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Goldorak

Ciel d'automne
[Histoire Terminée]
Auteur: oscar1965 Vue: 807
[Publiée le: 2014-03-09]    [Mise à Jour: 2014-03-09]
G  Signaler Romance/Action-Aventure/Cross-over/One-Shot/Amitié Commentaires : 20
Description:
Cross-over entre Lady Oscar et Goldorak
Une nouvelle arme de Véga envoie les Aigles (Goldorak, Vénusiak, Alcorak et Fossoirak) en France à la veille de la Révolution. Ils y feront la rencontre d'Oscar et d'André. Cette rencontre changera le cours de leur histoire personnelle.

Pour Goldorak ,les événement se passent vers la fin de la série lorsque la patrouille des Aigles est en action mais avant la guérison de la blessure d'Actarus.
Pour Lady Oscar c'est aussi vers la fin de la série, après l'épisode 31. Oscar et André sont aux Gardes Françaises mais nous ne sommes qu'à l'automne 1788
Crédits:
Les personnages de Goldorak sont une création de Go Nagai
Les personnages de Lady oscar (la Rose de Versailles ) sont une création de Riyoko Ikeda

Déneb est un nouveau personnage que j'ai ajouté.
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Ciel d'automne

[28364 mots]
Publié le: 2014-03-09Format imprimable  
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Commentaire de l'auteur Bon, et bien voilà, je me lance.
Tout ceci a commencé par un dessin (2 en fait). Une idée bizarre dans ma tête où deux univers se sont rencontrés… Je vous jure qu’au départ il n’y avait rien d’autre que ces dessins. Et puis ce matin, j’ai tenté d’imaginer comment ces images avaient pu se produire… Et l’histoire a pris le contrôle. Ça fait une éternité que je n’ai pas raconté d’histoire, moi qui aimais en raconter d’interminables à ma petite sœur sur le chemin de l’école… Mais cette histoire-là a pris le contrôle de ma tête. Elle m’a dérangée pendant le boulot. J’ai capitulé. J’espère que j’ai bien fais de la laisser sortir.

Ciel d’automne

Chapitre 1

C’était un enfer. Trois Golgoths exactement pareils avaient surgit de nulle part pour incendier l’aéroport. Ils étaient accompagnés d’une escadrille de navettes. Les aigles avaient  tenté de les arrêter mais dès qu’ils s’en étaient approchés, les machines de Véga s’étaient éloignées en direction du massif des Pics Chauves….

Alcor maugréa :

-Ils espèrent sans doute nous semer dans ce dédale de pics et de vallée. S’ils pensent qu’on va les laisser faire!

-Allez en formation! Poursuivons-les martela Actarus.

Il était inquiet. C’était la première fois que Véga déployait autant de force de frappe d’un coup.

Tout à coup, le Golgoth le plus proche, qui avait la forme d’un scorpion, se retourna pour les affronter. Il projeta un dard immense provenant de sa queue. Vénusia, qui le poursuivait, l’évita de justesse. Elle réagit aussitôt :

-Missile …

Elle n’eut pas le temps de terminer son attaque, un deuxième dard atteignit son appareil. Déstabilisée, Vénusia vit les rochers se rapprocher dangereusement. Un choc intense, bruit sourd suivi de plusieurs bruits plus légers, une douleur, un voile noir… Vénusia perdit conscience.

Les aigles perdirent rapidement la trace des Golgoths. Toutes les navettes avaient été détruites. Mais l’appareil de Phénicia avait subi des avaries. Et ils avaient perdu la trace de Vénusia.

Comme des oiseaux perdus, les aigles tournoyaient inlassablement au-dessus du massif en appelant sans cesse.

-Vénusia! Répond! Vénusia! Où es-tu bon sang!

-Actarus! Mon réacteur gauche menace de s’arrêter. Je vais devoir rentrer ou me poser…

-Non! Pas ici! C’est trop dangereux. Alcor, accompagne-la au centre, je vais poursuivre les recherches.

-Actarus je…

-Non Phénicia, je ne veux pas deux appareils hors d’état alors que ces trois Golgoth rôdent encore. Va faire réparer et revenez le plus vite possible. Je suis certain que Vénusia n’est pas loin.

-OK. Retrouve-la vieux frère.

Actarus  porta son regard vers le massif. Il était plus inquiet qu’il ne l’avait laissé paraître. « Vénusia que se passe-t-il? Pourquoi ne réponds-tu pas? »

Le soleil déclinait doucement dans le ciel, projetant ses rayons obliques qui rosissaient les rochers alentours. Tout à coup, Actarus fut aveuglé par un reflet inusité : « C’est la verrière de Vénusiak! » Comme son amie ne répondait toujours pas à ses appels, Actarus décida de poser sa soucoupe juste à côté pour vérifier ce qui se passait. Au moment où il touchait le sol cependant…

-Quoi! On dirait que je tombe... À travers les rochers?!

Aucune commande ne répondait. Actarus tenta de contacter le Centre, il tenta de dégager le robot de sa soucoupe, rien n’y faisait. L’air devenait difficile à respirer… Une sensation de chute soudaine, les ténèbres, les sens  qui s’emballent… Actarus avait la peau en métal. Il entendait les ondes lumineuses et goûtait la foudre. Ses poings  se détachaient de son corps pour tournoyer et revenir se fixer à ses bras. Il tenta de se souvenir de qui il était, de ce qu’il faisait. Le monde semblait rapidement se réduire à cette cacophonie de sensations qui ne lui laissent aucun répit. Vénusia! Ce fut sa dernière pensée avant le trou noir.

 

-Cette permission arrive à point nommé ma chère Oscar! Je n’en pouvais plus de toutes ces patrouilles dans Paris! L’atmosphère y est tellement lugubre ces temps-ci…

-Hu-hum… Je suis d’accord avec toi André, nous avions bien besoin d’un peu d’air frais après ces journées à surveiller ces rues tristes et ces ruelles sombres.

-Et ces couleurs d’automnes sont magnifiques. J’avais presqu’oublié à quel point la Normandie peut être belle…

Le jeune homme qui semblait ainsi s’extasier sur les beautés du paysage ne regardait pourtant que sa compagne. Celle-ci, sans se douter de l’attention dont elle faisait l’objet portait son regard sur la mer sur laquelle le soleil finissait de se coucher. Elle portait une chemise blanche à manches bouffantes attachée au cou par une cravate souple, un pantalon rouge sombre et des bottes noires. Son manteau gris et ses longs cheveux blonds flottaient au vent.   André, son fidèle ami depuis l’enfance portait des vêtements semblables si ce n’est que son pantalon était noir. Il observait Oscar de son regard vert, un œil caché par une longue mèche de cheveux bruns en bataille. Ils tenaient tous deux leur cheval par la bride en marchant côte à côte, savourant ce premier jour de repos.

-André, regarde!

Une trainée lumineuse dans le ciel semblait venir de nulle part et se dirigeait tout droit vers le bois voisin. « Une météorite? » dit André, incrédule.

-Elle serait vraiment grosse en tout cas!

-Oh! Elle est tombée dans le Bois-aux-Fées! Mais, ça ne brûle même pas!

Sans hésiter, ils enfourchèrent leur monture pour tenter de retrouver le point de chute de ce bolide mystérieux…

Vénusia s’éveilla la première. L’orgie de sensations bizarres avait laissé la place à une grande lassitude. La jeune femme tenta de se relever mais sa tête tournait et elle dû s’y reprendre à deux fois. Finalement, elle réussit à se sortir de son appareil. Goldorak était posé à côté. La soucoupe avait le flanc droit légèrement enfoncé dans le sol et le cockpit était ouvert. Le pilote gisait dans son siège, la tête sur les commandes, immobile.

-Actarus! Actarus! Oh! Actarus répond-moi!

Oscar fut la plus rapide. Mais dès qu’elle déboucha dans la clairière créée par la « météorite » son cheval, pourtant habitué aux conditions difficiles  se cabra et manqua de la désarçonner. Elle eut bien du mal à le maîtriser. Oscar était éberluée.

-Mais qu’est-ce que c’est que ces monstres?

Oscar, descendit rapidement de son cheval et dégainait déjà son épée pour se ruer vers ces constructions de cauchemar.

André se saisit de son bras. « Mais tu es folle ou quoi? Tu crois peut-être que ton épée va te protéger contre ces… ces choses? »

-André lâche-moi!

-Pas question avant que tu te calmes. Regarde plutôt, on dirait que c’est habité…

Vénusia se retourna. Elle avait réussi à sortir Actarus de son appareil mais elle ignorait encore la gravité de ses blessures. L’adrénaline et son inquiétude lui avaient données des forces insoupçonnées. Elle déposa lentement son cher fardeau au sol avant de lever les yeux vers les visiteurs.

« Qui êtes-vous? » Une femme, grande, mince, aux yeux presqu’aussi incroyablement bleus que ceux d’Actarus. Elle tenait une épée (une épée?). Sa voix était dure mais Vénusia  eu plutôt l’impression qu’elle cherchait à cacher sa peur.

-Je m’appelle Vénusia… Où…Où suis-je s’il-vous-plait?

André détaillait la fille avec de grands yeux. Ces vêtements aux couleurs si vives. On pouvait distinguer chaque courbe de son corps. Elle avait les cheveux courts pour une femme mais sa voix était douce. Quant à l’homme… Ses vêtements bizarres étaient aussi choquants que ceux de sa compagne. D’ailleurs André ne prisa pas du tout le regard troublé d’Oscar lorsqu’elle posa les yeux sur l’homme blessé. Pourtant, elle se reprit rapidement pour répondre assez poliment :

-Vous êtes sur les terres des Jarjayes…

Elle n’acheva pas. La jeune fille, épuisée et sous le choc avait tourné de l’œil. André la reçu dans ses bras.

 

 Chapitre 2

Phénicia entra dans la salle de recherches du Centre, l’angoisse au ventre.  Alcor, le professeur Procyon et ses assistants y étaient déjà.

-Phénicia! Ça ne va pas?

La jeune fille avait les yeux cernés et un pli soucieux barrait son front. Le professeur lui dit d’une voix douce :

-Tu n’as pas dormi n’est-ce pas?

En fait, aucun d’eux n’avait bien dormi.  Le professeur sentait en permanence un poids dans sa poitrine depuis la disparition d’Actarus et de Vénusia mais il gardait ses inquiétudes pour lui. Alcor était épuisé : ils avaient volé des heures la veille et n’avaient rapporté comme seul résultat que trois objets suspects qui étaient présentement protégés par une coupole de verre hermétique posée au centre de la pièce.

-Oui, enfin si on peut appeler cela dormir… J’ai fait encore ces rêves bizarres…

-Raconte Phénicia. Cela concernait bien ton frère?

-Oui, et Vénusia aussi. Ils … Ils ont subi quelque chose de très étrange…  Mais ce qui m’angoisse le plus c’est que maintenant  je les « sens» plus du tout!

Phénicia éclata en sanglots. Alcor l’entoura de ses bras mais lui-même était ébranlé par ses paroles. Il se sentait si impuissant! Toujours avec douceur et la gorge nouée, le professeur dit :

-Les crois-tu morts ma petite Phénicia?

-Non! Ce n’est pas ça! Hier, durant notre vol de retour, je me suis sentie très mal tout à coup. J’ai eu l’impression qu’ils souffraient tous les deux beaucoup. Et puis, ils ont disparu… C’était comme s’ils n’avaient jamais existé! Mais ils ne sont pas morts, je suis sûre que je le saurais si Actarus … C’est plutôt comme si nous étions très loin d’eux… Plus loin que l’espace même…

Son regard noyé tentait vainement de leur faire comprendre. Étonnamment, le professeur Procyon hocha la tête en murmurant :

-Cela confirme mes observations… Oui, cela expliquerait tout…

-Professeur! Je vous en prie! Qu’est-ce qui se passe?

-Voilà Alcor, tu vas comprendre. J’ai analysé les objets que vous avez trouvés hier. Leur faible radiation due au lasernium les rendait visibles avec les nouveaux détecteurs installés sur vos appareils ce qui nous a permis de les trouver. J’en suis venu à la conclusion qu’il s’agit de mines, de mines spatio-temporelles.

-Oh! Vous croyez que Goldorak et Vénusiak ont explosé alors?!

-Non, non rassure-toi Phénicia. Je crois plutôt que cette nouvelle horreur - certainement un cadeau de Véga - a servi à transporter Vénusia et Actarus dans le temps et dans l’espace…

-Comment pourrons-nous jamais les retrouver?

-Je suis pratiquement sûr que ces appareils sont des prototypes. Leur ajustement se fait à l’intérieur de ce compartiment et en les examinant, on remarque qu’ils ont tous les trois exactement le même ajustement…

Le professeur, sans relever la coupole protectrice, avait actionné la table qui tourna sur elle-même pour permettre de mieux examiner les mines. Il s’agissait de dispositifs circulaires de 20 cm de diamètre environ, gris terne, avec une petite antenne au centre. L’un des objets était posé à l’envers. Un compartiment semblait pouvoir s’ouvrir en-dessous de l’appareil.

-Je crois qu’Actarus et Phénicia ont été transportés dans le temps et dans l’espace… Je sais même exactement où et quand. Ils sont en 1788 … en France. Ce serait la réponse la plus logique à leur disparition.

-Quoi! C’est proprement incroyable! Mais  Véga nous a habitués après tout…

Phénica restait songeuse. Elle murmura : « Oui, oui. Cela expliquerait tout… Je ne peux pas ressentir leur présence… Puisqu’ils ne sont pas nés! » Son murmure s’était terminé en cri d’angoisse. Le trouble se peignit sur les visages des deux jeunes gens.

« Rassurez-vous, je crois savoir comment les ramener.» dit alors le professeur

Camp de la Lune Noire, face cachée de l’astre mort.

-Capitaine Deneb,  au rapport!

Minas observa le nouveau venu. Mine sombre, épaules puissantes, mâchoire carrée, crâne chauve : il se dégageait de l’homme une aura de danger. Il observait tout ce qui l’entourait comme s’il se demandait de quelle façon il allait pouvoir l’utiliser… ou le détruire.

-Deneb, je vais vous confier une mission : retrouver  les prototypes de mines que notre cher commandant Horos a « égaré » dans le secteur du massif des Pics Chauves.

Le commandant en question, qui se trouvait juste derrière Minas, grogna sous l’insulte implicite :

-Les mines ont été déployées trop tôt! Et puis ces vieux Golgoths étaient censés se sacrifier pour entraîner les Aigles là où je l’avais prévu. Les mines auraient dû fonctionner! Au lieu de ça, elles ont disparu de nos détecteurs! C’est à n’y rien comprendre!

-Capitaine, vous prendrez l’Antérak 76 et une équipe restreinte composée de quatre hommes, pas plus. Faites-nous votre rapport au plus vite. Exécution!

-À vos ordres!

 

Les préparatifs furent envoyés en temps record. Alcor avait cependant soulevé une objection, et d’importance : « Et si Véga attaque de nouveau? Le Centre et la Terre seront sans défense! »

-Si Véga attaque avant votre retour à tous, oui, nous sommes sûrement perdus… Mais sans Goldorak, nos chances sont minces de toute façon. Et je ne peux me résoudre à perdre mon fils et Vénusia de cette façon. Je regrette seulement que vous deux risquiez de… disparaître aussi si cela devait ne pas marcher…

Le professeur n’acheva pas. Il avait des larmes aux yeux. Cette décision lui déchirait le cœur.  Phénicia posa une main sur son épaule : « Professeur, vous savez bien que je ferais tout pour les retrouver. Où qu’ils soient, si je me trouve à la bonne époque, je pourrai ressentir leur présence. »

-Et il n’est pas question qu’elle parte toute seule dans le passé! De nous deux, c’est quand même moi qui possède une meilleure connaissance de l’histoire de la Terre! dit Alcor

-Alors nous n’avons pas le choix. Je suis désolé mais si les impressions de Phénicia sont correctes - et elles le sont toujours - le « voyage » sera douloureux pour vous deux. J’ai ajouté des signaux d’alarme à vos appareils pour vous aider à vous réveiller si jamais vous perdiez conscience. Restez ensemble à tout prix par la suite…

Alcorak et Fossoirak étaient posés dans une petite plaine à un kilomètre environ du Centre, dans un secteur à l’abri des regards indiscrets. Le professeur Procyon avait calculé que l’effet des mines ne dépassait pas 100 m de diamètre autour du point d’origine.

-Si l’on se fie au terrain alentour du point où  Goldorak et Vénusiak ont disparu, il semble que seuls les appareils et les humains à l’intérieur soient affectés par l’explosion de ces mines. Veillez quand même à bien choisir votre terrain lors du retour…

Le professeur s’était jusqu’alors occupé l’esprit et les mains à préparer cet incroyable voyage. Maintenant toute énergie semblait l’avoir quitté et il serrait les mâchoires, pris d’une indicible  angoisse à la pensée  de ce qu’ils allaient faire. « Revenez, mes enfants, revenez-nous bien vite… »

Alcor serra  lui serra simplement la main en hochant la tête avant de monter dans son appareil. Phénicia l’étreignît et  déposa un baiser sur sa joue. Elle était la plus sereine des trois : « Soyez sans crainte, père. Nous les ramènerons sains et saufs » dit-elle avant de se sangler à son tour dans Fossoirak.

Le professeur avait mis au point une commande à distance. Il se mit à l’abri plusieurs mètres plus loin.

Le soleil couchant fut son seul témoin lorsqu’il appuya sur une touche en murmurant « Mine spatio-temporelle : GO! »

Chapitre 3

Les brumes de l’inconscience se dissipaient lentement pour le prince d’Euphor. Son corps était enfin de nouveau son corps et non plus cette mécanique sophistiquée, cette machine de guerre familière qui l’avait tant troublé.  Une chambre aux murs blancs éclairée par un soleil de début de journée à travers de longs rideaux. Une grande impression de calme. Sentant une présence, Actarus tourna la tête. Un  regard limpide, une voix de contralto :

- Enfin, vous  voici de retour parmi nous. Je suis le colonel Oscar François de Jarjayes et vous êtes chez moi. Il m’agréerait monsieur de connaître votre nom et … la raison de votre présence ici.

- Vénusia! Où est Vénusia?!

Oscar se radoucit :

- Elle s’est remise plus rapidement que vous et se trouve en sécurité, n’ayez crainte. Mon ami André veille sur elle.

Actarus se calma un peu. Très vite il avait remarqué de petites choses : les vêtements étranges de son hôte, son langage châtié, l’ameublement ancien de sa chambre… Un doute s’insinua dans son esprit.

- Je m’appelle Actarus Procyon. Je ne suis pas sûr de pouvoir répondre à votre deuxième question parce que je ne sais pas encore moi-même ce qui s’est passé.

Actarus eut une impression étrange, examiné qu’il était par ce regard perçant. Oscar luttait contre la pitié que lui inspirait l’homme couché devant elle. Il semblait sincère mais…

- Laissez-moi vous éclairer. Vous êtes arrivé dans des conditions tout à fait extraordinaires… Vos… machines se trouvent non loin d’ici… Je dois vous avouer monsieur que je n’ai jamais rien vu de tel!

De plus en plus alarmé par les paroles d’Oscar, Actarus demanda soudain :

- S’il vous plait, monsieur dites-moi : quelle date sommes-nous donc aujourd’hui?

Si elle était surprise par la question, Oscar n’en  laissa rien paraitre. Elle répondit,  un petit sourire en coin :

- Nous sommes le 22 octobre 1788.

Actarus ferma les yeux. Il aurait peut-être mieux valu que son esprit resta enfermé dans cette machine après tout…

Vénusia serra son long manteau pour se protéger de la brise d’automne. Malgré le soleil qui se répandait sur les couleurs éclatantes de la nature, la jeune femme ne parvenait pas à se réchauffer. Son angoisse à propos de la santé d’Actarus, de leur situation extraordinaire et de leur avenir incertain la minait. Son compagnon dit avec sollicitude :

- Voulez-vous que nous retrions mademoiselle Vénusia? Vous semblez transie…

- Oui, je veux bien. Je suis voudrais aussi savoir comment se porte Actarus… Il me semble que c’est bien long avant qu’il reprenne ses esprits!

André observa la jeune femme. :

- Pardonnez-moi mais… Ce monsieur est-il votre fiancé?

- Actarus! Oh! Non… mais… Qu’est-ce qui pourrait bien vous faire dire une chose pareille? dit–elle pour masquer son trouble.

- Mademoiselle Vénusia, vous prononciez son nom avec une sorte d’angoisse dans votre délire cette nuit, de même que des mots bizarres : Goldorak... Alcor… Et vous n’avez pas cessé de demander de ses nouvelles depuis votre réveil! S’il n’est pas votre fiancé alors… Dites-moi, qui est-il? Et qui êtes-vous? Vous éludez mes questions depuis votre arrivée. Je vais finir par croire que je vous fais peur?

Son clin d’œil démentait la portée de ses paroles. Vénusia eu soudainement la vision d’Alcor la taquinant pour chasser sa morosité. Son cœur se serra à cette pensée. Elle décida néanmoins de contre-attaquer :

- Et vous André - il avait rapidement refusé ses «monsieur André » - qui êtes-vous? Et qui est cette… personne qui nous a accueilli?

Vénusia était presque certaine que ce « colonel » aux yeux de saphir cachait sa véritable nature. Sa voix, sa façon de se mouvoir, le corps qui se devinait sous les vêtements masculins…

- Hum… Je m’appelle André Grandier, soldat aux Gardes Françaises. Quant à Oscar… Vous l’avez rencontré dans le Bois aux Fées…  

Son regard se détourna. Il ne voulait pas parler d’Oscar. Ces temps-ci elle lui semblait si proche et si lointaine à la fois!

Vénusia sentit le changement qui s’opérait chez son compagnon. Elle l’observa et dit sans réfléchir :

- Vous êtes fiancés?

André s’immobilisa, son œil ardent tournée vers cette fille étrange. Le secret d’Oscar avait-il donc été percé à jour si facilement? Et le sien? Doucement, il la corrigea :

- Fiancé à Oscar? Fiancé à mon colonel? Non… je ne suis que son …ombre. Son ombre fidèle depuis toujours…

Vénusia fronça les sourcils, troublée autant par la douleur dans la voix d’André que par ces paroles sibyllines. Un silence gêné s’établit… brisé par la voix d’Oscar qui leur parvint soudain :

- Mademoiselle, votre ami vous réclame!

Vénusia déposa  doucement les vêtements qu’on lui avait fournis sur le pied du lit. Actarus, était assis, la tête renversée sur les oreillers. Son regard s’illumina à la vue de la jeune fille :

- Vénusia! Tu vas bien?

- Oh! Actarus, j’étais si inquiète! Tu en as mis du temps à te réveiller!

Elle prit la main du jeune homme. Actarus, s’approcha alors de sa joue, comme pour y déposer un baiser et lui souffla doucement, craignant d’être entendu : 

- Tu sais où - et quand - nous sommes? 

