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Concours Fan-Fiction Univers J.R.R. Tolkien
 par   - 311 lectures  - Aucun commentaire

Cet automne le service Médiathèques et Bibliothèque de Grasse organise un concours de fan-fiction sur le thème de l’univers de Tolkien.
Si vous souhaitez participer sachez que votre production ainsi que votre fiche d’inscription sont à remettre par voie postale ou électronique (communication.bibliotheque@ville-grasse.fr) à la médiathèque de Grasse avant le 31 décembre et qu’il faudra vous limiter à 8000 mots maximum. Vous retrouverez toutes les informations dont vous aurez besoin dans le règlement du concours disponible sur le site de la médiathèque https://www.mediatheques.grasse.fr

Victor Sierra : financement participatif pour leur 5ème album
 par   - 375 lectures  - Aucun commentaire

Victor Sierra est un groupe français de musique steampunk.

Jje les suis depuis plusieurs années et nous sommes devenu amis.
Ils lancent un financement participatif pour leur cinquième album sur indiegogo :
Victor Sierra's 5th album

Ils chantent dans plusieurs langues : français, anglais, un peu d'espagnol et de yiddish dans certains titres.

Vous pouvez écouter des morceaux et voir des vidéos sur leur sites https://victorsierra.net/ ainsi que sur youtube, itunes, spotify...

 

La ligue des mangoustes recherche de nouveaux héros
 par   - 1879 lectures  - 1 commentaire [30 mai 2020 à 12:42:02]

Fan de manga et/ou de comics et écrivain dans l'âme, cette annonce s'adresse à vous !


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Animes-Mangas

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Naruto

A bouche que veux-tu Auteur: Rosie-chan Vue: 553
[Publiée le: 2017-02-25]    [Mise à Jour: 2020-10-14]
13+  Signaler Romance Commentaires : 4
Description:

"Elle s'autorisa une faille dans la défense en lui permettant de lui voler une dernière étreinte avant la séparation, s'asphyxiant dans l'impétuosité qu'il communiquait dans la manière compulsive dont il s'agrippait à son pauvre corps déjà passé à l'épreuve de son avidité. Elle résista au nouveau caprice qu'il lui proposait, se dégagea encore de ses bras et claqua la porte derrière elle. La gifle de l'air frais, dans le couloir, acheva la reconnexion de Tenten avec la réalité."


UA.


Crédits:
Les personnages appartiennent à Masashi Kishimoto. Le titre de l'histoire est une chanson de Brigitte. Les titres des parties sont des paroles des chansons Valerie et Me and Mr Jones d'Amy Winehouse.
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Mais t'as vu la gueule du sentiment ?

[9574 mots]
Publié le: 2017-04-02Format imprimable  
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*What kind of fuckery are we ?*


Comment tout cela avait-il commencé ? Qui initia l'autre au manquement, à la déviance de la morale ? Devait-elle porter les stigmates, et alors la question se posait : en quoi ? Ses mots portaient-ils une trace beaucoup trop marquée de son attraction, suintaient-ils la convoitise charnelle, le besoin de le posséder tout entier, possédait-elle une réceptivité trop sensible à l'électricité formée au moindre de leurs contacts physiques, même par le plus léger effleurement ? Ou bien imputait-on la responsabilité au jeune homme, à l'intensité trop éloquente de ses regards de blanc, la facilité avec laquelle il se dévoilait devant elle et mettait à nu tout ce qu'il cachait à l'univers, certain du secret absolu de la jeune femme considérée alors comme meilleure amie ?


Du moins, Tenten pouvait fournir un souvenir précis du commencement concret de leur relation amorale. Tout remontait au temps fané des débuts de la vingtaine et des études, lorsqu'elle pensait encore ne ressentir qu'un vague engouement passager à l'endroit de l'étudiant en droit, et croyait pouvoir le réduire à néant dès que nécessaire. Ils passaient les soirées du dimanche dans l'appartement minuscule de Rock Lee, traditionnel instigateur de ces soirées cinéma qui trompaient la mélancolie et l'ennui. Et comme souvent, le propriétaire des lieux ne réussissait pas à passer la seconde moitié du film et s'endormit, ronflant comme un bienheureux, confortablement avachi sur le bras du canapé, laissant ses invités regarder distraitement l'écran de la télévision.


Tenten se rappelait, elle devait passer un examen important quelques jours plus tard, et ne participait pas au visionnage pour plutôt se concentrer sur la lecture de quelques chapitres d'un remarquable pavé recommandé par un professeur tout aussi soporifique. Oh, elle avait également parfaitement conscience que le dernier, vautré dans le sofa également mais dans un état éveillé, se contentait de suivre le navet cinématographique par pure politesse pour Lee eu égard de l'invitation. Et qu'un rien les séparait, un petit rien, et que si elle changeait légèrement de position, elle pourrait sûrement le frôler... Ce précieux mantra qu'elle répétait souvent, en présence de Neji, qui scandait "les études seulement et uniquement", résonna plusieurs fois dans ses pensées en guise d'avertissement contre la tentation de la dérive qu'il représentait si bien.


Au bout de plusieurs instants de silence uniquement troublé par les sons de l'écran télévisuel et des ronflements de Lee, elle releva le bout du nez de son ouvrage d'étude pour observer la scène où les deux protagonistes, après moultes péripéties, échangeaient leur premier baiser sous un rideau de pluie.


« Eh bah dis donc, enfin ! Ce n'était pas la peine de les faire se tourner autour quand ils pouvaient conclure dès la première demi-heure ! Ricana-t-elle. »


Sa réplique n'attendait pas spécialement de réponse ; elle secoua la tête tout en accordant de nouveau son attention à sa lecture. Mais elle n'eut pas le temps de commencer le nouveau paragraphe, car le livre lui fut brutalement arraché des mains et jeté au sol. Elle tourna le regard vers le fautif, choquée de l'acte et ébahie par cette attitude inhabituelle.


« Qu'est-ce qui... »


Aveuglée par un soudain éclair noir qui boucha précipitamment sa vue, elle ne termina pas sa phrase, avalée par Neji qui posa sa bouche sur la sienne sans cérémonie. Pas de toucher autre que ce baiser brut, spontané, énervé et impatient, ni de sensation plus aiguë que ce souffle chaud contre son visage, et cette mollesse ardente qui s'anima au bout de quelques secondes, embrassa une fois ses lèvres puis se retira, jaugeant sa réaction en croisant ses yeux qu'elle n'avait pas fermé sous le coup du trouble qui l'envahit. Elle assimila peu à peu ce qui venait de se passer, et cela se traduisit par un rougissement indescriptible qu'elle sentit enflammer le haut de ses joues. Neji ne dit pas un mot, attendant qu'elle prit la parole, mais elle remarqua quelques changements dans son expression d'ordinaire si stoïque : un froncement des sourcils plus accentué qui indiquait son empressement, le coup d'œil bien plus dense, et un léger empourprement de la carnation.


« Pourquoi, murmura-t-elle, la gorge sèche.

    - C'est tout ce que tu as à dire ? J'attendais une autre réaction.

    - Laquelle ?

    - Je ne sais pas, un peu plus de... joie ou de colère ?

    - Euh... Tu trouves que je ne réagis pas assez bien au fait que tu viens de m'embrasser par surprise ?

    - Je ne sais pas ce que tu penses.

    - Je me demande pourquoi tu as fait ça.

    - Parce que je le voulais.

