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Concours Fan-Fiction Univers J.R.R. Tolkien
 par   - 311 lectures  - Aucun commentaire

Cet automne le service Médiathèques et Bibliothèque de Grasse organise un concours de fan-fiction sur le thème de l’univers de Tolkien.
Si vous souhaitez participer sachez que votre production ainsi que votre fiche d’inscription sont à remettre par voie postale ou électronique (communication.bibliotheque@ville-grasse.fr) à la médiathèque de Grasse avant le 31 décembre et qu’il faudra vous limiter à 8000 mots maximum. Vous retrouverez toutes les informations dont vous aurez besoin dans le règlement du concours disponible sur le site de la médiathèque https://www.mediatheques.grasse.fr

Victor Sierra : financement participatif pour leur 5ème album
 par   - 375 lectures  - Aucun commentaire

Victor Sierra est un groupe français de musique steampunk.

Jje les suis depuis plusieurs années et nous sommes devenu amis.
Ils lancent un financement participatif pour leur cinquième album sur indiegogo :
Victor Sierra's 5th album

Ils chantent dans plusieurs langues : français, anglais, un peu d'espagnol et de yiddish dans certains titres.

Vous pouvez écouter des morceaux et voir des vidéos sur leur sites https://victorsierra.net/ ainsi que sur youtube, itunes, spotify...

 

La ligue des mangoustes recherche de nouveaux héros
 par   - 1879 lectures  - 1 commentaire [30 mai 2020 à 12:42:02]

Fan de manga et/ou de comics et écrivain dans l'âme, cette annonce s'adresse à vous !


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Animes-Mangas

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Naruto

A bouche que veux-tu Auteur: Rosie-chan Vue: 552
[Publiée le: 2017-02-25]    [Mise à Jour: 2020-10-14]
13+  Signaler Romance Commentaires : 4
Description:

"Elle s'autorisa une faille dans la défense en lui permettant de lui voler une dernière étreinte avant la séparation, s'asphyxiant dans l'impétuosité qu'il communiquait dans la manière compulsive dont il s'agrippait à son pauvre corps déjà passé à l'épreuve de son avidité. Elle résista au nouveau caprice qu'il lui proposait, se dégagea encore de ses bras et claqua la porte derrière elle. La gifle de l'air frais, dans le couloir, acheva la reconnexion de Tenten avec la réalité."


UA.


Crédits:
Les personnages appartiennent à Masashi Kishimoto. Le titre de l'histoire est une chanson de Brigitte. Les titres des parties sont des paroles des chansons Valerie et Me and Mr Jones d'Amy Winehouse.
<< ( Préc )
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Le goût du danger sur mes lèvres l'a fait pleurer (2)

[10250 mots]
Publié le: 2020-10-14Format imprimable  
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* And in my head I paint a picture *

Les jours, les semaines passèrent. L’un et l’autre ne se contactèrent pas, restant sur une dimension d’inachevé. Les cendres de leur relation n’avaient pas été soufflées au vent, pour la clore définitivement.

Le quotidien de Tenten s’était mis en mode automatique ; elle rentra dans un déroulé de ses journées dicté par l’adage « métro boulot dodo ». Elle retrouvait finalement la douce assurance de traverser le jour sans inquiétude ni turpitude. Personne ne devinait les changements opérés dans son esprit ; elle en déduisit que jouer la comédie constituait un talent insoupçonné. Disponible autant que d’ordinaire – mais où se situait l’habitude désormais ? – elle se surprenait de sa sérénité et de sa résilience à accepter la fin réelle et réalisée de cette relation dans laquelle son investissement pouvait se résumer en nuits blanches et en mois de jalousie et d’envie. Sa capacité à les accepter et les jeter au passé, reconnaissant leur inutilité et vacuité, l’étonnait au plus haut point et l’inquiétait quelque peu. Mais elle avait pris la décision de ne pas y accorder d’attention, se doutant que leur profondeur surpassait ses évaluations.

Tenten ne possédait pas de raison de se plaindre. L’incident causé par le soldat quelques semaines auparavant était passé au crible des affaires internes et se trouvait désormais classé parmi les dossiers résolus. La mise à pied de la jeune femme cessa dès lors ; elle fut ré-autorisée à assister le commandement d’Ibiki Morino et à mettre en place les entraînements de tirs d’armes lourdes qu’elle supervisait.

L’ambiance du bureau se faisait également beaucoup plus conviviale. Shino réussit à se trouver une alliée dans la classe à laquelle il enseignait des leçons de programmation informatique avancée ; par conséquent, les élèves se firent moins terribles et plus attentifs. Lorsque l’extérieur requérait sa présence, il devenait le sujet des commérages des deux seules personnes restant dans l’entreprise.

« A ton avis, il va se décider à lui proposer un rendez-vous un jour ? demanda Tenten, alors qu’ils prenaient leur pause matinale.

-          Il ne va jamais se lancer, répondit Shikamaru.

-          Oui tu as raison. Il faudra attendre qu’elle prenne les devants. Je peux te prendre du tabac ?

-          Sers-toi. Ouais mais il y a une autre raison qui fait que rien ne pourra jamais se passer.

-          Eclaire-moi ?

-          Imagine, elle l’aborde pour l’inviter, mais Shino est bien du genre à se dire que de toute façon ce sera une catastrophe et juste du temps perdu.

-          Ha mais tu vois le mal partout ! Je sais que Shino est pessimiste, mais je suis sûre qu’il ne laissera pas l’occasion filer. »

Tenten concentra son attention sur la tâche minutieuse de rouler sa cigarette. Après l’avoir tapoté afin de faire descendre le tabac, elle savoura enfin la première bouffée que le feu du briquet lui procura. Shikamaru sirotait tranquillement son café, dans la chaleur timide mais prometteuse de la mi-avril.

« Ou sinon, reprit-elle, elle n’osera pas lui parler. Elle sera découragée parce qu’il ne montrera aucun signe qu’elle l’intéresse.

-          Haha le pauvre, c’est pas du tout acquis son affaire.

-          Tu crois qu’il faudrait qu’on lui donne un petit coup de pouce ? En le persuadant d’agir, par exemple ?

-          Non, il va mal le prendre. Trop susceptible.

-          Oui c’est vrai. Et toi tu t’en sors avec Uchiwa ?

-          M’en parle pas… Le système informatique ultra sécurisé que je lui ai présenté l’autre jour ne l’a pas satisfait. Il faut que je réfléchisse à un pare-feu plus puissant.

-          Mais je croyais qu’il le lui fallait rapidement ?

-          Il préfère attendre pour, je cite, « une meilleure qualité ».

-          Il n’est pas gonflé, lui.

-          Non, après je le comprends, c’est pour son entreprise, il veut le meilleur et c’est parfaitement compréhensible, mais c’est ultra galère son truc. Il me faudra des vacances après toutes ces heures supplémentaires.

-          Mais bien sûr, tu ne veux pas non plus que je te remplace, tant qu’on y est ?

-          Ce serait tellement génial de ta part, Tenten.

-          Haha, et puis quoi encore, Nara ? Tu planes bien haut, je trouve.  

-          Je me disais aussi, tant de gentillesse c’était suspect. »

Et elle connaissait les conséquences et le prix à payer pour cette sérénité retrouvée. N’était-ce pas ce qu’elle avait souhaité, larguant ses amours destructrices à la première île abandonnée se présentant dans son sillage ? Le retour à la solitaire unicité, réalisé en pleine et entière conscience, la transportait pour des heures d’ennui et de monotonie. Elle se sentait bien, si l’on excluait la mélancolie inhérente à la division d’un duo. Mais bien ne signifiait pas mieux ou pire. Certes, il s’agissait certainement d’une amélioration, compte tenu des instants passés dans d’amères pensées à réfléchir sans le poids des mensonges. Être bien signifiait atteindre la moyenne, quitter les extrêmes pour se familiariser à nouveau avec la tempérance et la mesure. Dire un au revoir indéterminé à l’excentricité et à l’anormalité pour retourner côtoyer la règle et le prévisible.