-Hum! Oui. Nous avons voyagé dans le passé Actarus! Nous sommes en France! Comment est-ce possible?

Actarus secoua la tête.

- Et nos appareils? Goldorak? 

- Ils sont dans la forêt. Je crois bien que personne ne peut les voir facilement.  On pourrait peut-être les apercevoir à partir du ciel mais il n’y a aucun danger à cette époque…

- Il me faudrait vérifier l’ordinateur de Goldorak.

Cette conversation joue contre joue, la main  d’Actarus  dans son dos, son souffle dans son cou… Émue, Vénusia sentit son cœur battre et lutta pour conserver un ton neutre :

- Pas dans cette tenue en tout cas…

Actarus se figea, gêné. On lui avait enlevé son uniforme de combat déchiré. Il se trouvait dans son plus simple appareil, avec un drap et une mince couverture pour toute protection. Et la proximité de Vénusia, la douce odeur de sa peau risquait bientôt de rendre les choses très… inconfortables.

- Eh! Donne-moi plutôt quelque chose de décent au lieu de te moquer!

Consciente des oreilles indiscrètes et des mœurs de l’époque, Vénusia lui indiqua les vêtements et s’éclipsa de la chambre le temps qu’il enfile un pantalon bleu d’André. Elle revint alors qu’il finissait de boutonner une chemise blanche semblable à celle de leurs hôtes.

- Hum cela te sied merveilleusement comme on dit ici…

- Mais toi aussi! Tu es très charmante dans ces vêtements…

Vénusia avait hérité d’un ensemble prêté par Oscar. Il y avait bien des vêtements de femme dans la maison, robes, jupons etc. mais tout appartenait aux servantes de la maison et Oscar avait jugé qu’il valait mieux qu’elles n’aient pas trop de contacts avec les nouveaux venus. Cela convenait parfaitement à Vénusia qui trouvait ces vêtements presqu’aussi confortables que les siens. Faute de chaussures à leur taille, Vénusia et Actarus portaient leurs propres bottes. Discrètement, Actarus fit disparaître son uniforme de combat, laissé sur une chaise près du lit, en murmurant la formule qui inversait l’effet de la métamorphose. Puis, se tournant vers Vénusia :

- Il nous faut absolument retourner à nos appareils et interroger les ordinateurs de bord. Et ces gens ne doivent pas découvrir qui nous sommes et d’où nous venons, cela pourrait être catastrophique.

Vénusia hocha la tête, elle avait déjà deviné tout cela :

- Le problème c’est que sans aide, nous pourrions perdre beaucoup de temps à les chercher. Je crois qu’il y aurait moyen de dire au moins une partie de la vérité. Je suis sûre qu’André pourrait nous aider et Oscar me semble tout aussi fiable.

- Un homme d’honneur comme on disait à l’époque…

Vénusia sourit doucement. Ainsi donc, il s’était laissé berner… Se croisant les bras, elle répéta amusée :

- Oui, hum, c’est cela, un… homme d’honneur.

- Quoi, tu n’es pas d’accord? Il a fait quelque chose de déplacé envers toi?

- Elle. Et non, rien de déplacé comme tu dis.

- …Elle?… Euh… Tu veux dire…? Tu es sûre Vénusia?

- Mon pauvre Actarus, regarde avec tes yeux!

Puis se souvenant  du translucidateur, elle rougit un peu  et balbutia finalement.

- Pour moi c’est évident! 

Actarus garda le silence. À bien y réfléchir, cela expliquerait son impression gênante en présence du « colonel » tout à l’heure… Plutôt que de risquer de dire une autre bêtise, il préféra changer de sujet :

- Tu as raison, ils nous ont accueillis et il vaudrait sans doute mieux leur avouer une partie de la vérité.

Voyant que ses hôtes avaient bien récupéré et après leur avoir offert un repas léger, Oscar leur proposa une balade à cheval, songeant qu’elle tenterait de leur tirer les vers du nez par la même occasion. Vénusia et Actarus acceptèrent et ils descendirent vers la plage proche de la demeure des Jarjayes. André, silencieux,  les accompagnait.

- Êtes-vous prêt à m’expliquer ce qui vous est arrivé  monsieur Procyon?

- Appelez-moi Actarus, simplement. Monsieur Procyon est plutôt le nom de mon père.

- Votre père? Où-est-il? D’où venez-vous? Ces noms… Je n’en avais jamais entendu de pareils!

Actarus regarda Vénusia qui hocha la tête. Le moment était venu. Il inspira puis :

- Nous venons du Japon. Nos… vaisseaux ont été transportés ici sans que nous sachions comment. Mais si nous pouvons les retrouver, nous pourrons peut-être en découvrir la raison.

- Du Japon… Dans ces choses… Oscar arrêta brutalement sa monture pour planter son regard dans celui du jeune homme :

- C’est une attaque? Vous venez envahir la France? Avec de telles machines…  Vous pourriez être venus profiter des troubles politiques! Et ces accoutrements que vous portiez?  Ce ne sont pas des habits orientaux que je sache!

- Non! Ce sont nos habits de… travail. Et je vous jure que tout ce que nous désirons c’est repartir au plus tôt. Malgré votre hospitalité, notre… place n’est pas ici.

- Vous ne croyez pas si bien dire!

Oscar tourna bride et partit au galop, les laissant tous trois sur place. André s’écria :

- Oscar! Mais qu’est-ce qui te prend à la fin? Excusez-le…

Actarus observa André un moment.  Ce dernier regardait toujours vers son amie.

- Pourriez-vous nous conduire? Il est très important que nous retrouvions nos vaisseaux.

- Je préférerais que vous le demandiez à Oscar. Ce sont ses terres après tout.

- Très bien alors.

Actarus serra les flancs de sa monture et partit au galop, à la poursuite d’Oscar.

Le sable de la plage s’envolait sous les sabots. La bête elle-même semblait avoir des ailes. Actarus savoura le plaisir renouvelé de monter à cheval. Oscar coupa par un petit sentier qui escaladait la falaise en surplomb de la plage. Arrivée en haut, elle s’arrêta un instant pour contempler la vue. Elle plissa les yeux lorsqu’elle vit Actarus qui arrivait.

- Oh! Doucement! Vos bêtes sont magnifiques. Et vos terres semblent très paisibles. dit simplement Actarus en se portant à sa hauteur.

Oscar se taisait.

- Monsieur de Jarjayes, colonel… Que puis-je dire pour vous convaincre de notre bonne foi?

- La vérité  serait un bon début.

Actarus soupira.

- Croyez-moi colonel. Même moi j’ai du mal à comprendre la vérité…  Je vous jure seulement que ma compagne et moi ne sommes pas ici pour vous nuire. Lorsque j’aurai pu mieux étudier ce qui est arrivé à nos vaisseaux, je pourrai vous en dire davantage.

Il regardait Oscar avec une telle franchise qu’elle capitula.

- Je vous ferai confiance pour le moment. Mais gare à vous si vous en abusez !

Actarus hocha la tête.

- Ne craignez rien…

Chapitre 4 :

 

Le voyage avait été une série de sensations horribles. Alcor tentait de se remettre les idées en place et de redevenir un être pensant et non plus un « Alcorak  organique ».  Il gémissait doucement alors que l’alarme du professeur Procyon lui vrillait les tympans :

- Oh là! Ça suffit hein!

- Pfff! fit Phénicia. Pas fâchée que ce soit fini…

Elle était pâle et étourdie mais fonctionnelle. Ce fut donc elle qui vit que les deux appareils s’étaient posés sur le bord d’une falaise particulièrement friable…

- Euh…Alcor, je pense qu’il va falloir bouger…Et vite!

Alcor, enregistra seulement le ton de sa partenaire et laissa ses réflexes faire le reste. Les mains sur les commandes, il décolla aussitôt :

- Alcorak Go!

- Fossoirak Go!

- Posons-nous rapidement, je n’ai pas envie de faire peur aux habitants.

- La forêt tu crois? Là, à trois heures, il y a un petit bois.

- O.K. Va pour le petit bois!

Dès qu’ils furent posés, Phénicia sortit de son appareil. Alcor vit que son visage était radieux.

- Alcor! Je ressens à nouveau la présence de mon frère! Ils sont ici quelque part!

 

 

La plupart de fenêtres du Centre étaient plongées dans l’obscurité. Déneb éteignit l’appareil de vision nocturne qu’il portait sur  lui et dit à voix basse sans se retourner :

- Vous savez tous ce qu’il y a à faire. Alors exécution!

Les quatre soldats  et leur capitaine se glissèrent silencieusement dans la nuit. Déneb était venu à la conclusion que les mines se trouvaient au Centre après avoir visionné les images du satellite-espion. Certains appareils des Aigles avaient survolé le massif des Pics Chauves bien après le départ des Golgoths. À un moment,  après s’être posés, ils avaient aussitôt regagné le Centre.

- Ils ont trouvé quelque chose, avait murmuré Déneb pour lui-même.

Ses quatre subalternes avaient pour mission d’investir la salle de contrôle et d’en neutraliser les techniciens alors que Déneb se réservait le privilège de retrouver et de s’emparer des mines. Le système de verrouillage des portes fut facile à déjouer pour les soldats qui bénéficiaient d’appareils de détection des codes du système de sécurité. Les hommes de Véga visitèrent silencieusement toutes les pièces qu’ils croisaient. La plupart étaient sans intérêt. Le Centre était presque désert à cette heure ce qui allait faciliter le travail certainement...

Une secousse subite réveilla le professeur. Un instant confus, il resta sans bouger jusqu’à ce qu’une autre secousse provenant de son lit le réveille parfaitement.

- Le système d’alarme! Vite!

Le professeur avait récemment amélioré le système de sécurité du Centre. En plus des codes des portes qui changeaient périodiquement, les touches des numéros enregistraient les empreintes digitales des utilisateurs et les comparaient à celles stockées dans le cérébro-ordinateur. Si elles ne correspondaient pas à quelqu’un du Centre (ou à Riguel et Mizar qui possédaient aussi les codes), un système d’alarme silencieux se déclenchait. De cette façon, les habitants du Centre pouvaient se préparer à recevoir les intrus sans alerter ces derniers. Les lits secouaient les dormeurs, les chaises se mettaient à vibrer et l’éclairage changeait légèrement de couleur ou se mettait à clignoter. Les techniciens avaient pour consigne de verrouiller leur poste de travail et de quitter au plus tôt pour se réfugier dans une sorte de chambre forte. Le professeur Procyon décida cependant de vérifier la salle de recherches. Il se doutait que la mine restante pourrait être la cible des intrus. Pieds nus et muni d’une arme, il sorti de sa chambre.

Déneb avait détruit la coupole qui protégeait la mine et venait à peine de s’en emparer. Le professeur ouvrit doucement la porte et visa. Déneb poussa un cri, atteint au bras.

-Arrêtez!

Malgré la douleur, le capitaine se retourna, un sourire cruel sur les lèvres et visa le professeur à son tour. Ce dernier s’abrita derrière la porte à demi ouverte et réussi à éviter le tir. Au moment où le professeur jetait un coup d’œil de nouveau à l’intérieur de la pièce, il vit qu’elle était vide : l’homme avait réussi à s’échapper en sautant à travers la vitre de la salle.

- Bon sang! Il a pris la dernière mine!

À ce moment, les défenses automatiques du Centre se déclenchèrent car le système de défense avait repéré un vaisseau ennemi en vol. Les canons du Centre tonnèrent. Le professeur se précipita à la fenêtre et vit un Antérak être légèrement touché. Il ne se faisait aucune illusion cependant, la riposte serait féroce et le Centre ne serait pas de taille à lutter longtemps. Aussi fut-il très surpris lorsque l’Antérak disparu complètement dans un énorme tourbillon noir et sans émettre un seul son.

- Mais…un seul obus… C’est impossible! À moins que ...

Saisi d’une réelle appréhension, le professeur couru vers la salle de contrôle sans se soucier de savoir si la route était libre.  Argoli et Antarès qui étaient de garde cette-nuit-là s’y trouvaient déjà. Ils y étaient revenus dès la fin de l’alerte.

- Ils ont détruit la console du scope-radar, professeur!

- Branchez rapidement  la console de secours et les relais vers les satellites de surveillance!

- Qu’y a-t-il professeur? demanda Argoli.

Le professeur ne répondit pas et ses assistants n’insistèrent pas, se contentant d’obéir à ses derniers ordres. Le silence oppressant se poursuivit de longues minutes, ponctué seulement par le bruit des appareils de la salle reprenant lentement vie. Enfin…

- Professeur…

- Qu’avez-vous trouvé Argoli?

- Rien… il n’y a rien.

- Un Antérak se trouvait à moins de 500 m d’ici et a disparu sous mes yeux et vous ne trouvez rien? Pas de débris?

- Rien. C’est comme s’il n’avait jamais existé.

Le professeur s’assit, les épaules voutées. Il murmura enfin :

- Mon fils, pardonne-moi… Je t’ai envoyé le diable…

Interdits, les hommes comprirent alors que la  mine, la dernière mine spatio-temporelle s’était déclenchée… Puis Argoli se tourna tout à coup vers sa console et dit, d’une voix tendue :

- J’ai quelque chose sur le scope. Professeur nous sommes attaqués!

- Sonnez l’alerte générale. Fermez le bouclier et réarmez les canons…

Malgré son désespoir, le chercheur, l’homme de paix qui n’avait jamais voulu se transformer en stratège, ferma les yeux et dit :

- Que les monstres viennent. Nous nous battrons donc. Jusqu'à la fin...

…..

Chapitre 5 : Première partie

Le soleil réchauffait doucement cette belle journée d’automne. Oscar, André, Vénusia et Actarus se dirigeaient à travers bois vers le lieu d’atterrissage forcé de Goldorak et Vénusiak. Personne n’osait parler. Quand enfin ils distinguèrent les couleurs éclatantes des appareils, Oscar dit simplement :

-Voilà, c’est ici…

André descendit et attacha les chevaux qui étaient nerveux. Actarus et Vénusia montèrent dans leur appareil respectif et déclenchèrent les systèmes d’autodiagnostic des avaries. André et Oscar étaient restés près des chevaux à l’orée de la clairière improvisée, causée par le crash. Actarus communiqua avec Vénusia par radio et dit à voix basse :

- Et puis?

- Mon horloge stellaire est soit détraquée, soit…

- La mienne aussi. En plus les appareils de détection et d’enregistrement de bord ont été affectés par l’accident. L’ordinateur n’a rien pu enregistrer. Heureusement, Goldorak n’a pas l’air d’avoir trop souffert. Tout est en bon état.

- Ici aussi. Je vais faire une inspection visuelle à l’extérieur. On ne sait jamais…

La jeune femme grimpa d’abord sur Vénusiak mais ne put rien trouver. Puis elle alla rejoindre Actarus pour l’aider à faire de même avec Goldorak. Ce fut long car ils se devaient d’être très minutieux.  Profitant de leur intimité relative, Vénusia dit :

- Actarus, je me suis souvenue de quelque chose à propos de cette période… La France en 1788…

- Oui, et bien?

- Dans quelques mois, une grande révolution va commencer ici! Quelque chose qui va changer complètement la structure politique… Et il va y avoir de nombreuses victimes, surtout chez les nobles…

- Hum… Et nous avons été recueillis par un, enfin une, noble si je ne m’abuse. Nous quittons une guerre au vingtième siècle pour nous retrouver dans un autre conflit au dix-huitième…

- Actarus, nous ne pouvons pas rester ici!

- Tant que nous ne savons pas comment nous sommes arrivés, nous ne pouvons rien faire j’en ai peur…

Pendant ce temps, Oscar les observait. Elle n’était pas tranquille et serrait les poings, frustrée de ne pas savoir ce qui se passait.

- Alors André, quel est ton avis?

- Sur les machines? Des machines qui volent, Oscar! Elles sont sans doute plus puissantes que tout ce que la France possède! Sont-elles un danger? Cela pourrait dépendre de ces deux-là…

- Hum… Et sur ces deux-là comme tu dis?

- La fille est gentille et… très observatrice. Tu devrais faire attention ma chère Oscar car je crois bien qu’elle t’a percée à jour!

Oscar éleva simplement les sourcils. Elle marqua une pause puis :

- Et lui?

Cette fois, c’était André qui serrait les poings. Il pensa : « Ne me demande pas de juger de la valeur d’un homme qui t’intéresse Oscar. C’est au-dessus de mes forces! ». Contrôlant sa voix avec difficulté, il dit seulement :

-Je n’en sais pas assez pour porter un jugement… Dis-moi plutôt ce que tu crois Oscar.

-Tout ceci est inouï. Je ne crois qu’à moitié leur histoire. Le Japon? Peut-être… Mais ce qui est certain c’est que je ne les lâcherai pas tant que je ne serai pas persuadée qu’ils ne représentent pas un danger.

André regarda leur «visiteur» travailler, debout sur son engin. Il se dit : « Moi non plus, je ne les lâcherai pas! »

Déneb respirait difficilement. Son esprit était envahi d’images terrifiantes et son corps refusait de lui obéir. L’avait-on attaché? Qui aurait osé? Était-il prisonnier des humains? Il grinça des dents et se débattit avec violence :

-Aaaah! Non! Non! Lâchez-moi!

Les soldats qui tentaient de la maîtriser reculèrent, effrayés. Déneb avait dégainé son arme de poing et les menaçait, le regard fou :

- Reculez! Que se passe-t-il? Pourquoi me retenez-vous?

- Capitaine! Calmez-vous!

Déneb retrouva un peu ses esprits. Il reconnaissait ses hommes. La respiration toujours laborieuse et la main crispée sur son arme il dit :

- Que s’est-il passé? Qui est responsable?

- Capitaine, nous ne savons pas ce qui s’est passé. dit l’un des soldat. Vous êtes rentré avec nous dans l’Antérak. Vous teniez en main la mine que vous aviez reprise aux humains. Puis nous avons été touchés alors que nous amorcions notre attaque et vous êtes tombé avec la mine…

- Ensuite ç’a été un vrai cauchemar… dit un deuxième. Nous nous sommes tous réveillés mais … Vous sembliez plus affecté, vous étiez comme fou! Vous avez tenté de vous enfuir alors nous avons voulu vous retenir…

- J’ai tenté de fuir, moi?

Déneb laissa libre cours à sa rage et tira. Le soldat qui avait osé dire qu’il s’était conduit en lâche s’écroula, sans vie. Les autres le regardèrent, pétrifiés. Sans un regard pour le corps du soldat, le capitaine rengaina et dit, d’une voix toujours menaçante :

- Maintenant nous allons découvrir ce qui s’est vraiment passé. Et je vous interdis de jamais me toucher de nouveau, c’est bien compris?

- A vos ordres…

Ils ne découvrirent pas grand-chose. La topographie du lieu où ils se trouvaient était complètement différente de la région de la Terre qu’ils attaquaient habituellement. L’Antérak s’était écrasé dans la mer mais Déneb avait ordonné de reprendre le vol avant que de véritables dégâts soient causés par l’eau. Maintenant la nuit était venue et ils n’avaient toujours pas de réponses à leurs questions. Ni la soucoupe amirale, ni le camp de la Lune Noire ne répondaient à leurs appels. Déneb était un homme d’action, il n’aimait pas les énigmes. Et il détestait par-dessus le sentiment que toute cette situation pourrait être en partie de sa faute. Avait-il eu un faux mouvement avec la mine? La mine avait-elle explosé sous le choc causé par le canon du Centre?

- J’ai besoin de savoir ce qui se passe!

- Capitaine Déneb, je détecte une structure assez grande pour nous camoufler… On dirait un ancien château. Je distingue aussi une route à proximité.

Déneb se décida enfin. Désignant deux des soldats qui lui restaient :

- Nous allons atterrir ici. Toi et toi, vous irez en reconnaissance. Ne vous faites pas repérer. Relayez toutes les informations pertinentes.

La lune d’octobre vit donc un titan de métal se poser parmi les ruines d’un château du moyen âge et deux êtres cagoulés s’avancer sur la route déserte…

Chapitre 5 : deuxième partie

La demeure des Jarjayes était très ancienne et le décor avait peu changé depuis qu’elle avait été bâtie sur une colline dominant la mer. Même si elle était en parfait état, la famille ne la visitait qu’en de rares occasions maintenant qu’Oscar et ses sœurs avaient grandi. Jamais non plus, ils n’y recevaient de visiteurs, préférant leur demeure principale près de Versailles pour cela. La vie ici était donc paisible et les conventions et l’étiquette assez souples. Actarus et Vénusia en avait visité une grande partie, accompagnés d’André qui leur faisait la description et l’historique des lieux avec force anecdotes savoureuses. C’était un assez bon conteur et il faisait des efforts pour les mettre à l’aise. Malgré tout, Vénusia arrivait à peine à répondre d’un de pâle sourire et Actarus n’avait pipé mot de toute la visite. Un peu découragé, André les laissa tous eux quelques minutes admirer les ancêtres Jarjayes dans la galerie des portraits.

- Je vais voir si on peut nous servir une collation, je meurs de faim!

Actarus s’approcha des portraits. Tous ces visages sévères, engoncés dans leurs uniformes militaires… Il y avait bien quelques portraits de femmes en robes rigides ou en fanfreluches, mais l’accent était bien mis sur tous ces généraux et autres officiers qui avaient servi les différents rois de France. Actarus se rappela soudain les uniformes que portait quelquefois son propre père sur Euphor lors des cérémonies officielles. Des vêtements plus souples et moulants mais qui dégageaient autant d’autorité. Sur un mur, entre deux portes fenêtres, se trouvait un portrait d’Oscar en tenue d’apparat.  Actarus l’observa avec attention. Elle semblait porter l’uniforme de colonel des Gardes Françaises comme une seconde peau… Maintenant qu’il connaissait son secret, Actarus se demandait comment il avait pu penser qu’elle était un homme, ne fut-ce qu’un instant. Ses traits fins, sa bouche délicate et ses yeux….

 

Vénusia se tenait immobile, indifférente à ce qui l’entourait. Enfin, n’y tenant plus, elle cacha son visage dans ses mains et se mit à pleurer doucement :

- Oh, Actarus! Qu’allons-nous devenir!

Actarus s’approcha et, un peu gauchement, la prit dans ses bras. Il s’efforçait de rester calme mais il savait que leur situation était  critique. Ils n’avaient pas découvert ce qui avait causé ce voyage extraordinaire dans le temps. Actarus se disait que Véga était peut-être là-dessous mais cela ne les avançait pas à grand-chose. Il se sentait perdu et impuissant malgré toutes ses ressources, malgré toute la force de Goldorak. Et que se passerait-il dans le futur si Goldorak n’était pas là pour empêcher les forces de Véga d’envahir la Terre? Comme si elle avait lu dans ses pensées, Vénusia dit à travers ses sanglots:

- Et nous ne savons pas ce qui se passe chez nous, à notre époque. Véga pourrait conquérir la Terre pendant que nous sommes ici!

