretelles de son sac noir tirant sur le gris. Sans vraiment s'attarder parmi les regroupements d'humains, il tourna le dos à sa sœur, qui ne put alors voir de lui que son dos élancé et ses épaules tassées, son cou que parsemait une chevelure d'un roux vif, qui, si elle luisait comme un feu endiablé au soleil, elle s'égarait dans des nuances sanglantes à l'ombre. Temari mordit sa lèvre supérieure lorsqu'il avança d'un pas, rongée par un soudain vent d'inquiétude provenant du changement radical que leur imposait cette promotion ; ils étaient séparés.

A côté de qui s'installerait-elle ? Qui écouterait sans renchérir ses longues litanies et essuierait son venin lorsqu'elle péterait un câble, littéralement ? Et lui ? Il n'avait pas énormément d'amis non plus, plus qu'elle certainement, mais ils se comptaient néanmoins sur les doigts d'une main... Comment feraient-ils, tout simplement ?

Avant qu'il ne puisse poursuivre, elle plaça sa main sur son épaule. Le jeune garçon exécuta un demi-tour lent. Ses yeux d'un bleu polaire figés sur son visage pâle, marmoréen, coulissèrent vers les rides creusées sur le front de sa grande, le mot était juste, sœur, puis suivirent le mouvement presque hésitant de Temari qui, avec deux doigts, glissa une mèche de cheveux du front de son frère. Elle les passa très légèrement, papillonnant, et constata sur sa peau un tout petit détail, insignifiant, mais qui retardait l'échéance du départ.

« Il s'efface, nota-t-elle très bas, en avisant le tatouage au crayon (le sien, faisait-elle remarquer) qu'il traçait avec application chaque matin sur la partie haute et gauche de son front devant le miroir. »

Temari vit que ses iris bougèrent, comme s'il eût pu apercevoir la bavure des traits de l'idéogramme « Amour », mais ses traits conservèrent une impassibilité exemplaire.

Leur séparation ne le dérangeait pas et, si quelque chose se brisa, infime, en Temari, elle se força à assumer un sourire explosif.

« Tu vas être en retard, Temari, lui dit-il simplement. »

Et cette fois-ci, lorsqu'il se retourna et lui envoya un signe de la main, Temari emprunta à son tour la direction de la salle C-102, d'un pas décidé.

Elle pencha la tête vers ses pieds et maugréa furtivement.

Temari avait les lacets détachés.

*

Désorientée dans les couloirs, trois tours en historique, Tenten avait finalement déduit la logique de l'établissement. Elle enregistra soigneusement la position des salles, en ordre croissant de gauche à droite, trois étages, une lettre chacun, et le dernier étage se voyait réservé aux locaux de travaux pratiques, car cela pouvait éventuellement servir.

La cloche avait sonné depuis belle lurette, cependant, comme elle constatait qu'elle n'était pas la seule à errer en dehors d'une salle particulière, certainement pas pour les mêmes raisons, certes, elle ne se pressa pas plus qu'il ne le fallait et entama la montée d'un escalier ombragé, la main posée sur la rampe. Avant qu'elle ne parvienne au sommet, une clameur mariant une colère sourde et un brin de douleur tonitrua, et rebondit dans la cage d'escaliers. Alarmée par ce qui s'apparentait à une chute, Tenten se hâta et grimpa quatre à quatre les dernières marches la séparant de la fin du premier étage.

A quelques-unes du pallier se renversait le corps d'une jeune femme, qui peinait sur ses mains pour se redresser et retrouver contenance, bien qu'elle ne semblait pas éprouver une honte cuisante face à ce ridicule plaqué sur la mécanique de la routine. Une fois installée assise sur une marche, elle balança énergiquement ses jambes et épousseta furieusement ses paumes à peine écorchées sur son jean à pattes d'éléphant, son expressif visage tout en force parcouru d'une telle fureur à l'origine mystifiée.

Elle ignorait que Tenten était et rouspéta d'une voix rauque :

« Saletés de lacets...

-Euh... ? Besoin d'aide ? hésita Tenten, dont la présence venait de s'imposer à cette demoiselle. »

L'inconnue braqua un regard obtus sur cette dernière et lui fit ainsi admirer dans toute leur souveraineté ses yeux de biche barrés par des sourcils d'un blond encore plus foncé que la paille sauvage et indomptable de sa chevelure hirsute ramassée en quatre couettes éparpillées sur sa tête.

« Pas la peine, déclara-t-elle en se relevant rapidement et en foulant les dernières marches d'un seul bond. Merci, ajouta-t-elle après une brève hésitation. »

Et le remerciement ne perça pas très loin car ses jambes actives l'emportaient déjà et elle était trop loin pour qu'un aussi furtif message ne passe. Elle avait bien vu derrière ses pupilles élargies la même indécision tangeante qu'elle avait certainement dû ressentir au fond d'elle lors de son débarquement involontaire et provoqué, en le dissimulant sous quelque allure guerrière prête à conquérir son territoire, l'épée au poing, et le bouclier plaqué contre son corps, surtout.

L'égarement d'une nouvelle.

Temari songea bien entendu à l'éclairer sur la bonne direction à prendre afin de rejoindre sa classe sans encombres mais elle se rabroua dès l'idée éclose, secouant sa frimousse agitée. Elle était désormais beaucoup trop éloignée pour exécuter un demi-tour sans que cela ne s'apparente à un coup de tête.

Au lieu de ça, elle poussa des coudes quelques lycéens entassés au centre du couloir en leur faisant aigrement noter qu'ils bouchaient la circulation et emmerdaient le monde, puis se rangea accotée au couloir, à côté d'une colonne, les bras croisées sur sa poitrine et le regard planté au sol, ferme.

*

Sakura ne manqua pas de constater que cette année-ci, la pêche était bonne. Lorsqu'elle et Ino, après quinze bonnes minutes de retard, s'engagèrent dans le couloir de l'étage C et se dirigèrent vers la seule porte encore entourée de bruyants élèves, un typhon mandarine la frappa directement, sans délicatesse et apparemment fou de joie, puisqu'il l'ébouriffa légèrement et la serra fortement dans ses bras. Ino choisit judicieusement son moment pour lâchement s'éclipser et distribuer une bise générale à l'intégralité de ses connaissances, et elle abandonna ainsi Sakura à son sort.