Mais Tenten n’imaginait pas la réalité indicible de la difficulté de revenir à un quotidien que l’inhabituel ne parsemait pas d’obstacles et d’épreuves. Avait-ce toujours été aussi… plat ? La vie d’avant – le temps de sa relation dissimulée avec Neji considéré comme un interlude provisoire et jalonnant son existence – pouvait-elle être ramenée, comme celle d’après, à une ligne droite, légèrement courbée, mais sans pics accidentés ? Pas de brusques montées de tension qui faisaient battre le cœur à mille à l’heure, ni d’ascensions euphoriques et excitantes juste avant d’entrer dans le lieu convenu pour les rendez-vous hors-la-loi. Ni de descentes languissantes et sinueuses comme un orgasme, les cris libérateurs et jouissifs, le soulagement procuré par une étreinte étouffante.

Le regret ne possédait pas de droit de cité dans son esprit. La bienséance, le respect, l’honnêteté avaient appelé à ce résultat. Bien que l’acceptation nécessitât un temps de réflexion, éprouver des remords n’occasionnerait que de la souffrance. Ils ouvriraient le néant habituel, noir et inexorable. Non, valait mieux se contenter du gris du vide, si las mais si sûr.

« Tu fumes beaucoup ces temps-ci, murmura Shikamaru.

-          Je fume plus que d’habitude, peut-être oui, et alors ? répondit-elle, prenant soin de ne pas accorder un regard à son interlocuteur.

-          Je fais une constatation, c’est tout, te vexe pas.

-          Je ne m’énerve pas.

-          Mais tu te mets sur la défensive. Je ne cherche pas à être indiscret. Si tu te sens agressée ce n’est pas mon intention. Mais il semblerait bien que quelque chose te tracasse, si tu veux en parler, je suis là, c’est tout.

-          J’en prends note, même si je n’ai pas besoin que tu t’occupes de mes affaires. »

Elle savait que les paroles de Shikamaru partaient d’une bonne intention, mais ses capacités psychologiques actuelles ne l’autorisaient pas à la digression tentatrice des confidences. Elle se sentit coupable de le rejeter ainsi, elle connaissait la patience et la confidentialité de son collègue, mais partager avec lui, par le biais des mots, la teneur de ce qui lui rongeait l’esprit, lui offrir une escapade dans les tréfonds de ses pensées et lui en expliquer la qualité absorbante et auto-destructrice, tout cela revenait à se jeter à corps perdu dans la honte et la perte d’estime. Non, Tenten avait décidé que le secret de cet interlude provisoire et hors de la réalité, dont la mise en scène se dispersait entre Neji et elle, ne consumerait qu’elle. Outre le fait qu’elle ne souhaitait impliquer aucune personne de l’extérieur dans ce qui la concernait elle, sa fierté farouche la jugeait apte à s’extirper du marasme par la seule force de sa volonté et de son besoin d’indépendance.

Mais c’était incommensurablement difficile de faire taire cette voix qui criait que cette résolution rendait sa solitude encore plus sordide et désespérante, et qu’en communiquer quelques turpitudes à qui s’offrait de les recevoir allégerait certainement le terrible fardeau.

Mais cette voix n’était qu’une illusion, y céder entraînerait les remords.

Était-ce ainsi, vraiment ?

« Tu tiens toujours à ton plan de vie bien chiant ? murmura-t-elle.

-          Lequel ?

-          Deux enfants, garçon puis fille, mourir avant ta femme, tout ça ?

-          Absolument.

-          Pourquoi ?

-          Tu vas te moquer si je t’explique.

-          Non, je ne rirai pas, promis.

-          C’est comme les mathématiques, la science, la biologie, le dessin, la mythologie… J’essaie juste de posséder et de donner du sens à cette vie. L’existence à elle seule est une sacrée galère, et le monde, l’univers, sont si vastes, inconnus, insaisissables. On est juste des putains d’atomes de grains de sable dans cette masse, on a envie de tout en connaître mais en même temps elle nous effraie terriblement. On essaie de se saouler d’histoires, de mesures et de logique, pour se dire que c’est à notre portée de la posséder, mais il s’agit juste de s’étourdir pour oublier qu’elle nous fait peur. Du coup, à mon petit et humble niveau, je fais avec ce que j’ai pour me rassurer.

-          Et ça marche ?

-          Par bouts de ficelle mais ça tient debout, encore.

-          Par bouts de ficelle ?

-          Oui tu sais, des fois tu as ces situations qui ébranlent toutes tes certitudes et te plongent en plein doute.

-          Eh bien, ça t’arrive à toi aussi !

-          Bien sûr que oui, je ne suis pas plus sûr qu’un autre de ce que sera ma vie.

-          Oui, mais tu es beaucoup plus intelligent que la moyenne, on pourrait croire que tu as une idée plus précise de la direction que tu donneras à ton existence.

-          Tu m’accordes un trop grand crédit. J’aurais justement tendance à dire que de nous deux tu serais la plus capable de deviner de quoi sera fait ton avenir.

-          Comment cela ?

-          Tu as su très tôt ce que tu voulais faire comme boulot, non ? Et par cette question je ne dis aucunement que notre vie se résume au taff. C’est uniquement un exemple.

-          Oui, mais…

-          Ça, tu vois, j’en ai toujours été incapable. J’ai choisi d’après ce que je savais faire, pas par passion, vocation et tout le toutim qui te fait dire ‘je ferai tel métier plus tard’.

-          J’ai aussi décidé en fonction de ce que je savais faire, Shika.

-          Oui, mais aussi parce que tu aimes les armes, comprendre leur fonctionnement, leurs techniques, leurs capacités… Grâce à cet intérêt, tu as aussi appris à les utiliser, tu as appris à te battre mais aussi à enseigner. J’ai touché à plein de trucs parce que ça me semblait vaguement intéressant, mais rien ne s’est transformé en passion à laquelle j’aurais accordé tout mon temps et envisager d’en faire potentiellement mon métier par la suite.

-          Et les jeux de stratégie ?

-          Oui, je te l’accorde, ça me suit depuis longtemps. Mais je n’ai jamais envisagé de devenir joueur d’échecs professionnel.

-          Pourquoi ?

-          Parce que mine de rien, je suis un très mauvais perdant. Et que je n’avais pas envie de perdre ce centre d’intérêt.

-          Et parce que tu ne t’engages jamais dans rien aussi.

-          Aussi. Mais pourquoi on en est venus là déjà ?

-          Car ma vie manque de sensations fortes ces temps-ci.

-          Si tu cherches à m’amadouer pour obtenir des vacances, c’est non, Ten.

-          Bâtard, va. »

* Mr Destiny, 9 and 14 *

Bon gré, mal gré, le temps fila de manière incandescente et la fin d’avril profilait le bout du nez à la manière d’un printemps qui se faisait désirer et arrivait éblouissant, aussi étourdissant que suffocant. De la même façon qu’un magnétoscope lancé en avance pleine vitesse reprenant la lecture brusquement à un tempo normal, Tenten constata qu’elle survivait au retour à l’unicité depuis maintenant un peu plus d’un mois.

Quelques semaines à penser prioritairement à elle-même, à être en permanence sincère dans ses réponses à autrui et surtout par rapport à sa conscience. Quelques semaines sans ses mains sur ses hanches, ses cheveux sur son ventre, ses lèvres sur ses cuisses, sans sentir sa chaleur engorgée dans son dos, sans s’asphyxier dans la jouissance de ses étreintes. Quelques semaines sans mettre à mal son imagination pour inventer des excuses et mensonges pitoyables, calculer pour se dégager du temps pour l’embrasser dans les ombres d’une cour intérieure d’immeubles ; pour se retrouver coincée entre les pierres lisses du mur d’un humide pont froid, et son corps impatient, tout en angles désordonnés ; sans simplement échanger des regards lourds et graves en silence, lors de rendez-vous dans les cabines d’essayage des magasins d’un centre commercial. Non, tout cela s’était évanoui et n’existait plus. Pas de nouvelles de Neji, et Tenten n’avait pas cherché à en avoir. Chacun était retourné à sa juste place, désormais leurs existences suivaient le cours qu’elle se destinaient à parcourir depuis longtemps. Tenten ne trichait plus avec la vérité, et tout redevenait beaucoup plus simple.

Tout sauf Temari. Cette dernière ne parvenait pas à dépasser ses suspicions premières, et la cohabitation s’en faisait ressentir. Tout en continuant de s’adresser la parole, la conversation perdait de son naturel. Temari devenait moins bavarde et davantage sur la défensive, elle gardait ses expressions sceptiques et soumettait Tenten à un interrogatoire mutique, provoquant chez cette dernière l’embarras et la honte. La perspicacité de Temari constituait la seule chose que Tenten ne réussissait pas à apaiser. La jeune consultante lisait-elle à travers la carapace de normalité qu’elle dressait, à travers le mode automatique qui cachait le désordre encore vivace de ses sentiments ? Ses terribles regards, à la fois juges et adversaires, la défiaient de tenter de la tromper. Elle décèlerait les tentatives d’évasion, et ne les pardonnerait pas. Mais comment lui raconter, à voix haute, ce qu’elle-même taisait en son sein ?