- Vénusia, je t’en prie ne pleure pas. Il nous faut avoir confiance. Je ne sais pas encore ce qui nous attend mais nous devons rester forts… Tu dois te reprendre ma chérie… J’ai besoin de toi…

À ses paroles, Vénusia se calma peu à peu. La douce chaleur du corps de son ami, ses bras qui la soutenaient, le son apaisant de sa voix,  créaient pour elle un cocon rassurant. Elle se sentait très émue mais à présent c’était à cause du bonheur d’être enfin dans ses bras. Elle n’osait rien dire de peur de briser le charme fragile… Ils demeurèrent ainsi tous deux un moment, la main d’Actarus caressant doucement le dos de son amie comme s’il cherchait à consoler un enfant en pleurs.

La galerie des portraits donnait directement sur la grande pelouse par de larges portes fenêtres qu’on avait laissées ouvertes, le temps étant très doux pour la saison. Oscar s’apprêtait à entrer lorsqu’elle se figea au son des pleurs de Vénusia. Ne désirant pas être une intruse, elle s’en retournait déjà lorsqu’elle entendit ces paroles étranges: « Et nous ne savons pas ce qui se passe chez nous, à notre époque. Véga pourrait conquérir la Terre pendant que nous sommes ici! ». Incapable momentanément de réagir, Oscar demeura près de la porte, témoin involontaire du chagrin de ses hôtes. Enfin, décidée à agir, elle s’avança dans la pièce sans chercher à se cacher. Le couple se retourna à son entrée. Vénusia s’était calmée et Actarus même semblait plus serein. Oscar dit simplement :

- Je suis désolée mais je vous ai entendu… Je crois qu’il serait temps maintenant que vous m’expliquiez vraiment ce qui se passe.

Le soir descendait doucement sur la Normandie. Oscar  avait proposé une balade sur la plage loin des oreilles indiscrètes. La forêt, tout près, se devinaient dans la pénombre. André s’affairait à bâtir un feu avec du bois flotté. Oscar et les deux jeunes pilotes étaient assis sur des couvertures, enveloppés de manteaux. Une bouteille de vin était plantée dans le sable près des genoux de la colonelle. Son épée reposait aussi non loin d’elle. Depuis qu’André et elle avaient été sauvagement attaqués dans les rues de Paris, Oscar ne sortait plus sans être armée… André, sa vue déclinante ne lui permettant plus de se servir aussi bien de la même arme, avait apporté son pistolet. Oscar, qui ignorait la gravité de son état, l’avait  taquiné :

- Tu es rouillé dans le maniement de l’épée André? Il va falloir que je prévoie plus d’entrainement à notre retour à la caserne!

Enfin ils furent installés confortablement autour du feu. Oscar tendit un verre à Actarus avec un sourire en coin :

- Pour vous donner du courage…

Actarus prit le verre mais ne but pas. Il se méfiait des effets de l’alcool après avoir vu ce qui arrivait à Riguel lorsqu’il abusait du whisky ou du saké…

- Colonel, ce que nous avons à vous raconter est très difficile et vous paraîtra sans doute incroyable…

- Appelez-moi, Oscar. Ici, chez moi, il n’y a pas de Gardes Françaises et donc pas de grade.

- Fort bien. Tout d’abord, laissez-moi vous remercier, André et vous, pour votre accueil et vos soins. Sans vous, nous serions peut-être morts…

- Ce n’est rien.

 Il fallait avouer la vérité.  Il aurait été difficile de continuer cette mascarade après ce qu’avait entendu Oscar. De plus, Actarus et Vénusia répugnaient tous deux à mentir. Oscar et André les avaient aidés, ce n’était que justice. Actarus inspira et, après un regard vers Vénusia qui hochait la tête, il dit :

- Vénusia et moi venons vraiment du Japon. Cependant, nous sommes tous deux nés au …XXe siècle.

Silence pesant malgré le feu qui crépitait. André chercha le regard d‘Oscar à travers les flammes. Il le trouva, s’y accrocha. Elle serrait les mâchoires, muette. André dit:

- C’est une histoire incroyable ça! Vous vous doutez bien qu’il nous faudra des preuves…

Dès que les mots sortirent de sa bouche, André se trouva stupide. Bien sûr, les preuves étaient là, dans la forêt. Des preuves qui volaient et dont l’une faisait la hauteur d’une maison… Il continua néanmoins:

- Comment… Comment êtes parvenus ici? Les gens voyagent donc vers le passé au XXe siècle?

Actarus bu une gorgée de vin. Il grimaça un peu puis répondit, tout en contemplant les flammes :

- Nous ne pouvons pas vous répondre André. Nous ne savons pas ce qui nous est arrivé exactement. Nous savons seulement que nous avons été transportés ici avec nos appareils…

- Ces appareils? Ce sont des machines de combat n’est-ce pas?

Vénusia sursauta. Allait-il falloir expliquer cela aussi? La bouche sèche, elle regarda Actarus qui dit, le regard assombri :

- Oui. La Terre est l’objet d’attaques venant… de l’extérieur. Nous combattons tous deux ces envahisseurs. Goldorak et Vénusiak, nos appareils, nous aident à préserver la paix sur Terre.

Oscar ne disait toujours rien. Elle avala une longue gorgée. Eh bien, elle avait voulu savoir… Maintenant il allait falloir faire quelque chose de ces révélations… Une pensée subite lui fit comme un coup à l’estomac :

-Vous connaissez l’avenir! dit-elle. Son regard était dur, accusateur.

Oscar ne savait pas pourquoi elle réagissait ainsi mais la pensée que ces deux-là connaissaient le futur, son futur, lui était intolérable.

- Capitaine Déneb, un appel de la patrouille!

- Au rapport! Qu’avez-vous découvert?

- Nous sommes cachés dans un bois près d’une grande demeure. Il y a des humains qui discutent sur la plage tout près. Nous avons tout entendu capitaine. Ils ont parlé de Goldorak! Capitaine, je suis sûr que le prince d’Euphor lui-même est parmi eux!

- Quoi! Goldorak serait donc en cause lui aussi? Capturez-moi le prince et ramenez-le ici. Je veux pouvoir l’interroger.

- Bien capitaine, et les autres?

- Ils ne me sont d’aucune utilité. Tuez-les.

- Plus un geste! Le premier qui bouge est un homme mort! Prince d’Euphor, nous sommes ici pour toi!

Interdite, Vénusia leva les yeux et la scène qui s’offrit à elle lui sembla si irréelle qu’elle figea, incapable de réagir :

Elle vit un soldat de Véga les menacer d’une arme. Elle vit presqu’aussitôt André réagir en pointant son pistolet sur l’intrus. Elle perçu un autre soldat, caché dans les buissons et avant qu’elle ait pu rien dire, l’homme tira vers André. Elle vit ce dernier s’écrouler, son pistolet toujours au poing.

 Elle vit le premier soldat s’en prendre à Actarus et le toucher au bras d’une salve lumineuse. Elle entendit Actarus crier. Elle vit Oscar sortir son épée du fourreau et s’élancer vers le premier intrus qui s’approchait d’Actarus blessé. Elle la vit frapper le soldat d’estoc et le tuer d’un coup. Puis Oscar soutint Actarus dont les jambes fléchissaient. 

Elle vit enfin le second soldat, toujours tapi dans l’ombre, s’apprêter à tirer de nouveau. Sortant de sa torpeur, Vénusia attrapa l’arme d’André et tira. Un bruit assourdissant se fit entendre. Le second soldat s’écroula et ne bougea plus.

Le calme revint. Toute la scène n’avait duré que quelques secondes. Vénusia voulait de tout son être se trouver près d’Actarus mais André gémissait doucement à ses pieds aussi se pencha-t-elle vers lui…

Actarus grognait, les sens troublés, la respiration courte. La douleur dans son bras irradiait dans sa poitrine et lui coupait le souffle. C’était une lave brûlante se déversant dans ses muscles, le privant de sa raison…. Il agrippait les épaules d’Oscar jusqu’à lui faire mal, inconscient de ce qui se passait. Des images s’imposaient à lui : un combat à bord de Goldorak, un souvenir de son père en uniforme, l’attaque sur Euphor, des hommes cagoulés dans la nuit, tirant sur ses amis. Il fallait qu’il fasse quelque chose, il fallait qu’il sauve la Terre, qu’il sauve André (André?).  Oscar tentait vainement de se libérer de cette étreinte de fer. Son regard cherchait désespérément André dans la nuit. Où était-il? Était-il blessé? Il fallait qu’elle le sauve. Le cri de douleur que poussa son ami lui déchira le cœur :

- André! Noon!

« Je dois être fort, je dois sauver la Terre! » chuchotait Actarus tout à sa douleur.

Oscar se débattait, paniquée à l’idée qu’André souffrait. Il fallait qu’elle s’approche de lui…

« Je dois être fort… » Toujours accroché à Oscar, le prince d’Euphor cria dans la nuit « Métamorphose! »

Oscar se trouva dégagée d’un coup et tomba, tomba… Non, elle ne tombait pas, elle flottait… Sa vision se troubla, une lumière intense l’éblouit, elle ressentit un souffle sur sa peau nue (comment pouvait-elle être nue?). Non,  elle portait bien des vêtements… Quelque chose de léger et de moulant. Et elle se sentait si forte tout à coup! Elle mit pied à terre et bondit aussitôt auprès de son ami qui gisait toujours non loin.

Vénusia tentait d’arrêter le sang qui coulait abondamment de la plaie d’André. Elle dit sans se retourner :

- Il s’affaiblit très vite, il faut l’amener à l’intérieur…

Puis Vénusia se retourna et ce qu’elle vit lui fit perdre momentanément la parole :

- O…Oscar qu’avez-vous? Qu’est-il arrivé?

Oscar portait… les habits du prince d’Euphor… ou quelque chose de très semblable si ce n’était la couleur… Une tenue bleue et or, du même bleu que les habits des Gardes Françaises. Instinctivement, Vénusia se tourna vers Actarus. Il était effondré, à genoux, les mains dans le sable froid. Vénusia écarquilla les yeux, incrédule : le prince d’Euphor portait un habit militaire  rouge et noir… Un habit taillé pour un colonel du XVIIIe siècle… Il gémissait doucement :

- Ahh! La Terre, il faut sauver la Terre…

 

Chapitre 6

 

Deux chambres simples, éclairées d’une bougie. Deux hommes, jeunes encore, gisaient, inconscients, entre les draps blancs. Ils respiraient difficilement et la douleur les faisait parfois gémir. Deux femmes se tenaient silencieusement à leur chevet, le cœur serré par l’angoisse…

Des heures plus tôt, les deux femmes s’étaient regardées, par-dessus les corps inconscients de leurs amis. Oscar ne comprenait pas ce qui s’était passé au juste. Il lui semblait qu’elle n’avait agi que par instinct dans toute cette histoire et que la fin lui échappait totalement. Vénusia dit:

- Oscar! Nous verrons plus tard à expliquer ce qui s’est passé ici cette nuit. Il est plus urgent de transporter André  et Actarus dans la maison pour les soigner.

- Nous pouvons utiliser les chevaux s’ils n’ont pas été trop effrayés par toute l’agitation…

- Très bien. Je vais vous aider à les mettre en travers de la selle mais je vais vous laisser seule pour les ramener. Je dois absolument me rendre jusqu’à Goldorak chercher ce qu’il faut pour soigner André et le Prin… pour soigner Actarus.

Si Oscar remarqua l’étrangeté des paroles de Vénusia elle décida que ce n’était pas le bon moment pour en parler. Mais plus tard…

- Je vais faire venir un docteur mais cela risque d’être long.

Vénusia se mordit la lèvre et prit une décision subite :

-Non! Oscar, excusez-moi, mais la médecine a fait bien des progrès en 200 ans et je connais un peu ce type de blessure… Je reviendrai avec tout ce qu’il faut, faites-moi confiance.

 -Fort bien

Oscar avait fait transporter les deux blessés dans des chambres contigües ce qui facilita les choses. Vénusia soigna d’abord André dont l’état empirait chaque minute. Elle devait cependant être sourde aux cris de douleur d’Actarus dans la chambre voisine, tâche pénible… Désinfecter, suturer, agir contre la douleur et l’infection possibles… Vénusia avait appris cela par la force des choses, d’abord au ranch avec les animaux puis, malheureusement, avec les humains depuis le début de cette guerre horrible. Les trousses de secours des Aigles furent bien utilisées. Oscar prêtait main forte, silencieuse et efficace, ouvrant parfois de grands yeux devant les instruments et les médicaments qu’utilisaient Vénusia. Depuis le « réveil » de sa vieille blessure au bras, causée par le lasernium, Actarus était demeuré plus fragile. Heureusement, le professeur avait pu développer un onguent pour son fils. Cet onguent ne permettait pas de le guérir mais diminuait la douleur et permettait à Actarus d’être fonctionnel si nécessaire. Les trousses en étaient bien pourvues…

Lorsqu’enfin les deux hommes furent stabilisés, Vénusia et Oscar se retrouvèrent dans un petit salon attenant aux chambres des blessés. Un feu brûlait dans l’âtre. Oscar tournait le dos à Vénusia, un verre d’eau à la main. Le silence semblait s’éterniser. Enfin, Oscar dit :

- Il vivra? André je veux dire…

- Il est très faible car il a perdu beaucoup de sang mais s’il se repose, je crois que cela ira…

- Allez-vous m’expliquer ce qui s’est passé?

Son ton était sarcastique. Elle était épuisée physiquement et émotionnellement. « André,  André, si tu savais… »

Vénusia reconnu qu’il fallait dire quelque chose. Encore une fois, les événements la forçaient à révéler des faits qu’elle aurait préféré cacher.

- Les hommes qui nous ont attaqués étaient des soldats de Véga. C’est l’organisation qui cherche à conquérir la Terre à notre époque. Je ne sais pas comment ils sont parvenus jusqu’ici. Je ne vous cacherai pas que cela est très inquiétant. Il faudra se méfier dorénavant…

- Ils vous auraient suivi jusqu’ici?

- C’est possible. Je ne peux pas vous en dire plus! Ce voyage dans le temps est un vrai mystère! La présence de ces hommes semble confirmer que  Véga en est peut-être responsable.

- Et pour ces… habits?

Oscar ne s’était pas encore changée. Dans une glace proche, elle observa son allure en détail pour la première fois.

-Actarus… est différent de nous tous. Lorsqu’il effectue cette métamorphose normalement cela ne se passe pas ainsi… Et vous Oscar, vous sentez-vous bien? Y a-t-il une différence?

- Non, sauf peut-être que je me sens mieux…. plus forte on dirait.

Oscar ne semblait tout de même pas rassurée même si elle tentait de le dissimuler. Vénusia poursuivit:

- Écoutez, je connais très bien mon ami. C’est l’homme le plus courageux qui soit. Il se sacrifierait pour sauver une seule personne de cette planète! Je suis persuadée que vous ne risquez rien, qu’il va pouvoir tout expliquer lorsqu’il se réveillera…

Sa voix se brisa. Oscar dit document :

- Vous l’aimez n’est-ce pas?

- Oui…

Un long silence suivit cet aveu.

- Vous avez été très courageuse ce soir. Vous avez sans doute sauvé André, dit enfin Oscar.

-Et vous avez certainement sauvé Actarus… Oscar, je l’aime plus que ma propre vie… Mais vous comprenez cela, j’en suis sûre…

- Que voulez-vous dire?

- Que vous aimez André… Je l’ai bien vu ce soir…

Elle pensait : « Et André vous aime aussi, j’en suis sûre. Mais ce secret-là ne m’appartient pas… »

Mais Oscar secouait la tête :

- Taisez-vous, vous ne savez pas ce que vous dites…

- Mais pourquoi  cette réaction? Je ne comprends pas…

- Ne vous êtes-vous pas demandée la raison de ma … double identité Vénusia?

- Oui, bien sûr mais…

- Les hommes de ma famille ont toujours servi dans l’armée. Les Jarjayes protègent les rois de France depuis de nombreuses générations. Ors, je suis la dernière d’une flopée de petites filles… Ma mère ne pouvant plus avoir d’enfants, mon père décida de m’élever comme il aurait élevé son fils… Seules quelques personnes connaissent la vérité à mon sujet. Comment voulez-vous que moi, un « homme », un soldat de surcroit, je connaisse l’amour auprès d’un autre homme…

Les larmes coulaient maintenant sur les joues de la jeune femme. Elle murmura : « Oh mon André… »

 Un murmure :

- Espèce d’idiot…

-Oscar? Ce n’était qu’un souffle, André se réveillait lentement.

Des cascades dorées, soyeuses, entouraient son visage. Il respira une odeur qu’il connaissait, qu’il aimait depuis toujours…

- Qu’est-ce qui t’as pris? Si jamais tu meurs, je ne te le pardonnerai jamais…

- Oscar!

La jeune femme releva enfin la tête. Elle lui tenait la main. Son visage était si près de celui d’André… La lumière dorée qu’André avait distingué c’était tout simplement les longs cheveux d’Oscar lui frôlant le visage.

- Je n’ai pas l’intention de mourir tu sais…

À ces mots. Oscar, un peu de son angoisse dissipée, rit doucement.

- Tu m’as fait très peur…

- Oh pas plus que tu ne me fais peur chaque fois que tu es blessée ma chère!

Les paroles d’André cherchaient à masquer son amour mais n’y parvenaient plus. Il la regardait avec tendresse alors qu’Oscar, soulagée laissait perler une larme.

- Oscar! Mais comment es-tu habillée? On dirait… On dirait l’un d’eux!

- Ce n’est rien, je t’expliquerai plus tard. Maintenant il faut te reposer.

- À vos ordres, mon colonel… dit André en souriant, le sommeil l’emportant déjà…

« Oh Actarus! Encore une attaque, encore une blessure, encore une nuit passée à ton chevet, remplie d’angoisse! Tout cela n’en finira donc jamais? » Vénusia observait les traits d’Actarus, ses cheveux en désordre sur l’oreiller, la sueur qui perlait à son front. « Si je pouvais prendre ta douleur et la faire mienne… Mon amour… » La jeune femme, épuisée, s’endormit, sa main serrant celle d’Actarus…

Lorsqu’Actarus, s’éveilla, il reconnut aussitôt la chambre de la maison des Jarjayes.

- Oh!  Mais qu’est-ce que je fais ici encore? Hum… mon bras…

La douleur n’avait pas disparu mais au moins c’était supportable. Il senti un poids et tourna le regard vers la jeune femme endormie, la tête posée sur son torse.

-Eh! La belle au bois dormant!

Il caressa les cheveux de Vénusia qui s’éveilla enfin :

-Actarus! Enfin! Comment va ton bras?

-Mieux. Cela faisait longtemps qu’il ne m’avait pas fait souffrir de cette façon…

Vénusia l’observait curieusement…

- Vénusia? Qu’y a-t-il?

- De quoi te souviens-tu à propos d’hier soir?

- On a été attaqués par un homme de Véga! Vénusia je…

- Calme-toi, ces deux-là ne nous menacerons plus.

- Deux ! Mais…

-Continue ton récit, tout va bien.

Impressionné par le calme de son amie, Actarus continua en hésitant :

- J’ai vu André se précipiter sur celui qui nous menaçait et puis j’ai senti un tir m’atteindre… Mon bras me faisait tant souffrir que je ne me souviens plus tellement de ce qui s’est passé ensuite. Et puis je vois beaucoup d’images confuses, sans rapport avec la soirée certainement… Il me semble…

- Actarus, te souviens-tu t’être métamorphosé à un moment?

- Je … oui … peut-être… Mais ce n’était pas comme d’habitude…

 Vénusia sourit malgré la situation :

- « Pas comme d’habitude », comme tu dis!

Vénusia entreprit de lui raconter les événements de la veille incluant les détails de la bataille et la fin de cette métamorphose étonnante. Très embarrassé, Actarus essaya de comprendre ce qui était arrivé.

- Eh bien, j’étais confus, je n’avais pas conscience de ce qui m’entourait. Il semblerait que j’aie perdu le contrôle et combiné certaines images vues dans la galerie des portraits avec le processus habituel. Et je n’ai jamais touché personne pendant la métamorphose… Peut-être aussi…

Il n’acheva pas. Il semblait bien que les euphoriens avaient un tendon d’Achille après tout mais il n’osait pas l’avouer à Vénusia. C’était sans compter sur l’entêtement de la jeune femme :

- Peut-être quoi? Ne me cache rien Actarus je t’en prie!

- D’accord mais promet-moi de ne pas rire…

- Promis.

- Le vin.

- Quoi, le vin ?

- Je n’ai bu qu’une seule gorgée, Vénusia, une seule! Je n’en connaissais pas les effets… C’était la première fois que j’y goûtais… Vénusia tu avais promis de ne pas rire!

Vénusia avait un fou rire incontrôlable dû peut-être à la fatigue accumulée de la nuit jumelée au soulagement de le savoir hors de danger.

-  Je suis désolée, c’est vrai. Je ne rirai plus. Crois-tu qu’il y aura des… effets à long terme?

- Je ne vois pas pourquoi. Je devrai m’excuser auprès d’Oscar cependant…

- Une chose incroyable de plus à expliquer… Tu sais que si nous étions au Moyen-Âge, on pourrait nous brûler pour sorcellerie!

- Remercions la providence de n’être revenus qu’au XVIIIe alors…

-Mais attend-moi voyons! Si tu crois que c’est facile de marcher empêtrée dans ces maudites jupes!

- Et alors, on ne pouvait pas se promener dans nos vêtements habituels! Ce n’est pas de ma faute si la mode n’est pas  encore au pantalon pour dame!

Alcor ralentit tout de même le pas, permettant à Phénicia de le rejoindre.  Cette dernière portait une robe toute simple, en lin bleu pâle avec un fichu pour couvrir ses épaules. Elle avait aussi remonté ses cheveux en un chignon bas et s’était couvert la tête d’un petit bonnet de lin blanc. Le plus difficile pour elle était sans doute de porter ces souliers peu confortables… Le jeune homme portait une culotte brune, une chemise grise et une veste longue sans manches. Le professeur leur avait demandé d’emporter ces vêtements, appréhendant le fait qu’ils auraient peut-être à passer inaperçus.

Ils arrivèrent enfin en vue de leur objectif : une petite auberge. Ils l’avaient repérée la nuit précédente lors de leur premier passage au-dessus de la région. Ils avaient résolu de faire des recherches aériennes la nuit, lorsqu’ils risquaient moins d’être vus. Comme ils n’avaient rien trouvé d’autre d’intéressant, Alcor avait suggéré de se rendre dans cette auberge pour glaner des nouvelles:

- On n’aura qu’à écouter les conversations des commères! Si Goldorak et Vénusiak sont apparus dans la région, tu penses bien que les gens ont dû en jaser!