Lâchant un petit cri de surprise, celle-ci repoussa doucement le corps parcouru de frissons de joie de cet énergumène et sourit, à la fois médusée et ravie :

« Non ?! scanda-t-elle en pointant son index vers le nez de son interlocuteur.

-Si ! répliqua-t-il, sur la même longueur d'ondes, les yeux pétillants.

-Naruto Uzumaki ! pépia la Haruno avec des mirettes aussi larges que des soucoupes.

-Et Sakura Haruno ! Dans la même classe, ce qui était pas arrivé depuis... Rappelle-moi ?

-La sixième ! répondit-elle, ébahie d'une telle coïncidence.

-Et devine quoi ? Jamais deux sans trois, hein ! renchérit le Naruto en question. Y'a Sasuke ! »

Sur ses grosses baskets aux lacets oranges, il sautilla trois fois sur place, hélant de sa paume quelqu'un dans la masse. Comme il n'était pas du genre à passer inaperçu, toutes les têtes pivotèrent mais l'unique concerné se reconnut et si un soupir s'éleva, sonore et prolongé, il franchit néanmoins l'espace qui les séparait en tâchant de ne frôler personne, même lorsque l'interstice entre deux corps ne dépassait pas les dix centimètres. Et pourtant, il était grand !

Et lui aussi ne passait pas inaperçu, comme l'approuvait vivement le coeur de Sakura, qui recommença à tambouriner, complètement déglingué, dans sa poitrine. D'un mouvement qu'elle se résolvait de qualifier de « discret », elle grimaça et se pinça pour contrôler des réminiscences d'un passé auquel elle avait définitivement tourné le dos. Fini, cet amour de pacotille ! Affirmait-elle.

Mais comment résister à ce charme particulier ? Car si Naruto se rangeait dans la catégorie des garçons mignons, Sasuke fauchait tous les votes et surclassait, décimait, explosait, le tiroir des canons. Sakura s'autorisa alors un regard attentif sur sa personne. Après tout, il n'était inscrit nulle part qu'honorer les beaux garçons d'un coup œil appréciateur était proscrit ! Une série d'arguments ridicules lui permettaient de suivre le balancement de ses épaules larges et le flottement surnaturel de ses mèches rebelles qui ornaient sa figure démoniaque, dans le sens où être aussi beau ne méritait qu'une place aux Enfers, accusé de millions de crimes, arracher quelques bouts de cœur.

Avec toute l'intelligence dont il était capable de faire preuve, sur un air de « Youhou, il y a quelqu'un là-dedans ? », Naruto dandina mollement sa main devant son visage, espérant sans doute l'arracher à sa contemplation.

Sasuke, derrière une frange approximative, orienta deux iris sombres vers elle, qui brillaient de l'éclat perdu de pierres précieuses antiques, dont la gloire scintillait dans les mémoires. Pathétiquement, elle secoua le bras, en garnissant son visage d'un sourire.

« Salut, lâcha-t-il.

-Salut, Sasuke, répondit-elle, quelque peu gênée. »

Oh, pourquoi donc les images d'elle, jeune, toute de rose vêtue, si bien qu'une grosse meringue aurait eu la même prestance, qui courait après Sasuke, lui-même détallant pour la fuir, s'imposaient-elles à elle précisément à ce moment ? C'étaient davantage ces crétineries que la présence de Sasuke qui la perturbaient autant. Cependant, en un déclic, Sakura comprit qu'une année entière en sa compagnie était inévitable. Les choses ne seraient pas vivables et l'air pestiféré si elle ne traçait pas au marqueur indélébile une croix sur son visage de bouffon... Enfin, de royal bouffon.

La Sakura au naturel reprit du poil de la bête, la Sakura du collège, qui, malgré leur séparation, se battait pour entretenir leur lien si spécial. Des deux bras, elle tenta de les glisser derrière leur cou, bien plus élevés du sol que lui permettait d'atteindre sa petite taille. Elle n'y parvint que lorsqu'ils eurent avec moquerie profité de sa séance de ridicule et s'abaissèrent à son niveau.

« C'est reparti ! s'écria Naruto pour eux tous. »

*

Une telle émanation d'amitié ne laissait personne indifférent. Quelques regards s'empourprèrent du si facile camaïeu de la moquerie, tandis que d'autres s'attendrirent devant leur palette de couleurs et d'émotions. Certaines filles ne s'arrêtaient qu'à la première couche de ce trio, soit que Haruno monopolisait dès son arrivée deux jolis garçons, dont un qui était menacé depuis une éternité par bien des harpons de chasse.

Parmi eux, Hinata. Aucune animosité n'était dirigée à l'encontre de Sakura, bien qu'elle ne cessât de les observer, tous les trois. Ou plutôt, lui, de qui l'entité entière, de sa peau à ses yeux, en passant par ses cheveux, le son de sa voix et son caractère exubérant, rappelait le globe géant d'or en fusion illuminant leurs journées, qui mourraient de tristesse sans lui.

La Hyûga aurait pu l'admirer durant l'éternité si la silhouette d'une jeune fille n'était pas entré dans son champ de vision et avait happé son attention. Vêtue d'un pull tricoté trop grand, qui découvrait ses épaules toutes fines mais anguleuses, certainement due à la pratique régulière d'un sport exigeant l'utilisation intensive des bras, et par la même occasion un habit de style asiatique, d'un rose délicat, où la lumière moirait ses reflets sur le tissu velouté, elle lui rappelait quelqu'un. Sa main aux ongles de garçon, courts, tenait son menton pointu et elle scrutait avec attention la porte, comme si un problème de taille pointait son nez. De profil, Hinata ne voyait que son nez bombé et retroussé qui se plissait lorsqu'elle jaugea du regard ce qui ressemblait à sa classe.

Pourquoi diable étaient-ils tous dehors alors qu'elle avait précisément... Tenten consulta sa montre, qu'elle conservait précieusement depuis ses huit ans, constat déductible d'après le graphisme enfantin qui zébrait le bracelet ; une file de pandas et de singes à l'allure joyeuse courant avec entrain. Celle-ci lui indiqua bel et bien vingt-trois minutes de retard.