Et c’était indécent de ressasser tout ceci, encore une fois. Ne devait-elle pas se sentir un peu plus allégée, délivrée, maintenant que sa souffrance ne semblait plus chercher à retenir le temps, comme inapte à accepter la libération et l’abandon des chaînes. Ne pouvait-elle se l’ôter des pensées, à la façon d’un poison semant le chaos à l’intérieur de son corps, charriant le désordre et la bile dans ses veines, l’aspirer par la plaie ouverte, par les chairs suppurantes, purifier le sang s’en extirpant ?

Il fallait l’expurger, ne pas prêter attention aux relents de douleur, refuser et combattre cette contamination. Pour elle, Neji était perdu. Elle ignorait à quel point il s’imprimait dans son être, comme une superposition fusionnant peu à peu avec l’essence principale, elle-même. Mais peu importait la profondeur des traces qu’il avait inscrites dans sa peau, dans son esprit, elle les annihilerait par l’ignorance. Elles finiront par disparaître d’elles-mêmes, se jurait-elle ; et le jour où elle daignerait se pencher sur leur cas, elle ne pourrait que constater leur inexistence.

Et cette journée, encouragée par une apparition timide mais opportune de l’astre solaire, promettait de mettre à l’épreuve la solidité de cette résolution.

Tenten sortit de l’obscure humidité souterraine et grisonnante du métro pour gagner la rue. Eblouie par la lumière vive du soleil, elle mit quelques secondes à réhabituer son regard à une vision ensoleillée et non plus artificielle. Enfin, elle repéra le lieu de son rendez-vous avec Hinata. Celle-ci ne l’avait pas encore remarquée et jetait des coups d’œil inquiets des deux côtés de la rue, dans l’espérance de voir arriver son amie. Tenten sourit malgré elle lorsqu’elle détailla l’aspect physique de la fiancée de Naruto. Lors d’une conversation récente, cette dernière lui avait confié se laisser pousser les cheveux dans l’attente d’une longueur convenable pour la réalisation de la coiffure sophistiquée qu’elle arborerait le jour de son mariage. Et c’était attendrissant, quelque part, de voir Hinata Hyuuga avec quelques centimètres capillaires en plus, aujourd’hui plus proche qu’hier de l’adolescente qu’elle fut, secrètement, éperdument, amoureuse de celui qu’elle s’apprêtait désormais à épouser !

Car chaque jour qui rapprochait Hinata de celui où l’évidence de l’histoire qui l’unissait à Naruto ne pourrait plus être remise en doute, chaque nuit s’écoulant, les unes après les autres, réincarnait un peu plus l’essence de son adolescence. Une jeune femme dont les purs sentiments, à l’égard d’un homme sauvé par la certitude de cet amour, s’assimileraient de façon pleine et entière à son être, en toute légitimité ordonnée par le sacrement du mariage. Bientôt, elle lierait sa vie à cet alter ego : l’ipséité de la communion, quitter l’unicité pour une dualité officielle de surface, recouvrant en guise de subtil trompe-l’œil aux yeux d’un entourage en grande partie historiquement perplexe d’un tel arrangement, la création de l’unité résultant de la fusion si désirée de deux entités.

Et Tenten ne pouvait invoquer une sagesse factice et prétentieuse quant à la mesure de ce que représentait un tel engagement. Sa connaissance se limitait aux souvenirs qu’elle partageait avec Neji, et ces moments ne possédaient pas la pureté, la perfection inaccessible, des entrelacs harmonieux et aimants de Naruto et Hinata. Ils ne différaient pas de ces derniers seulement en raison de leur caractère caché, confidentiel, honteux par la nécessité de les taire à tous, mais également parce qu’en comparaison, ils paraissaient… Sales, indignes. Une boue abjecte et impudique contre un amour absolu, sain et sincère.

Est-ce que Tenten ressentait de la gêne face à ces élucubrations ? Non, plutôt une forme de tristesse de constater le point de non-retour de son engagement dans une relation qu’elle savait, en toute connaissance de cause, vouée à l’immobilisme. La stagnation constituait la résultante : d’une histoire commune émaillée de caprices – quelle avait été la place des sentiments d’ailleurs, étouffée par la manifestation des corps et l’ombre suintante du désir charnel - dédiée à l’instantanéité et refoulant l’avenir sous les draps maculés de la faute. En conséquence de sa culpabilité, la consommation de l’indécence la condamnait à l’arrière-garde : la sentence la privait du piédestal de l’optimisme que brandissaient ses amis. Hinata sautait le pas pour entrer dans une phase de sa vie que Tenten devait regarder au loin, prise par l’appréhension quant à la probabilité qu’elle-même réussit à rattraper son retard. Serait-elle un jour capable d’effleurer le bonheur de la future mariée ? Jouirait-elle, dans un futur inenvisageable en l’état, de son droit à dire : « tu es ma première chanson d’amour qui se termine bien* » ?

Abattement teinté de nostalgie, et mâtiné d’admiration, car le chemin parcouru par Hinata depuis les premiers temps de sa réalité étonnait et impressionnait tous ceux à qui ce spectacle profitait. Où se situait la fosse miraculeuse où Hinata avait jeté aux orties son mal-être, sa timidité encombrante, sa mauvaise estime de soi qui se traînait dans ses pieds comme le plomb tiré par la fatalité dans l’aile d’une jeune fille qui luttait et parvenait à grand-peine à ouvrir son ramage aux yeux des autres ?

Si celle-ci connaissait le secret pour se débarrasser des braises du dégoût, Tenten aurait donné ce qu’elle possédait de plus cher pour faire disparaître ses regrets – car son malaise et son assurance chambranlante attestaient leur présence – dans un ultime autodafé flamboyant et incandescent.

Le regard de perle caressa le visage hésitant de Tenten, balayant son inquiétude par la promesse de sa confiance sans faille. Il entra en contact avec les yeux bruns et brumeux et en chassa le doute. L’amie isolée rompait avec la solitude provisoirement.

« Même quand j’arrive en avance tu es déjà là, se plaignit Tenten. Tu as planté ta tente hier soir pour être sûre d’être la première présente ?

-          Tu n’es pas très loin du compte, je suis là depuis la veille au matin. Je ne voulais pas louper ce rendez-vous.

-          Je ne t’aurais fait faux bond pour rien au monde.

-          Je sais, Tenten.

-          Je voulais te remercier encore, Hinata. Quand j’ai vu ton message la semaine dernière, je me suis sentie tellement… honorée ? par ta proposition.

-          C’était la moindre des choses depuis que tu as décliné ma proposition d’être ma demoiselle d’honneur…

-          Tu sais bien que j’aurais fait tâche au milieu de la présence divine des membres de la famille Hyuuga. Tu bouscules déjà leurs traditions, je ne voulais pas provoquer une apoplexie générale en trônant parmi ta sœur et tes cousines qui seront à tes côtés.

-          J’aurais aimé que les choses soient différentes, murmura Hinata, le regard voilé.

-          Elles sont ce qu’elles sont, Hinata, et tu as déjà changé énormément de choses.

-          Je… Je n’ai rien fait d’extraordinaire…

-          Tu n’as rien fait dont tu dois rougir, ou plutôt tu le feras malgré toi, dirons-nous, c’est une habitude qui tu as gardé. Tu n’as pas conscience de la nouveauté que tu as insufflé parmi tes proches. Et je dis cela sans en faire partie, d’un point de vue extérieur. Je ne suis pas en mesure d’en saisir toute l’étendue.

-          Crois-tu… Crois-tu que cela soit à ce point ?

-          Non… En fait je n’en sais rien, il n’y a que toi qui peux en juger. Mais, Hinata, tu n’as pas abandonné Naruto quand toute ta famille se montrait sceptique, si ce n’est hostile, à votre relation. Tu n’as pas cédé, et regarde où vous en êtes. Il sera ton mari dans quelques semaines ! Tu leur as tenu tête, et tu as tellement bien fait !...