    - Tu es flippant, d'abord, qu'est-ce qui te dit que j'étais d'accord pour que tu fasses ça ?

    - Ose me dire que tu n'en avais pas envie. »

Elle n'osa pas, car, selon ce qu'elle pensait, tous deux savaient pertinemment que goûter à son étreinte la démangeait depuis des mois. Tenten se rappelait parfaitement la panique qui vint la saisir à bras-le-corps en conséquence de ses réflexions qui se succédaient avec la vivacité de l'angoisse montante ; possédait-il la capacité de lire si clairement en elle, manifestant ainsi un talent particulier pour décrypter la psychologie que les autres cachaient au plus profond de leurs subconscients, ou était-ce elle, si transparente, prévisible, qu'il pouvait déceler ce désir dans son âme comme apercevant parfaitement le fond d'une eau de cristal ?


« C'est donc si évident ? Chuchota-t-elle.

    - Non, justement, bien au contraire, fit-il en se penchant de nouveau vers elle. »

Elle tâtonna à la recherche d'un appui pour se retenir et tomba sur ses épaules si carrées, auxquelles elle s'agrippa, incertaine ; et elle ne se soucia plus de ce petit rien qui les séparait mais qui n'existait plus, les corps ayant franchi cette frontière et noué de nouveaux liens. La seconde fois qu'il l'embrassa, la jeune femme apprit qu'elle ne pourrait pas annihiler si facilement ce qu'elle ressentait pour Neji.




*You can't keep lying to yourself like this*




Un peu avant dix-neuf heures, Tenten franchit avec soulagement le seuil de la porte qui séparait l'entrée de son appartement du reste du couloir. Elle referma le panneau de bois après elle et s'adossa contre son recto, profitant du support pour ôter ces satanées chaussures dont le talon haut meurtrissait celui de ses pieds. Elle entra plus avant et conclut, à l'écoute du silence paisible et à la vue de l'obscurité de la nuit tombante qui restait non perturbée par les sources d'éclairage éteintes, que l'autre habitante des lieux ne tarderait pas à rentrer elle aussi. Elle se dirigea vers la cuisine, constata que le frigo demeurait obstinément aussi vide de denrées depuis le début de la semaine. Bougonnant, elle rédigea un message rapide à l'intention de sa colocataire pour l'informer, et se saisit d'un paquet de biscuits qu'elle dévorerait pour assouvir une partie de sa faim dans sa chambre. Lorsqu'elle parvint dans le sanctuaire de son intimité, elle se dépêcha d'endosser une tenue plus confortable que son habit de travail, puis s'écroula contre son lit en soupirant.


D'ordinaire rarement sujette à l'abattement, les moments où elle le subissait se révélaient particulièrement déprimants. Vingt-huit ans dans moins d'une dizaine de jours, l'aube de la trentaine qui se profilait avec une ardeur menaçante, et l'heure de se rendre des comptes. De quoi pouvait-elle se targuer d'avoir réussi, ces dernières années ? Son travail, indéniablement. En même temps, ironisa-t-elle, elle avait un peu tout sacrifié pour cela, il fallait bien que ce domaine se révélât fructifiant, pour ce qu'il avait coûté. Ah, elle possédait aussi des amis sur lesquels elle savait pouvoir compter, et qui compensaient largement une famille indifférente et de plus en plus insignifiante au fil des années. Et Neji occupait le pan affectif. Mais... Il ne pouvait combler que l'instantané, pas l'avenir, et elle ne pouvait pas lui réclamer le droit de l'accaparer pour elle seule, car il ne faisait aucun doute qu'il n'aurait aucune pitié à lui rappeler qu'elle s'engageât dans cette vaine relation en toute connaissance de cause, fournie par ses soins.


« Non, il ne faut pas penser comme ça ! C'était clair dès le début, qu'est-ce que j'ai à me morfondre encore une fois là-dessus... Il n'y a que présent, pas de futur, et pas de regrets. »


Cela devenait difficile de cataloguer la douleur comme résultante du regret, et donc facultative, lorsqu'elle faisait face à ce trou béant dans sa vie, dont la compréhension du contenu se réduisait à elle et lui, et donnait l'impression, aux autres, qu'elle stagnait au lieu d'avancer. Et il ne s'agissait pas uniquement d'une apparence, réalisa-t-elle.


« Ten, je suis là ! »


Que quelqu'un bénît cette voix qui pourfendait ses ténèbres et la ramenait, sans le vouloir le plus souvent, vers le purgatoire paisible de la tranquillité d'esprit. Tenten se leva brusquement et quitta sa chambre et la mélancolie pour se diriger vers la source de l'appel. Elle aperçut Temari posant péniblement les sacs plastique sur le comptoir de la cuisine, et se précipita pour lui venir en aide. Tandis que la première s'occupait de remplir les placards avec les boîtes, conserves, paquets de nourriture bienvenus, la nouvelle arrivante s'assit sur la desserte, étirant ses bras fourbus.


« La prochaine fois, aucune pitié, c'était à ton tour de faire les courses, marmonna-t-elle.

    - Désolée, je n'ai pas eu le temps ce midi..., commença Tenten.

    - Dis plutôt que tu n'y as pas pensé.

    - Aussi. Mais je n'ai vraiment pas eu le temps pendant ma pause déjeuner ! Je vais me rattraper, promis.

    - J'y compte bien !

    - Je ferai la cuisine pour ce soir. Tu as envie de quelque chose en particulier ?

    - Quelque chose de gras. J'ai eu un repas d'affaires ce midi, dans un super restaurant et ce n'est pas moi qui a payé la note, ça c'est cool - être intervenante ça a des avantages parfois – mais du coup j'ai dû faire bonne figure et donc "manger sainement". Je ne veux plus entendre parler de céleri, asperge, salade et de chou pour au moins deux semaines. »

Quelle ironie, pensa Tenten, lorsque celle qui déclamait ces mots figurait dans ses contacts comme un de ces individus dont la beauté physique n'était mise en doute par absolument personne, et formait comme une sorte de canon unanimement approuvé. Des jambes à n'en plus finir, encerclées par une jupe crayon comme la corolle d'une fleur dévoilant ses pétales gourmands, une taille aphrodisiaque fermement enserrée et finement mise en valeur – un de ses plus grands atouts, jugeait la jeune brune, qui rendait fou au spectacle de son dos aux cambrures sauvages - des yeux d'un vert d'eau troublant ; l'apparence attractive, parfaitement maîtrisée par sa propriétaire, cachait également une personnalité vive et complexe, une honnêteté qui ne s'embarrassait que d'un carcan faible – cette commodité appelée politesse – et jetait la langue de bois souvent à l'oubli, toujours éclairée par le respect. Beaucoup condamnaient la façon de parler de Temari comme sèche, parfois cruelle, quand il fallait y décrypter une franchise qui ne faisait simplement pas de sentimentalisme ; il s'agissait notamment d'une des raisons pour lesquelles la consultante au service de l'UNESCO possédait une renommée de fer dans le petit monde très fermée des entreprises.


« Frites et fromage à volonté, j'ai compris, soupira Tenten. J'ai invité Shikamaru à venir aussi, au fait.

    - Encore ?

    - Comment ça, encore ? Je t'en prie, ça fait longtemps qu'il n'est pas passé.

    - Sa remarque de la dernière fois, comme quoi je ne fais pas un travail de fond mais juste sur la surface, me reste en travers de la gorge.

    - Laisse tomber, Tema, il avait sifflé quasiment toute la bouteille de vin blanc à lui seul. Et tu ne fais en rien un boulot "typiquement féminin".