La Wang Zu, pas timide pour un sou, s'adressa à la première personne venue, soit Hinata, puisqu'elle ne concevait pas d'attendre ailleurs qu'à moins de deux mètres de la porte.

« Excuse-moi, c'est bien ici la salle C-102, il y a pas d'erreur ?

-Oui... répondit Hinata, si surprise, qu'elle ne pensa pas à lever la tête, effrayée que cette inconnue pense qu'elle la dévisageait.

-Ah... lâcha Tenten. Et le prof est toujours pas là ?

-Non, c'est...

-Et la règle des quinze minutes ? l'interrompit la jeune brune avec vivacité. Je croyais que c'était universel, cette règle, qui veut qu'à partir de quinze minutes de retard et pas une seconde de plus, on a le droit et même le devoir de partir ! »

Elle parlait très vite et avec énormément de nuances dans sa voix aiguë et portante. Elle trahissait une énergie indicible et en même temps un plaisir de parole, de communication. Cette jeune fille attirait Hinata comme la misérable bille de plomb à l'aimant, parce qu'elle lui parlait, directement, sans sourire de convalescence, et dégageait de la chaleur.

Soudainement, la jeune fille hoqueta. Une mèche de cheveux brun écorce de noyer était subtilement tombée d'un rond perché sur sa tête, qui possédait un jumeau à son exacte opposée. Son interlocutrice, sans ciller, d'un geste connaisseur, rétablit l'ordre dans sa chevelure. C'était la fille au pied foulé !

Alors un petit sourire éclot sur la bouche tendre de la demoiselle Hyûga. Elle s'apprêta à répliquer que si Monsieur Hatake, professeur d'histoire selon les dires de son impressionnant CV, mais davantage lecteur, glandeur et accessoirement écrivain, de cœur, était reconnu pour une singulière qualité selon les élèves, c'était bien celle d'arriver systématiquement en retard à chaque début de journée, de midi, et lorsqu'il sortait d'une heure de trou. Le tout variait de dix à vingt minutes. Ce jour-là il percutait un record et Hinata ne doutait pas que d'anciens habitués de cette manie aient sorti le chronomètre. De plus, le moment le plus comique consistait à l'entente de l'excuse, également burlesque. Hinata avait entendu les rumeurs et ouvrait les lèvres pour les communiquer.

Mais Tenten ne le remarqua qu'au moment où celle-ci se décida à soulever légèrement son menton, découvrant alors sous une frange d'épais cheveux aux irisations bleues de pénétrants iris... Blancs.

« Hé ! Mais... C'est toi ! s'écria-t-elle en plaquant sa main contre sa poitrine (inexistante), sans vraiment comprendre pourquoi elle s'étonnait autant d'une telle rencontre. »

Hasard, hasard... !

Hasard, hasard... ! Quand tu te transformes en malicieux Destin, non pas empereur de nos vies, mais simplement fou du roi, qui s'amuse avec ses sujets et les entraîne en dansant là où son envie les mène et sa passion les guide...

« Apparemment, nous sommes dans la même c...classe, conclut Hinata, qui se sentit automatiquement très bête d'établir un tel constat qui relevait de l'évidence.

-Je voulais te dire tout à l'heure que... Bah, que c'était pas grave, acheva Tenten avec un large sourire. Et... Euh ? Comment tu t'appelles ? »

Un drôle de frémissement saisit Hinata au cœur, aux doigts, puis partout. Quelque chose de chaud. Agréable.

« Hinata... Hinata Hyûga. »

*

« Hé, Hinata ! s'exclama une voix puissante et directe. Comme on se retrouve ! »

La jeune fille interrompit une conversation naissante entre elle et sa récente connaissance, qui portait le nom de Tenten, pour tourner le cou en direction de cet appel. Il ne fut pas ardu de l'identifier, puisqu'en deux pas, le fils d'une ancienne amie de sa mère, Kiba Inuzuka franchissait le mur formé des quelques lycéens pour venir tout près d'elle et la surplomber de son imposante taille. Enfin, comparé à elle, tout relevait de l'imposant et de l'énorme. Pourtant, malgré son auguste carrure, un indéniable côté souple et charmant se dégageait de lui, sans doute provoqué par la mine bon enfant qu'il servit à Hinata. Un rire goguenard émana de ses lèvres comme il secouait frénétiquement sa revêche toison d'un brun terne.

« Alors ces vacances en Normandie ? Pas trop froid ? conversa-t-il avec badinerie, sur le ton léger d'un habitué des discussions. »

Ne se sentant pas à l'écart mais plutôt indirectement invitée dans un échange, Tenten observait ce nouveau venu sans éprouver une gêne quelconque provenant de l'idée qu'il puisse s'apercevoir de son regard perçant. A la manière dont il s'accoudait contre la colonne, nonchalamment, et formait une solide barrière de son corps entre Hinata et les autres, avec un naturel, ce garçon communiquait immédiatement à son entourage un caractère bavard et allant, peut-être même courtisan, puisqu'il adressait ponctuellement divers sourires à son interlocutrice. Mais il n'avait pas dans le fond de ses iris aussi charbonnés que ses prunelles une quelconque lueur intéressée. Si sa nature exposait un goût pour les jolies filles, Hinata ne devait en aucun cas s'inquiéter.

« T'as vu, dit-il sur un ton soudainement plus taquin, Naruto est dans la classe. »

Tenten ignorait qui était ce fameux Naruto mais à en croire la réaction de Hinata, exagérée peut-être, car elle vira instantanément au rouge soutenu, ce qui contrastait abominablement avec la pâleur de ses mains qui se tordaient et se nouaient, remontées à la hauteur de sa poitrine, il ne s'agissait pas pour la jeune fille de n'importe qui.

Finalement, alors qu'il se moquait de la tournure des évènements et appuyait un doigt moqueur sur le nez bouillant de la Hyûga, il s'avéra que la brune cessa de jouer un rôle secondaire et apparut aux yeux du protagoniste. Lorsqu'il la détailla des pieds à la pointe des cheveux, elle parut choquée de ce reluquage mais ne formula aucune critique verbale, les yeux s'exprimaient suffisamment bien à sa place, car à peine une poignée de minutes auparavant, les situations avaient été renversées.