-          Ce portrait ne me ressemble tellement pas… Quand tu le dis de cette manière, j’ai l’impression d’avoir soulevé des montagnes et d’avoir été une grande cause de souci pour mon père…

-          Ne pense pas de cette manière, tu sais pertinemment bien qu’ils tiennent beaucoup trop à leurs traditions. Elles sont dépassées aujourd’hui, et même dangereuses. Ils ne peuvent plus continuer à vivre en suivant des règles ancestrales !

-          Je suppose qu’il faut que je m’habitue à entendre parler de moi de cette façon, même si c’est extrêmement embarrassant…

-          Tu ferais mieux, cela te préparera pour les discours qui seront prononcés au mariage !

-          Dans tous les cas, je n’aurai pas de regrets. »

L’iridescence du sourire de l’amie fiancée, limpide et éthéré, expatria les dernières nuées de son anxiété au loin. Apaisée, Tenten se jetait à corps perdu dans les bras rassurants de la sérénité d’Hinata, assoiffée de quiétude et de paix dans ses tourments.

Les deux jeunes femmes embarquèrent pour le rêve d’un conte de fées sitôt passé le seuil de la boutique vers laquelle elles se dirigèrent, l’écho des bruits cristallins et carillonnants de la clochette d’accueil accompagnant leurs pas à l’intérieur. L’objectif de ce rendez-vous ambitionnait de résoudre le problème du choix de la robe de mariée avec les conseils et le soutien de Tenten. Cette dernière avait préalablement refusé, dubitative quant à sa capacité d’aider la future épousée car on ne pouvait dire qu’elle possédât un goût certain en matière de mode. Hinata ne voulut pas entendre parler d’une réponse négative.

Le temps qui s’écoula, celui de leur présence au paradis de la tulle, sembla beaucoup plus long pour l’amie accompagnatrice. Elle vogua dans une farandole de robes à la coupe meringuée, bouffante et affriolante, vers des tenues aux longues manches serties d’entrelacs de dentelle délicate et ouvragée ; d’un bustier coruscant et étincelant à d’interminables et languissantes traînées de soie chatoyantes ; de diverses superpositions de couches de mousseline vaporeuse vers des oripeaux parsemés de perles au discret éclat scintillant ; d’un cardigan au col de crêpe vers un négligé de taffetas et de gaze flottante. D’une couleur blanche vers une coloration ivoirine ; d’une nuance nacrée vers une teinte liliale ; d’un ton argenté vers une ombre lactescente ; d’une tonalité platine vers un grain blafard.

Lorsqu’elles sortirent de la boutique, la vive clarté de la lumière du soleil éblouit Tenten, les yeux encore fragilisés par le défilé et l’accumulation de vêtements moirés et de couleur diaphane. De même que son sens optique, cette virée vers des territoires immaculés la plongea dans une sorte de rêverie éveillée, une hallucination onirique où toute autre nuance faisait tâche, autre que celle considérée comme l’institution du vêtement marital. Une songerie bien vivace avec laquelle elle se débattait pour s’en extirper, mais que la vue de deux personnes, dont la jeune sœur d’Hinata, qui les attendaient sur le trottoir, achevait d’éteindre pour laisser place à la réalité.

Hanabi était la consécration des attentes qu’Hyashi Hyuuga avait entrepris de réaliser avec Hinata. Sa personnalité, sa ressemblance physique, la rapprochaient plus de son prodige de cousin. Mais quelque part, bien qu’étrangement semblables sur le plan du caractère, celui de la benjamine de la famille comportait, pour de nombreux traits de son individualité, un degré supplémentaire. Autant le sérieux froid et compassé de Neji, quand on le connaissait de façon poussée, se fendillait quelques fois et démontrait une rigidité malléable, autant la rigueur de la cadette se révélait implacable et inflexible, une volonté d’airain qu’aucun feu ne faisait céder. Mais cet ascétisme affiché voilait aux yeux du commun des mortels l’effusion impétueuse d’une passion violente.

Était-ce en raison de son jeune âge, ou de l’isolement social que son ascendance lui prodiguât sous couvert d’une protection choyée, qui entraîna la montée et le maintien de ce bouillonnement juvénile, qu’une confrontation déceptive à la normalité de la société aurait tôt fait d’amoindrir, voire d’anéantir ? Mais cette ardeur était présente, latente, difficilement décelable même pour ses proches. Et ses manifestations ponctuelles, Tenten en avait parfois été le témoin. La proximité amicale, presque sororale, qu’elle entretenait avec Hinata ne n’étendit jamais à sa relation avec la jeune recrue de la famille Hyuuga. Incapable de déterminer ce que celle-ci pensait réellement, Tenten ne présentait qu’une cordialité de surface avec Hanabi. Tel un volcan, cette dernière se révélait trop imprévisible.

Encore submergée par la magnificence et le luxe d’apparat des différents uniformes de cérémonie nuptiale essayés par Hinata, Tenten fut d’abord béate devant le charisme indéniable de la compagne d’Hanabi. Une blondeur immanente, car dès le premier coup d’œil, on s’apercevait que sa chevelure, d’une lumière non pâle comme celle de la lune mais éblouissante, telle la clarté diurne d’une chaleur estivale, constituait une part importante de l’impression d’étourdissement charmeur qu’elle procurait par sa présence.

Ses formes voluptueuses, dont la situation confinait à l’harmonie la plus sensuelle, auxquelles le tailleur blanc qu’elle revêtait rajoutait à l’attrait, se trouvaient placées au second rang, derrière le mirage construit par la beauté de ses yeux. Indolent, enjôleur, scrutateur, perçant mais tout à la fois languide, ce regard promettait des tempêtes affligeantes comme des accalmies paisibles. Un clivage incertain brodé de cils alanguis, donnant à ces yeux une expressivité foudroyante, cette dernière soutenue par une bouche pleine, ciselée, que l’on devinait pétrie par les baisers distribués et fomentrice de complots concupiscents. Cette jeune femme respirait la jouissance et la tentation par tous les pores de son être. Quels serments lascifs jurait-elle la nuit, derrière le rideau de sa chevelure ? Son regard inspirait-il la pureté ou la malsanité, devant un ou une prétendante à genoux devant une telle déesse ? De quelle manière maniait-elle son ascendance si naturelle sur autrui ? A l’apparence, cette femme cachait beaucoup de secrets.

Les deux nouvelles venues arrivèrent à l’encontre du premier duo. Ce fut la cadette qui entama la discussion avec son aînée.

« Alors, tu as arrêté ton choix ? Tu sais enfin ce que tu vas porter ? demanda Hanabi.

-          Oui, je pense que c’est bon. J’ai eu un coup de cœur mais je n’étais pas sûre, ce n’est pas quelque chose que j’ai l’habitude de porter. Mais Tenten m’a convaincu qu’il s’agissait de la robe parfaite.

-          En même temps, c’est la seule occasion où tu pourras la porter ! Ce sera ton jour, il faut que tu sois magnifique. Et ce sera la tenue parfaite pour cela, intervint Tenten.

-          Et tu le seras assurément, sourit la cadette. Hello Tenten, comment vas-tu ?

-          Très bien et toi ?

-          Ça va bien, écoute ! J’ai l’impression que cela fait une éternité que l’on ne s’est pas vues. Merci encore d’avoir accompagné Hinata. La question de la robe de mariée la tracasse depuis plusieurs semaines, elle ne le dira pas mais c’était vraiment important pour elle.

-          Haha, si je peux lui être utile, aucune hésitation. Que fais-tu dans les parages, tu es déjà en vacances ?

-          Non, je ne suis à Konoha que pour le week-end, j’avais des affaires à récupérer. Nous étions allées boire un thé avec Ino, nous avions convenu avec Hinata que nous la retrouverions ici. Au fait, est-ce que vous vous connaissez ? interrogea la cadette.

-          Je n’ai pas eu ce plaisir, répondit l’inconnue, restée jusqu’ici en retrait.

-          Ino, voici Tenten, une amie de longue date de la famille.

-          Enchantée, sourit-elle.

-          Tenten, voici Ino Yamanaka. Ino est la fiancée de Neji… » ajouta Hinata d’une voix douce.