    - Ça m'énerve, il faut qu'il ait réponse à tout, impossible de lui couper le sifflet.

    - Vous êtes pareils !

    - Absolument pas ! Enfin bref, et toi ta journée ?

    - Rien de spécial. J'ai témoigné au tribunal tout l'après-midi pour une sale affaire de vente de drogues qui a mal tourné - l'accusé plaidait la légitime défense, mais ce qui était totalement illogique vues la trajectoire des balles et la proximité du tireur, et...

    - Il est trop tard pour rentrer dans les détails. Qu'est-ce qui t'a tenu occupée à midi, alors ?

    - Kick-boxing hebdomadaire.

    - Ah oui, c'est vrai ! »

Chaque fois, l'envie de vomir la prenait, moins du fait de mentir régulièrement à celle qu'elle considérait comme sa meilleure amie que de le faire un peu plus machinalement et facilement lorsque l'obligation l'exigeait. Elle échouait systématiquement à se justifier, car à ses yeux rien ne pouvait l'exempter des remords qui la saisissaient lorsqu'elle contemplait le secret absolu de cette partie de sa vie, impossibilité sûrement due au fait qu'elle-même se sentirait trahie si les rôles s'inversaient et que ce fut elle, l'amie trompée. Pour cela, elle priait intérieurement que Temari ne découvrît jamais qu'elle entretenait cette relation amorale, autant car elle craignait de perdre son amitié en conséquence de la révélation de son mensonge, mais elle appréhendait également le changement potentiel de son regard si mouvant, du haut de sa fierté farouche et de ses valeurs d'intégrité. Pour tout cela, Tenten s'effrayait d'arriver à l'âge fatidique de trente ans, avec une image si pitoyable d'elle-même qu'elle éclipserait tout ce que son existence pouvait tirer en bilan positif.


Cela devenait si difficile de relativiser, quand l'immondice engendrée des caprices l'écœurait jusqu'au point de non-retour.


Et plus que les impératifs qui régissaient le mysticisme qui entourait ce qui la liait à Neji, d'ordre sociétal, une autre raison qui la démotivait d'en parler portait simplement sur la contre-réplique : si cette relation la rendait si malheureuse, montrait si fort les stigmates de la vacuité et du non-sens, pourquoi donc s'obstinait-elle à la perpétuer ? La vérité semblait si folle et irrécupérable : car Tenten était incapable d'y apposer une fin.


Pour la réponse de Neji à ses sentiments si obsédants et indestructibles, pour sa présence dans le péché qui réduisait à néant la solitude qui pouvait en découler et la remplaçait par le partage de la faute, par la peur de ne plus le posséder, par l'effroi de se retrouver à nouveau solitaire et unique, par la crainte de l'horrible sentiment de culpabilité face aux actes passés et ce sans substitut possible, et par l'angoisse de savoir le futur de leurs instants à deux disparu, qui induisaient l'oubli de tout ; toutes ces composantes d'une réalité qui la détruisait à petit feu, mais dont elle ne voyait que le bien.


« Hey, ça va ? »


Tenten quitta brusquement la contemplation du paquet de soupe qu'elle tenait entre les mains, plongée dans ses turpitudes ressassées. Elle remarqua le regard inquiet de Temari, alertée sans doute par son silence.


" »Oui oui, la journée a été un peu longue. Bon, est-ce que je peux au moins cuisiner des haricots aussi ?

    - Ah non ! Rien de vert ! »




*I might let you make it up to me*




Tout avait été si facile après leur première rupture, ils n'avaient aucun autre choix que de signer le terme de leur histoire. Elle qui devait partir plusieurs mois à l'étranger pour le stage de la fin de ses études, et lui qui restait sur place encore un an avant de déménager à l'autre bout du pays pour fréquenter une autre université pour la suite de son cursus. Consentie mutuellement, décision partagée, cette séparation ne marquait que la fin du bout de chemin qu'ils parcoururent ensemble, chacun se dirigeant vers des directions différentes après la bifurcation.


Tenten ne pouvait donc tenir aucun grief à l'encontre de Neji. Lorsqu'ils se revirent, ce fut avec le plaisir de vieilles connaissances renouant contact, d'amis qui s'appréhendaient après une longue période d'ignorance, la nostalgie des débuts de la vie qu'ils incarnaient l'un pour l'autre, et celle d'un ancien amour perdu dans les limbes du passé, auquel il arrivait que la jeune fille accordât quelques pensées, ce qui lui faisait naître une certaine agitation au niveau de l'abdomen. Et quel trouble naquit au creux de sa gorge, quand la lumière tamisée du café où ils se rencontrèrent, lors d'une fin d'après-midi pluvieuse, réajusta l'image qu'elle gardait de la ligne de son visage avec la véracité du présent, en mettant en valeur le travail du temps qui creusa ses traits pour les rendre encore plus allongés, les gommer pour en atténuer la rudesse du passage des années, et accentuer l'élégance spécifique qui s'en dégageait. La ligne de ses épaules, déjà, noire, tortueuse, inéluctable, coupait de sa vue le reste du monde, supplantant l'extérieur gris et morne dans son champ de vision et ses pensées.


Oh, ç'avait été charmant. Remettre au goût du jour les informations essentielles sur l'autre, se renseigner sur le travail, le quotidien - "tu sais que tu dois te nourrir avec autre chose que du thé noir ?" - , l'habitat, la famille, l'historique - " je veux savoir ! Raconte-moi comment tu as pu te convaincre de demander à Lee de travailler avec toi !", le tout ponctué par ses sourires discrets et ses silences complices plus nombreux à lui, ou ses franches exclamations et ses manifestations amusées, outrées, perplexes, à elle. Leur amitié reprit ses couleurs si rapidement qu'il était difficile de croire que plusieurs années séparaient le moment présent et la dernière fois qu'ils échangèrent quelques mots. Et Tenten ne pouvait pas dénier la surprise qu'elle ressentit face au naturel qui actait leurs réactions, alors qu'elle avait tellement appréhendé de le revoir.


Le temps vira à la catastrophe, et la nuit se mêla aux épais nuages noirs qui stagnaient dans le ciel de Konoha. La violence des trombes d'eau ricochait sur les trottoirs inondés et désertés à l'heure qui se faisait tardive et froide. Ils allaient se quitter sur une note climatique désastreuse, lui s'apprêtant à affronter les trombes d'eau pour atteindre la station de métro la plus proche et retourner chez lui, elle venue en voiture car rentrant directement d'un déplacement de plusieurs jours à Suna. Elle le persuada d'accepter son offre de le reconduire et d'éviter des minutes liquides bien désagréables à courir entre les gouttes. Ils zigzaguèrent entre les larmes du déluge car il fallait remonter le boulevard pour s'approcher du bienheureux véhicule ; ils s'arrêtèrent quelques instants sous un porche étroit à mi-parcours, anesthésiés de froid et dans l'attente d'une averse moins abondante.


Une arcade si étriquée, que leurs épaules pointaient et se touchaient douloureusement, malgré leurs efforts pour se coller au mur. La souffrance disparut un peu lorsque, tant bien que mal, il passa le bras derrière elle et arrima sa large paume entre son épaule qui touchait le mur et la pierre, pour donner un peu plus d'espace. Elle ne se déroba pas à cette étreinte et ne parvint pas à supprimer les frissons qui naquirent dans le bas de son dos, car il n'y avait rien d'amical dans cette pression ; cette sensation était-elle aussi bruyante que les battements de son cœur qui semblaient résonner étrangement fort, arrivait-il à entendre son trouble ? Elle ne sut jamais car ils n'osèrent pas se regarder.