Ils entrèrent dans une pièce chaude et enfumée qui sentait fort l’oignon et la sueur. La princesse d’Euphor fronça le nez et Alcor sourit de la voir si mal à l’aise. L’aubergiste, un petit homme joufflu aux cheveux gris en broussailles, s’approcha :

- Alors, ce sera quoi?

- Euh… Quelque chose à boire?

- Du vin alors?

- Non, un thé fera l’affaire s’il vous plait.

L’homme s’en retourna en grognant. Alcor et Phénicia observèrent les gens qui se trouvaient dans la salle : deux jeunes hommes, dont l’un portait des marques de petite vérole au visage, discutaient avec animation. Deux autres étaient assis sur les bancs à fumer la pipe et lorgnaient une jeune fille qui s’affairait devant l’âtre. Alcor tendit l’oreille lorsqu’il entendit le mot « fantôme » dans la conversation des deux premiers:

- Je te dis, verts qu’ils étaient! Et plus grands que Marcel au village! disait celui qui portait des marques.

- Tu rêves quoi! Des fantômes à notre époque! Tu avais encore trop bu, oui!

- Non! Et puis, tu sais très bien ce qu’on raconte dans la région: le vieux château, l’est hanté… depuis toujours!

Alcor s’approcha :

-Vous parlez de vrais fantômes?

-Pour sûr, répondit le premier. Sur la route du vieux château! Et je ne suis pas le seul à les avoir vus! Demandez au fils du notaire. Tout le monde dit que son cheval s’est cabré en les croisant sur la route!

- Et où se trouve ce château? Excusez mon ignorance, je ne suis pas du pays…

La conversation était plutôt plaisante et le visage ouvert d’Alcor inspirait la confiance. Tout se déroulait bien jusqu’à ce que…

-Bas les pattes, grosse brute!

Alcor se retourna. Phénicia tenait l’un des deux autres hommes en respect avec un tisonnier. L’homme se tenait le bras comme s’il venait d’être frappé. La jeune fille avait le bonnet de travers et des mèches s’échappait de son chignon. Son regard lançait des éclairs.

- Alcor ! Tu as fini oui? J’en ai assez de cet endroit! Je veux partir!

Alcor comprit : le bonhomme avait tenté d’approcher Phénicia d’un peu trop près et elle s’était rebellée. Au lieu de perdre du temps en explications, il lança un peu d’argent au joufflu qui accourait et attrapa la main de son amie pour l’entraîner rapidement dehors.

- C’est bien la dernière fois que je t’amène au restaurant!

 

Chapitre 7

Oscar enleva la tenue qu’elle portait depuis cette bataille mémorable et l’étendit sur son lit. Elle n’avait jamais touché de tissu si soyeux et robuste à la fois. De plus, l’ensemble avait moulé son corps comme une seconde peau et avait été si confortable qu’elle ne le quittait qu’à regret. Elle examina le ceinturon blanc de plus près. Il portait une sorte de boucle métallique dorée en forme de rose filigranée d’un travail exquis. Oscar n’avait jamais vu de pareil bijou. Elle déposa le ceinturon sur sa coiffeuse, se demandant s’il ne lui faudrait pas redonner toute la tenue à Actarus…

Vêtue de ses vêtements habituels, elle descendit aux écuries. L’endroit avait toujours été une sorte de sanctuaire pour André et elle. Le jour naissant passait entre les planches mal ajustées des murs et l’endroit sentait le foin fraîchement répandu. Les chevaux auraient besoin de soins et puisqu’André n’était pas en état, Oscar se proposait de faire le travail. « De toute façon, le travail physique me fera du bien… Je pense trop ces temps-ci… »

Il y avait presqu’une heure qu’elle s’affairait lorsqu’une ombre se profila dans la porte. Oscar crut d’abord voir André et s’apprêtait à le sermonner lorsque l’homme s’avança. Elle reconnut Actarus. Aussitôt, le malaise qu’elle ressentait en sa présence depuis leur première rencontre s’installa.

- Bonjour Oscar, j’espère que je ne vous dérange pas?

- Monsieur! Je suis heureux de vous voir en meilleure santé ce matin. Vous vous êtes vite rétabli! Pouvons-nous nous entretenir pendant que je panse les chevaux? Ils en ont grand besoin.

- Je comprends tout à fait, moi aussi je…

Comme Actarus n’achevait pas, Oscar se tourna vers lui :

- Vous…?

- Une partie de mon travail… chez nous…. consiste à m’occuper des chevaux.

- Vous? Je n’aurai jamais cru.

Il avait donc un point commun avec André… Comme cette réflexion la mettait aussi mal à l’aise, elle préféra changer de sujet :

- Vous vouliez me parler?

- Pour vous remercier. Vénusia m’a raconté ce qui s’est passé hier soir… Je vous dois la vie Oscar. Sans vous, cet homme m’aurait certainement tué.

- Je… J’ai agi par instinct je dois dire. Ce n’est rien.

- Ce n’est pas rien! Vous ne semblez pas réaliser Oscar, que vous avez affronté - et vaincu - Vénusia et vous, des hommes très dangereux, bien entraînés et bien mieux armés que vous!

- Très bien. Elle se redressa. Alors peut-être consentirez-vous à m’expliquer ce qui s’est passé après? Je ne comprends toujours pas et cela me rend fou!

Cette fois, ce fut le jeune homme qui parut mal à l’aise :

- Ce …changement ne vous était pas destiné. Je l’effectue lorsque les conditions m’y obligent. Elle me permet d’être au meilleur de mes capacités. C’est devenu instinctif. La douleur et le fait que nous nous touchions à ce moment… ont probablement contribué au phénomène. Je souhaite simplement vous assurer que vous ne devriez pas en ressentir d’effets négatifs…Je suis si confus de cet épisode Oscar… J’espère que vous n’avez pas eu peur?

Oscar avait rougit durant ces explications. Mais c’est d’une voix contrôlée qu’elle répondit :

-Non, j’étais surpris mais je dois dire que l’expérience fut plutôt agréable (elle rougit de nouveau), (Sacrebleu! pensa-t-elle, ce n’était pas bientôt fini?). Par la suite je me  suis sentit…plus fort?

-Alors tant mieux. Je voulais aussi vous dire… Ne soyez pas étonné de ne pas retrouver trace de cette tenue.

-Ah bon? Je suis déçu alors, elle était très confortable! Et je dois dire que l’uniforme d’officier vous allait comme un gant!

Actarus sourit, gêné. Oscar fut satisfaite d’avoir retourné un peu la situation. Cette petite taquinerie avait fait diminuer un peu la tension entre eux.

-M’expliquerez-vous d’où vous vient ce… don?

Il y eut un silence. Actarus réfléchissait que si jamais quelqu’un de Véga apprenait ce qui s’était passé, il devinerait que le prince d’Euphor se trouvait dans cette demeure. De plus, révéler à une personne née au XVIIIe siècle qu’il y avait de la vie sur d’autres planètes lui semblait tout à fait irresponsable. Et si cela influençait les événements à venir? Si cela changeait le futur? Son propre comportement de la veille avait déjà bien assez compliqué les choses! Il baissa la voix et dit finalement :

-Oscar je dois vous demander instamment de ne pas chercher à le savoir. Ce secret, s’il était révélé, pourrait permettre à nos ennemis de nous retrouver et cela vous mettrait tous en danger.  J’ai pleinement confiance en vous mais les événements d’hier nous confirment que nous sommes sûrement surveillés…

Oscar était déçue mais pas surprise. D’une certaine façon elle comprenait les arguments obscurs du jeune homme. Et malgré le sentiment bizarre de gêne qui subsistait entre eux elle ne pouvait s’empêcher de lui faire confiance.

Actarus prit une brosse et ils travaillèrent de concert pendant un petit moment, en silence. Enfin Oscar demanda :

-Actarus, pouvez-vous me dire … Je veux dire… Vous savez ce qui va arriver plus tard… Vous connaissez notre avenir puisque c’est votre passé… Ces troubles vont-ils cesser en France? Les gens vont-ils retrouver la sérénité ? Aurons-nous…  la guerre?

Elle ne savait pas trop comment s’exprimer et bafouillait. Elle pensa : « Si je me mets encore à rougir, c’est la fin de tout! »

Mais Actarus avait compris. Il secouait la tête :

-Je suis désolé, Oscar, ce serait pure folie de ma part que de vous dire quoi ce soit. Je comprends votre curiosité mais imaginez que je vous dise ce qui va vous arriver demain ou plus tard. Vous pourriez changer votre comportement et alors les événements qui doivent survenir pourraient ne pas avoir lieu! Cela pourrait être catastrophique!

Oscar avait baissé la tête, confuse et un peu honteuse. Bien sûr, c’était tout à fait logique qu’il ne puisse rien dire…

Le jeune homme observa cette femme si différente de toutes celles qu’il avait connues et repensa à une conversation qu’il avait eue avec Vénusia à son sujet. Celle-ci avait conclu en disant tristement : « C’est tellement dommage pour Oscar et André! Ils sont si malheureux tous les deux, alors que le bonheur est à portée de main! ». Actarus ne voulait pas  laisser Oscar ainsi, sur cette note de refus. Il voulait l’aider. Il dit enfin :

-Je préfère m’adresser à vous comme à un contemporain et peut-être, si vous le permettez, comme à un ami. Je crois que chaque personne est responsable de sa propre destinée, peu importe son origine. Nous pouvons être forcés de vivre certaines situations mais la façon dont nous réagissons… cela nous appartient. Je suis bien placé pour le savoir…

Oscar releva la tête, surprise :

- Vos paroles… sont pleines de sagesse monsieur. Et votre amitié… est la bienvenue.

La femme en habits masculins née au XVIIIe siècle et le prince d’une autre planète se serrèrent la main. Pour Oscar, le malaise avait tout d’un coup disparu…

 

Chapitre 8

Le soir était de nouveau descendu sur la Normandie.  Le ciel était couvert de nuages menaçants et l’on entendait quelquefois rouler le tonnerre. Deux jeunes gens se glissaient parmi les ruines d’un très ancien château. Le jeune homme portait une lampe torche telle que ce siècle n’en avait jamais vu…

-Alcor, tu es sûr que c’est ici?

-Non, je ne suis sûr de rien. Mais les hommes de l’auberge parlaient d’un vieux château et celui-ci se trouve être le plus près.

-Vas-tu m’expliquer pourquoi nous sommes à la recherche de fantômes?

-Je ne crois pas qu’il s’agisse vraiment de fantômes Phénicia. Mais si on parle de phénomènes suspects, moi je pense tout de suite à Véga… Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai un mauvais pressentiment.

Phénicia frissonna. Elle se souvint de la nuit précédente alors qu’ils patrouillaient, à la recherche de son frère et de Vénusia. Cette horrible sensation qu’elle avait tout à coup ressentie. Actarus était en danger… Cette douleur au bras… Elle avait même momentanément perdu le contrôle de son appareil et il leur avait fallu rentrer à la « cachette » dans les bois plus tôt que prévu. Maintenant le sentiment avait disparu mais le souvenir restait, désagréable. Un mouvement, un bruit la firent sortir subitement de sa rêverie :

-Alcor attention! chuchota-t-elle

Alcor et Phénicia se cachèrent rapidement dans un fourré tout près. Ils virent passer près d’eux une ombre immense sur un engin très rapide, de la grosseur d’une moto. L’appareil semblait flotter à quelques centimètres au-dessus du sol. Il filait en produisant un son aigu mais de faible intensité.

- Je te parie tout ce que tu voudras que cette chose n’était pas un fantôme, dit Alcor.

La foudre éclaira le ciel et la pluie se mit à tomber avec violence, poussée par le vent.

Actarus et Vénusia avaient attendu que leurs hôtes soient montés se coucher avant de quitter la demeure en silence. Actarus avait résolu de partir en reconnaissance au-dessus de la région avec Goldorak et Vénusiak pour tenter de repérer l’ennemi qui les avait attaqués la veille. Patrouiller de nuit n’était pas l’idéal mais il fallait éviter à tout prix d’être aperçus par la population. Un violent orage avait éclaté en début de soirée ce qui avait rendu les conditions de vol vraiment difficiles, surtout pour Vénusiak, conçu surtout pour la plongée.

-Actarus ces vents sont trop forts! J’ai du mal à rester stable!

-Hum… et la foudre dérègle les instruments. Cela fait trois fois que je réinitialise… Rentrons Vénusia, cela ne sert à rien de s’entêter cette nuit. Nous reprendrons les recherches demain.

-Bien reçu.

Goldorak atterrit dans la clairière qui leur servait de refuge bientôt suivi de Vénusiak. Les tenues de combats furent échangées contre les vêtements qu’ils portaient depuis leur arrivée. L’orage avait redoublé de violence. Actarus précédait la jeune femme avec une lanterne empruntée à la résidence des Jarjayes. Le vent soufflait à travers les branches qui étaient fouettées dans tous les sens. La pluie était aveuglante. Actarus tendit la main derrière lui pour guider Vénusia mais ne trouva personne…

- Vénusia! Vénusia! Où es-tu!? VÉNUSIA!

- Imbécile! Ce n’est pas le prince!

«  Qu’est-ce qui m’arrive? Où suis-je? Ma tête… » Des images floues, un sol dur sous ses jambes… Vénusia s’éveilla lentement. Une douleur battait à sa tempe, elle était étourdie et elle avait le cœur au bord des lèvres. Elle tenta de bouger les bras…  et se rendit compte qu’elle avait les mains attachées.

- Ce n’est qu’une terrienne!

Déneb poussa la jeune fille du pied. Vénusia serra les dents.

-Hum… Tiens, plutôt jolie cependant… Remarque qu’avec cet accoutrement on pouvait la prendre pour un garçon…

Une lueur dangereuse s’alluma dans les prunelles rouges du capitaine.

-Toi, va surveiller dehors pendant que je m’occupe de notre… invitée.

Vénusia entendit des pas s’éloigner sur le sol de pierre. Elle distinguait  de mieux en mieux ce qui l’entourait. Elle était adossée, les mains liées au-dessus de sa tête à une colonne. C’était un endroit sombre, éclairé seulement par une lanterne posée au sol. La lumière verte faisait ressortir des murs de pierre, des ouvertures en forme d’ogives, quelques statues de saints sur des piédestaux et un autel un peu plus loin. Tout avait l’air délabré… Une chapelle abandonnée?

Déneb se pencha vers le visage de Vénusia.

- Je suis le capitaine Déneb. Nous t’avons trouvée près de l’endroit où mes hommes ont disparu. Alors écoute-moi bien petite terrienne, si tu ne veux pas d’ennuis, tu vas me dire où se cache le Prince d’Euphor.

Vénusia resta muette. L’homme la frappa du revers de la main et la tête de Vénusia heurta la colonne, renouvelant ses étourdissements. Un poignard court apparut dans la main de Déneb. Il en fit miroiter la lame devant les yeux de la jeune femme, savourant la terreur muette que cela faisait naître.

- On m’a dit que les humains étaient faibles… mais que les terriennes pouvaient se montrer … conciliantes. Je connais quelques moyens de te faire parler, tu sais.

Sur ces derniers mots, la lame descendit lentement, son côté plat sur la peau du cou de Vénusia. Déneb la fixait alors qu’elle serrait les mâchoires, bien décidée à ne pas lui donner le plaisir de la voir réagir.

- Si tu ne veux pas parler, c’est donc que tu le connais… Une amie du prince donc… Comme c’est intéressant…

La lame se glissa insidieusement sous la chemise de Vénusia. Il marqua un arrêt avant de sourire sadiquement.

-NON!

La lame avait déchiré d’un coup le tissu de la chemise, du cou à l’abdomen, laissant voir la peau pâle.

-NON! NON! Laissez-moi!

Vénusia se tortillait, tentait de se relever, de donner des coups de pieds mais Déneb se tenait hors d’atteinte et faisait calmement l’examen du corps de sa captive, écartant les pans de chemise avec la pointe de son arme. Enfin, il lui remit le tranchant du couteau sous la gorge :

-Ça suffit maintenant, tu vas te taire… À moins que ce ne soit pour me révéler où se trouve celui que je cherche… Non? Alors tant pis pour toi.

Vénusia s’apprêtait à ressentir la morsure de l’acier. Mais le contact sur sa peau ne fut pas celui d’une lame…  Vénusia hurla de nouveau, impuissante, humiliée, avilie… Malgré tout, elle tut le nom de celui qu’elle appelait de tout son être, décidée à le protéger envers et contre tout.

-Oh non, Vénusia, non!

Phénicia se tenait la tête à deux mains, recroquevillée dans le coin du hangar où Alcor et elle s’étaient réfugiés à l’abri de l’orage. L’endroit n’avait presque plus de toit. La pluie entrait par les multiples ouvertures et les éclairs l’illuminaient périodiquement. Alcor, très inquiet, lui toucha doucement l’épaule mais elle eut un mouvement de recul. Il laissa retomber la main, impuissant.

- Phénicia? Qu’y a-t-il, dis-moi je t’en prie!

- C’est… c’est Vénusia, quelqu’un  lui fait du mal, répondit-elle dans un souffle.

Alcor, désemparé, s’approcha une fois de plus pour lui entourer les épaules de son bras. Cette fois-ci Phénicia appuya son front sur la poitrine de son ami, tentant de calmer les battements affolés de son cœur. Alcor attendit patiemment.

- Peux-tu me dire ce qui se passe?

- Quelqu’un… lui a fait du mal et... C’est tout ce que sais.

Il y eu un silence puis Phénicia dit tout bas :

- Je te vengerai petite sœur…

...

Actarus sentait la panique le gagner lentement. Il ne retrouvait pas Vénusia. La lumière de la lanterne était bien faible dans cet orage et la flamme menaçait sans cesse de s’éteindre. Il distingua enfin des traces de pas profondes dans le sol mouillé. Il les suivit jusqu’à ce qu’il découvre un petit bâtiment sombre surmonté d’un clocher à moitié écroulé. Il aperçut une faible lueur verdâtre par les vitraux brisés. Comme il s’approchait, une ombre bougea. Actarus se cacha prestement derrière un gros chêne.

- Un homme de Véga!

C’était l’un de ces soldats sans visage affublé d’une cagoule verte comme ceux qui les avaient attaqués auparavant. Il était armé et semblait monter la garde devant la porte. Soudain, à travers le bruit du vent, Actarus entendit des cris provenant de l’intérieur:

« Vénusia! »

Saisi d’appréhension, il chercha fébrilement un moyen d’entrer.

« Si je veux m’introduire je devrai d’abord me débarrasser de ce garde. »

Silencieusement, il contourna la bâtisse puis suivit le mur pour se placer à l’angle de la façade où se situait la porte. Dès que le garde eut le dos tourné, Actarus l’assomma d’un violent coup de poing. L’homme s’affaissa puis disparut dans un halo lumineux.

« Oh! Quelle horreur! Il a dû tomber sur son arme qui se sera déclenchée. Il s’est vaporisé… »

Actarus hésita avant d’ouvrir la lourde porte :

« Si j’entre par ici, je risque fort de me faire canarder par ceux qui sont à l’intérieur. Mieux vaut trouver un autre accès. »

Avisant le chêne qui le cachait quelques minutes auparavant, il eut une idée. Il rampa dans le sous-bois et,  profitant du vent qui couvrait le bruit,  il trouva, derrière la chapelle, un autre arbre, encore plus gros et plus solide que le premier et dont l’une des branches surplombait le toit de la bâtisse. Actarus se mit à grimper. Des bourrasques subites gonflaient son long manteau et, privé de la faible lumière de la lanterne, il devait chercher à tâtons les prises adéquates. Lorsqu’il fut en position devant l’une des fenêtres ornée de vitraux abîmés, il tenta de distinguer ce qui se passait à l’intérieur mais la lumière était trop faible. Actarus se concentra : sa vision spéciale lui permit enfin de discerner ce qui se passait. Ce qu’il vit lui mit la rage au cœur.

-NON! Arrête!

D’un bond prodigieux, Actarus sauta, brisant  le vitrail.

Le cauchemar s’interrompit soudain pour Vénusia. Elle vit son agresseur lever les yeux vers l’intrus, le couteau à  la main. Lorsqu’elle aperçut Actarus, elle ressentit à la fois un soulagement infini et une profonde gêne.

D’un coup de pied, Actarus fit voler le couteau qui alla tomber quelque part dans l’ombre.

-Qui es-tu pour oser t’interposer ainsi?

Actarus ne répondit pas. L’homme lança son poing mais, vif comme l’éclair, Actarus l’évita. Les coups se mirent à pleuvoir de part et d’autre. Déneb était très fort, plus fort encore qu’Actarus mais ce dernier avait pour lui la vitesse et l’agilité. Soudain, l’homme de Véga se précipita, tête première, frappant Actarus à l’estomac. Ce dernier perdit le souffle et s’écroula, la douleur le privant momentanément de ses sens. Déneb en profita pour lui sauter sur le torse et l’empoigner à la gorge. Actarus respirait de plus en plus difficilement. Sa vision se brouillait. Les mains crispées sur les poignets de son assaillant, il tentait vainement de lui faire lâcher prise lorsqu’il entendit un cri :

- Actarus!

Rassemblant ses dernières forces, le jeune homme donna un formidable coup de rein. Déneb roula sur le côté. Aspirant l’air à grandes goulées, Actarus se redressa et se prépara à donner l’assaut final. Vénusia avait été témoin de tout, encore sous le choc et angoissée à l’idée qu’elle ne pouvait rien faire pour lui venir en aide. À ce moment, leurs regards se croisèrent et soudain Actarus sentit renaître ses forces. Déneb, plus loin, se relevait déjà. Il vit le danger mais ne put éviter Actarus qui, d’un autre bond, fut sur lui et l’envoya de nouveau au sol d’un coup violent porté à la tempe. L’homme s’écroula enfin, sonné.

Avisant le couteau tombé derrière une statue, Actarus s’en saisit et coupa les liens de Vénusia. Doucement, il l’enveloppa de son manteau.

- Viens, partons.

Ils entendirent soudain la porte s’ouvrir et quelques secondes plus tard, le bruit aigu d’un moteur qui démarrait puis s’éloignait dans la forêt.

- Il s’est enfui. Tant pis, nous ferions mieux de rentrer. Je…

Actarus s’interrompit. Vénusia était recroquevillée sur le sol, serrant sur elle le manteau, tremblante et le visage détourné.

-Vénusia… Est-ce que ça va?

Il redoutait la réponse. Le visage de la jeune femme était si blême et elle avait eu un regard si rempli de frayeur tout à l’heure!  Vénusia répondit d’une voix sourde :

- Excuse-moi. Ça va aller… Tu es arrivé avant que… avant qu’il… J’ai juste besoin de quelque secondes pour me ressaisir…

Le jeune homme s’assit près d’elle et l’entoura de ses bras. Cette fois-ci, il n’y avait aucune gaucherie dans ses gestes.