Tenten sentait tranquillement le sol se dérober sous ses pieds. Evidemment, la fatalité usait d’un artifice si charmeur et si troublant qu’elle-même, pauvre hère insignifiant et béni par la banalité, ne valait aucune mesure face à une telle perfection. Le coup du sort était terrible, mais risible en réalité. Si elle n’était pas au cœur de ces schémas astraux, Tenten aurait ri d’une situation si absurde. Comment juger ce coup du destin ? Se moquait-il, lui rappelant sa petitesse et son inconsistance, en lui choisissant comme adversaire un être dont la supériorité à tous niveaux contrecarrait le moindre de ses défauts ? Ou bien fallait-il adopter le mode de la flatterie, pour ce coup de maître de la fortune de lui présenter une concurrente baptisée de toutes les grâces de l’avenir ? Il n’y avait rien à analyser, ni évaluer, les dés étaient jetés et le futur déjà lancé dans une marche forcenée.

La destinée mettait enfin en jeu son joker le plus précieux, une reine de cœur sortie de l’ombre dont l’aura brûlante actait la sortie définitive de Tenten de l’échiquier de Neji. Un coup de poker radical et redoutable, un bluff illusionniste qui anéantissait toutes ses chances et espoirs de victoire. Non, ceux-ci, elle les détruisit elle-même en assénant le coup de grâce à leur histoire sans issue. Aucune responsabilité à reporter sur le destin, ni sur cette femme désarmante. Mentalement, elle se sourit à elle-même : elle lui ressemblait en cherchant à se dédouaner en rejetant la faute sur une destinée préméditée. Non, il ne s’agissait que de ses actes et de sa conscience qui, par le déroulé de ces pensées, démontrait que la culpabilité la teintait de manière encore probante.

Cette fiancée officielle éclipsait la courtisane de l’ombre, l’amie du stupre des caprices et la complice de la jouissance de l’interdit. Mettre un visage sur ce qui restait jusqu’à présent un simple concept aidait à terminer le processus de pleine réalisation de l’achèvement définitif de sa relation avec Neji.

Car cet alter ego, légitime et officiel, cantonné jusqu’à maintenant dans l’abscons et, somme toute, l’imaginaire, devenait entier avec ce charmant minois en guise de concrétisation. La destinée de Neji sortait enfin de desseins fantasmés, pessimistes et existant seulement en pensée pour adopter à la fois un visage bien réel et une accélération subite.

Et quel destin l’attendait, lui, le trouillard de la fortune ! Cette future femme était modelée de promesses. Passées, mais aussi à tenir et à faire. Que ce fût pour le pire ou pour le meilleur, celui ou celle qui serait le compagnon ou compagne de sa vie connaîtrait un avenir rutilant. Tenten reconnut qu’en optant pour Ino comme fiancée de Neji, la famille Hyuuga lui choisissait une partenaire dont le charisme solaire s’alliait à merveille à l’élégance austère et abrupte du prodigieux cousin, pour une union prestigieuse et unique par la fascination qu’elle susciterait assurément.

Tenten n’avait plus qu’à abandonner ses cartes, ayant perdu la mise. Encore sous le choc de la surprise, elle ne saisissait pas l’attitude actuellement inscrite sur son visage. Elle reprit contenance – combien de temps avait-elle été absente ? – face à ses trois interlocutrices.

« De même… Euh, félicitations en tout cas, j’apprends la nouvelle !..., commença-t-elle.

-          Tenten est une très bonne amie de Neji, intervint Hinata.

-          Moins maintenant, précisa-t-elle.

-          J’espère que nous pourrons faire plus ample connaissance, sourit Ino. »

La simple idée de la pénibilité de son existence pour Tenten, quelle incompréhension aurait résulté si une telle réflexion effleurât l’esprit de la gracieuse dulcinée !

« L’occasion se présentera sûrement, répondit Tenten.

-          Tu as des nouvelles de Neji ? demanda brusquement Hanabi.

-          Non, aucune, pourquoi voudrais-tu que cela soit le cas ?

-          Nous ne l’avons quasiment pas vu ces derniers temps. Apparemment, il a trop de travail. Je posais la question pour savoir si tu avais entendu parler de quelque chose. »

Hanabi ne lui épargnait rien, pensa-t-elle. Probablement l’air éperdu qu’adopta momentanément l’expression de son visage n’avait pas échappé à ses qualités d’analyse. Elle savait que ce regard d’acier qui la fixait, inoxydable et tranchant, attendait de voir sa réaction. La cadette la testait, tentait de déceler ce que Tenten s’évertuait à dissimuler, même à elle-même. En la poussant dans ses retranchements, la benjamine espérait obtenir des réponses à l’explication d’un malaise mystérieux qu’elle pressentait. « Tu ne peux rien trouver. Puisqu’il n’y a rien à chercher. » Cautérisée, la plaie insondable.

« Non, je ne suis au courant de rien. 

-          Tu n’as pas vu Lee récemment ? Il ne t’a rien dit ?

-          Lee est surchargé de travail lui aussi, on n’arrive pas à se voir non plus. On s’appelle régulièrement mais on ne fait pas que discuter de Neji…

-          Vous en parlez bien alors ! Qu’a-t-il dit ?

-          Rien de spécial Hanabi, il me raconte que lui non plus le voit à peine, ils ne travaillent pas sur les mêmes dossiers…

-          Ils doivent bien réussir à se voir !

-          Attends, je n’en sais rien… Si Lee dit lui-même qu’ils n’ont pas le temps, je le crois volontiers.

-          Ils prennent bien des pauses quand même ! Je sais que mon cousin est un monstre quand il s’agit de travail, mais il a besoin de s’aérer l’esprit lui aussi !

-          Il a peut-être un jardin miniature dans son bureau ?

-          Tenten, ce n’est pas très drôle, bouda Hanabi.

-          Qui es-tu exactement pour lui ? »

La dame de cœur s’appropria la parole à la façon d’un couperait implacable. Ses yeux, au départ avenants, se paraient désormais d’un éclat dur comme diamant. Le bleu tourna au gris, embruni par une singularité ambivalente. Tenten mit quelques secondes à lui répondre, délai dont Ino profita pour surenchérir :

« Je veux dire, Hanabi te demande comme si tu étais sa plus proche famille, ce qu’elle est en vérité. Cela me rend curieuse. »

La brune tourna plusieurs répliques dans son esprit, dans la volonté de choisir les bons mots.

« Nous sommes sortis ensemble il y a des années mais c’est du passé. Nous sommes d’abord des amis qui ont perdu le contact, voilà tout.

-          Oh. Comment cela se fait-il que tout le monde pense que tu es bien informée si vous n’avez plus de relation ?

-          Parce que Tenten et Neji étaient très proches.

-          J’ai des informations par les amis que nous avons en commun, c’est tout…

-          Un cercle social assez restreint alors.

-          Elle ne veut pas le reconnaître, mais Hanabi est un peu inquiète, intervint Hinata. C’est pour cela qu’elle se renseigne auprès de toi Tenten, peut-être que tu as pu entendre des choses à son sujet par Lee ou Shikamaru…

-          Il est grand, je ne me fais pas de souci pour lui, râla la jeune sœur, le teint légèrement érubescent dans une mise en avant imprévue.

-          Tu es mignonne à te faire du tracas pour lui, sourit Tenten. Il ne mérite pas autant d’attention s’il est réellement aux abonnés absents.

-          Il est de la famille. Et la famille, on ne la laisse jamais tomber. »

« Si tu savais à quel point tu lui ressembles » adressa mentalement Tenten à la cadette du clan Hyuuga, en référence à son cousin. Elle retrouvait, dans cette réaction candide de pudeur égratignée, une réminiscence déchirante de l’essence intime des moments volés au quotidien avec la complicité de Neji. Elle regoûtait à l’attendrissement ressenti lorsque lui-même connaissait ces situations de mise en déroute et de rencontre futile avec l’imprévu. Un comportement un peu puéril dans la vexation, spontané dans l’incontrôlable ; le spectacle d’un homme qui ne supportait pas ses failles et se trouvait désarmé lorsque leur éclat rejaillissait. Désarmé et désarmant, car quelle vision, autre que celle-ci qui montrait le spectre et la richesse d’une humanité imparfaite, se révélât être à la fois plus personnelle et complète ? Neji n’acceptait pas ces faiblesses et abaissait sa garde aussi peu que possible, soit quasiment jamais.

Et il faisait assez confiance à Tenten pour le réaliser avec méfiance en sa présence et somme toute, c’était sa confiance qui honorait son amie. Et la déchirait, car elle se rendait compte, en regardant Hanabi, qu’il s’agissait de quelque chose d’irrémédiablement perdu. Elle réalisa subitement son absence.

Et tout lui sauta en pleine face.

Elle devait apposer un terme à cette discussion hors du commun.