En silence, ils quittèrent l'abri provisoire, se dérobant à la brève accalmie maintenant à son terme, elle se soustrayant à la demande tacite induite par la prise de ses doigts d'homme, et qui occasionnait de la gêne par le temps que durait son hésitation sur la réponse à apporter. Ils arrivèrent au bout de l'avenue, elle se dépêcha de grappiller les clés dans son sac à main, enclencha l'ouverture, puis ils se réfugièrent à l'intérieur de l'automobile. Sous le concert fracassant des gouttes d'eau qui s'écrasaient contre la carrosserie, ils revinrent progressivement au mutisme embarrassé qui s'agrippait à leurs basques depuis le portique d'immeuble. Elle ne pouvait plus lui échapper, prise au piège ; elle tourna la tête, résolue dans son intention de mettre les choses nettement au clair – ce n'était pas une bonne idée, ça ne servirait à rien, et pourquoi maintenant surtout - ; elle rencontra de nouveau le regard blanc qui ne la lâchait pas, voilé par l'obscurité pluvieuse ; le visage brillant de pluie auquel s'accrochaient des mèches de cheveux agglutinés ; sa bouche qui trahissait plus l'impatience que les yeux, entrouverte, rigide.


« On ne peut pas. »


Sa voix sonnait étrangement fort dans l'habitacle.


« Je sais.

    - Tu sais, mais tu fais quand même ?

    - Rien ne m'empêche de le vouloir.

    - Qu'est-ce qui te prend tout d'un coup ?

    - Je viens de te le dire, Tenten.

    - Alors qu'est-ce qui te prend de débarquer comme ça, de retomber six ans en arrière... Qu'est-ce qui se passe, Neji ? C'est incompréhensible ! Cela fait des années qu'il n'y a plus rien entre nous, j'ai tourné la page !

    - J'avais envie, c'est tout.

    - Je... Ne m'oblige pas à dire des choses qui tombent sous le sens, alors que c'est toi le plus logique normalement...

    - Le plus logique ? Sourit-il.

    - Ne fais pas comme si cela t'étonne ! De nous trois avec Lee c'est toi le plus rationnel et réaliste, celui qui dit les trucs chiants à mourir quand il le faut, le casseur d'ambiance, enfin le plus terre-à-terre quoi.

    - Charmant portrait, se renfrogna-t-il. »

Elle s'esclaffa lorsqu'elle remarqua son attitude légèrement vexée, ce qui eut pour effet d'amoindrir la tension grandissante qui courait depuis plusieurs instants. Elle éprouva un léger soulagement en constatant que cette agitation ne parvenait pas à tuer l'amitié qui avait toujours existé entre eux, et leur permettait d'échanger sans autre intention que d'en rire.


« Je plaisante ! Vu que tout semble être clair, laisse-moi redevenir la princesse s'il te plaît. Bon, où est-ce que je te dépose ? A la demeure principale ? A ton appartement ?

    - Ils veulent que je me marie, Tenten. »

L'expression heureuse quitta les lèvres de la jeune fille à l'écoute de ces mots lâchés comme une sentence ; elle n'esquiva pas le poids du fardeau qu'ils formaient, consciente que Neji en supportait l'écrasement bien plus durement. Mais elle ne pouvait annuler la sensation de choc, de l'accablement de tout ce que cette phrase comportait qui lui tombaient brusquement sur les épaules. Il consentit enfin à tourner la tête de son côté, et ce fut alors qu'elle le vit.


« J'ai eu beau me plier à tout ce qu'ils souhaitaient, m'élever à toutes leurs attentes, ça ne suffit pas. Ou bien ça n'a que trop suffi, ils me disent que je suis un parti trop important pour une question délicate de la sorte. J'aurais dû les décevoir une fois pour toutes, peut-être alors m'aurait-il enfin laissé tranquille. Si j'étais rationnel je me conformerais à ce qui m'attend. Mais là maintenant, je n'y arrive pas. »


Elle le vit, ce regard qui la désespérait tant, ces sourcils qui signifiaient l'abandon de la lutte avec la disparition de leur froncement, ces yeux qui jouaient l'apaisement mais cachaient la résignation, trahis par l'absence de cette lueur qui d'ordinaire réchauffait les prunelles aux étendues glaciales et désertiques et leur conférait une vivacité et une détermination incroyablement stables, comme le soleil sec et matinal sur un paysage hivernal. Là, elle ne rencontra que le gris, le brouillard, la soumission à ce qu'il appelait fatalité et qu'elle abhorrait tant, par la dimension de non-sens qu'elle apportait à la vie, cet abandon qui transformait Neji Hyuuga en jouet acceptant de se laisser porter par le courant, délaissé de tout espoir de changement, supportant la charge indue par son nom sans droit de complainte ni d'espérance de rébellion.


« Tu... Tu es fiancé ? Demanda-t-elle, la gorge sèche. »


Il détourna la tête pour observer au-dehors, à travers les gouttes qui roulaient sur la vitre et celles qui mouraient sur le trottoir.


« Non. Ils sont en train d'étudier les profils les plus avantageux, bien que j'ai clairement dit à mon oncle que je n'accepterai pas de les rencontrer.

    - Comment a-t-il réagi ?

    - Il a soupiré. Il va sûrement essayer d'aborder de nouveau le sujet.

    - Et toi ? Tu ne vas pas rester sans rien faire, non ?

    - Que veux-tu que je fasse, Tenten ? Il n'y a pas de solution, je n'en vois pas. J'essaie déjà de retrouver un peu de sens, je me sens assez perdu comme cela.

    - Mais tu ne peux pas te laisser enfermer comme cela...

    - J'ai cru, mais ce n'est pas possible. »

Non, vraiment, il n'y avait rien de pire que ce regard en perdition totale.




*No, you ain't worth guest list*




Pour quiconque rencontrait la famille Hyuuga pour la première fois, la ressemblance physique entre Neji et Hinata provoquait l'étonnement par rapport à leur lien familial ; en effet, leurs apparences possédaient tellement de points communs qu'il était tentant de les assimiler comme frère et sœur. Mais le choc résidait en ce qu'ils étaient seulement cousins. Cependant, leurs personnalités manquaient de la similarité extraordinaire que partageaient leurs corps ; elles ne bénéficiaient pas de l'inaltérable confiance que Neji usait en ses capacités, quelles que furent les circonstances, et lui ne s'embarrassait pas de la douceur dont d'ordinaire elle revêtait ses phrases, prisant une honnêteté brute et brusque à de merveilleux enjolivements et ronds-de-jambe motivés par la délicatesse.


Quand l'aura de l'aîné intimidait jusqu'aux caractères les plus braves ou inconscients, la dernière ne se départait jamais d'une impression de bienveillance qui cautérisait celle de la hauteur de ses traits, que l'on aurait pu confondre avec du dédain, sentiment qu'elle était incapable même d'imiter.


Du fait de l'ancienneté de ce qui liait Tenten à Neji, Hinata évoluait toujours en parallèle. Tenten la considérait comme la jeune sœur qu'elle n'avait jamais eu, cette entité dont on suivait la progression dans la vie avec intérêt, inquiétude constante et fierté grandissante, qui provoquait, malgré elle, l'instinct de protection et le besoin de la soustraire à toutes les difficultés de l'existence. Elle savait trouver dans la jeune cousine une confidente capable de ne porter aucun jugement sur ses secrets, dont l'ouverture d'esprit s'accompagnait d'un dévouement immense pour autrui, des qualités que Tenten enviait pour sa propre individualité qu'elle estimait comme manquant de tolérance et de patience.