- Là… Prend tout ton temps… Vénusia… j’ai eu si peur pour toi!

La jeune femme fermait les yeux. Tout un tourbillon de sentiments faisait rage en elle. Elle n’arrivait plus à penser et tentait de retenir ses larmes. « Il voulait que je sois forte. Eh bien, c’est le  moment ou jamais… »

Alcor, trempé rentra dans le hangar où Phénicia l’attendait.

-Il y a quelque chose de  caché parmi les ruines, un peu plus loin. À un moment, une sorte de mur invisible m’a empêché d’avancer. C’est peut-être un camouflage, une sorte de champ magnétique qui reflète les ondes lumineuses de façon qu’on ne puisse pas le distinguer. Sûrement qu’on pourrait le détecter avec nos instruments. Mais j’hésite à attaquer. Le jour approche et les habitants pourraient nous voir. Mieux vaut attendre la nuit prochaine.

- Ce ne sera pas facile, sans Goldorak…

- Je sais…

Alcor vit les yeux cernés et les traits tirés de son amie.

- Phénicia, tu sembles épuisée. Nous devrions rentrer à notre cachette et nous reposer. Je mettrai les instruments en mode surveillance et si ce monstre décolle nous en serons avertis aussitôt.

.. .

L’orage avait cessé. Les bois étaient silencieux, ponctués seulement du bruit des gouttes que laissaient échapper les branches. Les deux jeunes gens avançaient lentement, leurs pas s’enfonçant dans le sol humide. Actarus ne lâchait pas la main de Vénusia dont les doigts étaient glacés. Le jeune homme ne pouvait pas retrouver son calme. Ses pensées tournaient, tournaient, répétant sans cesse la même litanie :

-J’aurais pu la perdre…  J’aurais pu la perdre…  Si cet homme, ce porc… J’aurais pu la perdre alors que … alors que sans elle… Ma petite Vénusia…

Lorsqu’ils arrivèrent en vue de la grande demeure, Actarus se dit qu’il fallait qu’il se décide. Il allait parler lorsque Vénusia trébucha de fatigue. Instinctivement, il la retint contre lui. Vénusia avait les yeux fermés et elle était si pâle qu’Actarus craignît qu’elle ne s’évanouisse.

-Viens, rentrons. Il faut te reposer.

Il pensa : «  Je vais lui parler. Dès qu’elle sera un peu remise. Ceci n’a que trop duré. »

Déneb s’étendit sur la petite couchette d’urgence située à l’arrière du poste de pilotage. L’antérak était conçu pour transporter jusqu’à cinq membres d’équipage en plus du pilote. Maintenant il était seul. Il n’avait pas retrouvé son dernier homme lors de sa fuite et était revenu seul avec le lévigrav. Déneb activa la console médicale et laissa les rayons bienfaisants apaiser ses douleurs. Son corps était meurtri : contusions multiples, coupures… Et son œil était si enflé qu’il avait du mal à l’ouvrir.

-Ainsi je t’ai retrouvé, prince d’Euphor! Car qui d’autre pouvait me défier ainsi, à mains nues, et s’en tirer à si bon compte?

Déneb avait une partie des réponses qu’il recherchait depuis son arrivée. Mais pas toutes.

- Mais cela ne fait rien. Maintenant j’ai un plan.

Il s’endormit sous les rayons et rêva de vengeance.

 

 

 

Chapitre 9

Ils étaient apparus tous deux dans le vestibule, trempés et boueux, Actarus tenant Vénusia dans ses bras. Actarus avait dit : « Je vous en prie Oscar, aidez-là! Elle refuse de me parler! Peut-être sera-t-elle plus à l’aise avec vous? »

- Mais monsieur…

- Elle a besoin d’une présence féminine en ce moment sans doute…

Il s’interrompit. Dans son désarroi, il avait oublié de jouer le rôle de celui qui ignore la vérité.

- Pardonnez-moi Oscar… Je voulais seulement dire… C’est-à-dire que…

Oscar soupira… Vénusia lui avait dit bien sûr… Et il avait feint l’ignorance pour ne pas la gêner.

- Cela n’a aucune importance. Il vaudrait mieux s’occuper de votre amie.

Elle fit préparer un bain chaud pour la jeune femme et, tandis que Vénusia était absente, il lui fit le récit de ce qui s’était passé.

- Votre histoire est troublante Actarus… Soyez sans crainte, je vais tenter de savoir ce qu’elle a.

Vénusia était assise devant l’âtre lorsqu’Oscar entra. Elle observait le feu tout en se séchant les cheveux d’un air absent. On lui avait prêté une longue chemise de lin dans laquelle elle semblait perdue et très fragile. Oscar s’approcha doucement :

-Comment vous-sentez-vous?

- Oh, ça va Oscar…

- Vous savez, votre ami est très inquiet à votre sujet.

- Vraiment? Pourtant je lui ai dit que tout allait bien.

- Il ne le croit pas. À vous regarder, moi non plus d’ailleurs.

- Que voulez-vous que je vous dise? Il ne s’est rien passé de grave…

Sa voix se brisa. Oscar s’agenouilla devant la jeune femme et lui prit la main. Elle lui dit tout bas :

- Alors pourquoi êtes-vous si triste? Que s’est-il réellement passé Vénusia?

- Il ne s’est rien passé de grave mais si Actarus n’était pas intervenu… Et puis, je ne dois pas réagir ainsi, je dois être forte…

La voix de Vénusia était devenue un murmure et des larmes perlaient à ses cils.

- Et pourquoi donc?

- Mais pour lui! Nous sommes isolés ici, dans cette… période qui n’est pas la nôtre. Il ne faut pas qu’il s’en fasse pour moi.  Il ne faut pas que je sois un boulet. Il faut que ses énergies aillent ailleurs.

Oscar sentait la colère la gagner. Elle retint les paroles dures qui lui venaient en tête. « Elle se sacrifie pour lui! Et elle gardera sa peine pour elle pour lui éviter des soucis! Elle a subit tout cela et maintenant elle le déchargerait de toute responsabilité?»

Pour la première fois, Oscar se prit à admirer le courage d’une autre femme. Pas comme elle avait jadis admiré la future reine Marie-Antoinette devant les médisants de la cour ou cette Jeanne de Valois, énergique et rusée devant ses accusateurs. Non, Vénusia était différente. Elle avait une force morale peu commune et était prête à occulter ses propres sentiments pour protéger celui qu’elle aimait. Et lui, méritait-il ce dévouement?

-Vénusia, vous êtes forte! Vos larmes n’y changent rien. Cela n’a rien à voir… Cet homme vous a torturée et vous n’avez rien révélé! Et cessez de penser que vous êtes seuls. Je suis là. Je… nous ne vous abandonnerons pas.

- Oh… merci Oscar.

Les larmes coulaient mais, d’une certaine façon, maintenant Vénusia n’en avait plus honte. Oscar la conduisit vers le lit et la borda doucement.

-Reposez-vous Vénusia.

Oscar retrouva Actarus dans le petit salon. Il observait  les flammes de la même manière que son amie quelques minutes plus tôt.

« Il a l’air épuisé. À quoi pense-t-il? Se doute-t-il des sacrifices que fait Vénusia pour lui? »

-Oscar! Vous a-t-elle parlé? Comment va-t-elle?

Toujours irritée, Oscar lui lança :

-Elle s’en remettra. Elle vous a démontré son courage, non? En fait, elle s’en fait pour vous…

-Pour moi?

Dans son humeur présente, Oscar prit cette réponse pour de l’inconscience de la part d’Actarus. Elle se précipita, l’empoigna au collet et le rudoya :

- Oui pour vous! Êtes-vous donc si aveugle? Ou alors cela vous est-il complètement égal? Elle ne vous montre pas sa peur. Elle cache ses émotions de peur d’être un fardeau! Elle!

Interdit par les gestes autant que par les paroles de la jeune femme, Actarus se taisait. Oscar continua :

-Ah! Cela vous va bien de parler de destinée et de responsabilité face aux événements! Mais les autres? Ceux qui souffrent à cause de vos décisions? Ceux qui vous aiment…

Oscar s’interrompit subitement. Elle le relâcha, le regard soudain vague, comme tourné à l’intérieur d’elle-même. Sa voix devint douloureuse :

-Qui suis-je pour vous faire la leçon?...

Ses propres paroles avaient résonné désagréablement en elle. La situation d’Actarus était-elle un miroir de la sienne?  « André… c’est donc toi qui souffre! » Elle se sentit soudain écœurée d’elle-même et très lasse. Actarus comprit sa réaction et, plus encore, les raisons la motivant. Il lui posa une main sur l’épaule:

- Je sais où se trouve mon devoir, Oscar. Je sais aussi pourquoi il est temps maintenant que je cesse de dissimuler mes sentiments. J’aurais dû le faire il y a longtemps. Mais il y a certaines sortes de courages qu’il me fallait encore apprendre. Il n’est pas trop tard pour Vénusia et moi…

Ses yeux cherchèrent ceux d’Oscar :

- Ni pour André et vous.

Un silence suivit ces paroles. Oscar sentait renaitre un peu d’espoir. Émue, elle dit enfin :

- Non, il n’est pas trop tard…

Oscar alluma la bougie sur sa table de chevet. Elle fixa la petite flamme sans la voir. Elle n’arrivait pas à dormir. Pourtant elle n’était plus secouée de ces douloureuses quintes de toux qui la réveillaient, la laissaient épuisée et tachaient ses draps de gouttelettes de sang. C’était étrange de se sentir à nouveau si forte… Cependant depuis quelques jours ses pensées tournaient autour d’un sujet qu’elle avait cru régler en quittant le service de la reine pour s’occuper des Gardes Françaises. « Je suis un homme… aux yeux de tous… Un soldat… Ou n’ai-je été toute ma vie qu’un pantin pour assouvir les ambitions de mon père? ». Elle observa son reflet dans la glace. Une petite voix lui chuchota : « Qui es-tu Oscar? Ou plutôt… » Elle fronça les sourcils « Qui veux-tu être? »

Sur la coiffeuse, une petite rose en or brillait dans la faible lumière…

Malgré son épuisement, Vénusia n’arriva pas à trouver le sommeil. Les pleurs de rage et d’humiliation avaient séché sur ses joues, la laissant vidée, mais son cœur ne trouvait pas le repos. Le petit jour s’annonçait paresseusement par la fenêtre lorsqu’elle se leva enfin. Elle s’habilla, mit son manteau et sortit marcher sur la falaise, l’esprit tourmenté.

Actarus trouva la chambre vide et sentit ses craintes de la veille se réveiller. « Calme-toi, elle est sortie, c’est tout. Ses habits ne sont plus là d’ailleurs… ». Pris d’une soudaine inspiration, il regarda par la fenêtre et distingua faiblement des traces de pas sur le sable mouillé de la plage en contrebas. Il mit rapidement son manteau et suivit les traces. Elles se rendaient jusqu’au sentier qu’il avait emprunté à cheval lors de son premier jour ici. Arrivé en haut, il s’immobilisa. Elle regardait la mer, ses vêtements et ses cheveux battus en tous sens par le vent automnal. Même d’ici, Actarus pouvait voir sa tristesse. Elle en était enveloppée comme d’une seconde cape… Actarus se rendit compte qu’il désirait plus que tout la consoler, la protéger, la chérir… et que la perspective de lui avouer ce qu’il ressentait l’effrayait plus que tous les Golgoths de Véga.

Sans un mot il s’approcha comme pour regarder lui aussi la mer par-dessus son épaule. Comme elle ne s’éloignait pas, et rassemblant son courage, il passa ses bras autour de ses épaules. Il la sentit soupirer et, doucement appuyer sa tête contre lui. Elle  murmura :

-Actarus…

- Vénusia, tu es partie sans m’avertir… J’étais inquiet.

Il parlait tout bas, la bouche près de son oreille, les cheveux de la jeune femme lui fouettant doucement les joues.

- Il ne fallait pas t’inquiéter pour moi. Je suis une grande fille…

- Mais je ne pourrai jamais m’empêcher de m’inquiéter pour toi Vénusia…

Elle pivota. Leurs visages étaient à présent très près. Leurs souffles se mêlaient ensemble à la brise.

-Pourquoi? demanda-t-elle.

- J’ai eu peur pour toi hier…

- Pourquoi? insista-t-elle.

Ils étaient si proches qu’Actarus n’était plus certain si c’était son propre cœur ou celui de Vénusia qui battait contre sa poitrine. D’un coup, une digue se brisa en lui :

-Parce que…   je t’aime. Oh que je t’aime! sa voix était presqu’un sanglot. Je voudrais te protéger, que jamais plus tu ne souffres, que jamais plus nous ne soyons séparés!

Vénusia ne répondit pas. Elle craignait d’être en plein rêve. Mais aucun rêve ne pouvait être plus doux que ce moment. Serrée fort dans ses bras. Son odeur et son regard et sa présence…

Actarus se pencha sur ses lèvres et elle répondit à son baiser doucement d’abord puis avec tant de passion, tant de joie explosive qu’il en perdit la notion du temps. Enfin…

-Je t’aime aussi Actarus… et depuis si longtemps!

Il prit  de visage de la jeune femme dans ses mains et laissa ses yeux bleus se perdre dans le regard de Vénusia. Il se sentait si heureux! Ce bonheur était une force vive, organique, un baume sur son cœur meurtri de tant de souvenirs douloureux, de morts inutiles et cruelles, d’amours blessées.

- Pourquoi ai-je attendu? Je t’ai tant fait souffrir! Je m’en veux maintenant…

- Ne parlons pas de cela. Tout est oublié.

Leur second baiser fut tout aussi intense que le premier. Un océan de promesses…

Il faisait nuit noire lorsqu’Oscar entra dans la chambre d’André. Elle portait un plateau sur lequel on pouvait voir une bougie, des bouteilles d’onguent, des bandages, des éponges. Elle essayait de se persuader qu’elle était venue le soigner mais aucune infirmière n’avait eu les mains si moites, le cœur si palpitant à la pensée de soigner un simple patient.

Il dormait, le souffle régulier, les cheveux en bataille, une barbe naissante sur les joues. Dans son sommeil, il avait tourné la tête dans l’oreiller d’une façon qui permettait à Oscar de voir son œil aveugle, chose qu’il n’aurait jamais permise s’il avait été éveillé. «  Il prend toujours soin que je ne vois pas cette partie de son visage. Il en a honte… Et pourtant c’est de ma faute s’il ne voit plus de cet œil! » Les remords vinrent augmenter le désarroi de la jeune femme. Doucement, elle passa une main dans les boucles brunes.

-Oscar? Mais que fais-tu ici? Est-ce que ça va?

- Oui …oui tout va bien. Je suis simplement venue changer tes bandages…

- En pleine nuit?

- Tu ne veux pas?

« Comme elle est étrange » se dit André. Mais il n’avait jamais pu rien lui refuser… Elle repoussa un peu les couvertures et regarda le corps de son ami à la lueur de la bougie comme si elle le voyait pour la première fois.

-Tu as maigri…

Ses doigts suivaient les muscles de son torse. Hésitante, elle se mit à défaire les bandages et à examiner la plaie. Sa blessure était quasiment guérie ce qui était presqu’un miracle.

- Tu as mal?

- Non

« Je n’ai pas mal, ma chère Oscar, pensait-il, mais si tu continues comme ça… »

Oscar refit le pansement mais lorsqu’elle eut terminé, au lieu de replacer les couvertures, elle mit une main sur sa poitrine et dit :

- André? Si… si tu pouvais choisir ton destin, si je n’étais qu’une simple… qu’une simple femme, quelle serait ta décision?

André se demandait s’il ne rêvait pas. Le jeune homme était abasourdi, jamais Oscar ne s’était conduite comme cela.

- As-tu besoin de poser cette question Oscar? Tu sais que, quoiqu’il arrive, qui que tu sois, je ne désire qu’une chose : être près de toi.

- André… Je voudrais être près de toi… maintenant.

Il ouvrit de grands yeux.  Oscar, soudain prise de peur, retira ses mains mais André les reprit aussitôt.

- C’est ce que tu veux? dit-il doucement.

Elle murmura, rouge de confusion, émue et pourtant déterminée.

- Oui, toi et personne d’autre. Je t’aime… mais je comprendrais si tu refusais. Je t’ai fait tant de mal!

Posant ses mains sur les épaules de la jeune femme, il lui dit :

- Non, j’ai choisi il y longtemps de rester Oscar. Rien ne pourrait me faire partir. Je t’aime.

Ils s’étaient rapprochés. Il laissa ses lèvres courir sur le front puis les joues d’Oscar. Elle s’accrocha à son cou et  il rechercha enfin ses lèvres.  Les lèvres d’Oscar… rieuses et douces et fraîches… Elle baissa les yeux. André, lentement, défit le nœud de la chemise de la jeune femme. Il la lui passa par-dessus la tête et les mèches blondes cascadèrent sur ses épaules. Étonnamment, elle ne portait pas les bandes qui lui comprimaient ordinairement la poitrine. André laissa son regard errer sur le corps de cette femme qu’il aimait depuis toujours. Oscar avait et les joues toutes rouges, chose qui ne lui arrivait presque jamais. Ce fut pourtant d’une voix assurée qu’elle lui dit :

- Je t’en prie… Ne souffle pas la bougie….

Chapitre 10

-Puis-je ravoir du café, s’il-vous-plait? demanda Vénusia.

Oscar avait  invité Actarus et Vénusia à déjeuner dans la petite salle à manger. La nourriture était délicieuse et André la savourait d’autant plus qu’il n’avait ingéré que des bouillons depuis sa blessure. Mais derrière une façade calme, l’atmosphère était pleine de non-dits et André trouvait cela très déroutant. Leurs deux hôtes avaient l’air de ne pas avoir dormi depuis des jours. Malgré cela Vénusia rayonnait et même Actarus  semblait flotter sur un nuage. Il ne semblait pas pouvoir se concentrer sur les différents sujets de conversations qu’André avait tenté d’amorcer. Il passait son temps à essayer de ne pas regarder Vénusia. Quant à Oscar… elle avait joué la comédie une grande partie de sa vie et avait grandi à la cour où elle avait appris à cacher son jeu, ce qui faisait qu’elle avait l’air presque normale. Pourtant, André (qui, de son côté, avait passé sa vie à déceler les humeurs de son amie) lui trouvait une certaine… fébrilité. Lui-même devait se retenir de la toucher, ne serait-ce que pour effleurer sa main… Et pour couronner le tout, il avait surpris de drôles de sourires gênés échangés entre Oscar et Actarus.

-On dirait qu’ils sont de connivence ces deux-là… se dit-il.

Pour détendre l’atmosphère, il proposa une balade à cheval sur la plage. Oscar fronça les sourcils :

- Tu es sûr que tu te sens assez bien pour monter André? Il ne faudrait pas rouvrir ta blessure par des exercices trop violents…

André lui lança un regard appuyé qui la fit rougir jusqu’à la racine des cheveux « Des exercices violents… J’ai bien survécu à cette nuit… » pensa-il, amusé.

Elle se leva brusquement et, pour masquer son trouble, dit :

 -Très bien. Je vais faire seller les chevaux. Nous ferons attention de ne pas trop te fatiguer…

Le vent avait faibli depuis le matin mais la mer, tourmentée, brisait de gros rouleaux gris sur le sable de la plage. Le ciel, couleur de plomb, semblait être en attente… Ils arrivèrent par le sentier au sommet de la falaise et, pour une fois, ils dirigèrent leur regard vers l’intérieur des terres, dos au vent. Une petite plaine s’étendait en contrebas. On pouvait embrasser du regard les bois, les routes et les champs alentours. On distinguait même un petit village à moins d’une lieue …  Ils profitaient de la vue en silence quand Actarus frissonna.

- Qu’est-ce que j’ai? Pourquoi cette appréhension tout à coup? se demanda-t-il.

Soudain, un bruit se fit entendre dans le ciel. Un bruit qu’Actarus avait souhaité ne jamais entendre ici…

- Vénusia regarde!

Une soucoupe grise, jaune et orange et qui faisait bien le double de la taille de la soucoupe porteuse de Goldorak crevait les nuages. Elle vola au-dessus de la plaine et vint s’arrêter un instant au-dessus du village. Puis, dans un grand fracas, elle atterrit en ouvrant sous elle six pattes en forme de losange et en déployant aussi en son centre une tête avec six ouvertures comme de petits yeux.  On aurait dit une sorte d’araignée géante.

- Oh, non! Un antérak!!

Immédiatement, l’appareil lança des rayons mauves vers les habitations. De nombreux incendies se déclarèrent ainsi sous leurs yeux horrifiés. André resta figé devant ce spectacle ahurissant mais Oscar prit les rênes d’Actarus et lanca un cri :

- Actarus! Que se passe-t-il? C’est… c’est horrible! Ce sont vos « ennemis » n’est-ce pas? Que pouvons-nous faire?

Le jeune homme lui répondit gravement :

- Prenez le plus de chevaux possibles et faites évacuer le village. Il ne servira à rien d’essayer d’éteindre les incendies pour le moment.

Il regarda sa compagne qui hocha la tête.

- Vénusia et moi allons nous en charger…

André les interrompit :

- Il y en a deux autres! Ils…ils attaquent le premier!

Actarus leva les yeux et son cœur fit un bond dans sa poitrine. « Alcorak! Fossoirak! Ils sont ici? ».Vénusia réagit aussi:

- Ce sont nos amis! Vite, Actarus! Il faut y aller!

Après un dernier regard vers Oscar et André, les deux pilotes talonnèrent leurs chevaux et galopèrent jusqu’à la clairière où se trouvaient leurs engins. Ils se changèrent rapidement et décollèrent ensemble en direction du champ de bataille. Actarus entendit Vénusia lui dire par radio :

- Actarus… Si nous nous battons ici, si des événements ont lieu qui n’auraient pas eu lieu sans cela…Nous risquons de changer le futur!

- Je sais Vénusia… Mais avons-nous vraiment le choix? Si nous n’intervenons pas… Des dizaines de personnes pourraient mourir!

- Je sais…

Soudain, la voix d’Alcor se fit entendre :

-Actarus! Vieux frère! Vénusia! Enfin vous voilà! On s’est fait un sang d’encre à vous chercher partout!

-Alcor! Phénicia! Mais qu’est-ce que vous faites ici!

- J’ai l’impression, cher grand frère qu’il va falloir attendre un peu pour les explications…

En effet, en bas, l’antérak faisait des ravages considérables dans le village. La soucoupe pivotait en tous sens et arrosait la moindre bâtisse de rayons mauves, ce qui déclenchait des incendies incontrôlables. On voyait des habitants, paniqués, courir en tous sens.

- OK. Alors allons-y! Attaque concertée! Missiles gammas!

-Missiles Alpha!

-Missiles Oméga!

-Missiles Sigma!

Des explosions secouèrent la soucoupe mais elle ne subit strictement aucun dommage. Une voix se fit soudain entendre :

- Prince d’Euphor! Tu sors enfin de ta cachette! Je savais bien que tu ne pourrais pas résister à cette petite « invitation »!