« Je suis désolée, mais je vais devoir vous abandonner, j’ai des choses à faire, commença-t-elle.

-          Déjà ? Si on te propose d’aller s’installer quelque part pour continuer de discuter, tu es partante ? demanda Hanabi.

-          Je prends le parti de ma sœur, répliqua Hinata.

-          Ç’aurait été avec plaisir, mais non, je ne peux vraiment pas…

-          S’il n’y a pas moyen de te faire changer d’avis, je n’insisterai pas même si je suis de tout cœur avec elles, dit Ino. Je pense que nous nous reverrons bien assez tôt. J’espère vraiment que nous aurons l’occasion de discuter plus avant, c’est un plaisir pour moi de découvrir les relations et la vie de Neji.

-          Certainement, je te dis à bientôt dans ce cas. »

Après un dernier sourire, Tenten s’engouffra dans les méandres de la station de métro. Entourée par la foule habituelle à cette heure de pointe, la tristesse disputait à la solitude pour la plonger dans un isolement où ses pensées prenaient le pas sur sa perception de l’environnement qui l’entourait. Elle ne distinguait plus les corps la cerclant dans leur agitation, accaparée par l’après-coup de cette rencontre houleuse.

Contact : Hinata Hyuuga

17h54

Est-ce que ça va ? Je suis confuse de

ce qui s’est passé, Hanabi ne m’avait

pas averti qu’elle ne serait pas

seule…

17h57

Ne t’inquiète pas Hina. Il aurait bien

fallu à un moment ou un autre que

je l’apprenne

17h58

Je suis désolée…

Tu n’aurais pas dû en prendre

connaissance de cette manière…

18h00

Il n’y a rien dont tu dois te

sentir coupable

18h04

La réaction que tu as eue me fait

penser le contraire

18h05

Comment ça ?

18h07

Tu n’as rien montré mais j’ai

bien senti que cela t’atteignait

plus que tu ne laissais croire…

18h09

Bien sûr, je ne suis pas restée de marbre

Nous avons été proches, évidemment que

ça fait tout drôle

18h12

Vas-tu lui en parler ?

18h13

Je lui enverrai un message

de félicitations.

18h14

Cela changerait-il quelque chose que

je lui dise que tu as appris la nouvelle ?

18h36

Oui, tout changerait.

Il se sentirait obligé de s’expliquer

et je n’ai pas envie de ça

 

Pendant le long trajet en transports en commun qui la reconduisait chez elle, Tenten oblitéra complètement la présence des gens dans la rame ferroviaire. Seuls les mots d’Hinata l’empêchèrent de se jeter à bras-le-corps dans le gouffre de son âme, dont l’important diamètre dépassait tout ce qu’elle avait anticipé.

* You can’t keep lying to yourself like this *

Lorsqu’elle regagna enfin son domicile, Tenten sentit ses défenses, dont elle avait piteusement tenté de colmater les brèches provoquées par les assauts féminins plus tôt, elle sentit sa garde voler en éclats sitôt passé le seuil de l’appartement. L’interrogatoire que Hanabi et Ino lui avaient fait subir rajouta à la pression provoquée par la rencontre épineuse avec la dernière. Elle arrivait à la saturation de ses capacités de résistance, submergées par la nécessité de garder la face en toutes circonstances et de s’adapter, aussi douloureux soit-il, au carcan de la convenance. Le retour à la normalité, qu’elle chérît et auquel elle apporta les sacrifices requis, lui pesait désormais, car il lui demandait de faire abstraction d’un tas de facteurs qu’elle avait, dans son aveuglement à accéder à la vérité, enfouis sous une jolie apparence de bonheur.

Et il était tout bonnement impossible de continuer à garder la face. Être confrontée à l’avenir de Neji, dont le mouvement d’accélération se personnifiait par la perfection émanant de sa fiancée, un futur qui se dessinait sans elle, bien qu’elle agît radicalement dans le sens de son absence définitive à ses côtés, sans chercher à remettre en question cette responsabilité ; cette vision d’une vie aimée de laquelle elle s’était volontairement coupée la plongea brusquement dans la réalisation de tout ce que cette séparation impliquait.

Comment préserver l’apparence paisible de la conformité quand, dans son intérieur, tout criait qu’une part essentielle d’elle-même manquait ? Car Tenten ne se contentait pas - ou ne se satisfaisait plus plutôt car elle avait noté une certaine douceur dans un quotidien régulier – d’une existence dictée par la répétition d’un rythme cyclique, morne et sans saveur. La fadeur de sa réalité actuelle la plongeait dans une déprime apathique, dangereuse car subtile et silencieuse, l’accaparant à la façon d’un brouillard collant qui aseptisait ses perceptions et ses réflexions ; désespérante car elle ne laissait qu’un goût de cendre moite, un ennui insignifiant pour une vie réglée au millimètre près.

Mais il manquait l’outrepassement de la vérité, la violation de l’étendard de neutralité qu’ils brandissaient aux yeux de leur entourage le plus proche. La teneur accrue, se rapprochant de celle d’une épice piquante, farfelue et troublante, de leur relation constituait une part indéniable de l’intérêt, confinant à la fascination obsessionnelle, de sa relation avec Neji. Les escapades au cœur de ténèbres intimes et secrètes, le partage de ce passage du bien vers le douteux, le dépassement des normes pour l’exploration de territoires inconnus mais excitants, à la lisière du vice et de la moralité… C’étaient les uniques occasions que vivait Neji en compagnie de Tenten ; pendant ces situations, cette dernière devenait l’acolyte de l’anathème. Et pour elle qui se languissait de sa présence, ô combien était délectable cette histoire dans la dissimulation, qui possédait, en outre, le pouvoir de la sortir du marasme d’une réalité insignifiante ! Ce refuge construit par le silence du duo ne prêtait pas à rougir, puisqu’aucune ligne n’était véritablement franchie : sa construction débuta dans la liberté et devait se clore à l’aube de la concrétisation de l’engagement ordonné pour Neji. Leur relation ne devait durer que le temps d’un songe jusqu’au réveil : elle offrait l’occasion, pour lui, de s’échapper de la dictature tyrannique de la fatalité pour un attachement sécable à tout moment où il retrouvait le contrôle nécessaire à sa sanité ; pour Tenten, il s’agissait d’une chance inespérée d’apporter un peu de folie, une illusion de drame, de créer une incartade rêvée pour une adoratrice de l’incertain.

Elle ôta ses chaussures et accrocha sa veste au pendant destiné cet effet, espérant que l’angoisse disparaîtrait avec le geste la déshabillant de la parure qu’elle portait à l’extérieur, mais en vain.

Où les sentiments se situaient-ils, s’interrogeait-elle, dans ce pénible cheminement qui la conduisait à Neji ? Les alcôves charnelles des étreintes éreintantes et apaisantes, les élans impudiques d’une sensualité désespérée, l’abandon systématique de toute forme de raison au bénéfice des caprices pour un temps étouffant mais provisoire, tout cela constituait les jalons importants qui émaillaient le parcours tortueux caractérisant leur lien de débauche.

S’était-elle laissée entraînée dans ces languissants rapprochements car muée par une insondable mélancolie des débuts timides et attendrissants de leur accointance, illuminée de leur inexpérience et de leur jeunesse ? Eprouvait-elle un attachement vain pour un fantôme qu’elle avait ressuscité de sa mémoire à force de caresses et de baisers ? Cette reviviscence éphémère, de laquelle elle aspirait si ardemment se replonger dans l’agitation qui la faisait se sentir vivante ; finalement, se superposait-elle au souvenir de Neji, poignant mais désormais perdu dans les limbes du passé et de la rupture, intimidant, prudent, susceptible et faillible par toutes les grâces de ses vingt ans ? Avait-elle commencé cette histoire dans la nostalgie d’une histoire passée ?

Alors, ce vide béant dans son intérieur, si lourd à supporter qu’il lui coupait le souffle, ces ressentis qui s’assimilaient à la tristesse et au regret d’un amour dévorant sacrifié sur l’autel sanctifié de la normalité, cette envie si désespérante, si irrépressible, de l’étreindre à nouveau, en dépit de son illégitime persistance et de sa prodigalité insupportable… Alors toutes ces émotions seraient factices, animées par un sentiment aussi pitoyable dans sa simplicité que la nostalgie ?