Mais elle ne voulait pas non plus abuser de la gentillesse d'Hinata, ne pas dépasser les limites encore inconnues mais certainement pas imaginaires de l'indulgence de la jeune cousine. Raison bien assez suffisante pour motiver sa course effrénée et paniquée à travers une foule disparate mais plutôt compacte, et qui semblait prendre un malin plaisir à se mettre sur son passage.


« Pardon ! Excusez-moi ! »


Elle aurait dû anticiper les bouchons habituels de fin de matinée, se maudit-elle. Quelle idée l'avait saisie, aussi, de venir en voiture en centre-ville ! Il fallait avouer cependant que le moyen de locomotion individuel recelait la dimension pratique lorsqu'il s'agissait de se déplacer avec plusieurs dossiers plutôt encombrants. La prochaine fois, se jura-t-elle, pas de rendez-vous après une demi-journée au tribunal. Combien de fois se faisait-elle cette promesse qu'elle brisait systématiquement ? Elle avait perdu le compte.


Le choc la fit sortir de ses pensées qui oscillaient entre malédictions et désarroi progressif. Le coup d'épaule de la personne qui arrivait en face d'elle, et qu'elle n'avait pas eu le temps de repérer, l'atteignit rudement, si fort qu'elle en perdit la paperasse qui tenait en équilibre au creux de son bras. La chute répandit le contenu de quelques dossiers à ses pieds, s'étalant comme une espèce de nénuphars blancs sur une mare d'asphalte. Tenten murmura instinctivement le chapelet d'excuses qu'une éducation efficace incorporait dans le vocabulaire de tout un chacun, susceptible d'être utilisé dans ce genre de situation, tout en s'abaissant afin de récupérer les papiers éparses. L'autre paire de mains incriminée ne semblait pas en proie à de mauvais sentiments, puisque la personne propriétaire rejoignit la jeune femme en retard pour l'aider dans sa tâche. Cette dernière se dépêcha de rassembler les feuilles - elle préférait ne pas penser au fait qu'il lui faudrait ensuite les ranger de nouveau dans la pochette appropriée -, adressa un dernier sourire hypocrite à l'encontre de l'homme pressé au costume mal taillé qui dissimulait toutes les invectives - « va brûler en enfer » - dont elle l'inondait intérieurement.


Le lieu de rendez-vous arrivait dans sa ligne de mire. Ne restait plus qu'à traverser la rue et le son de la clochette, lorsqu'elle franchit le palier de l'établissement, prouva la fin de sa course. Elle se permit de reprendre son souffle tandis que son regard sillonnait l'intérieur, à la recherche d'une nuance capillaire bien précise. Elle la remarqua instantanément qui lui faisait face, minuscule en comparaison de la largeur de la banquette sur laquelle elle patientait. Tenten captura son coup d’œil anxieux qui sondait chaque nouvel arrivé, y distinguant la reconnaissance et un certain air de soulagement, et Hinata l'honora d'un sourire discret qui trahissait sa joie de la voir.


« Hinata ! »


La jeune Hyuuga se leva de son siège pour accueillir Tenten dans une étreinte qui témoignait qu'elle ne lui tenait pas rigueur de l'ajournement de leurs retrouvailles provoqué par son retard. La nouvelle arrivée retrouva tout ce qui lui avait manqué, au contact de l'amitié de ces bras graciles, en particulier cette senteur de fleurs qui accompagnait son interlocutrice depuis des années, une touche de Kenzo qui aurait pu lui faire monter les larmes aux yeux. Presque. Tenten répondit à la pudeur du geste d'affection d'Hinata par sa chaleur qui ne s'embarrassait pas des convenances. Elle prit un peu de recul pour se réhabituer à ces incroyables yeux d'écume, moins froids que ceux de Neji, aux nuances océanes de cette masse de cheveux moirés récemment raccourcie au niveau des épaules.


« Bonjour Tenten, je commençais à me demander si tu avais été retenue au tribunal...

    - Je suis désolée, je pensais que ç'aurait duré beaucoup moins longtemps. J'espère que je ne t'ai pas trop fait attendre...

    - Ne t'inquiète pas, calme-toi, je suis contente que tu sois arrivée indemne...

    - Non non, je suis impardonnable, tu es trop gentille ! Tu sais bien que je n'aurais annulé notre rendez-vous pour rien au monde. Ce que tu m'as manquée ! »

Tenten se saisit instinctivement de la main d'Hinata, ne sachant pas comment lui communiquer l'intensité de la réalité de cette affirmation qu'à travers le ridicule serrement de ses doigts longs et fins, mais le sourire de l'amie la rassura ; elle comprenait parfaitement la nostalgie de sa présence et ressentait la même chose.


« Toi aussi tu m'as manquée, Tenten....

    - Bien sûr que je t'ai manquée, la question ne se pose même pas, voyons ! Dit-elle, ce qui arracha un sourire plus marqué à son interlocutrice. Alors, raconte-moi tout ! Je veux tous les détails !

    - C'était magnifique Tenten, et il y a tellement à dire, que ce soit les paysages, les gens, les façons de vivre...

    - Dis-moi tout ! »

Les deux amies passèrent le cours des deux heures qui suivirent à mettre à jour leurs informations sur la vie de l'une et de l'autre, évoquant bien évidemment le voyage de plusieurs mois, mais aussi la prochaine installation, à son compte, du cabinet de kinésithérapie d'Hinata, en association avec sa camarade d'études Sakura Haruno, ou encore Hanabi, la jeune sœur, qui poursuivait le parcours brillant de ses études, dans le but d'intégrer la corporation Hyuuga dès que possible et d'en monter les échelons pour en gérer la direction dès que son père s'en retirerait. Elles venaient de terminer l'analyse de la vie de Tenten, passant rapidement sur ses histoires sentimentales – une des grandes qualités de la jeune Hyuuga était de ne pas insister lorsque quelqu'un ne souhaitait pas approfondir un certain sujet, et les amours constituaient le terrain glissant actuel de la spécialiste des armes. Aussi elle ne put que la remercier intérieurement lorsque Hinata embraya sur un nouveau sujet de conversation suite aux phrases embarrassées et au silence qui résultait de la recherche de réponses.


Après avoir terminé son deuxième thé à la rose, Hinata se tourna vers son sac à main et en sortit une enveloppe d'un blanc brillant, où Tenten déchiffra son prénom inscrit dans une calligraphie soignée et sophistiquée. Elle mit quelques secondes avant d'en soupçonner le contenu, et cette supposition fit naître un rictus d'excitation sur ses lèvres inhibées de café.


« Il y a, aussi, ceci, que je voulais te remettre...

    - Dis-moi qu'il s'agit de ce que je crois qu'il s'agit !

    - Que crois-tu que ce soit ? Sourit Hinata.

    - Les mots du bonheur !

    - Tenten, je t'annonce que Naruto et moi...