« Qui c'est ? trouva-t-il à dire, de surcroît s'adressant à Hinata au lieu de l'aiguiller directement.

-C'est Tenten, répliqua-t-elle en ramenant son attention sur la concernée, soit elle-même.

-T'es nouvelle, déduisit-il aisément, comme s'il lisait l'étiquette clouée sur son front « Je débarque ! ».

-Élémentaire, mon cher... ? »

Elle hésita, le scruta, attendit, guettant de sa part une réponse, qui ne tarda pas à s'extirper de ses lèvres, étirées par un semi-rire qui fleurissait à leur coin. Ses épaules se redressèrent et s'orientèrent de manière à exhiber un profil avantageux de son visage pas forcément beau mais harmonieux, avec une touche terre à terre, un soupçon de fauve, il prit quelques centimètres et annonça clairement :

« Kiba. »

Tenten parut satisfaite.

« Kiba, répéta-t-elle.

-Hinata et moi on a suivi les mêmes cours de yoga pré-natal, expliqua le garçon. Ce truc inutile où les femmes se dandinent en essayant de faire des étirements et ressemblent plus à des ballons sur le point d'exploser...

-Hein ?!

-Dans le ventre de nos mères, termina-t-il en rugissant de rire.

-Je vois...

-Et si t'es nouvelle, poursuivit-il, il faut pas te laisser plus longtemps toute seule. »

Et sans un avertissement, il les entraîna, Hinata et elle, vers un petit attroupement de garçons hétérogènes, au nombre de trois, et Tenten, emportée sans un mot de protestation, se disait avec un peu de recul, que toute la suite de leur histoire commune et mêlée découlait de cet infime moment, unique moment, insignifiant au premier abord, mais décisif.

Définitivement.

*

La première impression qu'ils lui envoya ne se qualifiait qu'avec effort de «biscornu», le mot même relevait de l'euphémisme.

Tenten pensait fermement qu'un groupe d'amis soudé ne se formait que sur des bases semblables et des intérêts communs, et si possible des caractères compatibles. Seulement, ces quatre garçons, alignés les uns à côté des autres à la manière des Dalton, ne s'assemblaient aucunement, ni dans un style vestimentaire commun, ni dans un caractère unificateur.

Joe Dalton, ou le petit, correspondait à Naruto Uzumaki et s'y apparentait d'une drôle de façon. Ce folichon ne cessait de parler et rebondir de place en place, si bien que Tenten songea automatiquement à un électron libre n'ayant pas encore déniché d'atome à sa convenance. Pourtant, il était évident que le blondinet orbitait autour d'un satellite plus particulièrement, l'Averell de Lucky Luke, et la ressemblance s'arrêtait à la taille. Un grand brun endurait les folies de son ami, si mince qu'il nageait dans sa longue chemise d'un bleu nuit discret mais qui se détachait de la masse du commun par son odeur. Une lessive propre, essences de muguet, étroitement mélangée à un parfum pour homme, définitivement, non pas fort mais envahissant. Et avec ses cheveux fins et lisses, coiffés en désordre organisé, égayant des ténèbres sa figure blanche de statue grecque lavée des couches de poussière, et cependant portant le poids des siècles, ses lèvres hautaines et son nez volontaire, droit, il était beau. Il était beau, Sasuke Uchiwa, et pourtant, le Ténébreux, le Veuf, l'Inconsolé*, en lui, parlaient sous cette beauté magnanime.

Plus loin, Kiba, le plus costaud des quatre, se contentait d'observer la scène avec un sourire mutin, accoudé sur l'épaule mal agencée du dernier des joyeux lurons, un adolescent dégingandé manquant de prestance, qui traînait ses baskets banales et son corps maigrelet, n'ayant certainement pas connu les bienfaits d'un sport régulièrement pratiqué. Shikamaru Nara bailla, peu heureux de recommencer une année de dur labeur, et pour se réveiller, passa sa main sur son visage ordinaire, secoua une couette qui poussait sur l'arrière de son crâne et papillonna des yeux. Il n'avait pas l'air spécialement intéressé ou même intelligent, mais les apparences trompaient, Kiba l'avait soigneusement précisé.

« Alors Naruto, j'te présente Hinata, introduisit le brun en désignant la jeune fille qui ne désirait qu'une chose, disparaître six pieds sous terre. »

Ce dernier cessa de tourbillonner pour examiner attentivement la Hyûga, et croyant mourir sous l'azur de son regard, elle inspira bruyamment une lampée d'air frais, afin de tempérer sa peau bouillie par une pression grimpante venue de son coeur. Il battait, sonore, dans sa poitrine, Hinata eut terriblement peur qu'on l'entende et se moque d'elle pour cet amour incongru de petite fille. Elle n'osait le regarder que par intermittence, haussant de temps à autre son visage pour le croiser derrière sa frange, ou chercher du renfort du côté de Kiba, qui assistait au spectacle en bon vivant, pas peu fier de son introduction.

« Ah, Hinata ! Oui, Kiba m'a beaucoup parlé de toi ! s'exclama Naruto. »

Puis, il se pencha à l'oreille de Hinata, qui dut redoubler de contenance pour ne pas montrer à tous la quantité hallucinante de sueur qui dégringolait le long de sa colonne vertébrale. Elle ne doutait pas qu'une flaque visqueuse se formait sous ses pieds. Une telle proximité... Elle sentait le souffle chaud de son haleine fraîchement parfumée par un chewing-gum à la menthe, et aussi son shampooing, l'odeur naturelle de sa peau basanée...

« Il n'arrêtait pas de me parler de toi l'année dernière, lui chuchota-t-il à l'oreille, toutefois suffisamment fort pour que leur échange n'échappe à personne. Crois-moi, Hinata, t'as une touche. »

Kiba plaqua sa main contre son front, atterré, tandis que la Hyûga, désolée, souriait vaguement. En arrière-plan, Tenten entendit un homme déclarer, un casque de moto à la main, qu'il avait dû ramener dans son nid un oisillon tombé.