Il ne se pouvait. Cet amour n’était pas une illusion, une candeur obsolète qu’elle se serait autorisée pour égayer un quotidien un peu morne et futile. Il n’existait pas en tant qu’ombre fantasmée du passé, telle une commémoration des temps heureux, une ressouvenance amère d’une relation marquée par son achèvement. La plénitude de cette hypothèse supposait, par conséquent, une insatisfaction du présent pour plutôt se réfugier dans les tréfonds de bonheur de sa mémoire. Avait-elle aimé pour s’accrocher à la vie ? Fuite de la réalité vers l’imaginaire, échappatoire à l’ennui pour un peu de compagnie, ajout d’un chapitre supplémentaire à une histoire amoureuse déjà close, car ce terme définitif entraînait la disparition du dernier rempart entre la réalité et le déni de son incapacité à vivre dans la solitude ? La raison d’être et la justification de cette parenthèse inavouée et inavouable de l’existence de Tenten constituaient-elles la résultante d’un simple caprice et une forme de lâcheté et d’abandon face à la dureté de la vie ?

Non, cela ne se pouvait. Qu’était-ce alors, ce désir, qui confinait au besoin, de le voir à nouveau, de le toucher du bout des doigts, cette nécessité de le respirer par tous les pores de sa peau, d’assouvir cette envie de lui, de sentir son regard blanc et perçant sur son corps de femme qui trouvait une ancre dans la réalité lorsqu’il y posait ses lèvres ? Qu’était ce manque de son sérieux compassé, de son sens de l’humour sarcastique, de sa froide vigilance aux comportements d’autrui, de sa susceptibilité puérile face à l’imprévu, de sa bienveillance désarmante pour qui défaisait ses remparts de dignité, ce manque de le voir s’ouvrir lentement mais sûrement au monde et à l’humanité débordante dont il recelait ?

Qu’était cette douleur de se retrouver privée de son sourire rare et de son rire discret, de la manière dont il murmurait son prénom, de la gravité de ses yeux lorsqu’ils se disputaient, de la sentence sans appel de ses mots lorsqu’il n’entrait pas dans son sens, du charme dont il pouvait user pour parvenir à ses fins, du spectacle de sa vexation lorsqu’il avait tort, et de celui de son désœuvrement lorsqu’il échouait à trouver une raison pour quelque chose, son effroi devant le hasard et sa colère apeurée lorsque la destinée jouait un de ces tours qui faisaient trembler ses assertions quant à l’existence.

Qu’était cette sensation de se figurer vidée de sa présence – oui, car qui était-elle en-dehors de Neji ? Une femme indépendante, vivant de ses passions, accomplie, entourée de gens qu’elle aimait, mais qu’est-ce que cela pesait dans la balance, face à l’attention de Neji ? Cela était effarant, était-elle devenue ce qu’elle craignait le plus et fuyait à tout prix ? Une femme définie par le sentiment amoureux et le regard d’un homme, perdue dans l’immensité du monde sans sa main dans la sienne pour la guider, ses épaules anguleuses et fortes pour la protéger, anonyme sans ses bras pour la cercler, une personnalité insignifiante sans les liens qui l’unissaient à cet individu charismatique, gagnant un peu de consistance et de valeur à partir du moment où il daignait esquisser son prénom de ses lèvres avares en mots ?

L’intérêt de Neji ne la définissait pas mais la mettait en valeur, l’habillait d’une lumière unique qui la sortait du marasme de la banalité solitaire. Il regardait et concevait Tenten d’une façon particulière, propre à lui, mais cette image qu’il avait construit correspondait positivement à la jeune femme : elle aimait ce qu’elle lui renvoyait, elle chérissait cet espace qu’il lui octroyait et lui permettait d’être elle-même. Elle pouvait lui présenter son pire comme le meilleur, certaine de son jugement – sévère, parfois injuste, mais jamais il ne se faiblissait ou n’abandonnait. Il était même capable de faire ressortir d’elle des choses dont elle n’avait aucune connaissance. Elle aimait ce qu’elle devenait lorsqu’elle était avec lui : une jeune femme vive, alerte, intelligente et un peu admirative devant la complexité du jeune homme, valorisée, unique et singulière, écoutée et en confiance.

Ce jour-là, à la chambre d’hôtel, avait-il, par vengeance, fait disparaître et enterré cette Tenten dans le confort soyeux du matelas après qu’elle eut quitté l’antre de leur dernier caprice, portée par l’apathie ? Ce sentiment d’une imperfection fragmentée, d’une unicité incomplète, allait-il désormais être son pain quotidien ? Le retour à l’insignifiance se révélait compliqué lorsque quelqu’un d’aussi mirifique, à la lisière du rêve, d’aussi fantasmatiquement inaccessible que Neji cherchait à fuir tout et d’abord lui-même en sa compagnie. Devait-elle se contenter de ne plus être dans la capacité d’être intégralement elle-même maintenant que Neji avait emporté avec lui tout ce que son existence possédait de sens ?

Son souffle s’accéléra lorsque ses pensées envisagèrent ce vide dans toutes ses définitions et dans une moindre mesure de sa totalité.

« Qu’est-ce que tu fais là, plantée dans l’entrée ? »

La voix circonspecte interrompit la lente pérégrination mentale de Tenten en direction de ce gouffre noir, dont l’échec de ses vaines tentatives d’enfouissement lui sautait présentement en pleine face. Ses yeux cessèrent la contemplation méditative des lames de parquet pour élever leur champ d’action vers la source des paroles. Ils croisèrent le regard précautionneux de Temari – tout à la fois sur la réserve en raison de la fraîcheur actuelle de leurs relations, mais tout de même inquiet – qui fixait leur propriétaire avec prudence. Bleu-gris acide, rivage de cils abondants cerclant des étendues étheriques dont l’apparence paisible pouvait disparaître au profit d’un climat tempétueux et implacable. En l’occurrence, pour l’instant, le regard effilé de sa colocataire se marbrait d’une brume opaque et dubitative.

Prise au dépourvu, Tenten prit quelques secondes avant de répondre.

« Euh… Je crois que j’ai perdu quelque chose, mais je ne suis pas sûre, et je n’arrive pas à me rappeler quoi…

-          Je vois, tu as besoin d’aide ?

-          Non ça va merci, je vais me débrouiller. »

Avait-elle été trop piquante dans sa réplique ? Sa voix sonnait creux et ses mots sèchement. Tenten espérait que cette impression n’en était qu’une, mais à voir la réaction de Temari inscrite sur son visage, elle comprit que cette dernière partageait le même ressenti brutal et abrupt. Elle regretta aussitôt son manque de réflexion et son inattention.

« Ok, comme tu veux. Tu as du courrier, je l’ai mis devant la porte de ta chambre. »

Temari détourna le regard sitôt l’information transmise et le reste de son corps pour vaquer à ce qui l’occupait avant ces entremises, si rapidement qu’elle n’accorda pas à Tenten le temps de la remercier, et la laissa seule avec sa culpabilité à l’entrée de l’appartement. Celle-ci se saisit de son malaise à bras-le-corps, se précipita en direction de sa chambre, qui apparaissait à l’instant comme un refuge, se saisit des deux-trois enveloppes qui ornaient son seuil, et referma la porte vivement. Seule, elle pouvait enfin abandonner ses manières qui imitaient la tranquillité d’esprit et la satisfaction intangible d’un quotidien imperturbable.

Elle avait besoin de décompresser, immédiatement. Il fallait qu’elle expulsât cette angoisse qui montait en elle, anéantissant tous ses efforts pour se calmer, avant l’explosion qui menaçait de se révéler destructrice et de lui démontrer à quel point elle avait échoué dans l’oblitération de ses sentiments. Elle pensa dans un premier temps aller courir, mais l’activité prendrait trop de temps pour la décharger de toutes ses émotions. Appeler Lee en catastrophe et programme une séance intensive à la dernière minute ? Elle ne voulait pas le déranger avec ses tourments intérieurs, et de toute façon, elle n’était pas prête, ni dans un état mental propice à la confession, pour en communiquer le détail à autrui. La solution de dernier recours s’imposait. Le punching-ball qu’elle gardait chez elle et qu’elle réservait pour les cas désespérés. Oui, il ferait l’affaire.