    - Oh Hinata, c'est fantastique ! »

Tenten se précipita pour s'asseoir aux côtés de la fiancée qui, par la présente invitation, la conviait à la cérémonie qui la verrait devenir la femme de Naruto Uzumaki. Elle ouvrit l'enveloppe pour en ressortir une carte du même papier de qualité, et qui apportait la confirmation à ses suppositions. Elle entraîna Hinata dans une nouvelle étreinte affective, à force d'éclats de rire et de grands cris de félicitation. Cette explosion d'enthousiasme ajouta à l'embarras de la future mariée, dont le visage se mirait déjà de somptueuses rougeurs à l'idée de ce qui l'attendait, comme si elle-même avait du mal à le croire possible, et en parler ajoutait sûrement à la prise de conscience de sa réalité imminente. Mais tout cela ne devait pas en diminuer la joie, devina Tenten.


Il requérait quelques années de connaissances avec Hinata afin d'être en mesure d'appréhender pleinement les changements opérés sur la jeune femme et qui relevaient directement de l'influence exercée par Naruto. Influence ou inspiration, car tout se mêlait, mais en ressortait l'indissoluble positivité, la dimension cathartique de cette relation, pour l'un comme pour l'autre, résolument pour le meilleur. Probablement, il l'avait révélée au monde et surtout à elle-même, mettant à bas les doutes qui entravaient et démotivaient, les peurs qui tiraient les larmes, gardaient les rêves à la périphérie et incendiaient les nuits de cauchemars. Il lui avait apporté la sérénité qui lui manquait, le soutien nécessaire à l'éclosion de ses qualités qui restaient en sommeil ; elle incarnait cette personne qui n'avait jamais cessé d'avoir foi en Naruto, et à travers ce biais, elle parvenait à se faire de nouveau confiance.


« Oh Hinata, félicitations ! Je suis tellement contente pour toi !

    - Si cela te va, d'abord, je... Je tiens à ce que tu sois présente, Tenten...

    - Bien évidemment ! Je ne louperais ce jour pour rien au monde !

    - Je... Je dois quand même te poser une question... Il va sans dire qu'il est nécessaire que tu sois là... Mais je dois quand même te le demander... Oh, ça m'embête vraiment de devoir te demander quelque chose comme cela...

    - Qu'est-ce qu'il y a Hinata ? Interrogea Tenten, curieuse sur ce qui mettait son interlocutrice si mal à l'aise.

    - Neji sera également présent, et je me demandais si cela te gênait... Je comprendrais si c'était le cas et...

    - Il n'y a aucun problème avec cela, Hinata. Je peux parfaitement le supporter pendant une journée. Et puis nous ne serons pas obligés de rester ensemble tout le temps.

    - En es-tu vraiment sûre ?...

    - Absolument.

    - Cela me rassure... Bon, il m'a dit qu'il t'avait vue récemment – il m'a bien passé ton bonjour – du coup j'ai un peu espéré que vous aviez recommencé à vous fréquenter.

    - Ah oui, j'ai déjeuné avec Lee et lui un midi, c'est pour cela. »

C'était la première fois que Tenten se retrouvait à devoir mentir directement à Hinata quant à sa relation avec Neji. Jusqu'ici, éviter d'aborder de près ou de loin le sujet avait fonctionné, d'autant plus que la jeune femme avait en horreur de côtoyer la vie intime de son cousin. Et elle ne put supporter le regard blanc mais féminin qui le lui rappelait tant, lui, sans son sérieux rigide et cette fatalité qui creusait un trou dans sa poitrine ; mais la gentillesse et la générosité de leur propriétaire ne parvenaient pas à freiner l'apparition de la culpabilité, encore plus ravageuse que d'ordinaire devant ces yeux d'un vague violine qui la confrontaient à ses fautes. Elle préféra concentrer son attention sur l'invitation qu'elle continuait de tenir entre ses doigts, mais ne pouvait empêcher la honte de venir la submerger à nouveau ; et, de toutes ses forces, elle espérait que ses joues ne trahiraient pas son trouble à coups de rougissement.


« Peut-être juste une suggestion, murmura-t-elle, toujours dans l'esquive. Ne nous prévois pas côte-à-côte pour le plan de table, je ne peux pas garantir que je pourrais m'empêcher d'essayer de l'étouffer avec une tranche de saumon ou même sa propre cravate.

    - Je... Je lui demanderai de s'habiller avec un nœud papillon. »




*Thought I didn't love you when I did*




Ils auraient dû s'en tenir à cet unique entretien, formel, pluvieux, dicté par la politesse. Elle aurait dû ne pas céder aux affres de l'inquiétude motivée par ses confessions inéluctables ; ce qui se dévoilait dans l'habitacle d'une voiture, couvert par le bruit sourd d'une averse ruisselante, nécessairement devait y rester. Elle n'aurait pas dû chercher à le revoir, ni le vouloir. Mais les rencontres s'étaient embrayées, les unes à la suite des autres. Elle tenta d'aborder le sujet sensible de nouveau, mais elle se heurta à un mur – un « je ne veux plus en parler » vraiment très frustrant – qui ne faisait qu'allumer les feux de sa détermination au lieu d'y disséminer des cendres. Elle tentait des détours, parfois si éloignés qu'elle manquait de se perdre dans ces dédales de mots, mais il la connaissait que trop bien, car elle ne parvint jamais à lui arracher une seule nouvelle occurrence de ce qui le déchirait à l'intérieur. Mais elle ne perdait pas assurance, car la sur-connaissance était réciproque.


Ainsi, ils fixèrent de nouvelles rencontres, en compagnie ou en tête-à-tête, peu importait finalement. Elle savait qu'ils ne devaient pas, mais au nom de quoi ? De l'innocence bien trop calculée de leurs interactions, une cordialité feinte, friable, vouée à l'éphémère, qui couvait une violence latente et grandissante ? De cette attractivité renouvelée, fortifiée par chaque occasion où ils se voyaient, se parlaient, laissaient libre cours à ce désir réciproque de prolonger ces instants partagés, de grappiller au temps des secondes de bienfait et de confisquer à la réalité ce présent qui ne se conjuguait plus, enfin, au solitaire ? De la malsanité de ce trouble-même, que lui aussi devait ressentir, elle le savait, qui ôtait ce que le passé avait créé de rigide dans leur relation pour retrouver une envie, une frustration, une impatience, plus grandes encore que lorsqu'ils partageaient une histoire ; une malsanité car de tels sentiments ne pouvaient rien apporter de bon et de pur, pas maintenant.


Il l'accepterait si elle y cédait ; mais une partie consciente d'elle refusait de s'abandonner. Rien ne pourrait ressortir d'un tel lien, sinon la souffrance ; lui coincé par le poids d'une tradition nobiliaire hors du temps, elle condamnée à l'ombre, l'ignorance, le secret. Et des scrupules la prenaient, à la réflexion de ce que ce genre de contact jetait comme lumière sur sa personne : une femme amoureuse, une favorite, une accalmie charnelle. Mais tout cela à travers le prisme de l'homme, comme si elle devait se résoudre à être considérée comme une extension de Neji, presque comme lui appartenant. Cette conception la précéderait toujours, encouragée par la société cruelle, et signifierait l'annulation inexorable de ses réussites, de sa fierté, de son indépendance.


L'on pouvait arguer que l'abandon ne nécessitait pas forcément de suite, uniquement l'entremise de l'unicité et d'un forfait temporaire des conventions, qui annihilerait la définition relationnelle de leur accointance ; mais la situation-même démontrait l'impossibilité d'un rassasiement en une seule fois ; il y aurait toujours besoin d'un futur à court-terme.