Actarus ne reconnut pas tout de suite de qui il s’agissait mais, à bord de son appareil, Vénusia s’était raidie, figée d’effroi.

- Tu ne me reconnais donc pas? Et moi qui croyais avoir fait si bonne impression lors de notre première rencontre! Comment va donc notre amie commune?

Actarus le reconnut enfin. Il sentit la rage le gagner.

- Déneb!

Il pensa : « Il faut que je l’éloigne de ce village où ce sera la catastrophe! »

- Tu aimes t’en prendre à plus faible que toi!? Viens donc te battre si tu en as le courage!

Alcor, comprenant la manœuvre, piqua vers l’appareil ennemi, aussitôt imité par Phénicia.

-Mortanium!

-Missiles Sigma!

L’antérak, se remit en vol aussitôt repliant ses pattes sous lui et évitant les tirs des jeunes pilotes, tirs qui s’écrasèrent sur la place principale déjà évacuée. Vénusia volait en rond, au-dessus de la mêlée, paralysée, le cœur battant.

Goldorak se dirigeait vers la plage, poursuivit par les tirs de son ennemi. Actarus pensait : « Il vaut mieux que la confrontation ait lieu loin de témoins éventuels… »

 Du haut de la falaise, Oscar  et André avaient été témoins de ce début de bataille terrifiant. Oscar se détourna du spectacle avec difficulté et dit à André :

- André, combien reste-t-il de chevaux au manoir?

- Cinq, je crois.

- Alors nous ferions mieux d’aller les chercher tout de suite… Je ne peux pas rester ici à ne rien faire.

André, par réflexe, répondit aussitôt :

- À vos ordre, mon colonel.

Ils dévalèrent le sentier, les chevaux martelant le sol humide. André pensa, cynique: « Pour ce qui est de l’exercice, je vais être servi finalement… »

 

 

 

 

 

Chapitre 11

- Transfert!

La plage, large et isolée, se profilait déjà devant Goldorak. Au loin, on distinguait à peine le manoir des Jarjayes.

- Autolargue!

L’antérak se posa sur ses pattes et lança aussitôt sur Goldorak une salve de rayons. Actarus se cabra de douleur:

- Aaah! Non…

- Actarus! cria Phénicia. Attends, toi : Pyro-bombe! martela-t-elle en appuyant sur la  commande.

Alcor la rejoignit et entra aussitôt dans la danse :

- Mortatium!

Mais l’antérak était étonnamment rapide et agile sur ses pattes multiples. Il évita les deux attaques et riposta de façon étonnante : deux de ses pattes, tranchantes comme des rasoirs, se détachèrent et furent lancées, tournoyant dans l’air à grande vitesse. Alcor réussit à en éviter une qui retourna spontanément à sa place sur la soucoupe ennemie. Phénicia détruisit rapidement l’autre:

- Missile-Sigma!

Ces échanges avaient donné le temps à Actarus de se remettre. Il se jura bien d’éviter de se retrouver sous les rayons de nouveau :

-  Il semble que Véga ait découvert mon point faible. J’ai affaire à du lasernium de plus en plus souvent… Mais gare à toi Déneb : Corno-fulgur!

L’antérak fut baigné de lumière et Déneb sentit la décharge dans tout son corps. Les instruments de bord s’éteignirent momentanément et de la fumée s’échappa même de l’un des panneaux de contrôle. Déneb ne s’en faisait pas cependant : cette machine avait été créée pour en supporter beaucoup plus.

-Je suis toujours là prince d’Euphor. C’est donc tout ce que tu as à me proposer? Je suis déçu… Je m’attendais à plus de toi!

Ces échanges n’avaient pas échappé à Vénusia. Chaque mot prononcé par Déneb lui rappelait le cauchemar vécu le soir précédent. Elle se sentait démunie et inutile alors… Tout comme c’était le cas maintenant. Son appareil survolait la bataille, impuissant…

Cependant, Goldorak renouvelait son attaque :

- Fulguro-poings!

L’antérak évita l’un et dévia l’autre de façon inédite : une sorte de substance visqueuse grise s’échappa par six orifices situés sur le dessus de la soucoupe. La substance se figea en filaments qui se rejoignirent et s’entrelacèrent loin au-dessus de la tête de l’appareil pour former une sorte de filet où le poing fut emprisonné. Après l’avoir fait tournoyer, l’antérak précipita le poing sur Goldorak lui-même. En effectuant un cabré Actarus réussit de justesse à reprendre possession de son arme.

Subitement, la soucoupe de Déneb s’éleva dans les airs, mais, au lieu de replier ses « pattes », celles-ci se mirent en position horizontales et commencèrent à tournoyer tout autour de l’appareil, les lames tranchantes prenant de plus en plus de vitesse alors que l’antérak se précipitait sur Goldorak. Actarus entendit une série de chocs assourdissant alors que l’ennemi faisait basculer son robot et tentait  de couper sa machine en deux comme avec une espèce de scie rotative géante. Goldorak se trouvait maintenant sur le dos et sa structure vibrait intensément. Alcor essaya d’atteindre l’antérak :

-Victorang!

Mais cela n’eut aucun effet, car la lame d’Alcorak fut déviée par la rotation rapide des pattes du vaisseau ennemi.

-Alcor je n’ose pas tirer! J’ai peur de toucher Goldorak! s’écria Phénicia.

Actarus riposta enfin :

-Rétro-laser!

L’antérak fut repoussé dans les airs mais se mit aussitôt à tirer de nouveau son rayon mauve au lasernium. Il  manqua largement sa cible et  les rayons allèrent se perdre quelque part au sol.

Au même moment, André suivait Oscar sur la route qui longeait la mer. Ils galopaient tous deux, retenant avec peine les cinq chevaux qu’ils emmenaient vers le village pour accélérer l’évacuation. Ils entendaient la bataille de titans qui se déroulait derrière eux et avaient cru distinguer quelquefois des éclairs et des explosions… André tentait de rester calme devant ces événements incroyables mais il sentait monter en lui une frayeur de plus en plus grande. Soudain un éclair intense l’aveugla, aussitôt suivit d’un bruit assourdissant. Puis il fut soulevé par un souffle extraordinaire. Un choc, une douleur, il distingua comme dans un rêve la tache claire des cheveux d’Oscar puis, plus rien, il sombra dans l’inconscience…

L’antérak atterrit sur ses cinq pattes restantes. Maintenant que Goldorak était libéré, les aigles se rapprochaient pour renouveler leur attaque lorsque l’ennemi forma de nouveau deux filets qui se déployèrent et emprisonnèrent Fossoirak et Alcorak. Le vaisseau de Déneb se remit à tournoyer sur lui-même, entraînant les deux appareils terriens à grande vitesse. Alcor se retrouva repoussé dans son siège par l’effet centrifuge intense.

- Aah! Je… je voir tout noir! Trop… trop de « G »…

- Alcor! Phénicia! Bon sang, ils ne répondent plus… Sans doute évanouis… dit-Actarus. Clavicogires!

Les lames de Goldorak coupèrent les liens gris qui rattachaient les Aigles à l’antérak. Emportés par leur mouvement, les deux appareils terriens furent projetés. Alcorak se fracassa, son aile gauche touchant la première puis il s’immobilisa après une terrible embardée. Fossoirak ne put éviter la falaise proche. Il y eut un bruit assourdissant puis  l’appareil de Phénicia, hors de contrôle, s’abattit au pied du mur de grès. L’arrière de l’appareil finit enfoncé dans le sol alors que la cabine pointait vers le ciel.

De là-haut, Vénusia, toujours tétanisée, voyait le combat mais avait l’impression d’être ailleurs. Elle vit ses amis être mis hors combat. Ses mains étaient crispées sur ses commandes et ses bras étaient tellement tendus qu’ils commençaient à lui faire mal. Ses oreilles bourdonnaient…  Vénusia se parla à voix haute, tentant de reprendre le contrôle sur elle-même : « Mais réveille-toi, bon sang! Ils se font massacrer en bas et toi, tu es là, à tourner en rond comme une gourde! » Elle respira lentement, plusieurs fois et retrouva enfin un certain calme. Lentement, la voix de celui qu’elle aimait transperça la brume créée par son trouble :

- Alcor! Phénicia! Répondez-moi! criait Actarus.

- Je … crois que ça ira, vieux frère… Juste un peu secoué c’est tout… dit Alcor en reprenant ses esprits.

- Phénicia! Phénicia! Rien à faire, elle ne répond pas…

La fréquence radio de la jeune fille restait désespérément silencieuse… Actarus sentit la rage monter de nouveau en lui. « Ça suffit maintenant! » pensa-t-il. Il appuya sur un contrôle de la soucoupe porteuse pour qu’elle s’approche du lieu de la bataille. Puis il donna deux ordres simultanément :

- Planitronks! Astéro-hache!

Malgré l’agilité de sa machine et sa propre vitesse de réaction, Déneb ne put éviter ce qui se passa ensuite : une patte fut coupée par le planitronk et une autre fut arrachée par l’astéro-hache que tenait le robot d’Actarus. Il lui en restait suffisamment pour rester stable au sol mais leur rotation en vol le déstabiliserait trop, il devrait se donc passer de cette configuration désormais. Il sentait son appareil mourir à petit feu autour de lui. Plusieurs commandes ne répondaient plus. Il se prépara à éjecter la « tête » de son appareil puisque celle-ci servait également de capsule de survie. Mais il lui restait une carte dans son jeu.

Vénusia vit soudain l’antérak lancer de nouveau ses filets et emprisonner Goldorak contre lui. Simultanément, la soucoupe cracha des rayons mauves enrichis au lasernium.

- Actarus! Non! s’écriat-elle.

- Aah! Aah! Mon…mon bras…

Goldorak et l’antérak étaient maintenant étroitement enlacés ensemble par le filet gris. Le robot brillait périodiquement sous les assauts des rayons meurtriers. Déneb était si proche qu’il voyait, par la verrière, le prince d’Euphor se tordre de douleur dans son poste de pilotage. Cela amena un sourire cruel sur ses lèvres : « Tu m’as peut-être battu l’autre nuit mais aujourd’hui, c’est mon tour… Tu n’en réchapperas pas!»

Ce spectacle eut un effet immédiat sur Vénusia. Elle cessa de réfléchir et laissa libre cours à ses réflexes :

- Delta-lame!

La lame trancha net la structure qui soutenait la tête de l’antérak. Cette dernière s’éleva, d’abord hors de contrôle, puis Déneb reprit le dessus. Il s’orienta vers l’océan, où la « tête », transformée en capsule de sauvetage, disparut dans une gerbe d’écume blanche. Le filet qui enserrait Goldorak avec l’antérak sembla soudain se dissoudre. Malheureusement, le « corps » principal de la soucoupe continuait à cracher ses rayons, quoique plus faiblement. Vénusia repéra l’ouverture créée par l’arrachement de la tête.

- Actarus! Ici Vénusia! Tu dois absolument utiliser ton rétro-laser! Je peux détruire ce qui reste mais pas tant que tu es si proche! Actarus! Réponds! Actarus!

Le jeune homme ne répondit pas mais il mit quand même toutes ses forces à appuyer sur le contrôle du rétro-laser. Au prix d’un effort énorme, il réussit enfin. L’antérak se retrouva projeté en l’air et aussitôt Vénusia cria :

- Missiles oméga!

Les missiles s’engouffrèrent dans la brèche sur le dessus de la structure principale et, après un soubresaut presque silencieux, la plage entière retentit du bruit de l’explosion causée par la destruction de la soucoupe géante.

- Et bien, petite sœur, tu es diablement efficace quand tu t’y mets! dit la voix d’Alcor dans la radio.

- Actarus? Phénicia? Est-ce que ça va? demanda Vénusia.

Alcor répondit :

- Je suis avec notre chère princesse. Sa radio est brisée. Elle ne pouvait pas répondre mais elle va on ne peut mieux!

- Ça… ça va aussi, dit Actarus d’une voix faible.

Comme chaque fois qu’il avait affaire à une arme au lasernium, son bras continuerait à lui faire très mal pendant quelque temps avant de se calmer. Il préféra taire sa douleur puisque les autres n’y pouvaient rien et qu’il ne servirait à rien de les inquiéter avec cela.

Comme Vénusia allait se poser, elle vit soudain quelque chose sur la route en contrebas. Des silhouettes étendues, humains et chevaux, éparpillés comme après une terrible explosion. Elle avait malheureusement déjà vu cela souvent après ses combats mais cette fois, son cœur fit un bond dans sa poitrine :

- Non! Oh non! Oscar! André!

Elle appela Goldorak :

- Actarus! Ils ont été touchés, ils ne bougent plus!

Dans les profondeurs de l’océan, Déneb réévaluait sa situation et préparait sa revanche.

Chapitre 12

 

Le soleil, à l’horizon, coulait des rayons rouges et orangés entre la couverture grise du ciel et la surface, enfin calme, de la mer. Les Aigles observaient, atterrés, un spectacle désolant. Trois des chevaux étaient morts et deux autres semblaient blessés. Deux autres, enfin, avaient fui le lieu de l’explosion. Les deux victimes humaines gisaient au centre d’un espace noirci qui laissait deviner les traces d’une attaque aux rayons énergétiques

Oscar se trouvait sur le dos, les bras en croix, ses longs cheveux cachant en partie son visage. André, sur le ventre, avait la tête posée sur la poitrine de son amie. Une vilaine blessure se devinait dans son dos ensanglanté. Dans un silence oppressant, Actarus s’accroupit lentement près du couple. Il distingua un faible mouvement de la part d’André.

- Il… il respire! Il vit…

Puis d’un geste très tendre, craignant ce qu’il allait découvrir, il écarta les mèches blondes du visage de la colonelle. Elle ouvrit alors lentement les yeux en gémissant :

- Par Saint-Georges! Oh, ma tête!

- Oscar! Vous nous avez fait une belle peur tous les deux! dit Actarus, la gorge nouée.

Il était si soulagé… Depuis son arrivée, il était tombé sous le charme de cette femme étrange. Il admirait aussi le courage silencieux et le dévouement d’André. Il ressentait maintenant pour eux une amitié sincère. Leur mort, surtout si elle s’était produite suite à un combat contre les forces de Véga, lui aurait déchiré le cœur…

La soirée était déjà bien avancée et une sorte de conseil de guerre se tenait dans le petit salon de la grande demeure. Un feu réconfortant brûlait dans l’âtre, éclairant les visages d’une douce lumière.

Vénusia avait soigné les blessures de tout le monde, s’efforçant d’oublier  Déneb, la bataille et toutes ses inquiétudes en s’activant sans cesse. Actarus, silencieux et pâle s’était occupé des présentations entre Oscar, André, Alcor et Phénicia. Il mettait beaucoup d’énergie à cacher sa douleur au bras et à paraître normal mais cela lui demandait une énergie folle. La blessure d’André, quant à elle, s’était révélée assez peu importante malgré son aspect. C’était une longue estafilade qui avait saigné sur le moment  mais les soins de Vénusia lui avaient permis de se sentir mieux très vite. Il se tenait derrière Oscar, soutient discret comme toujours, et observait tous ces hôtes avec gravité. Oscar se déplaçait lentement, se sentait très lasse et sa tête la faisait horriblement souffrir mais au moins elle n’était plus étourdie. L’arrivée d’Alcor et Phénicia lui semblait être un événement… presqu’ordinaire en regard de ce qui s’était passé aujourd’hui… Ces derniers étaient les plus silencieux de tous.  Ils étaient assis, leur tasse de chocolat en main, enveloppés de manteaux qui camouflaient un peu leurs habits de combat aux serviteurs éventuels.  

- Je crains bien, Actarus, que nous ayons besoin d’avoir une explication une fois de plus… dit enfin Oscar dans le calme de la pièce.

- Alcor, ce serait à toi de commencer je crois.

- Hum, bien… heu…

Vénusia intervint :

- Alcor ne t’en fais pas, Oscar et André savent d’où nous venons. Tu peux t’exprimer sans crainte.

- Ah bon? Je suis soulagé!

Le jeune homme entreprit de raconter les événements au Centre puis en France depuis le départ d’Actarus et de Vénusia. Il conclut :

- On avait planifié d’aller faire un vol de reconnaissance cette nuit au-dessus de ce vieux château mais ils ont été plus rapides que prévu. Lorsque nos instruments ont détecté un appareil en vol, nous sommes partis aussitôt et nous avons essayé de le suivre. Mais nous sommes arrivés trop tard…

Actarus le rassura :

- Vous n’auriez pas pu faire grand-chose contre un pareil monstre…

Oscar dit :

- J’ai envoyé des serviteurs s’informer de la situation au village. Les incendies sont terminés mais les dégâts sont considérables : l’église est détruite et cinq maisons ont été rasées. Et il y a eu une dizaine de victimes… En plus, des histoires de monstres commencent à circuler… J’ignore comment nous allons pouvoir gérer cela.

- De monstres! Et si… si cette attaque modifiait l’avenir! Si les gens comprennent qu’il s’agissait d’un robot et d’appareils qui volent et tout… Cela pourrait avoir des conséquences très graves! s’écria Alcor.

- J’ai bien réfléchit et je crois avoir une solution…

Phénicia venait de s’exprimer pour la première fois. Elle avait gardé le silence jusque-là car elle était étrangement intimidée en présence d’Oscar. Vénusia l’encouragea :

- Quelle est-elle, Phénicia? Tu n peux pas faire disparaître ce qui est arrivé tu sais!

- Oui je le peux! Enfin, en un sens. Je ne peux pas rebâtir les maisons ni ramener les morts à la vie… Mais je pourrais empêcher les gens de propager des histoires de monstres. Il faudrait que je rencontre les témoins un à un et, en utilisant l’hypnose, je pourrais modifier leurs souvenirs. Je pourrais leur suggérer que les incendies ont été causés par la foudre durant un orage particulièrement violent, par exemple. Ils n’auraient plus aucun souvenir de l’antérak ou de nos appareils.

- Tu pourrais vraiment faire cela? dit Alcor impressionné.

- Oui, heu, tu sais à cause de… Enfin je me suis toujours intéressée à l’hypnose. Mon percepteur m’avait enseigné les techniques et je crois que j’en suis capable encore aujourd’hui.

- De toute façon, nous n’avons pas d’autre choix, dit Vénusia. Ne crois-tu pas Actarus?

Ce dernier était resté silencieux durant cet échange. Il avait de plus en plus de mal à se concentrer. Il avait l’impression que la conversation se déroulait en dehors de lui. La sueur perlait sur son front et sa respiration était saccadée. Vénusia s’alarma en le voyant :

- Actarus! Mais, qu’est-ce que tu as? Tu es tout pâle!

- Je… Ce n’est rien… Vénusia.

Alcor reprit :

- Nous avons aussi avec nous le moyen de rentrer chez nous. Une mine spatio-temporelle est fixée dans la queue de mon Alcorak. Il faudrait réparer un peu Alcorak et Fossoirak mais dès que Phénicia en aura terminé avec les villageois, nous pourrons repartir tous les quatre.

- Non, Alcor, tu oublies quelque chose d’essentiel, dit Vénusia gravement.

- Je ne comprends pas.

- Déneb. Il n’est pas mort, j’en suis sûre. Il s’est échappé dans la mer à l’aide de cette capsule. Nous ne pouvons pas le laisser ici. Cela aussi pourrait voir des conséquences funestes.

- Que proposez-vous? dit André.

- Partir à sa recherche et le capturer. Et ensuite le ramener avec nous.

Un long silence accueillit ces paroles. Alcor croisait les bras, pensif. L’idée d’essayer de sauver Déneb ne lui plaisait pas du tout. Phénicia regardait Vénusia avec curiosité. Elle se souvenait parfaitement des sensations qu’elle avait perçues en provenance de son amie la nuit précédente.

- C’est toi qui propose cela Vénusia? Tu es sûre?

Oscar aussi était stupéfaite, elle se souvenait que Déneb était l’agresseur de la jeune femme. Elle serrait les poings et s’apprêtait à protester lorsque Vénusia brisa le silence :

- Réfléchissez! C’est notre responsabilité de voir à ce qu’il ne cause plus aucun ennui. La situation est déjà bien assez grave comme ça! Je suis certaine que le professeur Procyon, s’il était ici, serait de mon avis. Actarus qu’en penses-tu?

Actarus hocha la tête. L’idée de Vénusia ne lui plaisait pas non plus mais il ne voyait pas d’autre solution.

- Alcor prendra Vénusiak et tous les deux, avec Goldorak nous le retrouverons.

- Quoi! Alcor? Mais Vénusiak est mon appareil!

- Je ne veux pas que tu ais à participer à cette capture, Vénusia. Alcor et moi, nous nous en chargerons.

Il se leva et se dirigea vers la porte, désirant couper court à la conversation. Il se disait qu’il essaierait de s’expliquer avec Vénusia en privé. Il ne fit que deux pas avant de s’effondrer. Alcor se précipita :

- Actarus! Il a perdu conscience!

« Ça ira madame. Vous pouvez rejoindre votre fils maintenant. »

Phénicia guidait une vieille dame vers la porte, en la rassurant à mi-voix. Elles se trouvaient toutes deux dans une petite pièce attenante à la grande salle dans l’auberge du village.  Oscar avait réquisitionné la pièce sans trop de problème auprès de l’aubergiste, trop heureux de prêter son concours à la suite des terribles événements de la veille. Le bonhomme n’avait même pas demandé d’explication. La vieille femme se laissait faire sans protester. Elle avait le regard hagard des victimes de catastrophes.  Un homme robuste, au visage buriné par le soleil l’attendait à l’extérieur. André, qui se tenait près de la porte, les regarda s’éloigner et dit :

- Voilà, je pense bien que c’était la dernière…

Un long banc jouxtait l’entrée, à l’extérieur de l’auberge. Phénicia s’y assit et soupira en s’adossant, offrant son visage au  pâle soleil automnal. Elle était épuisée.

- Ouf! Quinze personnes! Mais je m’attendais à pire. Comment se fait-il qu’il n’y en ait pas plus?

- C’est un tout petit village. Plusieurs se sont terrés dans leur demeure dès le début des hostilités, d’autres n’ont tout simplement pas regardé le ciel… Ils n’ont pas l’habitude, vous savez!

- Que leur avez-vous dit pour les convaincre de venir à l’auberge?