Elle se dépêcha d’enfiler un jogging et une brassière de sport, puis d’emmailloter ses mains de bandelettes de boxe avant de les recouvrir avec les gants. Le moment de défoulement commença.

pam, pam, papam

C’était la peur qui avait motivé sa décision de rompre les liens qui l’unissaient à Neji et de suturer définitivement la plaie ouverte que représentait leur relation. L’aversion du sentiment amoureux comme principal critère de définition de sa personne, sa réduction à un sens de propriété du jeune Hyuuga – sa femme, sa concubine, sa maîtresse, sa complice, ses ténèbres… Cette perspective insupportable devrait être la raison initiatrice de son choix d’opter pour la séparation ; elle entrait dans la dimension du raisonnable à partir du moment où elle retournait à l’unicité, garante d’une échappée vers la normalité qui lui offrait le contrôle de ce qu’elle était. Dans la vie quotidienne, elle était Tenten, et juste Tenten. Mais ce sentiment de crainte possédait-il un niveau sous-jacent, moins évident, plus insaisissable ?

pampam, pam, pampam

Cette appréhension cachait-elle alors une défiance de l’engagement ? Non, car ils avaient déjà vécu un chapitre de leur histoire de manière officielle ; le dernier ajout, en toute connaissance de cause, s’était vécu de manière informelle, tacitement acceptée par les deux parties. Il s’agissait plutôt d’une méfiance du principe même de la relation, qui se construit nécessairement par l’implication de toutes les personnes concernées, en l’occurrence leur duo. Au fond, la décision de Tenten était également motivée par un sentiment inconscient de mise en danger de son intégrité, car Neji était quelqu’un qui prenait énormément de place : respecté, admiré, fascinant. La peur de se retrouver dans son ombre ne se posait pas aux premiers temps de leur valse amoureuse : il était alors indéfinissable, habité par toute la grâce de la jeunesse, et pas encore pétri par la vie et ses difficultés, par ses expériences et les leçons qu’il en retirait. Désormais, au crépuscule de la vingtaine, pleinement doté de toutes les qualités qui spécifiaient l’âge adulte, il occupait une place beaucoup plus imposante : un héritage familial prestigieux, une situation professionnelle des plus confortables, et le moment idéal pour devenir un parti très recherché pour le mariage. Que faisait Tenten, en comparaison ? Elle vivotait.

S’agissait-il uniquement d’une question d’orgueil ? Au cœur de leur ancien attachement officieux qui fonctionnait sur le mode du présent sans espoir de lendemain, elle avait adopté le rôle en coulisses : celle qui restait dans l’ombre, à l’orée de la honte et du secret. Elle qui ne supportait pas la dissimulation, elle s’en accointa, uniquement pour lui et la quantité négligeable de temps qu’elle pouvait passer en sa compagnie. Sa confrontation à la présence de plus en plus avérée et prégnante de celle qui était appelée à partager la vie de Neji constituait son point de non-retour. Tenten devait nécessairement perdre et s’effacer lorsque celle-ci se concrétiserait. Elle préféra partir avant l’inévitable et cuisant échec, pour préserver un peu de dignité et de conscience d’elle, afin de rester elle-même, un temps soit peu, avant la douleur qui la précipiterait dans le deuil de leur liaison.

pam, pam, papam, pam pam

Les regrets lancinants qu’elle éprouvait ne trouvaient pas leur terreau fertile dans les explications des fondements de cette parenthèse capricieuse. Par la résolution de cette conclusion, elle avait gardé la maîtrise de sa vie, quitté une relation qui lui échappait, centré sa prise de décision sur son bien-être et son individualité.

Mais elle avait perdu Neji.

Le sacrifice était nécessaire, mais dispendieux. Ses regrets prenaient source dans ce manque. Le prix de la renonciation, cher payé, acquitté, ne rendait pas ses remords moins lourds ; ces derniers, au contraire, gagnaient en puissance. Elle avait sous-estimé ses sentiments pour Neji en se persuadant que leur guérison serait question de temps. Elle opta certainement pour la mauvaise voie dans la gestion de cette rupture, en la laissant de côté et en croyant que la douleur disparaîtrait avec la vie passant. Fausse croyance car l’oblitération de ses états d’âme n’avait fait qu’accentuer leur profondeur, et accroître l’intensité de leur réveil.

pam, pam, pam, papam, pam

Elle l’aimait encore et l’aimerait pour longtemps encore. Lui manquait ce qu’ils partageaient, mais aussi comment il la considérait et la faisait se considérer. Il était la seule personne à lui faire ressentir cela. En se séparant de lui, elle s’était amputée d’une partie d’elle-même que lui seul percevait, et qu’il avait réussi à lui faire comprendre et même à apprécier. Elle se trouvait submergée par les sentiments et le ressentiment. Parfaitement consciente de la souffrance à accepter pour s’en disculper, elle s’inquiétait cependant de la réalité, du degré de certitude, de la force de conviction de ce qu’elle ressentait pour lui. Comment surmontait-on un attachement d’une telle détermination ?

Elle sentait faillir son courage et sa volonté face à l’immensité de la question.

Prise par le doute, elle accéléra la cadence de ses coups de poing et noya son désespoir dans la régularité du rythme des frappes.

Quelques coups légers heurtant sa porte l’interrompirent dans sa frénésie purgative.

« Ten, c’est moi, s’éleva la voix de Temari.

-          Oui ? fit Tenten, essoufflée.

-          Ecoute, ça fait bientôt une demi-heure que je t’entends taper ce punching-ball, j’ai bien vu tout à l’heure quand tu es rentrée… Hem, ça se voit que tu vas pas bien. Toi et moi c’est pas trop ça en ce moment, mais tu sais bien que si tu as besoin de quelque chose, juste de parler, je suis toujours là. Je suis désolée si je n’ai pas été une bonne amie dernièrement, mais je… Je m’inquiète, et je…

-          Oh Tema !… »

Entendre le mot « excuse » conjugué à la première personne dans la bouche de Temari acheva la rupture des digues mentales de Tenten qui retenaient son angoisse. Que sa colocataire se montra désolée pour le comportement adopté au cours des dernières semaines, quand c’était elle qui devait se montrer piteuse pour une attitude de secret et de dissimulation qu’elle affectait depuis quasiment une année entière !..., ces mots sortis de la bouche de son amie constituèrent la goutte qui fit déborder le vase. Elle se rendit compte que les larmes coulaient silencieusement sur ses joues depuis déjà un bon moment lorsqu’elle perçut le sanglot qui s’échappait de sa propre voix.

Il était trop tard pour essayer de faire illusion, et de toute manière, elle n’en possédait plus la force. Tant pis si le regard que porterait Temari sur elle, après coup, était dur et impardonnable, tant pis si elle ne comprenait pas sa situation, tant pis si elle se scandalisait, à juste titre, de ces mois de mensonge, tant pis si elle se sentait trahie par son manque de confiance… Elle lui raconta tout et répondit aux questions que la rationnelle Temari ne manqua de formuler : « pourquoi tu es resté avec lui si votre relation te blessait à ce point ? » : parce qu’elle l’aimait ; « pourquoi tu as accepté cette relation ? » : parce qu’elle l’aimait ; « pourquoi tu ne m’as rien raconté ? » : parce qu’elle l’aimait.

 

 

 

Commentaire de l'auteur "tu es ma première chanson d'amour qui se termine bien" => tiré de "Chanson d'amour" de Nekfeu

Je suis désolée d'être aussi erratique dans l'actualisation de cette fiction... Même si je l'ai débutée il y a déjà plusieurs années, j'ai bien l'intention de la finir.

Outre le fait qu'un mémoire soit passé par là durant les deux années qui se sont écoulées entre le troisième et le quatrième chapitre, à la lecture de ce chapitre je pense que vous comprendrez pourquoi j'ai pris beaucoup de temps également pour le rédiger. Il raconte le cheminement psychologique de Tenten ; sa situation étant particulière, je n'ai pas voulu me précipiter et passer à côté de quelque chose. Il me tient également à coeur d'en faire un personnage féminin fort, ce qui j'espère transparaît dans mon écriture.

Le quatrième chapitre, très court, devait débuter celui-ci. Mais entre sa teneur et celui-ci, j'ai décidé de couper. La rupture et la rencontre avec Ino sont deux moments extrêmement importants. J'ai préféré les séparer afin que l'un n'empiète pas sur l'autre, et de leur donner toutes les chances de faire leur effet.

Je ne suis habituellement pas très bavarde quand je poste un chapitre, néanmoins il me semblait important de clarifier certaines choses. Je tenais à vous remercier de votre passage et de votre lecture, si vous y trouvez une forme de satisfaction, alors c'est la seule chose qui m'importe !

A bientôt,

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