L'équilibre, tangible et infinitésimalement précaire, perdurait depuis plusieurs semaines. Il n'avait plus tenté de le briser depuis le jour de tempête ni rien laissé transparaître, et elle essayait d'ignorer le trouble qui nouait sa gorge et rendait toujours plus intuitive sa perception de Neji, plus grand, vertigineux, comme un vent qui dépoussière, ranime le sang et les pulsations, distance l'insipidité.


Lee les invita, et quelques personnes, à son appartement dans le but de fêter sa récente prise de poste à Hyuuga Corp. La fête se déroula jusque tard dans la nuit, portée par les verres d'alcool, le vent froid de l'extérieur qui incitait à rester cloîtré et le plaisir évident de se retrouver entre amis. Naruto venait de se fiancer avec Hinata, et rien ne semblait capable d'amoindrir le bonheur de leurs sourires, même lorsque la pénurie de vin blanc tomba. Il semblait même illuminer, un peu, le visage de Shino Aburame que Kiba Inuzuka, deux amis d'enfance de la jeune femme, avait traîné de force au lieu de célébration, à moins qu'il ne s'agît de la beauté de la nuit, particulièrement remarquable, avec ce ciel dégagé, exempt de nuages défilés comme de la soie et fumées exhalées par les bouches des usines, qui accentuait la brillance des étoiles. Temari accompagna volontiers Tenten, durement persuadée par sa colocataire qu'elle avait besoin de se changer les idées.


Lee jugea que le prétexte à la fête se prêtait également à la levée provisoire de l'abstention à laquelle il se soumettait en ce qui concernait l'alcool. Malgré la réserve et les recommandations à la prudence de la part de ses invités, il ne voulut rien entendre, et comme l'adage le disait si bien, quand on veut, on peut. Il ne fut donc pas étonnant, lorsque l'on connaissait la faible résistance du jeune homme face aux liquides alcoolisés, de le voir, aux alentours de deux heures, profondément endormi dans le rocking-chair de sa chambre. Après le départ des nouveaux fiancés, celui de Temari qui prétextait la fatigue afin d'échapper à la corvée ménage, puis de Shino qui raccompagnait un Kiba groggy et qui rigolait franchement trop, et Neji qui terminait de boutonner son manteau et également sur le point de partir, Tenten se retrouva seule face à un salon où traînaient les derniers déchets et un surplus de vaisselle dont la simple vue lui arracha un soupir de découragement.


« Besoin d'aide ?

    - Non, tu peux rentrer, je vais me débrouiller. »

Mais il ôtait déjà le long vêtement noir, et elle lui en fut reconnaissante. Le silence paisible de la pièce se brisa lorsqu'il actionna le robinet qui propulsa le jet d'eau dans l'évier, tandis qu'elle partit à la recherche du linge de cuisine de Lee. L'odorat empli des senteurs de citron – vert – du liquide nettoyant, c'était reposant après les bruits de la fête.


« Est-ce qu'un jour tu te montreras content du choix d'Hinata ? Demanda-t-elle.

    - Lequel ?

    - Tu sais très bien de quoi je veux parler.

    - Je n'ai pas changé d'avis.

    - Mais c'est dingue, ce complexe du cousin-frère qui a du mal à la voir grandir !

    - Pourquoi serait-il question de complexe, c'est idiot, soupira-t-il. Je pense juste qu'ils se sont engagés trop rapidement.

    - Cela va bientôt faire trois ans qu'ils sont ensemble.

    - Et ils ont pris une décision qui les engagera toute leur vie.

    - Mais il n'y a pas de bon moment pour cela, Neji, c'est forcément un risque à prendre ! Et n'utilise pas cette excuse alors que tu trouves simplement qu'ils ne vont pas ensemble.

    - Je n'ai pas dit ça...

    - Ah oui pardon. Hinata devrait être avec quelqu'un avec qui elle possède plus d'affinités. Ça veut dire la même chose.

    - Et bien soit, tourne cela dans ce sens. Mon avis est légitime, je suis son cousin.

    - Mais tu ne peux pas aller contre son choix à elle, il faut bien que tu l'acceptes !

    - Je l'accepte, seulement je préfère garder mes réserves.

    - Mais justement parce que c'est ta famille, raison de plus, tu devrais te montrer heureux de leur union.

    - Il y a trop de "mais" dans tes phrases. Et d'ailleurs, pourquoi te sens-tu si concernée par ce que je pense de Naruto ? fit-il en fronçant les sourcils.

    - Parce que tu es insupportable quand tu restes borné même lorsqu'il est si évident que tu as tort !

    - C'est toi qui es insupportable en voulant à tout prix avoir raison et me faire changer d'avis, accepte que nous en ayons de différents.

    - Tu fais ton Neji Hyuuga à nouveau.

    - Je ne te ferai pas le plaisir de réagir à cette remarque probablement insultante.

    - T'aurais-je vexé ? Demanda Tenten, un sourire aux lèvres.

    - Non, répondit-il en gardant les yeux ostensiblement baissés sur la mousse blanche.

    - Réponse monosyllabique, donc oui je t'ai bien vexé, constata-t-elle, ce qui la fit rire.

    - Au lieu de t'amuser à mes dépens, dépêche-toi un peu, il n'y a plus de place sur l'égouttoir. »

Comme d'ordinaire, elle n'arrivait pas à lui faire arracher ses pensées réelles ; il les reconnaîtrait lorsqu'il ressentirait le besoin de les dire à voix haute et de les communiquer. Tenten savait que les a-priori de Neji ne se nourrissaient que de l'appréhension, légitime, du devenir d'Hinata. Élevé comme son frère, lui qui n'avait connu ses parents biologiques qu'un très court moment, ce qui lui représentait l'idée de famille lui tenait particulièrement à cœur, derrière cette indépendance farouche dressée en muraille de Chine impénétrable. Elle s'amusait de ce qu'elle appelait son "innocence" et de ce que lui considérait comme une faiblesse, car elle faisait souvent l'objet des dérisions de la jeune femme.


Une innocence, ou plutôt spontanéité, qui démontrait qu'il ne pouvait pas museler tout ce qui le définissait, ce qu'il tentait de juguler parvenait parfois à échapper à ce contrôle drastique et draconien qu'il s'imposait, en tant qu'hostile ennemi du hasard et de l'imprévu qui se rassurait en niant les effets d'accident, d'imprévisibilité, d'inopiné en brandissant la facile excuse de la destinée.Il voyait cela comme un jeu puéril, mais Tenten n'arrivait pas à se permettre de le laisser s'enfoncer dans une rigidité morale et psychologique qui ne pardonnait pas la moindre incartade, la moindre surprise, ce qui en fait faisait l'humain : des erreurs, des hésitations qui font grandir et améliorer.


Et elle ne possédait pas la volonté d'empêcher le sourire qui naissait par réflexe sur ses lèvres, lorsqu'elle l'observait en prise avec cette futile vexation car elle avait taquiné son orgueil. Deux-trois fois, il donna de brusques mouvements de tête afin d'éloigner la longue mèche de cheveux noirs, échappée de son catogan, qui lui tombait dans les yeux, à défaut d'utiliser ses mains plongées dans la mousse blanche et neigeuse. Elle tendit le bras et, délicatement, repoussa l'indésirable filament derrière l'oreille masculine. Mais elle ne rompit pas le contact qui n'aurait pas dû perdurer plus de quelques secondes ; ses doigts s'attardèrent à la saillie que formait l'os sur le haut de ses joues, caressant les surfaces rêches de la naissance de sa barbe, dessinant la ligne dramatique et anguleuse de sa mâchoire terriblement accentuée.