- Nous avons donné toutes sortes de raisons : soigner leurs blessures, faire raconter ce qu’ils avaient vu, leur donner de l’argent pour qu’ils puissent rebâtir… Oscar et sa famille sont bien connus dans la région. On les apprécie généralement et Oscar a toujours inspiré confiance alors cela n’a pas été trop difficile, dans l’état de confusion où se trouvaient ces gens. Je me sens un peu coupable de leur avoir joué ce mauvais tour…

- Non, vous ne devez pas penser comme cela! Au contraire, nous tentons de leur permettre de retrouver un peu de normalité dans une situation complètement surréaliste…

Cela avait été un travail difficile de dénicher puis de convaincre et enfin d’amener les témoins vers l’auberge pour les « traiter ». C’était Oscar et André qui avaient sillonné les rues du village dans ce but. Le jeune homme avait encore en mémoire ce qu’ils y avaient vu : destruction, désolation, désespoir… Oscar revenait lentement, tenant son cheval par la bride, les épaules voutées. En voyant les traits tirés d’André et l’état de lassitude dans lequel se trouvait Oscar, Phénicia eut soudain pitié. Elle songea : « Eux aussi ont été témoins de choses qu’ils n’auraient jamais dû voir… Cela doit être difficile… Peut-être que je pourrais… Mais j’en parlerai à Actarus d’abord. »

Vénusia remonta la couverture sur Actarus. Il avait déliré une partie de la journée mais se reposait maintenant plus calmement. Elle l’observa un moment, un sourire mélancolique sur les lèvres puis déposa un baiser très léger sur sa bouche.

-Pardonne-moi mon amour… Je te promets de revenir très vite.

Elle sortit, silencieuse comme une ombre.                                  

Alcor jura à mi-voix. Pour la troisième fois, la clé à molette venait de tomber entre les deux supports principaux de son aile gauche, l’obligeant à redescendre de son perchoir sur le réacteur d’aile. Il s’épongea le front  en soupirant. Il se trouvait seul dans la clairière où les Aigles avaient caché leurs appareils. Alcorak était le plus mal en point et avait nécessité l’aide de Goldorak pour s’y rendre après la bataille. Goldorak avait été bien utile aussi pour débarrasser la plage des débris de l’antérak détruit. La seule solution qu’ils avaient pu trouver avait été d’éparpiller les morceaux dans la mer, loin de la côte.

« Pauvre Actarus! C’est bien la première fois que Goldorak sert de camion à ordure! » pensa Alcor.

 Il tentait une réparation de fortune sur son appareil mais elle ne tiendrait pas très longtemps : un des supports de l’aile portait une fissure importante et nécessiterait les installations du Centre pour être réparée correctement. La radio de Fossoirak était la prochaine sur la liste mais cela pouvait attendre un peu. Alcor se demanda comment les choses se déroulaient pour Phénicia au village. Il n’était pas tranquille : le professeur leur avait recommandé de ne pas se séparer. Bon, elle était avec Oscar et André mais tout de même… Le jeune homme se remettait à la tâche lorsqu’il vit arriver Vénusia.

-Alcor! Je suis contente de te trouver : Actarus est réveillé. Il voudrait te parler si tu as le temps.

- Ah! Il va mieux alors! Je suis bien content! Quelle saleté que ces rayons au lasernium quand même! Je vais y aller tout de suite. Tu m’accompagnes?

-Non. Je veux m’assurer que tout est bien paré dans Vénusiak. Sans les techniciens de Centre pour tout vérifier après une bataille, je trouve important de ne rien laisser au hasard.

-Tu as raison. Bon, je me sauve. À tout à l‘heure!

Lorsqu’Alcor fut hors de vue, Vénusia grimpa rapidement dans Fossoirak. Elle n’y resta que deux minutes avant de redescendre, d’enfiler rapidement sa tenue de combat et de monter à bord de son propre appareil. La jeune femme ferma un instant les yeux, rassemblant son courage pour mener à bien le projet qu’elle avait en tête. Elle eut une pensée pour ses amis, ceux qu’elle chérissait de longue date et les nouveaux, ainsi que pour celui qui lui avait enfin avoué son amour.

- J’ai failli à mon devoir hier, Actarus. Mais je m’en vais corriger cela… Vénusiak Go!

Il n’y eut que les bêtes de la forêt, dérangées par le bruit, pour protester contre son départ.

Chapitre 13 :

Alcor passa la tête dans la porte de la chambre d’Actarus.

- Eh bien! Il s’est rendormi on dirait! sourit-il. Je ne vais pas le réveiller. On se parlera plus tard. Le plus urgent, c’est de réparer cette fichue aile…

De retour dans la clairière des Aigles, il remarqua tout de suite l’absence de Vénusiak. 

- Tiens, je ne me souviens pas que Vénusia ait parlé de faire un vol d’essai… 

Il jeta un regard de frustration vers son propre appareil. 

- Sans l’aide du Centre, je peux à peine éviter que les dégâts s’aggravent. Quelle poisse! Plutôt que de perdre mon temps avec Alcorak, voyons si je ne peux pas réparer la radio de Fossoirak. C’est Phénicia qui sera contente!

Il s’installa donc aux commandes de l’appareil que pilotait habituellement son amie. Une rapide inspection lui permit de voir que seuls deux circuits, facilement remplaçables, avaient été touchés lors de l’attaque. Il s’attelait à cette nouvelle tâche lorsque :

- Tiens? Qu’est-ce que c’est que ça? Un message enregistré?

Il appuya sur une touche. La voix de Vénusia emplit le cockpit. Alcor écouta, de plus en plus consterné. Le jeune songeait qu’il aurait dû se douter de quelque chose. Le soir tombait maintenant sur la clairière. Il rentra au manoir en pensant :

- Je ne peux même pas aller à sa recherche tout de suite puisque les deux appareils ne fonctionnent pas! Qu’est-ce que ce Déneb lui a fait, bon sang? Elle a tout de même avoué à Actarus que… (il souriait)  Mais j’en connais un qui va me passer un de ces savons! conclut-il atterré.

À son arrivée dans la grande demeure, il trouva Phénicia avec Oscar et André dans la petite salle à manger, en train de se restaurer après leur difficile journée. Il se demanda un instant s’il ne valait pas mieux attendre d’être seul avec Phénicia pour lui annoncer la nouvelle. Mais leurs hôtes avaient été partie prenante des décisions depuis son arrivée aussi choisit-il de les mettre au courant.

- Vénusia est partie!

- Que dis-tu?

C’était la voix d’Actarus. Il se tenait dans l’embrasure de la porte, chancelant et un peu pâle. Alcor décela tout de suite l’angoisse dans cette voix. Il se passa une main dans les cheveux, embarrassé.

-  Elle a laissé un message à Phénicia dans Fossoirak… Je l’ai transféré sur ma montre. Tenez, écoutez…

André et Oscar ouvrirent de grands yeux devant ce nouveau prodige : un bracelet (une montre sans aiguille?) qui parlait avec la voix de Vénusia :

« Petite sœur, j’ai manqué de courage lors de la bataille. La pensée de ce qui m’était arrivé la veille aux mains de cet homme m’a paralysée et je n’ai pas su tenir ma place parmi vous. Les conséquences sont qu’Actarus souffre, et que vos deux appareils sont hors d’état… Je ne peux pas accepter cela. Je vais ramener ce Déneb puisque c’est mon devoir. Dis à Alcor que je suis désolée de l’avoir trompé dis aussi à ton frère que… que je l’aime. »

Un silence gêné accueillit ces paroles. Phénicia se cachait la bouche avec ses mains, appréhendant la réaction de son frère. Alcor regardait le bout de ses bottes, comme un gamin prit en faute tandis qu’André avait les bras croisés, fixant Actarus gravement. Oscar était la seule à arborer un tout petit sourire.

- Ainsi elle l’a fait! Eh bien, tant mieux pour elle! dit-elle à mi-voix.

Actarus fut surpris de sa réaction.

- Que dites-vous Oscar? C’est très dangereux ce qu’elle tente de faire et…

- Et…? Vous ne lui faites pas confiance?

- Ce n’est pas cela du tout! Simplement, elle a désobéi à mon ordre…

- Un ordre donné avant que vous ne vous soyez évanoui…  Vous avez entendu son message : elle veut se racheter  et sans doute aussi exorciser ses propres démons. Pourquoi lui refuseriez-vous cela?

Actarus ne répondit pas. Oscar n’ajouta rien de plus et quitta la pièce. Actarus, se mordait les lèvres, déconcerté. André s’approcha et lui mit une main sur l’épaule :

- Elle a raison…

Actarus lui lança un regard mauvais. Sentant la soupe chaude, Phénicia prit la main d’Alcor et lui chuchota :

- Viens, partons…

Les deux hommes étaient maintenant seuls. Actarus se taisait toujours. Il ne désirait qu’une chose : en finir au plus vite pour partir à la recherche de Vénusia. Mais la politesse demandait qu’il accorde son attention à André. D’une voix contenue, il dit :

- Je ne comprends pas…

André s’était de nouveau croisé les bras et adossé nonchalamment au mur :

- Hum, je crois au contraire que votre raison comprend très bien les paroles d’Oscar mais que votre cœur vous dicte d’agir en bon chevalier qui sauve sa belle…

- Comment osez-vous?

- J’ose parce que j’ai vécu toute ma vie avec une tête de mule courageuse et téméraire et que j’ai appris quand réagir et quand laisser faire!

- Vénusia n’est pas Oscar!

Pour une fois, le regard d’André se durcit un peu :

- Non, bien sûr que non.  Mais mettez-vous un peu à la place de Vénusia. Vous… vous vous aimez, n’est-ce pas?

Actarus hocha simplement la tête. Il était inutile de nier, cela sautait aux yeux et le message enregistré de Vénusia l’avait confirmé à tout le monde.

- Alors comment croyez-vous qu’elle se sentira si vous lui refusez la chance de se racheter à ses propres yeux? Si vous la traitez comme une enfant qui a besoin d’aide?

Comme il ne recevait pas de réponse, André hocha simplement la tête. Au bout d’un moment, Actarus dit, d’une voix sourde :

- Et que ferai-je s’il lui arrive malheur?

André, ferma les yeux et appuya sa tête contre le mur. Il revoyait en pensée toutes les fois où Oscar avait couru un danger sans qu’il puisse intervenir, toutes les fois où elle avait failli y rester.

- Je ne sais pas…

Le soir morose avait laissé place à la nuit depuis longtemps. Une nuit sans lune et sans étoile, parfaite pour voler sans se faire repérer. Vénusiak se déplaçait à basse altitude alors que son pilote avait les yeux rivés sur le sonar. La jeune femme avait débuté ses recherches près du point où elle avait vu disparaître la capsule de survie de Déneb. Elle espérait le retrouver en décrivant des cercles de plus en plus grands ver le large. Elle avait eu le temps d’élaborer un plan d’action pour le moment où elle le retrouverait.

- J’espère qu’il ne me fera pas trop de difficultés. Après tout, cette capture lui assurerait une chance de retour à notre époque! Sinon… et bien nous verrons!

Le lieutenant Paulin* rangea sa longue vue d’un petit coup sec. Il détestait ces nuits trop calmes : pas de vent, pas d’astres dans le ciel pour vous rassurer sur votre position, seulement le bruit de l’eau sur le bois de la coque et le claquement des voiles et des cordages si une brise venait, d’aventure, s’engouffrer dans les toiles flasques. Il entendit des pas rapides sur le pont et reconnut aussitôt son commandant qui se joignait à lui pour quelques minutes de guet.

- Alors, monsieur Paulin, rien à signaler?

-        Bonsoir, commandant, tout va bien. On s’ennuie comme à la grand’messe…

Le commandant ricana doucement.

- Ne laissez pas l’aumônier Hubert vous entendre surtout. Et ne souhaitez pas à tout prix que les choses s’animent… Vous êtes jeune, vous avez bien le temps de vivre quelques aventures qui vous vaudront l’attention de ces dames dans les salons. La mer, lorsqu’elle devient intéressante, peut aussi devenir dangereuse…

Le lieutenant Paulin ne répondit pas. Servir sur « L’Invincible », ce trois-ponts majestueux, orgueil de la marine française était déjà un privilège en soit**. Servir en plus sous les ordres du commandant La Motte-Picquet, réputé pour ses nombreuses années de service en mer et ses victoires au combat était une chance inespérée. Le commandant était apprécié de ses hommes, intelligent et courageux. Il n’avait cependant pas été gâté par la nature, car il était petit, maigre et plutôt laid. Pourtant il avait de l’esprit. Paulin ne se serait pas risqué à faire des blagues avec n’importe quel autre officier supérieur. Mais il ne fallait pas exagérer… Les colères du commandant étaient aussi légendaires que son courage…***

Vers minuit, Vénusia s’écria :

- Enfin! J’ai un écho! Profondeur : soixante mètres, une soucoupe de cinq mètres de diamètre… Hmm, oui, ça ne peut être que lui… À nous deux Déneb!

Elle ouvrit une fréquence externe :

- Ici Vénusiak, j’appelle la capsule de survie. Répondez! Ici Vénusiak, je sais que vous êtes là-dessous Déneb alors inutile de vous taire, je vous ai repéré!

- Que me voulez-vous? Vous êtes venue m’achever, petite terrienne?

Le son de cette voix détestée la fit de nouveau frémir mais Vénusia resta concentrée sur la tâche à accomplir.

- Après tous vos méfaits, vous le mériteriez. Mais je suis venue vous chercher pour vous ramener avec nous à l’époque contemporaine. Rendez-vous et il ne vous sera fait aucun mal.

- Ah! Ah! Me rendre! Elle est bien bonne! Je préférerais mourir ici!

- Cela risque fort d’arriver, et plus tôt que prévu. Je me trompe ou vos réserves d’oxygène commencent à faiblir?

Déneb réfléchissait à toute vitesse. La petite terrienne avait raison : non seulement l’air lui manquerait bientôt, mais en plus, ses réserves d’énergies s’épuisaient à vue d’œil. Il décida de jouer le tout pour le tout :

- Très bien. Je me rends. Mais vous allez devoir venir plus près. Mon appareil peut à peine bouger…

Vénusia songea que c’était peut-être un piège mais la capsule qu’elle avait sous les yeux sur le sonar semblait bien inoffensive…

- OK. Je plonge vous chercher.

Son appareil s’immergea. Vénusia alluma le phare de recherche situé sous son appareil. Elle voulait éviter à tout prix de se retrouver nez à nez avec Déneb sans crier gare. Enfin, elle le repéra, non pas visuellement, mais plutôt grâce à son sonar puissant. Il était posé de travers sur une excroissance rocheuse par soixante mètres de fond. Au lieu de continuer sa descente, Vénusia stoppa et sortit la chaîne avec l’ancre téléguidée. Celle-ci s’enroula solidement autour de la capsule.

- Quoi? Qu’est-ce que c’est que ça? cria Déneb.

- Un moyen de m’assurer que vous m’accompagnerez bien docilement… dit Vénusia.

Elle se sentait étrangement calme. Le but était proche et, en se concentrant sur les manœuvres, elle se rendait compte que sa peur avait disparu. Elle poussa l’énergie de son appareil au maximum :

- Maxi-puissance! Exe-aqua!

Vénusiak s’éleva vers la surface et creva enfin celle-ci, son fardeau bien attaché sous lui. Vénusia mit rapidement le cap sur son point de départ.

- Commandant… Entendez-vous ce bruit? On dirait, le vent dans les voiles mais… c’est différent et… il n’y a pas la moindre brise! Qu’est-ce que cela signifie?

Les deux hommes regardèrent autour d’eux mais comme le bruit semblait venir du ciel, ils levèrent enfin la tête. Une ombre, très grande se profila sur le ciel noir… Une ombre géante qui volait …

Déneb ne manqua pas d’apercevoir le vaisseau primitif qui voguait sous sa capsule. Cela lui donna une idée. Une idée qui allait faire baisser ses réserves d’énergie mais c’était un pari qu’il pensait pouvoir gagner. Il visa soigneusement puis appuya sur une commande.

Vénusia ressenti tout à coup une secousse et son appareil fut brusquement déstabilisé.

- Quoi? Ce n’est pas vrai! Il a réussi à couper la chaîne de l’ancre! Il était donc armé?

En fait, la capsule de survie comptait quelques missiles dont les ports de sortie étaient bien dissimulés. Elle chuta rapidement vers la surface de la mer mais au lieu de s’y enfoncer,  Déneb sacrifia ses dernières réserves d’air pour lui permettre de flotter. De toute façon, en surface, il remplirait facilement ses réservoirs…

- Petite terrienne! Maintenant c’est à toi de m’écouter! Voici ce que je te propose : tu te poses près de moi, en surface et nous échangeons nos appareils. Si tu n’obtempères pas, je tire sur ce joujou préhistorique rempli de terriens qui flotte juste là…

- Mais, il doit y avoir des centaines de personnes sur ce bateau!

- Je te donne exactement cinq minutes pour te décider!

La Motte-Picquet n’avait jamais rien vu de tel. Un éclair subit avait déchiré le ciel sous l’ombre noire et quelque chose en était tombé. Une masse sombre, piquetée de quelques points lumineux flottait à trois encablures à peine de l’Invincible. Le commandant garda son sang-froid et ordonna aussitôt :

- Branle-bas de combat! Monsieur Paulin, donnez l’ordre de faire mettre tous les canons en batterie, tout de suite.

- À vos ordres, monsieur!

 À bord de la capsule, Déneb jubilait. Il ne voyait pas comment la terrienne pourrait se défiler. Il ne pensait pas qu’elle sacrifierait les hommes à bord du bateau. Et même si c’était le cas, il n’avait plus rien à perdre.

- Le temps est écoulé! Je vais te prouver que je ne plaisante pas!

Un petit missile s’échappa d’un des ports vers le vaisseau de bois. Mais, déstabilisé par la houle, Déneb rata sa cible. À l’instant suivant, Vénusia et le commandant de l’Invincible crièrent :

- Feu!

- Missiles Oméga!

Si la plupart des boulets ratèrent la capsule, quelques-uns rebondirent sur sa paroi sans faire de dommage. En revanche, les missiles de Vénusiak s’enfoncèrent sans problème à travers l’appareil. Il explosa. La mer se souleva et la nuit fut brièvement éclairée comme en plein jour. Les débris de la capsule volèrent en tous sens avant de retomber dans l’océan. Quelques morceaux atterrirent même sur le pont de l’Invincible.

Vénusia ferma un instant les yeux. Ce n’était pas ce qu’elle avait souhaité. Mais Déneb ne lui avait pas laissé le choix. Vénusiak passa rapidement au-dessus du vaisseau trois-ponts intact et s’enfonça dans la nuit.

Plus tard cette nuit-là, Paulin et le commandant se retrouvèrent à nouveau sur la dunette. Le calme était revenu, les hommes étaient retournés à leurs occupations et tous les débris avaient été ramassés. Le commandant avait ordonné qu’ils soient jetés à la mer. Il n’en restait plus qu’un, petit morceau de métal jaune, de la taille d’une main, ses bords tranchants noircis par l’explosion. Le lieutenant dit :

- Voici le dernier commandant, j’ai pensé que vous voudriez le garder…

- Non pas, lieutenant. Peut-être vaut-il mieux garder certaines histoires pour soi. Ce morceau de métal serait un rappel de cette aventure incroyable et … Non, gardez-le si vous le voulez.

Le commandant tourna les talons et redescendit vers sa cabine. Paulin observa un moment le morceau de métal en repensant à l’attaque de cette nuit. Puis, délibérément, il laissa le débris tomber par-dessus bord.

 

* Le lieutenant Paulin est un pur produit de mon imagination. J’ai emprunté son nom à un ami français très cher qui me pardonneras, je l’espère, de le faire participer à une aventure de ce genre!

** Le vaisseau « l’Invincible » a vraiment existé… Son nom me plaisait énormément… Allez savoir pourquoi!

http://fr.wikipedia.org/wiki/Invincible_%281780%29

***Le commandant La Motte-Picquet a aussi existé et commandé « l’Invincible ». Je n’invente pas son caractère ni son allure :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Toussaint-Guillaume_Picquet_de_la_Motte#Jugement_par_ses_biographes

 

Chapitre 14 :

Il faisait toujours nuit dans la clairière lorsque Phénicia y pénétra, éclairant la voie avec une lampe-torche.

- Actarus?

- Je suis ici…

La jeune fille retrouva son frère, occupé à réparer la radio de Fossoirak. Il était en tenue de combat sauf qu’il ne portait pas de casque.

- Qu’est-ce que tu fais ici? demanda-t-il.

- Je pourrais te demander la même chose… Mais je n’ai pas besoin de mes dons pour deviner ce qui se passe : tu attends toujours des nouvelles de Vénusia, n’est-ce pas?

- Oui, je … je devrais sans doute aller la chercher avec Goldorak…

- Pourquoi n’y vas-tu pas?

- Je ne sais pas… Je me dis que si elle a besoin d’aide, elle appellera et…

- Tu fais bien. Actarus, je dois t’avouer quelque chose…

- Qu’y a-t-il Phénicia?

Comme la jeune fille hésitait, il insista :

- Tu sais que tu peux tout me dire.

- Oui, je… Voilà, il y a quelques jours, j’ai …ressenti une partie de la terreur de Vénusia lorsque Déneb l’a attaquée. À ce moment, je m’étais juré de la venger… Eh bien, je crois que j’ai eu tort…  Il s’agit de son combat. Mais si jamais elle a besoin de moi, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour l’aider.

- Oui, je crois que je comprends… J’ai beaucoup réfléchit depuis ma conversation avec André. Tes paroles vont dans le même sens que les siennes. J’ai dû me résigner à attendre mais je te jure que ce n’est pas facile!

- Je voulais aussi te parler de nos hôtes… Ils ont vécu des choses difficiles depuis votre arrivée… Si tu es d’accord, je pourrais aussi les hypnotiser. Ils oublieraient ce qui s’est passé…

Actarus ne répondit pas tout de suite. À vrai dire, il avait songé à la même chose que sa sœur. Mais il repensa aux conversations qu’il avait eues avec Oscar et André ainsi qu’aux événements partagés avec eux. En retour de leurs bontés, de leur aide et de leur amitié, il leur offrirait l’oubli… Et qu’arriverait-il au couple si Phénicia effaçait de leur mémoire les récents événements? Actarus était certain que ces deux-là avaient des sentiments qu’ils s’étaient avoué il y avait quelques jours à peine….

-Non, Phénicia. Laissons les choses comme elles sont. Ils sont forts et intelligents tous les deux. Ils s’en sortiront.

La nuit s’emplit soudain d’un bruit qu’ils connaissaient bien tous les deux. Phénicia vit, dans l’éclairage ingrat du cockpit, le visage d’Actarus s’éclairer d’espoir :

- C’est Vénusia! Elle est revenue!

Vénusia rangea son engin à la place prévue et descendit rapidement. Les deux autres l’attendaient déjà au centre de la clairière. Phénicia se précipita pour étreindre son amie.

- Vénusia! Est-ce que ça va?

- Oui, je… je vais très bien.

Vénusia regarda par-dessus l’épaule de Phénicia, vers la pénombre où se tenait Actarus.

- Déneb… il est mort. Je… Il a fallu que je…

- Oh! Je comprends! Mais tu sais Vénusia…

La jeune femme interrompit son amie :

- Excuse-moi Phénicia, mais il faut vraiment que je parle à ton frère…

Phénicia jeta un regard vers Actarus, resté silencieux derrière elle.