Irrécupérables.

¤O¤

Au lieu d’écouter l’habituel discours de bienvenue sur l’importance du respect, la dignité face aux problèmes, le savoir qui devrait être acquis au cours de l’année et sur le travail qu’il faudrait accomplir pour parvenir au degré d'excellence attendu de leur part, les Hinata et Tenten, comme la grande majorité des élèves, se passaient des mots sous la table, ou inscrivaient des mots de bienvenue dans leur agenda, ou terminaient leur nuit de sommeil. Il s'agissait d'une première pour Hinata. Ce sentiment de désobéir aux règles lui procurait à la fois une terrible angoisse, anticipation d'une envisageable punition, et également une délicate ivresse.

Quant à Sakura, à quelques rangées devant, jouant avec un crayon coincé entre son index et son majeur, elle s'ennuyait ferme, puisqu'Ino avait décidé de poursuivre la lecture d'un magazine et défonçait son crédit. Rien à dire, les premières journées étaient toujours les pires. Et le tout n'allait pas en s'améliorant, loin de là.

Deux minutes plus tard, lassée de voir son stylo chuter dès qu'il entamait une demi-rotation, elle arrêta son petit manège, s'adossa sur le siège, puis pencha la tête en arrière, fixant le plafond de ses yeux verts qu'elle ne tarda pas à couvrir de ses paupières. Doucement, elle se balança sur les pieds de la chaise. Elle ferma les yeux, ignorant les paroles à effet soporifique du professeur principal.

Depuis le début de la journée, elle avait déjà accumulé deux remarques sur ses cheveux, résultats d'une tare génétique accompagnant les membres de sa famille du côté de sa mère. « La couleur de ta teinture est vraiment craignos ! » et « Ouah, regardez, un chewing-gum ambulant ! » Excellent pour débuter une nouvelle année remplie de surprise. Les lycéens, de nos jours, ne possédaient plus une miette d'imagination, même pour les insultes, domaine dans lequel ils excellaient, semblait-il.

Elle s'apprêta à rejoindre Morphée aux pays des oreillers lorsqu'un double décimètre s'enfonça entre ses omoplates. Le souffle coupé, elle sursauta sur son séant et manqua de peu l'atterrissage en catastrophe sur le plancher des vaches.

Sakura se retourna brusquement pour découvrir l'auteur de cet acte immonde et aperçut la tête de Naruto juste derrière elle, une règle de plastique bleu à main. L'arme du crime.

La fleur se détendit mais roula des yeux.

« Quoi encore Naruto ? Tu veux savoir si le prof regarde pas dans sa direction et lui balancer le canard en plastique que tu caches en-dessous de ton bureau ? lui demanda-t-elle, une moue moqueuse aux lèvres.

-Quoi ?! T'as vu Ducky ? s'étonna le blond.

-La discrétion, Naruto, la discrétion. Ton canard jaune flash sur ton jean noir, ça le fait pas. »

Naruto bougonna et rangea son canard dans la poche de son sac, puis il se retourna vers la fleur avec la mine d'un conspirateur.

« En fait, j'avais l'intention d'aller le mettre dans le bureau de la vieille avec Kiba pour lui souhaiter un bon début d'année, lui expliqua-t-il, les yeux pétillants. Tu sais, là où elle cache ses petits « remontants ».

-Tu tiens pas à la vie, toi, commenta Sakura. Et pourquoi tu t'acharnes à appeler Madame Tsunade comme ça ? Après tout ce qu'elle a fait pour sortir le lycée de la petite délinquance qui était en train d'établir sa loi...

-Tu trouves ça normal qu'une femme de cinquante ans passés en paraisse que trente ? Ou qu'elle s'acharne à nous forcer à l'appeler par son prénom ? Sakura, cette principale a un grain. »

Sakura soupira. De toute façon, qui n'avait pas un grain ici ?

« Ca te dit de venir avec nous, Sakura ? lui proposa l'Uzumaki. »

Elle sourit, flattée de cette petite attention, mais secoua la tête de gauche à droite. Désolée, mais elle n'était pas suicidaire. Naruto sembla déçu mais ne laissa rien paraître. Au lieu de cela, il encercla amicalement les épaules de la jeune fille de ses bras et lui sourit.

« Pas grave, tu restes quand même ma Sakura, lui glissa-t-il à l'oreille, gazouillant. »

La fleur de cerisier chercha à le repousser, ils étaient en plein cours, mais le blond n'en démordait pas et la serrait un peu plus à chaque tentative de dégagement. Il était ravi qu'enfin, tous les trois se retrouvent dans la même classe, après tant d'années de séparation. Encore heureux que Sasuke n'ait jamais quitté sa classe et que selon les années, il retrouvait partiellement son clan de perturbateurs du primaire, Shikamaru et Kiba, parfois Chôji, qui se détachait d'eux et préférait la personne de Shikamaru uniquement. Mais cela n'avait jamais remplacé la présence féminine et exclusive de la Haruno.

Sakura soupira et laissa tomber, le rose aux joues. Elle savait qu'il faisait ça sans arrière-pensée puisque c'était quand même son meilleur ami depuis le primaire, et pour cette raison, elle l'autorisa à conserver ses bras autour de ses épaules, sous l'œil très amusé d'Ino, qui alternait entre un article follement passionnant et leurs entretiens ambigus pour tous, sauf pour les véritables amis.

Le petit câlin de Naruto aurait pu durer un long moment si l'enseignant ne s'était pas retourné et les avait observé, la mine ennuyée. Il déposa sa craie sur le rebord du tableau vert et s'appuya sur le bureau qui leur faisait face, remontant son écharpe jusqu'à son nez.

« Uzumaki, je vous rappelle, au cas où vous l'auriez oublié, que vous êtes présentement en cours d'histoire-géographie et non en cours de drague, alors vous avez la permission de retourner vous asseoir normalement à votre place.

-Est-ce que j'ai aussi la permission d'amener Sakura avec moi ?

-Et puis quoi encore. Vous êtes dans une école ici, pas dans un centre de rencontre.