Il ne se déroba ni ne trembla, abaissant les paupières à ce toucher hésitant, comme s'il fermait les yeux le temps qu'elle se résigna, lui laisser un instant d'intimité nécessaire pour se résoudre à l'échec irrémédiable de la résistance, la réalité définitive, inévitable, de l'abandon invoqué par ce trouble indélébile. Ou bien cette soumission momentanée signifiait-elle qu'il savourait l'effet salvateur de son attouchement, comme quelque chose qu'il désirait depuis longtemps ? Elle brûlait de poser la question, mais ce moment n'appartenait qu'à eux et pas aux mots.




*Can't believe you played me out like that*




Le problème avec les anniversaires, c'était que la personne concernée par la célébration se trouvait placée au centre de l'attention en ce jour qui marquait sa venue au monde survenue des années auparavant. Cet intérêt se révélait un souci lorsque le sujet de la fête détestait se faire remarquer. Et comme tous les neuf mars, Tenten possédait une des humeurs les plus massacrantes dont elle était capable. Cela résultait d'une suite d'accumulations qui émaillait cette journée qui devait être la sienne : son téléphone portable qui vrombissait régulièrement pour signaler les messages reçus de connaissances, dont pour certaines elle n'avait pas de nouvelles depuis des mois ; Lee qui s'adaptait à son souhait et ne lui offrait pas de cadeau, mais ne pouvait s'empêcher de lui faire livrer un gigantesque bouquet de fleurs ; Shikamaru qui ne se rappelait pas en quoi il fallait se remémorer cette date mais fut informé par la livraison florale, et revint de sa pause déjeuner avec un kilo de pommes affublé d'une bougie - "tu ne pourras pas venir me reprocher de participer à ta prise de poids" -; Temari qui voulait organiser un dîner spécial et n'entendait pas ses refus réitérés de nombreuses fois ; le cadeau de Temari, qui restait encore inconnu mais suscitait l'appréhension par sa dimension mystique ; les appels manqués de Neji quand elle passait le reste de la journée en formation au régiment de l'armée pour superviser la prise en main des soldats de leurs nouvelles armes – et sous le commandement d'Hibiki Morino pour parfaire sa mauvaise humeur.


Après que les gardes, à l'entrée, estimèrent qu'elle ne représentait pas un danger et l'autorisèrent à quitter le site militaire, elle prit place dans le véhicule avec chauffeur qui l'attendait pour la ramener dans la zone civile. Installée au sein de son propre véhicule, nullement pressée de rentrer chez elle, sachant que Temari guettait impatiemment son retour, elle jeta un coup d'œil à l'écran de son téléphone portable et soupira en lisant le message de Neji lui demandant de la rappeler dès qu'elle le pourrait. Elle composa son numéro, interpellée par la fréquence de ses tentatives de contact. De quoi voulait-il tant lui parler ? La tonalité de la ligne téléphonique prit fin lorsqu'il décrocha.


« Quoi ? demanda-t-elle.

    - Oui ?...

    - Pourquoi as-tu essayé de me joindre ?

    - J'ai besoin de te parler. Où es-tu ?

    - Pas aujourd'hui, Neji.

    - Je suis devant ton immeuble. Où es-tu ?

    - Je ne suis pas chez moi, et Temari risque de rentrer à tout moment.

    - Je t'attends.

    - Non. Elle sera sûrement là avant moi, et tombera sur toi, alors non.

    - Je prends l'avion dans deux heures, je serai absent au moins dix jours. Cela ne peut pas attendre.

    - Ça ne peut pas se faire par téléphone ?

    - C'est toi qui me poses cette question ?

    - D'accord, j'ai compris. Tu ne restes pas à l'entrée, tu peux m'attendre dans le bar en face...

    - Je suis dans le hall, je ne bouge pas.

    - Quoi ? Mais com... »

Il n'entendit pas les jurons qu'elle proféra sous le coup de la surprise, car il coupa la communication. Son sang ne fit qu'un tour tandis qu'elle démarrait en trombe afin de rejoindre son appartement. Ne pas fréquenter leurs domiciles respectifs était une clause de leur relation dont lui-même était à l'initiative. Pour mieux garder le secret, il considérait, et elle agréait volontiers, comme préférable de réserver le temps qu'ils volaient à leur quotidien à des endroits neutres, inconnus, où ils ne possédaient aucune habitude, plutôt que hanter des lieux où ils risquaient de se faire reconnaître ou interpeller par des personnes connues.


Elle ne repéra pas sa berline parmi les véhicules qui stationnaient dans la rue de son immeuble, ce qui quelque part la rassura un peu. Elle remonta en trombe le morceau de boulevard qui séparait la place où elle avait arrêté sa voiture de l'entrée de l'édifice, pressée par l'angoisse et cette insupportable menace qu'il manipulait à l'envi. Tenten composa le code qui permettait l'accès à l'intérieur et s'y engouffra, à l'affût de cette silhouette radar qu'elle reconnaîtrait entre mille, tout en contrastes forts et puissance verticale. Elle ne vit personne. S'était-il évaporé, ou peut-être comme elle doutait, avait-il parcouru les couloirs et patientait face à son appartement... Et l'idée de Temari interloquée, découvrant Neji sur son palier, suffit à ce que Tenten avala les marches de l'escalier pour se précipiter à l'étage incriminé. Aucune trace de vie non plus dans le couloir aux murs de brique, à l'exception des bruits de plainte qu'émettaient les lattes de parquet au passage de la jeune fille.


Elle soupira. Encore une fois il se jouait d'elle, rendant prioritaires ses besoins et envies de prodige Hyuuga sur ses nécessités propres. L'autorisait-elle à user de sa personne à sa guise, lorsqu'elle acceptait la plupart de ses requêtes, services mineurs ou demandes qui supposaient qu'elle chamboulât son quotidien, ou encore ce qui se transformait en caprices ? Cette relation était un non-sens, lorsque l'on considérait la manière dont elle s'affolait à la pensée que sa colocataire et meilleure pût tomber sur lui.


Tenten ne remarqua le paquet que lorsqu'elle faillit marcher dessus, lorsqu'elle voulut rentrer chez elle. Il tenait dans la paume de sa main, après qu'elle se fut penchée pour le ramasser, vulgairement emballé de papier kraft. Avec curiosité, elle descella l'enveloppe blanche qui l'accompagnait, découvrant les mots qu'elle cachait : « Je n'ai plus le temps de rester, je nous évite donc les longues minutes – vingt-huit ?- que tu aurais passées à parlementer dans le but de refuser ce cadeau. Je te recontacte, prends soin de toi. PS : The foolish man seeks happiness in the distance. The wise grows it under his feet.* »


Avec amusement elle débarrassa le mystérieux contenu de son apparence si peu flatteuse, pour trouver entre ses doigts une boite noire, filée d'un discret entrelac doré qui courait sur toute la surface. Impatiente, Tenten découvrit un jeu de tarot dont la beauté l'émerveilla durant de longues secondes, pour elle dont l'intérêt pour la divination n'était pas un secret pour un très petit nombre de personnes. Elle admira le revers ouvragé orné de motifs abstraits et végétaux partageant les mêmes courbes, le détail des costumes luxuriants, les couleurs chatoyantes et éclatantes, les lacis brillants qui rappelaient ceux de la boîte, l'élégance du style et la calligraphie déliée des numéros.


« Crétin. »



Commentaire de l'auteur *James Oppenheim.
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