- Ça va, je comprends. On se revoit tout à l’heure. Je suis vraiment contente que tu sois revenue…

Elle s’éclipsa dans la forêt, rapide et silencieuse. Actarus s’approcha doucement. Sans dire un mot, il passa ses bras autour de Vénusia et l’enferma dans une étreinte ardente et muette. Vénusia se laissa bercer par ces bras et ce cœur qu’elle sentait battre contre sa joue. Soudain, elle sentit monter un bouillonnement incontrôlable, qui se déversa enfin en sanglots déchirants. De longues vagues furieuses de chagrins, de tensions accumulées et de blessures morales qu’elle ne pouvait plus retenir. Cela dura de longues minutes. Tout ce temps, Actarus caressait son dos lentement comme on le ferait pour un enfant en répétant inlassablement :

- Shh… Là… Ça va aller…

Lorsque les pleurs se furent taris, il continua à la tenir un moment puis il posa ses mains de chaque côté de son visage pour enfin l’embrasser tendrement. Ses lèvres étaient salées de larmes, chaudes et douces à la fois.

- Ça va mieux? Tu voudrais en parler?

- Oui, ça va maintenant. Tu n’es pas fâché Actarus?

- De quoi? Que tu sois partie sans nous avertir? Nous en rediscuterons. J’ai été très inquiet mais tout ceci ne serait pas arrivé si j’avais simplement accepté de chercher Déneb avec toi. Je croyais te protéger et j’ai bien peur de t’avoir poussée à agir par subterfuge… Il ne faut plus me quitter comme cela Vénusia, cela me rend fou…

Les dernières paroles furent prononcées d’une voix cassée. Vénusia vit que les yeux d’Actarus brillaient de larmes dans le noir. Elle caressa le dos du jeune homme à son tour, laissant remonter ses mains le long de ses bras. Elle enfouit ses doigts dans les boucles qui dépassaient du col de l’habit de combat. Ils s’embrassèrent de nouveau, lentement, passionnément. Enfin Vénusia murmura :

- Maintenant que j’ai repris un peu de courage, je vais pouvoir te raconter ce qui s’est passé cette nuit.

- Tu peux attendre si tu ne t’en sens pas capable.

- Non, maintenant.

Ils s’assirent  sur un manteau, à l’ombre protectrice de Goldorak. Vénusia tenait les mains d’Actarus dans les siennes. Elle lui fit le récit de sa quête puis de la capture et enfin des circonstances de la mort de leur ennemi.

- Tu n’as rien à te reprocher, Vénusia. Tu ne pouvais agir autrement. Tu as sans aucun doute sauvé tous ces hommes sur le bateau…

- Je sais. J’aurais simplement voulu que les choses se passent différemment.

- N’y pense plus. Rentrons maintenant. Tu as sans doute besoin de repos après toutes ces émotions.

Mais Vénusia le retint par la main. Il faisait si noir maintenant, qu’elle ne distinguait qu’une ombre à ses côtés.

- Actarus…nous allons rentrer bientôt n’est-ce pas?

- Oui, nous n’avons plus de raison d’attendre maintenant… Il me tarde de revenir au Centre et de revoir le ranch et toute notre famille.

- Oui, moi aussi mais…

- Mais quoi?

- Une fois rentrés, nous aurons de nouveau mon père à gérer. Et les attaques de Véga et…  Actarus, j’aimerais profiter de cette dernière nuit de liberté… avec toi.

Elle avait rougit. Heureusement, Actarus ne pouvait la voir!

- Oh! Vénusia… Rien ne me rendrait plus heureux… murmura le jeune homme tendrement.

Le vent avait repoussé les nuages. Le ciel sans lune était maintenant piqueté de milliers d’étoiles. Elles furent les seules témoins de ce qui se passa dans la clairière par la suite…

Il ne restait que quelques heures avant le départ. Toute la maison était silencieuse, ses habitants endormis. Mais Actarus n’arrivait pas à trouver le repos. Il entra dans le petit salon où quelques braises brûlaient encore dans l’âtre. Une voix sourde l’accueillit :

-Vous allez partir n’est-ce pas?

Oscar… Elle était assise face au feu, dans un fauteuil à haut dossier. Actarus ne l’avait pas vue. Il contourna le siège pour la regarder en face. Elle tenait un verre de cognac qu’elle faisait lentement tourner. Le liquide ambré reflétait la pâle lueur du feu mourant.

- Oui…

- Reviendrez-vous un jour?

Il y avait tellement d’espoir dans sa voix… Actarus murmura :

- Non… C’est impossible.

- Mais... Pourquoi? Vous êtes bien parvenus jusqu’à nous une première fois! Avec toute votre technologie…

- Oscar… C’est dangereux. Nous avons évité, je l’espère, de changer le futur… Une autre fois… Non, je suis désolé.

- Alors… Puisque le temps nous est compté… Je voudrais vous dire… vous expliquer…

- Vous n’êtes pas obligée, Oscar.

-Si!

Elle fixa les braises

- Presque toute ma vie jusqu’ici, je me suis efforcée de faire ce que l’on attendait de moi, c’est-à-dire être au service de sa majesté. Puis j’ai voulu prouver au monde entier que je pouvais être un homme et j’ai quitté la cour… Mon commandement, aux Gardes Françaises semblait être un défi à ma mesure mais il est contesté. Et… il y a quelque temps, j’ai appris que j’étais malade… Il n’y avait rien à faire. Mes forces allaient bientôt décliner et…

Elle regarda Actarus.

- Depuis votre métamorphose et notre… échange, je me sens forte et je n’ai plus aucun symptôme. Je ne sais pas si l’issue sera différente pour moi mais je veux oser y croire… Grâce à vous, je me sens mieux. Grâce à vous, j’ai enfin compris ce qu’André représente pour moi… Vous m’avez fait un merveilleux cadeau Actarus… Et vous allez me manquer.

Des larmes silencieuses coulaient librement sur les joues d’Oscar. Actarus s’accroupit devant la jeune femme et les essuya de ses doigts. Il songeait, avec angoisse, aux difficultés qui attendaient la France dans les années à venir… et au danger qu’allaient courir ses amis restés ici.

« Et je ne peux rien lui dire! Bon sang! C’est tellement injuste! »

- Oscar, je suis très heureux que vous m’ayez accordé votre amitié et… je dois vous avouer… que vos paroles pleines de sagesse et… (ses yeux brillaient de malice) vos accès de colère (elle eut un petit sourire) m’ont fait réfléchir. Je vous dois sans doute le fait d’avoir enfin pu avouer mes sentiments à Vénusia. Et si notre rencontre a pu vous rendre la santé, j’en serais comblé. Ce serait mon cadeau d’adieu…

Les pleurs avaient cessé. Elle baissa les yeux sur son cognac. Il se relevait et s’apprêtait à la quitter lorsqu’elle dit :

- Prenez soin de votre bras… Et ne désespérez pas, vous aussi guérirez peut-être un jour…

Interdit, il se retourna. Avait-elle deviné que le mal que le rongeait était fatal à plus ou moins long terme? Comme elle n’ajoutait rien, il sortit, troublé par ses dernières paroles.

Une pâle lumière commençait à peine à allumer l’horizon. Alcorak, Fossoirak et Vénusiak étaient posés en demi-cercle, sur une large bande de plage. Goldorak était là aussi, les dominant tous trois et projetant son ombre immense et vaguement menaçante sur le sable mouillé. Les humains semblaient perdus à côté de ces engins colossaux. Comme au premier jour de leur rencontre, le vent agitait les manteaux d’Oscar et d’André. Les autres avaient de nouveau revêtu leur tenues de combat respectives, si incongrues dans ce siècle des Lumières.

Phénicia embrassa André et Oscar sur la joue, encore un peu intimidée en leur présence. Alcor, leur serra gravement la main, conscient qu’il ne reverrait sans doute plus jamais ces nouveaux amis.

Vénusia étreignit André. Ils se regardèrent avec un sourire, les yeux pourtant humides.

-Merci pour tout, fit Vénusia

-Merci pour cette fenêtre sur l’avenir. Prenez soin de  vous, petite Vénusia.

Vénusia se tourna vers Oscar. Elles s’étreignirent puis s’embrassèrent.

- Vous êtes forte. Ne l’oubliez jamais… dit Oscar à l’oreille de la jeune pilote.

- Je ne l’oublierai pas. Oscar, prenez soin de vous. Soyez prudente…

-Ne vous en faites pas pour moi.

Actarus et André se serrèrent la main.

-André, je… merci pour tout… et aussi, il regarda la jeune femme blonde, prenez soin d’elle…

André eut de nouveau son petit sourire canaille :

-Ça, vous n’avez pas besoin de me le demander.

Enfin Actarus et Oscar se firent face. Oscar avait quelque chose à la main. Elle prit celle d’Actarus pour le lui remettre. 

- Qu’est-ce que c’est? Un rose… en or?

- C’était fixé à l’uniforme qui a disparu… Celui dont vous m’aviez fait cadeau l’autre nuit.

Elle souriait, amusée de voir son embarras. Mais Actarus, lui reprit doucement la main et y déposa le bijou.

- S’il n’a pas disparu en même temps que le reste, c’est qu’il ne m’appartient pas. Gardez-le…

- Un souvenir?

Elle caressa le métal filigrané qui brillait dans le petit matin. Puis elle releva la tête et les embrassa tous du regard.

-Peut-être nous reverrons-nous un jour… Par-delà le temps et l’espace…

Actarus hocha simplement la tête, trop ému pour parler. Il donna le signal et tous embarquèrent dans leur appareil respectif. Goldorak, dans sa soucoupe porteuse, tenait Alcorak par les ailes. Ils regardèrent leurs hôtes s’éloigner pour éviter la vague qui les emporterait bientôt. Lorsqu’ils furent à distance sécuritaire. Alcor soupira puis, s’adressant aux autres par la radio :

-  Est-ce que tout le monde est paré?

- Parés! répondirent en chœur les trois autres pilotes.

-Alors : mine spatio-temporelle : GO! 

Au centre, à l’époque contemporaine :

- Mon fils, pardonne-moi… Je t’ai envoyé le diable…

Argoli se tourna tout à coup vers sa console et dit, d’une voix tendue :

- J’ai quelque chose sur le scope. Professeur nous sommes attaqués!

- Sonnez l’alerte générale. Fermez le bouclier et réarmez les canons… Que les monstres viennent. Nous nous battrons donc. Jusqu'à la fin...

Antarès se tenait prêt à la console de défense du Centre. Le professeur Procyon regardait les écrans de secours, moins raffinés que leurs écrans habituels. Il ne distinguait pas grand-chose sauf quatre ovnis qui venaient à grande vitesse,  arrivant de nulle part, semblait-il.

-Attendez mon signal, dit-il. Il ne servirait à rien de gaspiller nos énergies en tirant trop tôt.

-Bien professeur.

Procyon plissa les yeux sur l’image floue. Ces silhouettes lui semblaient familières…

-Stop! Ne tirez pas ! Ne tirez pas!

Surpris par le ton du professeur, les techniciens se retournèrent et suivirent son regard. Ils levèrent les yeux vers les fenêtres panoramiques du Centre. Dans le soleil levant,  triomphants, volaient les Aigles.

Au camp de la Lune noire, Minas fulminait :

- Comment vous avez perdu la trace de Déneb?

- Antérak 76 a disparu de nos écrans et le capitaine ne répond à aucun appel, dit un soldat, d’une voix monocorde.

- C’est à n’y rien comprendre!

- Mes mines ont peut-être fonctionné après tout…dit Horos, moqueur

Minas lui jeta un regard furieux :

- Le problème, c’est que nous n’en aurons jamais la preuve maintenant…

Tout avait duré quelques secondes à peine. Un tourbillon de sable et de vent, sombre en son centre et qui avait caché les Aigles à la vue des témoins. Puis un sifflement strident suivi d’une orgie de couleurs qui s’étaient ensuite fondues dans le jour naissant sans laisser de traces…

-Oscar… Avons-nous rêvé tout ceci? dit André d’une voix rêveuse.

Oscar lui montra la petite rose qu’elle tenait toujours.

-Non…Mais personne ne nous croira jamais…

Ils restèrent silencieux quelques minutes, repensant aux événements incroyables qu’ils venaient de vivre ces jours derniers. Enfin Oscar prit la main d’André dans la sienne :

-André. J’ai une décision à prendre mais je voudrais t’en parler d’abord. Marchons ensemble, veux-tu?

- Je te suis comme toujours ma chère Oscar…

Le jour s’était enfin levé. Le soleil dessina leurs ombres, côte à côte sur la plage déserte.

Actarus trouva Vénusia, assise au sol, entourée de piles de gros livres. Le soir était tombé sur une journée plutôt calme. Véga les laissait un peu tranquille ces temps-ci… Il s’approcha et lui déposa un léger baiser dans le cou.

- Que fais-tu?

- Actarus, j’ai interrogé toutes les bases de données que j’ai pu trouver. Je n’ai trouvé aucune trace d’eux!

Actarus soupira. C’était donc cela! Depuis plusieurs semaines, Vénusia épluchait tout ce qu’elle pouvait trouver sur la révolution française et ses protagonistes. Une quête frustrante qui ne semblait aboutir à rien…

- Où en es-tu?

Le professeur Procyon s’était joint à eux. Il s’assit tranquillement et bourra sa pipe en écoutant la jeune femme.

- Tout ce que j’ai trouvé ce sont des bribes d’histoires de monstres légendaires du moyen-âge qui seraient soudain réapparus un peu avant la révolution dans la région où nous nous trouvions… Autre chose aussi : le village aurait été rebâti mais des traces demeurent…

- Hum… fit le professeur. L’antérak et les Aigles font partie de la légende il semblerait…

- Mais rien à propos d’Oscar ou d’André…

- Il faudra sans doute vous résigner mes enfants. Le temps semble avoir effacé leurs traces…

Vénusia regardait tristement le livre qu’elle tenait en main. De grosses larmes coulaient sur ses joues.  Elle murmura :

- Nous ne savons même pas s’ils ont survécu à la révolution….Et nous n’avons rien rapporté de là-bas…

Actarus lui prit la main et déposa un baiser dessus.

-Ne crois pas cela. Moi, j’en ai ramené le plus précieux des trésors…

Le professeur Procyon sourit. La guerre n’était pas finie mais au moins ces deux-là allaient goûter un peu au bonheur. Il remercia en silence les deux jeunes gens inconnus qui avaient permis cela, du fond des âges…

https://www.youtube.com/watch?v=o08N9RsEXXE

Épilogue

La fumée bleue montait paresseusement dans le ciel. Le professeur Procyon prit une autre bouffée de sa pipe en appuyant la tête sur l’arbre sous lequel il était assis.

- Grand-père regarde!

Procyon sourit à la petite fille qui s’approchait de lui en courant. Ses nattes brunes sautaient sur ses épaules et ses beaux yeux d’azur brillaient de plaisir. Les joues de l’enfant étaient rougies par la course. Elle s’assit près de lui et caressa doucement le chaton gris qui s’était endormi sur les jambes du professeur.

- Athéné*, tu devrais attacher ta veste ma chérie, ta maman dira encore que tu ne te couvres pas assez…

- Mais non, j’ai chaud tu sais! Et puis regarde!

Elle brandissait fièrement une couronne de fleurs un peu bancale. Les premières fleurs du printemps…

- Papa dit que je suis sa petite princesse! Maintenant j’ai une belle couronne! C’est mieux ainsi, tu ne crois pas?

Procyon acquiesça. Il pensait : « Oui, sa petite princesse. Et il t’adore, comme nous tous d’ailleurs ». Il embrassa tendrement le front de la petite. Depuis la fin de la guerre, il avait appris à savourer ces moments de bonheur simple. Le travail n’était plus toute sa vie et c’était bien mieux comme cela…

Une moto roula sur le chemin de terre en contrebas de la colline où ils se tenaient tous deux. Elle ralentit et s’arrêta, puis le conducteur en descendit et s’approcha d’eux. Il portait un sac en bandoulière et son habit de motard bleu et noir soulignait ses muscles tout en longueur et accentuait sa démarche longue et souple. Enfin, il s’arrêta et enleva son casque. Procyon haussa les sourcils, la personne qu’il avait prise pour un jeune homme était en réalité une jeune femme. Elle replaça d’un geste ses cheveux blonds et leur sourit gentiment.

- Bonjour. Je cherche le ranch du Bouleau Blanc. Pouvez-vous m’en indiquer le chemin s’il-vous-plait?

Elle avait une voix un peu grave. Procyon mit le chaton dans les mains de sa petite fille en se levant, alors que celle-ci s’écriait :

- Le ranch du Bouleau Blanc? Tu veux aller voir papi Riguel alors?

- En fait je ne suis pas sûre à qui je dois m’adresser. J’ai ici un colis pour un monsieur Actarus Procyon…

Elle paraissait un peu embarrassée, consciente que sa démarche pouvait paraître bizarre. Le professeur sourit :

- Je suis son père. Si vous voulez nous pouvons marcher jusque chez lui. Il n’habite plus au ranch depuis plusieurs années.

Vénusia se tenait sur le balcon de sa demeure et regardait arriver sa fille avec le professeur et une troisième personne qu’elle n’arrivait pas à reconnaître. « Pourtant, se dit-elle, je l’ai déjà vue quelque part… » Cette démarche… Sans savoir pourquoi, une certaine anticipation s’empara d’elle.

- Actarus! Vient voir, il y a quelqu’un qui arrive avec ton père…

Actarus posa une main sur l’épaule de sa femme et plissa les yeux en tentant de mieux distinguer ceux qui approchaient. Sa main se crispa involontairement et Vénusia le regarda :

- Qu’est-ce qu’il y a? Actarus?

- Je ne sais pas, souffla-t-il…Il me semble… Mais comment cela pourrait-il être possible?

- Bonjour mon fils! dit le professeur. Je te ramène Athéné… Et nous avons rencontré quelqu’un qui a un colis pour toi.

Vénusia n’arrivait pas à détacher ses yeux de la visiteuse. Les cheveux étaient courts et bouclés mais de la même nuance d’or… Et ce visage aux traits fins … Dans les yeux, pourtant, elle retrouva quelqu’un d’autre… Car ils étaient verts… changeants comme la couleur de la mer. Troublée par cette apparition venue du passé, Vénusia entendit à peine son mari dire :

- Athéné, ta collation t’attend dans la cuisine. Va maintenant.

- Bonjour, dit la visiteuse, un  notaire m’a remis ceci il y a peu de temps, accompagné d’une lettre écrite par mon grand-père. Il m’enjoignait à vous retrouver et à vous remettre ce paquet. Je crois qu’il a été gardé jalousement par ma famille depuis de nombreuses générations et se trouvait dans un coffre de sécurité dans une banque suisse. J’ignorais son existence jusqu’à ce que le notaire me le remette peu après le décès de mon grand-père.

Actarus vit qu’elle sortait un paquet de son sac. Il contenait un petit coffret en métal orné de motif embossés. À l’intérieur se trouvait une lettre en papier jauni toujours fermée par un cachet de cire. Actarus tendit le coffret à Vénusia et, fébrilement, lut la lettre :

« Monsieur,

Il y a maintenant une semaine qu’Oscar nous a quittés. Je suis un vieil homme aujourd’hui et je m’appuie sur le bras de mon fils pour visiter la tombe de celle qui a été toute ma vie. J’espère de tout cœur la rejoindre bientôt car je ne conçois pas l’existence sans elle. Elle m’avait fait promettre de vous écrire si elle ne le faisait pas elle-même et aussi de vous faire parvenir le contenu de ce paquet.

Après votre départ, nous avons tous deux quitté les Gardes Françaises pour nous installer ensemble en Normandie. Je lui ai demandé de m’épouser… Et, comblant toutes mes espérances, elle a acquiescé. Lorsque je lui ai demandé les raisons de sa décision, elle m’a dit que vous aviez un jour prononcé les paroles suivantes: « Je crois que chaque personne est responsable de sa propre destinée, peu importe son origine. Nous pouvons être forcés de vivre certaines situations mais la façon dont nous réagissons… cela nous appartient. » Ces mots aurait résonné dans sa tête et dans son cœur jusqu’à ce qu’ils ouvrent une porte qu’elle croyait fermée pour toujours… la porte vers la liberté… la liberté d’aimer… Il semble donc que je vous doive en partie le bonheur d’avoir pu la chérir toutes ces années.

Peu de jours après votre départ, Oscar a vu un médecin qui lui a confirmé que ses symptômes de tuberculose avaient complètement disparu. Elle se sentait si forte depuis cette nuit étrange où nous fûmes blessés vous et moi et où elle partagea un peu de votre… pouvoir. Puis la révolution est venue. Sa famille a beaucoup souffert. Ses sœurs, ses neveux et nièces, ses parents, personne ne fut épargné. Certains ont payé de leur vie le fait d’être nobles, d’autres ont fui. Nous-même avons vécu quelques années en Italie puis en Angleterre pour protéger nos deux fils… Nous sommes aujourd’hui revenus en France. Oscar avait depuis longtemps renoncé à ses titres de noblesse pour n’être plus qu’Oscar Grandier… Son père, lui en a voulu de cette décision pendant de nombreuses années. Puis, après toutes les souffrances de la révolution, il a fini par trouver en lui la force de pardonner et il a pu rencontrer ses petits-enfants avant de mourir.

Je joins à cet envoi le bijou qui est le symbole de notre rencontre. J’espère un jour que cette lettre et ce bijou vous parviendrons au-delà du temps…

Avec toute ma gratitude,

André Grandier »

 

Actarus, bouleversé, posa les yeux sur la jeune femme qui se tenait devant eux, un peu surprise par leur réaction. Vénusia ouvrit le paquet enveloppé de papier jauni. Une rose en filigrane d’or lui tomba dans la main. Alors elle sut…

- Elle l’avait dit : « Au-delà du temps et de l’espace, nous nous retrouverons… » murmura-t-elle.

- Comment vous appelez-vous ? demanda Actarus d’une voix enrouée par l’émotion.

- Je suis désolée, j’ai complètement oublié de me présenter! Je suis Andrée Grandier…

Le jeune couple, ému, s’avança pour accueillir la jeune femme.

Au-dessus d’eux, un ciel printanier, clair et sans nuages se colorait lentement des couleurs du soir…

 

FIN

 

* Athéna ou Athéné (en attique Ἀθηνᾶ / Athênâ ou en ionien Ἀθήνη / Athếnê) est une déesse de la mythologie grecque. Elle est également appelée « Pallas Athéna », déesse de la Guerre, de la Sagesse, de la Stratégie guerrière, des Artisans1, des Artistes et des Maîtres d'école. Conseillère des héros Déesse de la Guerre, de la Pensée, des Armes et de la Sagesse .Patronne des artisans et des techniques.

 

 

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