-Ouais, vous dites ça mais votre histoire avec Mademoiselle Mitarashi dans la salle d'anglais et vous aviez l'air très proches, hein, M'sieur Hatake, sortit Naruto, grand sourire aux lèvres, se trouvant fin d'annoncer ces rumeurs qui couraient et qui étaient totalement infondées, de surcroît car l'homme qui approchait Mademoiselle Mitarashi avec des intentions impures était menacé de mort certaine. Et l'autre fois, c'était avec M'dame Yûhi en français... Faites gaffe à M'sieur Sarutobi, s'il l'apprend, il va vous bouffer. »

Deuxième invention.

Gloussement stupide de la part de la classe.

« Uzumaki, dit tranquillement le prof, la voix traînante mais les yeux rieurs. Je tiens à rétablir l'ordre. Vous êtes l'élève, je suis le prof. Enfin, à ce que je sache. Et le prof qui est en moi vous ordonne, pour le bien de la communauté, qu'on ne prenne pas encore une fois quatre trimestres de retard, ne me demandez pas comment c'est possible et questionnez-vous sur vos capacités, bref, je vous ordonne de retourner à votre place et de lâcher Mademoiselle Haruno. Ou vous préférez que je raconte vos petites histoires personnelles qui font beaucoup de bruits dans la salle des professeurs ? Et oui, après quelques contrôles, ça nous arrive de parler de vous, bande de macaques, et je peux vous dire que ça ne lésine pas sur les détails, Monsieur Uzumaki. »

Les rires fusaient. Ce n'était pas pour rien que Kakashi Hatake, singulière personnalité, tantôt sérieuse, tantôt ironique, tantôt plaisantin, attirait la sympathie de son public scolaire.

« Hé ! Atteinte à la vie privée ! revendiqua Naruto, se levant de sa chaise et lâchant Sakura par la même occasion.

-Je suis le prof, rappela Kakashi. »

Fin du premier round, un zéro pour Kakashi. Heureusement pour Naruto, Kakashi Hatake faisait partie des profs les plus coulants, et le blond n'écopa aucune punition puisqu'il fut désigné comme distributeur des paperasses et proclamé délégué provisoire. Aux risques et périls de Monsieur Hatake, qui savait pertinemment ce qu'il faisait, et ce n'était pas de bon augure.

Pas trop de dégât, si ce n'était qu'un fou rire de la part de Sakura et une réputation bien bâtie.

¤O¤

La fin des cours approchait et Hinata jetait des coups d'œil à sa montre à intervalles très rapprochés. Dès que la sonnerie retentit, elle remballa soigneusement ses stylos, rangea prestement ses affaires et après un bref au revoir, elle se hâta vers la sortie, encore plus rapide que les cancres qui usaient de tous les moyens pour rester le moins longtemps possible assis sur les bancs de l'école. Tenten présumait que la jeune fille aux yeux de lune ne se comptait pas parmi cette catégorie, il suffisait de glisser un regard vers ses cahiers préparer avec soin, couverts, étiquetés de son nom, et sa gomme toute neuve. Ah, ces fameuses gommes que personne n'achevait jamais ! La brune se moquait ouvertement de la sienne, toute rapiécée et grisâtre, qui perdurait encore, envers et contre tout, depuis son achat au début du collège.

Curieuse, Tenten se dépêcha d'empaqueter ses effets et rejoignit Hinata dans le couloir. Les mains dans les poches, elle s'autorisa à la questionner sur les raisons de son empressement. La Hyûga survolait les couloirs adjacents de ses opales et lui répondait tout en marchant à pas pressés.

« C'est vrai, je ne devrais pas être p...pressée mais mon cousin m'attend p...pour rentrer.

-Et alors ? Il n'y a pas de problème, il peut patienter un peu, dit-elle en haussant les épaules.

-Et bien... hésita Hinata.

-Il est si terrible que ça, ton cousin ?

-Hum, non... souffla-t-elle. Mais... Je p...préfère me dépêcher car je n'aime pas être vue devant le lycée...

-Il est tellement moche que tu as honte de t'exhiber à côté de lui ? conjectura Tenten avec légèreté, une pointe de malice scintillait dans ses prunelles. »

A sa surprise, Hinata échappa un rire fusant, qui perlait comme des stalactites de cristal se balançant au sommet d'une caverne et dont le son se réverbérait contre les parois glacées. Délicatement, en fille de bonne famille, elle couvrit de sa main d'une blancheur de porcelaine sa bouche, afin de contenir cette exclamation effervescente. Ses lèvres rouge pomme ressortaient tout de même derrière les fins interstices séparant ses longs doigts fragiles aux ongles rongés par l'anxiété.

« Ah ça... En réalité, une v...voiture vient nous chercher. Et... Et je déteste ces démonstrations de... de luxe, avoua Hinata dans un chuchotement. »

Tenten n'eut pas le temps de répliquer que dans ce cas, l'unique solution était de partager son malaise, sinon la situation n'évoluerait jamais, car Hinata passait la grande porte vitrée de la sortie, ouverte pour fluidifier la circulation des jeunes. Dans la cour d'entrée, une lourde bouffée d'air d'après-midi flottait au dehors et incendiait leur visage, tout comme les lumières originelles du soleil inondaient leurs rétines. Il régnait un temps chaud qui collait à la peau et présageait une coulée de pluie attendu. La jeune fille en profita pour ôter son épais lainage et l'enfoncer dans son sac, dont la capacité d'absorption l'étonnerait toujours. Comme le tissu l'aveuglait, elle se guidait à l'aveuglette, suivant approximativement le bruit régulier des pas timides de Hinata devant.

Elle acheva de retirer sa tête du pull en soufflant de contentement, et à ce moment, Tenten trouva sa piteuse blague complètement outrageuse et s'écrasait magistralement à côté de la plaque, encore une fois. De loin, un être à la démarche de roi, posément cadencée d'un balancement élégant et raffiné, s'approchait et amenait avec lui un souffle de gel, d'un glacé surprenant, lisse comme la surface d'un diamant épuré. Ce phénomène ne touchait apparemment qu'elle, et sa peau, parsemée d'une chair de poule singulière, frémissait. Peut-être cet élan de froid était-il causé par son visage distant qui se dessinait plus distinctement lorsqu'il arrivait tout juste à leur hauteur et déposait sa main sur l'épaule de sa cousine. Car oui, ce jeune homme, si grand que Tenten ne touchait pas son nez de sa tête en se hissant sur la pointe de ses pieds, et Dieu savait comment elle ressortait sa fierté concernant sa taille à toutes les sauces, n'était nul autre que le cousin de Hinata. Les mêmes yeux ivoiriens, ombragés sous des cils d'un noirceur déroutante, qui détonnaient délicieusement avec la pâleur presque anémique de leur teint, creusaient sa face aux traits effacés, d'une évanescence quasi-androgyne, au long menton, et au nez effilé, qui annonçait les prémices de lèvres fines et pincées, à peine colorées d'une goutte de sang. Une interminable mèche noir charbon glissa d'un serre-tête qui maintenant sa chevelure en place s'interposa entre son œil gauche et le monde, et d'une main puissante, à la paume large mais aux doigts longilignes, vint la caler derrière une oreille.

Tenten se sentit, et s'entendit même grimacer, avant qu'une main ne tapote doucement son épaule. Elle se réveilla brusquement, comme arrachée d'un rêve doucereux et paradoxal, de ceux qu'on imaginait dans un demi-sommeil et qu'on ne souhaitait pas voir achevé. Un gargouillement remonta le long de sa gorge et elle babilla un son proche du « Boui ? ». Horrifiée, elle se demandait combien de temps exactement s'était écoulé durant cette absence.

Par la suite, elle écouta sans les entendre les informations que lui fournissaient son amie. Tout passait au-dessus de sa tête comme une envolée de papillons, une sensation très semblable prenait place à l'extrémité de ses membres d'ailleurs. Tenten serrait les poings et croisait les orteils dans ses chaussures pour qu'on ne remarque pas son trouble, une découverte totalement inédite pour elle, et qui électrisait la totalité de ses sens. Elle aurait juré que de nouveaux organes se manifestaient en elle, par le biais de signaux incongrus et indéchiffrables.

Finalement, le garçon, qui avait prononcé autant de phrases que de poils sur le crâne d'un chauve, s'impatienta et ils partirent sans se retourner. La portière d'une longue voiture de marque, d'un noir laqué fraîchement lavé, claquait brièvement sur le visage de Hinata, la scrutant encore, interrogative. L'automobile s'éloignait à l'horizon encore partiellement ensoleillé à l'Ouest, comme il commençait tout juste à pleuvoir de grosses gouttes rondes et translucides, qui éclaboussaient les lycéens bavards amassés devant l'établissement fermé. Ceux-ci hurlaient, et à leurs cris se mêlaient des rires d'adolescents, de filles courant pour s'abriter de la pluie inattendue alors que les garçons s'amusaient à les attirer vers les flaques grossissantes et se plaisaient à courir sous l'eau, les cheveux plaqués contre leur front. Hatake Kakashi, sortant à peine de l'école, avisa les cieux pleurant, enfonçait son casque sur sa tête hérissée de cheveux grisés précocement, et enfourchait une moto cylindrée. Elle rugit et il ne tarda pas à se fondre en une forme sordide. Lui également partait.

Bientôt, sur le pavé grésillant du contact des pluies, il ne resta plus que Tenten, immobile. Comme ses cheveux, son mignon haut s'imbibait d'eau et lui collait à la peau, découvrant ses hanches inexistantes et son ventre plat, mais elle n'avait ni froid, ni chaud. Si elle devait tamponner un adjectif à la situation, elle apposerait plutôt une sensation indescriptible de bien-être et un mal de crâne venu de nulle part perçait à ses tempes.

La tête vide, elle bifurqua et rentra chez elle, recevant à son entrée les réprimandes alarmées d'une mère qui se souciait de l'état de son plancher astiqué le matin-même et du rhume qu'elle pourrait éventuellement chopper en restant trempée de la sorte. L'adolescente regarda le salon, désert, en déduisit que ses frères investigaient au mieux, la chambre de leurs parents, au pire, la sienne, et sans se soucier de l'espace vide dans la salle à manger, elle escalada les marches une à une. Sur son bureau l'attendait son portable, qui s'alluma d'un message d'alerte lorsqu'elle l'ouvrit. Une enveloppe schématisée brillait sur l'écran, avec l'indication « Tayuya » en son bas.

Quelques mots le composaient.

« Alors, c'te première journée ? »

Tenten s'écrasa sur son lit sans presser le bouton « Répondre ». Elle ancra ses larges yeux bruns sur un point invisible au plafond, cherchant une formulation correcte qui résumerait les évènements s'étant enchaînés au cours de cette première journée dans un monde différent.

Comme elle ne dénichait rien de suffisamment puissant, elle opta pour la simplicité, et s'endormit.

¤O¤

Il se dépêchait de pousser la porte de son domicile et secouait à l'extérieur son parapluie noir imbibé d'eau, ôtant en même temps ses chaussures et déposant son sac. A travers la baie vitrée qui surplombait l'entrée, la pluie dégringolait toujours avec ferveur les nuages lourds et s'écrasait en bruits mats contre la surface lisse du verre, puis s'écoulait en y traçant de sinueux sillons qui s'effaçaient lors de leur chute. Son reflet n'était plus visible contre la fenêtre, brouillée.

Sasuke avançait de deux pas lents dans le hall d'entrée monumental d'une maison luxueuse, écoutant le cri déchirant d'un usuel silence. Il chercha les souliers vernis d'Itachi et leur absence lui indiqua qu'il n'était pas encore rentré. Le garçon traversa alors le salon, zigzagua entre les multiples canapés rembourrés, à l'aspect convivial car confortable, sans pour autant s'y asseoir. Il s'enracina au milieu de la pièce, posté sur le tapis soigneusement tissé, promenant son regard sur les habituels meubles qui composaient sa vie et ne bougeaient jamais.

Tout était impeccable. Sa respiration seule transperçait le mutisme des lieux. Au départ mesurée, elle s'accélérait comme Sasuke se sentait égaré parmi tant d'espace vacant que rien ne comblait jamais. Itachi n'était pas là, ce soir-là, il pleuvait, mais même les gouttes ne s'entendaient plus d'ici. Il n'y avait plus rien, uniquement son corps debout, perdu.

Ces mots vrillèrent un instant dans son esprit mais le tourbillon se calma rapidement, Sasuke reprenait progressivement le contrôle de lui-même et retrouvait une allure pondérée et un masque indifférent. Ses paupières clignèrent faiblement lorsqu'il perçut un son infime, une mélodie qui transperçait soudainement la mobilité sonore. Une joyeuse sonnerie. L'Uchiwa repartit dans l'entrée quérir son Iphone luisant, qui lui annonçait clairement qu'il avait reçu un nouveau message.

« On se fait un baby-foot ? »

Trois battements l'avertirent, il aiguilla son regard en direction de ces bruits inconnus.

Contre la fenêtre, trempé, les cheveux plaqués sur son front, Naruto lui adressait en souriant malgré tout d'amples mouvements du bras. Il tenait dans un poing serré un téléphone et s'invitait chez lui, comme s'il savait toujours lorsque Sasuke ne supportait plus une solitude prolongée. Comme seul un ami savait le faire et comprenait à demi-mot les insinuations faufilées entre les lignes de ses paroles, insignifiantes pour qui ne les déchiffraient pas.

Comme s'il savait que lorsque Sasuke ouvrait la porte en lui grognant qu'il n'était qu'un imbécile de traîner sous la pluie pour ensuite salir son tapis, il n'en exprimait qu'une reconnaissance timide.

Naruto se jurait d'être là.

¤O¤

« Alors comme ça, c'est définitivement fini, l'époque du bac à sable, des collations de dix heures, du bus huit ? »

Kiba lançait son appel d'un ton qu'il voulait détaché et peu concerné, assis sur les dernières marches de l'entrée de l'appartement de Shino. Ce dernier arrivait à peine et devinait aisément que le garçon l'attendait là depuis la sortie des cours, un peu moins d'une heure s'il se souvenait bien des horaires de son ancien lycée.

Shino Aburame continua à avancer sans piper mot, jusqu'à passer à proximité du brun et rester debout, de profil, à ses côtés, les mains dans les poches de son long imperméable gris qu'il avait apporté ce matin, malgré l'éclatant soleil, puisqu'il avait eu la jugeote d'écouter la radio, donc la météo, qui avait bien prédit cet orage de fin d'été. Derrière ses lunettes rondes légèrement teintées, car il avait les yeux sensibles à la lumière, il apercevait les cheveux ébouriffés de son ami en dessous de sa capuche, dont les pointes trahissaient encore la douche froide qu'elles avaient subie. Il avait marché dans la pluie jusqu'ici pour patienter et lui reprocher d'être parti.

« J'espère qu'ton nouveau lycée privé il en vaut la peine, au moins. Qu'tu sois pas parti pour rien.

-Je peux difficilement juger sur une rentrée mais je crois bien que oui, répondit-il, ne cherchant pas à lui demander pourquoi tant de nostalgie.

-Cool, dit-il, platement, en complet désaccord avec le mot anglophone. Hinata a trouvé quelqu'un, poursuivit Kiba sans dire le fond de sa pensée. Une nouvelle. Jolie, compléta-t-il avec un sourire léger, en coin. J'pense que c'est quelqu'un de bien.

-Cette année peut-être sera moins longue pour elle, fit Shino en regardant droit devant lui.

-Ouais. Elle a jamais eu de chance. Nous, au moins, on était toujours ensemble. Avec Naruto et les autres, des fois, hein. Mais ça, c'est fini, conclut Kiba en tapant ses cuisses. »

Sa mâchoire se serrait en constatant que Shino ne montrait aucune émotion à ses multiples annonces de fin, d'achèvement d'une époque que lui regretterait, malgré les bosses et les anicroches qu'ils avaient eues, car Kiba était une forte tête et ne supportait pas toujours les longs silences de son ami. Mais ils étaient restés soudés, jusqu'à ce que l'Aburame ne décide de placer ses espérances plus haut, lui qui désirait depuis toujours exercer la profession d'entomologiste, et ne s'inscrive dans une école privée dans la ville voisine, plus distinguée que Letiville. Pour maintenir un niveau d'excellence, Shino avait durement travaillé et ses efforts avaient payé. A la fin de l'année, en recevant dans sa boîte aux lettres l'enveloppe cossue d'acceptation, il avait plié bagage, sous les protestations tout d'abord extrêmement volubiles de Kiba, puis ce dernier changea de stratégie et opposa des démonstrations de désaccord, qu'il exprimait par un mutisme effronté. Mais rien n'y fit, Shino était parti.

Kiba se hissa sur ses jambes et se tint face à cet ami éloigné désormais. Il soutenait son regard enfumé, cherchant à y trouver des traces de nostalgie, mais il restait indéchiffrable.

Ecoeuré, le garçon annonça son départ.

« Bonne chance, lui souhaita tout de même Kiba en courant sous la pluie. »

¤O¤








* Lycée Jean de La Fontaine : Non, pourquoi ce nom en particulier ? Inutile de vous rappeler la faible Le Corbeau et le Renard. C'est hallucinant comme ça concorde !


* le Ténébreux, le Veuf, l'Inconsolé : Sorti de « Je suis le Ténébreux, le Veuf, l'Inconsolé / Le Prince d'Aquitaine à la tour abolie... » de Gérard de Nerval, poème El Desdichado. Vous aviez tous, évidemment, reconnu. « Ma seule étoile est morte, et mon luth constellé / Porte le soleil noir de la Mélancolie »... Mouha ha, c'est juste extraordinaire. (...)





Commentaire de l'auteur Je pense que c'est un tout petit peu mieux. Pour ceux qui craignaient de ne voir que des filles, méprenez-vous ! L'histoire sera certes plus ancrée vers elles, parce que je comprends quand même mieux comment on fonctionne, mais il y aura des apparitions masculines. Chacun a son histoire propre que je raconterai progressivement. Je penche que j'ai gommé pas mal de clichés.

Donc voilà, l'histoire recommence. Je garde les mêmes bases, plus quelques améliorations. On va dire.

A suivre !

Kokonut
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